CHLORURE D'OR
ciiLOKLUE d'or, Chloruretum auricum. Angl. Terchloride of Gold. — AU. Chloretum Auri, Chlorgold. Action physiologique. — Le Chlorure d'Or (AuGP) est caustique. Appliqué sur la, peau, il teint rapidement l'épiderme en violet noir. Son action irritante et corrosive peut gagner le derme, si la quantité de l'agent est considérable et le contact suffisamment prolongé. Introduit à haute dose dans le canal alimentaire, il agit comme poison corrosif, détermine une violente gastro-entérite (Magendie) accompagnée de symptômes nerveux, tels que crampes dans les extrémités inférieures,. agitation,, insomnie, érections fatigantes, etc. Ses effets sont analogues à ceux du bichlorure liydrargyrique.
En plus faible proportion, le Chlorure d'Or cause seulement un peu d'irritation ou d'excitation gastrique, de la sécheresse de la langue, de la rougeur du gosier, des coliques et de, la diarrhée (GuUerier).
Enfin à dose minime, il produirait, selon Ghrestien, un accroissement des sécrétions cutanée, salivaire et rénale, et, ce serait un stimulant plus énergique que le sublimé, mais un sialagogue' moins efficace. Il modifierait, en outre, la crase sanguine et la; nutrition de manière à réparer les dommages causés à l'économie par le virus syphilitique.
Usages. — Modes d'administration et doses. — Le Chlorure d'Or a été substitué au mercure par quelques praticiens (Ghrestien, GuUerier, Legrand) dans le traitement des accidents syphihtiques secondaires, mais ■".l'expérience générale n'a point confirmé les espérances qpe leurs observations avaient fait concevoir. On s'en est servi sans beaucoup plus de succès contre les maladies cutanées, la scrofule,, le goitre, etc. L'usage externe a donné des résultats plus nets.
Comme caustique, le Chlorure d'Or pur ou très-acidifié avec de l'acide nitro-chlorhydrique, a rendu des services contre le lupus, les ulcères syphi- ■ liiiques, cancéreux, ayant pour siège les parties extérieures ou l'utérus- ( Legrand, Chavannes).
A l'intérieur, on emploie de préférence. le. Chlorure d'Or et de Sodium [Chlorurelum aurico-sodicum) (NaCl, AuGP), dont l'action locale est moins irritante. On fait faire, une fois par jour, , une friction sur la langue et les gencives avec un paquet contenant .environ 3 milligrammes de Chlorure d'Or et.de Sodium cristallisé, mêlé avec une. quantité double de poudre inerte. Ou recommande, sans en donner la raison,, la poudre de. Lycopode ou d'Irist lavée à l'eau età l'alcool. .
Le .Sirop de, Chlorure d'Or et de. Sodium, ,k. 5 centigrammes de substance; active pour 200 grammes, de. véhicule,, et. les Pastilles, de CJilorure d'Or et de Sodium, contenant chacune uni quart de centigramme d'Or, sent, ainsi que; les jnlules, des préparations rarement usitées. Il en est de même de la. pommade deNiel, formée de.: Chlorure doubla, 1. gramme; axonge, 30 grammes.
P-ar la. méthode endermique on fait pénétrer le Chlorure d'Or,. incorporé, dans une pommade à raison de 5 centigrammes de Chlorure pour 1^';50 d'axonge.
PROTOCIII.OIUIKE i»E MEKCiiitE, Chloruretum hydrargyrosum. ATJgl. Subchloride of Mercury. — AU. Quecksilberchlorur. Les officines doivent en offrir de trois sortes :
1° Protochlorure de Mercure par sublimation {Mercure doux, Calomel, Calomélas],
Le Mercure doux sublimé a été détrôné par la variété suivante :
2° Protochlorure de Mercure pulvérulent {Calomel à la vapeur).
C'est la meilleure préparation pour l'usage interne, en raison de son extrême division, de son absorption plus- facile et de sa plus grande pureté.
3° Protochlorure de Mercure par précipitation. Précipité blanc.
Le Précipité blanc est loin d'avoir la pureté du Calomel à la vapeur. Il retient une petite proportion d'acide nitrique et de nitrates de protoxyde et de deutoxyde de Mercure qui lui donnent une activité quelque peu redoutable. On le réserve en conséquence pour l'usage externe. Les détails suivants concernent spécialement l'histoire du Calomel à la vapeur.
Action physiologique. — Le Calomel, naturellement insoluble, est à peu près insipide et sans effet local apparent, ce qui lui a valu le nom de Mercure doux. Mais, dans l'estomac, le Chlorure mercureux ne tarde pas à se dissoudre, soit à la faveur des acides, qui s'emparent d'une partie de sa base et le transforment proportionnellement en sublimé corrosif, soit par l'intermédiaire des chlorures alcalins (Mialhe), qui forment avec lui un composé de chlorhydrate de chlorure d'hydrargyre et de sodium, sorte de sel double dans lequel le chlorure du métal de la dernière section joue le rôle d'acide par rapport à celui de la première. Bafin, il me paraît démontré qu'un excès de matières organiques : albumine, mucus, épithélium, est capable de dissoudre une quantité notable de Protochlorure hydrargyrique. D'après Jsannel, les choses se passeraient encore autrement. Le Calomel ne commencerait à être attaqué que dans l'intestin par le carbonate de soude auquel le mucus doit son alcalinité; de l'oxyde de mercure mis en liberté serait alors dissous par les corps gras toujours présents dans le tuhe digestif.
Quoi qu'il en soit, les conditions ne sont pas toujours également favorables à la dissolution du Calomel. Cependant, les agents de la transformation sont toujours en proportion à peu près constante et fort restreinte, ce qui donne lieu parfois aux conséquences les plus paradoxales. Ainsi des doses faibles, de 5 à 20 centigrammes, produisent des effets considérables ou violents, tandis que des masses énormes (t gr., 2 gr. et davantage) ne produisent ni diarrhée, ni dyscrasie et ne manifestent que des propriétés absorbantes comparables à celles des substances inertes telles que la craie ou le sous-nitrate de bismuth. Effectivement de petites doses trouvent toujours une quantité suffisante de dissolvants pour acquérir de l'activité pharmacodynaœique, tandis qu'avec des doses massives la minime proportion qui peut être modifiée, se trouve pour ainsi dire perdue au milieu de la poudre inaltérée et insoluble.
Une fois dissous, le Calomel commence à faire sentir son action sur le tube
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digestif. Le phénomène primordial est l'état nauséeux auquel se rattachent quelques troubles sympathiques, savoir : un état de malaise, de langueur pouvant aller jusqu'à la défaillance, un flux de salive qu'il ne faut pas confondre avec le ptyalisme caractéristique, quelquefois une sueur froide et un léger frissonnement précurseur du vomissement, qui est assez rare. Ces premiers symptômes font place à une sensation désagréable vers le duodénum et le hile du foie, à des coliques intestinales, et finalement à de la diarrhée si la dose est suffisante.
Les matières évacuées sont d'abord molles, puis féculentes, enfin liquides et fortement colorées en vert d'herbes ou vert-olive. Les dernières selles causent au passage, dans la fin du rectum, une sensation pénible de cuisson plus ou moins vive. Cette teinte herbacée des selles du Galomel [Calomel stools) n'a pas encore reçu d'explication entièrement satisfaisante. Ce qu'on sait bien, c'est qu'elle n'est pas due à la présence d'un composé mercuriel nouveau (Simon, Golding Bird), et qu'elle ne saurait dépendre, comme le veut Kraus, de l'action du protochlorure sur le lait, puisqu'elle se montre chez des adultes nourris de viande. Tout porte à penser avec Michéa, Mialhe et la plupart des cliniciens, que le Calomel, surexcitant la sécrétion hépatique, fait arriver dans l'intestin des flots de bile verte, semblable à la modification qu'imprime à la bile jaune l'action prolongée de l'air et des acides peu énergiques. Le pigment biliaire est d'ailleurs tellement voisin de la matière colorante des globules et de ses dérivés, que Golding Bird et Schônbem ont pu, sans s'éloigner beaucoup de la réalité, rapporter à une altération de l'hématosine la coloration spéciale des selles obtenues à l'aide du Calomel.
Cette action cholagogue induite des faits cliniques serait confirmée par quelques expériences récentes. Ainsi Pécholier a retrouvé le mercure en forte proportion dans le foie des lapins empoisonnés par le calomel, et Byasson nous apprend qu'après l'ingestion d'une faible dose de bichlorure hydrargyrique, le métal a été retrouvé au bout de quatre heures dans l'urineau bout de cmq heures dans la salive. Je n'attache pas beaucoup d'importance a ces faits, parce que je ne crois pas à la nécessité de l'élimination par le foie pour l'explication des effets spéciaux du calomel; toutefois, je dois dire que Cl Bernard et Moser n'ont pas pu en déceler la présence dans la bi e recueillie à l'orifice de la fistule à la suite de l'administration du calomel. Bien plus, les expériences de Scott et de la commission d'Edimbourg sembleraient démontrer tout le contraire des opinions reçues puisque l'écoulement de la bile aurait été ralenti par l'influence du calomel et d'autres préparations mercurielles ; mais Fraser objecte avec raison que les mutilations exigées par le procédé expérimental : savoir, la perforation delà paroi abdominale et du fond de la vésicule biliaire, ainsi que la ligature du canal cholécloque, ne sauraient manquer de troubler profondément la sécrétion biliaire, l'irru!^'' T'^ 'ï"' expériences ne prouvent rien contre la réalité de
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rique agissant topiquement après absorption, ou bien à distance par voie de Bvxppathie.
Les selles vertes sont, dit-on, plus fréquentes chez les hommes que chez l^s femmes; si cette différence existe, elle s'explique probablement, par autre chose que la prédominance des chlorures dans le sexe masculin. L'action cholagogue du Galomel se continue quelquefois pendant, plusieurs jours k la suite de l'administration d'une seule dose, et, lorsqu'on en répète l'usage, il peut survenir de la diarrhée persistante, des vomissements répétés et des symptômes d'entérite et d'hépatite, avec ulcérations de la muqueuse digestive et passage à la gangrène.
D'autres accidents se produisent quand le Galomel n'agit pas comme purgatif, soit parce qu'il, est employé à trop faible dose, soit parce que le foie reste torpide. Alors, après quelques prises du médicament, rarement après une seule, si ce n'est lorsqu'elle est très-forte et pourtant exempte d'effets cathartiques, on voit survenir la salivation, la stomatite ulcéro-membraneuse, parfois la gangrène de la bouche, un gonflement énorme de la face, la fétidité de l'haleine, la gêne de la déglutition et de la respiration, si la langue et les différentes parties de l'isthme guttural sont extrêmement tuméfiées, enfin la mort, dans des cas heureusement fort rares.
Le pius souvent le Galomel, à doses .fractionnées, n'occasionne que du ptyalisme et une stomatite modérée, compliquée ou non d'un peu d'hyper crinie pancréatique et de diarrhée muqueuse. Dans ces conditions, une partie du Protochlorure hydrargyrique est absorbée, et va produire dans le sang et les tissus les effets altérants décrits à l'occasion du mercure métallique (voy. ce mot).
Substances synergiques, auxiliaires. — Les synergiques du Galomel sont de diverses-sortes, suivant l'objet qu'on se propose. Ce sont tantôt des purgatifs, tantôt des altérants antiphlogistiques et antiplastiques (bromure et bibromure de mercure), ou bien des sialagogues, des anthelminlhiques. Les chlorures alcalins et les acides capables de s'emparer d'une partie de la base sont des adjuvants du Galomel en ce sens qu'ils l'aident à se transformer en une substance d'une activité supérieure. Il en est de même du mucus, qui favorise son absorption sans transformation préalable en bichlorure. L'Opium ne devient un auxiliaire que lorsqu'il s'agit d'apaiser la révolte des intestins et de prolonger le contact avec la membrane absorbante, c'est-à-dire quand on veut obtenir rapidement les effets généraux.
Substances antagonistes, incompatibles. — Antidotes, contbe-poi- SONS — Les alcalis libres et les astringents seraient des antagonistes chimiques et dynamiques du Protochlorure de Mercure. Les substances adjuvantes deviennent, à certains égards, des incompatibles. Ainsi les acides et les chlorures alcalins favorisent la solubilité du Mercure doux. Gependant comme il importe, sous peine d'empoisonnement, de modérer la metamor- Dhose du Galomel en sublimé corrosif, et comme les acides de 1 estomac ou les chlorures normaux du suc intestinal suffisent généralement pour opérer
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cette transformation, il est prudent d'éviter les limonades minérales et les bouillons fortement salés, lorsqu'on administre le Galomel par la voie gas-. trique. Mais ce serait exagérer les précautions que d'exclure du même coup, à l'exemple de nos confrères américains, les acides végétaux. Je permets toujours la limonade au citron, j'administre souvent le Galomel dans de la confiture d'abricot, et je n'ai jamais reconnu le moindre inconvénient à cette manière d'agir. Au contraire, la présence de l'acide diminue les nausées et favorise les effets cathartiques.
Usages. — Au résumé, le Galomel est un purgatif cholagogue énergique mais incertain, dont les effets sont subordonnés aux changements qu'il subit dans le tube digestif en présence des matières aibuminoïdes et des autres, agents de transformation. Pour en assurer l'action, il est sage de l'associer aux purgatifs proprement dits, spécialement aux drastiques, tels que la scammonée, l'aloès, la résine de jalap. Cette précaution est d'autant plus indispensable, que le Protochlorure de Mercure est peut-être de toutes les préparations hydrargyriques celle qui amène le plus vite la stomatite spéciale et. la salivation, circonstances peu favorables, pour le dire en passant, à l'opinion qui veut que le Galomel n'agisse qu'après s'être métamorphosé en subhmé corrosif. Les effets cathartiques de ce médicament sont utilisés spécialement dans la jaunisse par rétention de la bile, dans l'ictère hémaphéique en rapport avec l'insuffisance absolue ou relative de la fonction hépatique, dans les maladies organiques du cœur, les hydropisies, etc. La facilité avec laquelle on obtient la salivation mercurielle à l'aide du Galomel, et l'intensité des lésions buccales qu'il détermine, désignent naturellement ce composé comme agent de la médication révulsive dans le traitement des ophthalmies et des affections cérébrales.
^ En qualité de purgatif cholagogue et d'antiplastique, le Galomel devient sédatif et antiphlogistique dans le cours d'une foule de maladies inflammatoires des centres nerveux et des organes de la respiration.
On demande quelquefois au Galomel des services tout opposés à ceux qu'il nous rend habituellement. G'est ainsi que les médecins anglais qui pratiquent dans l'Inde s'en servent pour arrêter directement la diarrhée bilieuse, muqueuse, ou séreuse. Gette pratique, souvent couronnée de succès, a sa raison d'être dans cette action absorbante que j'ai admise précédemment; elle exige par conséquent l'emploi d'énormes quantités de protochlorure hydrargyrique.
Gomme altérant, il trouve son emploi dans un grand nombre d'états morbides caractérisés par la phlogose et la plasticité exagérée du sang, ainsi que dans plusieurs affections diathésiques : la diphthérie, la syphilis, l'herpétisme et d'autres cas analogues. Le Galomel vaudrait toutes les autres préparations merourielles pour guérir les maladies vénériennes, s'il ne possédait au suprême degré l'inconvénient de faire saliver et d'amener du côté de la bouche des altérations fâcheuses.
Le Galomel est aussi quelquefois associé aux diurétiques et aux diaphoré-
tiques, dans le but d'assurer les effets respectifs de ces deux ordres de médicaments. Enfin, ce composé jouit de propriétés vermifuges au même titre que les autres préparations mercurielles.
Les applications topiques du Protochlorure de Mercure sont assez variées. On l'emploie contre les affections cutanées syphilitiques et dartreuses, contre les ophthalmies chroniques et les opacités de la cornée, contre les angines syphilitiques, les blennorrhées et dans beaucoup d'autres cas pathologiques.
Modes d'administration et doses. — Gomme altérant, le Calomel se donne à la dose de 10 à 20 centigrammes par jour en plusieurs prises, à intervalles sensiblement égaux. Il est facile de distribuer cinq doses dans les intervalles des repas ; un plus grand nombre ne peut trouver place en vingtquatre heures que chez les sujets qui observent la diète.
Dans ce mode de fractionnement, selon la formule de Law, on prescrit souvent un paquet de 1 ou 2 centigrammes de Calomel avec une quantité suffisante de sucre ou de lactine pour augmenter encore un peu la masse et faciliter la division. Chaque dose peut être prise dans du pain azyme ou de la confiture, et l'on boit de l'infusion de thé, de tilleul ou quelque autre semblable, ou bien de la limonade, de la solution de sirop de groseille. Dans quelques pays on repousse les boissons acidulés; cette réprobation, je le répète, ne me paraît nullement justifiée en ce qui regarde les acides végétaux. Chez les enfants ou les malades adultes qui ne veulent ou ne savent pas avaler, on incorpore le Calomel dans du miel coulant dont on barbouille lalangue, les joues et le reste de la cavité buccale. Le médicament est ensuite avalé d'une manière inconsciente.
On fait également des pilules de 1 , 2 et 5 centigrammes de Calomel pour la médication altérante et antiphlogistique. Dans le même cas on emploie des Pastilles de chocolat dont chacune contient 1 milligramme de Calomel.
Quand on veut obtenir l'action purgative, il faut, ainsi qu'il a été dit tout à l'heure, administrer le Calomel concurremment avec des drastiques, et en élever la dose jusqu'à 30, 40, 60 centigrammes, soit en poudre, dans de l'hostie du miel ou de la confiture de prune ou d'abricot, soit en pilules. A doses massives, au-dessus de 1 gramme et jusqu'à 3 ou 4 grammes, le Calomel loin d'agir davantage comme cathartique, se montre au contraire moms efficace qu'à doses moyennes, et se comporte plutôt à la mamère des absorbants mécaniques ou chimiques.
S'il se produit des nausées quelque temps après Fingestion, il convient de prendre une tasse de limonade citrique ou d'infusion de thé. Pour favoriser les effets purgatifs, nous conseillons habituellement le thé noir excessivement léger, tiède et à peine sucré, r J ' ^• ■ Les Pilules de Plummer se composenl de Calomel, de soufre dore d antimoine et de gayac; celles de Calomel et d'Opium renfermant 3 parties du premier et 1 partie du second.
Pour employer le Calomel en gargarisme, il faut, autant que possible, le