‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource]Chapitre 147 sur 293 · ACIDE PHÉNIQUE, PHÉNOL, ACIDE GARBOLIQUE · texte numérisé non relu

ACIDE PHÉNIQUE, PHÉNOL, ACIDE GARBOLIQUE

modérer les flux, arrêter les he'morrliagies, réprimer les végétations exubérantes.

L'acide phénique solide ou en solution saturée, peut même servir à faire périr et à déterminer la chute ou l'élimination de productions verruqueuses, ipapillaires, épithéliales, de nœvus, de cancroïdes. Toutefois, il ne faut pas oublier que ceux-ci ont mérité le nom de noli me tangere et que l'action irritante de l'acide phénique pourrait être aussi nuisible dans ce cas que son action caustique serait illusoire contre des masses cancéreuses proprement dites.

L'usage des solutions phéniquées légères contre les stomatites, les conjonctivites, l'otite externe, l'ozène, le catarrhe des voies uro-génitalea, les hrûlures, les ulcères sanieus, est donc parfaitement rationnel. Il est également légitime d'employer les solutions fortes, caustiques, sur les chancres, les ulcères de mauvaise nature, la pourriture d'hôpital ; de les introduire dans les cavités remplies de produits ichoreux, fétides.

On peut encore remplacer avantageusement l'essence de girofle ou la créosote par l'acide phénique pour cautériser le nerf dentaire, au fond d'une dent cariée, et supprimer la douleur névralgique. Mais nous ne croyons pas qu'il vaille l'ammoniaque caustique pour la cautérisation des piqûres d'abeilles ou de guêpes, ni surtout pour celles des serpents venimeux et, loin de partager à cet égajid la confiance de M'Goy ou de Hood, nous craignons que l'action fityptique et coagulante du phénol, ne soit un obstacle à sa pénétration dans les plaies étroites et profondes faites par ces animaux dangereux.

Les qualités astringentes de l'acide phénique lui assignent aussi une place éminente parmi les antiputrides, à côlé et même au-dessus du tannin et des autres substances analogues. Nul doute ne peut s'élever sur son pouvoir de préserver la viande de la putréfaction et par conséquent de conserver les ^sadavres et pièces analomiques ; ni sur sa faculté d'arrêter une fermentation putride déjà commencée.

Ge n'est pourtant pas un véritable désinfectant, car il ne détruit pas les produits de la décomposition organique, ni ne supprime la fétidité. Il mas-' que simplement l'odeur putride par son odeur propre qui est loin d'être agréable.

Mais l'acide phénique ne parvient à suspendre la fermentation putride qu'au moyen de doses massives «t probablement à la faveur de l'action coagulante qu'il exerce sur les matières albuminoïdes et particulièrement sur celles des organites jouant le rôle de ferments. En efi'et, il ne faut pas moins d'une solution au ou au pour tuer les microscopiques auxquels on 'attribue les métamorphoses chimiques qui caractérisent les fermentations. Encore est-il que l'acide phénique est sans action sur les infusoires du sang <Damon), de même que les bactéries et les vibrions résistent à la créosote «dans laquelle leurs germes peuvent se développer (Ester et Béchamp). De plus, on sait par les expériences de Lemaire, que les fermentations pectique, -sinapisique, amygdalique ne sont nullement entravées par le phénol. J'ai

donc lieu de penser que cette substance n'influence les phénomènes de la fermentation, ni par une simple action de présence, ni par ses effets pharmacodynamiques sur les organismes inférieurs, mais plutôt par son pouvoir chimique. Elle n'agit ni par catalyse, ni par intoxication, mais par une sorte de tannage et d'escharification ou, si l'on veut, de momification des tissus ou des êtres microscopiques.

Dès lors on conçoit aisément l'efficacité de l'acide phénique, en solution moyenne ou forte, pour tuer sur place des parasites des deux règnes, désinfecter ou mieux désinfester les plaies et même des meubles ou des parties restreintes d'habitations; mais on a peine à comprendre l'utilité de quelques gouttes d'un liquide phéniqué ou de la vapeur de phénol répandue dans l'atmosphère pour assainir de grands espaces, tels que des ateliers, des casernes, des salles d'hôpital ou des amphithéâtres de dissection.

Pour les mêmes motifs et pour d'autres raisons encore nous mettons en doute la plupart des résultats annoncés dans le traitement des maladies générales par l'usage interne de. l'acide phénique. Les espérances conçues par les praticiens ne seraient légitimes que si l'acide phénique était un poison dynamique des miasmes, ferments ou virus, à l'exclusion des organites normaux chez les animaux supérieurs. Dans le cas contraire, et l'action chimique exigeant des doses massives, il est permis de prévoir, comme nous l'avons dit ailleurs (traitement du choléra), que le sujet serait frappé aussi rudement que le parasite et que les globules sanguins périraient en même temps que les microzymas ou les bactéries. Un calcul bien simple nous permettra de fixer les idées sur ce point capital.

Nous avons vu que la proportion de 2^ était nécessaire pour communiquer k une solution phéniquée une puissance nocive évidente sur les microzoaires et les microphytes ; c'est donc au moins la même quantité relative du principe actif qu'il faudrait introduire dans l'économie pour y tuer les germes infectieux. Gomme la masse totale du sang peut être évaluée en moyenne à 5 ou 6 kilog., ce serait la quantité énorme de 30 grammes d'acide phénique qui devrait se trouver, à un moment donné, en circulation dans le sang d'un adulte pour être efficace. Or, cette effroyable masse est sept ou huit fois supérieure aux doses toxiques mortelles. La conclusion est facile à tirer, nous n'y insisterons pas. Mais, si je refuse à l'acide phénique le pouvoir d'anéantir dans le sang le miasme palustre, les poisons morbides de la fièvre typhoïde, du typhus, de la fièvre puerpérale et des infections purulente et putride ceux de la variole et des autres fièvres éruptives, de la diphtherie, • du charbon, de la morve et du farcin, de la syphilis et de la rage, je suis loin de contester à cet agent toute utilité dans les graves affections contre lesauelles on l'a préconisé.

S'il était vrai, comme l'affirmeBécharap, que l'Acide phenique à dosesnon coagulâmes est incapable d'entraver aucune ^ermemanon commence, mais au'il s'oppose alors efficacement k l'apparition des ferments organises dans les mélanges les plus fermentescibles, il faudrait, de toute évidence, recon-

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