‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource]Chapitre 10 sur 293 · DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA PREMIÈRE ÉDITION

Les nations les plus civilisées ont toutes compris Futilité sociale, d an livre officiel réunissant à la liste des médicaments reconnus efficaces les données scientifiques relatives à leur meilleur mode de préparation et les formules consacrées par l'expérience.

Chaque pays de l'Europe et de l'Amérique a sa Pharmacopée, laquelle garde chez nous le nom de Codex medicamentarius et sert de règle pour toutes les pharmacies de la France. Mais, à mesure que la science marche, certains médicaments tombent en désuétude, d'autres prennent leur place; des procédés chimiques perfectionnés donnent des produits plus purs et plus parfaits : l'œuvre des législateurs de la pharmacologie ne tarde donc pas à paraître surannée, il faut de temps à autre la rajeunir par une réforme partielle. C'est ce qui vient d'avoir lieu pour le Codex par les soins d'une réunion de savants', sous la direction de notre grand chimiste M. Dumas.

Si instructif que soit un ouvrage de ce genre, au point de vue de l'objet restreint qu'il se propose, là lecture en est aride non-seulement pour le médecin, mais aussi pour le pharmacien curieux de connaître les usages divers, les doses et le mode d'emploi des agents de la matière médicale. Un thérapeute se charge ordinairement de compléter pour les praticiens le travail des chimistes et des naturalistes. Il est arrivé même qu'une seule pharmacopée nationale a rencontré plusieurs interprètes. Celle du Royaume-Uni en compte au moins deux : l'excellent Thomson' s Conspectus of the British Pharmacopœia, édité pour la neuvième fois (1855) par le docteur Birkett, et le volume fort bien fait de Peter Squire, intitulé : A Companion lo the British Pharmacopœia (Lon-

1. La Commission était composée de MM. Dumas, Rayer, Bouchardat, Grisolle , Jules Regnault, Tardieu, Wurtz, Bussy, Chatin, Guibourt, Le Canu, Buignet, Goblet, Mayet, Mialhe, Schaeuffèle, Petit et Mourier, secrélaire.

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don, 1864). D'un autre côté, la Pharmacopée des États-Unis d'Amérique a inspiré un ouvrage intitulé : The Dispensaiory of ihc United Siales of America, par George li. Wood et Franklin Bâche (1854), dans lequel les auteurs, reprenant l'histoire chimique et pharmaceutique de toutes les substances adoptées, la font suivre de considérations médicales intéressantes et convenablement développées.

A l'édition de 1837 de la Pharmacopée française, se trouvait aussi annexé un Appendice thérapeutique, travail considérable malgré son titre modeste, puisqu'il ne comprend pas moins de 218 pages dues à la plume de M. le docteur A. Cazenave, professeur agrégé de la Faculté de médecine, ancien médecin de l'hôpital Saint-Louis. Les rédacteurs du nouveau Codex ont pensé que, pour conserver son caractère officiel, le travail de la Commission ne devait pas être accolé à l'œuvre toute personnelle, et sans autorité légale, de l'auteur quelconque des considérations thérapeutiques à intervenir. Dès lors les éditeurs jugèrent opportun de donner séparément un volume comprenant tout ce qu'il importé de savoir, au point de vue thérapeutique, sur les nombreux produits de la nature ou de l'art inscrits dans la Pharmacopée française.

Telle est l'origine des Commentaires thérapeutiques du Codex que j'ai l'honneur d'offrir au public médical.

J'ai adopté, faute de mieux, ce titre, sachant bien qu'il pourrait donner le change sur la véritable nature de l'ouvrage. On a pu croire que les préceptes du Codex y seraient soumis à une critique en règle, et quelques personnes ont bien voulu me proposer de vive voix ou par écrit des renseignements propres à m'éclairer sur les erreurs vraies ou prétendues de la Commission. Le Codex de 1866, pas plus qu'aucune œuvre humaine, ne prétend sans doute à la perfection absolue; cependant il réalise un progrès considérable par rapport à l'ancien. Des synonymies ont été fixées, des préparations réformées ; certains dosages sont devenus plus exacts ; des médicaments nouveaux ont été introduits, plusieurs formules revisées Enfin, pour donner un commencement de réalisation au vœu exprimé au nom de ses collègues par l'illustre président de la Commission du Codex, un choix de formules empruntées aux principales Pharmacopées étrangères fait de la nouvelle édition française une ébauche de Codex pharmaceutique

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universel. Je n'ai ni mission, ni compétence pour apprécier toutes ces améliorations; d'ailleurs, il ne pouvait entrer dans mon plan de discuter une loi promulguée, mon but étant simplement de prendre chaque substance admise au Codex pour en faire l'histoire thérapeutique.

L'ordre à suivre, dans cette exposition, était tracé d'avance par celui qu'avaient adopté les auteurs de l'ouvrage officiel. J'ai donc passé successivement en revue les diverses Substances qui sont employées en nature ou qui figurent dans les formules du Codex, lesquelles sont rangées en deux séries : 1° Substances tirées directement des végétaux ou des animaux; 2" Substances tirées des minéraux et produits chimiques. Puis sont venues les préparations réellement pharmaceutiques, c'est-à-dire les produits auxquels le pharmacien a fait subir une élaboration spéciale, dans le but, soit de les purifier, soit de les approprier à leur emploi médical, ou bien de créer à leurs dépens de nouveaux agents thérapeutiques. Toutefois cette seconde partie, constituant la Pharmacopée proprement dite, n'a pas été parcourue en entier : j'ai dû m'arrêter quand il ne s'est plus agi que des formes variées sous lesquelles les produits médicinaux se rencontrent dans les officines ou sont utilisés par les praticiens. Il eût été puéril de consacrer un article à chaque poudre, pulpe, tisane, potion ou pommade dont j'avais nécessairement déjà fait mention à propos des substances qui en font la base.

A partir de la section des Produits pyrogénés, les autres chapitres du Codex ne comportent plus que quelques réflexions générales sur les inconvénients ou les avantages de tel ou tel mode d'emploi, sur l'opportunité et la valeur relative des diverses préparations pharmaceutiques. Condensées en aphorismes, ces généralités se réduisent à peu près aux propositions suivantes : Premièrement, il faut s'adresser aux principes actifs, alcaloïdes ou autres, toutes les fois qu'ils existent; les plantes entières ou leurs sucs, extraits et autres dérivés complexes,' ne devant être employés qu'à défaut du principe immédiat des chimistes modernes, ou de la quintessence de Paracelse, qui en représente les propriétés essentielles. En second lieu, le médecin donnera la préférence aux matières divisées par la pulvérisation, la dissolution ou la volatilisation (poudres, tisanes, teintures, fumigations, etc.). La dissolution dans un véhicule approprié assure mieux que tout autre mode d'administration l'efficacité des agents thérapeutiques. Pourtant la forme pilulaire ou capsulaire est très-commode, et d'ailleurs les médicaments fétides ou de mauvais goût veulent être dissimulés, soit par 1 incarcération, soit par le mélange avec des correctifs. De cette néces-

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site dérivent non-seulement les pilules, granules, dragées, perles el capsules, mais aussi les tablettes, pastilles, saccharures et sirops. Enfin suivant la voie d'introduction qu'on a choisie, la forme médicamenteuse varie nécessairement. A la médication interne se rapportent les préparations énumérées ci-dessus, ainsi que les potions el les loochs- à la médication externe s'adaptent les cataplasmes, hmments, pommides, sparadraps, papiers chimiques, emplâtres, etc Voilà en ciuelques mots ce que nous aurions dit plus longuement a 1 occasion des derniers chapitres du Codex, sans beaucoup plus de profit pour le lGct6iir

La Pharmacopée française n'énumère pas moins de sept cent vingtsent produits naturels ou artificiels, dont plusieurs : escargot, huître, lait œuf oxygène, n'ont pas l'habitude de se rencontrer dans les traités de' thérapeutique. A l'exception de quelques médicaments récemment introduits dans la pratique et sur lesquels l'expérience n a pas suffisamment prononcé, c'est la Matière médicale tout entière. On peut même dire sans crainte d'exagération, que, par respect pour le Lssé le livre officiel continue à déployer un luxe vraiment superflu de moyens thérapeutiques, car on y voit figurer comme autre ois. a côte du' Crustacé peu attrayant connu sous le nom de Cloporte, 1 innocente Bardane et la grande Consoude, non moms illusoire.

QueW insignifiants qu'ils puissent être, aucun de ces produits n a été ouW^ dans les Commentaires, mais les articles qm les concernent ont natu^l^^^^^^ gardé des proportions exiguës en rapport avec leur vaLur Tulle ou douteuse. En revanche, les principaux médicaments, lets que 1 alcaloïdes du Quinquina, de l'Opium et de la Bel^done, l'Er^or l'huile de foie de Morue, le Tartre stibie, 1 Alcool, le Chloro-

Digitaline, etc.,

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faisant, j ".'™™ ' ^ nouveau Codes, et parmi les-

;:rr;e m7c— rr^:. nodororme, dont .s ..a^^ua^^s propriétés méritaient cette distinction.

voici maintenant comment j'ai procédé en exposant l'Histoire de cha-

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, ,iv,i™t latin se lisent les dénominations anglaises et alle-

Tndt à^ntt colissance devient de pins en plus nécessaire à me-

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sure que les travaux écrits dans ces deux langues se répandent davantage dans notre pays. Le symbole de chaque composé ou principe immédiat se trouve toujours à côté du nom de la substance, et quand la science n'était pas absolument fixée sur la composition de celle-ci, j'ai préféré donner une formule contestable, en la mettant sous la responsabilité de son auteur, plutôt que de laisser subsister une lacune. Malgré l'avantage de ne rien préjuger sur l'arrangement intime des éléments dans les combinaisons en écrivant ce qu'on nomme la formule brute, j'ai cru devoir, à l'exemple de la savante Commission du Codex, adopter les formules dites rationnelles, plus faciles à mnémoniser, et qui rappellent à l'esprit, sinon la réalité des choses, du moins leur état probable en même temps que la théorie des opérations par lesquelles ces combinaisons peuvent être obtenues ou détruites.

Après une brève indication de l'état naturel, utile surtout quand la substance fait partie de nos organes ou bien des Eaux minérales et des produits employés en médecine, vient la description succincte des propriétés physiques et chimiques, envisagées principalement dans leurs rapports avec les usages médicinaux, telles que la solubilité dans l'eau, l'alcool et les autres menstrues, la volatilité à une température voisine de celle du corps humain, les altérations sous l'influence des agents physiques ou chimiques répandus partout. Parmi les propriétés organoleptiques, souvent mentionnées à cette occasion, figurent régulièrement celles qui se rattachent au goût et à l'odorat, les deux sens qui nous fournissent les notions les plus précises sur la composition chimique, et conséquemment les vertus thérapeutiques des médicaments.

J'aborde ensuite l'exposition des effets physiologiques (en anglais, operativB effects), c'est-à-dire du mode opératoire de la substance médicamenteuse sur les êtres vivants, et particulièrement sur l'homme, indépendamment de toute altération morbide dans les organes et les fonctions. La description de ces efféts physiologiques, déduite de l'expérience clinique mieux encore que des expérimentations sur les animaux, constitue le chapitre le plus important de l'histoire des agents thérapeutiques ; car ceux-ci ne se comportent pas autrement, ou plutôt ils n'agissent pas en vertu d'autres lois, chez un sujet malade que chez un sujet sain. Dans les deux cas ils n'atteignent que nos organes pour en modifier la composition et la structure ou les actes sécrétoires, moteurs, sensitifs, nutritifs et plastiques. Très-rarement ils s'adressent à une cause pathogénique, jamais à une de ces entités morbides qui

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ne sont que des conceptions de notre esprit, des abstractions de symptômes sans réalité matérielle.

En faisant du catarrhe, de Tinflammation, de l'herpétisme ou de la goutte autant de types subsistant par eux-mêmes à la manière des espèces naturelles, les nosologistes furent nécessairement entraînés à chercher et à proclamer des anticatarrhaux, des antiphlogisliques, des antiherpétiques et des antigoutteux. Mais ces groupes sont purement artificiels, comme les syndromes qui leur ont donné naissance. Derrière ceux-ci l'observateur sévère ne découvre qu'un organisme souffrant, et leur apparente individualité dépend de l'unité du support, de même que la succession des symptômes morbiders est déterminée par l'enchaînement naturel des phénomènes de la vie.

Les lumières de la biologie dissiperont les fantômes delà spécificité morbide et de la spécificité thérapeutique, laissant à peine subsister, dans le cadre factice de l'ancienne nosologie, quelques causes spécifiques constituées par des êtres créés ou participant de leur nature ; et dans les classifications physiologiques des médicaments, cette sorte de spécialité d'action qui s'accuse de préférence du côté d'un élément histologique, d'un organe ou d'un appareil, comme l'élection de la Belladone pour l'œil et celle de la Strychnine pour la moelle. La doctrme des vertus spécifiques des remèdes, issue de l'ontologisme, périra avec lui- et quand l'action physiologique des médicaments sera parfaitement connue, la thérapeutique ne sera plus qu'un corollaire de la physiologie.

Pénétré de cette conviction, j'ai donné tous mes soms a la description de l'action physiologique des médicaments et à l'exposé des mdications thérapeutiques qui en dérivent. „ ^ ^ i,

Dans la recherche des effets physiologiques, j'étudie d abord 1 action topique du remède, puis ses effets sympathiques ou réflexes, enfin son "action générale, ou plutôt généralisée par l'intermédiaire de la circulation, et que j'appelle volontiers di/T^^ée, pour marquer qu elle se compose en grande partie d'une série d'actions locales sur les emonctoires et les divers parenchymes. Je distingue encore les eff ts di ects propres à la substance active, des effets détournes résultant dune Réaction de l'organisme, autrement dit : les effets posiufs du remède de

ses effets négatifs. ' . , î^nr ip

Les faits étant bien établis et places sous leur véritable jour, je cherche autant que possible à en déduire la théorie pharmacodjmamique. Dans ce Sut, j'appelle à mon aide toutes les notions acquises en physique, en chimie et en physiologie expérimentale , faisant m-

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tervenir tour à tour les phénomènes de diosmose ou de dialyse (Graham) et de capillarité, ceux d'oxydation (Chevreul), de réduction, de dédoublement et de substitution (Dumas); invoquant les lois des actions réflexes , telles que les ont constituées les derniers "travaux de MM. Longet, Claude Bernard , Brown-Séquard , Martin-Magron , Jules Béclard, Vulpian, etc.; les conditions physiques et organiques de la circulation établies d'après les découvertes de MM. Cl. Bernard, Brown- Séquard, Schiff, sur la puissance régulatrice du système vaso-moteur, ainsi que d'après les expériences de M. Marey sur la mécanique cardiovasculaire, sans compter tant d'autres données physiologiques plus ou moins importantes.

Le paragraphe suivant est consacré aux substances qui se comportent à peu près exactement de même que celles dont on trace l'histoire, ou qui lui ressemblent à quelques égards, et que j'appelle des synergiques et des auxiliaires. Puis viennent les antagonistes, pouvant au besoin jouer le rôle de correctifs, d'antidotes dynamiques, ou proprement dits, et de contre-poisons chimiques. Ces deux divisions, qui mériteraient de s'étendre davantage , sont destinées à rendre des services considérables aux jeunes praticiens, en leur montrant d'un côté les substances qu'ils peuvent associer avec avantage à l'agent principal pour favoriser l'ensemble ou quelques-uns de ses effets pharmacodynamiques , et d'autre part les substances qu'il faut éviter d'unir dans une même formule, de peur de les neutraliser les unes par les autres, ou du moins d'en contrarier l'action médicatrice.

Cela dit, j'arrive aux usages thérapeutiques, à commencer par ceux qui sont rationnels et qui s'expliquent clairement par la physiologie déduite de l'observation clinique ou de l'expérimentation sur les animaux vivants. Ces usages se subdivisent, non pas conformément aux sections du cadre nosologique, mais bien suivant les principaux effets du médicament sur les grands appareils et les grandes fonctions de 1 économie. Les applications empiriques, justifiables seulement par les résultats bruts d'une pratique heureuse, sont reléguées sur un second plan. Quand le sujet en vaut la peine, les contre-indications sont explicitement formulées à la suite des indications. Enfin l'article se termine par l'énoncé des différents modes d'emploi du médicament, et par des exemples des formules dont il fait partie, choisis parmi celles qui sont les plus rationnelles et les moins entachées de polypharraacie. ^

Cette manière de procéder est la conséquence nécessaire de la.sub- ^utut.on des données rationnelles de la science aux vieilles fictions on-

GUBLER, 2» édition.

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