‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource] (volume 2)Chapitre 4 sur 276 · LEIPZIG, E. JUNG-TREUTTEL, QUERSTRASSE · texte numérisé non relu

LEIPZIG, E. JUNG-TREUTTEL, QUERSTRASSE

Traduction et reproduction réservées.

M. Jo DUMAS

Sénateur,

Grand Officier de la Légion d'honneur, Professeur honoraire de la Faculté des sciences et de la Faculté de médecine de Paris, Membre et Secrétaire perpéluel de l'Académie des sciences de l'Institut, Membre de l'Académie impériale de médecine, Président de la Commission du Codex, etc.

Au Maître illustre et cher,

Hommage reconnaissant et dévoué, A. GUBLER.

PRÉFACE

Les nations les plus civilisées ont toutes compris Futilité sociale d'un livre officiel réunissant à la liste des médicaments reconnus efficaces les données scientifiques relatives à leur meilleur mode de préparation et les formules consacrées par l'expérience.

Chaque pays de l'Europe et de l'Amérique a sa Pharmacopée, laquelle prend en France le nom de Codex médicament ar lus et sert de règle pour toutes les pharmacies de l'empire. Mais, à mesure que la science marche, certains médicaments tombent en désuétude, d'autres prennent leur place; des procédés chimiques perfectionnés donnent des produits plus purs et plus parfaits : l'œuvre des législateurs de la pharmacologie ne tarde donc pas à paraître surannée, il faut de temps à autre la rajeunir par une réforme partielle. C'est ce qui vient d'avoir lieu pour le Codex par les soins d'une réunion de savants (1) , sous la direction de notre grand chimiste M. Dumas.

Si instructif que soit un ouvrage de ce genre, au point de vue de l'objet restreint qu'il se propose, la lecture en est aride nonseulement pour le médecin, mais aussi pour le pharmacien curieux de connaître les usages divers, les doses et le mode d'emploi des agents de la matière médicale. Un thérapeute se charge ordinairement de compléter pour les praticiens le travail des chimistes et des naturalistes. Il est arrivé même qu'une seule pharmacopée nationale a rencontré plusieurs interprètes. Celle du Royaume-Uni en compte au moins deux : l'excellent TJiomtsons Conspectus 0/

(\) La commission était composée de MM. Dumas, Rayer, Bouchardat, Grisolle, Jules Regnauld, Tardieu., Wurtz, Bussy, Chatin, Guibourt, Le Canu, Buignet, Gobley, Mayet, Mialhe, Schaeuffèle. Petit et Mourier, secrétaire.

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en représente les propriétés essentielles. En second Heu, le médecin donnera la préférence aux matières divisées par la pulvérisation, la dissolution ou la volatilisation (poudres, tisanes, teintures, fumigations, etc.). La dissolution dans un véhicule approprié assure mieux que tout autre mode d'administration l'efficacité des agents théra^ peutiques. Pourtant la forme pilulaire ou capsulaire est très-commode, et d'ailleurs les médicaments fétides ou de mauvais goût veulent être dissimulés, soit par l'incarcération, soit par le mélange avec des correctifs. De cette nécessité dérivent non-seulement les pilules, granules, dragées, perles et capsules, mais aussi les tablettes, pastilles, saccharines et sirops. Enfin, suivant la voie d'introduction qu'on a choisie, la forme médicamenteuse varie nécessairement. A la médication interne se rapportent les préparations énumérées cidessus, ainsi que les potions et les loochs ; à la médication externe s'adaptent les cataplasmes, liniments, pommades, sparadraps, papiers chimiques, emplâtres, etc. Voilà en quelques mots ce que nous aurions dit plus longuement à l'occasion des derniers chapitres du Codex, sans beaucoup plus de profit pour le lecteur.

La Pharmacopée française n'énumère pas moins de sept cent vingtsept produits naturels ou artificiels, dont plusieurs : escargot, huître, lait, œuf, oxygène, n'ont pas l'habitude de se rencontrer dans les traités de thérapeutique. A l'exception de quelques médicaments récemment introduits dans la pratique et sur lesquels l'expérience n'a pas suffisamment prononcé, c'est la Matière médicale tout entière. On peut même dire sans crainte d'exagération, que, par respect pour le passé, le livre officiel continue à déployer un luxe vraiment superflu de moyens thérapeutiques, car on y voit figurer comme autrefois, à côté du Grustacé peu attrayant connu sous le nom de Cloporte, l'innocente Bardane et la grande Consoude non moins illusoire.

Quelque insignifiants qu'ils puissent être, aucun de ces produits n'a été oublié dans les Commentaires, mais les articles qui les concernent ont naturellement gardé des proportions exiguës en rapport avec leur valeur nulle ou douteuse. En revanche, les principaux médicaments, tels que les alcaloïdes du Quinquina, de l'Opium et de la Belladone, l'Ergot, l'huile de foie de Morue, le Tartre stibié,

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Vif

l'Alcool, le Chloroforme, la Digitaline, etc., ont été traités avec des développements qu'on chercherait en vain dans la plupart des ouvrages classiques. Chemin faisant, j'ai trouvé l'occasion d'insérer quelques détails relatifs à des substances importantes omises dans le nouveau Codex, et parmi lesquelles je me contenterai de citer l'Iodoforme, dont les remarquables propriétés méritaient cette distinction.

Voici maintenant comment j'ai procédé en exposant l'histoire de chacun des agents de la Matière médicale.

A côté des noms français, scientifiques et vulgaires, ainsi que de leur équivalent latin, se lisent les dénominations anglaises et allemandes, dont la connaissance devient de plus en plus nécessaire à mesure que les travaux écrits dans ces deux langues se répandent davantage dans notre pays. Le symbole de chaque composé ou principe immédiat se trouve toujours à côté du nom de la substance, et quand la science n'était pas absolument fixée sur la composition de celle-ci, j'ai préféré donner une formule contestable, en la mettant sous la responsabilité de son auteur, plutôt que de laisser subsister une lacune. Malgré l'avantage de ne rien préjuger sur l'arrangement intime des éléments dans les combinaisons en écrivant ce qu'on nomme la formule brute, j'ai cru devoir, à l'exemple de la savante Commission du Codex, adopter les formules dites rationnelles, plus faciles à mnémoniser, et qui rappellent à l'esprit, sinon la réalité des choses, du moins leur état probable en même temps que la théorie des opérations par lesquelles ces combinaisons peuvent être obtenues ou détruites.

Après une brève indication de l'état naturel, utile surtout quand la substance fait partie de nos organes ou bien des Eaux minérales et des produits employés en médecine, vient la description succincte des propriétés physiques et chimiques, envisagées principalement dans leurs rapports avec les usages médicinaux, telles que la solubilité clans l'eau, l'alcool et les autres menstrues, la volatilité à une température voisine de celle du corps humain, les altérations sous l'influence des agents physiques ou chimiques répandus partout. Parmi les propriétés organoleptiques, souvent mentionnées à cette occasion, figurent régulièrement celles qui se rattachent au goût et à l'odorat, les deux sens qui nous fournissent les notions les plus

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précises sur la composition chimique, et conséquemment les vertus thérapeutiques des médicaments.

J'aborde ensuite l'exposition des effets physiologiques (en anglais, operative effects), c'est-à-dire du mode opératoire de la substance médicamenteuse sur les êtres vivants , et particulièrement sur l'homme, indépendamment de toute altération morbide dans les organes et les fonctions. La description de ces effets physiologiques, déduite de l'expérience clinique mieux encore que des expérimentations sur les animaux, constitue le chapitre le plus important de l'histoire des agents thérapeutiques; car ceux-ci ne se comportent pas autrement, ou plutôt ils n'agissent pas en vertu d'autres lois, chez un sujet malade que chez un sujet sain. Dans les deux cas ils n'atteignent que nos organes pour en modifier la composition et la structure ou les actes sécrétoires, moteurs, sensitifs, nutritifs et plastiques. Très-rarement ils s'adressent à une cause pathogénique, jamais à une de ces entités morbides qui ne sont que des conceptions de notre esprit, des abstractions de symptômes sans réalité matérielle.

En faisant du catarrhe, de l'inflammation, de l'herpétisme ou de la goutte autant de types subsistant par eux-mêmes à la manière des espèces naturelles, les nosologistes furent nécessairement entraînés à chercher et à proclamer des anticatarrhaux, des antiphlogistiques , des antiherpétiques et des antigoutteux. Mais ces groupes sont purement artificiels, comme les syndromes qui leur ont donné naissance. Derrière ceux-ci l'observateur sévère ne découvre qu'un organisme souffrant, et leur apparente individualité dépend de l'unité du support, de même que la succession des symptômes morbides est déterminée par l'enchaînement naturel des phénomènes de la vie.

Les lumières de la biologie dissiperont les fantômes de la spécificité morbide et de la spécificité thérapeutique, laissant à peine subsister, dans le cadre factice de l'ancienne nosologie, quelques causes spécifiques constituées par des êtres créés ou participant de leur nature; et, dans les classifications physiologiques des médicaments, cette sorte de spécialité d'action qui s'accuse de préférence du côté d'un élément histologique, d'un organe ou d'un

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appareil, comme l'élection de la Belladone pour l'œil et celle de la Strychnine pour la moelle. La doctrine des vertus spécifiques des remèdes, issue de l'ontologisme, périra avec lui; et quand l'action physiologique des médicaments sera parfaitement connue, la thérapeutique ne sera plus qu'un corollaire de la physiologie.

Pénétré de cette conviction, j'ai donné tous mes soins à la description de l'action physiologique des médicaments et à l'exposé des indications thérapeutiques qui en dérivent.

Dans la recherche des effets physiologiques, j'étudie d'abord l'action topique du remède, puis ses effets sympathiques ou réflexes, enfin son action générale, ou plutôt généralisée par l'intermédiaire de la circulation, et que j'appelle volontiers diffusée, pour marquer qu'elle se compose en grande partie d'une série d'actions locales sur les émonctoires et les divers parenchymes. Je distingue encore les effets directs, propres à la substance active, des effets détournés résultant d'une réaction de l'organisme, autrement dit : les effets positifs du remède de ses effets négatifs.

Les faits étant bien établis et placés sous leur véritable jour, je cherche autant que possible à en déduire la théorie pharmacodynamique. Dans ce but, j'appelle à mon aide toutes les notions acquises en physique, en chimie et en physiologie expérimentale, faisant intervenir tour à tour les phénomènes de diosmose ou de dialyse (GrahamJ et de capillarité, ceux d'oxydation (Cdievreul), de réduction, de dédoublement et de substitution (Dumas) ; invoquant les lois des actions réflexes, telles que les ont constituées les derniers travaux de MM. Longet, Claude Bernard, Brown-Séquard, Martin-Magron, Jules Béclard, Vulpian, etc.; les conditions physiques et organiques de la circulation établies d'après les découvertes de MM. Cl. Bernard, Brown-Séquard, Schiff, sur la puissance régulatrice du système vaso-moteur, ainsi que d'après les expériences de M. Marey sur la mécanique cardio-vasculaire, sans compter tant d'autres données physiologiques plus ou moins importantes.

Le paragraphe suivant est consacré aux substances qui se comportent à peu près exactement de môme que celles dont on trace l'histoire, ou qui lui ressemblent à quelques égards, et que j'appelle des synergiques et des auxiliaires. Puis viennent les antagonistes,

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pouvant au besoin jouer le rôle de correctifs, d'antidotes dynamiques, ou proprement dits, et de contre-poisons chimiques. Ces deux divisions, qui mériteraient de s'étendre davantage, sont destinées à rendre des services considérables aux jeunes praticiens en leur montrant d'un côté les substances qu'ils peuvent associer avec avantage à l'agent principal pour favoriser l'ensemble ou quelques-uns de ses effets pharm aco dy n am i ques , et d'autre part les substances qu'il faut éviter d'unir dans une même formule, de peur de les neutraliser les unes par les autres, ou du moins d'en contrarier l'action médicatrice.

Cela dit, j'arrive aux usages thérapeutiques, à commencer par ceux qui sont rationnels et qui s'expliquent clairement par la physiologie déduite de l'observation clinique ou de l'expérimentation sur les animaux vivants. Ces usages se subdivisent non pas conformément aux sections du cadre nosologique, mais bien suivant les principaux effets du médicament sur les grands appareils et les grandes fonctions de l'économie. Les applications empiriques, justifiables seulement par les résultats bruts d'une pratique heureuse, sont reléguées sur un second plan. Quand le sujet en vaut la peine, les contre-indications sont explicitement formulées à la suite des indications. Enfin l'article se termine par l'énoncé des différents modes d'emploi du médicament, et par des exemples des formules dont il fait partie, choisis parmi celles qui sont les plus rationnelles et les moins entachées de polypharmacie.

Cette manière de procéder est la conséquence nécessaire de la substitution des données rationnelles de la science aux vieilles fictions ontologiques. A. la place des recettes ou des panacées d'un autre âge, et sauf les cas infiniment rares d'inoculations virulentes préventives, il ne reste plus qu'une seule médecine : celle des indications physiologiques, tirées des états permanents ou transitoires des organes et de leurs fonctions. Les instruments de la cure sont les agents de la Matière médicale, ainsi que les autres moyens d'ordre physique ou moral méritant le nom de remèdes, diversement agencés et combinés entre eux, suivant des règles dont chaque praticien a sans doute la notion intuitive, mais qu'il importe de mettre en lumière. L'ensemble de ces règles constitue la tactique

PRÉFACE. XI

thérapeutique, ou Thérapeutaxie, laquelle comprend, outre l'ancien Art de formuler, une réunion de préceptes relatifs à des manœuvres plus ou moins compliquées et savantes dont mon excellent maître, M. le professeur Bouillaud, a donné un exemple en formulant sa méthode des saignées clans les maladies aiguës.

Tel est l'ordre suivi dans l'exposition des faits concernant l'histoire de Y action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments. C'est à dessein que j'oppose ces deux termes, dont je tiens à préciser la valeur parce qu'ils résument toute une doctrine thérapeutique.

D'abord il n'y a que des actions physiologiques, en ce sens que, d'une part, les médicaments sont uniquement des modificateurs d'organes ou de fonctions, et nullement des antagonistes d'entités morbides ; et que, d'autre part, ils agissent en santé comme en maladie. C'est, par exemple, une erreur de croire que les antispasmodiques, inertes dans une économie qui fonctionne régulièrement, ne peuvent déployer leur puissance que là où se rencontrent des troubles morbides caractérisés par le mot « spasme » . Ces agents thérapeutiques, suivant qu'ils sont de la nature des stimulants ou des sédatifs, exaltent ou tempèrent aussi bien chez les organismes sains les actions nerveuses, sensitives et motrices, mais à la vérité dans une mesure plus restreinte. On ne sera pas étonné de cette différence, si l'on réfléchit que, plus le cercle à parcourir est étendu et plus grand l'écart préalable, plus aussi doit être apparent le mouvement qui ramène dans la normale le pendule un instant dévié.

En second lieu, il n'existe, à vrai dire, ni propriétés ni vertus thérapeutiques. Le soulagement et la curation d'un mal ne sont pas le résultat d'une lutte engagée contre celui-ci par un agent capable de le combattre et de le neutraliser directement, comme ferait une base par rapport à un acide. Ce bénéfice est la conséquence des changements apportés dans la composition chimique, la structure et les actes organiques du sujet par un modificateur cosmique : changements à la faveur desquels l'économie recouvre enfin son équilibre troublé, pourvu qu'il y ait intégrité des actes nutritifs et plastiques, ou plutôt de la puissance formatrice, attribut essentiel des êtres vivants.

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Ainsi l'organisme se guérit lui-même, le médecin ne fait que le placer dans des conditions favorables au retour d'un mode de fonctionnement régulier. Ceci explique du même coup, et le caractère aléatoire des résultats thérapeutiques, et la certitude relative des actions physiologiques des drogues ou des autres moyens usités dans l'art de guérir.

On connaît maintenant l'objet et le plan de ce livre, ainsi que la méthode et la doctrine cle l'auteur. Quant à l'exécution, le lecteur en sera juge. Qu'il me soit permis seulement d'appeler son attention sur quelques points neufs et intéressants, touchés à l'occasion dans le cours de l'ouvrage.

L'albumine joue, selon moi, un rôle des plus considérables dans le mécanisme des actions médicamenteuses. A dose relativement massive, elle devient un dissolvant pour les substances réputées insolubles, et même pour celles qui, en d'autres proportions, la coagulent énergiquement. Ce n'est pas tout, les substances ainsi dissoutes ont en même temps perdu quelques-unes de leurs propriétés chimiques, et les réactions auxquelles elles donnent habituellement lieu se trouvent dès lors empêchées. Cet ordre de faits, connu sinon dans sa généralité, du moins clans plusieurs de ses cas particuliers, est susceptible cle recevoir des applications nombreuses et variées à la science physiologique et thérapeutique. Non-seulement F albumine ne doit plus être proscrite rigoureusement de toute formule contenant des substances coagulantes; mais si l'on veut obtenir des effets généraux ou diffusés, il y aura souvent avantage à préparer d'avance la solution albumineuse du principe actif avec les précautions exigées pour cette opération délicate.

Ce pouvoir que possède l'albumine d'invisquer, d'enrober ou d'incarcérer les substances médicamenteuses, de manière à en dissimuler partiellement les propriétés, explique à merveille le contraste entre l'innocuité de quelques-unes ou l'inertie relative de la plupart d'entre elles, aussi longtemps qu' elles parcourent le cercle vasculaire emprisonnées dans le sérum sanguin, et le développement de leur activité au contact d'organes lubrifiés par des liquides exempts d'albumine. Il nous fait comprendre pourquoi ces mêmes agents, innocents pour la membrane interne des artères et des veines,

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