SÉNÉ D'ÉGYPTE, DIT SÉNÉ BALTE
C. œthiopîca, sans compter celles du Cynanchum Arguel, et du Tephrosia apoîlinea.
Composition. — D'après l'analyse de Lassaigne et Feneulle, le Séné pake ou d'Alexandrie contient : cathartine, matière colorante jaune, huile volatile, huile fixe, albumine, mucus, acide malique, malate et tartrate de chaux, acétate de potasse, sels minéraux et ligneux.
L'huile volatile possède une odeur et une saveur nauséeuses. L'eau distillée de Séné, qui en renferme, agit comme un doux laxatif.
La Cathartine, ou principe purgatif, d'une odeur spéciale, d'un goût amer et nauséeux, très-soluble dans l'eau et l'alcool, insoluble dans l'éther, est un composé ternaire, neutre. 15 à 20 centigrammes de cette substance occasionnent des nausées, des coliques et des évacuations alvines.
Cette composition s'est compliquée de plusieurs principes nouveaux, k la suite d'analyses plus récentes. Kubly et Draggendorf ont découvert simultanément une sorte de glucoside, insoluble dans l'eau, l'alcool et l'éther, et dont ils ont fait Vacide cathar^tique, parce qu'il se dissout dans une eau alcalinisée. Ce principe, qui aurait pour formule C"" H^^ Az^ existerait dans la plante à l'état de Cathartates de chaux et de magnésie, dans la proportion de 9 grammes 72 pour 453 grammes de Séné.
Il est accompagné d'une matière sucrée, cristallisable, la catharto-mannite, retrouvée par E. Bourgoing, et de plusieurs autres substances : l'acide chrysophanique, l'un des ingrédients principaux de la Rhubarbe; le Sennacrol et la Sennapicrine, de Ludwig.
De toutes les combinaisons désignées ci-dessus,' il n'en est guère que trois qui soient actives, savoir : l'huile volatile, l'acide chrysophanique et la cathartine ou l'acide cathartique et ses combinaisons salines. L'acide chrysophanique ne purgerait qu'à la dose de 1 gramme (E . Bourgoing et Bouchut), tandis que l'acide cathartique, de même que la cathartine, produirait une action purgative à la dose de 15, 20 ou 30 centigrammes, et des effets drastiques avec des tranchées, si la dose était doublée. Il en serait à peu près de même avec les cathartates alcalins (Th. Groves, Epoven, etc.).
Pour expliquer les divergences entre les résultats des anciennes et des nouvelles recherches, Thomas Groves imagine que l'analyse des chimistes français a porté sur l'Arguel et non sur les feuilles du genre Cassia. Une erreur si grossière n'est pas admissible de la part de savants tels que Feneulle et Lassaigne ; et, si leurs successeurs n'ont pas rencontré un corps absolument semblable à la Cathartine dont ils nous ont donné la description, cela s'explique aisément par la facile transformation des substances organiques en présence des réactifs habituellement employés. D'ailleurs, l'identité des efl'ets, à doses égales, me fait penser que la Cathartine de Lassaigne et Feneulle, distincte de celle de Bourgoing, n'élait autre que l'acide cathartique de Kubly ou de Draggendorf, sous un aspect un peu différent, et qui devait peut-être sa solubilité dans l'eau à son mélange avec un autre produit organique.
Action physiologique. — Le Séné est un purgatif énergique et constant, qui se disllugiie de tous les autres par la prédominance de son action sur les fibres contractiles de l'intestin.
Ingéré dans l'estomac, il produit habituellement des nausées, des coliques et des tranchées, accompagnées de borborygmes ; puis des selles plus ou moins répétées, féculentes et non séreuses, ainsi que le remarquent justement Trousseau et Pidoux, qui insistent aussi avec raison sur l'intensité des coliques et des contractions péristaltiques. Lorsque la dose est forte, cette action hypercinétique ou convulsivante se propage aux fibres musculaires des autres organes abdominaux, notamment de l'utérus et de la vessie, donnant lieu parfois chez les femmes grosses k des décollements placentaires, à des hémonhagies utérines et des avortements, ou bien à des accouchements prématurés. Le Séné provoque aussi par le même mécanisme des flux hémorrhoïdaux et l'éruption menstruelle, si le sang était accumulé dans la cavité utérine. Du côté de la circulation, il produit promptement de la dépression, et ensuite de l'excitation se traduisant par l'état du pouls, d'abord faible et ralenti, puis fort et plus fréquent, ainsi que par le refroidissement périphérique primitif, suivi d'une élévation consécutive de température. Ces deux périodes correspondent aux deux phases successives ; de symptômes exclusivement abdominaux d'une part, et secondairement, de réaction générale.
En somme, le Séné excite la sensibilité de la muqueuse gastro-intestinale, occasionne un peu d'hypercrinie et beaucoup de coliques et de spasmes musculaires disséminés, comme s'il portait, par l'intermédiaire des nerfs eisodiques, son irritation sur le centre spinal qui gouverne les mouvements des intestins, de l'utérus et de la vessie. Son action est en effet trop prompte pour rendre vraisemblable la nécessité de son absorption préalable et de sa translation à la moelle épinière. Le fait de l'absorption n'en est pas moins réel, car le lait des nourrices qui se purgent avec du Séné devient purgatif pour leur nourrisson, ce qui prouve en même temps que la Cathartine est éliminée par les mamelles. Une fois introduite dans la circulation, cette substance pourrait agir directement sur le centre spinal, ou bien être excrétée par l'intestin, et d'une manière ou d'une autre déterminer des effets purgatifs, ainsi que nous l'avons vu pour l'Ëmétine.
Les diverses espèces de Sénés ne possèdent pas exactement la même intensité d'action. Au premier rang se place le Séné officinal ou d'Egypte. Les follicules sont aussi moins actifs que les feuilles. Mais ce qui accroît singulièrement la violence de celles-ci, ce sont les feuilles d'Arguel {Cynanchum Arguel) et de Redoul {Coriaria myrtifolia), qui s'y trouvent quelquefois mêlées par fraude, et leur communiquent des propriétés toxiques redoutables (Rouillure, Delile, Nectoux, Pugnet).
Substances synergiques, auxiliaires. — Les purgatifs en général sont plus ou moins synergiques du Séné, qui, en qualité d'hypercinétique on convulsivant, se trouve avoir des analogies étroites avec le Dompte-venin, l'Arguel, le Redoul, la Globulaire Turbilh, d'après Planchon, la Coque du