ERGOT DE SEIGLE
des douleurs hypogastricjues et par l'issue du sang ou d'autres produits enfermés dans la cavité utérine, ainsi que par la suspension des métrorrhagies. Les symptômes observés du côlé des autres appareils de l'économie dans Yergotisme aigu sont les suivants : Nausées et vomissements, douleurs abdominales, évacuations alvines ; sécheresse de la gorge, soif, aversion pour la nourriture; sensations prurigineuses dans les membres, engourdissement, lassitudes, lourdeur de tête, vertiges, dilatation des pupilles, délire, assoupissement, stupeur ; rarement accélération et plénitude du pouls, presque toujours, au contraire, diminution de fréquence et de force des contractions cardiaques, avec tendance syncopale, pâleur et lividité de la face.
Si variés et si nombreux que soient ces phénomènes, ils peuvent néanmoins être ramenés aux effets fondamentaux de l'Ergot sur les fibres de noyaux, et généralement sur les fibres ou même les cellules contractiles de la vie organique, y compris les parois en apparence anhistes, mais activement rétractiles des capillaires sanguins. L'action tonique ou motrice de l'Ergot se fait sentir sur les tuniques musculaires du tube digestif et de ses annexes, sur le système vasculaire en général, et particulièrement sur les capillaires sanguins des centres nerveux, aussi bien que sur les fibres contractiles de l'utérus, à l'intensité près.
Or, l'anémie cérébro-spinale entraine à son tour la céphalalgie, les troubles visuels, la torpeur de l'intelligence, l'atonie musculaire, l'asthénie circulatoire : phénomènes de collapsus. Elle peut même, par l'excès de l'asthénie ou de l'impuissance nerveuse, donner lieu à des symptômes ataviques simulant l'excitation, tels que convulsions et délire. Ainsi tous les effets de l'Ergot s'expliqueraient par la seule propriété de convulser les éléments contractiles d'ordre inférieur, et la diminution de la force excito-motrice de la moelle, reconnue par Brown-Séquard, à la suite de l'administration de l'Ergot comme après celle de la Belladone, serait elle-même un effet détourné de l'ergotisme temporaire. Reste à savoir si le Champignon atteint directement ces éléments moteurs, ou bien si, conformément aux vues de Barbier (d'Amiens), il s'adresse d'abord à la partie des centres nerveux qui régit la contractilité organique, ou, comme nous dirions aujourd'hui, au centre de l'innervation vaso-motrice.
Outre l'ergotisme aigu, il existe un empoisonnement chronique par l'usage du ■Seigle ergoté : c'est Yergotisme chronique ou constitutionnel, le seul admis par les auteurs. Celui-ci est l'analogue de la raphania de Linné, attribuée au Raphanus Raphanistrum , cl paraît être la même chose que le feu Saint- Antoine (Bacquias). On en dislingue deux espèces : 1° Yergotisme convulsif, caractérisé par des lassitudes, des vertiges, des fourmillements, des crampes dans les extrémités, l'obnubilation de la Mie, la perte de la sensibilité et les convulsions sui\ies de ia mort; 2° Yergotisme gangréneux, dans lequel se font sentir aussi les fourmillements avec le refroidissement et l'insensibilité des extrémités, auxquels succède La gangrène sèche. Ces différents
Gl'BLEIt. y
lia SUBSTANCES TIRÉES DES VÉGÉTAUX OU DES ANIMAUX.
phénomènes, particulièrement V asphyxie des extrémités et le spbacèle consécutif, trouvent aisément leur explication dans la doctrine exposée à propos de l'ergotisme aigu.
Substances synergiques- auxiliaires. — Le froid, !a Belladone , la Digitale, la térébenthine et d'autres balsamiques, agissent dans le même sens que l'Ergot, et peuvent lui servir d'auxiliaires.
Substances antagonistes, incompatibles. — Antidotes et contrepoisons. — Les antagonistes de l'Ergot sont : la chaleur, l'opium, les alcooliques et toutes les substances qui, directement ou par l'intermédiaire du système nerveux, produisent l'atonie des muscles de la vie organique et le relâchement des parois vascuiaires. Il faut donc éviter de les administrer en même temps que l'Ergot. On doit recourir au contraire à ces moyens pour combattre les effets toxiques de ce Champignon.
Le tannin serait pour l'Ergot un contre-poison chimique, de même que le chlore ou l'acide chlorhydronitrique (eau régale).
Usages. — L'Ergot de Seigle est principalement employé pour exciter la contractilité des fibres musculaires de l'utérus, dans le but : 1° d'accélérer l'accouchement quand il est ralenti par l'inertie de la matrice, ou qu'un symptôme alarmant met la vie de la femme en péril ; 2° de hâter la délivrance due à la même cause; 3° d'exonérer 1 utérus, dans le cas de rétention de caillots, d'hydatides , de débris polypeux; k° d'arrêter les hémorrhagies puerpérales, et même celles qui ont lieu en dehors de la parturition; 5° de favoriser la rétraction du corps de l'utérus après l'accouchement; 6° de remédier à la congestion passive ou phlegmasique de l'organe non gravide; 7° de provoquer i'avortement, lorsqu'il est spontanément commencé, accompagné d'une hémorrhagie inquiétante, et qu'on est sans espoir de pouvoir le conjurer.
L'Ergot est contre-indiqué toutes les fois qu'un obstacle mécanique (étroitesse du bassin, tumeur maternelle ou fœtale, etc.), s'oppose à l'issue du fœtus.
Quoique son action soit incomparablement moins puissante sur les organes pauvres en fibres musculaires ou en éléments contractiles quelconques, l'Ergot rend cependant des services dans un grand nombre d'hémorrhagies capillaires, notamment dans l'hémoptysie et l'hématurie.
On l'a conseillé, sans beaucoup de raison, dans la leucorrhée, la blennorrhagie et l'aménorrhée. On l'a prescrit aussi dans certaines gastralgies et entéralgies.
Il est plus utile dans l'incontinence d'urine par défaut de tonicité du sphincter vésical, dans la spermatorrhée qui reconnaît des conditions analogues, dans l'affection calculeuse pour aider la vessie à se débarrasser de graviers, et dans les affections paralytiques ou autres dans lesquelles intervient probablement un état congestif habituel des centres nerveux. Barbier (d'Amiens) a guéri de la sorte une paraplégie. Brown-Séquard et Trousseau