‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource]Chapitre 126 sur 293 · SÉNÉ D'ÉGYPTE, DIT SÉNÉ PALTE · texte numérisé non relu

SÉNÉ D'ÉGYPTE, DIT SÉNÉ PALTE

Levant, la Noix vomique, etc., même avec les astringents, y compris le Café. Les correctifs qu'on lui donne habituellement sont le Thé, le Café, et, comme pour les autres purgatifs, les substances aromatiques. Seulement il y a lieu de se demander si cette combinaison d'agents est toujours bien rationnelle, et si plutôt que d'amoindrir les effets du Séné par l'action contraire des aromatiques, par exemple, il ne vaudrait pas mieux diminuer la dose de la substance purgative sans préjudice d'une petite quantité d'un correctif s' adressant à ses qualités olfactives et gustatives.

Substances antagonistes, incompatibles. — L'opium, les narcotiques et les stupéfiants, les stimulants diffusibles à haute dose, nuisent à la plénitude des effets physiologiques du Séné. Les préparations opiacées sont spécialement propres à atténuer l'action excessive de la Gathartine, ou de l'acide cathar tique.

Usages. — L'action convulsivante du Séné sur la tunique musculaire de l'intestin en fait un agent précieux de la médication évacuante dans les cas de constipation invincible, d'engouement stercoral ou herniaire, de volvulus, d'iléus, et généralement de ce qu'on réunit sous le titre d'occlusions intestinales. Pour triompher de ces obstacles, des doses fortes sont indispensables, et de plus elles doivent avoir pour auxiliaires des substances qui, telles que les sels neutres, font pleuvoir dans le canal alimentaire une plus grande abondance de mucus et de sérosité.

A dose faible, le Séné, associé à différents laxatifs, est l'un des meilleurs moyens d'assurer k liberté du ventre chez les personnes sujettes à une constipation habituelle de nature atonique. C'est Veccoprotique par excellence.

Aussi ce purgatif était-il très-fréquemment employé, malgré son goût détestable et nauséabond, malgré ses effets irritants et douloureux, toutes les fois qu'une action énergique était réclamée par les conditions mî)rbides. Cependant le Séné est formellement contre-indiqué dans les cas d'inflammation du canal alimentaire et du péritoine, chez les hémorrhoïdaires, chez les femmes grosses ou sujettes aux ménorrhagies, ou affectées de prolapsus utérin ou rectal. L'action stimulante qu'il exerce sur la circulation le rend aussi moins opportun que les purgations salines ou l'huile de Ilicin dans les maladies aiguës fébriles.

Modes d'administration et doses. — On ne donne presque jamais 4 à 8 grammes de poudre de feuilles de Séné comme purgatif; mais quelquefois Ymfusion de 15 grammes de Séné palte dans 200 grammes d'eau, à prendre en une seule fois. L'eau simple peut être remplacée par de la décoction de pruneaux, qui masque bien le Séné pour les enfants et les personnes délicates. Pour les premiers, on ne ferait plus prendre la dose ci-dessus que par fractions.

L'extrait de Séné est inusité.

La l/edecwe noire, ou Potion purgative, est un apozème composé de Séné, ûe ithubarbe, de Manne et de sulfate de soude, que nos palais repoussent et qui n est presque jamais conseillé.

378 SUBSTANCES TIRÉEs'dES VÉGÉTAUX OU DES ANIMAUX.

La Tisane royale se compose de Séné, sulfate de soude, Cerfeuil et Pimprenelle âà, 15 grammes; Coriandre, 4 grammes; eau tiède, 1 litre; et Citron en tranches, n. 1. A prendre dans la matinée en plusieurs fois.

Le Thé de Saint- Germain est un purgatif doux, dont voici une recette donnée par Bouchardat, d'après Pierlot : Feuilles de Séné préparées à l'alcool, 125 grammes; fleurs de Sureau, 60 grammes; semences d'Anis et de Fenouil, ââ 25 grammes; crème de tartre, 20 grammes. Le Thé de Smyrne, d'Etienne, est une préparation analogue. Les follicules de Séné servent aux mêmes usages que les feuilles, mais à doses plus fortes. La Cathartine ni les les Cathartates alcalins ne se sont encore introduits dans la pratique, mais im pharmacien de Paris a réalisé un progrès sensible en fabriquant des capsules purgatives (Laroze) chargées des principes actifs du Séné, sous une forme tellement condensée, que quatre ou cinq de ces capsules suffisent pour déterminer une purgation complète, La préparation nouvelle de Grillon a aussi pour base le Séné associé au Tamarin (Voy. ce mot).

SE]\Eçoi\, Senecio vulgaris, L. — Composées ou Synanthérées-Séné-

CIONIDÉES.

Angl. Roundsel. — Ail. Gemeine Kreuzkraut.

Cette plante, une de celles qui pullulent davantage dans nos climats, n'a qu'une saveur fade, herbacée, et passe non-seulement pour fondante et résolutive (Boerhaave), mais pour antispasmodique (Finazzi), anthelminthique (Ray, Tournefort), enfin pour émétique et purgative, ayx yeux d'un grand nombre de vieux praticiens. Rien de tout cela n'est démontré, ni même vraisemblable, et l'on a bien fait de renoncer au suc, à la décoction et aux cataplasmes de Séneçon vulgaire.

SERPEi\TAIRE DE VIRGINIE. — Voy. ARISTOLOCHE SERPENTAIRE.

SERPOLET, Thymus Serpillum, L. — Labiées.

Angl. Mother of Thyme, Lemon Thyme. — AU. Quendel.

Le Serpolet, connu de tout le monde, couvre les terrains secs et en plein soleil de véritables tapis embaumés. Son odeur, toujours agréable, ressemble dans une variété à celle du citron.

Composition. — Herberger a trouvé dans le Serpolet : huile volatile, matière grasse, chlorophylle, tannin précipitant en vert les sels ferriques, carbonates et sulfates de potasse et de chaux, etc. L'huile volatile, très-fragranle et caustique, dépose du camphre. Elle est donc composée d'un stéaroptène dissous dans un éléoptène commun k la plupart des essences de la famille.

Action physiologique et usages. — De même que les autres Labiées aromatiques, le Serpolet jouit de propriétés stimulantes, antispasmodiques, anticatarrhaies, céphaliques, diurétiques, emménagogues, etc.

On s'en sert en infusion théiforme dans certaines dyspepsies, dans l'hy-

SIMAEOUBA.

pochondrie, la mélancolie, dans les catarrhes chroniques des bronches, dans l'aménorrhée, l'anasarque et les états de débilité. Cette même infusion dissipe l'ivresse alcoolique (Linné). On en prépare des bains toniques et fortifiants, des fomentations stimulantes et résolutives. L'infusionse prépare avec 4 à 8 grammes de sommités fleuries dans 500 grammes d'eau bouillante,

li'huile essentielle entre quelquefois dans les potions cordiales; on en met une ou deux gouttes dans les dents cariées.

SÉSÉLI DE MARSEILLE, Seseli torluosum, L. — Ombellifères-Sésé-

LINÉES,

Angl. French Hartwort. — Ail. Bûschelblattriger Seseli.

Le Séséli officinal, ou Fenouil tortu, qui vient en Provence, porte des semences à peine du volume de celles de l'Anis et d'une odeur un peu analogue, qui sont réputées stomachiques, càrminatives, anthelminthiques, diurétiques, anticatarrhales et emménagogues.

Elles entrent dans l'Eau générale, le Mithridate et la Thériaque.

SiiHAROiiBA, Simaruba officinalis, DC; Quassia Simaruba, L. fils. —

RUTACÉES-SiMAROUBÉES.

Angl. Bitter Simarouba or mountain Damson. — Ail. Simaroubarinde, Ruhrrinde.

C'est un arbre de Cayenne qui croît aussi aux Antilles, à la Louisiane et à la Caroline, et dont l'écorce de la racine appartient à la matière médicale.

Composition. — Morin y a constaté les principes suivants : quassine, résine fragile, huile volatile, aromatique, ayant l'odeur de Benjoin, fibre ligneuse, alumine, sel ammoniacal, acide malique et trace d'acide gallique, malate et oxalate de chaux, oxyde de fer et silice. Pfaff y ajoute du mucilage constituant un quart du poids de l'écorce.

Action physiologique. — Le Simarouba possède une amertume intense, semblable à celle du Quassi, et exempte d'astringence marquée, mais sensiblement aromatique. A dose faible, il n'agit pas autrement que les amers francs; en plus grande quantité, il purge et fait vomir, provoque la transpiration et la sécrétion urinaire.

Les Nègres en sont moins affectés que les blancs (Wright).

Usages. — Desbois de Rochefort le classe parmi les émétiques, et Bichat propose de le substituer à l'Ipécacuanha. Toutefois on ne s'en sert qu'à titre d'amer et de tonique dans l'anorexie, la dyspepsie et les fièvres intermittentes. Le Simarouba a été principalen^ent recommandé dans les conditions asthéniques et la forme chronique de la dysenterie, seul ou uni à l'Opium (Ant. de Jussieu, Wright, O'Brien, etc.). On l'a aussi administré dans les fièvres continues graves, les scrofules, l'hydropisie, la chlorose, la diarrhée chronique et la lympanite intestinale (Degner, Pringle, Tissot, Werlhof, etc.). ba propriété émétique le rendrait peut-être utile, même dans les premières périodes de la dysenterie (Mérat et de Lens).

Modes d'administration et doses. — Le Simarouba se donne en poudre à la dose de 60 centigrammes k 2 grammes. On en prend 8 grammes en infusion dans 500 grammes d'eau et autant en décoclion. 'L'extrait se prescrivait à la dose de 20 à 25 centigrammes; il est inusité, tandis que le sirop est encore quelquefois prescrit.

SOL'DE COMMUNE, Salsola Soda, L., et solde émixelse, Salsola Tragus, L. — Chénopodacées..

Ang. Soda. — AU. Soda.

Ces deux Salsola sont des espèces halophyles, c'est-k-dire habitant les marais salés du bord de la mer ou des régions méditerriennes salifères, telles que certains cantons de la Lorraine. On les cultive même pour en obtenir le carbonate de soude impur (voyez ce mot), également fourni par le Salsola Kali, par plusieurs Salicornia, par des Atriplex et des Chenopodium.

Ces diverses plantes, réunies et séchées, sont soumises à l'incinération. Leur cendre constitue la Soude du commerce, qu'on fabrique surtout en Languedoc. Celle d'Aigues-Mortes s'appelle Blanquette, et celle de Narbonne Salicor (angl. Barilla). Pour ce qui regarde l'usage thérapeutique, voyez Carbonate de soude.

SPic. — Voy. Lavande commune.

SPiGÉLiE A]\THELMI]\THIQLE, Spîgelia Antheîmia, L. — Loga-

NIACÉE3.

Ang. Demerara Pink-root. — AU. Wurmiuidrige Spigelie.

La Spigélie anlhelminthique est une plante annuelle originaire de l'Amérique du Sud et des îles voisines (Brésil, Gayenne, AntiUes).

Composition. — Cette plante a été analysée par Ricord-Madiana, qui y a trouvé :

1° Dans la racine : graisse soUde, cire, résine molle appelée Spigéline, résine, extractif brun non toxique, gomme, ligneux, albumine et acide gallique.

2° Dans les 'pétioles et les feuillets : huile volatile, graisse, cire, , chlorophylle, matière gommeuse noirâtre, fibre ligneuse et acide gallique.

La Spigéline, substance non azotée, est le principe éminemment actif de la plante. Elle est amère, nauséeuse, purgative et cause une sorte d'ivresse. A la dose de 7 à 8 centigrammes seulement, elle fait périr un chien ou un chat en vingt minutes.

•Action physiologique. — La Spigélie est teUement toxique, qu'elle a reçu en France le nom de Brinvillière, en souvenir de la fameuse marquise de BrinviUiers, de sinistre mémoire. Fraîche, son odeur est vireuse, fétide, et peut occasionner une sorte de narcotisme; sa saveur est amère, nauséeuse et très-persistante. Ingérée dans l'estomac, eUe cause des vomissements, des

éblouissements, du vertige, de la stupeur, de la dilatation pupillaire, des soubresauts de tendons, de la dyspnée, etc. (Goxe). Le docteur Browne dit qu'elle procure le sommeil aussi certainement que l'Opium. Deux cuillerées de son suc données à un chien l'ont tué en deux heures. Des faisans auxquels on avait fait avaler des graines de cette plante firent mourir plusieurs personnes qui en mangèrent à Philadelphie. La Spigélie est toxique pour les vers intestinaux comme pour les animaux supérieurs.

Malgré l'insuffisance de ces renseignements sur l'action physiologique de la Spigélie anthelminthique, si l'on tient compte de la famille à laquelle elle appartient et des effets mieux connus de sa congénère, la Spigélie du Maryland, on admettra l'espèce du Codex au nombre des poisons convulsivants. La Spigélie du Maryland {Spigelia Marylandica, angl. Carolina Pink, perennial worm Grass], dont la composition est analogue à celle de la précédente, donne lieu, en effet, au vertige, à la diminution de la vision, k la dilatation pupillaire, à des spasmes des muscles faciaux, et quelquefois à des convulsions générales. Bile est également vermicide.

Usages. — Les deux Spigêlies ne sont employées que comme anthelminthiques, spécialement contre les vers lombricoïdes : en poudre, ou à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme, pour un enfant de trois à quatre ans ; k celle de 2 à 4 grammes, pour un adulte {Spigelia Marylandica), ou de 30 à 60 centigrammes et de 1 à 2 grammes [Spigelia Anthelmia). Celle-ci se donne aussi en sirop et en décoction, à la dose de 8 grammes dans 500 grammes d'eau, dont on prend 60 à 120 grammes par jour. Cette dose peut être remplacée par deux ou trois feuilles fraîches.

On assure l'effet en administrant ensuite de l'huile de Ricin. Les médecins américains, dont c'est le remède favori pour chasser les vers, associent souvent les deux extraits fluides de Spigélie et de Séné, ou bien composent une tisane dans laquelle entrent la Spigélie, le Séné, les semences de Fenouil et la Manne.

SPiLAKTHE. — Voy. Cresson de Para.

SQriKE, Smilax China, L. — Asparaginées.

Angl. China-root. — AU. Chinawurzel.

Le Smilax China habite la Chine, le Japon et la Cochinchine.

Composition. — Sa racine, analysée par Reinsch, a donné les résultats suivants : cire, résine balsamique, smilacine, sucre, matière colorante résineuse, matière colorante gommeuse rouge, acide tannique, amidon, gluten, ligneux et sels.

Action physiologique et usages. — Les effets physiologiques de la Squine sont peu apparents, cependant on la croit diaphorétique, et elle le devient manifestement lorsqu'elle est prise en boisson. Son goût fade, légèrement amer k la fin, ne décèle d'ailleurs aucune propriété énergique.

On emploie la Squine, comme dépurative, dans les mêmes circonstances

que la Salsepareille, à savoir : dans le rhumatisme, la goutte, les dartres invétérées, et surtout dans la syphilis constitutionnelle. Rarement elle est administrée seule ; presque toujours on l'associe à la Salsepareille, au Gayac et au Sassafras, qui constituent avec elle les Quatre bois sudorifiques, en sorte qu'il est aussi difficile de savoir ce qu'elle vaut isolément comme sudorifique et dépurative que de se convaincre des vertus antisyphilitiques du mélange auquel on joint à peu près toujours des préparations mercurielles ou iodurées. Prosper Alpin dit que la Squine augmente l'embonpoint. Le fait est que la racine -du Smilax pseudo-China sert à engraisser les porcs dans l'Amérique septentrionale.

La Squine entre dans la Décoction sudorifique et la tisane appelée Bocfiel simple de l'Hôtel-Dieu de Lyon.

STAPHISAIGRE, Delphinium Staphisagria, L. — Renonculacées-Hel-

LÉBORÉES.

Angl. Louse-seed, Slavesacre seed. — AU. Lausesamen.

La Staphisaigre croît dans le midi de la France, en Italie, en Grèce. Ses semences sont la seule partie officinale.

Composition. — Lassaigne et FeneuUe l'ont trouvée composée de : principe amer brun, huile volatile, principe amer jaune, matière azotée et mucilagineuse, delphine combinée avec l'acide malique et sels minéraux.

La Delphine est une base alcaline, cristallisable, formant avec les acides des sels définis et plus solubles qu'elle-même. Elle est peu soluble dans l'eau, très-soluble dans l'alcool et l'éther, inodore, d'une saveur d'abord amère, puis excessivement acre.

D'après les expériences d'Orfila, elle constitue un poison irritant qui, à la dose de 30 à 40 centigrammes, occasionne chez les chiens des vomissements et des selles diarrhéiques, puis de l'agitation, de la titubation, de la faiblesse et des mouvements convulsifs.

Action physiologique et usages. - Les semences de Staphisaigre sont émétiques et purgatives. Mâchées, elles sont amères, acres et brûlantes; avalées, même en petite quantité, elles irritent fortement le gosier. Données à un chien, elles peuvent le faire périr, et l'on trouve la muqueuse digestive enflammée. Les effets toxiques se produisent également k la suite de 1 application sur une plaie vive, et les animaux inférieurs, poissons, insectes, en ressentent la funeste influence.

Les anciens employaient la Staphisaigre comme éméto-cathartique. De nos iours on ne s'en sert plus que contre la gale et spécialement contre les poux; encore est-il prudent de s'assurer de l'intégrité du cuir chevelu, afin d'éviter l'absorption par des surfaces érodées ou entamées par des ùs-

'"modes d'administration et doses. - On se sert de la poudre de Staphisaigre pour saupoudrer la tête et, au besoin, le corps des sujets qui portent des poux. La décoction, à la dose de 30 grammes de grames pour

Page 1