‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource] (volume 2)Chapitre 90 sur 276 · PIMENT DE§ JARDINS, CORAIL DES JARDINS, POIVRE DE · texte numérisé non relu

PIMENT DE§ JARDINS, CORAIL DES JARDINS, POIVRE DE

i.l i\ÈE, ('(ipsicumr annuum, L. — Soi \nackks.

\ngl. Commun Capsicum or chilly Peppf,r. — Ail. Spanischer Pfeffer. Cette plante américaine, et peut-être asiatique, est maintenant cultivée sur

presque toute la Burface du globe pour son fruit jaune ou rouge, très-allongé, qui possède des propriétés d'une intensité remarquable.

Composition. — Le Piment des jardins renferme, d'après Braconnol : huile àcre. résine et matière colorante rouge, matière amylacée brune, gomme, substance azotée, ligneux, citrate cl phosphate de potasse, chlorure de potassium.

Vhuile acre, appelée auparavant résine molle, acre, par Bucholz, est ce qu'on nomme actuellement la Capsicine, bien que Witting eût donné ce nom, en 1822, à ce qu'il croyait une nouvelle base salifiable. La Capsicine est un liquide épais, devenant plus fluide et se volatilisant quand on la chauffe. Elle est légèrement soluble dans l'eau et le vinaigre, très-soluble dans l'alcool, l'éther, l'essence de térébenthine et les alcalis. Deux ou trois centigrammes réduits en vapeur dans une grande chambre, produisent la toux et les éternuments.

Action physiologique. — Appliqué sur la peau, le Piment cause la rubéfaction et la vésication. Dans la bouche, il détermine une saveur chaude et brûlante. A petites doses, il fait ressentir de la chaleur dans l'estomac, stimule les fonctions de cet organe et active la digestion. En plus grande quantité, il élève la température du corps, accélère le pouls et excite la soif. En même temps il stimule, dit-on,* les organes génito-urinaires. A doses excessives, il occasionne les vomissements et la purgation, produit, selon Vogt, des douleurs abdominales, de l'inflammation gastrique, et, d'après Richter, un certain degré de paralysie, de l'ivresse et des étourdissements.

L'action du Piment, analogue à celle des autres épices, se rapproche particulièrement de celle du poivre.

Le Piment est plus employé comme condiment que comme agent de la matière médicale. Les habitants des climats tropicaux surtout en font un usage continuel pour stimuler leurs organes digestifs énervés par l'excès de la chaleur atmosphérique.

En médecine, on s'en sert pour ses propriétés excitantes locales plus que pour son action stimulante générale, dans la dyspepsie atonique et flatulente. On le donne en gargarisme dans l'angine maligne, et, par suite, dans l'angine scarlatineuse, ainsi que dans le relâchement des parties de l'isthme du gosier. Wright s'en est servi pour arrêter les vomissements noirs, symptômes fâcheux de la fièvre des tropiques. Sous forme de cataplasme, le Piment remplace les sinapismes dans la médication révulsive.

Enfin, dans ces derniers temps, on a préconisé le Piment contre l'affection hémorrhoïdale, et je ne doute pas qu'il ne puisse en effet amener momentanément quelques bons résultats, en agissant sur la sensibilité de la muqueuse digestive et sur sa vascularité, ainsi que sur la contractilité de la tunique musculaire.

Modes d'administration et doses. — La poudre de Piment se donne habituellement à la dose de 30 à 60 centigrammes ; la teinture alcoolique à celle de 1 à k grammes. L'infusion de 8 grammes de Piment dans 250 grammes d'eau bouillante se donne à la dose de 20 à 30 grammes. Dans la scarlatine et l'angine maligne ou diphthéritique , on a fait usage de doses plus fortes de substance active.

En gargarisme, on emploie Yinfusion de Piment plus chargée ou la teinture étendue d'eau de rose.

ri N MARITIME. 233

PIN »E Ij\ CAROLINE, Pinus palustris, Lamb. ; P 'i au s austral is, Miel». — Conifères.

Angl. Sivamp Pine, long leaved Pine.

C'est un grand arbre qui habite principalement les parties méridionales de la Virginie jusqu'au golfe du Mexique.

Il donne en abondance de la térébenthine, de l'essence et de la colophone, non-seulement pour la consommation de tous les Etats-Unis d' Amérique, m;iis encore pour l'exportation. Ses produits ne se distinguent par aucune qualité thérapeutique de ceux de même nom qui nous sont fournis par l'espèce suivante.

pix MARITIME, Pinus maritima, DC. — Conifères. Angl. Pinaster or cluster Pine.

Le Pinus Pinaster, Lamb. , croît dans les régions maritimes ou plutôt siliceuses du sud de l'Europe, et couvre d'immenses étendues dans les Landes comprises entre Bordeaux et Bayonne.

C'est en France la principale source de la Térébenthine dite, par conséquent, de Bordeaux, du Galipot, de l'Essence de Térébenthine et de la Colophone, de la Poix-résine, de la Poix noire et du Goudron. Toutes ces substances ont été ou seront décrites séparément sous leurs vocables, à l'exception de l'Essence, dont nous allons parler ici, après avoir dit quelques mots de la manière dont ces différents produits dérivent les uns des autres.

Le suc propre, poisseux et odorant, qui s'écoule des incisions du tronc, et se concrète en larmes d'abord transparentes et plus ou moins volumineuses, s'appelle (inlipot. Chaude dans de grandes chaudières ou laissé en repos au soleil. Le Galipot se débarrasse de ses impuretés en devenant plus fluide, et constitue la Térébcnthina proprement dite. Celle-ci est composée d'un hydrogène carboné liquide : c'est Yessence ou huile volatile; et d'une substance ternaire qui résulte de l'oxydation de celte essence et qui est solide : c'est la C<>l(i/)l«)iie . Ces deux cou tituants delà Térébenthine peuvent être séparés par la distillation.

La Poix-résine n'est autre que la résine ou Colophone brassée chaude avec de l'eau et devenue opaque. La Poix noire et le (loudrtm sont des produits empyreuinatiques obtenus parla combustion do bois résineux.

Essence de Téréhen hune. — (.'nriicil-rcs chimiques. — Cette huile volatile est incolore, très-fluide, d'une odeur forte, d'une saveur chaude ni acre, ni amère, Soluble en toutes proportions dans l'alcool anhydre, elle ne se dissout plus que dans 10 ou 12 parties d'alcool à 85 centièmes. Elle paraît un mélange de plusieurs corps isomères ayanl pour formule C2UH"'. En absorbant du gaz chlorhydrique, elle se métamorphose en Camphre artificiel. Exposée à l'air, el'e s'oxuleet se transforme en deux acides isomériques ((.-"ll'-'O"), les acides p inique el sylvique, donl la réunion fait la Colophone. Cette résinification est accompagnée de la production d'une petite quantité d'acide formique.

25/l SUBSTANCES TIRÉES DES VÉGÉTAUX OU DES ANIMAUX.

, VE'Jsence de Térébenthine n'est pas une substance toujours identique avec elle-même, car celle de France dévie à gauche et celle d'Angleterre à droite la lumière polarisée.

Action physiologique. — Appliquée sur la peau, l'Essence de Térébenthine cause de l'irritation caractérisée par de la rougeur, de la chaleur, du prurit et plus tard par des vésicules, des bulles et une douleur cuisante. A la âotëe de quelques gouttes, seulement, cette huile volatile occasionne une impression de chaleur dans l'estomac et le ventre. Cette sensation augmente d'intensité avec des doses plus fortes de 2 à A, à 8 grammes, qui sont alors mal supportées par l'estomac, et donnent naissance, non-seulement à de la pesanteur épigastrique et à des renvois désagréables d'Essence, mais encore à du dérangement intestinal; en même temps, il survient de la fréquence du pouls, de la diaphorèse, de l'accroissement dans la sécrétion urinaire et dans la fréquence des mictions. L'éruption menstruelle survient,, à l'occasion, au milieu de cet appareil symptomatique.

Quelquefois l'excitation dépasse ces limites : l'urine devient rare, sanguinolente et l'émission s'en fait avec douleur ; on observe de la soif, des vomissements et un mouvement fébrile. Mais, en général, ces phénomènes n'ont lieu qu'à la suite de l'ingestion de doses fort exagérées, de 16 à 60 grammes. Ils sont d'autant plus violents, que les évacuations par le haut et par le bas font plus complètement défaut. Dans ce cas, on voit se produire avec la fièvre une profonde dépression du pouvoir musculaire, et des désordres cérébraux, accompagnés parfois d'une grande anxiété ou d'assoupissement. Ces symptômes sont dus à l'action locale sur l'estomac et à l'action éloignée de l'Essence qui passe dans la circulation et s'élimine par la peau, par les reins et principalement par les voies respiratoires. L'air qui s'échappe par les poumons est imprégné des effluves de cette huile volatile ; parfaitement reconnaissablés, tandis que les urines exhalent l'odeur de violette ; ce qui prouve deux choses, à savoir : que l'essence de Térébenthine est absorbée et qu'elle se métamorphose en partie dans la circulation.

En traversant les différents émonctoires, l'Essence de Térébenthine détermine des modifications fonctionnelles semblables à celles que nous avons déjà notées souvent à l'occasion des autres balsamiques, c'est-à-dire la diminution de la formation du mucus et des néocyles qu'on nomme globules de mucus ou de pus; l'augmentation, au contraire, de la diurèse et de la transpiration cutanée. Il en résulte parfois l'hématurie ou la production d'exanthèmes variés : rougeur scarlatiniforme, sudamina rouges, eczéma aigu généralisé. Les doses excessives amènent aussi, du côté des bronches, des symptômes d'irritation indiquant l'existence d'un enanthème de même origine (Gubler).

Parmi ces symptômes de l'Essence de Térébenthine, les uns s'expliquent par la contraction des vaisseaux sanguins et l'apaisement de l'irritation calorifique et trophique ; les autres, au contraire, impliquent une excitation des actes dont le réseau capillaire est le siège, coïncidant avec l'atonie paralytique

Page 1