STRYCHNINE
ble dose, agit sans doute au moins comme les amers en général, si ce n'est comme stimulant spécial de la contractilité organique. Elle produit, en conséquence, non pas directement, mais par action réflexe, un resserrement des capillaires sanguins et des fibres dartoïdes, c'est-à-dire l'astriction des tissus avec pâleur et diminution de la chaleur et des phénomènes liés à l'hypérémie.
L'impression produite sur les surfaces tégumentaires, transmise par les nerfs eisodiques jusqu'aux centres de réflexion, peut déterminer secondairement une contraction plus énergique et plus étendue.
A dose plus forte, elle agit comme irritant, cause sur le derme mis à nu par un vésicatoire une douleur cuisante et pongitive, et détermine une inflammation quelquefois suppurative.
Absorbée, puis séparée du sang par les émonctoires, la Strychnine exerce probablement une action générale analogue sur le réseau capillaire des glandes et des parenchymes, là où elle se trouve dégagée des entraves que l'albumine du sérum impose à la plupart des substances agissant en vertu de leurs propriétés chimiques.
En petite quantité, elle est tonique et diurétique en ce double sens qu'elle excite la sécrétion urinaire et provoque une excrétion plus fréquente. Mais, à forte dose, elle porte principalement son action sur le centre nerveux spinal (la moelle allongée, d'après Flourens; le cervelet, d'après d'autres physiologistes), dont elle augmente singulièrement la puissance excito-motrice. Il en résulte premièrement un simple accroissement des mouvements dits réflexes ; puis, à un degré plus avancé, une violence excessive de ces mêmes mouvements, soit spontanés, soit provoqués par un contact, une pression, une sensation légère quelconque. C'est ce qui a fait admettre une exaltation de sensibilité, tandis qu'il n'y a qu'une exagération des actions réflexes par lesquelles se manifeste l'impression (Stannius). En excitant la sensibilité, et, par elle, des contractions convulsives, on s'assure du degré d'action de la Strychnine et l'on est en mesure d'arrêter à temps l'administration du médicament.
La maladresse, l'incertitude de la marche, dépendent précisément de ces roideurs instantanées. Les muscles du pharynx, du larynx, de l'œsophage et de la vessie, ceux des organes génitaux chez l'homme et chez la femme, sont influencés aussi bien que les muscles des membres. On a observé des érections opiniâtres diurnes et nocturnes et des phénomènes analogues dans le sexe féminin (Trousseau et Pidoux). Enfin, on constate la permanence de la contraction musculaire, toujours prédominante dans les extenseurs du tronc et des membres (Martin -Magron, Cayrade), comme s'il existait une sous-division du centre médullaire, dévolue spécialement aux muscles qui renversent le tronc et déploient les extrémités (Gubler). C'est un phénomène identique au tétanos morbide, et, comme dans celui-ci, la contracture des mâchoires ou trismus est l'un des phénomènes les plus saillants.
La Strychnine produit aussi du côté de la peau des sensations pénibles,
comparées par les malades à des fourmillements ou bien à des décharges électriques. Ces douleurs rappellent donc celles de l'alaxie locomotrice.
Magcndie a remarqué que les effets de la Strychnine ou plutôt de la Noix vomique étaient plus prononcés du côté paralysé. Andral et Lallemand ont noté l'influence funeste que cet agent exerce sur les sujets affectés de ramollissement cérébral. Ces faits, de même que la stupeur et le vertige, observés par Bally, s'expliquent, à mon avis, par l'hypérémio mécanique en rapport avec la rigidité des parois thoraciques, la gêne respiratoire et les phénomènes d'asphyxie, laquelle hypérémie se fait nécessairement sentir davantage dans la partie du cerveau affectée d'inflammation primitive ou secondaire. L'absence de l'influence volontaire, invoquée par Ségalas, ne peut entrer en ligne de compte que dans le strychnisme léger avec convulsions fugaces. Mais nous admettons, conformément à l'opinion de Marshall-Hall, que l'accroissement de l'irritabilité musculaire dans les lésions cérébrales contribue à rendre plus intenses les manifestations de l'irritation spinale dans le côté paralysé. D'ailleurs, la rigidité tétanique ne se borne pas aux muscles volontaires, elle atteint également ceux dont les contractions sont en partie soustraites à la volonté (muscles inspirateurs et expiraleurs, muscles de la glotte et de l'appareil pharyngo-laryngé), et môme les fibres motrices de la vie organique, ce qui détermine les accidents les plus graves, pouvant mettre prochainement la vie en péril. On observe, par exemple, la contracture invincible des muscles thoraciques et de ceux du larynx avec l'impossibilité de respirer, l'asphyxie et la mort.
En définitive, la Strychnine est à la fois le plus énergique des amers et le type parfait des poisons tétanisants.
Le mécanisme de l'action de la Slrychine sur la moelle et ses prolongements encéphaliques est encore insaisissable; mais il est permis de voir l'une des conditions de son affinité élective pour le centre spinal dans une circonstance dont l'influence se fait également sentir dans d'autres intoxications, je veux parler de l'élimination du poison effectuée probablement par le liquide céphalorachidien, lequel, étant exempt d'albumine, restituerait à l'alcaloïde la liberté d'action qu'il avait momentanément perdue dans le sang (Gubler).
Substances synergiques, auxiliaires. — Les poisons convulsivants : Brucine, Picrotoxine, sont synergiques de la Strychnine. Ses auxiliaires sont toutes les substances qui contracturent directement les muscles ou qui pro duisent l'hypérémie médullaire, notamment les courants électriques, les paralysants du système sympathique.
D'un autre côté, les effets des amers sont semblables a ceux de la Strychnine affaiblis, et l'induction fait prévoir que des doses excessives des principes doués d'amertume arriveraient à produire les phénomènes caractéristiques de l'empoisonnement par les Strychnos.
Substances antagonistes incompatibles, mm Antidotes, contrepoisons. — Les incompatibles sont toutes les substances qui, comme la