ELLÉBORE NOIR
volatil; supergallate de Vératrine, matière colorante jaune, sels, etc. Simon y a joint la Jervine, substance cristalline, fusible et très-inflammable, soluble dans l'alcool, susceptible de donner naissance à quelques sels. Nous donnons ailleurs les caractères de la Vératrine (voy. ce mot).
Action physiologique. — Localement, l'Ellébore blanc exerce une action irritante très-énergique sur la peau et les muqueuses. Il provoque de violents éternuments.
Ingéré dans les premières voies, il excite la sécrétion salivaire, en même temps qu'il fait ressentir une saveur acre ; puis il produit une sensation de chaleur dans l'estomac, et, consécutivement, une augmentation de la sécrétion urinaire, de celle des surfaces muqueuses et de la transpiration cutanée. Des doses fortes ou toxiques occasionnent des vomissements, la superpurgation et l'ensemble des symptômes d'une dysenterie aiguë et violente, auxquels s'ajoutent, quand la terminaison doit être fatale, les phénomènes cholériformes communs à tous les empoisonnements par les narcotico-âcres.
Substances synergiques. — Les Veratrum viride et Sabadilla agissent exactement comme l'Ellébore blanc. Beaucoup de Renonculacées, et particulièrement les Aconits, se comportent d'une manière analogue.
Substances antagonistes. — Antidotes. ■ — Voy. Vératrine.
Usages. — L'Ellébore blanc a été conseillé comme sternutatoire ou errhin, comme émétique, purgatif, antispasmodique, dans la goutte, les maladies de peau, les affections du système nerveux, l'amaurose, la congestion cérébrale. On s'en est servi pour détruire les poux ; mais son usage n'est pas sans inconvénient dans cette circonstance, à cause de l'absorption de ses principes actifs par des surfaces souvent atteintes de gourme et excoriées.
Modes d'administration et doses. — La poudre de racine d'Ellébore blanc se donne à la dose de 5 à 10 centigrammes au plus, si l'on veut obtenir les effets éloignés ou généraux du médicament. On en donne le double, le triple ou le quadruple pour déterminer des vomissements.
On prescrit quelquefois la décoction et le vin d'Ellébore. Cependant cette plante est généralement délaissée pour la Vératrine, qui en est le principe actif, et dont l'action est plus régulière et plus sûre.
ellébore xoir, Helleborus niger, L. — Renonculacées -Helléborées.
Angl. Black Hellébore. — Ail. Schwarze Niesewurz.
Composition. — L'Eilébor e noir, qui habite les régions subalpines, dans les montagnes de France et d'une partie de l'Europe, renferme, entre autres principes, dans sa racine, une huile volatile et une huile grasse acide, de la cire, une matière résineuse et un principe amer, de l'acide gallique, etc. La résine molle, décrite par Gmelin, correspond à Y helléborine de Bastick, substance neutre, légèrement soluble dans l'eau et dans l'éther, aisément soluble dans l'alcool, non volatile, à laquelle la plante doit en grande partie ses pro-
priétés médicinales, qu'elle conserve, en conséquence, malgré sa dessiccation.
Action physiologique. — Appliquée sur la peau, la racine fraîche produit la rubéfaction et même la vésication. Sa saveur est acre et brûlante. Dans l'estomac, elle agit comme un irritant local, détermine i'hypercrinie de la muqueuse, ainsi que de celle du tube intestinal, du foie et des autres glandes abdominales. A dose plus élevée ou excessive, elie met plus en jeu la sensibilité et la contractilité de l'intestin, et produit une superpurgalion avec toutes ses conséquences, c'est-à-dire les symptômes cholériformes, et même la mort.
Usages. — L'Ellébore noir est peu employé maintenant. C'est un 'drastique qui ne réussit qu'aux tempéraments phlegmatiques et torpides, et ne convient pas aux personnes irritables ou atteintes de lésions abdominales. On le prescrit dans les affections mentales, depuis la plus haute antiquité, dans l'épilepsie, les hydropisies, la dysménorrhée torpide, les maladies vermineuses et les dermatoses, à la dose de 20 à 60 centigrammes. La poudre, à cette dernière dose, est énergiquement purgative. On emploie quelquefois la teinture.
L'Ellébore noir entrait dans plusieurs confections, et fait la base des Pilules de Bâcher et de l' Extrait panckymagogue.
ELLÉBORE vert, Helleborus viridis, L. — Renoncul ac ées- II ellé-
BORÉES.
Angl. Green Hellébore. — - Ail. Grimer Niesewurz, Bârwurz.
Cette espèce, indigène dans presque toute la France, ne diffère médicalement de la précédente que par son action plus forte, au dire d'Allioni. Elle peut lui être substituée, en tenant compte de cette différence.
Encens. — Voy. Oliban.
ÊFINE-VINETTE — Voy. BERBERIS.
épœn&e FINE, Spongia officinalis, L. — Zoophytes-Spongiaires.
Angl. Officinal Sponge. — Ail. Radeschwamm, Meerschwamm.
Composition. — L'Éponge de Turquie et l'Éponge des Indes occidentales, ou de Bahama, qui est plus fine, ont sensiblement la même composition chimique. Outre une substance fondamentale azotée, analogue à la matière épidermoïde ou cornée, de l'huile grasse, etc., on y trouve du chlorure de sodium, du phosphate de chaux, de la silice, de l'alumine, de la magnésie, de l'iode et du soufre.
Action physiologique. — - L'Éponge, en nature, est un absorbant mécanique qui s'empare avidement des liquides et se gonfle avec force. Incinérée, elle agit par ses principes minéraux, par le soufre et surtout par l'iode.
Usages. — De là un double usage. L'Éponge, préalablement comprimée sous forme de cylindres et enduite de cire ou ficelée (Éponge préparée à la cire, Eponge préparée à la ficelle), s'introduit dans les orifices des conduits
ERGOT DE SE1GEE. li i
ou les trajets fistuleux, qu'elle sert à dilater, soit dans le but de favoriser l'expulsion du fœtus, l'issue du pus ou d'autres matières, soit pour permettre l'introduction du doigt ou des instruments du chirurgien.
La poudre d'Epongé calcinée est résolutive, fondante, antiscrofuleuse, par l'iode et le soufre qu'elle renferme. Avant la découverte de l'iode, on la donnait h l'intérieur sous des formes diverses ; on l'appliquait aussi en sachets sur les parties engorgées. Le Collier de Morand et la Poudre strumale ont réussi conire le goitre, jusqu'au jour où Goindet a eu l'idée de leur substituer la substance active découverte par Courtois.
épekge, Euphorbia Latkyris, L. — Euphorbiacêes.
Angl. Caper Spurge. — Ail. Springkraut, Purgierkorner.
Composition. — Soubciran a trouvé dans les semences de cette Euphorbe indigène : huile jaune, stéarine, huile brune, acre, matière cristalline, résine brune, extractif coloré et albumine végétale.
Action physiologique. — VEpurge ou Catapuce (de l'italien Cacapuzza) est un purgatif violent. Localement, elle agit comme rubéfiant et vésicant, à la manière de l'huile de Tigli.
Modes d'administration et doses. — Les semences d'Épurge sont vulgairement usitées, dans les campagnes, au nombre d'une douzaine, comme purgatif. Quatre suffisent en émulsion, quand elles sont fraîches.
Vhuile de semences <T Euphorbia Lathyris, obtenue par expression ou par l'alcool, se donne à la dose de trois à dix gouttes.
On fait aussi usage de ce médicament comme révulsif cutané.
mu»ot DE SEIGLE, Sclerotium Clavus, DC. ; Claviceps purpureus, Tulasne. — Champignons-Sph,eriacées.
Angl. Spurred Rye or Ergot, horned Rye. — Ail. Mutterkorn, roggen Mutterkorn.
Personne ne doute plus aujourd'hui de la nature fungique de Y Ergot de Seigle. Qu'on en fasse un Sclerotium, un Sphacelia (Lév. ), un Claviceps ou Y Oïdium abortifaciens (Quekett), c'est toujours un Champignon. Seulement, Tulasne pense que le Champignon de l'Ergot n'est qu'une forme transitoire, en d'autres ternies, le stroma ou mycélium du Cordiceps purpurea, Fr. , et de quelques autres espèces. Plusieurs Graminées, et notamment le Blé, portent des productions semblables. J'en ai constaté sur les Triticum sativwn, 1\ rrp<:n$, j\ glaucum, ainsi que sur les Lolium perenne et L. temulentum^ Hordeum murinum, etc. Les différents Claviceps parasitaires sur les Graminées jouissent probablement des mêmes propriétés que Y Ergot de Seigle. Du moins, le fait est déjà démontré, pour YErgot de Froment, par les observations des docteurs Grandclément, Pourcher, Gonod et Leperdriel.
Composition. — L'Ergot de Seigle fournil à l'analyse, d'après Wigger, les principes suivants: ergotine, huile fixe particulière, matière grasse cristalli-
sable, cérine, fungine, osmazôme végétale, matière sucrée, extractif gommeux avec matière colorante rouge, albumine, perphosphale de potasse, phosphate de chaux avec traces de fer et silice. Selon AVinckler, il faudrait y joindre du formiale de propylamine.
UErgotine est une substance résinoïde, d'un brun rouge, d'un goût acre et amer, qui répand une mauvaise odeur quand on la chauffe. Elle est soluble dans l'alcool, insoluble dans l'eau et l'éther. Sa puissance est au moins soixante fois plus grande que celle de l'Ergot; elle lue facilement un petit animal. Malgré cette action toxique, un doute s'est élevé sur l'identité de ce principe actif de l'Ergot avec celui qui agit sur la contraciilité utérine, puisque ce dernier est soluble dans l'eau. Cependant on reconnaît que l'ergotine peut être rendue soluble par son association avec d'autres substances.
La propylamine, ou la sécaline qui n'en serait qu'une modification, est un alcaloïde auquel Winckler incline, en dehors de toute expérience, à accorder les propriétés caractéristiques de l'Ergot.
V huile d'Ergot, rarement incolore, est plus souvent d'un brun rouge, d'un goût faiblement acre, plus légère que l'eau, soluble dans l'alcool, l'éther et les alcalis. A la dose de 60 centigrammes à 2 grammes, elle occasionne chez des mammifères (cobaies, chiens) l'accélération excessive de la respiration et de la circulation, ou bien la faiblesse extrême, la lenteur et lintermittence du pouls, la paralysie générale, l'analgésie et la mort en quelques heures. Cette huile agit sur l'utérus comme l'Ergot lui-même (Wright, Pereira).
En somme, l'Ergot devrait ses propriétés convulsivantes à trois principes immédiats.
Action physiologique. — L'Ergot possède une odeur spéciale de champignon, forte et nauséeuse, avec une saveur peu prononcée. Dans l'estomac, il ne donne lieu d'abord à aucune sensation marquée, mais le sujet ne tarde pas, si la dose est suffisante, à éprouver des nausées et des vomissements qui peuvent être considérés comme des symptômes d'une action promptement généralisée. L'absorption des principes de l'Ergot s'accomplit en effet très-rapidement. Dans un délai de dix minutes, on peut voir se manifester les phénomènes caractéristiques de ce poison convulsivant.
L'utérus en est le siège d'élection. Si cet organe est gravide, l'Ergot détermine des contractions toniques plus ou moins fortes et prolongées, sous l'influence desquelles ce viscère prend une dureté plus grande, une forme globuleuse, comme cela a lieu durant les douleurs sponianées de l'enfantement. Ces spasmes, provoqués par l'art, sont, comme les contractions intermittentes normales, accompagnés de sensations pénibles connues sous le nom de tranchées ou coliques utérines. Ils sont assez puissants pour amener l'expulsion du fœtus.
En dehors de la grossesse et de l'hypertrophie de son tissu contractile, 1 1 matrice ressent encore l'influence de l'Ergot de Seigle, proportionnellement au développement de son appareil musculaire spécial. Cet effet se révèle par