ACIDE PHÉNIQUE, PHÉNOL, ACIDE CARBOLIQUE
naître à ce composé chimique des vertus prophylactiques à l'égard des maladies à ferments.
Nous dirons avec plus de confiance que l'acide phénique peut atteindre et détruire les causes infectieuses, comme les parasites, soit à la surface du corps, soit dans les premières voies. Par exemple, on l'appliquera avec succès sur le chancre, sur la pustule maligne, sur l'accident initial de l'angine couenneuse contractée par contagion véritable. On en retirera également quelques avantages contre le choléra ou la fièvre typhoïde en neutralisant les miasmes dans les déjections et dans les matières encore contenues dans le tube digestif ; contre la variole (Chauffard, Audhouin, E. Besnier et Coindet), mais seulement en faisant avorter les pustules (Lemaire, Horatio Yates) ou bien en neutralisant le pus virulent et les émanations odorantes, ce qui diminue ou supprime la fièvre putride secondaire ; contre les autres fièvres éruptives en détruisant la virulence des squames ou en modifiant l'angine scarlatineuse (A. Keith).
Les solutions phéniquées ne trouvent guère leur application aux dermatoses non parasitaires, sinon à titre d'astringent, lorsqu'elles sont fluentes, ou de cathérétique, quand il est nécessaire de les transformer par l'inflammation ou par une destruction partielle. Elles conviennent mieux dans le traitement de la gale ou des lésions épiphytaires, mais là encore elles sont primées par des préparations plus efficaces et moins dangereuses.
Malgré les beaux résultats de la pratique du professeur Lister, devancé par Wolf d'Aberdeen et suivi par un grand nombre de chirurgiens anglais et par quelques-uns de nos compatriotes, nous pensons avec Lawson Tait, J. G. Simpson, Th. Nunneley, Paget, J. Morton et Ernest Labbée que l'acide phénique ne l'emporte dans le pansement des plaies, ni sur l'alcool ou l'eau. de-vie camphrée ni sur les essences et les teintures alcooliques, notamment sur Falcoolature d'Eucalyptus.
Quant à l'infection purulente, qui semblait avoir trouvé son spécifique dans le phénol, elle se joue de l'action astringente et antizymotique ' de ce nouvel antagoniste non moins que de tous les autres moyens qui lui ont été opposés. Ni les arrosages des salles ou des baraquements, ni les irrigations desjolutions de continuité suppurantes ne parviennent à conjurer les terribles effets du poison traumatique ou puerpéral. Les faits observés sans prévention témoignent à l'envi contre l'engouement de quelques chirurgiens, et ceux en grand nombre qui ont été vus dans la malheureuse campagne de France par Ernest Labbée ne laissent à cet égard subsister aucune illusion. On devait s'y attendre d'après les prémisses posées plus haut, car le poison des plaies n'est pas un corps chimique défini et d'une production limitée comme l'eût été la sepsîne de Bergmann et Schmiedeberg, déjà évanouie devant les recherches de Zûlzer et Sonnenschein qui ont trouvé à la place un alcaloïde analogue à l'atropine ou à l'hyosciamine et qui pourrait bien être, selon moi, l'aniline : non, ce poison septique est représenté par des orgamsmes rudimentaire.s, microzymas bactéries, ou dont la plus minime
quantité peut devenir tuneste pourvu que la puUulation s'eflectue dans des^ conditions favorables.
En définitive, l'acido phéniqne présente toutes les indications des aromatiques et des styptiques. Il a cependant sur les astringents ordinaires, tels que l'alun ou le tannin, l'avantage d'être volatil et de pouvoir s'adapter au traitement des affections de l'appareil respiratoire, soit directement en inhalations, soit par élimination après ingestion dans les premières voies. La. portion d'acide phénique qui s'échappe par la peau, pourrait à son tour modifier les dermatoses conformément aux vues du professeur Hébra qui aurait vu disparaître sous cette influence les phénomènes d'irritation et de phlogose.
L'acide phénique a été recommandé dans la coqueluche et dans l'asthme, mais nous pensons qu'il a des indications plus précises dans la bronchite fétide, et surtout dans la bronchorrhée et le catarrhe purulent des bronches, dans les cas de relâchement atonique ou sub-inflammatoire des tissus de l'appareil respiratoire ou d'hémoptysie en rapport avec des ulcérations, des fluxions sanguines ou avec la diathèse hémorrhagique. Gomme astringent et parasiticide le phénol serait utile dans les dyspepsies atoniques et aceseentes ainsi que dans les vomissements opiniâtres si souvent compliqués de sarcines (Roberts, N. Jones, E. Garraway, E. Labbée).
Enfin ce dernier observateur pense que l'action sédative de l'acide phénique pourrait être utilisée contre l'éréthisme vasculaire et l'exaltation calorifique de la fièvre.
Modes d'emploi. — L'acide phénique est administré quelquefois en in/ialations par les -voies respiratoires. Tantôt on se contente de respirer les vapeurs qui se dégagent d'un simple flacon, tantôt on multiplie les surfaces d'évaporation à l'aide d'un émanateur semblable aux goudronnières, ou bien on aspire l'air chargé des vapeurs phéniques qui se dégagent d'un appareil à double tubulure. On pourrait dans le mêm© but se servir d'un appareil perfectionné proposé dernièrement par le docteur Ghéron, pour les inhalations d'essences oxygénées. Plus ordinairement l'acide carbolique est usité en potion et surtout sous forme de lotions ou à'iri'igations, quelquefois de pommade ou de savon. Selon le but qu'on se propose , on emploie des solutions plus ou moins concentrées. La proportion varie de 1 à 50 parties pour 1000 p. d'eau alcoolisée au 1/10.
En France on se sert plus habituellement des titres faibles, savoir des solutions au 1/1000 ou au 1/500. En Angleterre, au contraire, les doses sont généralement forcées et la solution d'acide phénique à 2 pour 100 est communément employée pour l'usage externe, comme astringent et antiputride ou comme léger irritant et modificateur des surfaces affectées de lésions chroniques.
Nous recommandons formellement les solutions faibles. Même en chirurgie on n'a besoin que par exception des solutions fortes dont il faut user avec modération. Pour l'emploi médical, la prudence est encore plus obligatoire.
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En lavement on ne doit pas administrer plus de 50 centigr. de phénol dans. 150 à 200 grammes de véhicule, puisque ^ décigr. ont produit un empoisonnement chez un enfant de 10 ans.
A l'intérieur, la dose maxima de 16 grammes: ne doit jamais être prescrire ; les doses de 1 à 4 grammes, généralement conseillées sont exagérées et doivent être réduites à 0,50 ou 1 gramme. Encore^ vaut-il mieux débuter par une quantité moindre, de peur de rencontrer une impressionnabilité excessive du sujet. Le véhicule peut être l'eau de goudron, l'eau de menthe ou un liquide aromatisé par l'essence de mirbane ou par une autre huile essentielle.
On prescrit quelquefois, en Angleterre, la teinture d'iode ou le chlorure de chaux comme correctifs de la fragrance déplaisante de l'acide phénique, mais il ne m'est pas démontré qu'en supprimant l'odeur ces substances n'altèrent du même coup la composition chimique et, par conséquent, les effets physiologiques du phénol.
Comme caustique, les chirurgiens anglais se servent aussi fréquemmeii d'une solution de 1 p. d'acide phénique dans 10 et même 8 p. seulemen d'huile d'olive, Whitehead avait déjà recemmandé contre le lupus une pommade composée d'acide phénique 4 grammeiî et de spermacéti 56 grammes. Ces préparations ne sont pas exemptes de danger et pour éviter tout accident d'intoxication on ne doit les étaler que sur de petites surfaces. Ces recommandations sont plus justifiées encore quand il s'agit de solutions faites avec parties égales d'acide phénique et d'alcool et, à plus forte raison, d'acide carbolique cristallisé et amené en consistance huileuse par une douce chaleur.
On fabrique aussi à l'exemple de Mougeot (de Bar-sur-Aube) des savons phéniqués contenant un cinquième de leur poids d'acide phénique (Galvert) et qui sont employés comme parasiticides et désinfectants.
Enfin, depuis quelque temps on trouve dans les pharmacies de petits flacons de poche semblables à ceux dans lesquels on renferme de l'alcali volatil et destinés aux mêmes usages, c'est-à-dire à fournir en voyage le moyen de neutraliser instantanément l'action du venin d'une abeille, d'une guêpe ou même d'une vipère. Il y a lieu de craindre qae l'actioa styptique. et coagulante de cette substance ne soit un obstacle à sa pénétration dans les petites blessures envenimées,, et comme l'expérience n'a pas encore prononcé de manière à donner à cet égard toute sécurité (Voy. Goudron végétal), on fera sagement de s'en.tenir à. l'alcali volatil plus puissant peut-être et certainement plus subtil,
ACIDE DU SUCRE. — Voy. AciDE OXALIQUE.
ACIDE su£FtiKtQi!iE Acidum sulfuricum.
Angl, Sulfuric acicl. AU. Schwefelsaure.
L'Acide sulfurique du-commerce contenant les acides chlorhydrique et hy-
ponilrique, de l'oxyde de plomb, assez souvent de l'arsenic et habiluellemenl des matières organiques, ne convient pas pour l'usage médical proprement dit. Nous renvoyons donc les commentaires thérapeutiques sur ce composé, à l'article Acide sulfurique purifié de la Pharmacopée.
ACIDE TARTiiiftL'E. Acidum iarlaricum. AngL Tarlaric Acid. — AU. Weinsaure.
L'Acide tarlrique (G'H'O") est extrait du tartre du vin, mais il se rencontre également à l'état libre ou en combinaison avec la potasse, dans les tamarins, la pomme de terre, l'oseille, les cornichons, et dans une foule de végétaux.
L'action physiologique et les usages thérapeutiques sont absolument les mêmes pour les acides tar trique et citrique (voy. ce mot), à cette différence près que l'Acide tartrique possède un goût moins agréable. Mais comme il est moins cher que son congénère, on le substitue très-souvent à celui-ci dans la fabrication de la limonade rafraîchissante qu'on prescrit aux malades fébricitants.
Le Codex prescrit un sirop et une poudre tartriques, semblables respectivement aux préparations analogues d'acide citrique et servant aux mêmes usages dans la médecine des pauvres.
ALCALI VOLATIL. — Voy. Ammonuque LIQUIDE [Pliarmacopèe).
ALCALI VOLATIL CONCRET. — Yoy. GaRBONATE d' AMMONIAQUE.
ALCOOL. — Voy. Alcool RECTIFIÉ.
ALUN, — Voy. Sulfate d'Alumine et de Potasse,
AMMOKIAftCE LIQUIDE. — Voy. AmMONUQUE PURE.
AKTiMOiiXE. — Voy. Antimoine purifié.
ARGENT. — Voy. Argent purifié.
ARSENIC RLANC. — Voy. AciDE ARSÉNIEUX.
AZOTATE DE POTASSE. — Voy. NiTRATE DE POTASSE.
DICARBONATE DE SOUDE. — Voy. GaRBONATE DE SoUDE {Bl-]. BIOXYDE DE MANGANÈSE. — Voy. OxYDE DE MANGANÈSE.
BOL D'ARMÉNIE. 457 BisaïUTH. — Voy. Bismuth purifié.
BITUME DE JUDÉE, Asphaltum, AU. Juclenpech.
Le Bitume de Judée est une sorte de goudron solide, fossile, qu'on rencontre à la surface du lac Asphallique ou mer Morte et qui se trouve à des états divers soit en nappes souterraines, soit en suspension dans les eaux telluriques. Il accompagne presque toutes les sources des terrains volcaniques, telles que celles de l'Auvergne et du Vivarais, c'est-à-dire les Eaux proiogéiques (Gubler) à prédominance de chlorure de sodium ou de bicarbonate de soude. On le rencontre également dans certaines eaux sulfureuses dont les principales sont celles d'Euzet et de Saint- Jean de Ceyrargues (Gard), et celles de Bastennes (Landes) et de Saint-Boès (Basses-Pyrénées). Les sources les plus bitumineuses du massif central sont celles du Puy de la Poix, de Gabian et de Médague. ,
Le Bitume servait dans l'antiquité à embaumer les corps, et les momies égyptiennes lui doivent leur merveilleuse conservation. Plus tard, on l'employait en applications topiques et à l'intérieur comme résolutif, fondant, antispasmodique. Sa vapeur était usitée en fumigations contre le rhumatisme, et l'huile essentielle que l'on en obtenait par distillation se donnait, ainsi que le Bitume lui-même, dans les phthisies exemptes de fièvre. Ces applications sont parfaitement rationnelles. Actuellement l'asphalte entre encore dans la composition de la Thériaque et n'a plus d'autre usage.
BLEU DE PRUSSE. — Voy. GYANURE DE Fer HYDRATÉ.
BOL d'armémie, J5o/i{s orientalis.
, Angl. Red Armenian Bole, Sole armeniack. — AU. Armenischer oder Rother Bolus.
Le Bol d'Arménie est une terre rouge qui se rencontre également en Europe et aiUeurs. Il est composé, selon Bergmann, de siUce, alumine, magnésie, chaux, fer et eau. Les Bols de Blois ou de Paris ont une composition semblable et servent aux mêmes usages.
Avec une pareille composition chimique, le Bol d'Arménie ne peut manquer d'être absorbant, desséchant, et jusqu'à un certain point astringent, anticatarrhal, hémostatique. C'est un absorbant chimique et mécanique tout ensemble, et l'astriction qu'il exerce sur les premières voies dépend en partie de ia formation d'un sel soluble aux dépens de son oxyde de fer attaqué par les acides libres de l'estomac.
On peut l'employer à l'extérieur sur les surfaces excoriées par le contact de liquides irritants : fèces, pus, urine ; à l'intérieur, contre l'acor et la pyrosis, la diarrhée muqueuse et la dysenterie chronique.
La Terre de Lemnos, la Terre à foulon, et d'autres substances minérales argilo-sihceuses, rempHssent les mêmes indications.
458 SUBSTANCES TIRÉES DES MINÉRAUX ET PRODUITS CHIMIQUES. BORATE DE SOLDE, BOUA.X, Doms SOdicus.
Angl. Borax or Biborale of Soda. — Ail. Borax, Natrvm biboracicum, 2 fach. Borsaurcs Natron.
Le Borate de Soude se rencontre naturellement en dissolution dane l'eau minérale de San-Restituto, dans l'île d'Ischia, et dans celle de certaine lacs duThibet. Gomme le Borax artificiel obtenu avec l'acide borique de Toscane, c'est un Biborate hydraté ayant pour formule : 2BoO'NaO-|-10HO.
Le Borax possède une réaction alcaline moins prononcée que le Carbonate de Soude, dont il est le succédané.
En solution, il absorbe l'acide carbonique, et dissout la fibrine, l'albumine, la caséine, et l'acide urique.
Action physiologique. — J'ai reconnu de longue date {Mém. sur l'orirgine et les conditions de développement de la Mucédinée du Muguet, 1858) que le Borax, comme les autres alcalins et notamment le bicarbonate sodique, frappe de mort ou arrête dans leur développement les organismes inférieurs qui vivent dans les milieux acides. Nous devons k l'un des plus illustres chimistes dont s'honore la France, la découverte de faits nouveaux confirmatifs de ceux que je viens de rappeler. L'action anti-fermentescible du Borate de Soude serait plus étendue que je ne l'avais, pensé et ce sel constituerait l'un des meilleurs moyens à opposer à la putréfaction (Dumas). La question est maintenant de savoir si, conformément à l'opinion que j'ai émise précédemment, le Borax intervient en changeant la réaction chimique du milieu, ou bien d'une autre manière. En tout cas, pour être efficace la dose du borate de soude doit être assez élevée, puisque A. Petit déclare qu'une solution à 1/100° n'entrave pas sensiblement la fermentation d'uoe liqueur sucrée contenant 50 gr. de sucre de canne par litre avec 50 centigr. de levure de Hollande pour 10 ce.
Gheal'homme, voicice qu'où observeiPortédansl'estomac.le.Boraix ne cause aucune sensation marquée, à moins que la dose n'en soit excessive, auquel ca^' il donne lieu k des nausées et à des vomissements. Dans le sang, il se comporte comme les autres alcalins en général, et peut amener, à la longue, et à hautes doses, l'hypoglobulie, l'état aplastique, etoonséquamment la tendance hémorrhagique ; en un mot, la cachexie scorbutique qui succède à l'usage, excessif des préparations alcalines.
Le Borate de Soude se retrouve inaltéré dans l'urine (Wôhler, Stehberger), dans le sang de la veine-porte, dans la bile et la salive (Binswanger).
Pendant son passage à travers la peau, il déterminerait (Binswanger) une éruption impétigineuse. En traversant les reins, il stimule la sécrétion urinaire et favorise la dissolution de l'acide urique. C'est donc un diurétique et un lithontriptique. Pendant son séjour dans la circulation, il peut favoriser la. combustion respiratoire, ou même à petites doses liquéfier un peu le sang, et, k ce titre, servir d'adjuvant à l'hémorrhagie mensuelle; inais le Borax ne nous paraît avoir aucun effet sur la contraction utérine, et n'exerce aucune influence qui puisse lui mériter le nom d'aphrodisiaque.