‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource] (volume 2)Chapitre 225 sur 276 · STRYCHNINE · texte numérisé non relu

STRYCHNINE

Ciguë, ia Lobélie, le Tabac, l'Opium, la Belladone, les vomitifs et surtout Fémétique, produisent une détente dans l'action excito-motrice spinale, ou qui, comme le Curare, amènent le relâchement ou la paralysie des fibres musculaires. Ce sont ces mêmes agents qui, employés à doses suffisantes, constituent les meilleurs antidotes connus de ia Strychnine.

D'après O'Shaughnessy, le Haschisch en serait l'antidote physiologique par excellence. Les contre-poisons proprement dits sont, l'un physique : le charbon animal; les autres, chimiques : le tannin et les végétaux qui en renferment, le Kermès et le Tartre slibié (Thorel d' A vallon).

Usages. — Sous une forme atténuée, la Strychnine pourrait servir aux mêmes usages que les amers en général. Mais c'est ordinairement la noix vomique qu'on utilise dans ce but.

À plus forte dose, cet alcaloïde trouve son application toutes les fois qu'on a besoin de stimuler l'énergie médullaire cl, par elle, la myolilité, comme dans les paralysies d'emblée asthéniques ou devenues telles, ou bien quand il faut obtenir une légère contracture pour se rendre maître de mouvements désordonnés, de ceux de la chorée, par exemple.

Les cas de la première catégorie sont très-nombreux et se rapportent au système musculaire de la vie de relation et à celui de la vie organique. Tantôt les paralysies sont, comme on dit, sans matière, tantôt elles sont subordonnées à une lésion grossière ou du moins saisissable. Les paresses musculaires et les impotences motrices par défaut d'incitation, survenant chez des anémiques, des convalescents, des hystériques; celles qui succèdent au rhumatisme musculaire ou nerveux, ou bien à des phlogoses à frigore; celles encore qui survivent a un foyer d'hémorrhagie cérébrale cicatrisé, à un ramollissement guéri et sont exemptes de tout phénomène d'excitation morbide; toutes ces paralysies peuvent être modifiées avantageusement par la Strychnine, à la condition d'agir avec beaucoup de prudence et de réserve. Où la circonspection la plus attentive est surtout de rigueur, c'est lorsqu'il s'agit de paralysies dues à une lésion organique des centres nerveux. C'est aussi dans ces circonstances que les résultats sont le moins satisfaisants. Lalîemand a cité deux cas d'affections cérébrales dans lesquels la Noix vomique a déterminé des convulsions qui ont persisté jusqu'à la mort. El si le ramollissement n'était pas arrêté, l'irritation artificielle ou médicamenteuse pourrait, on le conçoit, en activer les progrès.

Les paralysies locales des muscles de l'œil et de la septième paire ont, plus souvent que d'autres, bénéficié de l'emploi de la Strychnine. Les bons résultats obtenus dans certains cas d'amaurosc et mis sur le compte de la stimulation de la sensibilité rétinienne, pourraient être attribués avec autant de vraisemblance à l'accroissement delà tonicité des muscles accommodaleurs, attendu que beaucoup d'amblyopies ne dépendent pas d'autre chose que de la perte de la faculté d'accommodation.

La Strychnine peut rendre des services dans famyostasie et les divers

tremblements par intoxication métallique, ainsi que dans la paralysie agitante ou gesticulatoire; mais ses principaux succès ont été obtenus dans la chorée.

Par extension, la Strychnine, si puissante pour éveiller l'action motrice, a été prescrite dans les paralysies des nerfs de sentiment. Les phénomènes hyperesthésiques observés à la suite du strychnisme intense rendent cette application plausible, seulement les preuves de faits manquent encore.

La Strychnine a été conseillée contre le pyrosis et la gastralgie, mais ici son action favorable est indirecte. Si la dyspepsie atonique est le fond du mal, la Strychnine, en stimulant l'estomac et régularisant la digestion, prévient la pyrosis et la gastrodynie.

On a encore recommandé la Strychnine contre la dysenterie, le choléra, les borborygmes, le prolapsus du rectum, la colique des peintres, les vers intestinaux, les fièvres intermittentes, et surtout contre la frigidité ou l'impuissance virile. Quelques-unes de ces applications sont rationnelles, la dernière particulièrement, les autres paraissent généralement peu justifiées.

Modes d'administration et doses. — La Strychnine, à l'état de sel et plus souvent de sulfate, peut être introduite dans l'économie par les méthodes iatraleptique, endermique, hypodermique et par l'ingestion dans le canal alimentaire.

Les doses de Strychnine ordinairement prescrites varient de 5 à 10 ou 15 milligrammes par jour, en plusieurs fois. On en préparait des pilules, une teinture alcoolique, une pommade. Je reviendrai sur ces préparations à l'occasion du Sulfate de Strychnine, combinaison habituellement usitée à l'exclusion de l'acaloïde pur.

brucine, Brucina.

Angl. Brucia or Brucina. — Ail. Brucin.

La Brucine (C46H26Az208,HO) caractérise le même groupe de plantes que la Strychnine qu'elle accompagne toujours. Elle est fortement amère.

Les propriétés physiologiques de la Brucine, aussi bien que celles de Ylgasurine, sont semblables à celles de la Strychnine, à l'intensité près. Il est difficile de fixer le rapport proportionnel entre les puissances de ces trois alcaloïdes. Quant à la Brucine, Andral la dit 6 fois et même llx fois moins active que la Strychnine pure. Cette différence, moins accusée selon d'autres observateurs, constituerait un avantage, aux yeux de quelques praticiens, en ce qu'elle rendrait la Brucine plus maniable ; et Bricheteau lui donnait la préférence dans le traitement de l'hémiplégie. Ce dernier alcaloïde est d'ailleurs susceptible de recevoir toutes les applications énumérées ci-dessus à propos de son congénère.

ATROPINE, Atropina,

Angl. Atropia. — . Ail. Atropin, Atropiurn.

V Atropine (C3SH23Az06) est le principal sinon le seul alcaloïde de la Belladone et des autres espèces du genre Atropa. Elle existe dans les fruits, les

feuilles et surtout dans les racines. C'est une substance cristallisable, se combinant avec les acides, soluble dans 200 parties d'eau froide, 50 parties d'eau chaude, 25 parties d'éther, et dans une fois et demie son poids d'alcool. Les sels d'Atropine sont plus solubles que l'alcaloïde libre.

Action physiologique. — L'Atropine est inodore, d'une saveur amère désagréable, avec un arrière-goût métallique. Appliquée en quantité notable sur les muqueuses ou la peau dénudée, elle cause une sensation de cuisson et de picotement assez vive, mais peu durable, et de la fluxion sanguine. Introduite entre les paupières, elle occasionne de l'irritation, de la rougeur de la conjonctive, du larmoiement, et bientôt après une dilatation pupillaire proportionnée à la masse du médicament dont une quantité infinitésimale (1/200, 000e de grain) suffit d'ailleurs à provoquer le phénomène. Cette mydriase est accompagnée de presbyopie, d'insensibilité de l'iris pour la lumière, d'amblyopie et parfois de diplopie.

Portée dans l'estomac, l'Atropine n'agit pas topiquement sur la muqueuse gastrique, comme elle fait sur la conjonctive, c'est-à-dire qu'elle ne l'irrite ni ne la fluxionne sensiblement.

Absorbée par les premières voies, par la surface d'un vésicatoire ou par les aréoles du tissu cellulaire, l'Atropine détermine une série de symptômes dont les premiers à paraître et les plus constants sont la sécheresse de la bouche et de la gorge, ainsi que la soif, puis la dilatation de la pupille et les troubles concomitants de la vision, sur lesquels j'aurai à m'expliquer. Dans une période plus avancée surviennent la difficulté de parler et d'avaler, par suite de l'aridité de la muqueuse, l'engourdissement de la sensibilité de la face, l'amaurose pouvant aller jusqu'à la cécité absolue (Smith, Trousseau et Pidoux); la mydriase excessive avec disparition presque complète du limbe de l'iris, qui demeure absolument inerte, quelles que soient les intensités variables de la lumière. Il existe en même temps de la céphalalgie, des vertiges, des éblouissements; un délire gai ou triste, caractérisé par une incontinence de gestes, de paroles, de rires ou par des hallucinations pénibles, des idées sombres, des passions dépressives ou mauvaises. Signalons aussi la diminution ou la suppression de la sécrétion bronchique, la dysurie, le météorisme et la constipation, quelquefois le priapisme, et plus rarement les convulsions (Murray, Sarlandière), le somnambulisme (Sarlandière) ou l'insomnie (Trousseau et Pidoux, Gubler).

Au début, le pouls peut, être ralenti, serré et résistant (Schroff, Lichtenfels, Frôhlich); en nie me temps, la pression sanguine diminue (Schroff, Bobkin) et la chaleur animale s'abaisse proportionnellement de 1 à 3° (Demarquay, Duméril et Lecointe); mais à cet état de la circulation succède un mouvement fébrile. Alors la température s'élèverait parfois de lx°, selon Duméril, Demarquay et Lecointe; le pouls est petit et fréquent, faible et irrégulier, ou accéléré et fort, et la peau, chaude, devient le siège d'un exanthème érythémateux ouvent très-intense et scarlatiniforme (Jolly, etc.)»

Dans les cas graves ou funestes, ies conjonctives s'injectent de vaisseaux bleuâtres, les yeux sont proéminents, le délire reste folâtre ou devient furieux. Parallèlement apparaissent les battements de cœur tumultueux; la respiration courte, précipitée, irrégulière, s ter tore use ; l'anéantissement des forces, la paralysie, le tremblement, rarement les convulsions, surtout celles de forme tétanique; enfin la stupeur, l'assoupissement, le coma et la mort; ou, si l'organisme résiste, ce qui est le cas ordinaire, le retour graduel et singulièrement rapide à la santé.

Les lésions observées après la mort sont peu prononcées et nullement caractéristiques. Tout se borne à quelques ulcérations ou taches noirâtres de l'estomac (Faber), avec un état de fluidité du sang et quelques autres altérations sans valeur précise. Les bypérémies observées plus récemment dans les enveloppes c é ré b r o-r a cl i i d i en u es et la substance corticale du cerveau (Schroff), dans la rétine (Lemaître) et dans les ganglions abdominaux du grand sympathique (l)uméril, Demarquay et Lecointe), ne sont peut-être que le résultat d'une congestion passive des capillaires, ou bien l'expression d'une fluxion active., mais réaclionnelle et nullement primitive.

Les principales sécrétions servent de voies d'élimination à l'Atropine. On l'a retrouvée dans l'urine (Runge, Letheby). Elle doit passer par la sueur, ainsi que les autres substances volatiles, et l'éruption scarlatiniforme est due sans doute en partie à l'irritation des glandes sudoripares et de leurs conduits excréteurs par ce principe hétérogène.

En définitive, l'Atropine agit non-seulement comme hypocinétique ou paralysant des muscles de la vie organique, mais aussi comme stupéfiant de la sensibilité, et, par elle, des actions réflexes dévolues à la fonction de l'organe ou de l'appareil. Cet alcaloïde exerce également son influence paralysante sur toutes les fibres contractiles involontaires; ce qui fait paraître celte influence prépondérante vers tel ou tel point, c'est le coefficient introduit par l'anesthésie de l'organe et par la suppression des excitations réflexes normales. Si du côté de la vessie le sphincter l'emporte sur la tunique contractile du réservoir, et si du côté de l'œil au contraire l'anneau constricteur cède aux efforts des fibres dilatatrices, c'est que, l'impression due à l'excitant physiologique faisant défaut, la réaction des centres nerveux n'intervient plus comme à l'ordinaire pour déterminer simultanément : ici le relâchement des rayons de l'iris et le resserrement de l'anneau pu pilla ire, là l'inertie du sphincter vésical et la contraction des muscles expulseurs de l'urine, conformément au but final de chaque fonction.

U est impossible de décider si l'Atropine engourdit immédiatement, par une action de présence ou autrement, le système nerveux sensitivo-moteur, ou bien si elle agit par l'intermédiaire du système circulatoire. Cependant on doit admettre avec lîrown-Séquard qu'elle accroît la tonicité des vaso-moteurs et réduit le calibre des capillaires dans ies muqueuses chez l'homme (Cubler) et chez les animaux (Trasbot). L'olighémie consécutive expliquerait l'asthénie

cérébrale et médullaire y compris le délire, les convulsions initiales, l'affaiblissement musculaire, la paralysie; elle rendrait compte des arrêts sécrétoires manifestés par la sécheresse de gorge, la dyspepsie, la constipation, la dysurie, par la difficulté de parler et d'avaler.

Mais ces effets positifs de l'Atropine font place quelquefois à d'autres résultant de la réaction de l'économie contre la substance toxique, et que, pour cette raison, j'appelle des effets négatifs. De ce nombre sont la fièvre secondaire, les fluxions sanguines concomitantes, le pria pis nie, la plilogose intestinale, le délire irritatif ou sthénique, etc.

Vatropisme, ou l'ensemble des symptômes produits par l'alcaloïde de la Belladone, se distingue surtout par la rapidité de son évolution et par la prédominance du délire, ainsi que des troubles oculo-pupillaires. La fugacité des effets de ce principe fait présumer qu'il se détruit ou s'élimine plus vite que les autres poisons organiques. Elle prévient Y accumulation d'action, pourvu qu'un intervalle de douze heures sépare l'administration de deux doses toxiques. V accumulation des doses n'est pas plus à craindre, en raison de la solubilité de l'alcaloïde dans les acides gastriques et de celle de ses combinaisons salines dans l'eau de nos humeurs.

Substances synergiques, auxiliaires. — La Beliadonine possède la plupart des propriétés de l'Atropine; il en est à peu près de même des alcaloïdes • des Sol a nées vireuses : d a tu ri ne, hyoscyamine, nicotine, qui sont des stupéfiants mydria tiques. En qualité de narcotiques ou d'antispasmodiques, l'acide cyanhydrique, la Lobôiie et l'Opium lui-même deviennent des auxiliaires utiles de l'Atropine.

Dun autre côté, l'Ergot de Seigle, la Quinine, l'Arsenic, le Bromure de Potassium, secondent les effets anémiants et sédatifs de l'alcaloïde de la Belladone.

Substances antagonistes, incompatibles. —Antidotes, contre-poisons. — Les hyposthénisants du système vaso-moteur et de la côntraclilité organique, ainsi que les stimulants des sensibilités générale et spéciales, contrarient l'action sédative et stupéfiante de l'Atropine. Les myosiques, tels que la Strychnine, et par-dessus tout la Fève du Calabar, s'opposent à son action mydriatique. Aussi l'Opium, qui jouit à un certain degré de la faculté de resserrer la pupille et de congestionner les réseaux capillaires sanguins, passet-il pour l'antagoniste par excellence de la Belladone et de son principe actif (Cazin, Giacomini, Graves, Anderson, Cl. Bernard, etc.). Il y a cependant des réserves à faire sur ce point : d'abord les actions des deux poisons ne sont pas en tout contraires; ensuite elles ne s'exercent pas également sur les divers appareils de l'économie, en sorte qu'elles ne sauraient se faire exactement équilibre et se neutraliser parfaitement. Ainsi, pour ne prendre qu'un exemple, la propriété myosique de l'Opium est incomparablement plus faible que la propriété mydriatique de l'Atropine, et ne saurait lui être opposée efficacement, Les conséquences pratiques à déduire de ces considérations sont, d'une

part, qu'il ne faut pas absolument se fier à l'administration de l'Opium comme antidote de la Belladone, et vice versa; d'autre part, que ces deux agents peuvent être associés avec avantage lorsqu'on n'a pas besoin de la série intégrale des effets de l'un d'eux et qu'il s'agit vaguement de calmer les douleurs et de procurer le sommeil.

Les contre-poisons chimiques de l'Atropine sont les alcaloïdes en général, spécialement le Tannin et les substances qui en renferment. Le Thé et le Café ont en outre l'avantage d'exercer une stimulation énergique sur le système nerveux.

Usages. — La plupart des usages de l'Atropine dérivent logiquement de ses effets physiologiques connus ; quelques autres sont purement empiriques.

1° Comme mydriatique l'Atropine sert à favoriser l'exploration de l'œil à l'aide de l'ophthalmoscope, ou les opérations chirurgicales qu'on pratique sur cet organe, particulièrement celles de la cataracte, soit par abaissement, soit par extraction. Elle contribue à rendre la vision plus claire chez les sujets affectés de myosis accidentel ou habituel, c'est-à-dire d'une étroitesse exagérée de la pupille, l'une des causes de l'héméralopie, maladie singulière qu'il serait plus exact de nommer anyctalopie. Par le môme procédé elle contrarie la formation, ou elle détermine la rupture des adhérences de l'iris avec les parties environnantes : synéchies, synizésis (Himly, Tonnelle, A. Bérard, etc.); elle s'oppose à la hernie, au prolapsus de cette membrane à travers une perforation de la cornée : myocéphalon. Enfin l'Atropine instillée dans les yeux, en même temps qu'elle amène la dilatation pupillaire, est utile pour diminuer l'éréthisme vasculaire de l'appareil iridien, et pour calmer les douleurs intolérables du spasme permanent des muscles accommodateurs dans les inflammations du globe oculaire.

2° Par la faculté qu'elle possède de réduire ou de supprimer les sécrétions, l'Atropine peut rendre des services dans les flux de salive et d'urine, dans la diarrhée catarrhale et la bronchorrhée. Je l'ai employée dans tous ces cas avec succès, mais on ne réussit qu'à condition de pousser les doses assez haut pour obtenir des effets physiologiques bien apparents. C'est un moyen d'atténuer les pertes éprouvées par ceux qu'épuise une entérorrhée ou un flux muqueux bronchique ; c'est au même titre un remède de la polyurie, ainsi qu'un palliatif de l'incontinence nocturne d'urine. Dans ce dernier cas, l'action de l'Atropine est double : cette substance agit comme stupéfiant de la sensibilité, et, secondairement, des actions réflexes, en même temps que comme modérateur de la sécrétion ou comme hypocrinique. La vessie moins pleine est, toutes choses égales, moins sollicitée à l'exonération. Antérieurement à mes essais, Espenbeck avait employé la Belladone conire la salivation profuse d'origine mercurielle, et Després avait obtenu un succès dans la diarrhée cholérique.

3° En qualité de relâchant musculaire ou à'hypocinétique, l'Atropine peut servir, de même que la Belladone, à vaincre les résistances offertes : 1° à l'accouchement, ou bien à l'issue des règles par la rigidité du col de l'utérus

(Chaussier, VeJpeau, Conquest); T à l'introduction des sondes par le spasme de la région membraneuse de l'urèthre (Will); 3° à la réduction des hernies par la contraction de l'anneau musculaire ou par le spasme de la portion de l'intestin qui est étranglée (Rollon de Sainte-Foy). Elle agit de même pour faire cesser dans quelques cas la constipation chez les sujets nerveux ou hémorrhoïdaires affectés de spasmes de certains anneaux des fibres circulaires de l'intestin, ou pour amener la résolution d'un volvulus ou d'une invagination intestinale. On met généralement sur le compte de cette action hypocinétique les bons effets de l'Atropine dans l'incontinence nocturne (Bretonneau, Trousseau, Commaille). Les succès obtenus (Bretonneau) chez les femmes atteintes de vomissements dits incoercibles appartiennent encore à la même catégorie de faits.

lx° Comme tonique vaso-moteur,, l'Atropine trouve son emploi dans plusieurs affections des centres nerveux cérébro-spinaux, caractérisées par des phénomènes d'excitation : douleurs, spasmes, convulsions toniques et cloniques, épilepsie, ou même par des symptômes de collapsus : engourdissement de la sensibilité, torpeur, paralysie du mouvement. C'est peut-être aussi sa manière d'agir dans le délire sombre, lypémaniaque. L'administration delà Belladone ou de l'Atropine, conseillée par Trousseau et Pidoux, puis par Brown-Séquard, et effectuée à leur exemple par beaucoup de praticiens, fait cesser ou du moins améliore quelquefois les symptômes de la méningo-myélite accidentelle, de celle qui est dite rhumatismale parce qu'elle se rattache habituellement à l'impression du froid sur l'économie. On voit, sous l'influence de cet alcaloïde, la douleur, l'engourdissement et la contracture des extrémités céder parfois assez rapidement. Les résultats sont nécessairement moins satisfaisants avec des hypérémies spinales liées à des diathèses acquises ou bien à la constitution originelle des sujets. Le succès est également plus rare et plus incertain lorsque les lésions sont avancées et anciennes; enfin il fait défaut ou ne consiste qu'en une amélioration iégère et momentanée, lorsque la fluxion sanguine n'est qu'un élément secondaire dans le cours d'une altération organique des centres nerveux.

Lusanna et Rieken ont constaté les bons effets de l'Atropine dans le traitement des fièvres intermittentes. Si leurs observations se confirmaient, ce serait la preuve la plus manifeste en faveur de l'action vaso-motrice de ce principe médicamenteux.

5° V action stupéfiante de l'Atropine est mise à profit contre les affections douloureuses, Spasmodiques, convulsives; contre les névralgies proprement dites, la gastralgie, la colique de plomb (Malherbe de Nantes) et la colique sèche des pays chauds (Fonssagrives); la cystalgie, le rhumatisme et la goutte (Mûnch, Ziegler, Lebreton, Trousseau, etc.); la toux quinteuse spasmodique, la coqueluche et l'asthme (Bretonneau, Trousseau, etc.); les convulsions, le tétanos (Lenoir), la folie lypémaniaque (Murray), l'hydrophobie et l'épilepsie (Greding, Lcuret, Ricard, Bretonneau, Trousseau, etc.). Dans quelques cir-

constances, les chirurgiens ont soin d'amortir la sensibilité de l'œil par l'introduction préalable de quelques gouttes d'une solution d'Atropine, afin de faire mieux" tolérer les collyres astringents ou caustiques.

Mais il ne faut pas croire que dans chacune de ces catégories de cas l'Atropine n'ait absolument qu'une manière d'agir ; presque toujours, au contraire, plusieurs actions concourent au résultat définitif : par exemple, les phénomènes d'excitation dans la méningo-myélite sont apaisés par la stupeur occasionnée directement dans le système nerveux, aussi bien que par l'olighémie spinale; l'incontinence nocturne d'urine cède à la stupéfaction de la muqueuse urogénilale (Gubler), non moins qu'à celle des fibres musculaires, sans compter la diminution de la sécrétion urina ire qui a sa part d'influence. J'ai même lieu de penser que l'effet primitif se fait sentir sur la muqueuse vésicaîe, dont la sensibilité amortie n'éveille pas le besoin d'uriner, et ne sollicite plus par action réflexe le double phénomène du relâchement du sphincter et de la contraction du corps de la vessie, dont l'association est indispensable à l'accomplissement de la miction. La même réflexion s'applique au mécanisme physio-pathologique des pertes séminales involontaires, au traitement desquelles s'adapte également bien l'alcaloïde de la Belladone (Gubler). D'ailleurs les propriétés antiaphrodisiaques de la plante ont déjà été constatées par Heustis et d'autres observateurs.

En terminant cette énumération, rappelons seulement pour mémoire que l'aptitude de la Belladone à produire des exanthèmes a fait naître la singulière idée (Hufeland, Hahnemann, etc.), d'administrer cette plante comme moyen préventif de la scarlatine dont elle imite l'éruption.

Modes d'administration et doses. — L'Atropine s'administre par toutes les voies et selon tous les modes ordinairement usités.

A l'intérieur, on en donne habituellement moins de 1 milligramme à la fois, puisque la dose généralement prescrite ne dépasse pas 1 milligramme d'un sel atropique, valériane ou sulfate. Cette dose est répétée deux, trois et môme quatre fois par jour. Je la crois trop forte dans beaucoup de cas pour des sujets prédisposés aux troubles résultant de l'anémie et de l'asthénie cérébro-spinales. Plus d'une fois, à ma connaissance, elle a produit des symptômes d'àtropisme exagéré : dilatation pupillaire, troubles de la vision, voire même, dans un ou deux cas, délire momentané. îl est donc prudent de débuter par des prises de 5 décimilligrammés seulement, et de n'en administrer qu'une seule dans la première journée, sauf à en multiplier graduellement le nombre, de manière à atteindre la dose efficace, déterminée par l'apparition des phénomènes physiologiques.

Cette dose efficace est d'ailleurs très-variable d'un sujet à l'autre, non, comme beaucoup de médecins inclineraient à le croire, par le fait d'une idiosyncrasie inexplicable, mais en vertu de conditions anatomiques et fonctionnelles dont l'action mieux connue du médicament nous fait comprendre l'influence. Les personnes anémiques, épuisées, inanitiées, près de défaillir,

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de tomber en syncope, ou sujettes au vertige, aux palpitations asthéniques, à la céphalalgie anémique, au délire reconnaissant la même cause, ou simplement placées sur le chemin de ces accidents morbides par un état maladif ou par leur manière d'être naturelle, ces personnes, dis-je, supportent difficilement les préparations de Belladone. Il en est tout autrement pour les sujets forts, d'un sang riche, d'une innervation régulière, ou bien pour ceux qui, sans être ni robustes ni sanguins, se font remarquer par une hypersthénie et même par une tendance hypérémique des centres nerveux.

En général, les enfants dont la substance cérébrale est très-vasculaire, très-irritable, et qui ne peuvent à cause de cela tolérer de minimes quantités d'opium, sont incomparablement moins sensibles que les adultes à l'action de l'Atropine (Fulier, Gubler).

La pratique multiplie les formes pharmaceutiques sous lesquelles on emploie l'Atropine. Dans ces formules, l'alcaloïde pur cède peu à peu la place à l'une de ses combinaisons salines : le sulfate d'Atropine. D'ailleurs le sirop, comme le collyre lui-même, ont eu pour base dès l'origine le Chlorhydrate d'Atropine, puisqu'on ajoutait une goutte d'acide chlorbydrique à 1 décigramme de substance active pour faire 2 kilogrammes de sirop médicamenteux. Il se prend à la dose de 10 à 30 grammes.

On se sert encore d'une Teinture d'Atropine : Atropine, 1 gramme; alcool à 85°, 100 grammes; à la dose de 1 a 3 gouttes en potion. Chaque goutte représente environ un demi-milligramme d'alcaloïde.

Le Codex recommande des granules de 1 milligramme d'Atropine. Je crois plus prudent de les réduire à un demi-milligramme, et j'adopte la proportion donnée par Bouchardat pour les pilules, à savoir : 5 centigrammes d'Atropine avec miel et poudre de guimauve, quantité suffisante pour 100 pilules : chacune contient 5 décimilligrammes d'alcaloïde. Les granules et les dragées ne diffèrent des pilules que par la couche de sucre dont ils sont enrobés.

Les Prises de poudre d'Atropine sont chacune d'un quart de milligramme seulement, avec addition de sucre blanc, quantité suffisante.

Il existe plusieurs degrés de concentration de la solution alropique pour collyres, suivant le but qu'on se propose et l'intensité d'action dont on a besoin. Veut-on simplement détendre les muscles intrinsèques de l'œil spasmodiquement contractures, on se contente de la solution de : Atropine, 10 centigrammes; eau distillée, 100 grammes. S'agit-il, au contraire, d'obtenir instantanément une énorme dilatation pupiilaire ou la rétrocession d'un prolapsus de l'iris à travers une perforation de la cornée, on porte la dose à 5 centigrammes d'Atropine pour 20 grammes d'eau.

Pour injections sous -cutanées, on a adopté la solution au centième : 1 gramme d'Atropine pour 100 grammes d'eau. Deux gouttes représentent assez exactement 1 milligramme de principe actif.

La pommade peut renfermer sans inconvénient la dose très-massive de

25 ou 30 centigrammes d'Atropine pour 5 à 12 grammes d'axonge (Guibert, Brockes), pourvu toutefois qu'elle ne soit pas étendue sur une surface excoriée, ouverte à l'absorption.

J'ai dit que le Sulfate neutre d'Atropine, préparé selon les indications de Maître, tend à se substituer de plus en plus à l'alcaloïde pur. Il comporte tous les modes de préparation énoncés plus haut et présente l'avantage d'une plus grande solubilité. Je ferai seulement une remarque : c'est que le Sulfate, plus rapidement actif que l'Atropine isolée, représente cependant, à poids égal, une moindre somme d'action pharmacodynamique que l'alcaloïde pur, puisqu'il faut défalquer de son poids celui de l'acide sulfurique inerte par luimême. On pourrait donc l'administrer à doses un peu plus fortes, en n'ayant égard qu'au poids réel de l'Atropine en combinaison avec l'acide. Néanmoins je crois plus avantageux de ne pas dépasser d'abord la dose minima de 1/2 milligramme; et, si l'on tient à progresser un peu plus vite qu'avec l'Atropine pure, je conseille de fractionner davantage, afin de compenser, par la réduction de la quantité pondérale, l'absorption plus facile de la combinaison saline et sa plus grande rapidité d'action. La recommandation est valable pour l'alcaloïde lui-même lorsqu'il ne doit point, contrairement à ce qui a lieu dans les premières voies, rencontrer de dissolvants naturels.

Au reste, il ne faut pas croire que la différence de solubilité entre l'Atropine et le Sulfate neutre du commerce soit toujours aussi grande que je la suppose ici. Souvent le Sulfate d'Atropine réputé neutre est tellement alcalin, qu'il se dissout difficilement dans l'eau, même à l'aide de la chaleur, et que l'addition d'une gouttelette d'acide est indispensable pour accélérer l'opération.

Les combinaisons de l'Atropine avec l'acide chlorhydrique ou l'acide valérianique rendent à peu près les mêmes services que le Sulfate de la même base, plus généralement usité. L'emploi de l'acide nitrique pour salifier l'alcaloïde est moins sûr, parce que cet acide suroxygéné, lorsqu'il est ajouté san précaution, détruit aisément une partie du principe actif.

C'est le Sulfate neutre d'Atropine qu'on emploie de préférence par la méthode hypodermique. La solution doit en être claire et limpide ; de plus, il ne faut employer qu'une liqueur récemment préparée. Dès que la solution renferme des flocons de Leptomitus ou d'Hygrocrocis, on doit en suspecter l'efficacité, attendu que l'Algue microscopique, née dans un milieu d'Atropine et d'eau distillée, n'a pu se développer qu'aux dépens de l'alcaloïde, auquel elle est certainement redevable de sa matière azotée. L'expérience m'a appris que la solution de Sulfate neutre d'Atropine, de même que les solutions analogues, a perdu la majeure partie de sa puissance pharmacodynamique lorsqu'elle est très-ancienne et remplie de Conferves.

yératrine, Veratrina.

Angl. Veratria. — Ail. Veratrin, Veratrium.

La Vératrine (G64H52Az2016) est pulvérulente, blanche ou verdâlre, d'uu

\ ÉRATIUNE.

goùl amer et âcre, ou simplement ;lcre, qui laisse à sa suite une sensation d'engourdissement et de fourmillement dans la langue. Elle est fixe, insoluble dans l'eau et soluble dans l'alcool ; elle sature les acides et donne un sulfate et un chlorhydrate cristallisés. Elle existe dans les Veratrum album, viride, etc., de la famille des Golchicacées ; seulement ce principe immédiat affecterait, selon quelques auteurs, deux formes distinctes, dans les Veratrum album et viride, attendu, disent-ils, que le premier est un drastique, tandis que le second purge rarement. Si cette différence est réelle, ce dont il est permis de douter, puisque les deux races ou espèces botaniques dont il s'agit sont tellement voisines que Michaux les avait confondues, elle pourrait s'expliquer par la présence d'une substance particulière dans l'Ellébore blanc, sans faire intervenir un état chimique différent dans un même alcaloïde.

Action physiologique. — La Vératrine est probablement, après l'Aconitine, celui de tous les alcaloïdes qui exerce topiquement l'action la plus irritante. Aspirée par les narines en petite proportion, elle détermine de formidables éternuments (Andral), du coryza et de la salivation (A. Delondre). Appliquée sur la peau intacte, elle produit, à la faveur d'une friction un peu prolongée, une sensation de chaleur et de picotement prolongée qu'on a rapprochée des effets du pinceau électrique {électro-stimulation, Turnbull). Cette sensation de chaleur, qui se produit vivement du côté des muqueuses, devient une cuisson véritable sur la peau dénudée. Elle ne reste pas confinée dans le point touché, mais se propage à dislance; et, lorsque le médicament a été introduit dans l'estomac, elle se répand jusque dans la poitrine et les extrémités.

Il se produit aussi des nausées et des vomissements (Piédagnel, etc.), ainsi que des coliques et du resserrement spasmodique des intestins, en même temps qu'une sécrétion exagérée de leurs follicules muqueux et des glandes salivaires. Ces phénomènes, dus à l'action topique ou bien réflexe de l'ai» catoïde, se continuent ensuite comme symptômes de l'action générale, diffuse, du médicament. Ils se produisent également à la suite de l'injection du prin? cipe toxique dans le système veineux (E. Faivre et C. Leblanc). Portée dans la circulation, la Vératrine occasionne en outre des sensations variées de chaud et de froid dans les diverses parties du corps, et stimule les sécrétions par lesquelles se fait son élimination, tantôt l'une davantage, tantôt l'autre. C'est ainsi qu'on l'a vue provoquer l'élernument, le larmoiement, la salivation, la diurèse ou la transpiration cutanée, et, consécutivement à cette dernière, une éruption (Forck) du genre de celle que Linné désignait sous Je nom de suda* mina. Quelquefois il se fait d'abondantes évacuations alvines. Pour ce qui est des sueurs et des urines, il est possible qu'elles soient accrues en outre à la faveur de l'état nauséeux et des modifications du système nerveux se traduisant par la lenteur et la tension du pouls, qui descend parfois jusqu'à 35 pulsations par minute (Norwood).

A doses toxiques, la Vératrine amène des étourdissements, de l'oppression,

GCBLER. 39

de l'anxiété, (le la suffocation, des vomissements violents, la prostration des forces, quelquefois la syncope, l'insensibilité, le refroidissement de la périphérie, le pouls misérable, des convulsions, le tétanos précédé et accompagné d'une apparente exaltation de sensibilité, enfin l'asphyxie et la mort. Il est malaisé de démêler, au milieu de cette complication de symptômes, ceux qui résultent de l'action diffusée du poison charrié par le sang d'avec ceux qui reconnaissent pour cause une sorte de traumatisme, c'est-à-dire l'irritation locale et la phîegmasie du tube digestif. Cependant, contrairement à l'opinion de Kôlliker; j'attribue à ces dernières lésions le tétanos que les auteurs mettent au nombre des «flots directs de cet alcaloïde.

Prévost explique différemment la roideur musculaire dans l'empoisonnement par la Yér.itrino. Voyant ce symptôme faire défaut dans un membre dont les vaisseaux sont coupés, tandis que le nerf est intact, et se montrer, au contraire, dans une région dont le nerf, séparé de la moelle par une section transversale, complète, est irrité dans son bout périphérique, il conclut que la rigidité létaniforme dépend de l'excitation directe des muscles (j'aimerais mieux dire de l'augmentation d'irritabilité) par l'alcaloïde, et non de l'accroissement de la force excilo-motrice du contre spinal. La Vératrine est un poison musculaire, et par là un poison du cœur (Kôîltker, Prévost); le cœur, influencé par l'agent vénéneux, s'arrête en systole (Prévost, Hiri). Ce dernier expérimentateur pense que la Vératrine agit comme excitant du pneumogastrique et du cœur tout ensemble.

Van Praag reconnaît de son côté que la mort paraît provenir d'une paralysie spinale. A l'autopsie, on remarque des plaques rouges, inflammatoires, sur la muqueuse gastro-intestinale, ainsi que les congestions sanguines des viscères qui" caractérisent l'asphyxie.

Substances synergiques, auxiliaires. — Les vertus de î'Aconitine sont tellement semblables à celles du principe actif des Veratrwn, que je suis disposé à considérer ces deux alcaloïdes comme formant, avec la Delphine, la Sabadilline et la Colehicinc, une série comparable à celle de la Strychnine, de la Brucine, de l'fgazurme et de la Picrotoxine, et dans laquelle la Vératrine serait cinq fois moins active que sa congénère I'Aconitine, la plus puissante de toutes. La médication aniiphlogïstique ou les diverses sous-médications dont elle se compose, telle que la médication évacuante ou spoliatrice, voilà les auxiliaires de la Vératrine.

Surstances antagonistes, incompatibles. — Antidotes, contrepoisons. — Loin que la Vératrine soit à mes yeux un analogue de la Strychnine, je considère les poisons convulsivants et congestionnants, tous les Agents de stimulation et certains toniques, comme étant à un degré quelconque les antagonistes de la Vératrine, et dans mon opinion il ne faut pas, sauf exception, les prescrire concurremment avec elle. Les substances astringentes doivent encore être éloignées à cause de leur action chiaiique.

l^es antidotes physiologiques se composent de tous ces moyens réunis. Les

VERATRINE.

contre-poisons chimique- proprement dits sont les tanniques et l'iûdure ioduro de potassium.

Usages. — On peut utiliser l'action vomitive de In Vératrine dans les circonstances où les émétiquos sont indiqués, son action diurétique dans leshydropisies (Magendie, Bardsley), ses elîeîs sternulaloires dans 1rs affections congestives du cerveau ; mais la thérapeutique, 'qui possède des moyens aussi bons ou meilleurs, n'a que faire de cet agent périlleux ou difficile à manier, pour obtenir ces différents, résultats.

On peut aussi se servir de la puissance toxique de la Vératrine contre les parasites cutanés, végétaux ou animaux, notamment contre les poux. Seulement, c'est un moyen dangereux que je réprouve de toutes mes forces. Ou peut d'ailleurs y renoncer sans regret, puisque la matière médicale nous en fournit plusieurs autres plus ou moins innocents.

En définitive, l'emploi de la Vératrine doit être réservé pour obtenir les modifications du système nerveux et des sécrétions qu'elle procure mieux que d'autres agents. Or, ses effets anesthésiques ou stupéfiants, moins prononcés à la vérité que ceux du Sulfate de Quinine, de l'Aconitinc ou de l'Opium, mais associés aux effets éméto-cathartiques, diurétiques et diaphoniques qui la distinguent, désignent particulièrement cette substance dans certaines affections nerveuses, rhumatismales et goutteuses. On l'a beaucoup \anlée en friclions sur les tempes contre l'amaurose torpide (Turnbull, Terrier), et même contre les amauroses en général, les cataractes, i'iritis (Desgranges, FI. (Minier, Knapp, Lafargue, Bérard, etc.). Elle a été recommandée contre la surdité nerveuse (Boyçj), contre la prosopalgie, les névroses hystérique et hypochondriaque (Ebers), et aussi contre la péripneumonie (Trousseau, Aran, Ghilia) et d'autres phlegmasies tîioraciques. Enfin, à l'imitation des anciens, qui donnaient l'Ellébore en nature, on l'a prescrite flans la manie et les différentes foi mes d'aliénation mentale. Mais c'est principalement dans les affections arthritiques que la Vératrine et les plantes dont elle provient jouissent d'une faveur méritée (Piédagnel, Trousseau, Àran, Bouchut, etc.).

Modes d'administration et doses. — Le Sulfate de Vératrine, très -difficile à préparer, est inusité. L'alcaloïde pur se prescrit à la dose de 5 milligrammes répétée plusieurs fois dans les vingt-quatre heures. On l'administre ordinairement en pilules. îi pourrait être introduit dans un julep. On l'emploie aussi en embroeations et en pommade.

Ces formes pharmaceutiques diverses impliquent l'introduction par les voies digestives ou par la peau. La Vératrine a été aussi déposée dans le tissu cellulaire à l'aide d injections hypodermiques, (le mode d'emploi donne, lieu à une cuisson locale assez vive..

Les Pilules de Vératrine sont ordinairement de 5 milligrammes chacune ; le principe actif doit y être associé à des mucilagineux et non à des narcotiques, comme on le fait généralement, ce qui a i'inconvénient de troubler les effets spéciaux du médicament principal, surtout lorsqu'on prescrit les

pilules d'Aran : Vératrine et extrait d'Opium, àà, 5 centigrammes pour 10 piluîes.

Les Pilules de Magcndie, composées de : Vératrine, 5 centigrammes; poudre de gomme, 3 centigrammes, et sirop simple, quantité suffisante, sont préférables. Seulement, au lieu de 12 pilules, il vaut mieux: n'en faire que 1 0 avec cette masse.

La Teinture de Vératrine (Magendie) : Vératrine, 20 centigrammes; alcool, 30 grammes, est une bonne préparation, dont on peut prendre de 10 à 30 gouttes dans de l'eau sucrée ou dans une potion gommeuse.

La Pommadée de Vératrine renferme de 20 à 40 centigrammes du principe actif pour 30 grammes d'axonge ; elle se fait mieux avec l'axonge rance (Cavé).

ti OMTIXE, Acon itina.

Angl. Aconitine, Aconitina. - — AU. Aconitin, Aconitium.

U Aconit ine, fournie par V Aconit um Napellus (Renonculacées anomales), se trouve dans les A. ferox, Lycoctohum et tout le genre Aconitum. Elle existe principalement dans les racines, sans faire défaut dans les autres parties de ces plantes.

Sa formule, d'après Stahlschmidt, serait C60H47Ol4Az. Je ne la donne que comme provisoire, en raison de l'extrême variété des alcaloïdes désignés sous ce nom. Tout ce que je vais dire doit s'entendre de l' Aconitine de Hottot, laquelle est incristaliisable, tandis que celle de Morson, beaucoup moins énergique, cristallise en solides volumineux et bien réguliers. L' Aconitine n'est pas volatile; à peine soluble dans l'eau, elle est très-soluble dans l'alcool, l'éther, le chloroforme et la benzine.

Action physiologique. — Introduite entre les paupières, r Aconitine cause une vive irritation, avec rougeur, larmoiement et rétrécissement des pupilles. Appliquée sur les muqueuses, sur la peau dénudée par un vésicatoire, ou fortement frictionnée et rougie, ou bien couverte d'un épiderme mince, introduite dans le tissu cellulaire sous-cutané, l' Aconitine excite une sensation de picotement, de chaleur ou de cuisson vive, selon le cas, laquelle est souvent très-pénible et persiste quelquefois plusieurs heures. Dans la bouche, et notamment au pourtour de la langue, cette sensation revêt la forme spéciale de la saveur acre et brûlante du poivre ou de la racine de pyrèthre.

Si le médicament, enveloppé dans une substance inerte, a été introduit dans l'estomac, la brûlure qu'il y détermine éveille du côté de la cavité buccale des phénomènes sympathiques, particulièrement la salivation. Il provoque en même temps des envies de vomir, i'obnubilation de la vue, le vertige et une tendance syncopale, ainsi que des coliques. Parfois il survient des vomissements bilieux, avec un mélange de mucus et d épithélium. Chez les animaux, on a vu le mouvement antipéristaltique ramener des matières fécales.

A COMTES E. ti!3

A ces désordres se joignent, dès le début ou plus tard, de singuliers troubles de la sensibilité, consistant en une sensation de picotement à la peau, semblable à celle qui succède à la compression prolongée d'un membre, et qui est connue sous le nom de fourmillement. Cette sensation, comparée aussi à un scintillement électrique (Hirtz), se montre à la face, autour du nez, et s'accompagne, dans la cavité bucco-pharyngienne, de phénomènes analogues à ceux qui résultent de l'impression directe du poison sur la muqueuse. Tous ces symptômes sont des effets directs ou détournés de l'irritation exercée sur le tube digestif.

L'action générale, après l'absorption, entretient ces phénomènes et en fait apparaître d'autres. On observe en outre de la douleur de tête, du serrement des tempes, de la chaleur subjective, des picotements, des fourmillements aux extrémités, et la diminution de la sensibilité tactile, le ralentissement du pouls, l'abaissement de la température et la pâleur des tissus, l'exagération de la diurèse, l'altération ou la perte de la sensibilité gustative, spécialement dans la partie antérieure de la langue (Gubler), ce qui fait que les saveurs sucrées sont mal goûtées, tandis que l'amertume est parfaitement perçue. On a noté aussi des éblouissements, des bourdonnements d'oreilles, de la dilatation pupillaire peu constante, peu durable, de la céphalalgie fréquente et peu intense, jamais de délire ni de somnolence. Les troubles respiratoires, la fréquence et le désordre du pouls, la dilatation pupillaire, la prostration, quelques mouvements convulsifs, constituent des symptômes toxiques et ultimes.

Au résumé, l'action élective de l'Aconitine s'exerce sur les nerfs de sentiment, dont elle réduit ou supprime les fonctions par un mécanisme encore insaisissable. Il semble cependant que, à l'inverse de la Quinine, elle diminue la réceptivité des nerfs pour la force, favorise les décharges nerveuses, et prévienne l'excès de tension, d'où résultent de temps à autre des aigrettes douloureuses. Mais, en même temps que cet alcaloïde produit l'anesthésie, il calme la circulation, diminue le calibre des capillaires et abaisse la température. Gomme l'anesthésie est naturellement accompagnée d'une diminution des actions réflexes, cet ensemble symptomatique a pu rendre vraisemblable pour Liégeois et Hottot l'existence d'une perte de la force excito-molrice de la moelle.

L'Aconitine est assurément l'un des deux ou trois poisons les plus violents que la chimie ail mis dans les mains de la thérapeutique; les autres sont l'Atropine, l'Açide prussique et peut-être la Cicutine.

Substances synergiques auxiliaires. — L'Aconitine a des analogies marquées avec la Véralrine, la Sabadilline, la Colchicine; elle en a de plus étroites avec la Delphine et les principes actifs d'un grand nombre de Renouculacées acres et vénéneuses, particulièrement avec celui de la Renoncule >célérate. Une étude plus approfondie permettra peut-être de trouver dans ces dernières substances les meilleurs succédanés de l'Aconitine. Le Sulfate de Quinine et le Bromure de Potassium pourraient lui être associés à titre d'adjuvants.

6u alcalis végétaux,

Substances antagonistes, incompatibles. — Antidotes, contrepoisons. — Les antagonistes de l'Aconitine sont la Strychnine et les poisons convulsivants, ainsi que les stimulants, et l'Opium aussi à certains égards. Cesmédicaments sont donc incompatibles darts là même formule, et d'un autre côté ils conviennent pour neutraliser dynamiquement les effets toxiques dë l'Aconitinë, dont ils sont les antidotes proprement dits, de même que le1 Tannin et l'Induré ioduré dë Potassium ëiî sont les contre -poisons chimiques.

Usages. — Par ses propriétés physiologiques si caractérisées, l'Aconitine est naturellement désignée pour combattre les affections éminemment douloureuses, Spécialement les H'évMlgies mny'éstivës (Gublër). Elle a réussi contre lés névralgies licrodyniqiiH (Gublër) aj'arit leur Siège dans lëS extrémités des membres où abondent les corpuscules de Pacini, el £|Uë il'avaient pas modifiées sensiblement la Morpinnë ët l'Atrophié a hautes doses. Les plus beatii succès ont été obtenus par là majorité des praticiens dans les cas de névralgie du trijumeau (Coulson, Roots, Brookës, Scliroff, etc.). L'Aconitine s'est montrée efficace dans certaines affections douloureuses du cœur, et je pense qu'elle le serait également dans Tangiuë de poitriiië. Avec elle Flemitlg a calmé les douleurs du cancer. Oh peut l'administrer avec avantage Contre les affections irritativës et douloureuses des voies respiratoires et dë l'appareil circulatoire : asthme spasmodique, toiix coin ulsive, palpitations nërvëiîSës, ù.ntfor pca'oiis, même dans certaines formes de gastralgies sans phlogose de la muqueuse gastriuiië. Elle à été eniplojée contre les crampes, le tétanos et les contractures* la chorée, etc., ët même danslë délire ët la folie.

Certains spécialistes l'ont recommandée \ avec quelque apparëiicë de raison, dans les surdités accompagnées dë bruissements bizarres. Mais sim Usage ne me paraît plus rationnellement indiqué contre la dysenterie, la diathêse purulente, le faixin chronique, bien qu'on y ait eu recours habituellement eii pareil cas, et le pltiS souvent sans espoir de succès. Dans lës étals fébriles et les accès intermittents, dans quelques pvrexies, telles qtië l'êrysipèle, il n'est pas déraisonnable d'essayer l'action sédative de l'AcOiiitine, dë même que dans certaines dernialgies, mieiix appelées deimodyniès, pdrëe que ce n'est pas Uîî rameau nerveux qui est affecté, mais plutôt une région qui est douloureuse, et dans certaines affections cutanées In perestliésiques. Mais cet alcaloïde rend des services plus réels dans les formes aiguës douloureuses dii rhumatisme et de la goutte, non pas surtout en poussant à là sudation oli à la diurèse, mais ëii calmant a ht fois l'éréthismë nerveux et vasculairë.

Toutefois l'Aconitine excite la sécrétion rénale^ ainsi que le font les médicaments congénères, et peut servir ën conséquence 8 la résolution des hydropisles.

VodèS D'ADMimstn irlON Et bdSÈS. — C'est ici le liëd de rappeler les différences foiidameitiales qui existent ëritrë les dirër es Aconiliilës du cOMmerce^ cëlle. d'Àileinagnë éiàlit vingt a cinquante fois moins énergique fjue

ACOMTiNE. 615

celle d'Angleterre (Morson) ou de France (Hottot). C'est de cette dernière qu'il s'agit uniquement dans ce paragraphe.

L'Aconitine est administrée pure ou combinée avec l'acide sulfurique. En raison de son insolubilité, cet alcaloïde doit être introduit à l'état de combinaison saline, lorsqu'il s'agit de le faire absorber par des surfaces ou des tissus imprégnés de liquides à réaction neutre ou alcaline.

Pour l'usage interne proprement dit, la forme est à peu près indifférente, parce qu'il se rencontre ordinairement assez d'acides dans le suc gastrique pour favoriser l'absorption des bases insolubles ou peu solubles par ellesmêmes. Ordinairement, l'Aconitine est administrée par la voie stomacale. Il importe que l'estomac soit entièrement libre, afin que l'absorption ayant lieu rapidement, la substance médicamenteuse, éminemment altérable, n'ait pas le temps de se détruire. S'il existe de l'embarras gastrique, on aura recours d'abord à un éméto-cathartique ou bien à un simple purgatif. Si la muqueuse de l'estomac est très-irritable, on associera l'Aconitine à des correctifs mucilagineux ou gommeux et non narcotiques. La dose efficace est de 5 décimilligrammes; on la répète deux fois dans vingt-quatre heures pour débuter; puis on donne Successivement trois, quatre, cinq et six fois par jour une dose égale, c'est-à-dire qu'on élève successivement et avec prudence la quaniité journalière à 2 et 3 milligrammes. Pour calmer d'atroces névralgies, il faut quelquefois, ainsi que je l'ai vu, atteindre 7 milligrammes par jour : ce n'est peut-être pas la limite extrême. E. Hottot prépare des gmmlm d'un demimilligramme qui facilitent l'administration de cet agent héroïque.

Je n'ai employé qu'un petit nombre de fois le Sulfate d'Aconitine en solu tion alcoolique au 1/500% en injections hypodermiques. La dose minima était d'environ un tiers de milligramme, la dose maxima de 1 milligramme seulement. La sensation de brûlure vive et prolongée rend ce mode d'introduction assez pénible, et force à restreindre la dose employée dans chaque injection, s'mf à multiplier le nombre de ces petites opérations pour obtenir un résultat décisif. Cette même solution peut servir en injections dans les oreilles pour combattre les surdités avec tintouins et autres bruits anormaux.

Les anciennes formules des préparations pharmaceutiques de l'Aconitine doivent être toutes réformées, parce que les doses admises lorsqu'on ne possédait qu'une substance impure et peu active Sont devenues vingt fois au moins trop fortes. Les Granules d'Aconitine de Hottot ne sont plus que de 5 décimilligrammes au lieu dé 1 centigramme, représentant la plus faible dose de 1 Aconiline allemande; le principe actif s'y trouve mélangé avec du sucre et de la poudre de goinme.

La solution alcoolique, pour l'usage interne, ne doit pas contenir plus de 10 centigrammes d'alcaloïde pour 10 grammes de véhicule* ce qui donne 1 milligramme du principe actif pour 2 gouttes. H serait même bon de la diluer davantage pour l'introduire dans le tissu ceilulaite par la méthode

hypodermique; la solution au 1/500* est suffisamment concentrée, mais je préfère la solution au 1/2 00e.

Les préparations pour l'usage externe sont appelées à subir également des réductions, mais en proportions moindres. Il suffit de 10 centigrammes d'Aconiline pour 30 grammes d'axonge, d'huile d'olive ou de glycérine, ce qui est la formule de la Pommade de Broches,

cicutine, coxici\e, coxiftE, Cicutina seu Cicutinum, Angl. Cicutina or Conia. — Ail. Cîcutin.

Sans la présence d'une molécule d'azote, la Cicutine (G,6H,5Az) serait un hydrogène carboné. Aussi se présente-t-elle sous forme d'un liquide alcalin huileux, jaunâtre, volatil, soluble dans l'alcool et l'éther. Les sels de Cicutine sont cristallisables et déliquescents, non volatils, solubles dans l'alcool.

Cet alcaloïde, extrait des semences de la grande Ciguë (Conium maculatufri) et de quelques autres Ombellifères de la tribu des Cicutariées, présente quelques singularités relativement à sa manière de se comporter vis-à-vis ,des dissolvants ordinaires. Non-seulement il est plus soluble dans l'eau à froid qu'à chaud, mais, une fois dissous dans quatre parties d'alcool, il supporte sans se précipiter l'addition de l'eau, ce qui doit faciliter singulièrement son emploi thérapeutique, puisque l'eau pure à la température ordinaire n'en dissout qu'un centième de son poids.

Action physiologique. — La Cicutine possède une odeur vireuse, forte, et pénétrante, intermédiaire entre celles du tabac et de la souris, un goût acre analogue à celui du tabac.

Comme les autres alcaloïdes, elle irrite les surfaces sur lesquelles on l'applique, les fait rougir et. cause de la douleur. Mais bientôt, absorbée, elle efface cette première impression en donnant naissance à des effets stupéfiants d'une extrême énergie. Ingérée dans l'estomac, la Cicutine cause des nausées, du malaise, de légers vertiges. Ces phénomènes augmentent après l'absorption. On observe alors des troubles visuels, de l'embarras de la langue et l'anéantissement progressif des forces musculaires. La paralysie, limitée d'abord aux muscles volontaires, se généralise, et gagne les muscles respiratoires de la poitrine et de l'abdomen, le cœur gauche (Schroff), en dernier lieu le diaphragme, et entraîne finalement la mort par asphyxie. Les altérations des sens marchent de pair avec les difficultés de l'hématose. Tant que l'anoxémie n'est pas avancée, les animaux exécutent, quoique peu énergiquement, des mouvements compliqués, dans le but d'échapper à la douleur, ce qui prouve du même coup la conservation de la myotilité et celle de la sensibilité tactile et du sens musculaire, sans pourtant qu'on puisse en inférer l'intégrité de ces deux propriétés organiques. On observe souvent, avant la paralysie, un tremblement convulsif, de brusques retraits des membres. Boutron-Charlard et O. Henry ont observé d'horribles convulsions accompagnées de cris déchirants.

CICUTINE, CONICLNE, CONINE. 617

La Cicutine est comparable, pour la violence, soit à l'acide prussique, soit à l'Atropine et à l'Aconitine. Sa volatilité, jointe à cette redoutable puissance, rappelle la subtilité des fameux poisons dont il suffisait d'imprégner une lettre ou une paire de gants pour se débarrasser à coup sûr d'un personnage gênant ou abhorré. D'après ces symptômes, on doit admettre avec Christison que la Cicutine,, comme la Noix vomique, porte son action sur le centre spinal ; seulement, à l'inverse de la Strychnine, elle éteint la force excito-motrice de la moelle. La mort est précédée d'assoupissement, de stupeur ou de délire, d'un ralentissement parfois extrême du pouls, de cyanose et de refroidissement.

Substances synergiques auxiliaires. — Les principaux alcaloïdes de l'Opium, ceux de la Belladone, de l'Aconit, du Tabac, de la Lobélie, et surtout de la Phellandrie, sont synergiques de la Cicutine. Comme elle, ces substances diminuent ou abolissent l'irritabilité musculaire, la conduction des nerfs moteurs et la force excito-motrice de la moelle.

Substances antagonistes, incompatibles. — Antidotes, contrepoisons. — Les antagonistes directs de la Cicutine sont la Picrotoxine et les poisons convulsivants des Strychnos, qui peuvent en être considérés comme les antidotes dynamiques.

Les contre-poisons chimiques sont les astringents tanniques et l'iodure io~ duré de potassium. Recommandés aussi comme tels à une certaine époque, les acides ne peuvent que favoriser l'action de l'alcaloïde.

Usages. ■ — L'action contre-stimulante exercée sur la moelle par la Cicutine désigne naturellement cet alcaloïde dans tous les cas morbides caractérisés par des convulsions toniques, des contractures, la rigidité tétaniforme, ainsi que dans la coqueluche (Spengler), dans la rage, le tétanos traumatique ou spontané (OEsterlen), et dans les empoisonnements parja Strychnine ou la Brucine. Pereira constate cependant que, malgré la cessation des convulsions, la mort semble accélérée par l'intervention de la Cicutine. Des expériences cliniques sont donc indispensables pour décider de la valeur antidotique réciproque de la Cicutine et des poisons convulsivants.

La Cicutine n'est pas seulement hypocinétique, elle est aussi stupéfiante ou anesthésique, et trouve son emploi dans les affections éminemment (loulou reuses. Mais c'est, à mon avis, dans les maladies hyperesthésiques et spasmodiques de l'appareil respiratoire, qui lui sert de voie d'élimination : par exemple, dans les toux quinteuscs et la coqueluche, que la Cicutine est appelée h rendre les plus grands services. Seulement, afin de bénéficier de sa volatilité, il faut éviter de' l'associer à des acides et l'employer à l'état libre, dissoute dans l'alcool, puis diluée dans une potion.

Depuis Storck, la Ciguë est employée empiriquement contre les engorgements ganglionnaires et viscéraux, et contre le cancer. Les modernes ont accordé le même pouvoir à son alcaloïde. Nul doute que les malades n'en retirent des avantages réels en quelques circonstances; mais cela se borne à un apaisement des spasmes ou des douleurs. La Cicutine ne saurait être qu'un

palliatif de certains symptômes concomitants du cancer ou de la scrofule. Fronmûller et Mauthner en ont fait une application rationnelle aux cas d'ophthalmic scrofuleuse remarquables par l'excessive sensibilité pour la lumière avec spasmes palpébraux. Trousseau se loue des larges cataplasmes de Ciguë dans la phthisie et les tumeurs tuberculeuses ou carcinomateuses. Laboulbène affirme l'efficacité de la Ciguë contre les monoarthrites chroniques rhumatismales et autres. Pour ma part, je crois h son utilité pour engourdir la douleur, et spécialement pour diminuer les contractures réflexes, lesquelles compliquent souvent les lésions articulaires.

Modes d'administration et doses. -— La prise de Cicutine, c'est-à-dire la dose administrée en une seule fois, ne doit pas dépasser d'abord un demimilligramme. Cette dose peut être répétée plusieurs fois dans les vingt-quatre heures lorsque le sujet s'est peu à peu habitué au médicament.

On emploie l'alcaloïde libre ou combiné, avec l'acide acétique de préférence, ou bien en solution alcoolique ou hydro-alcoolique.

La Solution de Fronmidler renferme 2 gouttes d'alcaloïde dans 2/t gouttes d'alcool, et se donne à la dose de 3 gouiles sur du sucre. Le même praticien a donné la formule suivante : Ciculine, 3 ou 4 gouttes; alcool rectifié, 1 gramme; eau distillée, '20 grammes, F. s. Oit administre 15 à 20 gouttes trois fois par jour dans de l'eau sucrée.

Dans l'ophthalmie spasmodique avec photophobie, on emploie la Cicutine à la dose de 1 gramme dans 100 grammes d'alcool faible* ou bien à celle de 25 milligrammes daris h grammes d'huile d'amandes douces, Soit en friction sur les paupières, soit en opplicôiioh sur ces toiles membraneux à l'aide d'un pinceau.

On l'a administrée eii lavement à la dose de 3 gouttes, ce qui est excessif; oh l'a fait absorber aussi a la dose de 2 gouttes, par la méthode endermique* mais à l'état d'acétate, après addition d'acide acétique. Pour injections hypodermiques, on pourrait employer la solution dans l'alcool affaibli.

Fr. Devay et Guilliermond préparent des pilules et un baume de Gonicine \ en prend de deux à six pilules par jour.

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