CHAPITRE .XYI
AXCALIS VÉGÉIA.UX.
iiOBPHmE, Morphina.
A.ng\.: Morphia. — Allv, Morphiumi
La Morphine (G"H"AzO\2HQ ou bien G"H'»AzO') est le principal alca. loïde de l'Opium (voy. ce mot). Elle cristallise. en prismes rhomboïdes, d'une saveur amère, d'une réaction franchement alcaline, solubles dans les huiles fixes et volatiles dans l'alcool (1 partie dans 40 parties d'alcool froid, et, dans 30 parties d'alcool bouillant,! insolubles dans i'éthei, presque insolubles dans l'eau froide et même dan j l'eau bouillante (1 pour . 100). Cette base, se. combine avecJes acides suKurique, chlorhydrique et acétique, pour former des sels parfaitement définis et généralement, plus solubles qu'elle^.même dans les circonstances ordinaires.
Action physiologique. — Les effets de, la Morphine ne diffèrent pas de. ceux de ses combinaisons avec les acides, mais ils ne sont, pas identiques, avec ceux de l'Opium en nature. La diversité d'action des différents princi-. pes qui, entrent dans la composition du suc de Pavot,,ne permettait, guère dei croire que leur ensemble pût donner une résultante exactement égale à, la valeur de l'un quelconque d'entre eux; effectivement, une observation clinique attentive fait discerner quelques traits distinctifs entre la Morphine et la matière complexe dont elle reproduit pourtant les principales propriétés.. On a même lieu d'être surpris de celte similitude quand on songe à l'antat gonisme d'un si grand nombre de principes immédiats; mais l'étonnement cesse dès qu'on ,se rend un compte exact de leurs proporUons et -de leurs
puissances relatives. Les alcaloïdes narcotiques l'emportent de beaucoup, à tous égar ls, sur les alcaloïdes convulsivants ou réputés toxiques. En négligeant la Codéine dont il n'y a que b décimilligrammes et la Narcéinequi n'est représentée que par4centimilligrammes seulement, on voit queJaMôr-'' phine, qui est un agent héroïque, varie de 10 à 22 centigrammes ^et se montre par conséquent de dix à vingt fois plus massive que la Thébaïne, poison icon-> vulsivant par excellence dont Ja proportion varie de 1 ,à 1 1/2 centigramme I et que la.Narcotine ou la Papavérioe dont la quantité est- plus: minime encore. Dès lors il est- évident, que la résultante pharmacodynamique doitise rapprocher beaucoup 1 de la direction de la; Morphine.
Localementi la Morphine , ou plutôt, une combinaison saline de cet alcaloïde, apphquée surune muqueuse ou surila peau dénudée d'épiderme, agiti à la manière d'un irritant. Sur un. vésicatoire volant, elle produit de prime abord une sensation . de. pincsment ou de piqûre très-pénible, mais qui se calme bientôt pour faire .place à un - engourdissement de la sensibilité.
Introduite dans l'estomac , la Morphineise dissouti dans, les acide a. normaux ou accidentels' saas produire sun la muqueuse gastrique:, plus' indiffé^^ rente que les autres aux agents extérieurs, les effets irritants notés ci-dessus. Parvenue dans la.. circulation,, elle accélère' et amollit le pouls, cause une sensation de pl«Snitude. et: de distension. dans la tête, de la somnolence ou du sommeil,, quelquefois auparavant du mal de tête et des 'troubles de là vision;. Ce sommeil artificiel est identique avec le sommeil naturel dans ses:Condi- • ticcns anatomiques : repos des cellules cérébrales et hypérémie statique (yoy. p. 270), aussi bien . que . dans ,son. .expression phénoménale : rougeur du visage, injection oculaire, réirécissement. de la pupille, dilatation .des vaisseaux capillaires «n général, diminution de . tension artérielle. La conformité symptomatique est telle que. mon disciple et ami le docteur A. Bordier , ayant eu la bonne fortune de pouvoiri appliquer le sphygmographe sur un sujet profondément endormi, a .obtenu un tracé parfaitement semblable à ceux que lui. avaient fournis les, malades plongés dans le narcotisme thébaïque, c'est-à-dire ides courbes .élevées avec une ligne ascensionnelle presque verticale, un ressaut,vers le.sommet bicuspidé^ et une ligne descensionnelle . plus obhqueet ondulée. Pendant la veille, lasensibUité.est engourdie 5 la bouche est sèche ou pâteuse ; il existe du malaise gastrique, des nausées et même des vomissements, de l'oligurie et plus rarement de la difficulté dans, l'émission des urines, de la constipation, de la perte d'appétit et de. la faiblesse musculaire. En même temps que les urines soiît rares la. sudation, est exagérée, mais on n'a guère l'occasion de signaler à la suite de .l'action de la Morphme la démangeaison. à la peau, et surtout l'éruption-sudorale qui^se montrent assez souvent dans le .cours de la médication par l'Opium à hautes doses.
Les doses élevées donnent en outre des bourdonnements d'oreilles, de 1 obscurcissement de la vue avec rétrécissement pupillaire^ des mouvements convulsifs des membres paraissant s'augmenter par le décubitus hori-
zontal. Et quand la dose est véritablement toxique, le visage devient d'une pâleur cadavéreuse, tandis que les désordres du système nerveux prennent la forme apoplectique, avec faiblesse extrême et résolution des membres, refroidissement périphérique, pupilles punctiformes rarement dilatées, perte du sentiment, coma, respiration stertoreuss et parfois convulsions précédant la mort.
Ces nombreux symptômes du morphinisme aigu, sur lesquels on trouvera plus de détails encore à l'occasion de l'Opium (V. p. 263), peuvent se rattacher à un petit nombre de propriétés pharmacodynamiques et de conditions organiques ; leur diversité résultant de la spécialité fonctionnelle des différents organes ou appareils, et leur multiplicité étant en rapport avec la diffusion de l'impression toxique ainsi qu'avec la série des effets dérivés par voie de réflexion, de sympathie, ou de toute autre manière.
Au fond la Morphine ne possède que deux propriétés, jusqu'ici irréductibles: 1° une action irritante topique, de nature chimique, exigeant l'intervention d'une quantité pondérable assez considérable, mais dont l'importance est minime ; 2» une action stupéfiante ou narcotique, diffusée après absorption et circulation, laquelle est presque tout.
L'irritation topique produit des effets variables selon le lieu d'application. A la surface du derme : douleur et fluxion; à la traversée des glandes cutanées : érythème ouphlogose; au contact des centres nerveux : convulsions ou délire.
La narcose a des manifestations bien autrement multipliées et diverses. Ce sont non-seulement des troubles de sensibilité et de motilité, mais encore des altérations-humorales et nutritives. Seulement, tous ces phénomènes ne sont pas produits du même coup ; il faut en distinguer plusieurs générations successives ; et, dans cette maladie artificielle, on doit établir des périodes aussi bien que dans les affections spontanées. D'abord la Morphine atteint et fraope de stupeur les différentes divisions du système nerveux, mais non toutes à la fois, ni avec une égale intensité. Le trisplanchnique subit le premier l'influence de l'alcaloïde du Pavot; puis la narcose envahit les centres nerveux encéphaliques ; enfin les nerfs de sentiment, ceux de mouvement et la moelle sont affectés à leur tour, biei qu'assez légèrement. L'action pharmacodynamique, modérée aussi du côté du grand sympathique, semble s'épuiser presque tout entière sur les hémisphères cérébraux. Asthéme vasomotrice, sommeil et torpeur des centres nerveux intra-crâniens, anesthésie légère du tact et des sens spéciaux, parésis du mouvement : tels sont les effets directs de la Morphine. ^
Ces modifications primordiales du système nerveux amènent a leur suite d'autres phénomènes qui sont les effets indirects de l'alcaloïde. Ainsi l'asthénie du vaso-moteur se traduit par l'éréthisme du réseau capillaire sanguin dont l'érection de l'iris avec resserrement de la pupille n'est qu'un cas particulier. Cette fluxion ou hypérémie active s'accompagne naturellement d'une exaltation calorifique, ainsi que d'un accroissement des actes physioto-
giques liés à l'hématose, et par conséquent des forces agissantes. Le travail cérébral s'en trouve activé; le pouvoir musculaire est augmenté; et, comme la dilalation des vaisseaux capillaires entraîne une diminution de tension artérielle, le cœur précipite ses mouvements, la respiration s'accélère, et la diapborèse s'accuse. Il survient, en un mot, une excilation fébrile qui est la caractéristique du premier degré du morphinisme, et qui a nécessairement pour conséquence une dénutrition plus active.
A une période plus avancée la narcose cérébrale et la stupeur plus ou moins marquée du reste du système nerveux donnent lieu à quelques phénomènes particuliers. Si la somnolence émousse les sensations, l'anesthésie, de son côté, prédispose au sommeil. Elle oblitère en même temps les fonctions digestives, cause de l'inappétence, diminue les sécrétions gastro-intestinales et produit la constipation, que vient encore augmenter la paresse de la tunique contractile. L'insensibilité des glandes rénales combinée avec leur congestion sanguine produit encore un autre phénomène morbide d'une importance majeure, c'est la diminution de la sécrétion urinaire et par suite la rétention partielle des déchets organiques que les reins doivent éliminer.
Cette oligurie, ou cette anurie a des conséquences d'autant plus fâcheuses que l'asthénie vaso-motrice et l'excitation connexe déterminent une usure plus rapide et une dénutrition exagérée : double circonstance favorable à l'accumulation dans le sang d'une quantité excessive de produits de désassùnilation et à l'apparition de symptômes rappelant ceux de la cholémie ou de l'urémie et reconnaissant un mécanisme analogue. L'anorexie devient plus complète, la nutrition languit et le niveau des forces s'abaisse à mesure que la réparation organique est plus défectueuse. Et si l'on abusait de la Morphine comme certains hommes abusent de l'Opium en nature, on verrait survenir tous les désordres constatés chez les thériakis endurcis: l'émaciation, l'hébétude, l'impuissance, la paralysie, etc. Tels sont les symptômes éloignés et pour ainsi dire tertiaires du morphinisme.
Le tableau qui précède s'adapte également bien à l'histoire pharmacodynamique du suc propre du Pavot et à celle de son principal alcaloïde. Voici les seules différences à noter. Avec la Morphine la période d'excitation est moins prolongée et moins caractérisée qu'avec; l'Opium ; les phénomènes hyperciné tiques font défaut, et le sommeil, plus prompt à paraître, est aussi plus calme et plus profond. Gela s'explique en partie par l'absence des poisons directement convulsivants, en partie parce que la Morphine semble produire à un moindre degré que l'Opium les phénomènes congeslifs. En revanche, d'après quelques observateurs, elle déterminerait plus que lui les effets paralysants du côté de la vessie. Elle cause moins d'excitation périphérique et moins de sueur, sans doute parce que la proportion éliminée par la peau est inférieure à la somme des principes actifs d'une dose équivalente d'Opium.
^ Pour de plus amples développements sur le morphinisme aigu ou chronique, voy. Opium.
Sjbstances synergiques, auxiliaires. — La Morphine ne reconnaît de véiitaLles synergiques que. parmi les autres principes immédiats du Pavotde ce nombre sont spécialement la Narcéine et la Codéine. Toutefois, le Chloral en est très-voisin et le Bromure de potassium s'en rapproche à . quelques égards. Ses auxiliaires sont les stimulants diffusihles, particuhèrement les alcooliques, nies principaux antispasmodiques, la chaleur, et comme stupéfiants de la sensibilité, les alcaloïdes des Solanées et des RenoQCulacées, les anesthésiques en général et spécialement le Chloroforme.
L'idée 1 d'associer la Morphine et le Chloroforme, «n. vue d?obtenir plus vite et de prolonger davantage l'anesthésie chirurgicale, appartient à notre illustre physiologiste Cl. Bernard, qui l'a d'abord réalisée sur les animaux. A l'occasion de ces faits, certains compte-rendus prêtent au professeur des I opinions inattendues et en partie contradictoires.
Ainsi, la iMorphine prpparerait lies voies au Chloroforme en exaltant la sensibilité; car plus un élément physiologique est excitable, plus il serait facile, à empoisonner. Et pourtant, lorsque l'anesthésique vient k la suite de l'hypnotique, son; action, bien que rapide, serait très-fugace, en sorte que, si l'on voulait prolonger l'anesthésie, il faudrait se garder d'injecter d'abord la Morphine, mais ^ au contraire administrer préalablement le Chloroforme.
Sans vouloir éclaircir toutes ces obscurités, je me contenterai de dire ici comment les choses se passent.
Si l'on injecte à un animal une dose narcotique de 'Morphine, sans aller jusqu'à rhypnotism«, let qu'on lui fasseï ensuite; inhaler du Chloroforme, la période d'excitabilité est supprimée et l'anesthésie, plus rapidement obtenue avec des doses de Chloroforme plus faibles qu'à l'ordinaire, présente une dûiée beaucoup plus longue (Cl. Bernard). Les mêmes faits se produisent chez l'homme (Nùssbaum, Rigault et Sarazin, Guibert de Saint- Brieuc, L. Labbé et E. Goujon, etc.).
L'explication est facile à donner. Sans être un véritable anesthésique, la Morphine a cependant le pouvoir d'émousser la sensibilité en stupéfiant à la fois les nerfs de sentiment et les centres nerveux auxquels aboutissent les impressions; par conséquent, la moitié de la besogne est faite quand intervient le Chloroforme, ce qui dispense de l'employer à si haute dose et en •,accélère les effets.
. En permettant de réduire beaucoup la masse du .Chloroforme inhalé, cette. méthode mixte diminuerait dans une forte proportion les inconvénients ou les dangers attachés à l'emploi de l'anesthésie chirurgicale. La Morphine agirait encore dans le même sens par un autre procédé, c'est-à-dire que, déterminant du côté de l'encéphale un état hypérémique inverse de celui qui est dû au. Chloroforme, elle rendrait ainsi plus difficile ces syncopes foudroyantes et mortelles, évidemment favorisées par l'ischémie céré- I rale et par toutes les circonstances (j^ui tendent à l'exagérer. Grâce à
MORPHINE. ' i >■
leur antagonisme partiel vis-à-vis des eentres nerveux, les actions combinées de la Morphine et du Chloroforme seraient réciproquement antidoliques sans rien perdre de leur pouvoir thérapeutique, et en donnant même :une résultante supérieure h chacun de leurs coefficients respectifs.
J'ai souvent mis à profit ce concours synergique^ en associant le Chloroforme au Sirop de Morphine, pour triompher de certaines affections médicales cruellement douloureuses, telles que la colique de plomb et la colique hépatique.
Dans la pratique de Fanesthésie chirurgicale, L. Labbé et E. Goujon laissent un quart d'heure d'intervalle entre l'injection hypodermique de 2 centigrammes de Chlorhydrate de Morphine et l'administration 'du Chloroforme. C'est un délai suffisant pour que le narcolisme thébaïque ait commencé à se 'produire ;i 'mais ces expérimentateurs pensent qu'il serait sans inconvénient d'élever la dose et d'attendre vingt minutes. Substances ANTAGONISTES incompatibles. — Antidotes : et contre-
': POISONS. — Les antagonistes de la Morphine sont les acides, les astringent?,
de Café, la Digitale, et les^autres toniques du système vaso-moteur, auxquels
5 se rattachent le ifroid, le 'Sulfate de Quinine-' et le- Bromure de Potassium,
■des convulsivants (Strychnine, etc.).
Le Tannin et les astringents ta nniques agissent , comme contre-poisons
îchimiques de la^ Morphine.
. liai Belladone.; et Mlropine (Bell, Béhier, etc..)yile.Gàfé, île Sulfate de. Quinine (Gubler), en sont' les. principaux antidotes dynamiques. Seulement
. l'antagonisme est toujours partiel etda Quinines iqui est inoffensive, mérite laipréférence (voy. p. 268.)
UsAGESi — ■ La Morphine remplit presque exactement les mêmes indica-
; tions 'que l'Opium : celles de calmer da douleur, les spasmes iet convulsions
doniques ou toniques, et de procurer/du sommeil. On l'emploie contre les névralgies externes' ou viscérales, les contractures, le tremblement alcooilique, le tétanos, l'insomnie. Mais je répète ici ce que j'ai dit à propos de l'Opium : il ne faut pas prescrire la Morphine indifféremment dans tous les
".cas oii ces symptômes se présentent. En effet, les phénomènes : douleur, spasme, insomnie, etc., reconnaissent pour conditions procha'nes, tantôt la congestion, l'excitation, l'hypersthénie ; tantôt, au contraire, l'anémie, la
•torpeur, Thyposthénie.
Or, la Morphine' et l'Opium conviennent spécialement aux ; accidents de cette dernière sorte. Aussi échouent-ils souvent contre la céphalalgie congestive, les névralgies symptomatiques de névrite, à moins que la dose ingérée'ine soit i assez forte pour il amener le narcotisme profond. Ils^'réussissent au contraire le plus ordinairement dans la céphalée des sujets épuisés par des pertes sanguines ou les névralgies des anémiques et dans 'les cas analogues.
Les indications thérapeutiques de la Morphine , lui étant presque tontes communes avec l'Opium (Voy. ce mot), ce serait faire double enrploique de
les énumérer ici ; nous allons seulement faire connaître les applications spéciales de l'alcaloïde.
Ces applications se sont singulièrement multipliées depuis l'introduction de la mélliode hypodermique, à laquelle la Morphine se prête admirablement en raison de sa puissance sous une petite masse, de sa solubilité lorsqu'elle est unie à un acide, et de son innocuité pour le tissu cellulaire quand elle est diluée.
Les injections sous-cutanées de Morphine offrent les avantages reconnus à cette voie d'introduction des principes actifs : l'effet est obtenu sans perle; l'action s'exerce plus spécialement sur la région affectée, épargnant dans une certaine mesure le reste de l'organisme, la dose efficace est moins élevée les voies digeslives sont respectées et le consentement du sujet n'est pas indispensable. Aussi les occasions sont-elles fréquentes d'employer la Morphine par ce procédé.
La Morphine a été injectée comme anesthèsique local, au voisinage d'une partie sur laquelle on se proposait de pratiquer une petite opération, telle que l'incision d'un trajet fistuleux ou l'application de la pâte de Vienne. On l'a portée (Mils) dans le tissu cellulaire de l'abdomen pour apaiser de vives douleurs dues à une tumeur fibreuse de l'utérus, qui avaient résisté à la Morphine et à l'Opium ingérés dans l'estomac, et la réussite a été complète. De même l'injection de 0,01 centigr. d'un sel de Morphine, sur la ligne blanche entre l'ombilic et le pubis, suffît pour amener le relâchement de la matrice et faciliter la version fœtale (Braun, Melvin-Rohrer).
Je pense aussi que les injections de Morphine dans la région épigastrique, ou bien dans un point rapproché de l'utérus, auraient plus facilement raison des vomissements incoercibles de la grossesse que le médicament administré par la bouche , ou sous forme de suppositoire comme le veut le D' Qreenhalg de Saint-Bartholomew's Hospital. Il en serait de même dans une foule de circonstances où l'affection est localisée dans un lieu accessible aux inj ections sous-cutanées, interstitielles ou parenchymateuses. Ainsi les névralgies superficielles : sus-orbitaire, sous-occipitale, ou passablement profonde : sciatique, etc., cèdent plus promptement à l'action de voisinage d'une injection hypodermique qu'à l'action diffusée de la substance anodyne.
H. Bourdon s'est assuré qu'en huit ou dix minutes une crise violente de colique de plomb est calmée par l'injection de 3 à 4 centigr. de Morphine. Le D"" Boulomié fait disparaître les érections douloureuses de la blennorrhagie et diminue l'intensité de laphlegmasie en injectant 15 gouttes d'une solution de Morphine au yÙû, au niveau de la quatrième vertèbre lombaire.
Enfin, dans une petite lésion qui cause de grands ennuis et que les praticiens ont le tort de dédaigner, je veux parler du coup-de-fouet et du tourde-reins, Edw. AUing a obtenu des résultats très-satisfaisants à l'aide de 1/2 centigr. ou 1 centig, de Morphine en injection sous-culanée au niveau du point douloureux. En quelques jours la guérison était obtenue. Je préco-
niserais très-volontiers ce moyen de traitement de la rupture ou de ce que j'appelle le cliastasis musculaire si je n'en possédais un meilleur : l'électrisation localisée, avec l'appareil d'induction. Dans l'espace des dix dernières années j'ai pu faire recueillir par mes élèves, à l'hôpital Beaujon, un grand nombre d'observations, dont la teneur est à peu près uniforme, démontrant que la douleur cède à une seule ou à deux électrisations de huit à dix minutes de durée.
Demarquay a proposé les injections intr à-musculaires de Chlorhydrate de Morphine dans le traitement du tétanos. Après avoir reçu le narcotique, les muscles convulsés ne tardent pas à se relâcher et la douleur elle-même se dissipe en quelques minutes. Ce résultat est important quand il s'agit du trismus ou de la contracture des puissances dévolues à la respiration, puisque la cessation de la contracture permet dans le premier cas l'alimentation et dans le second le rétablissement de l'hématose. De simples injections hypodermiques ont procuré la guérison dans un cas de tétanos subaigu (Aron). Un succès naturellement plus rapide a été obtenu dans un cas de strychnisme par Pusey. Un enfant tétanisé par une dose d'environ 18 centigr. destrychjnine fut instantanément soulagé par 0,01 centigr. de Morphine en injec- :tion hypodermique et guérit, après la troisième, en moins de deux heures. ! Lévy (de Venise) a mis fin à un accès d'asthme par une injection de 0,01 centigr. de Morphine. Une encéphalopathie saturnine a guéri (Ed. Labarraque, Laboulbène) à la suite de 4 centigr. de Chlorhydrate de Morphine injectés en cinq heures. L'éclampsie albuminurique, delà maladie de Bright ou bien d'origine puerpérale, a été traitée de la même manière avec succès par Brown-Séquard, Hecht (de Strasbourg), Henri Henrot, Hermann, Scanzoni, Stoltz, Laveran. Il est clair que dans ces graves circonstances la Morphine n'est qu'un palliatif, mais en supprimant ou atténuant l'accès convulsif qui peut causer la mort, elle donne le temps à l'art d'intervenir ou à la nature de faire les frais de la guérison.
I Dans les maladies mentales les injections hypodermiques de Morphine sont appelées à rendre des services assez importants, à la condition d'en faire un emploi judicieux. Les indications principales doivent se déduire des circonstances suivantes: surexcitation, agitation, violences; complications de convulsions, de névralgie, d'anémie. Les meilleurs résultats seront obtenus dans les formes aiguës, la manie furieuse, le délire aigu, loquace ou î agité ; ou bien encore dans certains états chroniques où se rencontre un I élément morbide justiciable de la Morphine : ainsi dans les excitations proî longées avec privation de sommeil dans la manie hypochondriaque ou [hystérique excitée par l'exaltation de la sensibilité-, l'hypéreslhésie médullaire; dans les folies symptomatiques de névralgies, ou entretenues par un état de profonde anémie.
Les faits observés par Schùla, Kraft, Reissner, Tigges, Roller, etc., con- ! Arment les règles que nous venons de formuler.
[ Modes d'administration et doses. — La Morphine s'administre à des
doses variables de 5 milligrammes à 1 ou 2 cenligrammee et jusqu'à 5 centigrammes dans la journée. On doit prescrire des doses faibles chez tous les sujets prédisposés aux hypérémies viscérales, et, parliculièrement à celles des centres nerveux : i ainsi chez les enfants, les femmes 'et les vieillards exposés aux congestions cérébrales.
A l'état salin, la Morphine s' administre, soit par l'estomac, soit par les voies endermique et hypodermique. Les doses introduites par la peau ou le tissu cellulaire sous-cutané doivent être un peu moins'fortes que celles qu'on administre par les voies . digestives, parce que, dans ce dernier cas, une fraction du principe actif s'altère au contact des agents de la digestion ou des matières alimentaires, et se trouve ainsi perdue pour l'action thérapeutique.
Mais la Morphine, en raison de sa faible solubilité, lorsqu'elle ' n'est pas combinée avec les acides, n'est j amais employée à l'état libre ; c'est sous forme de sels qu'on en fait usage (voy. Acétate, Chlorhydrate, Sulfate de Morphine).
CODÉIKE, Codeina.
Angl. Codeia. — Ail. Codein.
• La Codéine (G"H2iAzO'',2HO) est cristallisée, blanche, inodore, et d'une saveur. amère. Elle se dissout dans 80 'parties d'eau froide et dans 17 parties d'eau bouillante. Très-soluble dans l'alcool et Téther, dlle est presque I insoluble dans les alcalis, qui la séparent de ses combinaisons. La Codéine donne, avec un grand nombre d'acides minéraux et vf'gélaux^ des sels trèsamers, en partie cristallisables et bien définis.
Action physiologique. — Elle est, à bien dire, un diminutif de celle de la Morphine. La Codéine agit localement comme les irritants (Kunkel). Absorbée, elle cause d'abord de la stimulation vasculaire, une légère ivresse, de la démangeaison à la peau (Gregory); puis elle provoque au sommeil «ans déterminer (Barbier, d'Amiens) le mal de tête qui suit souvent l'admi-" "nistration de la Morphine. Cependant il est probable que les phénomènes d'hypérémie encéphalique ne font: pas 'défaut quand la dose est suffisante, car on observe les nausées et les vomissements à la suite de l'administration de la Codéine, aussi bien qu'après l'emploi de doses correspondantes de Morphine ou d'Opium.
Selon Cl. Bernard, la Codéine est le plus ^toxique des fcFois alcaloïdes somnifères de l'Opium.
Prise en quantité massive, elle détermine des phénomènes d'empoisonnement débutant par l'excitation circulatoire, des convulsions (Kunkel) et finissant par la dépression, les nausées, les vomissements et la stupeur.
En définitive, l'action de la Codéine, comme celle du principal alcaloïde de l'Opium, se résume dans ces trois mots : ébriété, somnolence et stupeur, sans qu'il soit permis de la caractériser exclusivement par de l'excitation ou âe la sédation.
Seulement, tandis que 1 ou ' 2 'centigrammes de Morphine suffisent à déterminer cette série de phénomènes, il ne faut pas moinside 5 à 10 ou même 15 centigrammes de Godéine pour obtenir de semblables résultats.
Usages. — La Codéine s'applique aux mêmes usages que la Morphine (voy. ce mot), à laquelle elle est de beaucoup inférieure en énergie. On la préfère cependant quelquefois à cette dernière, en raison de sa prétendue in- 'Docuité comparée à certains maléfices généralement imputables aux opiacés. Il y a lieu! de se demander si l'absence de certains effets physiologiques fâcheux 'ne dépendrait pas de la moindre énergie d'action, et si des doses proportionnelles'de Morphine ne présenteraient pas les mêmes avantages. Quoi qu'il en soit, la Codéine, plus maniable parce qu'elle s'emploie à doses plus massives, est prescrite de temps à autre aux personnes qui supportent mal l'Opium, et particulièrement aux très-jeunes enfants, ainsi qu'aux femmes et aux sujets menacés de congestion cérébrale.
Modes d'administration et doseS; — La Codéine s'administre sous les mêmes formes pharmaceutiques et en quantité quintuple, sextuple ou décuple de celleide la Morphine. Rien de plus variable que les formules de Sirop de Codéine adoptées par les différents pharmaciens de la capitale. Tandis que celui de Guibourt ne contient que 5 centigi ammes d'alcaloïde, celui de Cap en renferme 10 centigrammes, calui de Bouchardat environ 14, celui de Berthet 25 et le^ sirop. de Hobiquet jusqu'à. '30- centigrammes pour 30 grammes de véhicule sucré.
■ 'ftumiWE. Quinina.
Angl. Quina or Quinine. — Ail, Chinin'Oâev Chinium.
La Quinine (C^H^^Az'O^j, principal alcaloïde dss Quinquinas, se présente cristalbsée ou amorphe. On doit aussi distinguer en matière médicale la Quinine brute, masse de consistance résinoïde à peine sapide parce qu'elle est presque insoluble. L'alcaloïde pur exige pour se dissoudre 400 partieis d'eau froide, 250 parties d'eau bouillante, 2'j;arties d'alcool bouillant et 60 parties d'éther froid. La Quinine dévie à gauche le plan de polarisation et jouit de la singulière propriété de présenter sous certains aspects une coloration bleu de ciel résultant du phénomène décrit par Slokes sous le nom ■de fluorescence. La solution de Quinine cristallisée est précipitée par l'hyposulfite dessoude, mais non celle de Quinine amorphe (Winckler).
Action physiologique. — La Quinine, dépourvue d'odeur, jouit d'une amertume franche qui la place parmi les meilleurs amers. Comme les médicaments de cette classe, elle stimule la contraclilité des capillaires, diminue l'afflux sanguin ainsi que les actes respiratoires et calorifiques, et agit par conséquent comme tempérant de la phlogose et comme sédatif local. Portée dans l'estomac, elle excite l'appétit et favorise les fonctions digestives.
Tels sont les effe'.s locaux de la Quinine à petites doses. 'Mais lorsqu'elle est appliquée en quantité plus forte sur le cœur et les autres muscles, elle en aboht au moins momentanément l'irriiabiiité hallérieDue et peut même en
produire la désorganisation (Jolyel), en vertu d'une action chimique. Sur une partie dépouillée d'épiderme, ou bien dans l'épaisseur du tissu cellulaire, elle produit des eflets irritants immédiats, se caractérisant successivement par de la douleur, de la Iluxion sanguine, de l'inflammation parfois suppurative et même gangréneuse (Trousseau et Pidoux, Briquet).
L'action irritante topique sur la peau intacte est loin d'être démontrée. Dans les observations de Girard, il s'agit de la poussière de Quinquina et non du Sulfate de Quinine. Quant aux ouvriers employés à la fabrication dece sel dont parle Chevallier, l'éruption cutanée dont ils se plaignent pourrait bien être due, comme le pense Briquet, aux substances irritantes, alcalines ou acides, qu'ils manient constamment. Nous reviendrons plus loin sur les exanthèmes cutanés de cause interne et sur les effets locaux de la Quinine introduite dans le tissu cellulaire.
Cette irritation locale n'a rien de surprenant de la part d'un agent sédatif général. Les anodyns les plus efficaces, tels que la Morphine et l'Acide cyanhydrique, les anesthésiques par excellence, comme TÉther et le Chloroforme, en font autant, lorsqu'ils arrivent au contact des muqueuses dénudées ou des solutions de continuité. De même que les surfaces excoriées, les muqueuses subissent avec quelque peine le contact de quantités un peu massives de Quinine dissoute dans les acides. Dans l'estomac, cette action se révèle par de la douleur et de la dyspepsie ; du côté de l'intestin, par des selles répétées dues à l'excitation exagérée de la contractilité, plus qu'à la supersécrétion de la muqueuse. Toutefois le§ deux phénomènes semblent se réunir chez quelques sujets pour produire une purgation complète, car Bretonneau' déclare que beaucoup de fébricitants sont purgés avec 60 centigrammes à 1 gramme de Sulfate de Quinine.
Au reste, les accidents gastriques sont beaucoup plus prononcés avec les sels solubles de Quinine qu'avec l'alcaloïde libre. Par la même raison, 1 Quinine isolée et peu soluble pénètre lentement dans les capillaires san guins. L'addition d'un acide en facilite beaucoup l'absorption.
La réalité de cette pénétration, mise hors de doute par les faits cliniques et notamment par l'apparition de la Quinine dans les sécrétions, a été directement démontrée par les analyses chimiques de Henry, Lannaux et Follin, qui ont retrouvé l'alcaloïde dans le sang et les sérosités, où il ne paraît séjourner que peu de temps.
Parvenue dans la circulation, la Quinine manifeste ses^ effets généralisés ou diffusés par des symptômes qui varient selon les périodes et les degrés de l'action pharmacodynamique. Avec les doses moyennes (de 50 centigrammes à 1 gramme par jour) on observe le ralentissement du pouls, sa diminution de volume, le retrait des capillaires sanguins et la pâleur périphérique ainsi que l'abaissement de la température. Il faut y joindre quelques bourdonnements d'oreille. Ces phénomènes de sédation, peu prononcés chez un individu sain (4 k 12 pulsations, Griacomini) acquièrent, chez les malades, une valeur d'autant plus grande que les troubles inflammatoires et fébriles
étaient plus considérables au moment de l'intervention du médicament. Si, par exemple, la température s'élevait à 40", elle peut tomber à 38"; si le pouls était, à 120, il peut s'abaisser de 20, 30 et même 40 pulsations. En même temps on observe des modifications correspondantes du côté des sécrétions qui traduisent l'état des échanges matériels dans les tissus organiques. L'urine est moins chargée de principes solides, et Ranke, expérimentant sur lui-même, a trouvé une diminution régulière de l'acide urique sans augmentation d'urée, ce qui suffirait à prouver, selon moi, que la Quinine ralentit la dénutrition, quand bien même les expériences de Kerner ne viendraient pas compléter la démonstration du fait en établissant la diminution de l'urée concurremment avec celle de l'acide urique. Les deux seules expériences discordantes de Rabuteau, exécutées l'une sur lui-même et l'autre, sur un chien, ne me paraissent guère valables ; et l'on doit y attacher d'autant moins d'importance que l'auteur, obligé de reconnaître un défaut de combustion respiratoire, est conduit à se demander si la réduction ne porterait pas sur la formation de l'acide carbonique.
Des doses fortes, de 1 à 2 grammes par jour, produisent, outre les symptômes précédents, de la céphalalgie gravative, des étourdissements, du vertige et de l'obnubilation de la vue, de la mydriase, de la titubation du tintouin et de la surdité. Ce syndrome constitue Vivresse quinique dont tous les traits s'exagèrent sous l'influence de doses excessives de 3 à 5 grammes, par exemple. Le quinisme toxique donne lieu à des accidents analogues à ceux des grandes hémorrhagies : troubles des sens, agitation, tremblement, impossibilité d'exécuter les mouvements complexes tels que ceux qu'exige l'écriture ; parésis générale des muscles de lu vie de relation et résolution des forces ; délire, convulsions, affaiblissement des contractions cardiaques, état syncopal et quelquefois syncope mortelle ; la mort pouvant être aussi précédée par la somnolence, la stupeur et le coma.
Revenons sur chacun de ces principaux symptômes pour en préciser les caractères et en donner une interprétation rationnelle.
Le ralentissement de la circulation et la diminution de volume ou la dépression du pouls ont été diversement expliqués. La petitesse du pouls, notée par beaucoup d'observateurs, a été généralement confondue avec le défaut de résistance, et mise sur le compte de l'affaiblissement du cœur. Quelques expériences de Poiseuille, et surtout celles de mon éminent collègue Briquet, semblaient favorables à cette manière de voir, puisque l'amplitude des oscillations de la colonne [liquide dans le tube de l'hémodynamomètre avant l'action médicamenteuse était comprise entre 56 et 106 millimètres, tandis qu'après l'injection de Sulfate de Quinine la colonne ne s'élevait plus que de 55 à 77 millim. 50. Mais ces résultats ayant été obtenus à l'aide de doses massives et véritablement toxiques , ne nous apprennent rien sur l'action physiologique des doses moyennes. Deux ou trois grammes de Sulfate de Quinine injectés d'un coup dans le tissu cellulaire ou même dans l'aorte d'un chien constituent une dose énorme; jamais, chez l'homme, de telles
quantités ne se, trouvent accumulées dans l'économie; D'ailleure les résultats sphygraographiques auxquels je suis arrivé de .concert avec lés doeleurs A Uordier et E.. Labbée ne, me permettent pas d^adhéreraux conclusions déduites des expériences précédentes. Nous avoDs toujours vu, sous l'inQuenc* du bullate deiQuimne à doses thérapeutiques, les tracés se modifier dans le sans d un accroissement de tension et des courbes; surbaissées à sommets obtus faire place aux grandes oscillations, dans lesquelles une longue ligne descensionnelle onduieuse se détache à angle aigu d'une ligna ; ascensionnelle droite et presque verticale. A la. vérité^ la, connaissance de l'état dynamique du cœur,, ne :se tire pas directement de l'examen d^un. tracé sphygmographique ■ la tension est une résultante, elle exprime un rapport entre !e volume du liquide et la capacité des vaisseaux, et s'accroît pau^d© retrait du contenant aussi bien que par il'augmentationidu contenu. La tension peut même augmenter, malgré la diminution permanente de la masse, sanguine et l'affaiblissement de la propulsion cardiaque, pourvu que le système vasculaire se contracte excessivement. Or, la petitesse du pouls, la pâleur et, la réfrigération attestent, suffisamment la rétraction des vaisseaux; il se pourrait donc que, l'augmentation de la tension exprimât la prépondérance de. ce facteur par rapport à, son, antagoniste, l'asystolie. Mais noua avons la .preuve du contraire dansJes expériences de Briquet lui-même, qui a. noté une période d'excitation^ d'augmentation de la propulsion, cardiaque .et -par conséquent de la tension, période d'autant plus prolongée que lesdoses étaient moins toxiques.- C'est ainsi que dans un cas où l'amplitude d'oscillation n'était^que,de 2 j millimètres avant l'opération, elle fut de 25 niillimètres après, l'injection de 2 grammes; de Sulfate de Quinine^, quoique le zéro- se .fût élevé de 73 à 100 millimètres. Ce phénomène, qui s'est maintenu longtemps après la première agitation, démontre, à, mon avis, d'une manière péremptoire la part que prend la tonification du cœur à l'augmentation de la tension i artérielle dans le quinisme thérapeutique. Mais les choses, je l'accorde, se passeraient tout autrement avec des doses excessives ou toxiques. Alors on constaterait un affaiblissement. ;réel des contractions cardiaques, la suspension de ces contractions . et la syncope qui en est la conséquence. Encore ne serait- on pas en droit d'interpréter cette syncope .dans le, sens de privation ou d'anéantissement de la force du cœur; ce serait, plutôt un empêchement à la misa en jeu de son activité. Ici, comme dans la isidération parle chloroforme, les forces agissantes , font seules défaut> les: forces radicales subsistent.
L'abaissement de la température sous l'influence de la Quinine s'explique naturellement par ces conditions spéciales de la circulation sanguine et surtout par le retrait des capillaires qui sont Je siège des actes essenlieJs de l'hématose. Avec moins de combustion respiratoire ih y a. onoins de .chaleur créée, moins de produits brûlés et moins d'a:tiyité dans la décomposition :or+ ganique. Ainsi s'expliquent l'apaisement de l'inflammation et de la fièvre, l'abaissement de la pruporlion.d'acide urique .et d'urée, eti le retour à l'état
normal de la crâse sanguine et de la nutrition, dans le cours des maladies inflammatoires et fébriles.
Les phénomènes nerveux, dont l'ensemble mérite la dénomination d'ivresse quinique, dépendent également, du moins en pàrtie, de cette tonification de l'appareil circulatoire et de la sédation liématocausique, qui l'accompagne nécessairement. On a pu croire un moment que les troubles de. la. vision, la céphalée, le vertige exprimaient un état congestif des centres nerveux; on lavait même été jusqu'à accuser le Sulfate de Quinine de produire des inflammations cérébrales, et les méningites rhumatismales étaient mises sur le compte .de la médication quinique; j'ai démontré dès 1858 (Antagonisme de V Opium et du Sulfate de Quinine^ que ces. vues étaient erronées et ces craintes chimériques. J'ai rappelé souvent qi|e .les états organiques les plus opposés peuvent engendrer des syndromes presque entièrement semblables ; j'ai cité pour exemples, . que l'engourdissement. de la main, tenue en l'air et refroidie, ressemble. à celui qui dépend de ila stase .sanguine.,, conséquence dîun obstacle, circulatoire, et que les convulsions éclamptiques sont aussi bien, la suite de, la ligature des jugulair.es.^qijac de.. la. saignée des quatre veines.,
Pour être dans le vrai, il faut prendre le contre-pied .de l'opinion accr.édin ]tée. L'ivresse . quinique, analogue à celle.qi^i, résulte des doses élevées de ■ bromure de potassium; se rattache certainement, à l'anémie, ou plutôt à l'ischémie cérébrale, qui est l'une de ses conditions causales, sinon sa cause unique, eiiiciente et suffisante. Les efl'ets de i la, Quinine. sur le pouls et les, capillaires accessibles à la vue, constituaient une présomption légitime , en faveur de cette manière de voir; mais, sans parler, des raisons analogiques, nous pouvons invoquer comme preuves démonstratives, d'une part, les bons résultats du Quinquina et de son principal alcaloïde danSiles affections congestives et inflammatoires» de l'encéphale -, d'autre pari, les effets, antidoliques des alcooliques: et des préparations opiacé,es contre les accidents du. quinisme intense. Si l'on objecte la turgescence veineuse de la pie-mère et le. sailé noirâtre de la substance cérébrale, observés sur le cadavre des animaux empoisonnés par le sulfate de quinine^ je, répondrai que ce sont là des phénomènes ultimes communs,^ à la plupart des intoxications mortelles, et qqi témoignent de l'existence des obstacles mécaniques à. la, circulation, dans les derniers moments de la vie.
Au résumé, la Quinine, à dose thérapeutique, a pour effet général, d'augmenter la tension î)a5cutoiVe,aciit;fi, parce qu'elle accroît simultanément la contractilité artérielle et la propulsion cardiaque, d'apaiser la combustion respiratoire ainsi que les autres phénomènes de l'hématose, et d'enrayer les échanges nutritifs entre le sang et les , tissus. Gomment s'enchaînent ces différents effets physiologiques et comment sont-ils obtenus? G'est ce qu'il, faut maintenant étahlir.
Trois hypothèses peuvent être mises en discussion : 1° la Quinine mêlée au sang, change ks conditions d'activité des hématies; 2». en. parcourant, le
torrent circulatoire, elle provoque la contractilité des capillaires, des vaisseaux plus volumineux et du cœur lui-même ; 3» après avoir pénétré dans les tissus organiques, spécialement dans le système nerveux, elle en modifie le fonctionnement.
Voyons d'abord ce que fait un sel de Quinine au contact du sang. On avait supposé que l'alcaloïde devait être précipité parla soude du sérum; celte prévision ne se vérifie pas, sans doute à cause de la présence de l'albumine; mais, en revanche, le sulfate de quinine, en solution au 1/2000 (Binz), produit des effets remarquables sur les globules blancs, dont il supprime les mouvements amiboïdes et dont il réduit progressivement le nombre. Il se comporte de même vis-à-vis des espèces inférieures des deux règnes, frappe d'inertie les infusoires [Vorticella Campanula, Amœba diffîuens) et tue les bactéries, les vibrions, etc., ce qui me porte à croire que les globules sanguins eux-mêmes, malgré les observations négatives de Binz, ne sauraient échapper à son influence. En tout cas, la stupeur où sont plongés les leucocytes et la disparition d'une partie de ces éléments figurés, qui sont les embryons des hématies parfaites, ne peuvent manquer de produire une perturbation dans les fonctions de celles-ci ainsi que dans leur recrutement, et par conséquent de s'opposer indirectement à l'accomplissement de l'hématose.
L'obstacle apporté à cette grande fonction pourrait être purement chimique, attendu que le Sulfate de quinine, d'après E. Robin, empêche la combustion lente des tissus animaux. Des faits du même genre étaient depuis longtemps consignés dans la science. Ainsi l'on avait remarqué de tout temps que les principes actifs des Quinquinas, toxiques pour les insectes, mettaient ces écorces à l'abri de leurs dévastations ; on connaissait aussi le pouvoir antiputride du Sulfate de quinine, et Briquet avait constaté ses effets funestes sur les animaux inférieurs.
Ce n'est pourtant pas à l'action chimique de la Quinine sur le sang, non plus qu'à son influence nocive sur les hématies, qu'il faut attribuer la majeure partie de ses effets pharmacodynamiques.
J'accorde encore moins de valeur à l'action directement exercée par cet alcaloïde sur les parois des canaux sanguins dans lesquels il circule : l'albumine ne permettrait guère la réalisation de ce phénomène. Le rôle important appartient, selon moi, au système nerveux topiquement impressionné. C'est ce que je vais essayer de faire comprendre.
Après avoir parcouru le torrent circulatoire, toute la Quinine n'est pas immédiatement expulsée de l'économie : une proportion plus ou moins considérable passe dans les tissus avec les éléments plastiques destinés à leur réparation, et s'introduit dans l'intimité de toutes les trames organiques. Elle fait principalement élection du système nerveux, en vertu, je pense, de celte affinité, remarquée par Liebig, qui existe entre les alcaloïdes azotés et les principes immédiats de la substance nerveuse. Mais toutes les divisions de ce système ne subissent pas également son influence : les unes répondent aux doses thérapeutiques; les autres, aux doses toxiques seulement.
La nécessité de cette intussusception du médicament ressort de la considération des phénomènes de l'ivresse quinique, assurément favorisés mais insuffisamment expliqués par l'ischémie encéphalique. A ne tenir compte que des symptômes vraiment toxiques : vertige, amblyopie, délire, le doute serait permis; il n'en est plus de même quand on étudie les troubles auditifs : chez certains sujets, le tintouin et la surdité se montrent très-intenses, tandis que la circulation et la calorification n'ont encore subi aucune atteinte ; ou bien persistent, après la cessation des symptômes vaso-moteurs, pendant des semaines, des mois et même des années (Briquet, Deleau, Ménière). On cite un officier supérieur de l'armée d'Afrique, qui demeurait sourd dix ans après l'ingestion de hautes doses de Sulfate de Quinine.
De tels faits démontrent tout à la fois la réalité de l'intussusception médicamenteuse, et l'altération aussi profonde que durable de l'arrangement structural des organes affectés : altération moléculaire, désormais incompatible avec le retour des fonctions normales, et probablement suivie, à la longue, d'une lésion plus apparente avec métamorphoses régressives des éléments spéciaux et développement compensateur d'un tissu connectif de nouvelle formation.
Signalons au passage cette remarquable prédilection de la Quinine pour la région acoustique, si voisine du plexus carotidien, que les anatomistes considèrent comme l'origine du grand sympathique, et du bulbe où quelquesuns placent le centre modérateur de la calorification. En Allemagne, malgré les expériences contradictoires de Heidenheim, on continue à croire avec Tscheschichin, Naunyn et Quinck, que la section de la moelle allongée ou de la moelle cervicale produit une élévation de température qui n'est pas moindre de 10» k 12° centigr., et Bioz, partant de cette donnée contestable, conclut que le Sulfate de quinine tonifie les nerfs modérateurs de l'hématocausie puisque, sous l'influence du Sulfate de quinine, la section de la moelle, lom de produire une exaltation caloiifique, serait suivie, au contraire, d'un abaissement de température. Dans tout ceci, une seule chose me paraît bien observée : c'est l'abaissement de la température ; seulement, pourquoi l'attribuer à l'inÛuence de la Quinme, quand il est si naturel d'en faire la conséquence de la grave mutilation infligée par les expérimentateurs à leurs victimes ?
L'mfluence de la Quinine sur cette portion du système nerveux qui gouverne la circulation et la calorification, se dégage plus nettement des observations cliniques, où les doses moyennes nous montrent un effet constant et tel qu'il doit être s'il résulte d'une action accrue du système vaso-moteur. La Quinine augmente la tension active, réduit le calibre des capillaires et diminue la production de chaleur. Or, la galvanisation du grand sympathique ne fait pas autre chose; et dès lors nous sommes^ autorisés à conclure que Vaction ioniques édalive de l'alcaloïde du Quinquina se généralise au moyen du système nerveux vaso-moteur dont il est le corroborant par excellence. Les autres symptômes du quinisme dérivent de celte action fon- GuBLER, 2' édition,
damentale et peuvent y être ramenés quelle que eoit leur diversité apparente.
Les objections qui peuvent être adressées à cette théorie ont été déjà en partie réfutées ou ne supportent pas l'examen. L'ivresse quinique est un phénomène d'ischémie, et non pas de congestion sangjine ; l'étal hypérémique des veines de l'encéphale est le réeullat de la stase qui a lieu pendant l'agonie et non la trace d'une fluxion sanguine active. Maiutenant, onia remarqué que chez les rhumatisants traites par le Sulfate de Quinine le sang des saignées successives se montre de plus en plus riche en fibrine et en eau, mais pauvre en globules. Cette altération du sang est réelle; seulement on a tort de Ja mettre sur le compte de l'alcaloïde, attendu que le rhumatisme déglobulise rapidement, et que, dans toute phlegmasie, l'hypérinose va croissant au fur et à mesure que du sang est tiré de la veine (Mêlier, Monneret, Legroux). Quant à la prétendue fièvre quinique de Hahnemann, elle n'existe pas, ou plutôt les symptômes fébriles aperçus par le fondateur de la doctrine des similia similibus n'ont pas la signification qu'il s'est plu à leur attribuer. Voici comment je m'exprimais k cet égard dams la première édition de ce livre.
Les phénomènes énumérés tout à l'heure, et qui sont la conséquence directe de l'action du médicament, constituent dans notre manière de voir les effets positifs de la Quinine ; mais il peut s'en montrer consécutivement d'autres tout opposés, issus de la réaction de l'organisme contre les modifications imprimées par l'agent toxique, ce sont les effets négatifs. L'alcaloïde, on Ta vu, produit la sédation cardio-vasculaire et la léfrigération. Celte dépression fonctionnelle peut aller jusqu'au frissonnement et à l'horripilalion ; après quoi , si l'action slhénique du médicament n'est pas soutenue par de nouvelles doses modérées, la paralysie vaso-motrice succède, la chaleur se rallume ainsi que l'excitation circulatoire, la céphalalgie survient, et la moiteur ou une sueur plus abondante termine la scène. Telle est, dans mon opinion, l'interprétation la plus plausible de la fièvi-e quinique signalée par Bretonneau, constatée par un grand nombre d'observateurs, et à laquelle les homœopalhes ont attaché à tort quelque importance au point de vue de leur doctrine. Il peut arriver cependant qu'une fébricule s'éveille aussi à l'occasion de l'irritation des voies digestives provoquée par l'alcaloïde des Quinquinas, et principalement par ses combinaisons salines. Ainsi s'explique la prédominance des symptômes d'excitation générale chez les sujets, hommes ou animaux, auxquels la Quinine a été administrée sous une forme massive, comparée aux résultats obtenus par l'ingestion lente du médicament à doses fractionnées, bien que dans ce dernier cas la quantité présente, à un moment donné, dans la circulation, puisse être supérieure à celle qui a déterminé la surexcitation
générale. . .
Ainsi rien ne justifie l'opinion de ceux qui corsidèrent le Sulfate de Quinine comme un excitant. Ce sel n'est pas davantage un stupéfiant dans le sens conventionnel du mot, bien que ce titre lui ait été accordé quelquefois en oonsi-
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dération de la puissance qu'il a pu manifester dans la répression des phéno mènes d'excitation, douloureux ou spasmodiques, accompagnant, par exemple, la méningo-myélite aiguë. Dira-t-on avec Giacomini que la Quinine est un hyposthénisant carJiaco-vasoulaire? Non, certainement, puisque la oonlraotilité des vaisseaux et celle du cœur sont accrues par des doses moyennes thérapeutiques. L» dénomination d'hyposthénisant du système neri^eux en général (Bailly, Guersant, Delens, etc.) est encore moins exacte car s'il est une vérité thérapeutique unanimement consentie, c'est la propriété dont jouit l'alcaloïde du Quinquina de conserver et de restaurer les forces. Mais il n'enrichit que parce qu'il fait économiser : il n'augmente la somme des forces radicales qu'à la condition de réduire les forces agissantes, c'est-à-dire la dépense. Et s'il fallait absolument lui trouver une plac3 dans un arran':'ement systématique, je dirais, avec Rasori et Tommasini, que la Quinine°est un contre-stimulant; ensuite, pour compléter ma pensée, je renouvellerais celte déclaration faite en 1668 :
La théorie pharmacodynamique de l'alcaloïde et des sels de Quinine est impossible à formuler rigoureusement dès aujourd'hui. Cependant le Sulfate de Quinine, considéré tour k tour comme excitant et comme sédatif, comme tonique et comme stupéfiant, ne saurait mériter à la fois ces épithètes contradictoires; il faut de toute nécessité trouver une action constante qui rende compte des aspects divers sous lesquels apparaissent les faits cliniques. Voici comment on peut la concevoir provisoirement. La moëlle, ainsi que les autres centres nerveux, est douée du pouvoir de condenser de la force avec la faBulté de s'en décharger en déterminant des excitations sensitives et motrices. Ges deux propriétés marchent, naturellement en sens inverse ; accroître celle de conserver, c'est par conséquent diminuer d'autant celle de perdre. Or, à mon avis, le Sulfate de Quinine, par exemple, rend les centres et les conducteurs nerveux plus aptes à recueillir et à garder la force créée par la combustion respiratoire. Il amène ce résultat, soit en modifiant directement leur manière d'être par le moyen d'un état moléculaire allotropique, soit en agissant sur eux d'une façon détournée par l'intermédiaire du grand sympathique, dont Fhypersthénie paraît être la condition éminemment favorable à la restauration dynamique de l'économie, de même que sa paralysie entraine à la dépense sous forme de chaleur, de douleur, de force sécrétoire ou plastique. En admettant que la Quinine augmente la réceptivité dynamique du systèma nerveux, à peu près comme un enduit mauvais, conducteur isole un appareil électrique, on arrive à saisir dans leur apparente diversité le fond commun ou le hen qm unit entre eux les effets physiologiques et thérapeutiques observés. Si 1 affection pour laquelle on administre le Sulfate de Quinine se caractérise par de la surexcitation sensitive ou motrice, par de la douleur ou du spasme, ces phénomènes, comparables à l'aigrette lumiueuse qui s'échappe dun conducteur pointu, venant à cesser par le fait d'une plus grande capacité «le tension acquise par le système nerveux au contact de l'alcaloile, il en resuite ce qu'on peut appeler une sédation. Si, au contraire, tout se borne
pour les centres d'innervation k la perte ou du moins à la" diminution du pouvoir de se charger de force, alors le sel quinique, restituant en partie cette faculté, sera réputé tonique et même stimulant. Enfin, si l'action modératrice ou contre-stimulante devient exagérée en raison de la proportion relativement ou absolument trop forte de l'agent médicamenteux, il en résulte la suppression de ce que les anciens nommaient les forces agissantes, c'est-àdire une sorte d'engourdissement ou de torpeur fonctionnelle qui passe à bon droit pour de la stupeur, mais qui n'a rien de commun avec la narcose due à l'Opium, aux Solanées vireuses ou aux anesthésiques.
En définitive, l'action tonique de la Quinine s'exerce incontestablement sur le grand sympathique et probablement sur le centre spinal. Eulenburg était donc complètement en dehors de la vérité quand il soutenait que cet alcaloïde paralyse d'abord les centres réflexes dans la moëlle spinale, puis ceux de sensibilité et des mouvements volontaires dans le cerveau. D'ailleurs Jolyet a montré que les mouvements réflexes persistent avec des doses toxiques, et que si le contraire a été vu, c'est que le Sulfate de Quiliine introduit dans le voisinage de la colonne vertébrale s'est diffusé jusqu'à la moëlle épinière, sur laquelle il a produit des désordres locaux nullement assimilables aux effets généraux du médicament en circulation dans le sang.
D'autre part, Nasse et Waldorf se sont mépris en croyant prouver que l'action de la Quinine en circulation se localise sur la substance charnue du cœur, parce qu'ils ont vu le sulfate de cette base frapper de paralysie les muscles de la cuisse d'une grenouille, tandis qu'il n'a pas empêché la motricité lorsqu'il était appliqué sur le sciatique. Cela tient à une différence d'action chimique, car Jolyet a démontré que le muscle, devenu inerte, est en même temps désorganisé.
Levisky (de Kasan) me paraît également dans l'erreur lorsqu'il veut réduire toute l'influence de la Quinine sur la circulation et la température aux effets de la résolution des fibres musculaires et de la -paralysie des ganglions musculo-moteurs intra-cardiaques. Notre confrère russe, expérimentant sur des lapins avec des doses massives, n'a vu que les effets toxiques du Sulfate de Quinine. Ses expériences offrent néanmoins un certain intérêt en ce qu'elles semblent démontrer la prédominance de l'action pharmacodynamique sur le système ganglionnaire du cœur, par rapport au nerf vague et aux nerfs accélérateurs, ce qui confirmerait mon opinion sur l'importance du grand sympathique dans les phénomènes du Quinisme. Dans cette manière de voir, la paralysie plus avancée des ganglions et filets musculo-moteurs serait la conséquence d'un épuisement précoce produit par une excitation exagérée.
Après avoir parcouru le torrent circulatoire, pénétré dans les éléments histologiques des tissus, et donné lieu aux phénomènes dont nous avons essayé tout à l'heure de préciser la nature, la Quinine n'a pas encore accompli toute sa destinée. Reprise par l'absorption interstitielle, elle rentre dans le sang pour être livr.ée aux organes chargés de son élimination.
La Quinine est entraînée avec l'urine, la sueur, les larmes, le mucus bronchique, et probablement d'autres produits de sécrétion, au nombre desquels je place sans hésitation la salive. En effet, une heure ou deux, parfois quelques minutes seulement après l'ingestion de doses un peu fortes de Sulfate de Quinine (25 à 50 centigrammes) sous forme pilulaire, les malades attentifs disent éprouver dans la bouche une sensation d'amertume tout-àfait caractéristique. C'est également au passage du sel quinique dans la sécrétioa salivaire que j'attribue le ptyalisme quelquefois observé.
L'élimination par les sueurs est moins bien établie : il est pourtant vraisemblable que les sels de Quinine doivent suivre cette voie parcourue par un grand nombre d'autres substances salines. Aucun effet pathogénétique spécial, imputable à la Quinine, ne vient d'ailleurs, fournir la preuve de son passage à travers les glandes sudorales. Cependant Rilliet et Bartbez ont noté chez les enfants une desquamation fine, analogue à celle qui succède à la dessiccation des sudamina; mais tant d'autres causes peuvent amener ce résultat. Le docteur Garraway a vu chez une femme qui avait pris 6 centigrammes seulement de Quinine, survenir immédiatement de l'œdème de la face et des membres, avec rougeur vive et angoisse précordiale. Au bout de quelques jours, une large desquamation étant établie, deux doses semblables exaspérèrent les symptômes. Hemming a rapporté un cas analogue. Que signifient ces exemples, sinon que, chez des sujets prédisposés, des quantités mmimes de Sulfate de Quinine peuvent devenir l'occasion d'un accès de fièvre ortiée? Je ne voudrais pourtant pas nier absolument les dermatoses d'origine qumique; il paraît qu'en Grèce, (Panas, communication orale) un exanthème suivi de desquamation est un inconvénient peu rare du traitement des fièvres intermittentes par de hautes doses de sulfate de Quinine.
Quoi qu'il en soit, le rein est la principale issue ouverte à l'alcaloïde du Qumquina, dont la présence dans l'urine est constatée vingt à trente minutes à peine après l'ingestion dans les premières voies, et plus promptement encore quand il a été introduit dans les veines ou seulement dans le tissu cellulaire. L'apparition de ce principe immédiat est naturellement d'autant plus précoce que la dose en est plus massive et que son absorption a élé rendue plus facile par l'addition d'une proportion convenable d'acide.
L'appareil urinaire ne reste pas indiflérent au contact du sel quinique, lequel, suivant la dose, peut déterminer une simple irritation sécrétoire ; ou bien, une phlogose plus ou moins marquée, avec chaleur et douleur en urinant, oligurie (Gubler) et, dit-on, rétention d'urine (Legroux, Briquet). On a même observé des symptômes de cystite et la congestion rénale a pu être poussée SI loin qu'il en résulte de l'hématurie : phénomène rare, observé par Faginoh et Monneret, et, avant eux, par Duchassaing (de la Guadeloupe). Lalbummurie peut apparaître dans les mêmes circonstances (Briauet Gubler). ^ '
Avec des doses massives de 3 k 4 grammes par jour, cette irritation topique des voies unnaires, devenue très-intense, pourrait se propager aux or-
ganes g%itaux par continuité et sympathie, favoriser rexcilation génési pje déterminer peut-ôtre (Duchassaing, Petitjean) l'éruption menstruelle - mais je doute, avec Delmas, Alamo, Thazet, qu'elle ait le pouvoir de provoquer des contractions énergiques de l'utérus gravide, et de le fluxionner au point de causer l'avortement; et je pense, après Torti, qu'il n'y a pas lieu de se priver de l'antipériodique par excellence chez les femmes enceintes, atteintes de fièvre ou de rhumatisme aigu. Il se peut, comme le dit le docteur Monteverdi (de Crémone), et comme le croient le docteur Duboué (de Pau) et quelques autres médecins français, que la Quinine réveille ou suscite des contractions utérines; mais elles sont intermittentes, et n'ont évidemment ni la durée ni l'intensité de celles qui sont provoquées par l'ergot de seigle. On pourrait plus justement les comparer à celles qui sont occasionnées par le froid, par la digitale et les toniques vaso-moteurs, dépourvus d'une spécialité d'action sur lî s fibres musculaires lisses de la vie organique.
La marche de l'élimination, étudiée avec grand soin par Briquet, présente d'intéressantes particularités.
La proportion qui passe dans les urines augmente pendant quelques heures, à partir de la première apparition; puis elle diminue dans les heures suivantes. Le second jour il y en a moins, et le troisième très-peu. Lorsque la dose initiale est répétée chaque jour, les quantités éliminées vont; au contraire toujours en augmentant, par suile do l'accumulation de masse. Mais, à partir de la cessation du médicament, la diminution, dans l'urine redevient progressive et l'on n'en trouve plus trace après quatre ou cinq jours; en sorte qu'à ce moment l'élimination peut être considérée comme terminée, bien qu'elle s'achève quelquefois, mais par exception, le sixième jour seulement. En réunissant les quantités recueilHes chaque jour dans l'urine des vingt-quatre heures, on s'assure que la somme du Sulfate de Quinine éliminé varie d'un tiers aux trois quarts de la masse totale ingérée. Et comme il en passe nécessairement une petite fraction par chacun des autres émonctoires : salive, mucus, sueur, peut-être bile, etc., on voit que la proportion brûlée ou métamorphosée dans l'économie doit être trèsminime. Nous reviendrons tout à l'heure sur ce fait d'une importance majeure au point de vue de la théorie pharmacodynamique.
Les quantités de Quinine présentes à chaque instant dans la sécrétion urinaire sont d'autant plus grandes, avons-nous dit, que les doses administrées sont elles-mêmes plus considérables; mais le rapport n'est pas constant, et les proportions éliminées augmentent dans une progression rapide. Ainsi, étant donnée une dose de 20 centigrammes, il s'en échappe par les urines 4 centigrammes en vingt-quatre heures, soit un cinquième; avec trente centigr, il s'ea élimine 10 centigrammes dans le même laps de temps, soit un tiers ; enfin , quand on ingère 1 gramme il en a disparu la moitié, c'est-a-dire 50 centigrammes à la fin de la première journée. Et comme la partie stable adhérente pour ainsi dire, est la seule qui puisse exercer toute son influence sur l'organisme, on comprend que l'action physiologique
de la Quinine est loin de croître proportionnellement aux doses introduites dans la circulation.
Ainsi en prenant, avec Briquet, le bourdonnement d'oreilles comme critère de la durée d'action de la Quinine, on voit le phénomène durer d'iux à trois heures après l'administration d'une prise de 30 h. 40 centigrammes et trois à cinq heures seulement après une prise de 1 gramme : d'où l'indication de fractionner les doses afin de réduire les pertes de principe actif effectuées parles sécrétions et d'accroître la proportion qui s'arrête un moment dans l'économie pour y produira les moiihcations parenchymateuses caractéristiques. Effectivement, le tintouin persiste huit à dix heures sous l'influence de 60 centigrammes à 1 gramme do Sulfate de Quinine administré en plusieurs prises dans l'espace d'une douzaine d'heures. Distribués de là même laçon, 1 à 2 grammes déterminent un bourdonnement d'oreilles qui ne cesse qu'au bout de douze à quinze heures, et 2 à 4 grammes font durer le phénomène jusqu'à vingt-quatre ou trente-six heures après l'administration de la dernière prise.
Nous utiliserons ces données quand il s'agira de tracer des règles précises et fondées sur la physiologie, pour le traitement des phlegmasies et des fièvres parle Sulfate de Quinine. Pour le moment je ne veux m'arrêter que sur un seul point, à savoir : l'énorme proportion de Quinine retrouvée dans la sécréJon urinaire et qui sort en apparence intacte.
A voir ces abondants précipités obtenus à l'aide de l'iodure de potassium ioduré ou de l'iodhydrargyrate de potassium, on est tenté de croire que le Sulfate de Quinine ne fait que traverser l'économie ; et, de fait, des recherches plus rigoureuses démontrent que la sécrétion rénale en élimine à elle seule les trois quarts de la quantité introduite. Ainsi le sel quinique n'a presque rien abandonné de sa masse à l'organisme qu'il a si profondément modifié : résultat paradoxal et digne de toutes les méditations du physiologiste.
Gomment faire concorder cette intégrité de l'agent matériel avec les énormes résultats thérapeutiques obtenus? Le problème posé dans la première édition de ces Commentaires a déjà reçu alors un commencement de solution, en 1868, quand j'écrivais (p. 590) : « Rien ne prouve que la Quinine, en apparence intacte daus les sécrétions, n'ait pas subi ua changement d'état moléculaire, dont on conçoit l'existence quand on considère les résultats opposés obtenus par Winckler sur les Quinines cristallisée et amorphe, mises chacune en présence de l'hyposulfite de soude. » L'année suivante (1869), poursuivant cette idée et faisant au cas particulier l'application de la théorie des médicaments dynamophores, je disais, dans mon cours à l'École de médecine, que si la Quinine ne perd pas de substance en déployant son activité pharmacodynamique, il faut bien, en revanche, qu'elle cède de la force, et que la matière restituée par les urines n'était autre que de la Quinine déchargée, adynamique et sous un état allotropique particulier.
Ces vues sont maintenant en grande partie confirmées par l'expérience.
'28 ALCAUS VÉGÉTAUX.
En 1872, le docteur Guyochin déraoatrail dans sa thèse que l'alcaloïde retrouvé dans la sécrétion rénale n'est pas la Quinine elle-même, mais bien un isomère de ce médicament héroïque. Seulement, il croit avoir eu aiîaire umquement à de la Quinidine, substance relativement active, tandis que mes observations me font admettre la présence d'un isomère inerte, la Quinicine en proportion plus ou moins considérable dans le résidu partiellement cristallin examiné par notre distingué confrère. La partie amorphe de ce résidu serait, dans mon opinioii, représentée par de la Quinicine, et peut-être par cette substance non amère que Kierner a rencontrée dans les mêmes circonstances et qu'il a considérée comme identique avec la diliydroxil-quinine, produite artificiellement aux dépens de la Quinine, à l'aide de corps oxydants.
Substances synergiques, auxiliaires. — Tous les médicaments qui diminuent le calibre des capillaires et réduisent les phénomènes à'hématocausie, ainsi le froid modéré, les acidulés, les astringents, les amers, l'ergot, sont, sous ce rapport, les auxiliaires de la Quinine. Il en est de même à d'autres égards de tous ceux qui augmentent le pouvoir du système vasomoteur et qui modèrent la dépense d'innervation. De ce nombre sont la Digitale, le Bromure de Potassium, peut-être l'Arsenic et quelques autres substances. Mais les principaux congénères de la Quinine sont les Bromures alcalins, la Digitale et l'Ergot, sans parler des autres alcaloïdes des Quin- ' quinas qui, loin de manifester des propriétés aussi divergenies que ceux de l'Opium, agissent tous dans le même sens et paraissent ne différer que par les intensités variables de leurs effets. A la Quinidine et à la Ginchonine, généralement reconnues comme succédanés de la Quinine et comme corps chimiquement définis, il faudrait joindre, d'après certains chimistes, une substance entrevue par Serlurner dans les Cinchona Calisaya et C. succirubra, constatée par Winckler, Liebig, de Vrij, et désignée sous le nom de Chinioïdine, mais reléguée au rang des matières complexes et impures par 0. Henry, Delondre, Pasteur. La chinioïdine du commerce est en effet un mélange de Quinidine, de Quinicine, avec un peu de Quinine et de Ginchonine ou des dérivés de celle-ci , avec une matière résinoïde : elle est amorphe, déliquescente et ne donne lieu qu'à des selsincristaliisables. Néanmoins les observations de Zimmer, Hochgesand, démontrent, comme on pouvait s'y attendre, que ce résidu amorphe du traitement des Quinquinas n'est pas dénué de toute action physiologique et justifie les efi'orls de ceux qui cherchent à l'utiliser en thérapeutique.
SUBSTAKCES ANTAGONISTES ET INCOMPATIBLES. — ANTIDOTES, CONTRE- POISONS. — Les antagonistes de la Quinine sont les agents qui paralysent le sympathique ou qui causent cette irritation vasculaire dont la phlogose est la plus haute expression : tels sont les stimulants en général, et particulièrement les alcooliques, la chaleur, l'Opium, l'Iodure de Potassium. Il ne faut donc pas, autant que possible, les associer à la Quinine dans la même formule.
Ce sont er» partie ces mêmes substances antagonistes, et spécialement l'Opium (Gubler), qu'il convient d'administrer comme antidotes proprement dits ou physiologiques dans l'intoxication quinique. (V. Opium.)
Usages. — La Quinine est administrée ratiannellement toutes les fois qu'il s agit de refréner les fluxions sanguines actives, de modérer la chaleur de tempérer la fièvre. Ainsi son efficacité est manifeste dans le rhumatisme inflammatoire, au début, et quand il n'existe guère que la fièvre et les fluxions vers les séreuses, sans phlegmasie avancée ni exsudât plastique • ou bien dans les congestions habituelles des centres nerveux, telles que celles qui marquent le début de la paralysie générale. Je la prescris également, de préférence à tout autre agent, contre les névralgies que j'appelle irritatives ou congestives, parce qu'elles constituent en quelque sorte le premier degré de la névrite, et contre l'insomnie qui reconnaît pour condition prochaine une hypérémie active du cerveau.
A petites doses, la Quinine devient un tonique névrosthénique analogue au Quinquina lui-même, dont elle reproduit les propriétés dominantes. Mais la Quinine est plus habituellement usitée contre les fièvres intermittentes ou rémittentes d'origine palustre et contre les afi'ections analogues par la nature étiologique, ou semblables quant à la périodicité, bien que contractées dans des circonstances difl'érentes. Pour les fièvres marématiques, la Quinine est un remède véritablement héroïque ; elles lui obéissent si bien qu'on les désigne sous le nom de fièvres à quinquina.
Sous ce rapport, on peut dire que i'écorce du Pérou est sans rival. Elle est moms sûre dans ses efî'ets lorsqu'on a affaire à des accès périodiques, reconnaissant d'autres causes, ou bien à certaines névralgies intermittentes naguère confondues à tort avec les accidents larvés des miasmes palustres. Certes il y a des névralgies, comme des fièvres, de cause marématique, mais il existe parallèlement dans nos contrées un plus grand nombre de névralgies intermittentes à frigore ou rhumatismales, etc. Or, la Quinine, qui est «ouverame dans le premier cas, est quelquefois impuissante dans le second, pour deux raisons qu'il importe de connaître.
Cet alcaloïde peut se montrer inefficace contre les névralgies à frigore, primitivement intermittentes, lorsque la fluxion, d'adord périodique, tend à devenir continue par le fait de sa transformation en une véritable phlegmasie localisée sur le nerf soullrant. Elle est également eu défaut quand il s'agit de nevra'gies liées à un état d'abincitalion et d'anémie locale, soit chez des individus exsangues et épuisés, soit chez d'autres sujets atteints d'un trouble partiel de l'innervation sensitive par suite d'une action exagérée des nerfs vaso-moteurs ou d'une restauration dynamique insuifisante des filets nerveux attectes. Cette distinction de deux espèces de névralgies : l'une irritative, ^yperémique ou congestive, l'autre hyposthénique, anémique et par abinciation, est capitale au point de vue de la thérapeutique, car ce sont des traitements inverses qu'il faut leur appliquer. La dernière espèce est justiciable de la chaleur et de l'Opium ; à la
première seule convient - le Sulfate de Quinine associé k quelques auxiliaires. !
Ceci m'amène k déclarer que dans les affections palustres, pas plus qu'ail- \ leurs, la Quinine n'agit en v&rtu d'un pouvoir occulte, inexplicable par la ] physiologie, irréductible aux lois de l'organisme normal. Elle n'est pas l'an- | tidote du poison palustre, le spécifique de la périodicité, mais simplement j le modérateur de l'action spinale ou le régulateur de l'innervation vaso-mo- i trioe. Si elle réussit mieux que l'un quelconque de ses nombreux succédanés ^ conîre les fièvres de marais à forme intermittente ou rémittente, c'est qu'elle possède, k un plus haut degré que toute autre, la puissance d'isoler pour ] ainsi dire le centre médullaire, et d'en économiser les forces : de tonifier et i de galvaniser, si je puis ainsi parler, le grand sympathique; en définitive, de ! s'opposer à l'évolution des symptômes phlogistiques qui se déroulent dans le j cours d'un accès fébrile.
Cette vertu de la Quinine n'est sans doute pas la. seule, mais c'est du i moins celle qui lui assure une véritable supériorité sur les autres agents j de la médication tonique. Les autres effets, tels que l'engourdissement de la \ sensibilité' et des sens spéciaux, le vertige, la titubation, la pâleur des té- j guments et le ralentissement du pouls, la réfrigération, l'atténuation du sang, etc., ou bien n'ont qu'une importance secondaire, ou bien dérivent de cette action primitive et fondamentale.
Ces notions préliminaires une fois établies, il est aisé de déterminer dans quels cas morbides l'emploi de la Qainine se trouve naturellement indiqué. Je viens de citer la fièvre palustre et les affections larvées reconnaissant la i même origine ; joignons-y les fièvres éphémères saisonnières ou de causes ■ locales, exemptes de complications phlegmasiques. Sans être enrayées par • l'alcaloïde du Quinquina, les fièvres symptomatiques elles-mêmes en reçoi- • vent une modification avantageuse au début des phlegmasies aiguës, des fie- ■ vres éruptives, dans le cours de la dothiénentérie et des fièvres continues, de . \ la phthisie pulmonaire et des phlegmasies chroniques. Les accès ou les pa- - j roxysmes, s'ils ne s'effacent pas entièrement, se mettent presque de niveau î ! aveC'le fond permanent du mouvement fébrile. Mais pour de si minces résul- \ tats il serait puéril de recourir à ce moyen héroïque, dont il ne faut user que : | pour réprimer des raptus congestifs du côté des viscères : encéphale, poii- - ! mon, ou bien des exacerbations violentes, menaçant d'épuiser les forces fit : ! compromettant l'existence des sujets. Par exemple, le Sulfate de Qainiire, . 'i illusoire comme agent curatif de la fièvre puerpérale (Danyau, Delpech, De- - \ paul), est appelé à rendre des services contre les accès intermittents qui tra- ! versent le cours de cette grave maladie aiusi que de ses anaogues : les infec- - i tions purulente et putride. |
A-t-elle encore d'autres effets et peat-elle agir directement sur les poisons M morbides des affections septiques, putrides ou virulentes ? Ma réponse est j prévue par ce que j'ai dit à l'occasion du Chlore et de l'Acide phénique, el >?! par l'opinion que je viens d'émettre au sujet de la fièvre palustre. Si je nie :
la possibilité de tuer ou de paralyser, dans le sang et les tissus, les produits connus sous le nom de ferments, virus ou contages, au moyen des substances les plus énergiquement antiputrides et toxiques pour les organites inférieurs à plus forte raisonne puis-je reconnaître cette puissance au Sulfate de Quinine, dont l'action antizymotique exige des doses plus massives encore et telles que l'imagination se refuse à en concevoir la présence dans un organisme vivant Il m'est donc impossible de m'associer aux vues de Binz et de partao^er la confiance de ce professeur, ainsi qu^ celle de Homsberg et de quelques autres patriciens (Ripoll, Alp. Guérin), dans l'action antiseptique de la Quinine . Avec eux je la crois utile dans la fièvre typhoïde, le typhus et autres maladies infectieuses, et je ne manque pas d'y recourir à. l'occasion, mais uniquement pour combattre les symptômes dominants auxquels répond l'action physiologique de l'alcaloïde. J'ai donc le regret de me séparer sur ce point de mon savant ami Alphonse Guérin, qui pense que le Sel de Quinine n'intervient aucunement dans l'infection purulente par son action pharmacodynamique connue, et qu'il agit d'autant mieux qu'il ne donne lieu à aucune manifestation caractéristique.
Les bons résultats observés par le docteur Perroud dans l'érysipèle, et que j'ai constatés de mon côté, s'expliquent suffisamment par l'action vaso-motrice de l'alcaloïde et ses conséquences; cependant notre savant confrère lyonnais suppose qu'il agit en s'opposant à la diffusion des leucocytes. On doit raisonner de même à l'égard de la variole grave, contre laquelle le Sulfate de Quinine peut être utile et que le docteur Liégey (de Rambervilliers) a combattue par le grand antipériodique en la considérant comme une sorte de fièvre pernicieuse. C'est au même titre que j'ai essayé, sans beaucoup de succès d'ailleurs, l'administration du Sulfate de Quinine contre le choléra asiatique. L'exemple a été suivi par mes collègues H. Bourdon et Boucher (de la Ville-Jossy), ainsi que par le docteur Le Morvan (de Paimpol), qui paraît avoir eu à se louer de ce moyen. Il peut rendre, dans cette terrible maladie, plusieurs services différents : au début, maintenir le système nerveux sympathique dans un état de tonicité qui lui permette de résister aux effets paralysants du poison; dans la période réactionnelle, s'opposer aux désordres résultant de la phlogose secondaire. On est d'autant mieux fondé à attendre un peu d'aide du Sel quinique qu'il a réussi dans d'autres circonstances à faire cesser des diarrhées chroniques, non-seulement celles d'origine palustre comme chez la malade du docteur J. Simon, mais encore celles qui reconnaissent une tout autre étiologie (Ferrand, Bordier). Il est permis de se demander S), dans ces cas rebelles aux autres médications, la Quinine n'a pas supprimé la diacrise intestinale en déterminant l'accroissement de la tension vasculaire et la rétraction active des capillaires sanguins.
La Quinine donne de bons résultats dans deux diathèses voisines, mais non identiques, que quelques auteurs veulent confondre sous le nom d'arthritis. i-lie modère les accès de la goutte inflammatoire et manifeste parfois des propriétés antiphlogistiques remarquables dans le traitement du rhumatisme
articulaire aigu (Briquet, Andral, Legroux, Trousseau et Pidoux, etc.). Seulement elle ne réussit p&s également dans toutes les périodes de l'affection.
Absolument impuissante contre les monoarthrites apyréliques, insuffisante contre des arthrites intenses arrivées à une phase avancée de leur évolution, elle ne se montre véritablement efficace que dans la fièvre rhumatismale encore exemple de localisations, ou du moins lorsque les jointures sont le siège d'une simple fluxion inflammatoire. En' un mot, fièvre véhémente, et légère phlogose articulaire, telles sont, les deux conditions dont la réunion est éminemment favorable à l'emploi du Sulfate de Quinine, soit dans la goutte, soit dans le rhumatisme.
Outre les névralgies congestives auxquelles s'applique spécialement, (Gubler) le Sulfate de Quinine (la plupart des névralgies dentaires et beaucoup de névralgies brachiales, fémoro-poplitées, etc., sont dans ce cas)^ les névroses qui reconnaissent la même origine sont soulagées ou guéries par le même agent. La migraine obéit encore mieux à la Quinine qu'à la Paullinia. Il en est de même de certaines espèces d'asthme, de dyspnée, de toux convulsive, de palpitations liées à l'asthénie vaso-motrice.
Les alfections des centres nerveux qui procèdent d'un travail hypérémique ou phlegmasique se comportent également bien sous l'influence de l'alcaloïde du Quinquina. Non-seulement le Sulfate de Quinine doit être exonéré des accidents cérébraux mis injustement à son compte et considérés à tort comme étant de nature congestive ou inflammatoire; mais il peut, d'après mes observations, combattre efficacement les phénomènes de cette sorte quand ils se développent dans le cours d'une maladie générale ou d'une affection circonscrite des rentres nerveux.
Loin d'être coupable des méningites qui surviennent chez les rhumatisants, le Sulfate de Quinine, au contraire, peut en retarder l'apparition ou en diminuer la gravité.
C'est pour avoir attribué à la seule hypérémie cérébrale des symptômes qui lui sont communs avec l'anémie, que les auteurs ont été conduits à formuler l'exclusion de la Quinine dans les cas de délire et de phénomènes d'excitation nerveuse de cause rhumatismale. Pour ma part, je considère le médicament comme rationnellement indiqué dans ces circonstances, etje l'ai employé plus d'une fois avec avantage dans des cas analogues, c'esl-à-dire chez des sujets atteints de délire congeslif, de méningite cérébrale, de méningo-encéphalite diffuse, de myélite et de méningo-myélite sans acception des natures étiologiques variées de ces procès morbides. Le tétanos ne fait pas exception à la règle, puisque dans l'Amérique méridionale, notamment à Caracas (Venezuela), où celte redoutable afleolion n'est pas rare, on la traite généralement avec succès par le Quinquina (docteur d'Ornellas, communication orale). Des faits confirmalifs ont été observés en Europe, en dernier lieu par le docteur Haynes- Wallon, qui a guéri un cas à la vérité subaigu.
Le Sulfate de Quinine n'est pas plus dangereux dans les localisations inflammatoires du rhumatisme sur les viscères thoraciques, et particulièrement
sur le cœur. S'il ne prévient pas les endo-péricardites et s'il n'en arrête pas toujours, tant s'en faut, le développement, il ne se comporte cependant pas vis-à-vis de ces complications autrement qu'avec les arthrites rhumatismales elles-mêmes.
Différente en ceci de l'écorce du Quinquina, la Quinine ne saurait être d'aucune utilité à l'intérieur dans les hémorrhagies, k moins que celles-ci ne dépendent de l'impaludisme comme cela s'est présenté vraisemblablement dans les cas d'épistaxis dont parle le docteur Duboué, ou bien d'une réplétion et d'un excès ds tension passive des capillaires qu'il serait possible de faire cesser en agissant sur la contractilité de ces vaisseaux, directement ou plutôt par l'intermédiaire du système sympathique.
Les métrorrhagies elles-mêmes rentrent probablement dans cette catégorie; la mise enjeu de la contractilité musculaire de l'utérus ne prend sans doute qu'une faible part au phénomène et rien encore ne justifie l'opinion de Monteverdi (de Crémone), qui considère la Quinine comme supérieure à l'ergot de seigle dans les cas d'atonie de l'utérus, gravide ou non.
Jusqu'ici la Quinine n'avait guère trouvé son emploi à l'extérieur, les qualités astringentes et antiseptiques du Quinquina passant pour appartenir plutôt au tannin et au rouge cinchonique ; mais les anciennes observations et les récentes expériences sur l'action antizymotique de l'alcaloïde doiventmodifier notablement sur ce point la pratique médicale. Il est maintenant rationnel • de compter un peu sur les effets topiques de la Quinine pour anéantir ou frapper d'inertie les germes infectieux dans les premières voies, et nous consentons à ajouter cette manière d'agir à celles que nous avons admises antérieurement pour expliquer les bons résultats du Sulfate de Quinine dans la fièvre typhoïde, le choléra et autres maladies infectieuses. On pourra aussi trouver bon d'injecter une solution quinique dans les cavités remplies de pus fétide, d'ichor, de sanie et pouvant devenir des fayers de septicémie. Cette pratique aurait même un double avantage, en ce que la portion du médicament absorbée porterait dans toute l'économie son action tonique et fébrifuge.
On a fait depuis quelques années des applications topiques de Quinine salifiée (ordinairement par l'acide chlorhydrique) dans plusieurs espèces d'ophthalimes. G. Flarer cite 15 cas de guérison; Nagel dit avoir conjuré par ce moyen la fonte purulente de la cornée; Gotti (de Bologne) reconnaît au Chlorhydrate de Quinine une très-grande efficacité dans les cas de kératite parenchymateuse diffuse et d'opacité cornéale ou dans les conjonctivites pustuleuses et les ulcérations scrofuleuses de la cornée. Enfin, Prout (de Brooklyn) prescrit les insufflations de Sulfate de Quinine contre les granulations conjonctivales.
Modes d'administration ET doses. —La Quinine se donne rarement à letat libre; presque toujours elle est prescrite en combinaison avec l'acide sulfunque et différents acides organiques. Cependant Trousseau a préconisé avec raison l'emploi dea 1 Quinine brute chez les jeunes enfants, parce qu'elle
a l'avantage delre h peu près insipide, et que sa consistance résinoïde permet de la réduire en pelils grains qui se dissimulent aisément parmi ceux de la semoule ou même dans les potages quelconques qui composent en majeure partie la nourriture des sujets en bas âge.
Trousseau prescrit 20 à 30 centigrammes de Qainine brute aux enfants de deux ans et au-dessous.
■L'alcool de Quinine (Piorry) se compose de : Quinine brute, £0 grammes; alcool à 85 degrés centésim. et eau, ââ 350 grammes. Deux cuillerées à soupe de cette solution représentent environ 1 gramme d'alcaloïde.
A part ces deux modes d'emploi, nous n'avons rien à dire ici des doses usitées pour l'administration, de la Quinine, puisque cet alcaloïde est toujours j prescrit à l'état de sel, et principalement de sulfate. i
Je renvoie, pour les autres détails, à l'article Sulfate de Quinine, où je \
traite en mèn:e temps des généralités relatives aux graduations des doses sui- î
vaut les âges eti les conditions individuelles; des diverses voies d'introduction ij
du médicament, ainsi que des règles de tactique thérapeutique qui gouver- j
nent l'emploi du premier de nos fébrifuges. [\
■ GMV'GHOWifVE, Chinclionina. -,
Angl. Cinclionia. — Ail. Cinchonin, Cinchonium. i La Cinchonine (C^xi^Az^O^), moins amère, mais, en revanche, plus nauséeuse que la Qainine, offre une saveur se rapprochant de celle du Sulfate de • i
Magnésie. Elle est moins soluble que sa congénère dans l'eau, l'alcool, et |
surtout dans l'éther, et dévie à droite les rayons de la lumière polarisée. \
Action physiologique. — Localement, le Sulfate de Cinchonine est î
moins irritant que celui de Quinine (Bally). Introduite dans le sang, la Cin- \
cbonine se comporte à peu près comme la Quinine, avec cette différence j
qu'elle produit une sédation moindre de la circulation, mesurée à l'hémody- i
namomètre (Bouchardat, Delondre et Girault), peu de tintouin et de troubles i
visuels, et au contraire un mal de tête beaucoup plus fort, même à petites i
doses. La Cinchonine tue aussi plus rapidement les vers et les animaux à |
sang froid. i
Les efi'ets physiologiques de la Cinchonine : mal de tête avec constriction 1
des tempes, faiblesse musculaire, défaillances, pâleur de la face, lenteur da l
pouls, nausées et vomissements, débutent ordinairement très-peu de temps, |
quinze à trente minutes seulement, après l'ingestion du Sulfate de Gincho- \
nine (Moutard-Martin). Mais, en revanche, la durée des symptômes est éga- j
iement abrégée. Ceci me semble prouver que la Cinchonine se répand plus j
vit& dans tout l'organisme, ou qu'elle est moins dissimulée dans le sang, et !
qu'elle se présente tout à coup aux centres nerveux à dose plus massive, î
mais que son élimination ou sa destruction, ayant lieu plus rapidement aussi, j
permet un prompt retour aux conditions normales. ;
Usages.— Modes d'administration et doses. — Si les choses se pas- '
sent réellement ainsi, il y a lieu d'en induire cette règle de pratique, à savoir : \
STRYCHNINE
qu'il convient de fractionner davantage la Cinchonine et ses combinaisons avec les acides, afin de n'obtenir à chaque moment que des eiiets physiologiques modérés qu'on soutiendrait par la répétition des doses.
Au lieu de faire prendre 75 centigrammes en une dose, ou bien 1 gramme et 1 gramme 50 centigrammes en deux doses seulement, il faudrait, pour bien faire, ne pas donner au delà de 20 centigrammes à la fois, sauf à répéter dix fois cette prise dans les vingt-quatre heures. D'un autre côté, cette instantanéité d'action présenterait un avantage réel dans les cas pernicieux à forme comateuse, en ce qu'elle permettrait diagir plus vite pour empêcher le raptus sanguin vers le cerveau. Dans ce cas, la Ginclionine pourrait être associée à la Quinine, ce qui donnerait à la fois la garantie de rapidité et celle de durée-
Mais tout ceci suppose résolue la question préalable de l'efficacité de la Cinchonine. On s'accorde assez généralement à lui attribuer quelque vertu contre la fièvre intermittente et dans les maladies auxquelles convient son congénère (Bouchardat, Delondre et Girault, Moutard-Martin); tout récemment encore, le savant auteur de la monographie du Quinquina (Briquet), convaincu de l'utilité de la Cinchonine, manifestait le regret de la voir /délaissée et sollicitait l'attention de l'Académie de médecine en faveur de cet alcaloïde qui, sans marcher l'égal de la Quinine, même lorsqu'il ne s'agit que de fièvres intermittentes non pernicieuses, peut néanmoins la remplacer en quelques cas à la condition d'être employé à doses beaucoup plus élevées.
J'ai moi-même espéré un moment que la Cinchonine serait dans la médecine des pauvres un succédané précieux du principal alcaloïde du Quinquina, et j'ai cru qu'à dose double ou triple il donnerait de bons résultats dans la plupart des circonstances où la Quinine est prescrite. Les expériences auxquelles je me suis livré à plusieurs reprises, dans le cours des dernières années, ont singulièrement diminué ma confiance. En général les efl'els produits étaient peu satisfaisants et j'ai vu la Cinchonine libre, à la dose de 3 grammes par jour avec addition d'acide, rester absolument inerte vis-à-vis d'accès de fièvre intermittente qui ont cédé rapidement et sans retour à deux ou trois doses moyennes de Sulfate de Quinine.
La Cinchonine, à l'état de sel (ordinairement de Sulfate), peut être admimstrée comme la Quinine, soit en poudre, dans du pain azyme, soit en pilules ou même en poHon en raison de sa moindre amertume. Le Sulfate de Cinchonine se donne le premier jour à la dose de 50 ou 60 centigrammes à l gramme et au delà. Je l'ai administré plusieurs fois sans aucun inconvénient à celle de 2 ou. 3 grammes et au delà par jour en quatre ou huit doses.
STRYcnNiME, Slrychnina.
Angl. Slrychnia.—All Strychnin, Slrycfmium.
La Strychnine (C'^H^Az'Û*) est un alcaloïde très-répandu dans les plantes delà faanille des Strychnées, notamment dans les Sirychnos Nux vomica et
Str. Jgnaiii, dont on l'extrait, et hs Str. colubrina, Tieute toxifera, etc. C'est j
une substance blanche cristalline, inodore, d'une excessive amertume, bien |
qu'elle soit presque insoluble dans l'eau. Aussi les brasseurs de Londres j
ont-ils eu l'idée de l'employer frauduleusement à la dose de pour |
la fabrication de la bière. Elle est légèrement soluble dans l'alcool rectifié j
bouillant et dans l'étber, mais elle sa dissout aisément dans les acides éten- i
dus pour former des sels définis aussi amers et plus solubles qu'elle-même. j
Action physiologique. — Localement, la Strychnine, employée à fai- ,
ble dose, agit sans doute au moins comme les amers en général, si ce n'est i
comme stimulant spécial de la contractilité organique. Elle produit, en con- I
séquence, non pas directement, mais par action réflexe, un resserrement des |
capillaires sanguins et des fibres dartoï les, c'est-à-dire l'astriction des tissus i
avec pâleur et diminution de la chaleur et des phénomènes liés à l'hypé- \ rémie.
L'impression produite sur les surfaces tégumentaires, transmise par les j
nerfs eisodiques jusqu'aux centres de réflexion, peut déterminer secondaire- i ment une contraction plus énergique et plus étendue.
A dose plus forte, elle agit comme irritant, cause sur le derme mis à nu , par un vésicatoire une douleur cuisante et pongitive, et détermine une inflammation quelquefois suppurative.
Absorbée, puis séparée du sang par les émonctoires, la Strychnine exerce probablement une action générale analogue sur le réseau capillaire des glandes et des parenchymes, là où elle se trouve dégagée des entraves que l'albumine
du sérum impose à la plupart des substances agissant en vertu de leurs pro- i
priétés chimiques. 1
En petite quantité, de 1 à 5 milligrammes et jusqu'à 1 centigramme en plu- \ sieurs prises, elle est tonique et diurétique en ce double sens qu'elle excite j la sécrétion urinaire et provoque une excrétion plus fréquente. Mais, à forte | dose, depuis 1 jusqu'à 3 centigrammes, elle porte principalement son action sur le centre nerveux spinal (la moelle allongée, d'après Flourens; le S cervelet, d'après quelques-uns ; la moelle entière pour la plupart des phy- | Biologistes), dont elle augmente singulièrement la puissance excito-motrice. i Il en résulte premièrement un simple accroissement des mouvements dits i réflexes; puis, à un degré plus avancé, une violence excessive de ces mêmes j mouvements, soit spontanés, soit provoqués par un contact, une pression, une | sensation légère quelconque. C'est ce qui a fait admettre une exaltation de i sensibilité, tandis qu'il n'y a encore qu'une exagération des actions réflexes | par lesquelles se manifeste l'impression (Stannius). En e.'icitant la sensibilité, j et, par elle, des contractions convulsives, on s'assure du degré d'action de la \ Strychnine et l'on est en mesure d'arrêter à temps l'administration du médi- { cament.-
La maladresse, l'incertitude de la marche, dépendent précisément de ces I
roideurs instantanées provoquées à chaque mouvement par les sensations \
dont la contraction musculaire et le jeu des articulations sont les causes oc- \
STRYCHNINE
casionnelles. Les muscles du pharynx, du larynx, de l'œsophage et de la vessie, ceux des organes génitaux chez l'homme et chez la femme, sont influencés aussi bien que les muscles des membres. On a observé des érections opiniâtres diurnes et nocturnes et des phénomènes analogues dans le sexe féminin (Trousseau|et Pidoux). Enfin, on constate la permanence de la contraction musculaire, toujours prédominante dans les extenseurs du tronc et des membres (Martin-Magron, Gayrade), comme s'il existait une sousdivision du centre médullaire, dévolue spécialement aux muscles qui renversent le tronc et déploient les extrémités (Gubler). C'est un phénomène identique au tétanos morbide, et, comme dans celui-ci, la contracture des mâchoires ou trismus est l'un des phénomènes les plus saillants. La contraction de la pupille est également prononcée dans les deux cas. Dans le tétanos artificiel, de même que dans le spontané, l'intelligence demeure intacte jusqu'à la fin. Il est probable aussi que dans le strychnisme toxique, comme dans le tétanos proprement dit, le pouls prend de l'ampleur et de la fréquence, que la tension artérielle diminue, les capillaires se dilatent, et que la température s'élève, mais ces faits n'ont pas encore été l'objet d'une étude suffisante.
La Strychnine produit aussi du côté de la peau des sensations pénibles, comparées par les malades à des fourmillements ou bien à des décharges électriques. Ces douleurs rappellent donc celles de l'alaxie locomotrice.
Andral et Lallemand ont noté l'influence funeste que cet agent exerce sur les sujets affectés de ramollissement cérébral. Ces faits, de même que la stupeur et le vertige, observés par Bally, s'expliquent (Cl. Bernard, Bowman, Gubler) par l'hypérémie mécanique en rapport avec la rigidité des parois thoraciques, la gêne respiratoire et les phénomènes d'asphyxie, laquelle hypérémie se fait nécessairement sentir davantage dans la partie du cerveau affectée d'mflammation primitive ou secondaire. Magendie a remarqué que les eSets de la Strychnine ou plutôt de la Noix vomique étaient plus prononcés du côté paralysé. L'absence de l'influence volontaire, invoquée par Ségalas pour expliquer ce phénomène, ne peut entrer en ligne de compte que dans le slnjchnisme léger avec convulsions fugaces. Mais nous admettons, conformément k l'opinion de Marshall- Hall, que l'accroissement de l'irritabilité musculaire dans les lésions cérébrales contribue à rendre plus intenses les manifestations de l'irritation spinale dans le côté paralysé. D'ailleurs, la rigidité tétanique ne se borne pas aux muscles volontaires, elle atteint également ceux dont les contractions sont en partie soustraites à la volonté (muscles inspirateurs et expirateurs, muscles de la glotte et de l'appareil pharyngo-laryngc), et même les fibres motrices de la vie organique, ce qui détermine les accidents les plus graves, pouvant mettre prochainement la vie en péril. On observe, par exemple, la contracture invincible des muscles thoraciques et de ceux du larynx avec l'impossibilité de respirer, l'asphyxie et la moi t. Mais avant que la vie s'éteigne, les phénomènes à'excitalion sont Gubler, 2« édition. 47
" parfois remplac-'s pat' un- état de coUapsus avec résolution musculaire, incom- • patible non-seulement avec les mouvements volontaires faits dans un but clé- j terminé, mais encore avec l'attitude tonique du corps. I A l'autopsie on ne trouve que des 'lésions peu caractérisliques et insuffi- j
■ santés pour donner la clef des symptômes du strychnisme. Tout se borne k \ dé la congestion veineuse dans les viscères et surtout dans les poumons, j congestion passive en rapport avec les difficultés 'de la respiration et de la J circulation durant la période d'apnée convulsive. On observe aussi quelque- | fois un léger degré de ramollissement de l'encéphale et de la moelle, dû ; peut-être aux mêmes obstacles mécaniques.
Le mécanisme de l'action physiologique de la Strychnine est encore mal i défini ; mais il est permis de voir Yxmë des conditions de son affinité élective i pour le centre spinal et ses prolongements encéphaliques, dans une circon- : stance dont l'influence se fait également sentir dans d'autres intoxications, je | veux parler de l'élimination' du poison^effectuée probablemetit par le liquide i ■céphalo-rachidien, lequel, étant exempt d'albumine, restituerait à l'ai- j daloïde la liberté d'action qu'il avait momentanément perdue dans le sang (Gubler).
Lâ Strychnine' n'agit pasi avec une égale violence sur toutes les espèces •animales. D'une manière générale, elle est plus funeste aux animaux supérieurs qu'aux' invertébrés, mais il s'en faut de beaucoup que les premiers soient d'autant plus impressionnables qu'ils sont plus haut placés dans l'échelle zoologique. Suivant Rosenlhal, les lapins se laissent mourir dès •qu'ils sont imprégnés de' Nitrate' de Strychnine à raison' de 1 milligramme pour 500 grammes dé leur m'asse; taudis que les cochons' d'Inde, les moi- i neaux, les pigeons en' exigeut ile double, et qu'il en faut douze fois autant pour tuer les poules: Mais il y a plus, les singes paraissent jouir d'une complète immunité vis-à-vis de ce terrible poison. Théobald Ringer n'est pas parvenu à en empoisonner un eu lui donnant à plusieurs reprises 6 centi- i grammes de Strychnine, tandis que la même ' dose -suffit à faire périr un chien en quarante minutes. Ou a cité d'autres faits semblables.
De nombreuses expériences ont été entreprises eu vue de faire mieux connaître le- mode d'action de la Strychnine ; mais les physiologistes sont encore i très-divisés sur plusieurs points esseUtiels de la question. \ Ce qu'on sait bien, c'ést que les" centres nerveux encéphaliques, et par • | conséquent le cervelet, soiit épargnés par Talcalo'ide convulsivant, ou du; | moins que les symptômes du strychnisme apparaissent et se maintiennent. \ indépendamment de ces centres. Un animal décapité se tétanise sous l'action : | de lâ Strychnine tout comme s'il n'avait pas subi cette mutilation; donc tout i | se passe du côté de l'a moelle épinière et des expansions nerveuses périphé- • | riques, car le grand sympathique ne saurait être en cause quand il s'agit de ' troubles des mouvements volontaires. Mais le doute commence lorsqu'on: | cherche à préciser le lieu d'élection de l'action de la Strychnine parmi les ! différentes divisions' de l'appareil spinal et des nerfs qui en dépendent. En ^
STRyCHNINE. 739
effet, les convulsions toniques peuvent dépendre de trois conditions prochaines : la contracture musculaire protopathique, la sensibilité exquise des filets nerveux eisodiques qui mettent enjeu les aclions léflexes et Taccroissement démesuré de la force excilo-motrice.
Cl. Bernard coupe toutes les racines postérieures et n'obtient pas le tétanos ; il en épargne une seule et le tétanos se généralise. Il pousse l'intoxication à ses dernières limites et constate que, l'insensibilité étant abolie dans ses conducteurs, la moelle ne réagit plus, mais que les nerfs de mouvement continuent à transmettre leurs excitations. La conclusion est que la Strychnine produit le tétanos à la faveur d'une énorme exaltation de la sensibilité, et paralyse ultérieurement les nerfs sensitifs aussi bien que ceux du mouvement par excès d'action.
G-tte manière de voir du célèbre physiologiste n'a pas été acceptée de la j lupart des savants. Martin-Magron et Buisson, Vulpian et beaucoup d'autres observateurs ont vu persister la sensibilité, les nerfs exodiques conserver leur motricité et les muscles leur irritabilité. En conséquence, si le mouvement est aboli, c'est uniquement iparce que, comme dans l'empoisonnement par le Curare, la communication entre le muscle et les conducteurs nerveux est interceptée au niveau des plaques terminales.
D'ailleurs, à part ces picotements et ces trai:s douloureux que je serais tenté de considt'rer comme des sensations réflexes en rapport avec, ces énormes décharges qui se font par les neifs de mouvement dont l'ébranlement pourrait se communiquer aux -nerfs de sensibilité, à part ces sensations fugaces, il n'existe aucun signe d'hypereslhésie véritable, aucune modification douloureuse du tact. Et quand bien même cette hyperesthésie existerait, elleiserait insuffisante à. expliquer la violence, la généralité et la permanence des convulsions toniques. Au contraire, ces phénomènes sont faciles à comprendre du moment où l'on admet une réaction excessive du centre spinal dont la force excito-motrice s'esî énormément accrue. Telle est l'opinion de Van Deen,. Marshall-Hall, Brown-Séquard, Martin-Magron et Buisson, Vulpian, et de la grande majorité des physiologistes, .qui .admettent que la Strychnine concentre son action sur la substance grise de la moelle.
Une doctrine éclectique approcherait peut-être davantage de la vérité ; et je pense que si les expériences intéressantes de Cl. Bernard ne démontrent pas la prépondérance de l'altération des nerfs de sentiment, ni surtout leur interveijtion exclusive dans la production des phénomènes du strychnisme du moins elles nous font voir que cet appareil n'échappe pas à l'influence du ■ poison et qu'il pourrait avoir sa part d'influence dans la genèse des convul- -sions tétaniques. Pour ma part, je conçois l'accès de tétanos toxique comme le résultat d'une .succession d'actions et de réactions entre les différentes divisions de l'appareil sensitivo-moteur : véritable cercle vicieux dans lequel, en vertu d'une tension dynamique hypernormale, le nerf sensitif légèrement impressionné provoque trop vivement la moelle ; celle-ci réagit avec violence
sur l'appareil moteur qui répond énergiquement et d'où revient une nouvelle |
excitation centripète suivie d'une nouvelle décharge spinale, et ainsi de j
''uite. 1
La Strychnine, comme les principes analogues et la plupart des sub- |
stances étrangères à l'organisme, s'élimine en majeure partie avec la sécré- i
lion urinaire, \
Substances synergiques, auxiliaires, — Les autres alcaloïdes des poi- |
sons convulsivants : Brucine, Igazurine, Picrotoxine, et les plantes qui les j
fournissent : Strychnos, Goque-du-Levant, Upas-Antia'*, etc., sont les véri- ;
tables synergiques de la Strychnine. ;
Ses analogues et ses auxiliaires sont les hypercinétiques en général : Er- i
got, Digitale; l'électricité d'induction, sans parler des excitants qui provo- \
quent les accès convulsifs. !
D'un autre côté, les effets des amers sont semblables à ceux de la Strych- 1
nine affaiblis, et l'induction fait prévoir que des doses excessives des principes \
immédiats doués d'amertume arriveraient à produire les phénomènes carac- j téristiques de l'empoisonnement par les Strychnos.
Substances antagonistes incompatibles. — Antidotes, contre- <
POISONS. — Les incompatibles sont toutes les substances qui, comme la '\
Ciguë, l'Aconit, la Lobélie, le Tabac, l'Opium, la Belladone, l'Éther, le Chlo- i
roforme, les vomitifs et surtout l'émétique produisect une détente dans l'ac- \
tion excito-motrioe spirale, ou qui, comme le Curare, l'Inée ou Kombé Ar- \
roio-poison, le Tanguin, amènent le relâchement ou la paralysie des fibres j musculaires. Ce sont ces mêmes agents qui sont théoriquement désignés comme les meilleurs antidotes connus de la Strychnine.
D'après O'Shaughnessy, le Haschisch en serait l'antidote physiologique • par excellence. Mais on ne doit pas oublier qu'il n'y a jamais d'antidotisme I parfait en ce sens que jamais on n'a vu, pas même en ce qui concerne l'Atropine et l'Ésérine, deux poisons s'adresser exactement aux mêmes tissus, or- i ganes ou appareils pour y produire des effets directement contraires et par- i faitement équivalents, capables en un mot de se neutraliser complètement. i Les agents médicamenteux ou toxiques, antagonistes sur certains points, sont i synergiques sur d'autres ou bien exercent ailleurs et concurremment des ac- ] tions distinctes, aussi nuisibles les unes que les autres malgré leur diversité. < Tel est malheureusement le cas pour la généralité des substances énumérées I ci-dessus. Le Curare, vanté par Hariey et Vella, n'a rien donné entre les I mains de Pelikan et de Vulpian. Gallard n'a rien obtenu, non-seulement | du Camphre préconisé par Pritchard et Rochester, mais de l'Aconit employé | par Wookes et Hauson, de la Ciguë et de son alcaloïde, de l'Atropine et même \ de l'Opium qui avait donné un beau succès à Pusey (de Liverpool) . D'ailleurs, | l'Atropine est un antidote dont il faudrait d'autant plus se défier qu'elle agit ■ parfois dans le même sens que la Strychnine (Th. Fraser). D'un autre côté, ] l'unique fait de Stacy Hemenway ne donne pas grande valeur au Chanvre ' pdien ni celui de Giliespieà l'Hyorciamine impure; les expériences de Eben j
STRYCHNINE. 741
Watson sur les animaux et l'observation de Keyworlh sur l'homme no prouvent pas grand chose en faveur de la Fève d'épreuve dont l'antagonisme visà-vis de la Strychnine est fort restreint. (V. FÈVii; du Galabar ) Quant au Tabac et à la Nicotine, leur administration à l'intérieur serait nuisible ou même périlleuse, et malgré deux cas favorables de O'Reilly et de Ghsvers, je ne puis me joindre à Haughton pour le recommander. Restent les anesthésiques à l'actif desquels on apporte depuis quelque temps un assez grand nombre de cas heureux. Seulement, dans l'un de ces cas publié par la Gazelle médicale de Turin, l'action du Chloroforme a été combinée avec celle de l'Aconit. Dins les autres, on s'est borné aux inhalations aneslhésiques et l'on a pu conjurer de la sorte des accidents formidables résultant parfois de l'ingestion de doses énormes : vingt, quatre-vingt-dix et jusqu'à cent vingt centigrammes de Strychnine (Jervit, Dresbach, Part, Gobrecht, Hamilton, Atlee, etc.).
Les contre-poisons proprement dits sont, l'un physique : le charbon animal ; les autres chimiques : le tannin et les végétaux qui en renferment. Le Kermès, conseillé par Tnorel d'Avalion, n'agit évidemment qu'en qualité d'émétique. Mais l'iode et l'iodure de potassium ioiuré (Bouchardat, Donné], le Chlore liquide (Dumas, Bardet) en décomposant l'alcaloïie, pourraient encore rendre des services. Les corps gras et le lait n'auraient d'autre effat que de ralentir l'absorption.
En définitive, la Strychnine est à la fois le plus énergique des amers et le type parfait des poisons tétanisants.
Usages. — Sous une forme atténuée, la Strychnine pourrait servir aux mêmes usages que les amers en général. Mais c'est ordinairement la Noix VOMIQUE (V. ce mol) qu'où utilise dans ce but.
A plus forte dose, cet alcaloïde trouve son application toutes les fois qu'on a besoin de stimuler l'énergie médullaire et, par elle, la myotilité, comme dans les paralysies d'emblée asthéniques ou devenues telles, ou bien quand il faut obtenir une légère contracture pour se rendre maître de mouvements désordonnés, de ceux de la chorée, par exemple.
Les cas de la première catégorie sont très-nombreux et se rapportent au système musculaire de la vie de relation et à celui de la vie organique. Tantôt les paralysies sont, comme on dit tians matière, tantôt elles sont subordonnés à une lésion grossière ou du moins saisissable. Les paresses musculaires et les impotences motrices par défaut d'incitation, survenant chez des anémiques, des convalescents, des hystériques ; celles qui succèdent au rhumatisme musculaire ou nerveux, ou bien à des phlogoses à frUjore ; celles encore qui survivent à un foyer d'hémo.-rhagie cérébrale cicatrisé, à un ramollissement guéri et sont exemptes de tout phénomène d'excitation morbide; toutes ces paralysies peuvent être modifiées avantageusement par la Strychnine, à la condition d'agir avec beaucoup de prudence et de réserve. Où la circonspection la plus allenlive est surtout de rigueur, c'est lorsqu'il s agit de paralysies dues à une lésion organique des centres nerveux. C'est
aussi dans ces circonstances que les résultats sont le moins satisfaisants. Lallenaand a cité deux cas d'afleclions cérébrales dans le.squels la Noix vomique a déterminé des convulsions qui ont persisté jusqu'à la mort. Et si le ramollissement n'était pas arrêté, l'irritation artificielle ou médicamenteuse pourrait, on le conçoit, en activer les progrès.
Les paralysies locales du nerf circonflexe, du radial, du cubital, du sciatiqUB/ celles des muscles de l'œil et de la septième paire ont, plus souvent que d'autres, bénéficié de l'emploi de la Strychnine. Les bons résultats obtenus dans certains cas d'amaurose et mis sur le compte de la stimulation de la sensibilité rétinienne, pourraient être attribués avec autant de vraisemblance à l'accroissement de la tonicité des muscles accommodateurs, attendu que beaucoup d'amblyopies ne dépendent pas d'autre chose que de la perte de la faculté d'accommodation.
La Strychnine peut rendre des services dans l'amyostasie et les divers tremblements par intoxication métallique, ainsi que dana la paralysie agitante ou gesticulatoiTe ; mais ses' principaux succès ont-été obtenus dans la chorée.
Le docteur Gemma se loue beaucoup delà Strychnine pour combattre chez les pellagreux les troubles suivants : tintements auriculaires, céphalée, vertiges, gastralgie, douleurs lombaires, fourmillements, etc., qui forment un syndrome fréquent de l'intoxication par le Verderame. Homolle l'a prescrite contre l'emphysème en vue de stimuler la contractilité des fibres musculaires lisses de l'appareil respiratoire. El e peut contribuer au retour des fonctions dans la paralysie intestinale d'origine hystérique ou saturnine.
Mais en raison de sa puissance redoutable et de ses effets cumulatifs, la Strychnine doit être toujours introduite sous une forme aisément soluble, facilement absorbable, et les phénomènes physiologiques, de ce grand médicament demandent une ■surveillance attentive. On évitera donc l'alcaloïde libre et la forme pilulaire, donnant la préférence aux solutions salines. De plus, les doses seront fractionnées et administrées à intervalles de quelques heures suffisants pour qu'elles manifestent leur action, et que le médecin suspende à temps la médication, assez courts d'ailleurs pour que -les doses successives ajoutent leurs effets, au moins partiellem'ent.
Par extension, la Strychnine, si puissante pour éveiller l'action motiice, a été prescrite dans les paralysies des nerfs de sentiment. Les phénomènes hyperesthésiques observés à la suite du strychnisme intense rendent cette application plausible,, seulement les preuves de faits manquent encore,
La Strychnine a été conseillée contre la pyrosis et la gastralgie, mais ici son action favorable est indirecte. Si la dyspepsie atonique est le fond du mal, la Strychnine, en stimulant l'estomac et- régularisant' la digestion, prévient la pyrosis et la gastrodynie.
On a encore- recommandé la Strychnine contre la dyfenterie, le choiera, les borborygmes, le prolapsus du rectum, la colique des peintres, les vers intestifla-uxjles fièvres intermittentes, l'inconlinence nocturne d'urine, et sur-
tout contre la frigidité ou l'impuissance virile. Quelques-unes de ces applications sont ratioDJielles, la dernière particulièrement, les autres paraissent généralement peu jutifi'ies.
Modes d'administration et doses, — La Stry -Imine, à l'état de sel et plus souvent de sulfate, peut être introduite dans l'économie .par les mélhodes iatraleptique, endermique, hypodermique et p^u" l'ingestion dans le ca-, aal alimentaire.
Les doses.de Strychnine ordinairement prescrites varient de cinq à dix ou quinze milligrammes par jour, çn plusieurs fois. On en préparait des pilules^ une teinture alcoolique,, une pommade. Je reviendrai sur .ces, préparations à l'occasion du Sulfate de strychnine (Vj ce mot), çom binais on haiituelp». lement usitée à l'exclusion de l'alcaloïde.puri.
BBijCiyiE,.Brucina.
Angl. Brucia or Brucina. — Ali. Bnicin.
La Brucine (G?^H5«Az=0',H0) caractérise le même groupe de plantes que la Strychnine qu'elle accompagne toujours. Eileest fortement amère.
Les propriétés physiologiques de la Brucine, aussi tien que celles de Vlgasurine, sont semblables à celles de , la Strychnine, à l'intensité près. Il est difficile de, fixer le rapport proportionnel entre les puissances de ces trois alcaloïdes. Quant à la Brucine, Andral la dit six fois et même vingt-quatre fois moins active que la Strychnine pure. Cette différence, moins accusée selon d'autres observateurs, constituerait un avantage, ^ux yeux de. quelques praticiens, en ce qu'elle rendrait la Brucine plus maniable ; et Bricheteau lui donnait la préférence dans le traitement de l'hémiplégie. Ce dernier alcaloïde est d'ailleurs susceptible d-j recevoir toutes les applications énumérées ci-dessus à pr0p9s.de. .son, congénère.
Aj:ROpmE,Atropina.
Angl. Atropina. — AU. Atropin, Atwpium.
V Atropine (G'^H^^AzO") est le principal sinon le seul alcaloïde de la Belladone et des autres espèces du genre Alropa. Elle existe (J. Lefort) en plus forte proportion dans les fruits, les feuilles et surtout dans les graines que, dans les racines. Tandis que celles-ci n'en fournissent au plus que 0, 80 par kilogramme, les feuilles et les fruits .en donneraient plus de deux grammes et les semences jusqu'à 2,66 d'après Gunther. C'est une substance yolatile,r;, cristallisable, se combinant avec les acides, soluljle dans deux cents .parties d'eau froide, cinquante parties d'eau .chaude, vingt-cinq parties d'éther, et, dans une fois et demie son poids d'alcool. Les sels d'Atropine sont plus so- • lubies que l'alcaloïde libre.
Action physiologique.,— L'Atropine est inodore, d'une saveur amère désagréable, ave3 un arrière-goût métallique. Les eflets de cet alcaloïde, très-muUipUés et très-divers, changent aisément de sens suivant les doses' les périodes et les circonstances accessoires.- Ils ne va-ient. pas.,moins selon
les espèces animales bien que l'Atropine soit un poison pour la plupart j
d'entre elles. Cependant les escargots y sont à peu près insensibles; les lapins, i
les cochons d'Inde, les chèvres et les ruminants peuvent en manger impuné- i
irent aussi bien que du tabac, de la ciguë et des feuilles de Physostigma ve- !
nenosum. Mais ces derniers animaux ressentent l'influence de l'Atropine in- j
jectée dans les veines, et ce poison fait sentir toute sa puissance aux \
carnivores et surtout à l'homme. ■
Une solution diluée de Sulfate d'Atropine, portée sur la membrane inter- j
digitale ou le naésentère d'une grenouille détermine une constriction marquée j
des petites artères (Wharton -Jones), un retrait rapide des capillaires dont le j
calibre diminue de la moitié ou d'un tiers, ce qui donne lieu à une grande j accélération du courant sanguin (Meuriot, J. Harley). Chez les chiens, Brown- Séquard a constaté une diminution considérable des vaisseaux sanguins de la pie-mère médullaire, diminution qu'il attribue à l'excitation directe des
fibres musculaires lisses de ces canaux, tandis que Hayden et Meuriot met- j
tent le phénomène sur le compte d'une excitation réflexe. A son tour Th. j
Fraser reconnaît que l'Atropine fait contracter les artères et augmente légè- -
rement la tension. \
Quoi qu'il en soit, la contraction des vaisseaux artériels et veineux ainsi que I
celle des capillaires peut persister quelques heures à la suite de l'action |
topique, et la circulation revient progressivement à son état primitif, à moins l que la dose d'Atropine ne soit trop forte, auquel cas l'action tonique fait place à une paralysie vaso-motrice qui se produit aussi d'emblée avec des quantités massives agissant en vertu de leurs propriétés chimiques. Dans le cas d'une action diffusée l'aecéléralion circulatoire peut au contraire durer de 4k 6 heures (Meuriot). Appliquée solide en quantité notable sur les muqueuses ou la peau dénudée, l'Atropine cause une sensation de cuisson et de picotement assez vive, mais peu durable, et de la fluxion sanguine puis de
la stase veineuse, voire de petites extravasations sanguines (Meuriot). Intro- i
duite entre les paupières, elle occasionne, suivant la dose légère ou forte, une j
pâleur marquée mais transitoire (Gubler, Meuriot), ou bien immédiatement j
de l'irritation, delà rougeur de la conjonctive, du larmoiement, et bientôt I
après une dilatation pupillaire proportionnée à la masse du médicament dont j
une quantité infinitésimale (1/200,000" de grain) suffit d'ailleurs à provo- I
quer le phénomène. Cette mydriase est accompagnée de presbyopie, d'insen- |
sibilité de l'iris pour la lumière, d'amblyopie et parfois de diplopie. ;
Portée dans l'estomac, l'Atropine n'agit pas topiquement sur la muqueuse I
gastrique, comme elle fait sur la conjonctive, c'est-à-dire qu'elle ne l'irrite |
ni ne lafluxionne sensiblement. !
Absorbée par les premières voies muqueuses, oculaire, nasale, respira- |
toire, digestive, par la surface d'un vésicatoire ou par les aréoles du tissu i
cellulaire, l'Atropine détermine une série de symptômes dont les premiers a j
paraître et les plus constants sont la sécheresse de la bouche et de la gorge, !
ainsi que la soif, puis la dilatation de la pupille et les troubles concomitants |
de ia vision, sur lesquels j'aurai à m'expliquer. Dans une période plus avancée surviennent la difficulté de parler et d'avaler, par suite de l'aridité de la muqueuse, la perte du sens du goût (Gubler), l'engourJissement de la sensibilité de la face, l'amaurose pouvant aller jusqu'à la cécité absolue (Smith, Trousseau et Pidoux) ; la mydriase excessive avec disparition presque complète du lioibe de l'iris, qui demeure absolument inerte, quelles que soient les intensités variables de la lumière, Il existe en même temps de la céphalalgie, des vertiges, deséblouissements rarement de la photopsie (Gubler) ; un délire gai ou triste, caractérisé par une incontinence de gestes, de paroles, de rires ou par des hallucinations pénibles, des idées sombres, des passions dépressives ou mauvaises. Signalons aussi la diminution ou la suppression de la sécrétion bronchique, la dysurie, le météorisme et la constipation, quelquefois le priapisme, et plus rarement les convulsions (Murray, Sarlandière) , le somnambulisme (Sarlandière) ou l'insomnie (Trousseau et Pidoux, Gubler). J'ai vu, deux heures après l'injection sous-cutanée de plusieurs milligrammes de Sulfate d'Atropine, survenir des symptômes de paralysie du sentiment et du mouvement. Le malade ne pouvait plus boutonner ses habits, parce qu'il n'en avait pas la force et parce que ses mains avaient perdu la faculté de sentir.
Au début le pouls peut être' ralenti, serré et résistant, mais à cet état de la circulation succède un mouvement fébrile. Le pouls devient petit et fréquent, faible et irrégulier, ou bien accéléré et fort, et la peau chaude se couvre d'une éruption érythémateuse souvent très-intense et scarlatiûiforme- (Jolly, etc.) D'après Schrofi'; dont les observations sont en partie seulement confirmées par celles de Lichtenfels etFrôhlich,des doses petites et moyennes ralentissent régulièrement le pouls et abaissent proportionnellement la chaleur animale. De leur côté Duméril, Demarquay et Lecointe signalent avec les doses faibles, un accroissement de la température qui pourrait atteindre jusqu'à 4", et une diminution de 1" à 3" avec des doses fortes. Avec le ralentissement des battements du cœur, Schrofl' et Botkin ont encore constaté un abaissement momentané de la pression sanguine. L'augmentation de la sécrétion urinaire qui s'observe au début de l'action de l'Atropine et qui se maintient tout le temps que dure l'élimination (J. Harley) ne reconnaît donc pas le mécanisme de production de la diurèse qui suit l'ingestion de la digitale; elle est due plutôt à l'excitation de la glande rénale par l'alcaloïde qui la traverse. Selon le même observateur les urines, sous l'influence de l'Atropine seraient plus souvent alcalines qu'acides et déposent eu abondance du Tri-phosphate ammoniaco-magnésien et calcaire; l'urée est accrue ainsi que tous les principes solides hormis les chlorures.
En outre, chez quelques sujets certains symptômes prennent un développement insolite.
Dans les cas graves ou funestes, les conjonctives s'injectent de vaisseaux bleu;\tres, les yeux sont proéminents, le délire reste folâtre ou devient furieux. La mydriase augmentant par degrés finit par effacer presque complé-
tement le limbe de l'iris, qui s'immobilise dans cette rétraction forcée et n'obéit absolument plus, à l'excitation de la lumière. La vue se trouble, non pas seulement comme on l'a cru par l'éloignement du point de la vision distincte, mais encore par l'anesthésie rétinienne pouvant aller jusqu'à la cécité absolue. Parallèlement apparaissent les nausées, les vomissements, l'incertitude dans la station et la marche, les faiblesses, les syncopes, les battemenli de cœur tumultueux, la respiration courte, précipitée, irrégulière, slertoreuse, l'anéantissement des forces, la paralysie, le tremblement, rarement les convulsions, surtout celles de forme tétanique, enfin la stupeur, l'assoupissement, le coma et la mort; ou bien,. si l'organisme résiste, ce qui est le casiordinaire (Gigault, etc.] même après l'ingestion de 9 ou .13 milligrammes de poison (Roux, Béhier), 15 à 20 milligrammes (Gubler), le retour gradué et singulièrement rapide à la santé. L'Atropine n'en est pas moins avec l'A.-. conitine, la Nicotine et la Cicutine le plus violent , des alcaloïdes connus.
Tel est l'ensemble phénoménal. de l'empoisonnement belladonique, de ce que, pour abréger, nous appellerons Vatropisme, et dont, le tableau se jnodifie selon les cas par l'absence ou la prédominance relative de quelquesruns des effets habituels.
Revenons sur les principaux symptômes énumérés; ci-dessus, k commenoei* par le plus, remarquable de tous, la dilatalion pupiUaii'e. Elle varie en intensité et en durée suivant la masse médicamenteuse agissante. Une goutte d'une solulion.au millième suffit à produire un.efl'et sensible, seulement très-fugace. Si la solution iest au centième,, la dilatation, plus prononcée et plus durable, persiste quarante -huit heures et davantage. Enfin une dose forte détermine une mydriase énorme, telle que l'iris semble avoir disparu et n'est plus représenté que par une ligne circulaire très-étroite encadrée par la sclérotique,. Dans ce cas le phénomène peut. durer six ou huit jours et au-delà. On l'a même vu persister pendant trois ou quatre semaines. Moimême je suis , resté mydriatique penpant quinze jours, et j'ai eu l'occasion de, constater alors un phénomène que je n'ai trouvé nulle part, c'est une sensation d'oscillation ou de ballottement,, à chaque, secousse de la voiture, comme si les milieux de l'œil n'étaient plus soutenus ou comme si l'iris paralysé flottait mollement dans, l'humeur aqueuse. La mydriase peut être combattue par l'extrait de Fève de Galabar ou la solution de Sulfate d'Esérine dont, il faut ,i .à la vérité , des quantités considérables pour triompher momentanément . de l'action mydriatique incomparablement plus puissante que l'action contraire et qui ne . tarde pas à ramener la dilatation au degré autérieur.
La mydriase obtenue d'un, seul -côté par l'instillation, de; la solution, d'Atropine entre les paupières, s'accompagne d'un trouble singulier de la vision binoculaire : les objets menus paraissent environnés d'un contour effacé et vague,, ou bien, doubles et placés soit l'un à côté de l'autre, soit l'un audessus. de J'autre^ de .telle sorte qu'à la Jecture, par exemple, on voit deux lignes .pournud, ou bien que les lettres empiétant les unes sur les autres
s'imbriquent latéralement. Ces mêmes phénomènes peuvent se remarquer, mais îi un moindre degré, lorsque les deux yeux ont été touchés inégalement par le poison, soit que la quantité en ait varié à droite et à gauche, soit que, dans le cas d'intoxication générale, les deux organes visuels aient réagi différemment. Ils expriment sans doute un changement dans les courbures des milieux transparents de l'œil, capable de déplacer le foyer des rayons lumineux par rapport au plan de la rétine et de produire notamment ce résultat que, tandis que l'œil sain voit distinctement, l'œil affecté, devenu presbyteou hypermétrope, n'aperçoit les objets que confusément; d'où la perception de deux images superposées ou distancées, l'une vague, l'autre plus nette .Mais puisque l'œil mydriatiqne est en même temps presbyte, il est évident que l'altération fonctionnelle doit s'expliquer par l'asthénie motrice du cercle ciliaire et 'des muscles intrinsèques de l'œil aussi bien que par celle des fibres circulaires de l'iris. Avec l'Atropine les emmétropes deviennent simplement presbytes, les myopes et les hypermétropes peuvent en perdre complètement l'accommodation (Doaders).
Bien qu'il ait absorbé l'attention de presque tous les observateurs, le trouble de l'accommodation n'est pas seul. Il existe en même temps une diminution plus ou moins notable, parfois très-manifeste, de l'impressionnabilité de la rétine pour la lumière. Ljs objets paraissent enveloppés d'une vapeur blanche (Grandi) ou teintés de jaune, de rouge, de bleu, de vert (0. Gaubry), et leurs contours sont moins distinct-^. Cette anesthésie rétinienne constituant le plus souvent une -simple amblyopie confondue avec les effels de la difficulté d'accommodation, devient dans certains cas d'atropisme intense une amaurose pouvant aller jusqu'à la cécité absolue. L'œil peut être insensible (J. Harley) à la lumière la plus éclatante (Smith, Trousseau et Pidoux). Cet effet observé chez l'homme, a été ivu également chez les oiseaux par Flourens qui en a inféré que la belladone porte spécialement son action sur les tubercules quairijumeaux. Quand le phénomène est douteux, on peut le rendre manifeste en faisant regarder au travers d'un petit trou, et, mieux encore, en restituant momentanément aux globes oculaires leur faculté d'accommodation à l'aide de la fève du Calabar. (Gràfe, Gubler.) On s'assure alors que les objets restent moins lumineux, moins nets , et comme voilés malgré le retour de la pupille à ses dimensions moyennes et malgré le rapprochement normal du point de la - vision distincte.
A cet état du sens spécial se joint un trouble souvent fort obscur, mais cependant très-marqué chez certains sujets, des nerfs de sentiment proprement dits. La sensibilité tactile s'émousse plus ou moins, ce qui se traduite dans certaines descriptions par ces mots : engourdissement de la face.- Je n'ai pourtant jamais vu du côté de la peau ni de la conjonctive l'anesthésie complète qui ne pourrait d'ailleurs se montrer que dans les empoisonnements les plus graves.
Eu rendant plus obtuse la sensibilité générale de l'appareil visuel et
l'impressionnabilité de la rétine pour la lumière, l'alcaloïde de la belladoue met obstacle au jeu des actions réflexes. Il s'opposerait à la contraction de la pupille quand même les fibres circulaires de l'iris eussent conservé leur motricité intacte. Avant d'aller plus loin, cherchons à nous rendre un compte plus exact du l'ait capital de la mydriase et des autres phénomènes oculopupillaires.
Pour bien comprendre le mécanisme de la mydriase arlificielle, il faut préalablement se faire une juste idée des conditions physiologiques de l'expansion et de la rétraction de l'iris. Ce diaptiragme mobile est un plan musculaire formé de deux sortes de fibres, les unes circulaires, placées au voisinage de l'ouverture centrale, les autres rayonnantes; les premières servant à resserrer l'ouverture, les secondes h l'agrandir. Mais c'est en même temps un appareil vasculaire érectile et son limbe s'élargit, sa perforation centrale se rapetisse par le fait de la turgescence des capillaires sanguins.
L'excitant manifeste de la contraction pupillaire, c'est la lumière. Par contre, l'obscurité occasionne la dilatation de l'ouverture ou le rétrécissement |j du limbe de l'iris. Toutefois, la branche ophthalmique de la cinquième paire |i exerce aussi son influence sur les mouvements de l'iris dont les fibres circu- |] laires se contractent lorsqu'un nerf de senliment de la face est devenu im- |j pressionné. Les agents immédiats de ces changements sont les parois des :| capillaires ainsi que les rayons et les cercles contractiles de l'iris, mais C3S î agents sont eux-mêmes mis en jeu par des nerfs moteurs de la vie organique ,i et de la vie de relation, par des vaso-moteurs provenant du cordon sympa- j thique du cou et des moteurs proprement dits fournis par la troisième paire- | cérébrale. Le grand sympathique cervical détermine la dilatation de la pu- pille par son excès d'action, c'est-à-dire en effaçant le calibre des vaisseaux | sanguins, en faisant contracter les fibres radiées. Quand il est paralysé, il 1 amène le rétrécissement à la faveur de la turgescence de l'appareil érectile jj et du relâchement des fibres rayonnantes. li
Pour le nerf moteur-oculaire-commuu, c'est l'inverse qui a lieu. Quand il ! stimule l'iris par l'intermédiaire du ganglion ophthalmique et des nerfs ciliai- :| res, il fait contracter la pupille; lorsqu'au contraire il est paralysé, la pupille ;| s'élargit énormément. ^ |
En somme, la paralysie ou la section du grand sympathique cervical, l'ex- -! citation motrice partie de la troisième paire, l'action de la lumière et l'irrita- i tion du trijumeau font contracter la pupille. ;
D'un autre côté, l'excès d'actioa du vaso-moteur, la paralysie du moteur - ij oculaire commun, l'absence de la lumière et l'anesthésie du trifacial amè- -i
nent la mydriase. . |
Contraction et dilatation pupillaires sont nécessairement d'autant plus m- I tenses que leurs différentes causes sont elles-mêmes plus actives et qu elles se ■ ; j trouvent associées en plus grand nombre. ^ |
Ces notions physiologiques étant bien établies, cherchons mamtenant a..;
comprendre de quelle manière la belladone ou son alcaloïde peuvent agir pour produire la mydriase. Flourens localise l'action de la belladone sur les tubercules quadrijumeaux; Sobernheim, dans la moelle allongée. D'autres expliquent la dilatation pupillaire par l'excitation fonctionnelle des racines du grand sympathique fournies par le centre cilio-spinal de Budge. Elle serait d'après Harley, le résultat de l'influence d u médicament sur la racine de la branche ciliaire du trijumeau. Enfin, dans la doctrine formulée par Brown- Séquard avec toute l'autorité de son talent, elle doit trouver sa raison d'être dans l'anémie et la dépression des propriétés organiques de la moelle et des nerfs qui en émanent.
En définitive, quatre hypothèses se présentent : P l'atropine paralyse directement les fibres circulaires ou convulsé les fibres radiées; 3° l'atropine paralyse les nerfs ciliaires ou les centres successifs dont ils procèdent ; 3° elle galvanise les filets vaso-moteurs ou leurs origines centrales; 4° elle stupéfie les deux nerfs de sensibilité générale et de sensibilité spéciale : le trijumeau et la rétine. Il reste cependant à faire une cinquième supposition : c'est que l'alcaloïde agit de plusieurs manières à la fois. Cette dernière est la seule acceptable.
La paralysie des fibres circulaires et du muscle ciliaire, est mise hors de doute par la dilatation de la pupille, la perte de la faculté d'accommodation et la presbyopie. La stupéfaction de la branche ophthalmique me paraît suffisamment démoEtrée, et celle de la rétine est au-dessus de toute contestation, puisque la cécité est parfois complète et que l'obnubilation de la vue persiste malgré la restauration transitoire du pouvoir accommodateur par un agent myosique tel que l'ésérine. Reste à savoir si la paralysie motrice exprime l'attion directe du poison sur les fibres contractiles ou si elle dépend de la lésion des filets nerveux qui les animent, ou des centres d'innervation de ceux-ci ; ou bien encore si elle dérive par action réflexe de la torpeur des nerfs sensitifs de l'organe visuel.
S'il est bien démontré que l'atropine détermine une véritable amyosthénie de l'appareil accommodateur, d'un autre côté l'analyse physiologique n'a oas été poussée assez loin pour résoudre la seconde partie du problème : à savoir, si la paralysie porte sur les fibres musculaires ou sur leurs nerfs excitateurs; la question d'ailleurs est peu importante au fond. Un seul point demeure éclairci par la promptitude avec laquelle les applications topiques d'atropine à dose faible déterminent les phénomènes oculo-pupillaires et par la limitation du phénomène à l'œil impressionné, c'est que les centres nerveux céphalorachidiens sont étrangers au mécanisme de leur production. Tout au plus serait-il permis d'invoquer la stupeur du ganglion ophthalmique placé non loin de la surface d'absorption. Quant k l'influence indirecte des nerfs de sentiment à laquelle personne, que je sache, n'a songé, elle me paraît probable et je la crois réelle, seulement elle ne prend sans doute qu'une faible part à la production du phénomène.
Étant admise la diminution d'impressionnabilité de la rétine par la lu-
mière, la mjdriase en dérive par action réllexe aufsi bien que de l'amblyopie amaurolique reconnaissant toute autre origine.
A l'état physiologique, l'excitation tactile du globe oculaire transmise au ganglion oplithalmique et l'impression lumineuse de la rétine, communiquée au centre cérébral, sont répercutées de ces foyers d'innervation à travers les nerfs ciliaires ou le nerf moteur oculaire commun jusqu'à l'appareil accommodateur de l'œil, sous forme de contraction accrue ou de myosis. On conçoit doue que l'atropine, engourdissant h la fois les nerfs tactiles et la rétine, doit amener l'inverse, c'est-à-dire l'aplatissement de l'œil d'avant en arrière, la dilatation de la pupille et en somme la presbytie. Or, comme nous l'avons vu plus haut, l'anesthésie rétinienne, sans parler de c=lle du trijumeau, est constante à un degré quelconque non pas à la suite de l'instillation de quelques gouttes de collyre d'atropine dans l'œil, mais dans l'empoisonnement belladonique général et il faudra désormais une Lien grande préoccupation pour la confondre avec les résultats de la ipreshyopie^ car elle est manifeste 'dans l'atropisme intense, et dans les cas légers on la rend sensible à la faveur de l'action myosique de. la fève de Cakbar.
Daus mon opinion, les choses se passent de la manière suivante : l'alcaloïde stupéfie la réline-et'k: branche ophthalmique. de. la.cinquième paire; il en résulte par action réflexe tout à la fois le relâchement du muscle ciliaire, celui des fibres circulaires de l'iris et la contraction de ses fibres radiées, phénomènes contraires mais associés physiologtquement dans le même but: l'adaptation de l'œil à une lumière plus faible ou. à la rvisiondes objets plus éloignés. Cette théorie a reçu dans ces derniers temps des développements et un complément de preuves de la part du Dr, Giquel (Thèse, 1873) et de son maître G. Potain. Mais, je m'empresse de le reconnaître, ce n'est là qu'un facleur, et de moindre sans doute du pliéuomène de la.mydriase.
L'amblyopie atropique est généralement légère et la mydriase concomitante est extrême, tandis que dans i'amaurose avi»noée ou complète la dilatation pupillaire est relativement modérée. Il faut donc qu'un élément spécial vienne s'ajouter à l'anesthésie atropique de la^rétine pour augmenter la. rétraction de l'iris. Ce n'est pas l'intervention de la cinquième paire qui explique cette différence, mais bien celle du sympathique lequel met en jeu la contraction des vaisseaux et des fibres rayonnantes de l'iris^ M. Eernei (communication orale à la Société de thérapeutique, 1866). a vu d'introduction de la belladone entre les paupières accroître l'effacement dé l'iris chez un snjet amaurotique complètement privé de la vue, et M. Trasbot (communication à la Société de thérapeutique, 1867) ayant pratiqué la section préalable .du sympathique cervical d'un seul côté chez des chiens, n'a.:pu ensuite obtenir la mydriase atropique que du côté indemne. On «st donc conduit à admettre que la belladone et son alcaloïde btimulent la conlractiliié des fibres radiées de l'iris, en même temps qu'ils stupélient les autres muscles intrinsèques de
l'œil. ' ■ . .
Il paraît difficile de comprendre qu'un même. agent puisse an même ms-
tant produire sur des organes semblables des effets entièrement 'Contraires, à moins que ces effets ne se réalisent par l'intermédiaire d'autres organes dont la structure et les rôles sont différents. Or, les nerfs de l'iris ont deux origines essentiellement ' différentes. 'On peut donc admettre avec la plupart des physiologistes que l'alropine narcotise le moteur- oculaire commun et •• galvanise le grand-sympathique. La paralysie atropique 'du: nerf de la troi- ' sième paire est démontrée par les expériences de Cl. Bernard. On en trouve aussi la trace dans les observatioES cliniques, sous forme de diplopie, de strabisme, de prolapsus de la paupière supérieure (Réveillé-Parise Burton et Jackson, Andrew). Mais 'la surexcitation du grand- sympathique est moins certaine : il serait même permis de la révoquer 'en doute quand on voit dans le cours de l'atropisme toxique, une rougeur scailatiniforme à la place •"de la pâleur 'tégumentaire et du retrait vasculaire qui devraient exister. Je n'ajouterai pas qu'on n'a jamais vu l'électrisation du grand sympathique < cervical produire un effacement aussi complet du limbe de l'iris, attendu ■• qué l'expérience n'a pas, que je sache, été faite sur des animaux dont la troi- "sième paire 'était paralysée comme c'est évidemment le cas dans J'empoison- ■■■nement par la belladone.
Au résumé la mydriase atropique, favorisée par la stupeur légère de là ■ rétine et de 'la cinquième paire, «st due principalement à la paralysie des • Blets' moteurs de l'irio fournis par la troisième paire cérébrale et à l'activité "excessive des- filets' du grand-sympathique; «en d'autres -termes : à l'inertie des fibres circulaires dé l'iris et à la contraclure des fibres radiées.
L'effacement du limbe de l'iris est encore augmenté par le retrait des fibres élastiques' auxquelles j'alttribuais autrefois un rôle probablement exa- '•géré.
L'introduction de l'élément anesthésie dans la théorie de la mydriase me 'semble devoir jeter du jour sur d'autres phénomènes observés du côté dis "intestins et de l'appareil uro-génital à la suite de l'ingestion de l'atropine.- Si 'la belladone et l'atropine rendent réellement des services' dansila constipa- ■'tion atonique, en suscitant des décharges médullaires par; un mécanisme dont l'explication sera donnée plus loin, on peut admettre aussi qu'elle est "utile, par son action narcotique et hypocinétique, dans la .constipation qui s'accompagne de contracture de cerîaines régions de fibres circulaires du gros •intestin, mettant obstacle' au' cheminement régulier de matières.. Ces subs- "tances agissent de même sur les anses intestinales dans l'étranglement ou -plutôt dans l'engouement • herniaire, sur les fibres contractiles des bronches et du reste de l'appareil respiratoire dans l'accès d'asthme, c'est-à-dire len diminuant non-seulement la contractilité, mais aussi la senfeibilité et par elle les contractions réQexes. Bien d'autres :phénomènes morbides s'expliquent de 'la même façon. Quand l'atropine fait cesser l'incontinence nocturne d'urine ^'ou les pollutions, c'est en stupéfiant la muqueuse uréthro-vésioale et dimi- ••tiuant ainsi les actes réflexes' attachés à la mise en jeu"de 'la, sen8ibilité: de "cette muqueuse'. Seulement les "effets sont inverses de ceux 'qu'on :ob5erve du
côté de l'appareil visuel. Tandis que dans l'iris ce sont les fibres radiées qui se contractent elles circulaires qui se relâchent; du côté de la vessie au contraire ce sont les fibres du sphincter qui se maintiennent resserrées, et les fibres du réservoir qui cessent d'entrer spontanément en contraction. Ainsi le voulait la finalité de la fonction. A part cette difi'érence l'atropine se comporte vis-à-vis de l'appareil uro-génital comme avec les organes visuels mais avec une intensité plus grande. Elle engourdit la sensibilité de la muqueuse vésicale, par exemple, et diminue par \h les actes réflexes dont cette sensibilité est le point de départ, c'est-à-dire la contraction de la vessie et le relâchement simultané du sphincter, lesquels composent les phénomènes actifs de la miction. Les mêmes considérations s'appliquent à l'acte complexe de l'éjaculation.
L'interprétation des accidents cérébraux se rattache étroitement à celle des phénomènes oculo-pupillaires. A mon avis, des modifications circulatoires quelconques ne sauraient expliquer le déjire spécial de la belladone; il faut de toute nécessité le faire dépendre d'une action spéciale du poison sur les cellules nerveuses dans lesquelles il a pénétré, et cette action consiste, si je ne m'abuse, à susciter en elles une dépense désordonnée bientôt suivie d'adynamie. Seulement, les conditions d'anémie ou d'hypérémie favorisent le désordre et lui impriment, suivant le cas, certains caractères particuliers. Or, toutes les probabilités tirées de l'insomnie et de l'état de l'appareil visuel, de même que les raisons analogiques, sont en faveur de l'ischémie cérébrale pendant les premières périodes du délire atropique. Cette tonicité exagérée du vaso-moteur, qui se traduit par la contracture des fibres radiées et l'état exsangue de l'iris, ne peut manquer d'exister également du côté de l'encéphale et des méninges. Le retrait des vaisseaux de la pupille et la pâleur du fond de l'œil, qui est pour ainsi dire le miroir du cerveau, sont encore une preuve à l'appui de mon opinion. Cependant, quelques physiologistes sont persuadés du contraire, non qu'ils aient des faits à produire, mais parce qu'ils croient, avec Hammond, que l'insomnie suppose nécessairement la fluxion sanguine. J'ai soutenu antérieurement la doctrine contraire, admettant que le sommeil a pour double condition anatomique le repos des éléments nerveux et l'hypérémie statique indispensable à la restauration cérébrale, et je pense avoir réfuté victorieusement les arguments opposés. (V. Opium.) Il est donc superflu de revenir sur cette discussion, et je me hâte d'arriver à l'étude des formes si remarquables du délire atropique, délire éminemment fantastique, caractérisé par l'intensité et la persistance des hallucinations de la vue.
Je n'ai pas la prétentionde donner dèsmaintenant une théorie satisfaisante de ce phénomène, mais je tiens à poser un jalon sur la route où s'engagera plus tard la physiologie. Voici ce que j'ai eu l'occasion d'observer sur moimême, en 1871, dans le cours d'une aquo-capsulite (on devrait dire aquécapsulite) suraiguë, provoquée par l'action d'un courant d'air froid et que j'ai traitée, de ccncert avec mon ami Simon Duplay, par l'emploi topique de
l'atropine à haute dose. Lorsque la mydriase fut poussée à sa dernière limite et la douleur apaisée, m'élant avisé de regarder mon œil malade, à la faveur d'un demi-jour, je m'aperçus, une fois replongé dans l'obscurité et les yeux fermés, que l'image de mon œil injecté et comme sanglant persistait dans l'œil malade, et non dans l'autre, avec une netteté désolante. Il me répugnait d'admettre que ce fût un effet de mon imagination, car je ne sentais pas mon courage ébranlé et j'envisageais froidement les conséquences du mal. D'ailleurs le phénomène était unilatéral ; il se prolongea pendant une 'dizaine de minutes, et lorsqu'il eut cessé, aucun effort de mon esprit ne parvint à le faire renaître. En revanche, il se reproduisit toutes les fois que, sous le coup de l'atropisme local, j'ouvris les yeux pour me regarder devant un miroir.
Il me semble d'après cela que l'atropine possède l'étrange propriété de prolonger énormément la durée des vibrations lumineuses dans la rétine et' de maintenir pendant plusieurs minutes une sensation qui normalement est pour ainsi dire instantanée. En conséquence, je suis conduit à me demander si la fantasmagorie qui tourmente les sujets empoisonnés par la belladone ne serait pas le résultat de cette persistance des images et de leur superposition, et si les hallucinations alropiques ne devraient pas être considérées comme de simples illusions visuelles.
Les symptômes observés du côté des autres divisions du système nerveux ne sont pas plus directement soumis aux troubles de la circulation, quoique l'état des capillaires sanguins ne soit jamais indifférent dans la genèse d'un syndrome morbide. L'atropine, parvenue par intussusception dans la moelle ou dans les cordons nerveux, y produit une stupéfaction plus ou moins prononcée qui donne lieu dans les nerfs sensitifs à de l'analgésie (Meuriol) ou bien à un certain degré d'anesthésie ; et dans les nerfs moteurs à de la parésis, ou à de la paralysie véritable, comme pour la troisième paire.
Les choses ne sont plus aussi simples quand il s'agit du centre spinal. Les uns, avec Brown-Séquard, admettent une diminution du pouvoir réflexe; les autres s'efforcent d'établir que l'atropine augmente la force excito-motrice de la moelle (Blôbaum, Fiechner et Schneller, Meuriot). Ce qd^ paraît certain, c'est que, dans l'atropisme toxique, la moelle épinière répond vivement aux excitations périphériques, que la moindre impression sensitive provoque des mouvements réflexes généralisés et que des convulsions, souvent tétaniformes, traversent le cours de l'empoisonnement aigu ou chronique par la belladone ou son alcaloïde (J. Harley, Th. Fraser). Est-ce à dire pour cela que l'atropine accroît la puissance médullaire? Non, sans doute, mais elle facilite les décharges du centre spinal, auquel, par une action inverse de celle de la quinine, elle enlève la faculté de conserver sa force. En sorte qu'après des dépenses exagérées, l'épuisement ne tarde pas à survenir. Aussi ne voyons-nous dans les convulsions atropiques ni cette violence, ni cette permaneace qui caractérisent celles du strychnisme et du tétanos pathologique, et nous pouvons dire qu'elles sont à celles-ci ce que sont les contractions musculaires des hé- GuDLEH, 2" édition.
"5^ ALCALIS vjî:gétaux.
morrhagies mortelles par rapport aux convulsions d'origine inflammatoire, ou les contractions de l'ouverture du courant électrique comparées à celles du moment de l'application des électrodes. Ajx fond, les effets de l'atropine sur la moelle ne s'éloignent pas beaucoup de ceux de la stupéfaction ordinaire ; ils peuvent s'exprimer par les mots : énervaiion, asthénie, adynamie. Seulement, le phénomène qui se produit comme conséquence immédiate de l'action de l'alcaloïde sur l'axe rachidien est, à proprement dire, une excitation, puisqu'il consiste dans la mise en jeu d'une propriété organique. En définitive, ceux qui regardent l'atropine comme un stupéfiant de la moelle sont plus près de la vérité que ceux qui veulent en faire un corroborant et un tonique, sous la dénomination vague et fallacieuse d'excitant ou de stimulant.
Harley exprime une opinion peu diJîérente de la nôtre lorsque, comparant lé conflit de la belladone avec la corde spinale à celui de l'éponge de platine avec l'hydrogène, il fait consister le phénomène dans un accroissement de la combustion du tissu nerveux, dont le phosphore se retrouverait à l'état de phosphates terreux dans la sécrétion rénale. Cette théorie a. le mérite de la simplicité; seulement elle préjuge une question au moins controversable : à savoir, la nécessité de la combustion des tissus qui travaillent. Celte condition ne me paraît nullement indispensable, et je conçois un acte organique comme résultant de lamise en jeu d'une force latente dans les éléments histologiques dynamisés, lesquels se déchargent et changent d'état moléculaire sans brûler à chaque coup. Cependant les tissus vieiUissent d'autant plus vite qu'ils fonctionnent davantage et s'usent à la longue; alors seulement l'oxydation s'empare des résidus de leur dénutrition.
Ainsi l'Atropine ne favorise pas l'acquisition de la force excito-motrice , elle n'augmente pas la tension dynamique de la moelle, mais elle rend le mécanisme des actions réflexes plus facile à éclancher, et cela suffit pour faire apparaître un certain nombre de symptômes d'excitation, tels que des contractions péristaltiques exagérées de l'intestin ou des érections répétées, à l'occasion de la plus légère cause occasionnelle; ce qui n'empêche pas l' alcaloïde de laibelladbne d'être à la longue. un moyen d'affaiblir la contractilité des fibres lisses et de conduire finalement à l'anaphrodisie.
Les troubles de la circulation . sont engendrés par des conditions analogues combinées avec un certain degré d'action stimulante et non tonique sur le système nerveux ganglionnaire.; e.t; selon la prédominance de l'un ou de l'autre facteur la résultante subit une déviation dans le sens de la tension ou bien de la dépression vasculaire. C'est ce qui explique les assertions contradictoires des auteurs et l'incertitude qui régnait à ce sujet dans les meilleurs esprits et qui se reflète dans ce qui vient d'être dit sur le pouls et la pression artérielle dans le cours de l'atropisme; Une analyse plus approfondie des phénomènes nous permet maintenant d'établir les distinctions suivantes : Dans une première période, l'action tonique vaso-motrice d'une petite quantité d'atropine, diffusée dans l'organisme, suffit à ralentir la circulation et à
augmenter la tension dans une mesure qui ne peut être qu'indiquée par le sphygmographe et que l'hémomètre n'a pas encore évaluée avec précision, sans la participation du cœur. C'est ainsi que j'explique le ralentissement observé par Schroff, Lichtenfels, Frôlich, quelquefois par moi-même, et dont les tracés de A. Bordier donnent la démonstration visible en même temps que celle d'un accroissement de tension vasculaire.
Il y a cependant des cas où la tonicité plus grande du système artériel, manifestée par le degré de contraction des vaisseaux sanguins, coïncide avec une accélération marquée du pouls (Bezold, Blôbaum, Meuriot, J. Harley). On assiste alors, selon moi, à une période de transition dans laquelle les pneumogastriques, et le cœur par conséquent, commencent à être influencés, tandis que l'action stimulante sur le système nerveux vaso-moteur non épuisé maintient encore le retrait vasculaire actif. Mais ce n'est là, j'en conviens, qu'un phénomène peu considérable, en tout cas fugace, bientôt remplacé par un état inverse qui domine la scène et semble avoir absorbé l'attention des derniers expérimentateurs. Nous savons aujourd'hui par les expériences de Ch. Hunter, Von Gràfe, Eulenburg, Erlenmeyer et celles plus récentes de notre compatriote le docteur Meuriot, expériences dont j'ai vérifié l'exactitude, que le principal effet des hautes doses. d'Atropine, portées dans les veines ou le tissu cellulaire, consiste à produire, quelques minutes seulement après l'injection de I ou 2 milligrammes d'alcaloïde, une accélération subite du pouls qui peut monter de la moyenne physiologique à 80, 100, 120, 140 battements, et même plus haut, en même temps qu'il devient petit, dépressible et que la tension artérielle diminue. Un relâchement quelquefois général des capillaires accompagne cette précipitation des contractions cardiaques. Les muqueuses se montrent d'abord rouges, sèches et comme vernissées, tandis que la périphérie cutanée reste encore pâle, mais le derme lui-même s'injecte à la face, sur le cou, et même sur le tronc s'il y a des effets toxiques. Avec des doses moyennes, thérapeutiques, l'accélération des battements arlérielsne dure guère que six à huit heures. Elle peut persister un ou deux jours dans le cas d'empoisonnement.
A quoi lient ce phénomène : à l'excitation du muscle cardiaque ou des ganglions de Remak, ses centres automoteurs; à la stimulation de la moelle ou des filets sympathiques (nerfs accélérateurs de E. et M. Gyon ou bien encore à la paralysie de la paire vague qui est le nerf d'arrêt ou du moins le modérateur des mouvements cardiaques? La question reste indécise. Toutefois, la plupart des auteurs s'accordent pour la trancher en faveur de la suppression du pouvoir suspensif cohibent (inhibitory power)^ du pneumo-gastrique (Botkin, Bezold, Meuriot) et spécialement de ses expansions périphériques (Bezold). Mais il se pourrait que les autres circonstances ne fussent pas étrangères à la production du phénomène et que le trouble circulatoire a peut-être l'une de ses conditions causales dans cette incontinence du centre excito-moteur dont j'ai fait Tun des caractères de l'atropisme généralisé.
Dans les empoisonnements graves ou mortels, un nouveau ralentissement se montre comme conséquence de l'épuisement ou de l'asthénie de l'appareil circulatoire.
La respiration suit toutes les phases des troubles circulatoires et obéit directement ou d'une manière médiate aux inûuences qui gouvernent la circulation sanguine.
Les troubles sécrétoires observés pendant l'atropisme concordent généralement assez mal avec les modifications circulatoires que l'étude attentive des faits nous a permis de reconnaître. A la vérité, quelques appareils présentent un accroissement de sécrétion, mais la plupart sont frappés d'inertie, tandis que leur hypérémie semblerait exiger une exaltation fonctionnelle. Ainsi, les doses élevées donnent la sécheresse de la langue, de la bouche, de l'isthme guttural et du pharynx, la dyspepsie, la constipation, la dysurie, en même temps qu'elles dilatent le réseau capillaire sanguin. Et, pour compléter le paradoxe, la diurèse augmente au début, quand une faible action de l'alcaloïde n'a déterminé encore qu'une tonification du vaso-moteur et un certain degré d'oligaimie.
Ces résultats n'ont rien d'inexplicable : ils montrent seulement que les sécrétions ne sont pas de simpleg exosmoses soumises aux lois de la physique pure. Pour s'en rendre compte, les conditions hydrostatiques et les densités relatives des liquides intérieur et extérieur ne suffisent pas, il faut faire intervenir les propriétés organiques et notamment la sensibilité. Arm. Moreau a démontré que la muqueuse intestinale ne répond pas à la sollicitation d'un sel neutre quand elle a été préalablement stupéfiée par une solution d'opium : la narcose des surfaces asséchées par l'Atropine n'est pas moins puissante pour arrêter les sécrétions, nonobstant les conditions favorables de la circulation sanguine. C'est parce que l'Atropine à haute dose stupéfie la muqueuse de l'entrée des voies digestives et respiratoires, celle de l'appareil urinaire et de la glande mammaire, qu'elle est hypocrinique pour ces organes sécréteurs. Si d'autres échappent à cette conséquence, c'est parce qu'ils sont moins influencés ou parce que l'effet stupéfiant est contrarié par d'autres circonstances : l'action irritante topique quand il s'agit de la peau, cette même action combinée avec la présence d'une grande quantité de matériaux biliaires quand il s'agit du foie. Effectivement, J. Harley conclut de ses expériences que l'Atropine pousse à la diaphorèse et qu'elle est manifestement cholagogue.
L'aridité de la partie supérieure des premières voies engendre à son tour la soif et amène la difficulté d'avaler et de parler. Toutefois, cette dernière fonction peut être entravée aussi par la siccité du larynx, par la faiblesse musculaire et enfin par l'état désordonné des fonctions cérébrales.
A part les cas d'empoisonnement graves, la dysurie atropique consiste ordinairement dans la diminution ou la suppression de la sécrétion rénale; la paralysie ou la contracture n'y prennent qu'une part insignifiante. Aussi ce symptôme coïncide-t-il avec la viduité du réservoir urinaire démontrée par
la percussion de l'hypogastre et le cathétérisme. Mais, sous l'empire des doses toxiques, l'aspect des choses change complètement et l'on observe une rétention d'urine par atonie musculaire, tout à fait semblable à celle qui accompagne les maladies typhoïdes. J. Harley insiste beaucoup sur les preuves de celte paralysie vésicale, qui me paraît incontestable; seulement, je ne puis m'associer aux vues théoriques que ces faits suggèrent à l'habile expérimentateur. Harley commence par admettre que les fibres circulaires de la vessie sont seules paralysées, à l'exclusion des fibres longitudinales, et qu'il faut attribuer à une circonstance semblable les effets antispasmodiques et expulsifs de l'Atropine, sur les viscères creux en général. Eu relâchant les fibres circulaires, et contractant les fibres longitudinales, cette substance favoriserait l'expulsion des calculs rénaux et biliaires, aussi bien que des concrétions intestinales. De plus, cette indépendance fonctionnelle porte notre savant confrère à supposer que les deux ordres de fibres contractiles doivent être animés par des nerfs d'origine différente et que, puisque les fibres circulaires sont placées sous la dépendance de la Corde spinale, les autres doivent être innervées par le grand sympathique.
P] usieurs objections s'élèvent contre cette manière devoir. Premièrement toutes les fibres circulaires ne sont pas frappées de paralysie, car si le sphincter était relâché, les urines, loin de s'accumuler dans le réservoir, s'écouleraient incessamment. Ensuite, rien ne prouve l'intervention active et isolée des fibres longitudinales pour vider la vessie, pendant que la sonde est introduite, l'élasticité suffit à la tâche. . . '
Quant à l'exanthème erythémateux ou scarlatiniforme (scarlatinous rasli), il est probablement dû en partie au passage de l'alcaloïde, qui est volatil, par les émonctoires cutanés, et à l'irritation qui en est la conséquence. Cependant, on doit lui attribuer encore une autre origine, ainsi que nous le verrons tout à l'heure.
Les symptômes de l'Atropine n'ont pas toujours été interprétés comme nous venons de le faire d'après les travaux les plus récents. A l'époque où nous pensions que la tonification du vaso-moteur et l'oligaimie étaient le le fond, l'essence même de l'affection artificielle, on expliquait les phénomènes contraires, successivement observés, à l'aide des effets directs et spéciaux autrement dit des effets positifs de l'Atropine, ainsi que des conséquences indirectes, secondaires, en d'autres termes des effets négatifs de cet alcaloïde. Ces deux ordres de phénomènes, envisagés dans la série des agents toxiques ou médicamenteux, sont généralement inverses, ainsi que l'expriment les mots action et réaction appliqués aux effets immédiats et consécutifs des causes pathogéniques ou de quelques moyens de traitement tels que l'hydrothérapie.
L'action de l'eau froide peut donner une bonne idée de cette double séné de phénomènes. Au moment de l'application, on obtient le retrait des capillaires, la contraction du tissu dartoïde de la peau et la chair-de-poule, la pâleur et la réfrigération de la périphérie cutanée, le frissonnement de tout
le corps, l'augmentation de la tension vasculaire par contraction des parois du système sanguin, avec sensation de constriclion, de gêne respiratoire. Voilà les effets positifs du froid. Puis, cette première impression passée, la peau rougit, le corps s'échauffe, les artères battent plus largement, et l'on éprouve un sentiment de délente et de bien-être. Tout ceci n'est plus qu'un effet détourné de l'application de l'eau froide, c'en est l'effet négatif.
Or, il se passe quelque chose (d'analogue pour la Belladone et l'Atropine, et j'ai pu m'exprimer ainsi en 1868 : « Directement, l'alcaloïde stimule le vaso-moteur en stupéfie le système cérébro-spinal, fait pâlir les tissus, tarit les sécrétions, occasionne la paresse, musculaire, donne le délire et les convulsions anémiques ou asthéniques. Mais quand le poison est détruit ou éliminé, la réaction de l'économie se dessine. Le grand sympathique épuisé se relâche et le sang revient dans les capillaires, les sécrétions recommencent. Bientôt la normale :est dépassée, la chaleur s'exalte, des congestions sanguines se déterminent vers le cerveau et les autres viscères, le pouls se développe, le cœur précipite et renforce ses mouvements. Dès lors, le délire revêt le caractère irritatif ou slhénique, la respiration devient oppressée, il survient de la phlogose intestinale annoncée par les épreintes (Gaultier de ûlaubry), par de l'exhalation sanguine (Sage) ; on observe de fréquentes émissions d'urine, des sueurs abondantes, l'irritabilité génitale et des érections fatigantes (Kôstler). Les éruptions cutanées mentionnées précédemment pourraient bien être en partie un phénomène du même ordre, déterminé par la paralysie vaso-motrice secondaire et dépassant les limites d'une réaction modérée et contenue. Sur le tégument interne la phlogose se traduirait par de l'érythème et des érosions aphtheuses. (Sage, Munniks.) Les symptômes réactionnels, confondus jusqu'ici avec les effets spéciaux de l'Atropine, sont d'autant plus prononcés que l'action pharmaco-dynamique de cette substance a été plus soudaine, plus instantanée et plus violente. Ils sont peu marqués, au contraire, ou presque nuls à la suite de l'ingestion de petites dofes longtemps répétées, n'ayant introduit qu'un trouble peu profond et auquel l'organisme a pu s'habituer. » Aujourd'hui ces phénomènes de stimulation rentrent dans les effets directs des hautes doses; il ne reste plus de place pour les effets réactionnels à l'occasion desquels .je fais cependant quelques réserves.
Voies d'élimination. L'Atropine est éliminée sans doute par les principales sécrétions, Runge et Letheby l'ont retrouvée dans l'urine. Nous avons tout lieu de croire qu'elle passe dans la sueur, ainsi que les substances volatiles, et que l'exanthème scarlatiniforme est dû en partie à l'irritation des glandes sudoripares et de leurs conduits excréteurs par ce principe hétérogène. Cependant ïïarley pense que les reins sont l'unique voie ouverte à cet alcaloïde qui les traverse aisément, alors même qu'ils ont subi la dégénérescence graisseuse ou granuleuse.
Marche de l'alropisme. Il y aurait quelques considérations intéressantes à
développer sur la marche et les périodes de l'atropisme, mais les éléments de ce travail sont encore insuffisants.
Appliquée sur l'œil, l'Atropine agit d'une manière presque instantanée en raison de l'organisation de la cornée transparente qui, se nourrissant parimbibilion du dèhors, est extrêmement perméable aux substances dissoutes, et permet en quelques secondes l'endosmose d'une partie de l'agent mydriatique. L£i dilatation pupillaire, apparente au bout d'une demi-minute, continue de s'accroître pendant plusieurs minutes encore jusqu'à la limite fixée d'avance par la dose et la prédisposition organique; puis elle demeure stationnaire, selon le cas, pendant quelques heures, ou quelques jours, pour diminuer ensuite et disparaître au bout d'un temps plus ou moins long, dont le maximum a pu être de plusieurs semaines. Mais ce dernier terme n'a dû être atteint qu'à la suite d'instillations répétées de collyres très-concentrés, ou bien dans un cas d'empoisonnement général grave. L'action diffusée consécutive k l'absorption par le tissu cellulaire ou les muqueuses se fait attendre davantage ; ce n'est guère qu'au bout de quinze à vingt ou trente minutes qu'elle commence à se faire sentir quand la dose est forte, les effets étant plus lents lorsque le poison est ingéré en minime proportion. Puis elle augmente dans la demi-heure ou l'heure suivante, arrive à son paroxysme au boul de deux heures environ, se maintient stationnaire pendant un laps de temps égal ou double, et déchue ensuite pour s'effacer complètement dans l'espace de douze à quinze heures. Un calme incroyable succède alors au plus violent désordre; le sujet s'endort, et le lendemain il a recouvré toutes les apparences de la santé antérieure, à cela près d'un reste d'accélération du pouls, d'une sécheresse de gorge, d'une soif et d'une dilatation pupillaire qui ne s'effacent qu'à la longue. J'ai vu disparaître avec cette rapidité les accidents d'un empoisonnement par une dose de 15 à 20 milligrammes de sulfate d'Atropine. Bien que la rapidité d'évolution caractérise les empoisonnements par les substances narcotiques ou stupéfiantes non corrosives, ainsi que par celles qui sont destructibles dans l'économie telles que les matières organiques oxydables, il n'en est pas moins vrai que la fugacité des symptômes de la belladone est tout à fait exceptionnelle et doit trouver sa cause dans une destruc» tion et une élimination plus rapide de cet agent toxique.
La même précipitation s'observe d'ailleurs quand l'issue doit être funeste, en sorte que la prolongation des accidents toxiques les plus graves est déjà un symptôme favorable, en ce sens que si elle trahit l'opiniâtreté de la lutte, elle indique aussi la vigueur de la résistance, et doit faire présager le succès. Des rémissions dans les symptômes toxiques et notamment dans le coma, des altemations de délire et de stupeur sont déjà une preuve que le danger s'éloigne (Andrew, Kerst, Sauter.)-
Par leur fugacité même les phénomènes de l'atropisme échappent en partie à la loi de V accumulation d'action qui régit tous les agents pharmacodynamiques. Il suffit de mettre environ douze heures de distance entre deux doses, efficaces mais légères de 1/4 de milligramme par exemple, pour ne
ALCALIS VÉGÉTAUX, donner lieu qu'aux effets généraux inhérents à une seule Ce n'est cu'au caa^ ou la masse de substance active introduite dans 1'éconon.ie serahL for pour que sa destruction ou son élimination eussent le .empsTe e Irodu e
8 ajouter à une fraction encore persistante de ceux de la première lité deTar^'^/'' ,o.e. n'est pas plus à craindre en raison de la solubi- • 8 ines d ntî' ^^«-«'id^^ ^e l'estomac, et de celle de ses combinaisons ^
saimes dans 1 eau de nos humeurs.
Anatomie pathologique. Les lésions observées après la mort chez les sujets empoisonnés par la belladone ou son alcaloïde sont peu prononcées et n'ont rien de caractéristique.. Tout se borne à quelques ulcérations ou à quelques taches sphacehques de l'estomac (Faber), à un état de fluidité du sang et à queJques autres altérations sans signification prononcée. Cependant Flourens assure que la belladone exerce une action spéciale sur les tubercules quadrijumeaux, et qu'on observe une tache rouge à l'endroit correspondant du crâne, par suite de l'infiltration du diploé.
Les observations plus modernes ne sont pas faites pour jeter beaucoup de jour sur les effets anatomiques du poison de la belladone. On a trouvé une hyperemie considérable des enveloppes cérébro-rachidiennes et de la substance corticale du cerveau, chez un lapin (Schroff), de la rétine (Lemaltre) des ganglions abdominaux du grand sympathique (Duméril, Demarquay et Leccnte), ce qui s'accorde avec la congestion des muqueuses et des organes parenchymateux notée par les médecins légistes en même temps que l'écume bronchique et la sécheresse de l'entonnoir rharyngé. Mais ces résultats ont besoin d'être interprétés, et nous inclinons à croire qu'il s'agissait d'une injection passive des capillaires veineux et non d'une fluxion active.
Substances syneegiques, auxiliaires. Sans parler de la belladonine et de la pseudotoxine, la mandragore, lajusquiame, le datura, le tabac, et généralement les solanées vireuses, appartenant au même groupe naturel que la belladone, j ouissent de propriétés pharmaco-dynamiques semblables. Leurs alcaloïdes sont les analogues de l'atropine qu'ils peuvent suppléer en pariie dans ses effets thérapeutiques. Comme elle la nicotine, la datuiineet l'hyosciamine sont des stupéfiants mydriatiques et trouvent l'indication de "leur emploi dans les circonstances qui seront spécifiées plus loin.
Outre ces substances, à proprement dire synergiques et constituant de véritables succédanés, l'atropine rencontre des auxiliaires dans plusieurs groupes d'agents médicamenteux, en tête desquels il convient de placer les narcotiques et les anesthésiques. L'acide cyanhydrique et l'essence d'amandes amères, la lobélie agissent un peu dans le même sens pour calmer ou stupéfier le système nerveux. L'opium lui-même, bien qu'il atteigne ce but par d'autres voies, ajoute son action stupéfiante à celle de la belladone.
D'un autre côté l'ergot de seigle seconde l'action tonique des petites doses d'atropine sur les capillaires sanguins et contribue avec elle à réduire les byperémies morbides. Les effets sédatifs de la quinine, de l'arsenic et du
bromure de potassium pourraient dans certaines circonstances se combiner avantageusement avec ceux du principe actif de ia belladone.
Substances antagonistes, incompatibles. Antidotes, Contre-poisons. L'action tonique vaso-motrice des petites quantités est empêchée par les stimulants diffusibles.
Pour l'action paralysante cardio-vasculaire des hautes doses, l'Atropine trouve de véritables antagonistes dans la digitaline, l'ergotine et peut-être la strychnine. A certains égards le café, le thé, l'alcool et les stimulants diffusibles seraient supérieurs à tous les autres agents dans les degrés avancés l'empoisonnement par les préparations de belladone. Quant aux effets de l'atropine sur la moelle, ils seraient efficacement combattus par le sulfate de quinine dont l'action, d'après ma manière de voir, est complètement opposée à celle du principe actif de la belladone. Il serait avantageux d'associer plusieurs de ces antidotes afin de les fortifier l'un par l'autre et d'en assurer le succès.
Les principaux antagonistes de l'atropine sont, outre les substances indiquées précédemment, la muscarine, la physostigmine et l'opium. Nous n'y joignons pas l'acide prussique malgré les assertions de Preyer et celles de Schœiedeberg qui soutiennent que ce poison paralyse le cœur en excitant les nerfs vagues tandis que l'alcaloïde de la belladone fait l'inverse.
La muscarine ou principe actif de VAgaricus muscarius, appartenant au nouveau genre Amanite, aurait, d'après Schmiedeberg et Koppe, la propriété d'augmenter l'action des pneumo-gastriques, et pâr conséquent de ralentir les mouvements du cœur, en même temps que de modérer les phénomènes d'hématose. A ce titre elle serait en opposition avec l'atropine à doses élevées ou toxiques; mais ces assertions ne reposent pas encore sur une base expérimentale suffisante.
L'antagonisme et même l'antidotisme réciproque de l'Atropine et de l'ésérme sont plus près d'une démonstration scientifique (voy. p. 140) grâces à quelques travaux modernes et surtout aux belles recherches de ThomasFraser. Mais, ici encore, l'opposition dynarnique est limitée ainsi que je l'ai fait voir à propos de l'ésérine, et les réserves que j'ai faites alors sont maintenant fortifiées par les résultats contradictoires obtenus par Martin-Damourette sur les oiseaux. L'habile expérimentateur établit que la dose non toxique maxima d'atropine et d'ésérine simultanément injectée tue invariablement, ce qui prouve que les effets nocifs des deux alcaloïdes s'ajoutent," au moins partiellement et que les actions antagonistes sont impuissantes à conjurer le dénouement fatal. L'illusion de ceux, en grand nombre, qui croient le contraire provient des nombreuses coïncidences simulant des succès et qui trouvent leur explication dans la résistance naturelle de l'organisme accrue quelquefois par une habitude vicieuse, comme j'en ai des exemples. Rien n'est moins sûr que le suicide par l'opium ou par la belladone; et la recouvrance spontanée serait la règle si les choses étaient habituellement laissées à leur cours naturel.
Les myosiques et, par dessus tous, la love du Galabar, s'opposent à l'action mydrialique de l'alropine. L'opium qui possède la double qualité de resserrer la pupille, et de congestionner les réseaux capillaires sanguins, passe pour l'agent diamétralement contraire, pour l'antagoniste par excellence de la belladone et de son principe actif. Il y a cependant quelques réserves à faire sur ce point. D'abord l'action myosique de l'opium est incomparablement plus faible que l'action mydriatiquede l'atropine; ce serait donc en vain qu'on essayerait d'empêcher celle-ci par l'administration des préparations opiacées ou des principaux alcaloïdes du pavot. Pour neutraliser la mydriase causée par une dose insignifiante d'atropine, il faudrait des quantités massives et dangereuses de morphine. Ensuite, rien ne prouve que les principes actifs de l'opium et celui da la belladone portent également leur influence sur les mêmes divisions du système nerveux ou sur les mêmes appareils organiques. A la vérité, ti nous considérons le grand sympathique nous voyons que l'atropine le stimule et que la morphine le paralyse, la première amenant la rétraction des vaisseaux, et la seconde leur expansion; mais ces effets ne se montrent pas au même degré dans tout l'organisme, et les variations d'intensité des u;js et des autres, selon les organes, les tissus et les conditions diverses du phénomène ne suivent pas nécessairement les mêmes courbes croissantes et décroissantes; l'action de la morphine pouvant atteindre son maximum dans un point de l'économie en même temps que celle de l'atropine serait à. son apogée dans un autre.
En fait, et toute spéculation théorique mise à part, les effets sédatifs de l'opium et de la belladone se superposent ou se complètent souvent, et les doses toxiques de l'un ne parviennent pas toujours, tant s'en faut, à neutraliser les symplômes dominants de l'autre. L'expérience prouvent journellement que les préparations de belladone et d'opium peuvent être associées avec avantage pour engourdir la^douleur ; elle nous montre aussi quelquefois l'impuissance réciproque de ces agents héroïques en face des désordres occasionnés par l'un d'eux. Et, si l'administration de la belladone n'a pas empêché la .mort d'un sujet empoisonné par l'opium, cela n'a pas dépendu comme on pourrait le croire, de ce qu'on n'avait pas , administré Véquivalmt pharmaco- dynamique nécessàire à la neutralisation du poison, mais de ce que les actions opposées des deux agents ne se font pas équilibre partout, celui-ci portant son principal effort sur un point, celui-là sur .un autre et les résultats définitifs s'ajoutant en partie au lieu de s'annuler comme feraient deux quantités égales, précédées. de signes de nom contraire.
Des expériences pratiquées sur les animaux par le docteur Bois (d'Aurillac) et le docteur Camus confirment les inductions tirées de l'observation clinique. Il est k regretter que plusieurs ayant été exécutées sur des lapins, espèce peu favorable à l'expérimentation des poisons végétaux, ne présentent pas toutes les garanties de certitude. Mais les expériences pratiquées sur lui-même avec le plus grand soin par le docteur A. Denis ne laissent rien à désirer, non plus que celles de John Harley sur les animaux. (V. p.
268) et démontrent péremptoirement que l'atropine et la morphine bien que partiellement antagonistes, ne peuvent se servir réciproquement d'antidotes. Ainsi, tout en tenant compte de l'opposition virtuelle qui existe à certains égards entre la morphine et l'Atropine, et dont la réalité, entrevue parGazin, Gorri^an, Giacomini et Graves, se trouve établie par les travaux d'Anderson, de Bell et de Béhier, auxquels il faut joindre ceux de Claude Bernard, L. Blondeau, Dodeuil, Gamus, Gonstantin Paul, etc. De l'ensemble des faits, il m'est impossible de partager les espérances et d'adopt er les conseils pratiques formulés à cet égard par quelques-uns de mes confrères.
Quant à leur incompatibilité cùmme agents d'un même traitement, elle n'existe que pour un petit nombre de cas particuliers etnullement pour l!ensemble de la médication stupéfiante et narcotique. Ainsi l'association de la morphine et de l'atropine serait irrationnelle et devra être évitée, si l'on veut obtenir uniquement ou spécialement la dilatation pupillair e, ou bien si l'on demande à ce dernier alcaloïde la série intégrale de ses effets physiologi ques; mais elle redeviendra légitime, dès qu'il s'agira de calmer les douleurs et de procurer le sommeil, au moyen d'une combinaison d'actions narcotiques et stupéfiantes qui ne laissent intacte aucune division du système nerveux.
Les contre-poisons chimiques de l'atropine sont ceux des alcaloïdes en gé-néral, spécialement le tannin et les substances qui en renferment, telles que le thé, le café, etc. Il faut y joindre l'iodure ioduré de potassium ou simplement l'eau iodurée.
Usages.— La plupart des usages de l'Alropine dérivent logiquement de ses effets physiologiques connus ; quelques autres sont purement empiriques- 1° Gomme mydriatique VAtropne sert à favoriser l'exploration de l'œil à l'aide de l'ophthalmoscope, ou les opérations chirurgicales qu'on pratique sur cet organe, particulièrement celle de la cataracte, soit par abaissement, soit par extraction. Elle contribue à rendre la vision plus claire chez les sujets affectés de myosis accidentel ou habituel, c'est-à-dire d'une étroitesse exagérée de la pupille, l'une des causes de l'héméralopie, maladie singulière qu'il serait plus exact de nommer anyctaloipie. Par le même procédé elle contrarie la formation, ou elle détermine la rupture des adhérences de l'iris avec les parties environnantes : synéchies, synizésis (Himly, Tonnelle, A. Bérard, etc.); elle s'oppose à la hernie, au prolapsus de cstte membrane à travers une perforation de la cornée : myocéphalon. Enfin l'Atropine instillée dans les yeux, en même temps qu'elle amène la dilatation pu pillaire, est utile pour diminuer l'éréthisme vasculaire de l'appareil iridien, et pour calmer les douleurs intolérables du spasme permanent des muscles accommodateurs dans les inflammations du globe -oculaire.
Pour modérer l'asthénopie rétinienne, ou par irritabilité excessive de la tétine, l'atropine agit un peu sur la sensibilité de la membrane nerveuse et beaucoup sur les contractions spasmodiques des fibres musculaires.
2» L'action hypercrinique de l'alcaloïde de la belladone est trop aléatoire pour être recherchée par les praticiens. Jamais il ne deviendra un diurétique fisuel, quoiqu'il excite manifestement la sécrétion rénale dans des conditions déterminées mais qu'on ne peut ni réaliser toujours ni maintenir à son gré.
3° Par la faculté qu'elle possède de réduire ou de supprimer les sécrétions, l'Atropine peut rendre des services dans les flux de salive et d'urine, dans la diarrhée catarrhale et la bronchorrhée. Je l'ai employée dans tous ces cas avec succès, mais on ne réussit qu'à condition de pousser les doses assez haut pour obtenir des effets physiologiques intenses. C'est un moyen d'atténuer )es pertes éprouvées par ceux qu'épuise une entérorrhée ou un flux muqueux bronchique ; c'est au même litre un remède de la polyurie, ainsi qu'un palliatif de l'incontinence nocturne d'urine. Dans ce dernier cas, l'action de l'Atropine est double : cette substance agit comme stupéfiant de la sensibilité, et, secondairement, des actions réflexes, en même temps que comme modérateur de la sécrétion ou comme hypocrinique. La vessie moins pleine est, toutes choses égales, moins sollicitée à l'exonération. Antérieurement à I mes essais, Espenbeck avait employé la Belladone contre la salivation profuse d'origine mercurielle, et Després avait obtenu un succès dans la diarrhée cholérique.
'k° Le pouvoir que nous avons attribué à l'Atropine de solliciter l'action pliysiologique du système nerveux et particuHèrement de provoquer des^ décharges médullaires, en un mot son action excitante sur le centre spinal fournit le moyen de réveiller la contractilité allanguie dans certains appareils et notamment dans le canal digestif. Telle est du moins l'une des interprétations plausibles des effets un peu paradoxaux de la belladone dans la constipation atonique. ^
5° En qualité de relâchant musculaire ou à' hypo cinétique, l'Atropiné* peut servir, de même que la Belladone, à vaincre les résistances offertes i 1° à l'accouchement, ou bien à l'issue des règles, par la rigidité du crf (Chaussier, Velpeau, Conquest); 2° à l'introduction de sondes, par le spasme de la région membraneuse de l'urèthre (Will); 3» à la réduction des hernies, par la contraction de l'anneau musculaire ou par le spasme de la portion de l'intestin qui est étranglée (Rollon de Sainte-Foy). Elle agit peut-être de même pour faire cesser dans quelques cas la constipation chez les sujets nerveux, ou bien atteints de fissures, ou chez les hémorrhoïdaires affectés de spasmes de certains anneaux des fibres circulaires de l'intestin, ou pour amener la résolution d'un volvulus ou d'une invagination intestinale. — On met généralement sur le compte de cette action hypocinétique les bons effets de l'Atropine dans l'incontinence nocturne (Bretonneau, Trousseau, Commaille). Les succès obtenus (Bretonneau) chez les femmes atteintes de vomissements dits incoercibles appartiennent encore à la même catégorie de faits.
6" Gomme tonique vaso-moteur, l'Atropine trouve son emploi dans plusieurs affections des centres nervaux cérébro-spinaux, caractérisées par dès
phénomènes d'excitation : douleurs, spasmes, convulsions toniques et cloniques, épilepsie, ou même par des symptômes de coUapsus : engourdissement de la sensibilité, torpeur, paralysie du mouvement. C'est peut-être aussi sa manière d'agir dans le délire sombre, lypémaniaque. L'administration de la Belladone ou de l'Atropine, conseillée par Trousseau et Pidoux, puis par Brown-Séquard, et effectuée à leur exemple par beaucoup de praticiens, fait cesser ou du moins améliore quelquefois les symptômes de la méningo-myélite accidentelle, de celle qui est dite rhumatismale parce qu'elle se rattache habituellement à l'impression du froid sur l'économie. On voit, sous l'influence de cet alcaloïde, la douleur, l'engourdissement et la contracture des extrémités céder parfois assez rapidement. Les résultats sont nécessairement moins satisfaisants avec des hypérémies spinales liées à des diathèses acquises ou bien à la constitution originelle des sujets. Le succès est également plus rare et plus incertain lorsque les lésions sont avancées et anciennes ; enfin il fait défaut ou ne consiste qu'en une amélioration légère et momentanée, lorsque la fluxion sanguine n'est qu'un élément secondaire
L dans le cours d'une altération organique des centres nerveux.
Lusanna et Rieken disent avoir constaté les bons effets de l'Atropine dans
, le traitement des fièvres intermittentes. Si leurs observations se confirmaient, ce serait la preuve la plus manifeste en faveur de l'action vaso-motrice de ce principe médicamenteux, à moins que, ce qui est invraisemblable, au lieu de l'administrer à dose tonique, ils en aient introduit des doses mas-
: sives et capables de provoquer une fièvre artificielle avec éruption scarlatini-
3 forme.
I 7° L'action stupéfiante de l'Atropine est mise à profit contre les affections 'douloureuses^ spasmodiques, convulsives; contre les névralgies proprement dites, la gastralgie, la colique de plomb (Malherbe de Nantes) et la colique sèche des pays chauds (Fonssagrives) ; la cystalgie, le rhumatisme et la goutte (Mûnch, Ziegler, Lebreton, Trousseau, etc.) ; la toux quinteuse spasmodique, la coqueluche et l'asthme (Bretonneau, Trousseau, etc.); les convulsions, le tétanos traumatique (Lenoir) ou spontané (Lombard de Terrasson), la folie lypémaniaque (Murray), l'hydrophobie et l'épilepsie (Greding, Leuret, Ricard, Bretonneau, Trousseau, etc.). Desprez a fait céder, à l'aide i'mjections hypodermiques de sulfate d'Atropine, une contracture permaaente du membre supérieur, datant de quatre ans. Dans quelques circonstances, les chirurgiens ont soin d'amortir la sensibihté de l'oeil par l'introiuction préalable de quelques gouttes d'une solution d'Atropine, afin de faire nieux tolérer les collyres astringents ou caustiques. A l'occasion du traitenent des grandes névroses par l'Atropiiie, il est bon de rappeler les règles •racées à propos de l'emploi du bromure de potassium dans les mêmes cirîonstances, et qui se résument en ces termes: constance au début; plus tard, îuelques répits ; persévérance pendant des mois ou des années.
Mais il ne faut pas croire que dans chacune de ces catégories de cas l'Atro- Dine n ait absolument qu'une manière d'agir ; presque toujours, au con-
766 ALCAUS VÉGÉTAUX.
traire, plusieurs actione concourent au résultat définitif : par exemple, les phénomènes d'excitation dans la méningo-myélite sont apaisés par la stupeur occasionnée directement dans le système nerveux, aussi bien que par l'olighémie spinale ; l'incontinenoe nocturne d'urine cède à la stupéfaction de la muqueuse uro-génitale (Gubler), non-moins qu'à celle des fibres musculaires, sans compter la diminution de la. sécrétion urinaire qui a sa part d?influence. J'ai même lieu de penser que l'effet primitif se fait sentir sur la muqueuse vésicale, dont la sensibilité amortie n'éveille pas le besoin d'uriner, et ne sollicite plus par action réflexe le double phénomène dm relâchement dn sphincter et de la contraction du corps de la vessie, dont l'association est indispensable à l'accomplissement de la miction. La même réflexion s'applique au mécanisme physio-pathologique des perles séminales involontaires, au trailement desquelles s'adapte également bien l'alcaloïde de la Belladone (Grubler). D'ailleurs les propriétés antiaphrodisiaques de la plante ont déjà été constatées par Heustis et d'autres observateurs.
Eu terminant cette énumération, rappelons seulement pour mémoire que l'aptitude de la Belladone à produire des exanthèmes a fait naître la singulière idée (Hufeland, ïïahnemann, etc.), administrer cette plante comme moyen préventif de la scarlatine dentelle imite l'éruption.
Modes d'administration et doses. — L'Atropine s'administre par toutes les voies et selon tous les modes ordinairement usités.
A l'intérieur, on en donne habituellement moins de 1 milligramme k la fois, puisque la dose généralement prescrite ne dépasse pas 1 milligramme d'un sel atropique, valériane ou sulfate. Celte dose est répétée deux, trois et. même quatre fois par jour. Je la crois trop forte dans beaucoup de cas pour, des sujets prédisposés aux troubles résulfeant de l'anémie et de l'asthénie cérébro-spinales. Plus d'une fois, à ma connaissance, elle a produit des symptômes d'atropisme exagéré : dilatation pupillaire, troubles de la vision, voire, dans un ou deux cas, délire momentané. Il est donc prudent de débuter par des prises de 5 décimilligrammes seulement, et de n'en administrer qu'une seule dans la première journée, sauf à en multiplier graduellement le nombre, de manière k^atteindre la dose efficace, déterminée par l'appai'ition des phénomènes physiologiques.
Cette dose efficace est d'ailleurs très-variable d'un sujet à l'autre, non, comme beaucoup de médecins inclineraient k le croire, par le fait d'une idiosyncrasie inexplicable, mais en vertu de conditions anatomiques et fonctionnelles dont liaction mieux connue du médicament nous fait comprendre l'influence. Les personnes anémiques, épuisées, inanitiées, près de défaillir, de tomber en syncope, ou sujettes au vertige, aux palpitations asthéniques, à la céphalalgie anémique, au délire reconnaissant la même cause, ou sim-' plement placées sur le chemin de ces accidents morbides par un état maladif ou par leur manière d'être naturelle, et s personnes, dis-je, supportent difficilement les préparations de Belladone. II. en est tout autrement pour les sujets forts, d'un sang riche, d'une innervation régulière, ou bien pour ceux.
qui, sans êlre robustes ni sanguins, se font remarquer par une hypersthénie et même par une tendance hypérémique des centres nerveux.
Eu général, les enfants dont la substance cérébrale est très-vasculaire, très-irritable, et qui ne peuvent à cause de cela tolérer de minimes quantités d'opium, sont incomparablement moins sensibles que les adultes à l'action de l'A'tropine (Fuller, Gubler).
La pratique multiplie les formes pharmaceutiques sous lesquelles on emploie TAtropine. Dans ces formules, l'alcaloïde pur cède peu à peu la place à l'une de ses combinaisons salines : le sulfate d'Atropine. D'ailleurs le sirop comme le collyre lui-même, ont eu pour base dès l'origine le Chlorhydrate d'Atropine, puisqu'on ajoutait une goutte d'acide chlorhydrique à 1 décigraœme de substance active pour faire 2 kilogrammes de sirop médicamenteux. Il se prend à la dose de 10 à 30 grammes.
On se sert encore d'une Teinture d'Atropine : Atropine 1 gramme; alcool à 85°, 100 grammes; à la dose de 1 à 3 gouttes en potion. Chaque goutte représente environ un demi-milhgramme d'alcaloïde.
Le Codex recommande des grànules àe 1 miUigramme d'Atropine. Je crois plus prudent de les réduire à un demi- milligramme, et j'adopte la proportion donnée par Bouohardat pour les pilules, à savoir : 5 centigrammes d'Atropine avec miel et poudre de guimauve, quantité suffisante pour 100 pilules : chacune contient 5 décimilligrammes d'alcaloïde. Les granules et les dragées ne diffèrent des pilules que par la couche de sucre dont ils sont enrobés.
Les Prises de poudre d'Atropine sont chacune d'un quart de milligramme seulement, avec addition de sucre blanc, quantité suffisante.
Il existe plusieurs degrés de concentration de la solution atropiq-ue pour collyres, suivant le but qu'on se propose et l'intensité d'action dont on a besoin. Veut-on simplement détendre les muscles intrinsèques de l'œil spasmodiquement contractures, on se contente de la solution de : Atropine, 10 centigrammes ; eau distillée, 100 grammes; c'est celle que je recommande à peu près dans tous les cas. S'agit-il, au contraire, d'obtenir instantanément une éûorme dilatation pupillaire ou la rétrocession d'un prolapsus de l'iris à travers une perforation.de la cornée, ou porte la dose à 5 centigrammes d'Atropiue p'cur 20 grammes d'eau.
Ce dernier degré de concentration est plus que suffisant pour obtenir toute l'mlensilé désirable ou possible des effets topiques de l'Atropine ; aller au delà et doubler ou même quadrupler la dose, ainsi que cela se pratique sou vent; c'est. non-seulement gaspiller le remède, mais encore s'exposer à des' accidents sérieux, locaux et généraux, signalés par un grand nombre d'observateurs. G. Lawson décrit des élancements avec sensation de brûlure, rougeur et larmoiement dfune durée de deux heures à deux jours, ainsi qu'un éiat erysipélateux des paupières avec rougeur et chémosis de la conjonctive. D un autre côté, des phénomènes d'atropisme généralisé consistant en agitation délire, troubles circulatoires, etc., ont été observés par Richet et Itevillout, par Laurenzo (de Bahia) et d'autres cliniciens, à la suite de l'ins-
tiUation réitérée et trop largement faite d'un collyre au centième ou même d'un titre inférieur.
Lo papier à V Atropine de Streatfield ou de Leperdriel, ainsi que les tablettes gélatineuses àe Hart (V. p. 142), mettraient en partie k l'abri de ces complications.
Pour injections sous-cutanées, on a adopté la solution au centième : 1 gramme d'Atropine pouï 100 grammes deau. Deux bonnes gouttes représentent assez exactement 1 milligramme de principe actif.
La pommade peut renfermer sans inconvénient la dose très-massive de 25 ou 30 centigrammes d'Atropine pour 5 à 12 grammes d'axonge (Guibert, Brockes), pourvu toutefois qu'elle ne soit pas étendue au voisinage d'une muqueuse, sur une surface excoriée, ouverte à l'absorption.
J'ai dit que le Sulfate neutre d'Atropine, préparé selon les indications de Maître, tend à se substituer de plus en plus à l'alcaloïde pur. Il comporte tous les modes de préparation énoncés plus haut et présente l'avantage d'une plus grande solubilité. Je ferai seulement une remarque : c'est que le Sulfate, plus rapidement actif que l'Atropine isolée, représente cependant, à poids égal, une moindre somme d'action pharmacodynamique que l'alcaloïde pur, puisqu'il faut défalquer de son poids celui de l'acide sulfurique inerte par luimême. On pourrait donc l'administrer à doses un peu plus fortes, en n'ayant égard qu'au poids réel de l'Atropine en combinaison avec l'acide. Néanmoins je crois plus avantageux de ne pas dépasser d'abord la dose minima de 1/2 milligramme ; et, si l'on lient à progresser un peu plus vite qu'avec l'Atropine pure, je conseille de fractionner davantage, afin de compenser, par la réduction de la quantité pondérale, l'absorption plus facile de la combinaison saline et sa plus grande rapidité d'action. La recommandation est valable pour l'alcaloïde lui-même lorsqu'il ne doit point, contrairement à ce qui a lieu dans les premières voies, rencontrer de dissolvants naturels.
Au reste, il ne faut pas croire que la différence de solubilité entre l'Atropine et le Sulfate neutre du commerce soit toujours aussi grande que je la suppose ici. Souvent le Sulfate d'Atropine réputé neutre est tellement alcalin, qu'il se dissout difficilement dans l'eau, même à l'aide de la chaleur, et que l'addition d'une gouttelette d'acide est indispensable pour accélérer l'opération.
Les combinaisons de l'Atropine avec l'acide chlorhydrique ou l'acide valérianique rendent à peu près les mêmes services que le Sulfate de la même base, plus généralement usité- L'emploi de l'acide nitrique pour salifier l'alcaloïde est moins sûr, parce que cet acide suroxygéné, lorsqu'il est ajouté sans précaution, détruit aisément une partie du principe actif.
Voies d'introduction. — Après les doses et les formes pharmaceutiques vient l'indication des procédés à l'aide desquels on fait pénétrer l'Atropine dans l'économie.
D'ordinaire on l'administre par la voie stomacale sous forme de poudre, de pilules ou de granules, de solution aqueuse ou alcoolique ; rarement par
la voie rectale, en lavements et suppositoires, ou bien en badigeonnages sur la muqueuse génitale ou digestive, à l'aide d'un pinceau ou du doigt chargé soit d'une solution, soit d'une pommade. A l'extérieur, on l'applique en pommade. On pourrait en faire également ' un glycéré pour onctionner la peau dépouillée d'épiderme par un vésicatoire ou autrement. La solution aqueuse ou alcoolique conviendrait cependant mieux pour la méthode endermique. Mais si les surfaces étaient un peu étendues, ce mode d'emploi d'une substance aussi énergique que le principe actif de la Belladone ne serait pas exempt de danger. A la vérité, la pénétration de l'agent toxique a lieu proportionnellement aux dimensions de la surface dénudée et à sa faculté d'absorption, en raison directe aussi de la masse et du degré de concentration de la solution employée ; seulement ces diverses circonstances ne pouvant être évaluées avec précision, il s'ensuit que le résultat ne saurait être rigoureusement assigné d'avance.
La méthode hypodermique n'exige pas seulement une solution d'Atropine, ou, mieux encore, celle de sulfate neutre d'Atropine, dans un liquide aqueux ou alcoolique, il faut encore que cette solution soit parfaite et limpide afin d'assurer son absorption et d'éviter toute irritation phlegmasique des tissus imprégnés. De plus, il ne faut employer qu'une liqueur récemment préparée. Dès que la solution renferme des flocons de Leptomitus ou Hygrocrocis, on doit en suspecter l'efficacité, attendu que l'Algue microscopique, née dans un milieu composé d'atropine et d'eau distillée, n'a pu se développer qu'aux dépens de l'alcaloïde auquel elle est certainement redevable de sa matière azotée. L'expérience m'a appris que. la solution de sulfate neutre d'Atropine, de même que les solutions analogues, a perdu la majeure partie de sa puissance pharmaco-dynamique lorsqu'elle est ancienne et remplie de conferves. H. Bourdon a remarqué, de son côté, que des cristaux microscopiques du principe actif s'attachent à ces filaments.
L'inflammation qui s'empare quelquefois du trajet parcouru par l'aiguillecanule de la seringue de Pravaz ainsi que de l'aire celluleuse dans laquelle la solution s'est répandue et qui dépend en partie de cette altération de la solution et de l'introduction d'algues chargées de poussières et de cristaux, est un obstacle à l'absorption et doit être évitée. On aura donc soin de ne pas employer une solution trop concentrée, ni des doses trop fortes ; il vaut mieux injecter un peu plus de liquide et répéter l'injection. La solution au centième est probablement la plus avantageuse et il suffit d'en injecter deux ou quatre gouttes à la fois pour commencer; ce qui fait 1 ou 2 milligrammes du principe actif à la condition que chaque goutte pèse effectivement 5 centigrammes, ce qui se réalise d'ailleurs assez rarement. Le plus souvent, d'après mon expérience personnelle, les gouttes fournies par les senngues à injections sous-culanées ne pèsent guère que 4 centigrammes. Si vous ajoutez à ce déficit celui qui résulte de l'issue d'une certaine proportion du liquide médicamenteux par la petite plaie, soit pendant l'injection, sou au moment où l'on retire la canule, et celui qui provient de l'appauvris-
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sèment de la solution par suite de la végétation confervoïde, vous comprendrez jusquà un «ertain point le désaccord qui semble exUter quelquefois entre la masse de substance active introduite sous la peau et les faibles résultats physiologiques obtenus.
Néanmoins la méthode hypodermique est encore la plus sûre, et c'est elle qui, à doses égales, donne habituellement les effets physiologiques les plus intenses. S'U arrive avec des doses généralement efficaces, et malgré toutes les précautions pour en assurer l'introduction, que les effets sont peu marqués, il faut songier à ces prédispositions individuelles dont il s'est agi précédemment et qui font que certains sujets sont exceptionneUement peu sensibles à l'action de l'Atropine, tandis que d'autres sont, pour ainsi dire, foudroyés par des quantités à peine supérieures à la moyenne usuelle. Il n'est peut-être aucun autre médicament vis-à-vis duquel ces différences d'impressionnabilité soient aussi grandes. C'est ce qui rend si incertains les résultats de l'Atropine et ce qui impose aux praticiens la prudence la plus cauteleuse dans le maniement de ce moyen aussi puissant que redoutable. Plusieurs cas de mort se sont produits dans une seule année, à Paris, à la suite d'injections sous-cutanées d'Atropine et des accidents d'une nature inquiétante ne sont pas rares avec des doses moyennes, de 2 milligrammes par exemple; aussi ai-je à peu près renoncé à l'emploi de l'Atropine par la méthode hypodermique pour calmer des névralgies et d'autres affections dou- Joureuses, malgré les résultats satisfaisants obtenus de la sorte par mon savant collègue le professeur Béhier.
V!ÉftAT»iN£, Veratrina. 1 Ângi. Verairia. — AIL Veratrin, Veratrium.
La Vératrine (G"H^='Az^O") est pulvérulente, blanche ou verdâtre, d'nn goût amer et âcre, ou simplement âcre, qui laisse à sa suite une sensation d'engourdissement et de fourmillement dans la langue. Elle est fixe, insoluble dans l'eau etsoluble dans l'alcool; elle sature les acides et donne un sulfate, un nitrate et un chlorhydrate cristallisés. La Vératrine existe dans les Veratrum album, vîride^ etc., de la famille des Golchicacées ; seulement ce principe immédiat affecterait, selon quelques auteurs, deux formes distinctes, dans les Veratrum album et viride, attendu, disent-ils, que le premier est un drastique, tandis que le second purge rarement. J'ai pu mettre en doute celte différence en faisant remarquer que les deux races ou espèces botaniques dont il s'agit sont tellement voisines que Michaux les avait confondues; j'ajoutais que si elle était réelle elle pourrait s'expliquer par la présence d'une substance particulière dans l'Ellébore blanc, sans faire intervenir un état chimique différent dans un même alcaloïJe. Les analyses récentes de Bulloek (de Philadelphie) confirment cette vue, en ce sens que la Vératrine serait un corps complexe formé de deux alcaloïdes associés à une résine, savoir : la Véridine et la Vératroïdine ^ séparables par l'éther, qui ne dissout que la première. D'après Wood, la Vératroïdine , insoluble dans
VÉRATRINE. ' 771
1 ether, serait émétique et cathartique à l'exclusion de sa congénère, qui ne purgerait ni ne ferait vomir. Suivant le même expérimentateur, la résine serait absolument inerte, tandis que selon d'autres cliniciens (Oulmont, etc.) la substance neutre résinoïde partagerait les propriétés actives de l'alcali végétal. J'ai lieu de penser que cette dernière opinion est exacte si elle s'applique à la matière complexe provenant du traitement de la plante , qui a déjà fourni l'alcaloïde cristallisé sans être épuisée de son principe actif subsistant en partie à l'état amorphe, allotropique ou dynamisé (Gubler). Nous allons étudier l'action physiologique de la Vératrine fournie par le commerce , fiaus nous préoccuper de savoir si ce produit chimique renferme ou non deux principes immédiats naturellement distincts.
Action physiologique. — La Vératrine est probablement, après l'Aconitine, celui de tous les alcaloïdes qui exeice topiquement l'action la plus irritante. Aspirée par les narines en petite proportion, elle détermine de formidables éternuments (Ândral), du coryza et de la salivation (A. Delondre). Appliquée sur la peau intacte, elle produit, à la faveur d'une friction un peu prolongée, une sensation de chaleur et de picotement prolongée qu'on a rapprochée des effets du pinceau électrique {électro- stimulation, Turnbull). Celte sensation de chaleur, qui se produit vivement du côté des muqueuses, devient une cuisson véritable sur la peau dénudée. A la suite de l'injection hypodermique, la douleur est très-vive et peut durer plusieurs heures. Elle ne reste pas confinée dans le point touché, mais se propage à distance de proche en proche, ou mieux encore, par l'intermédiaire de la circulation; et, lorsque le médicament a été introduit dans l'estomac, elle se répand jusque dans la poitrine et les extrémités des membres.
Il se produitaussi des nausées et des vomissements (Piédagnel, etc.), ainsi que des coliques et du resserrement spasmodique des intestins, en même temps qu'une sécrétion exagérée (diarrhée séreuse) de leurs follicules muqueux et des glandes salivaires. Il s'ensuit un certain degré de coUapsus des forces, de sédation de l'éréthisme inflammatoire ou nerveux. Ces phénomènes dus aux actions topique et réflexe de l'alcaloïde, se continuent ensuite comme symptômes de l'action générale, diffuse, du médicament. Ils se produisent également à la suite de l'injection du principe toxique dans le tissu sous-cutané, ou dans le système veineux (E. Faivre et G. Leblanc). Portée dans la circulation, la Vératrine diminue la sensibilité, calme la douleur, occasionne en outre des sensations variées de chaud et de froid dans les diverses parties du corps, et stimule les sécrétions par lesquelles se fait son élimination, tantôt l'une davantage, tantôt Fautre. C'est ainsi qu'on l'a irue provoquer l'éternument, le larmoiement, la salivation, la diurèse ou la transpiration cutanée, et, consécutivement à cette dernière, une éruption (Forck) du genre de celle que Linné désignait sous le nom de sudamina. Quelquefois il se fait d'abondantes évacuations alvÏLes. Pour ce qui est des sueurs et des urines, il est possible qu'elles soient accrues en outre k la faveur de l'état nauséeux et des modifications du système nerveux se tra-
duisant par la lenteur et rarement la tension du pouls, gui descend parfois jusqu'à trente-cinq pulsations par minute (Norwood). La température est peu modifiée.
A doses toxiques, la Vératrine amène des étourdissements, de l'oppression, de l'anxiété, de la suffocation, des vomissements violents, la prostration des forces, quelquefois la syncope, l'insensibilité, le refroidissement de la périphérie, le pouls fréquent, dépressible, misérable, des convulsions, le tétanos précédé et accompagné d'une apparente exaltation de sensibilité, enfin l'asphyxie et la mort. Il est malaisé de démêler, au milieu de cette complication de symptômes, ceux qui résultent de l'action diffusée du poison , charrié par le sang, d'avec ceux qui reconnaissent pour cause une sorte de traumatisme, c'est-à-dire l'irritation locale et la phlegmasie du tube digestif. Cependant, contrairement à l'opinion de Kôlliker, j'attribue à ces dernières lésions le tétanos que les auteurs mettent au nombre des effets directs de cet alcaloïde.
Prévost explique différemment la roideur musculaire dans l'empoisonnement par la Vératrine. Voyant ce symptôme faire défaut dans un membre dont les vaisseaux sont coupés, tandis que le nerf est intact, et se montrer, au contraire, dans une région dont le nerf, séparé de la moelle par une section transversale, complète, est irrité dans son bout périphérique, il conclut que la rigidité tétaniforme dépend de l'excitation directe des muscles (j'aimerais mieux dire de l'augmentation d'irritabilité) par l'alcaloïde, et non de l'accroissement de la force excito-motrice du centre spinal. La Vératrine est un poison musculaire, et par là un poison du cœur (Kôlliker, Prévost) ; le cœur, influencé par l'agent vénéneux, s'arrête en systole (Prévost, Hirtz). Ce dernier expérimentateur pense que la Vératrine agit comme excitant du pneumogastrique et du cœur tout ensemble.
Van Praag reconnaît de s'on côté que la mort paraît provenir d'une paralysie spinale. A l'autopsie, on remarque des plaques rouges, inflammatoires, sur la muqueuse gastro-intestinale, ainsi que les congestions sanguines des viscères qui caractérisent l'asphyxie.
La théorie pharmaco-dynamique de la Vératrine peut se résumer en ces termes : 1° action irritante topique, se traduisant par de la douleur et de l'irritation inflammatoire dont les expressions locales ou d'ordre réflexe varient de nom et d'effet selon les lieux d'application ; 2° action du genre de celles dites narcotiques ou stupéfiantes, directement exercée sur le système nerveux sensitif et moteur, après diffusion dans l'organisme; 3° action spoliatrice, par le moyen des supersécrétions excitées vers la muqueuse digestive ou les organes glandulaires; 4° effets hyposthénisants, sédatifs et, à l'occasion, antiphlogistiques résultant des modifiieations physiologiques • précédentes.
La Vératrine s'élimine en grande partie par les reins, ainsi que le prouve l'action toxique exercée sur une grenouille par l'urine d'un animal soumis à l'empoisonnement par l'alcaloïde des Veratrum (Prévost).
VÉRATRINE.
Substances synergiques, auxiliaires. — Les plantes de la famille des Mélanthacées (Ellébores blanc et vert, Cévadille, Colchique) sont les véritables succédanés de l'alcaloïde qui nous occupe, à quelques nuances près : nuances plus sensibles d'ailleurs quand il s'agit du Colchique, mais appréciables encore à l'occasion du Veralrum viride , bien que l'action de l'Ellébore américain soit fondamentalement la même que celle de l'Ellébore d'Europe. Nous avons établi précédemment (p, 126), d'après les expériences qui nous sont communes avec le docteur Ernest Labbée et dans lesquelles toutes les précautions ont été prises pour rendre les résultats précis et certains, que les effets de YIndian Pake ne s'éloignent pas notablement de ceux de notre Ellébore blanc; néanmoins nous allons insister davantage sur ce point de science et de pratique. Voici nos conclusions :
Le Veralrum viride produit toujours au moins des nausées, le plus souvent des nausées suivies de vomissements et d'évacuations alvines. Ce symptôme se trouve consigné non-seulement dans toutes nos observations, mais dans celles des auteurs (Oulmont, Mille t-Lacombe, etc.) qui lui refusent toute valeur ou qui même essayent de le rayer du tableau des effets physiologiques habituels de l'Ellébore d'Amérique pour l'attribuer exclusivement à celui d'Europe. Les phénomènes de sédation se montrent en même temps que les troubles gastro-intestinaux, et sont proportionnels à l'intensité de ceux-ci. En sorte qu'on serait fondé à en chercher uniquement la raison dans les effets sympathiques engendrés par les désordres de l'appareil digestif, et dans les résultats de la spoliation déterminée par les hypercrinies de la muqueuse gastro-intestinale. Toutefois, il est vraisemblable que la portion de Vératrine qui a pu être absorbée exerce également une certaine influence sur le système sensitivo-moteur.
En considérant les courbes sphygmographiques et thermiques, obtenues à l'aide d'observations biquotidiennes recueillies avec un soin extrême par Ernest Labbée, on remarque aussitôt que l'action physiologique du médicament se fait sentir dans le délai de deux ou trois heures après le commencement de l'administration.
C'est le pouls qui s'abaisse davantage, moins pourtant qu'on ne croit. On le voit tomber de dix, vingt, trente , quarante pulsations, suivant l'élévation du chiffre initial.
La température ne diminue guère que de 5 à 8 dixièmes de dégré, tout au plus^de 1 degré centigrade. Quelquefois elle reste invariable. Elle peut même s'élever en même temps que s'abaisse le nombre des pulsations. Et je pense que le refroidissement de 3 degrés signalé par Pégaitaz était un symptôme toxique.
Malgré le ralentissement considérable des battements cardiaques, on ne constate pas toujours , tant s'en faut, un accroissement de la tension artérielle; et quand cette augmentation se montre, elle est faible et négligeable. Ce qm prouve, pour le dire en passant, que le ralentissement du cœur n'est pas indissolublement attaché à l'accroissement de la tension vasculaire.
Quant aux résultais thérapeutiques, nos observations nous permettent d'alfirmer l'influence favorable du Veralrum vvride sur les phlegmasiee fébriles, eu ce sens seulement qu'il diminue l'intensité des phénomènes inflammatoires et conjure de la sorte un certain nombre d'accidents consécutifs. Mais ce médicament n'abrège pas sensiblement la durées de la période d'augment et d'état d'une pneumonie, par exemple, dont la défervescence régulière ne commence généralement qu'au septième jour, quelquefois au sixième ou bien au huitième, conformément à l'é^tolution naturelle de celte maladie, malgré l'administration soutenue du remède, à dose active.
Substances synergiques. — Les vertus de l'Aconiline sont tellement semblables à celles du principe actif des VeraD'um, que je suis disposé à considérer ces deux alcaloïdes comme formant, avec la Delphine, l'Anémonine, la Sabadilline et la Golchicine, une série comparable à celle de la Strychnine, delà Brucine, de l'Igazurine et de la Picrotoxine, et dans laquelle la Vératrine serait dix fois moins active que sa congénère l'Aconitine, la plus puissante à& toutes. La. médication antiphlogistique on les diverses sous-médications dont elle se compose, telle que la. médication évacuante ou spoliatrice, voilà les auxiliaires de la Vératrine,
Substances antagonistes, incompatibles. — Antidotes, contrepoisons. — Loin que la Vératrine soit à. mes yeux, un analogue de la Strychnine, je considère les poisons convulsivants et congestionnants, tous les agents de stimulation et certains toniques, comme étant à un degré quelconque les antagonistes de la Vératrine, et dans mon opinion il ne faut pas, sauf exception, les prescrire comcurremment aivec elle. Les substances astringentes doivent encore être éloignées à cause de leur action chimique.
Les antidotes physiologiques se composent de tous ces moyens, réunis. Les contre- poisons chimiques proprement dits soni les tamniques et i'iodure ioduré da potassium.
Usages. — On pourrait à la rigueur utiliser l'action vomitive de la Vératrine dans les circonstances où les émétiques sont indiqués, son action diurétique dans les hydropisies (Magendie, Bardisley), ses effets sternnlatoires dans les affections congestives du cerveau ; mais la thérapeutique, qui possède des moyens inoffensifs aussi bons ou meilleurs, n'a que faire de cet agent périlleux ou difficile à manier, pour obtenir ces différemis résultats. ,
On peut aussi se servir de la puissance toxique, de. la Vératrine contre les parasites cutanés^ végétaux ou animaux, notamment contre les poux. Seulement, c'est un moyen dangereux que je réprouve de toutes mes forces. On peut d'ailleurs y renoncer sans regret, puisque la matière médicale nous en fournit plmsieurs autres plus ou moins innocents.
En définitive, l'emploi de la Vératrine doit être réservé pour obtenir les modifications du système nerveux et des sécrétions qu'elle procure mieux que d'autres agents. Or, ses effets anesthésiques ou stupéfiants, moins prononcés à la vérité que ceux du Sulfate de Quinine, de J'Aconitine ou de
VÉRATRINE.
l'Opium, mais associés aux effets éméto-cathartiques, diurétiques et diaphorétiques qui la distinguent, désignent particulièrement cette substance dans certaines affections nerveuses, rhumatismales et goutteuses. On l'a beaucoup vantée en frictions sur les tempes contre l'amaurose torpide (Turnbull, . Terrier), et même contre les aaaauroses en général, les cataractes, l'iritis (Desgranges, Fl. Gunier, Knapp,, Lafargue, Bérard, etc.). Elle a été recommandée contre la surdité nerreuse (Boyd), contre la prosopalgie, les névroses hystérique et hypochondriaque (ELers), et aussi contre le rhumatisme aigu et la péripneumoûie (Trousseau, Aran, Ghilia, Hirtz, etc.) et d'autres phlegmasies thoraciques. Enfin, à l'imitatioa des anciens qui, donnaient l'Ellébore en nature,, on l'a prescrite dans la. manie et les diflérentes formes d'aliénation mentale. Mais c'est principalement dans les affections arthrititiques et d'origine a frigore que la, Vératrine et les pkates. dont elle provient jouissent d'une fa.Yeiir méritée {Piédagnel,. Trousseau, Aran, Troncin, Hirtz, Bouchut, Ouimont, E. Labbée et Gubler,. etc.).
Seulement,, le praticien, ne doit pas attendre; de ce groupe d'agents ce qu'aucune médication n'est capable de donner : la Yératrine n'est pas plus un spécifique du rhumatisme Oiu de la pneumonie que tout autre moyen anitiphlogistique, et ce serait se .leurrer que de compter sur un arrêt subit de la maladie ni même sur une abréviatian notable de la durée de ses périodes d'augment et d'état. Appliquée à la pneumonie, par exemple, la Vératrine (nous en dirions autant da Veralrum viride), très-puissante pour faire tomber instantanément l'éréthisme inflammatoire et fébrile, n'amène cependant un apaisementdurable ou définitif que le jour où la déferveseence devait naturellement commencer. Ainsi il lui faudra deux, trois ou quatre jours pour décider la chute de la phlegmasie, selon qu'elle aura été administrée plus ou moins loin da début de l'affection', c'est-à-dire, le cinquième, le qua-'trième ou bien dès le troisième jour. Les faits en apparence plus favorablessonLprobablemientceus. où.,, par exception, l'évodution du mal livré à luimême eût été plus rapide. Om conçoit: pourtant qu'eu intervenant au débat, l'action énergique de la Vératrine pourrait favoriser la terminaison par délitescence. En tout cas on doit admettre qu'elle exerce une influence favorable sur la période de décours, d'autant plus courte qwei l'intensité de Fin&mmation a été plus modérée, ainsi que sur les suite» de l'affee-tion.
MoDiES D.' ADMINISTRATION ET DOSES. — Le SurlfaD© de Vératrine, trè»<lifficile à poréparer, estinusité. L'alcaloïde fm se prescrit à la dose dte'5 milligrammes répétée plusieurs fois dans les vingt-quatre heures. On l'administre ordinairement en pilules. Il pourrait être introduit dans un julep. On l'emploie aussi en embrocations et en pommade.
Ces formes pharmaceutiques diverses impliquent l'introduction par les voies digestives ou par la peau. La Vératrine a été aussi déposée dans le lissu cellulaire k l'aide d'injections hypodermiques. Ge mode d'emploi donne Heu k une cuissen locale trop vive pour être recommandé.
Les Pilules de Vératrine sont ordinairemiBJit da 5 milligrammes chacune ;
le principe actif doit y être associé à des mucilagineux et non à des stupéfiants, comme ou le fait généralement, ce qui ajoute aux effets narcotiques, mais présente l'inconvénient de troubler les effets gastro-intestinaux du médicament principal, surtout lorsqu'on prescrit les pilules d'Aran : Vératrine et Extrait d'Opium, ââ, 5 centigrammes pour 10 pilules.
Les Pilules de Magendie, composées de : Vératrine, 5 centigrammes; poudre de gomme, 3 centigrammes, et sirop simple, quantité suffisante, sont préférables. Seulement, au lieu de 12 pilules, il vaut mieux n'en faire que 10 avec cette masse.
Lorsque la Vératrine est dirigée contre les maladies inflammatoires : pneumonie, rhumatisme aigu, etc., et non contre de simples alTections douloureuses, il convient d'en obtenir les effets éméto-cathartiques et par conséquent spoliateurs. Dans ce but, on doit administrer le médicament à doses pressées, de manière à provoquer la révolte des organes digestifs ou tout au moins la nausée. On éloigne ensuite les prises médicamenteuses afin de main • tenir l'action nauséante pendant plusieurs heures chaque jour, sinon durant une journée entière. Ou bien, après avoir laissé reposer complètement le sujet à la suite des évacuations, on recommence le lendemain de la même manière.
S'agit-il au contraire de modérer l'élément douleur ou de combattre une affection rhumatoïde, névralgique, il vaut mieux espacer les prises en vue de les faire tolérer et d'assurer l'absorption, la diffusion circulatoire, puis l'intussusception du principe actif dans les éléments du système nerveux. Ces deux procédés méritent parfois d'être associés, si les deux indications coexistent.
La Teinture de Véralrine (Magendie): Vératrine, 20 centigrammes; alcool, 30 grammes, est une bonne préparation dont on peut prendre de 1 0 à 30 gouttes dans de l'eau sucrée ou dans une potion gommeuse.
La Pommade de Vératrine renferme de 20 à 40 centigrammes du principe actif pour 50 grammes d'axonge ; elle se fait mieux avec l'axonge rance (Gavé).
ACO]\iTii\E, Aconitina.
Angl. Aconitine, Aconitina. — Ail. Aconitin^ Aconitium.
liAconiline, fournie ]^a.TVAconitum Napellus (Renonculacées anomales), se trouve dans les A. ferox, Lycoclonum et tout le genre Aconitum. Elle existe principalement dans les racines, sans faire défaut dans les autres parties de ces plantes. Elle y est associée à la Napelline et à YAconelline de Th. et H. Smith.
Il existe dans le commerce plusieurs sortes d' Aconitine dont l'une préparée en Allemagne par Merck, est à peine digne de ce nom puisque son activité est vingt ou trente fois moindre que celle du véritable alcaloïde. Celui-ci n'avait été livré jusqu'à ces derniers temps qu'à l'état amorphe : en Angleterre par Morson, en France par E. Hottot, dont les produits ont servi à la plupart de