‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource] (volume 2)Chapitre 231 sur 276 · TARTRATE DE POTASSE ET D'ANTIMOINE · texte numérisé non relu

TARTRATE DE POTASSE ET D'ANTIMOINE

trique. En outre, rien n'est plus facile que d'expliquer l'asthénie qui accompagne les phénomènes topiques du Tartre stibié donné à l'intérieur, par les sympathies évidentes qu'éveillent dans toute l'économie les troubles gastriques. Que le vomissement soit provoqué par l'émétique, par l'ipéca, par une indigestion, par la titillation de la luette ou par la vue d'un objet dégoûtant, il a pour cortège nécessaire le refroidissement périphérique, la pâleur tégumentaire, la sueur, la sédalion circulatoire et la résolution des forces. Pour que ces phénomènes se produisent, il n'est même pas indispensable que l'estomac et les puissances synergiques entrent en convulsion pour expulser le contenu du ventricule; l'état de malaise et de nausée qui suit la crise suffit à jeter l'organisme tout entier dans une prostration exclusive de la lièvre et du travail inllammatoire.

Au résumé, de tous les effets directs qui lui sont attribués, l'action nonséante ou émétique du Tartre stibié est la seule incontestable, et celte action, qui s'exerce immédiatement sur la muqueuse gastrique, rend suffisamment compte des phénomènes généraux dont l'existence semblait impliquer l'absorption préalable du sel antimonial et son conflit avec les centres nerveux.

En conséquence, sans vouloir absolument nier l'action hyposthénisante directe et pour ainsi dire spécifique des préparations stibiées une fois parvenues dans la circulation, je me crois autorisé à n'accorder cependant une importance réelle qu'à leurs effets topiques sur le tube digestif, et aux sympathies qu'ils excitent dans le reste de l'économie. La réduction de l'hématose par l'Antimoine en circulation dans le sang est admise par les chimistes sans preuve démonstrative, et seulement comme moyen de comprendre les résultats constatés par les cliniciens. L'analogie avec l'arsenic, invoquée en faveur de cette manière de voir, ne lui apporte pas un appui bien solide, puisque l'action pharmacodynamique de ce dernier est elle-même fort obscure. En tout cas, si elle existe, elle n'a qu'une part secondaire et probablement minime dans le résultat définitif. La valeur de la spoliation séreuse et de la déperdition des forces par les efforts de vomissements est beaucoup plus grande, mais; encore une fois, elle est certainement primée par celle des effets réflexes de l'état nauséeux.

La doctrine exposée ci-dessus me semble de nature à concilier tous les faits et à rallier toutes les opinions. Avec Rivière, Macartney, Rayer, elle fait pivoter la plupart des symptômes autour de faction nauséante, sans vouloir, avec Chomel ef Dance, que le Tartre stibié soit bsolument inerte, s'il ne purge ni ne fait vomir, c'est-à-dire s'il est toléré; avec Broussais, Bouillaud et Barbier, elle accorde une importance méritée à la spoliation et à la dérivation opérées par la supersécrélion gastro-intestinale, les vomissements et les évacuations alvines ; avec Eberle et Trousseau, elle reconnaît la part considérable qui revient à la dépression du système nerveux dans les troubles circulatoires et calorifiques : seulement, elle ne fait de celte modification de l'innervation

qu'un symptôme secondaire dérivé des désordres gastriques ; enfin elle admet avec Laennec l'accroissement de l'absorption interstitielle consécutive aux pertes séro-albumineuses essuyées par l'économie. Elle n'a aucune répugnance à déclarer, après Fontaneilles, que des altérations sanguines .doivent en résulter; elle laisse même le champ libre à la démonstration d'une action de présence, actuellement hypothétique, sur le sang et le système nerveux, laquelle contribuerait dans une certaine mesure au résultat final : l'hyposthénie ; mais elle n'a que faire du prétendu pouvoir imaginé par Rasori, de diminuer directement la (lia thèse de stimulus envisagée comme une entité spécifique, et, repoussant les facultés curatives occultes dont Tealer, cité par Pereira, a gratifié PÉmétique, elle cherche dans les données acquises en physiologie l'explication de ses effets thérapeutiques.

Il me reste à faire comprendre l'action topique irritante et même escharotique du Tartre stibié. Ce sel ne produit pas sur la muqueuse ou la peau des effets chimiques comparables à ceux des acides ou des alcalis concentrés : il ne brûle pas d'emblée les tissus ; mais, semblable à l'Arsenic, il les imprègne sans les détruire, les modifie dans leur vitalité et les irrite, puis les frappe de mort s'il est en quantité suffisante, et développe circonférentiellement une inflammation plus ou moins vive, aboutissant à î'exsudat plastique et à la suppuration. Ces phénomènes, qui supposent la présence d'un tissu vivant, ne se montrent pas sur le cadavre.

Substances synergiques, auxiliaires. — Les vomitifs et les purgatifs, ainsi que tous les moyens qui favorisent ou assurent les effets de ces agents, sont synergiques ou auxiliaires du Tartre stibié. Il en est de même, à certains égards, des émissions sanguines et de quelques médicaments qui, tels que les émollients, les délayants, les acidulés, le Sulfate de Quinine, l'Arsenic, le Bromure de Potassium, sont capables de calmer, d'une façon ou d'une autre, l'éréthisme inflammatoire et fébrile ; aussi le Tartre stibié est-il souvent associé à la limonade citrique ou tartrique, et son emploi combiné avec celui du Sulfate de Quinine ou de la saignée.

Substances antagonistes, incompatibles. — Antidotes, contrepoisons. — Les aromatiques, les alcooliques et les antres stimulants diffusibies s'opposent aux effets physiologiques de l'émétique. ïî en est de même des narcotiques et spécialement de l'Opium, lequel ne devrait, en conséquence, jamais être associé au Tartre stibié dans une formule. Si l'on craint la violence d'une dose ordinaire du médicament, il vaut mieux la réduire au quart ou à la moitié que d'y ajouter de l'Opium, qui en neutralise les effets dans la même proportion, 5 centigrammes d'extrait gommeux îhébaïque me paraissant équivaloir à 10 centigrammes d'Émétique. Si l'on tient à procurer du sommeil au malade, il est plus rationnel de suspendre pour quelques heures l'usage de la potion stibiée et d'administrer le narcotique isolément.

Il existe enfin des antagonistes partiels : par exemple, le froid contrarie les vomissements et la chaleur modère la diarrhée, en sorte qu'il serait possible,

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par une combinaison de conditions connues d'avance, de faire prédominer les effets, soit émé tiques, soit cathartiques.

D'un autre côté, le Tartrate antimonié de Potasse est altéré dans sa composition par certaines substances agissant en vertu de leur pouvoir chimique: tels sont le tannin et toutes les matières qui en renferment, notamment le Quinquina, le Thé, la Noix de galle, l'écorce de Chêne, etc. Ces substances végétales sont les contre- poisons de î'émétiquc, de même que l'Opium et les stimulants diffusibles en sont les antidotes dynamiques.

Usages. — Le Tartre stibié est naturellement indiqué toutes les fois qu'il s'agit d'obtenir une action éméto-cathartique. il offre encore une application rationnelle dans les cas morbides où un groupe de symptômes peut être réprimé par ses effets secondaires, sympathiques ou autres, qui suivent l'état nauséeux, les vomissements et la diarrhée.

1° En qualité d'évacuant, il est généralement employé dans l'embarras gastrique et intestinal, dans îa fièvre gastrique et bilieuse, dans îe premier septénaire de îa fièvre typhoïde, dans les indigestions qui n'aboutissent pas, dans les empoisonnements par des substances toxiques ingérées parla bouche. De ces types on peut rapprocher ceux de corps étrangers introduits dans les premières voies, et ceux de catarrhe suffocant, de croup bronchique et laryngé, d'angine couenneuse et d'amygdalite suppurée, dans lesquels les efforts de vomissements contribuent puissamment à l'expulsion des matières muqueuses, plastiques ou purulentes qui encombrent les voies aériennes ou digestives.

2° Mais, dans plusieurs cas de cette dernière catégorie, l'émétique agit en outre en exagérant les sécrétions muqueuses et favorisant la séparation des autres produits d'exsudation. On recherche également ses propriétés hypercr iniques dans la bronchite sèche ou à raies vibrants, dans îa pneumonie avec excès de plasticité, et quelques circonstances analogues.

3° Comme liypocinétique ou résolutif de la puissance musculaire, le Tartre stibié trouve son opportunité dans la réduction des luxations difficiles et des hernies rebelles au taxis, dans la coqueluche, les toux spasmodiques, dans les névroses convulsives : hystérie, épilepsie; dans le tétanos et la chorée (Gillette, Bouley, Marrotte), ainsi que dans les contractures et les spasmes symptomatiques des lésions des centres nerveux. ïl pourrait être administré au même titre dans le but d'arrêter les contractions douloureuses et inefficaces de l'utérus, ce qui n'empêcherait pas l'acte du vomissement ou l'irritation portée sur le rectum par le Tartre stibié en lavement d'être utiles, comme le veut Stedman, dans le travail languissant (tedious labow*). Dans les maladies organiques du cœur, l'Émétique joue encore le rôle d'hypocinétique, quand il fait cesser le tumulte des battements cardiaques et apaise la circulation.

U° Uaction diaphoré tique est recherchée dans le cours des affections aiguës, inflammatoires et fébriles. Au milieu d'une fièvre ardente, quand les sudorifiques ordinaires, c'est-à-dire les stimulants, sont devenus impuissants ou dangereux, le Tartre stibié est le meilleur moyen d'amener la sudation et de pro-

voquer l'apparition d'un exanthème qui se faisait attendre. L'éruption des boutons varioliques, obtenue de la sorte, met fin quelquefois aux plus graves accidents.

5° Enfin le Tartre stibié est usité comme antiphlogistique principalement, ainsi que je l'ai dit, pour ses qualités nauséantes, dans une foule d'états pathologiques, en tête desquels il convient de placer la pneumonie et le rhumatisme articulaire aigu. A la suite de ces maladies capitales viennent les bronchites et les broncho-pneumonies, les pneumonies secondaires de la tuberculose pulmonaire, la pleurésie, l'érysipèle, le phlegmon, la phlébite, la méningite aiguë, et généralement les phlegmasies fébriles. A cet ordre de faits se rapportent les cas où le Tartre stibié agit comme anémiant, ou plutôt comme antifluxionnaire et décongestionnant :, ainsi que comme hémostatique. Tels sont le coup de sang et l'apoplexie cérébrale, la manie aiguë avec hypérémie, sinon phlogose, de la pulpe encéphalique; tel est aussi le délire alcoolique, mais seulement dans sa période congestive et irritative ou hypersthénique. Car ce serait une erreur de croire que la médication stibiée fût applicable à tous les cas indifféremment, comme le voudraient quelques médecins étrangers. Au début, le délire et le tremblement alcoolique, étant des phénomènes d'asthénie, réclament l'Opium et les stimulants diffusibles ; c'est plus tard, quand l'irritation et l'hypérémie ont remplacé l'abincitation primitive, que se fait sentir l'utilité du Tartre stibié, comme celle du Sulfate de Quinine ou de la Digitale.

Malgré la diversité et l'apparente simplicité des mécanismes invoqués dans ces différentes catégories de cas, l'action du Tartre stibié resle cependant toujours identique au fond bien que multiple dans ses conséquences. Ce qui justifie les distinctions établies précédemment, c'est moins la prédominance réelle de l'un des effets du sel aniimonial sur l'économie troublée que l'importance majeure que chacun d'eux acquiert tour à tour aux yeux du physiologiste dans l'explication du résultat observé. S'agit-il, par exemple, d'une angine couenneuse, on explique les bons effets de l'Émélique par l'élimination des fausses membranes, tandis que l'hypercrinie muqueuse, la sédalion nerveuse et circulatoire, la spoliation du sang, ont aussi leur part dans les résultats thérapeutiques. De même, dans une phlegmasie rhumatismale des séreuses cardiaques, l'action hypocinétique n'est qu'un élément de curation auquel se joignent efficacement les effets toniques vaso-moteurs, réfrigérants, révulsifs ou dérivatifs, diaphoniques, etc., et ainsi des autres cas pathologiques.

Pas plus que les autres agents de la matière médicale le Tartre stibié n'est l'antagoniste spécial de certaines formes, encore moins de certaines entités morbides ; il ne s'adresse pas à la convulsion en général, ni à la pneumonie ou bien au rhumatisme envisagés comme espèces nosologiques, mais il combat diverses modifications pathologiques qui se retrouvent comme éléments générateurs ou comme complication dans les nombreuses maladies où l'expé-

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