TARTRATE DE POTASSE ET D'ANTIMOINE
rience a démontré l'efficacité du traitement par le Tartrate antimonié de Potasse.
Les désordres anatomiques et fonctionnels sur lesquels l'Émé tique a le plus de prise sont ceux qui se traduisent par les mots fluxion sanguine et fièvre : celle-là représentant la fièvre locale, celle-ci l'inflammation généralisée. Puis viennent les phlegmasies plus avancées, les poussées hémorrhagiques, les phénomènes d'excitation sensitive et motrice, les sécrétions défectueuses, et secondairement, les collections liquides ou les épanchements plastiques.
Si l'action nauséante enraye les hémorrhagies cérébrales et les hémoptysies, si les effets émélo-cathartiques provoquent la résorption de vastes épanchements séreux, ces troubles artificiels de l'économie agissent plus sûrement encore pour éteindre le feu de la fièvre ou des inflammations localisées. Dans ces conditions seulement, le succès peut être instantané et durable ; partout ailleurs, la médication stibiée ne donne que des résultats aléatoires et momentanés : elle agit en qualité de palliatif plutôt que comme réellement curative.
Dans le rhumatisme, par exemple, l'Émétique produit d'excellents résultats quand les localisations sont peu stables et la fièvre intense. Dans la pneu monie, c'est le premier degré qui cède rapidement et s'évanouit parfois sans retour par une sorte de délitescence, selon l'expression consacrée.
Mais, pour mieux réussir, faut-il donc chercher à obtenir la tolérance? En aucune façon.
Dans mon opinion, qui, je le répète, est celle de Rivière, de Macartney, de Rayer, de Dance et de Chomel, le Tartre stibié ne jouit de propriétés thérapeutiques qu'à la condition de produire ses effets physiologiques ordinaires, c'est-à-dire la nausée, le vomissement et les phénomènes généraux connexes ; il ne possède aucun effet altérant démontrable en dehors de ces modifications fonctionnelles qui se rattachent à l'action éméto-cathartique par voie de sympathie ou par d'autres liens connus du physiologiste. En conséquence, il serait absurde de vouloir supprimer les effets nauséeux et vomi-purgatifs d'où tout le reste dérive ; car, si l'on y parvenait complètement, on se priverait par cela même de toute influence favorable sur la marche ultérieure de la maladie. Loin de se proposer un tel but, on doit avoir pour objectif constant, sinon l'action éméto-cathartique, du moins l'action nauséante du Tartre stibié. Les doses de sel antimonial doivent être pesées, fractionnées et rapprochées, ou éloignées de telle sorte que le résultat désiré soit maintenu dans de sages limites tout le temps jugé nécessaire pour se rendre maître des accidents. Presque jamais il n'est indispensable d'éviter les évacuations stomacales et alvines dans la première phase du traitement; souvent, au contraire, la dépression profonde qui en résulte, et qui s'augmente de la spoliation séreuse de l'organisme, exerce une influence décisive sur l'issue du mal. Mais, une fois acquis ce premier résultat, il suffit généralement de soutenir l'action nauséante, à moins que, par exception, il ne semble préférable de répéter une ou deux fois par jour les secousses de vomissements.
Les contre-indications du Tartre stibié se tirent principalement de l'état des voies digeslives et de celui des forces organiques, à quoi il faut joindre la composition du milieu ambiant dans ses rapports avec la pathogénie, en d'autres termes, la constitution médicale régnante. On évitera soigneusement l'emploi de l'Emélique chez les sujets exposés au dévoiement, au vomissement, et qui souffrent d'une lésion de l'estomac et des intestins; chez ceux qui sont dans la débilité, la prostration, et à plus forte raison dans la période adynamique des affections malignes. On s'en abstiendra encore dans les temps et les lieux où régnent épidémiquement des maladies dangereuses qui, telles que la dysenterie ou le choléra, portent leurs principales violences sur le tube digestif et les viscères abdominaux.
Outre ses usages internes, le Tartre stibié est encore un agent extérieur de la médication irritante, escharotique, et partant révulsive. L'intensité et la durée de ses effets topiques l'ont fait préférer non-seulement aux rubéfiants, mais même aux vésicants, dans le traitement des inflammations chroniques et rebelles du larynx, des bronches et des autres organes thoraciques, et parfois dans celui des hydarihroses, des arthrocaces et de diverses affections chirurgicales. On s'en servait aussi pour ranimer les dermatoses chroniques, telles que l'acné rosacée, le psoriasis, etc.
Modes d'admînistration et doses. — Pour l'usage interne, l'Émétique se donne généralement en solution aqueuse, avec addition de correctifs et d'adjuvants, et à doses variables suivant le but qu'on se propose.
En vue d'obtenir les effets contre -stimulant s, on a pris, depuis Rasori, l'habitude d'administrer des doses énormes du Sel antimonial. Le promoteur de l'ancienne école italienne en donnait 1, 2, 3 et jusqu'à h grammes dans les vingt-quatre heures. En France, on n'a pas dépassé 1 gramme et demi, la dose ordinaire étant de 30 à 60 centigrammes : c'est encore beaucoup trop. A la vérité, cette dose était habituellement associée à 5 centigrammes d'extrait gommeux, ou bien à une quantité correspondante d'une autre préparation d'Opium ; et, par conséquent, elle était considérablement atténuée dans ses effets toxiques. Néanmoins je la considère comme excessive par ces deux raisons : que, d'une part, elle n'agit pas mieux qu'une quantité six à dix fois moindre, et que, d'autre part, elle entraîne des accidents locaux et généraux parfois redoutables. D'après mon expérience, 5 à 10 centigrammes suffisent à réaliser tous les effets hyposthénisants désirables, à la condition de n'y ajouter ni opium ni aucune préparation narcotique. Encore est-il nécessaire de les fractionner et de répéter les prises, afin de se borner à l'action nauséante, ou du moins de produire aussi peu que possible d'évacuations par le haut et par le bas, et de soutenir régulièrement cette action.
On épargne au malade la saveur désagréable du Tartre stibié en la dissimuant sous des substances aromatiques. Il est commode de l'introduire dans le julep gommeux du Codex, qui est aromatisé avec de l'eau de fleur d'oranger;