‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource]Chapitre 219 sur 293 · NITRATE ACIDE DE DEUTOXYDE DE MERCUBE, NITRATE DE · texte numérisé non relu

NITRATE ACIDE DE DEUTOXYDE DE MERCUBE, NITRATE DE

9IERCURE LIQUIDE, Nitras liydrargyricus acido nitrico solutus.

Angl. Bibasic Nitrate of the oxyde of Mercury, Acid Nitrate of Mercury. — Ail. Hydrargyrum oxydatum nitricum solutiùm.

Le Nitrate acide de Mercure (HgO, 2AzOS Aq) possède un goût métallique et détermine une sensation de brûlure dans la bouche lorsqu'il se présente en proportions un peu plus fortes au contact de la muqueuse. A la lumière, il colore l'épiderme en rouge pourpre et communique une teinte rosée ou bien rouge-brunâtre aux substances protéiques qu'il précipite.

Action physiologique. — Son action corrosive dépasse celle du deutochlorure dans lequel il se convertirait, selon Mialhe, au contact des chlorures alcalins. Absorbé, il agit en qualité de composé mercuriel (voy. Mercure).

Pour les synergiques et les antagonistes, voyez Nitrate mercureux.

Usages. Modes d'administration et doses. — La Solution de Nitrate acide de Mercure est employée très-souvent pour cautériser les végétations syphilitiques, les ulcères de mauvais caractère, les chancres serpigineux, les indurations de diverses natures, les cancers, les dartres, la teigne faveuss, les granulations et les ulcérations du col de l'utérus.

Une précaution importante, et que nous devons recommander, c'est de n'agir que sur une petite surface à la fois, afin d'éviter une trop vive douleur et consécutivement des accidents toxiques (Breschet, etc.) dus à la pénétralion d'une trop grande quantité de sel mercurique dans l'économie. Pour prévenir ce résultat, Mialhe conseille de laver la surface aussitôt après que l'action caustique est jugée suffisante; mais cette précaution serait vaine à cause de la proportion considérable du Nitrate de Mercure qui imprègne l'eschare. Celle-ci est grisâtre et ne tarde pas à s'entourer d'un cercle inflammatoire, éliminateur. Elle se convertit en une croûte jaunâtre 'et tombe au bout de quelques jours.

Le Nitrate mercurique entre avec le Protonitrate dans la pommade connue sous le nom à' Onguent cilrin (angl. Golden eye ointment), et dont on fait usage contre la gale, la teigne et la blépharile ciliaire.

NITRATE d'argent CRISTALLISÉ. — Nitras argenticus in cristallos concretus.

Angl. Nitrate of Silver. — Ail. Argentum nitricum cristallisatuin, salpetersaures silberoxyd.

Le Nitrate d'Argent (AgOAzO»), connu aussi sous les noms à' Azotate ou de Caustique lunaire, est soluble dans l'eau et l'alcool.

Action physiologique. — Au contact de la langue, le Nitrate d'Argent, en très-petite quantité', produit une sensation d'astriction forte en même temps qu'une saveur métallique et amère. En quantité plus considérable, il détermine une brûlure et une corrosion.

L'action caustique du Nitrate d'Argent s'explique par son affinité pour les substances protéiques. Il forme avec l'albumine, la fibrine, le caséum des composés dont il représente 15,5 pour 100 du poids total. Ce coagulum est soluble dans un excès de nitrate d'argent ou d'albumine, dans le chlorure de sodium, l'iodure de potassium, l'ammoniaque, le cyanure de potassium. • Appliqué sur la peau, l'Azotate lunaire fait d'abord une tache blanche qui devient gris-violacé, puis pourpre-noir au fur et à mesure de la réduction de l'argent à l'état métallique. Il se comporte d'ailleurs avec les poils comme avec l'épiderme lui-même. Si l'application est réitérée, il peut en résulter la vésication, une vive douleur, et même de la fièvre quand la cautérisation est étendue à une grande surface. Déposé sur une muqueuse ou sur une solution de continuité humide, le Nitrate d'Argent agit plus vite et un peu plus profondément. Toutefois l'eschare grisâtre qu'il produit ne dépasse guère en épaisseur une fraction de millimètre, parce que le sel ne tarde pas à être transformé en chlorure insoluble, et que la pellicule superficielle résultant de sa combinaison avec les substances albuminoïdes s'oppose à la pénétration de la solution caustique. Voilà pourquoi la chute d'un crayon de Nitrate d'Argent dans l'estomac ou dans l'utérus, n'a été suivie, contrairement à toutes prévisions, d'aucun accident sérieux. L'eschare formée par le caustique lunaire tombe au bout de vingt-quatre, trente-six ou quarante-huit heures.

L'action topique du Nitrate d'Argent sur la muqueuse gastrique est d'autant plus intense, que cette membrane est plus débarrassée de chyme et de mucus, c'est-à-dire de matières en partie protéiques et chargées de chlorures. Il peut en résulter de la gastrodynie, des nausées, des vomissements, des déjections alvines, et ainsi que je l'ai vu deux fois pour une dose minime chez le même sujet, donner lieu à une crise de coliques avec altération des traits, refroidissement, crampes, comme dans les empoisonnements par les poisons irritants et corrosifs. A dose toxique, il détermine en outre la gangrène des tuniques gastro-intestinales. Boërhaave en cite un exemple. Les vivisecteurs ont eu l'occasion de constater des désordres fonctionnels et matériels semblables chez les animaux soumis à leurs expériences. En ce cas, l'absorption n'a pas lieu. Les phénomènes observés à la suite de l'injection du Nitrate d'Argent dans la veine jugulaire : respiration difficile GuBLER, 2« édition. 43

et mouvements convulsifs, appartiennent sans doute à tout poison coagulant et s'expliquent peut-être par des embolies capillaires dues k la coagulation primitive des matières protéiques du sang. Les ecchymoses multipliées observées chez les solipèdes, l'asphyxie par écume bronchique notée chez la plupart des animaux qui succombent à l'empoisonnement argentique, se rattacheraient sans peine à ce mécanisme pathogénique, bien que le premier phénomène ait pu être attribué à une altération du sang (Bail), et le second à l'influence directe de l'argent sur le système nerveux (Orfila).

Mais, quelque nettoyée que soit la cavité stomacale, la présence d'une petite couche de mucus et d'épithélium suffit pour atténuer la causticité de l'Azotate lunaire en le transformant partiellement en chlorure et le réduisant k l'état métallique. Aussi, lorsqu'on ingère k petites doses du Nitrate d'Argent pour le faire absorber, est-ce un tout autre composé qui passe dans la circulation, et l'action générale est vraisemblablement due k un chlorhydrate de chlorure combiné avec l'albumine du sérum. Des cliniciens (Fouquier, Powell) ont noté la différence d'action, à masse égale, selon que le Nitrate d'Argent, est solide ou liquide. Les effets plus redoutables de la solution, comparés k ceux des pilulesj s'expliquent par l'instantanéité d'action de la préparation liquide. La première partie de la solution arrivée au contact de la muqueuse subit, à la vérité, la transformation chimique indiquée, mais la portion suivante imbibe et traverse la pellicule formée aux dépens de l'épithélium et du mucus pour aller atteindre le derme muqueux lui-même. Au contraire, la pilule, ramollie lentement par le liquide gastrique, ne cède que peu k peu son Nitrate lunaire, lequel a le temps d'être transformé en*sel insoluble avant d'arriver au contact de la muqueuse. Incorporé dans une masse solide, le Nitrate d'argent peut généralement être administré à doses croissantes et relativement assez élevées, sans dommage pour les voies digestives.

Une fois introduit dans le sang, le Nitrate d'Argent ne révèle d'abord sa présence par aucun phénomène apparent. Exceptionnellement, il occasiorme de la stomatite argyrique (Guipon), ou bien du prurigo accompagné d'un peu d'érylhème papuleux (Bail et Gharcot) . Seulement il agit k la longue comme altérant : c'est-à-dire que, suivant ma manière de voir, il prend part k la formation du plasma, devient partie intégrante des tissus et des organes complexes dont il modifie les fonctions et peut en certains cas arrêter les désordres. Son influence se fait, dit-on particulièrement sentir sur le système nerveux et se manifeste par la cessation des troubles morbides qui en ont réclamé l'emploi.

L'usage prolongé du Nitrate d'Argent k l'intérieur finit par aoiener un singulier changement de la coloration des téguments externes, qui prennent une teinte ardoisée ou olivâtre plus ou moins foncée. Cette coloration, qui a son siège dans l'épiderme et le tissu muqueux, persiste ensuite des années sans pâlir ; elle semble même indélébile. Cependant elle disparaîtrait sous des vésicatoires (Biett), et même, dit-on, par des lotions d'acide nitrique ddue ou de cyanure de potassium, ainsi que par l'iodure de potassium k l'mténeur.

Tout cela est au moins fort douteux. Elle peut aussi s'atténuer un peu avec le temps. Quelquefois la muqueuse digestive est colorée comme la peau. On observe sur les gencives, au collet des dents, un liseré bleu foncé plus sombre que le liséré saturnin (Duguet). Des taches noirâtres semblables à celles des chiens de chasse ou de la maladie d'Addison, se montrent sur la muqueuse buccale, et une coloration analogue se répand dans presque toute la longueur du tube digestif ( Cl. Bernard, Krahmer, van Geuns, Frommann, Bail et Gharcot).

En réunissant les urines de plusieurs malades, Cloëz est parvenu à recueillir un globule d'argent, ce qui démontre l'élimination de ce métal par les reins. Il y a lieu de penser qu'il est entraîné également par les glandes sudoripares et sébacées de la peau, qui se sont montrées colorées en noir. Au reste, Wedemeyer a trouvé tous les viscères plus ou moins ardoisés, et Brande a pu retirer de l'argent métallique des os, du pancréas et des plexus ehoroïdes. Orfila l'a extrait surtout du foie, et van Geuns l'a constaté dans les méninges cérébro-spinales et dans beaucoup d'autres organes. On peut dire qu'il existe dans tous les tissus et dans tous les viscères.

Substances auxiliaires. — Au point de vue des effets internes, le Nitrate d'Argent est trop mal connu pour qu'il soit possible de lui assigner de véritables synergiques. On peut dire cependant que l'oxyde d'argent et d'autres sels d'argent : bromure, iodure et chlorure se comporteraient de même au point de vue de la médication altérante. Quant à la production de ses effets locaux, le Nitrate lunaire a pour analogues les irritants et les caustiques coagulants.

Substances incompatibles. — Antidotes, contre-poisons. — Toutes les matières organiques réduisent le Nitrate d'Argent ; les chlorures et les cyanures le font passer à l'état insoluble ; les alcalins et les oxydes des premières sections mettent l'oxyde d'argent' à nu. Par conséquent, toutes ces substances annihilent l'action topique du Nitrate d'Argent. Au même titre, elles peuvent lui servir de contre-poisons, et, si l'on craint que la nature ne puisse faire tous les frais de la neutralisation chimique en invisquant le caustique de couches puissantes de mucus ou de sérum riche en albumine et en chlorures, on peut l'aider en faisant ingérer au malade du bouillon très-salé. Les doses massives de Nitrate d'Argent produisent des désordres anatomiques qui opposent une barrière à l'introduction du poison dans le système sanguin. D'un autre côté, l'absorption ne s'exerce lentement que sur un produit insoluble : l'Albuminate de Chlorure double de Sodium et d'Argent.

Il n'existe donc jamais qu'une petite quantité de sel d'argent à la fois dans la circulation, ce qui enlève toute opportunité à l'emploi des antidotes proprements dits.

Une fois immobilisées dans les tissus, les molécules d'argent ne peuvent en être expulsées qu'à la faveur de la rénovation organique. On peut alors favoriser celte rénovation en activant la dénutrition par l'iodure ou le bro-

mure de potassium, commo je l'ai fait pour l'arsenic, et comme cela se pratique généralement pour le mercure et le plomb.

Usages. — L'histoire pharmacodynamique du Nitrate d'Argent est encore trop obscure pour servir de guide dans l'emploi thérapeutique de ce composé. Les médecins qui, les premiers, ont prescrit ce composé chimique dans l'épilepsie, ont fait de l'empirisme pur, à moins qu'ils n'aient eu l'idée absurde d'agir sympathiquement sur le cerveau en allant cautériser l'estomac. Ceux qui, à leur suite, ne tenant compte que des succès, ont { essayé le même agent dans la chorée et d'autres affections nerveuses, ont fait de l'empirisme raisonné. Un certain nombre d'épileptiques ont guéri pendant qu'ils prenaient du Nitrate d'Argent, il n'est donc pas iinpossible qu'ils aient été guéris par le remède ; mais rien en physiologie ne confirme encore l'explication du fait et ne rationalise cette pratique.

Le Nitrate d'Argent a donc été employé contre l'épilepsie par Sims, Duncan, Cappe, Butini, Odier, Lombard, Balardini, Biett, Esquirol, etc.; contre la chorée par Hall, Pitschaft, Priou, Bretonneau; contre l'angine de poitrine par Gappe, Fauchier, Sementini, Bastide, etc.

Enfin, dans ces derniers temps, Wunderlich a eu l'idée de l'administrer dans l'ataxie locomotrice, et a pu citer cinq cas favorables. Il a été imité par Charcot et Vulpian, qui se louent également du remède, et par le docteur Herschell, qui dit avoir obtenu la guérison d'une amblyopie amaurotique chez un malade affecté d'ataxie locomotrice. Bouchut le croit utile dans la paralysie générale progressive. De son côté, le docteur P. Topinard et d'autres auteurs nient d'une manière à peu près absolue l'efficacité de ce traitement, qui m'inspire également bien peu de confiance dans la plupart des cas graves où il a été préconisé. L'avenir apprendra à distinguer la part du hasard de celle de la médication.

Les applications suivantes me paraissent généralement rationnelles.

Le Nitrate d'Argent est administré quelquefois par la bouche, afin d'obtenir son action topique sur la muqueuse gastro-intestinale; tantôt pour corriger la sensibilité morbide du canal alimentaire, réprimer les vomissements opiniâtres, nerveux ou symptomatiques, ou calmer les douleurs gastralgiques; tantôt pour modérer l'hypercrinie intestinale dans la diarrhée vulgaire'ou le choléra (Barth), ou bien pour modifier des surfaces ulcérées dans la dysenterie et l'entérite chroniques. On prescrit dans un but analogue, comme substitutif, le Nitrate d'Argent en injections dans la leucorrhée et la blennorrhagie ou comme cathérétique dans les états inflammatoires chroniques avec fongosités de la muqueuse utérine et métrorrhagies rebelles; en collyre, dans les ophthalmies conjonctivales, surtout dans celles qui ont le caractère virulent ou contagieux. Mais nous ne croyons pas à l'utilité du ' Nitrate d'Argent dans l'ictère, le croup, l'aménorrhée, et les expériences de Ricord ont démontré qu'elle était illusoire contre la syphilis.

A l'extérieur on emploie souvent le Nitrate d'Argent, mais fondu, et sous le nom de Pierre infernale (voy. plus loin).

Modes d'administration et doses. — Le Nitrate d'Argent se prend à l'intérieur en pilules^ en potion et en lavement. Il existe un grand nombre de formules de ces diverses préparations pharmaceutiques.

La dose habituelle dans chaque pilule est de 1 centigramme; l'excipient ordinairement employé est de la mie de pain. Telles sont les Pilules de Boudin, recommandées par Trousseau et Pidoux, et généralement usitées maintenant. La mie de pain ne tarde pas à réduire une grande partie du Nitrate d'Argent à l'état métallique, et se colore en noir. Une autre portion se transforme en chlorure également inoffensif pour la muqueuse digestive, en sorte que les pilules selon la formule de Boudin n'exercent d'ordinaire aucune irritation locale quand elles sont préparées depuis quelques heures. L'addition de l'opium ou de tout autre anodyn est donc superflue; un correctif ne deviendrait utile que si l'on forçait la dose (Mérat) de Nitrate d'argent, et si les pilules étaient ingérées aussitôt après leur préparation.

L'association du chlorure de sodium (Mialhe) ou du sel ammoniac (Jacquet) a pour résultat de transformer plus rapidement ou plus complètement l'azotate en chlorure, et de favoriser la dissolution de celui-ci.

Dans le but illusoire de faire absorber du Nitrate d'Argent à l'état d'intégrité et d'isolement, on a proposé pour excipients diverses substances inertes telles que le kaolin ou la terre de pipe (Deniau) et la silice (Am. Vée).

'Kn potion^ le Nitrate d'Argent, quelle que soit la formule, se donne à la dose d'environ 5 centigrammes pour 100 grammes d'eau distillée et 20 grammes de sirop de sucre, dans le choléra (Barth) ou l'entérite cholériforme (Trousseau). Nieberg en donne jusqu'à 15 centigrammes dans 45 grammes d'eau à prendre par cuillerées à café, de trois à sept par jour, dans la chorée. Enfin, pour assurer la dissolution du sel argentique, en présence des matières contenues dans le tube digestif, Deniau, après avoir incorporé 50 centigrammes de Nitrate d'Argent dans un litre d'eau albumineuse sucrée, redissout le précipité à l'aide de 1 gramme 25 centigrammes de bromure de potassium.

En lavement, le Nitrate d'Argent se prend à la dose de 5 centigrammes environ pour 100 grammes d'eau distillée, contre la diarrhée chronique des adultes (Bourdon), ou à dose moitié moindre contre la diarrhée de dentition (Trousseau). Delioux de Savignac, voulant maintenir la solubilité du Nitrate lunaire, conseille de l'introduire, à la dose de 10 centigrammes au moins, dans 250 grammes d'eau distillée tenant en dissolution un blanc d'œuf, et d'ajouter une quantité équivalente de chlorure de sodium. Gelui-ci rediss'out le précipité d'albuminate de Nitrate d'Argent qui se forme d'abord et éclaircit la liqueur. Mais, pour faire réussir l'opération, il faut avoir soin de verser goutte à goutte et simultanément les solutions des deux sels en agitant la masse avec une baguette de verre. Au reste, ce n'est plus du Nitrate d Argent qu'on administre dans ces conditions, mais bien un composé trèscomplexe et non défini, ayant perdu en grande partie les qualités pour les-

quelles le sel primitif était recherché et ne conservant plus guère que soa pouvoir altérant.

Les collyres au Nitrate d'Argent renferment des proportions très-diverses de ce composé, suivant qu'on veut obtenir une simple astriction de la muqueuse oculaire ou bien une cautérisation. Gomme astringent dans la conjonctivite simple, l'azotate lunaire ne doit pas, selon nous, dépasser 5 k 10 centigrammes dans 100 grammes d'eau distillée. Gomme léger cathérétique dans la conjonctivite granuleuse, il peut être porté à la dose de 20 à 30 centigrammes pour la même quantité de dissolvant. Dans l'ophthalmie purulente des nouveau-nés, des armées et des sujets atteints de blennorrhagie contagieuse, il convient d'employer, k l'aide d'un pinceau, une solution caustique dans laquelle entrent 10 à 20 centigrammes de Nitrate d'Argent pour 30 grammes seulement d'eau distillée (Reveillé-Parise) ou de glycérine (Foucher). Velpeau prescrit 2 grammes de Nitrate d'Argent dans la même quantité de véhicule, pour faire avorter l'ophthalmie purulente. Ge moyen énergique, souvent remplacé par la pierre infernale, ne doit être employé qu'un très-petit nombre de fois chez le même sujet, sous peine de détruire les lames superficielles de la cornée, et d'en favoriser la perforation. Au reste, des solutions beaucoup moins concentrées, mais continuées avec trop d'insistance, ont amené plus d'une fois ce triste résultat, que des observateurs in attentifs ont pu mettre sur le compte de la maladie.

Pour injections styptiques, catliérétiques ou vraiment caustiques, on fait usage de solutions graduées, semblables à celles de la série correspondante des collyres. Contre le catarrhe chronique de la vessie, la dose de 10 centigrammes de Nitrate d'Argent pour 200 grammes d'eau me paraît suffisante, à moins que la purulence ne soit excessive et la muqueuse vésicale profondément altérée, auquel cas il est permis d'employer une ou plusieurs injections caustiques, espacées, contenant une proportion quadruple ou quintuple de sel argentique, par exemple 50 centigrammes pour 100 grammes d'eau distillée. Cette formule est celle de l'injection abortive de Ricord, contre la blennorrhagie- Le professeur Pajot se sert d'un appareil pulvérisateur ^pouv porter le Nitrate d'Argent en solution aqueuse dans l'intérieur de la cavité utérine.

La solution concentrée de Velpeau convient pour ranimer certains ulcères indolents (Sanson), ou modifier des affections cutanées intenses, telles que le rupia (Biett), assainir les chancres, la pourriture d'hôpital (Groq, etc.).

On prépare encore, avec le Nitrate d'Argent, des pommades astringentes ou cathérétiques contre lablépharite ciliaire [5 centigrammes pour 4 grammes d'axonge (Velpeau)], contre les fissures à l'anus [Nitrate d'Argent, 1 gramme; axonge, 4, 6 à 12 grammes (Bourgeois)], contre l'ozène [Nitrate d'Argent, 40 centigrammes à 1 gramme; axonge, 30 grammes (Gallizioti)]. Enfin, Jobert (de Lamballe) employait, sous prétexte de faire avorter l'érysipèle et pour résoudre les tumeurs blanches, une pommade caustique contenant 4 grammes d'azotate lunaire pour 30 grammes d'axonge.

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