‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource]Chapitre 184 sur 293 · ACIDE PHOSPHORIQUE · texte numérisé non relu

ACIDE PHOSPHORIQUE

en potion, à la dose de 4 à 10 grammes par jour, comme tonique et diurétique.

Il existe encore un Sirop d'Acide azotique et un collutoire détersif ayant pour base le même agent.

ACIDE PHOSPHORIQUE, Acidum phosphoricum .

Angl. Phosphoric Acid. — Ail. Phosphorsàure.

li'Acide phosphorique existe dans les deux règnes, mais surtout chez les êtres organisés, où il se rencontre parfois à l'état de liberté. La chimie en distingue trois variétés : l'Acide métaphosphorique, l'Acide pyrophosphorique et l'Acide phosphorique ordinaire. Ces deux dernières intéressent aujourd'hui le médecin; la troisième, dite aussi tribasique (PhO\3HO), constitue en solution dans l'eau, Y Acide phosphorique officinal; la seconde sert à composer le pyro phosphate de fer, préparation jouissant de qualités remarquables. Il ne précipite pas les solutions albumineuses. L'Acide phosphorique commuis s'oppose même à la coagulation de l'albumine par la chaleiir. C'est ainsi que j'explique l'incoagulabilité acquise par certaines urines albumineuses à la suite de l'addition de l'acide nitrique et de la mise en liber lé d'une partie de l'acide phosphorique des phosphates.

Action physiologique et usages. — Introduit dans les veines des animaux, l'Acide phosphorique coagule le sang et détermine la mort en quelques minutes. Dans l'estomac, il devient puissamment corrosif.

Dilué dans l'eau, cet acide minéral possède les propriétés de ses congénères (voy. Acide sulfurique), avec cette différence, toute à son avantage, qu'il est moins irritant et plus assimilable, parce qu'il est moins hétérogène à l'organisme humain (Burdach). Le docteur Hoffmann, pharmacien à Paris, lui reconnaît en outre la qualité de ne décomposer que les sels à acides fai bles, tels que les lactates et carbonates, de se combiner avec l'albumine et de pénétrer en iiberié dans le sang, ce qui, pour le dire en passant, n'est pas exclusif à l'acide phosphorique.

L'Acide phosphorique agit plus que tout autre sur le système nerveux, et exalte extrêmement l'excitabilité (Hecker, Burdach), principalement celle des organes génitaux (Sundelin). Les récentes expériences de Judson Andrews contredisent les résultats annoncés par Sundelin mais confirment et accentuent les remarques de Hecker et de Burdach. D'après ses recherches sphygmographiquef, 4 à 1 6 grammes d'acide phosphorique augmenteraient la force des pulsations artérielles sans en accroître la fréquence. Il en résulterait aussi une excitation comparable à l'ivresse alcoolique avec céphalalgie frontale et, si la dose est plus élevée ou l'impressionnabililé plus grande, de 1 assoupissement et de la dépression intellectuelle. Les indications thérapeutiques déduites de ces faits, supposés bien établis, consistent à administrer

I acide phosphorique dans l'épuisement nerveux et la parésie cérébrale, où

II rendrait de tels services que l'auteur américain ne craint pas d'imposer à la solution aqueuse de cet acide la dénomination de Limonade psychologique.

Les contre -indications sont les états inflammatoires du cerveau et des ménin- . ges, auxquels il faudrait joindre l'éréthisme nerveux. Il constitue l'un des composants du tissu osseux, et peut conséquemment servir à sa restauration; aussi l'a-t-on prescrit non-seulement dans le rachitisme et T'ostéomalacie, mais aussi dans la carie osseuse et même pour favoriser la formation ducal.

Co mme acidulé, l'Acide phosphorique dilué a été employé pour acidifier les urines et dissoudre la gravelle phosphatique, si commune à la suite du catarrhe purulent de la vessie et des opérations pratiquées sur les organes génito-urinaires. En qualité de tonique stimulant, ce même acide est administré dans les catarrhes des muqueuses, la suppuration profuse, la jaunisse, l'hystérie, l'impuissance virile. 11 a servi (Schmerling? Stromeyer, Hasse, Dietl, Lessing) pour calmer l'éréthisme dans le typhus, la fièvre pétéchiale, la rougeole, la scarlatine, la variole. Il s'est montré utile pour combattre les hémorrhagies de l'utérus, du tube digestif, des organes respiratoires, le purpura, le scorbut et généralement la diathèse hémorrhagique. A ce double titre, il a trouvé son utilité dans le diabète, soit pour apaiser la soif, soit pour soutenir l'économie.

Modes d'administration et doses. — V Acide phosphorique officinal ordinaire se donne à la dose de 1 à 5 gouttes à la fois, répétées toutes les deux ou trois heures, dans un véhicule aqueux rendu plus ou moins mucilagineux et aromatique. Ce même acide, préalablement étendu de six à huit fois son poids d'eau, se donne à la dose de 1 à 8 grammes en vingt-quatre fleures dans une potion.

On prépare un Sirop d'Acide phosphorique avec une partie d'acide médicinal pour 60 grammes de sirop de framboises. L'Acide phosphorique entre aussi dans les Pilules de Wutzer avec le camphre et la poudre de quinquina. Chaque pilule contient environ 4 centigrammes d'acide officinal. On en donne cinq par jour comme aphrodisiaque.

ACIDE BORIQL'E, Acidum boricum.

Angl. Boracic Acid. — AU. Borsàure.

V Acide borique (BoO') existe en liberté dans les lagoni de la Toscane, et combiné avec les bases dans plusieurs substances minérales.

C'est un acide excessivement faible qui a passé pour un sédatif et un antispasmodique des plus efficaces, d'où le nom de sel sédatif que lui imposa Homberg. Mais sa réputation a été manifestement surfaite. Aujourd'hui on le prescrit encore quelquefois en gargarisme à la dose de 8 à 16 grammes dans 300 grammes d'eau d'orge miellée, contre les angines pultacées, couenneuses ou gangréneuses ; mais on ne s'en sert plus comme médicament interne, si ce n'est à l'état de Crème de tarlre soluble (voy. Tartrate borico-potassique), comme rafraîchissant et tempérant.

ACIDE CHLOKHYDKIftLE , ACIDE IIYDKOCIILORIQl E , ACIDE

MLRIATIQCE, Acidwïi cMorhydricum.

ACIDE CHLORI-IYDHIQUE. * 567

Angl. Muriatic Acid. — AU. Salzsàure.

Les chlorures, et conséquemment l'Acide chlorhydrique, sont répandus partout. Beaucoup d'eaux minérales, notamment celles de Balaruc, de Bourbonne, d'Uriage, de Niederbronn, de Salins, de Moûliers, de Salies-de- Béarn, leur doivent en partie leurs propriétés dominantes. Enfin, l'Acide li bre s'exhale des volcans. Chevreul l'a constaté à cet état dans le suc du Pastel {Isatis tincloria), et les physiologistes en admettent la présence normale dans le suc gastrique.

L'Acide chlorhydrique dissous (CIH-j-Aq) est le seul usité en médecine.

Action physiologique. — L'Acide chlorhydrique partage la plupart des effets des oxacides précédents (voy. Acides sulfurique et nitrique). Il s'en distingue cependant par quelques particularités. Sa vapeur, plus irritante, enflamme les yeux, provoque de violents élernuments, une toux convulsive, une sensation de suffocation très-pénible, et détermine rapidement la mort chez les animaux qu'on force à la respirer. En outre, les ouvriers qui enlèvent les résidus de la fabrication de la soude artificielle voient leurs dents s'amollir, devenir transparentes, et tomber tour à tour, privées de tous leurs sels calcaires par l'Acide chlorhydrique constamment dissous dans la salive (Dumas).

D'un autre côté, l'usage interne de l'Acide chlorhydrique doit avoir pour les muqueuses des conséquences particulières. Il exerce, on le sait, en solution dans l'eau au 1/1000 une action remarquable sur les substances protéiques qu'il dissout à demi, et transforme en matière gélatineuse (Bouchardat). Or, cette action, avantageuse quand l'estomac renferme des aliments, ne peut-elle ])as devenir nuisible lorsque l'Acide chlorhydrique dilué baigne à chaque instant une surface muqueuse ulcérée ou dépouillée d'épilhélium ? La réponse me paraît devoir être affirmative.

Les effets locaux de l'Acide chlorhydrique concentré sont plus conformes à ceux de ses congénères. On peut dire seulement qu'il est le moins corrosif des trois principaux acides minéraux, et celui dont l'eschare, qui est grisâtre, violacée, a la moindre consistance.

L'Acide chlorhydrique est probablement absorbé sans changement par l'estomac. Dans l'intestin il aurait sans doute le temps d'être en partie saturé par la soude avant de pénétrer dans le réseau capillaire sanguin. Parvenu dans la circulation, cet acide se trouve, comme tant d'autres substances, incarcéré dans l'albumine du sérum, ce qui lui permet d'atteindre les émonctoires avant d'avoir été totalement transformé en chlorure alcalin. Et comme il est entraîné en majeure partie "avec les urines il peut en accroître la quantité et leur communiquer une acidité artificielle, non pas directement mais i)ien par la mise à nu d'acides moins puissants que l'acide chlorhydrique luimême. Pendant son séjour dan3 le sang l'Acide chlorhydrique exerce une action modératrice sur les phénomènes d'hématocausie et agit comme tempérant ou sédatif. ^

Ses synergiques et auxiliaires sont h peu près ceux des acides prééé-

dents. Il faut y joindre, comme digestifs, la pepsine, la diastase et la pancréatine.

Ses ANTAGONISTES et INCOMPATIBLES, Ses ANTIDOTES et CONTRE-POISONS

sont assez exactement ceux de l'acide sulfurîque (voy. ce mot) ,

Usages. — L'Acide chlorhydrique fumant sert à cautériser les aphthes les plaies sinieuses, gangréneuses, atteintes de pourriture d'hôpital, les ulcérations scorbutiques, les surfaces malades dans les stomatites ulcéro-membraneuse, mercurielle et gangreneuse, la diphthérie infectieuse et les angines malignes en générai. On en a fait, dans ces dernières années, un usage abusif dans les angines couenneuses, mais on commence à reconnaître que la cautérisation, presque jamais indispensable, rarement utile, souvent nuisible, ne convient que dans les angines d'origine infectieuse, constituant l'accident primitif de la maladie et comparables à la pustule maligne , dans le charbon, ce qui est le cas infiniment rare (Gubler).

Dilué, l'Acide chlorhydrique sert à préparer une limonade agréable, ayant les qualités rafraîchissantes, tempérantes et légèrement astringentes, qu'on recherche dans ce genre de boissons. Get hydracide rend de bien autres services aux sujets affectés de dyspepsie atonique ou d'apepsie, c'est-k-dire dont l'estomac languissant ne réagit plus sur les aliments, et sécrète trop peu de suc gastrique pour les digérer. Trousseau prescrivait souvent l'Acide chlorhydrique dilué (1 partie pour 100 d'eau) dans l'atonie stomacale, comme stimulant et adjuvant de la fonction digestive. Je l'ai conseillé avec succès dans ce cas, suivant cette formule ou à une dose un peu plus faible : 1 partie d'acide pour 150 d'eau.

A ce même titre, l'Acide chlorhydrique entre dans plusieurs préparations hygiéniques autant que médicales, notamment dans le Thé de /^ceu/" de Liebig.

En solution étendue, l'Acide chlorhydrique, associé à des amers et à des toniques, passe pour être très-efficace dans les affections hépatiques, scrofuleuses et vénériennes. Il a été fréquemment ordonné à l'intérieur, pour acidifier les urines et dissoudre les dépôts phosphaliques qui s'y forment, lorsqu'elles sont habituellement ammoniacales. Je le prescris encore dans ce but.

Enfin les émanations de gaz chlorhydrique ont été employées à titre de désinfectant.

Modes d'administration et doses. — Pour l'usage externe, on emploie l'Acide chlorhydrique concentré et même fumant, qu'on applique sur les surfaces malades à l'aide d'un pinceau de charpie ou de blaireau.

Incorporé dans du miel coulant (1 gramme d'acide fumant pour 15 grammes de véhicule), l'Acide chlorhydrique forme nn collutoire employé contre l3s angines sphacélo-diphthériques. Le gargarisme d'Acide hydrochlorique (Ricord) renferme la même quantité du principe actif dans 200 grammes d'eau de laitue avec 50 grammes de miel rosat.

" On prépare un pédiluve chlorhydrique avec 30 à 60 grammes d'Acide dans quelques litres d'eau. Il en faut 300 grammes au moins dans une baignoire, pour faire un bain stimulant.

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