ACONITINE
mes expérimentations cliniques. Mais plus récemment un pharmacien distingué de Paris est parvenu à obtenir l'Aconitine crislallisée, essayée d'abord sur les animaux par Gréhant et dont j'ai déjà fait usage chez plusieurs malades avec succès.
L'Aconitine cristallisée de H. Duquesnel se présente sous deux formes : le plus souvent rhombique, rarement prismatique. Elle a pour formule G^'H^'^AzO^", ce qui la sépare considérablement de la substance analysée par Stahlschmidt et qui n'était autre probablement que la 'fausse Aconitine de Merck, G"H*'AzO''.
Comme tons les principes toxiques des Renonculaeées l' Aconitine est éminemment instable, ainsi que le prouvent l'innocuité des plantes sèches et l'inertie des préparations associées longtemps à des matières extractives, ou bien introduites dans un estomac rempli de saburres, sinon d'ahments, et trop lent à absorber (Gubler). Duquesnel nous explique cette instabilité en. faisant voir que l' Aconitine se comporte en beaucoup de circonstances à la manière d'un glucoside. Cet alcaloïde imparfait trouverait donc sa place dans cette classe hybride que j'ai admise et dont la buxine m'a offert lè premier type.
Dès lors il n'est plus besoin de supposer l'existence d'un principe volatil pour se rendre compte des inégalités d'action des Renonculaeées et de leurs préparations pharmaceutiques. En tout cas, l'Aconit ne renferme aucun principe de cette sorte (Hottot, Grove, Duquesnel), car l'Aconitine ne paraît pas se volatiUser sans décomposition.
Elle est très-peu alcaUne au papier réactif quoiqu'elle se dissolve dans l'acide carbonique et l'acide aconitique etqu'elle forme avec les acides minéraux des sels bien définis, parmi lesquels l'azotate, le chlorhydrate et le sulfocyanhydrate sont les plus faciles à obtenir. Sa solubihté dans l'eau est extrêmement faible ; elle est insoluble dans la glycérine et les huiles de pétrole, mais se dissout bien dans la benzine, l'éther, l'alcool et surtout dans le chloroforme.
Action physiologique. — Avec des symptômes à peu près identiques, l'action des diverses Aconitines du commerce présente d'énormes différences d'intensité. Au sommet de l'échelle se trouve l'Aconitine crislallisée, de Duquesnel; puis viennent les Aconitines amorphes de Hottot et de Morson, ensuite la Napelline de ce dernier; au-dessous, se place l'Aconitine ordinaire du commerce ; enfin tout au bas l'Aconitine allemande, laquelle n'est supérieure qu'à la Napelline de Hùbschmann et à l'Aconelline.
Ce que nous allons dire s'applique particulièrement à l'Aconitine du Codex français (Hottot) et à celle de Duquesnel, dont les puissances relatives ne sont pas encore rigoureusement déterminées. Les premières expériences de laboratoire ont montré que l'injection sous-cutanée de 1 /2 milligramme d'Aconitine cristaUisée tue un moineau en une minute, tandis qu'il en faut quinze pour amener la mort de ce petit oiseau avec l'Aconitine amorphe ; mais ce retard dépend sans doute d'un moindre degré de solubilité, et consé-
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quemment de diffusibilité, plua que d'un moiadre pouvoir nocif. Tout reste à faire sur ce poiut intéressant.
Introduite entre les paupières, l'Aconiline cauee une vive irritation, avec rougeur, larmoiement et rétrécissement des pupilles. Appliquée sur les muqueuses, sur la peau dénadée par un vésicatoire, ou forlemenl frictionnée et rougie, ou bien couverte d'un cpiderme mince, introduite dans le tissu cellulaire sous-cutané, l'Aconiline excite une sensation de picotement, de chaleur ou de cuisson, vive, selon le cas, laquelle est souvent très-pénible et persiste quelquefois plusieurs heures. Dans la bouche, et notamment au pourtour de la, langue, cette sensation revêt la forme spéciale de la saveur acre et brûlante du poivre ou de la racine, de p3!rèihre: et s'accompagne de l'altération ou de la perte du goût dans la, partie antérieure de la langue, ce qui fait que le sucre est mal guûlé, tandis que l'amertume est parfaitement perçue (Gubler).
Si le médicament, enveloppé dans une substance inerte, a été introduit dans l'estomac, la brûlure qu'il y détermine éveille, du côté de la cavité buccale des phénomènes sympathiques,, particulièrement la salivation. 11 provoque en même temps des envies de vomir, l'obnubilation de la vue, le vertige et une tendance syncopale, ainsi que des coliques. Parfais, il survient des vomissements bilieux, avec un mélangede mucus etd'épithélium. Chez les animaux, on a vu le mouvement antipéristaltique ramener deS: matières fécales par les voies supérieures,-
A ces désordres se joignent, dès le début ou plustard^ de singuliers trotibles de la sensibilité, consistant en une sensation de picotement à la peau, semblable à celle qui succède à la, co-mpression prolongée d'un membre, et qui est connue sous le nom de fourmillement. Cette sensation, comparée aussi à un scintillement électrique (Hirtz), se mantreà laface, autoui-dainez, et s'accompagne, dans la cavité bucca-phary0gienne^ de phénomènes anala* gues à ceux qui résultent de l'impression directe du, poison sur la muqueuse. Tous ces symptômes peuvent être rattachés, au moins partiellement, direotementou d'une manière détournée, k l'irritation exercée sur le tube digestif.
L'action générale, une demi-heure,, ou mieux, trois, quarts d'heure après l'ingestion, entretient^ si elle n'éveille^ ces phénomènes et en fait apparaître d'autres.. Le tableau symptomatique est très-variable suivant les doses de l'alcaloïde et les périodes de l'affection artifioieille. D'ailleuïs, beaucoup de phénomènes ne sont obsiervaibles que chez l'homme, et c'est pour n'avoir étudié que les effets toxiques chez les, animaux que tant d'opindons. erronées se sont fait jour sur la théorie de \' ÂeonitismB.
Pour plus dci commodité, nous partagerons en tims phases ou degrés l'action pharmacodynamique de l'Aconiline.
Au début, ou avec des doses faibles,, on observe le picotement ou la formication ainsi que l'engourdissement dont il s'est agi tout à l'heure à propos des phénomènes pouvant être considérés comme réflexes. Ces sensations augmentent ordinairement durant la première keure qui suit leur apparition,
ACONITINE. "y
et portent à remuer la langue et àsef.oUer le nez et les lèvres, qui semblent épaissies. Elles, se proloageat deux à trois heures, et s'accompagnent des tioubles guslalifs que j'ai le premier signalés, quelquefois de céphalalgie et de serrement des tempes, ainsi que d'une chaleur générale que je crois subjective. La diurèse est accrue, et, s'il y avait une excitation circulatoire préalable, on constate que le pouls est moins fort et moins fréquent,, la respiration un peu ralentie. Il peut exister déjà un sentiment de faiblesse, de l'éloignemenl et de l'inaptitude pour les exercices du corps.
Avec dtrs doses plus fortes, ou quand la diffusion médicamenteuse est plus avancée, l'engourdissement et le fourmillement du pourtour des lèvres et du nez sont plus intenses, la pointe de la langue devient, le siège d'un picotement pénible accompagné d'une ardeur rappelant celle que produirait, un acide ou des épices. De semblables modifications sensiùves se montrent dans les extrémités- périphériques des membres et sont bientôt, suivies d'une sensation de gêne,, d'alourdissement, de torpeur, qui peut devenir extrêmement pénible et dont les. malades essayent de donner une idée en disant que leur peau rétractée exerce une forte constriction sur les parties sous-jacentes et immobilise les membres aussi bien que les traits du visage,, comme sous l'influence d'un iroid rigoureux ou bien sous l'effort d'une couche de coliodion, d'une bande de caoutchouc étroitement appliquée. En même temps le sujet devient impressionnable à l'air, il éprouve une sensation de froid par tout le corps, le besoin de. se couvrir, de se rapprocher du feu, bien que sa température ne semble pas abaissée. La sensibilité tactile est plus ou moins obtuse. Le pouls et la respiration peuventgarder leur allure normale oubien s'abaisser un peu. La langueur musculaire se prononce davantage, la marche devient difficile et le sujet éprouve la plus grande aversion pour tout mouvement. La tête s'alourdit, il survient quelques légers troubles de la vue, des bourdonnemeaits d'oreille^ des étourdissemenls dans l'attitude droite, et j'ai vu une fois survenir le vertige et un état syncopal au moment du lever.. Chez quelques malades le besoin de sommeil se fait vivement sentir.
Telle est la plus grande intensité d'action que le thérapeutiste puisse diemandex à l'Aconitine ; au. delà ce sont les effets toxiques de l'alcaloïde qu'il aurait à redouter. Eu voici le résumé.
La prostration devient extrême, l'anesthésie et l'amblyopie s'accusent davantage, les pupilles se dilatent, la température périphérique s'abaisse.. Des désordres circulatoires et respiratoires variés sont notés par les expérimentateurs : tantôt la précipitation, tantôt le ralentissement, ou bien des irrégularités de rhytbme et de pression.. On a vu le pouls tomber à 57, la respiration à 13 et devenir laborieuse, courte pressée (Fleming), le visage pâlir, exprimer l'anxiété, la, voix s'aflaiblir et s'éteindre. Avec la dyspnée coïncident la cyanose et les phénomènes asphyxiques. Puis survient la paralysie musculaire, la destruction des propriétés des nerfs moteurs dans leur partie périphérique (Gréhant), parfois précédée ou suivie de mouvements ftonvulsifs (Achscharumow, etc.) : paralysie à laquelle participe enfin le cœur
ALCALIS VÉGÉTAUX, lui-même, dont les veotricules s'arrêtent immobiles en diastole (Gréhant Achscharumovv). La mort, rendue imminente parTasphyxie progressive né tarde pas à suivre l'arrêt de la circulation. '
La subordination et l'explication physiologique de ces nombreux symptômes ne sont pas faciles à établir d'après les données actuelles. Les effets toxiques observés sur les animaux ont conduit les expérimentateurs non-seulement à accorder la prééminence aux désordres de l'appareil moteur, mais à mer jusqu'à l'existence des troubles sensitifs : conclusion erronée 'dont la Glmique a fait justice d'avance en nous montrant l'aptitude de l'Aconitine à faire cesser de cruelles douleurs quelquefois rebelles à tous les autres moyens. Sans vouloir nier l'inÛuence de cet alcaloïde sur tous les nerfs cérébrospinaux moteurs (Achscharumow) ou sur leurs extrémités périphériques seulement (Grébant), non plus que sur la moelle (Holtot et Liégeois) ni sur la partie cervicale du grand sympathique (Achscharumow), je me crois autorisé par les résultats thérapeutiques, comme par la prédominance des troubles sensitifs observés en clinique, à maintenir la conclusion suivante.
Au résumé, l'action élective de l'Aconitine s'exerce sur les nerfs de sentiment, dont elle réduit ou supprime les fonctions par un mécanisme encore insaisissable. Il semble cependant que, à l'inverse de la Quinine, elle diminue la réceptivité des nerfs pour la force, favorise les décharges nerveuses, et prévienne l'excès de tension, d'où résultent de temps à autre des aigrettes douloureuses. Mais, en même temps que cet alcaloïde produit l'anesthésie, il calme la circulation, diminue le calibre des capillaires et abaisse la température. Gomme l'anesthésie est naturellement accompagnée d'une diminution des actions réflexes, cet ensemble symptomatique a pu rendre vraisemblable pour Liégeois et Hottot l'existence d'un perte de la force excito-motrice de la moelle, niée d'ailleurs par Achscharumow.
L'Aconitine est assurément l'un des quatre ou cinq poisons les plus violents que la chimie ait mis dans les mains du thérapeutiste; les autres sont l'Atropine, l'Acide prussique, la Cicutine et la Digitaline.
Substances synergiques, auxiliaires. — L'Aconitine a des analogies marquées avec la Vératrine, la Sabadilline, la Golchicine; elle en a de plus étroites avec la Delphine et les principes actifs d'un grand nombre deRenonculacées âcres et vénéneuses, particulièrement avec celui de la Renoncule scélérate. Une étude plus approfondie permettra peut- être de trouver dans ces dernières substances les meilleurs succédanés de l'Aconitine. Par son action paralysante sur les extrémités des nerfs moteurs elle se rapprocherait de la Gurarine d'après Grébant. Le Sulfate de Quinine et le Rromure de Potassium pourraient lui être associés à titre d'adjuvants.
Substances antagonistes , incompatibles. — Antidotes , contrepoisons. — ■ Les antagonistes de l'Aconitine sont la Strychnine et les poisons convulsivants, ainsi que les stimulants, et l'Opium aussi à certains égards. Plusieurs de ces médicaments sont donc incompatibles dans la même formule, et d'un autre côté ils conviennent pour neutraliser dynamiquement les
ACONITJNE.
effets toxiques de l'Aconitine, dont ils sont les antidotes proprements dits, de même que le Tannin et l'Iodure ioduré de Potassium en sont les contrepoisons chimiques.
Usages. — Par ses propriétés physiologiques si caractérisées, l'Aconitine est naturellement désignée pour combattre les affections éminemment douloureuses, spécialement les névralgies congesiives (Gubler). Elle a réussi contre les névralgies acrodyniques (Gubler) ayant leur siège dans les extrémités des membres où abondent les corpuscules de Pacini, et que n'avaient pas modifiées sensiblement la Morphine et l'Atropine à hautes doses. Les plus beaux succès ont été obtenus par la majorité des praticiens et par moi-même dans les cas de névralgie du trijumeau (Gulson, Roots, Brookes, Schroff, etc.). L'un des cas les plus remarquables s'est présenté à la clinique de Nélaton, chez un sujet à qui l'habile chirurgien avait antérieurement pratiqué la résection de toutes les branches du trijumeau, ce qui n'avait pas empêché les douleurs de reparaître aussi horribles, aussi persistantes que jamais. Le malade, réduit au désespoir et prêt à se suicider, réclamait avec instances une nouvelle opération, et l'on s'apprêtait à pratiquer l'extirpation du ganglion de Gasser, lorsque, sur ma recommandation, l'emploi de l'Aconitine fut décidé. Il fallut d'abord arriver à 14 granules de Hottot, soit 7 milligrammes par jour, pour faire céder la névralgie ; ensuite le calme put être maintenu par 10 et par 8 granules seulement. J'ai vu alors le malade, qui se trouvait si Lien qu'il disait « être dans le paradis. » Jamais aucun autre moyen ne lui avait procuré un soulagement si complet et si durable. Avec l'Aconitine cristallisée de Duquesnel, à la dose de 3 à 4 milligrammes seulement, par jour, j'ai également réussi à supprimer momentanément un tic douloureii^x qui arrachait des cris au patient et lui interdisait tout sommeil. Le même I moyen a fait disparaître pendant trois jours chez un de nos collègues les plus aimés une céphalée cruelle qui n'avait pas cessé un instant depuis plusieurs mois.
L'Aconitine s'est montrée efficace dans certaines affections douloureuses du cœur, et je pense qu'elle le serait également dans l'angine de poitrine. Avec elle Fleming a calmé les douleurs du cancer. On peut l'administrer avec avantage contre les affections irritatives et douloureuses des voies respi-
i ratoires et de l'appareil circulatoire : asthme spasmodique, toux convulsive, palpitations nerveuses, angor pecloris, même dans certaines formes de gas-
I tralgies sans phlogose de la muqueuse gastrique. Elle a été employée contre
I les crampes, le tétanos et les contractures, la chorée, etc., et même dans le
j délire et la folie.
Certains spécialistes l'ont recommandée, avec quelque apparence de raison, '. dans les surdités accompagnées de bruissements bizarres. Mais son usage ne ! me paraît pas rationnellement indiqué contre la dysenterie, ladiathèse purui lente, le farcin chronique, bien qu'on y ait eu recours habituellement en paj relis cas, et le plus souvent sans espoir de succès. Dans les états fébriles et les accès intermittents, dans quelques pyrexies, telles que i'érysipèle, il n'est
pas déraisonnable d'essayer l'action sédative de l'Àconitine, de même que dans certaines derraalgies, mieux appelées dermodynies, parce que ce n'est pas un rameau nerveux qui est affecté, mais plutôt une région qui est dou-' loureuse, et dans certaines affections cutanées hyperesthésiques. Mais cet; alcaloïde rend des services plus réels dans les formes aiguës douloureuses du rhumatisme et de la goutte, non pas surtout en poussant à la sudation ou à. la diurèse, mais an calmant à la fois l'éréthisme nerveux et vasculaire.
Toutefois l'Aconitine excite la sécrétion rénale, ainsi que le font les médicaments congénères, et peut servir en conséquence à la résolution des hydropisies.
Modes d'administration et doses. — C'est ici le lieu de rappeler les?: différences fondamentales qui existent entre les diverses Aconitines du commerce, celle d'Allemagne étant vingt à cinquante fois moins énergique que : les Aconitines amorphes d'Angleterre (Morson) ou de France (Hottot) et sur-tout l'Aconitine cristallisée (Duquesnel). C'est de ces deux dernières qu'il ' s'agit uniquement dans cette exposition.
L'Aconitine est administrée pure ou combinée avec l'acide sulfuriqne ou avec l'acide nitrique. En raison de son insolubilité, cet alcaloïde doit être; introduit à l'état de combinaison saline, lorsqu'il s'agit de le faire absorber* par des surfaces ou des tissus imprégnés de liquides à réaction neutre ou i alcaline.
Pour l'usage interne proprement dit^ la forme est h peu près indifférente, parce qu'il se rencontre ordinairement assez d'acides dans le suc gastrique ipour favoriser l'absorption des bases insolubles ou peu solubles par elles- mêmes. Ordinairement, l'Aconitine est adnttinistrée par la voie stomacale. 111 importe que l'estomac soit entièrement libre, afin que l'absorption ayant lieui rapidement, la substance médicamenteuse, éminemment altérable, n'ait pasî lelempsde se détruire. S'il existe de l'embarras gastrique, on aura recours? d'abord à un éméto-calhartique ou bien à un simple purgatif. Si la muqueuse ; de l'estomac est très-irritable, on associera l'Aconitine à des correctifs muci- lagineux ou gommeux et non narcotiques. La dose de l'Aconitine du Codex i est de 5 décimilligrammes; on la répète deux fois dans vingt-quatre heures s pour débuter; puis on donne successivement trois, quatre .... six et dix:; fois par jour une dose égale, c'est-à-dire qu'on élève successivement et avec : prudence la quantité journalière à 2, 3 et 5 milligrammes. Pour calmer • d'alroces névralgies, il faut quelquefois, ainsi que je l'ai vu, atteindre 7 mil- ■ ligrammes par jour : ce n'est peut-être pas la limite extrême. E. Hottot ù prépare des granules d'un de mi- milligramme qui facilitent l'administration i de cet agent héroïque. '
L'Aconitine cristallisée, dont la puissance me paraît réellement supérieure, devrait être administrée à dose plus faible, mais comme elle est combinée avec l'acide nitrique dans les granules de Duquesnel, j'ai pu sans inconvénient donner des granules de 1 demi-milligramme de Nitrate d'Àcomtine cristallisée dont chacun représente notablement moins d'alcaloïde pur qu'un
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granule de Hottot ne contient d'alcaloïde amorphe. La différence de solubilité à l'avantage du nitrate n'influerait pas sensiblement sur le résultat. Néanmoins, des expériences plus nombreuses et précises sont nécessaires pour fixer définitivement les doses efficaces d'Aconitine cristallisée.
Je n'ai employé qu'un petit nombre de fois Je Sulfate d'Aconitine de Hottot en solution alcoolique au 1/500% en injections hypodermiques. La dose minima était d'environ un tiers de milligramme, la dose maxima àe 1 milligramme seulement. La sensation de brûlure vive et prolongiée rend ce mode d'introduction assez pénible, et force à restreindre la diose employée dans chaque injection, sauf à multiplier le nombre de ces petites opérations pour obtenir un résultat décisif. Cette même solution pourrait servir en injections dans les oreilles pour combattre certaines surdités avec tintouins et autres bruits anormaux.
Les anciennes formules des préparations pharmaceuticpies de l'Aconitine doivent être toutes réformées, parce que les doses admises lorsqu'on ne possédait qu'une substance impure et peu active sont devenues vingt fois au moins trop fortes. Les Granules d'Aconitine de Hottot ne sont plus que de 5 décimilHgrammes au lieu de 1 centigramme, représentant la plus faible dose de l'Aconitine allemande ; le principe actif s'y trouve mélangé avec du sucre et de la poudre de gomme. Les granules primitivement fabriqués par Duquesnel avec le Nitrate d'Aconitine cristallisée n'étaient même que de i décimilligramme, mais cette dose est trop faible, et j'ai demandé à cet habile pharmacien de préparer des granules de T demi -milligramme qui m'ont donné d'excellents résultats.
La solution alcoolique, pour l'usage interne, ne doit pas contenir plus de 10 centigrammes d'alcaloïde pour 10 grammes de véhicule, ce qui donne 1 milligramme du principe actif pour 2 gouttes. Il serait même bon de la diluer davantage pour l'introduire dans le tissu cellulaire par la méthode hypodermique; la solution au 1/500° est suffisamment coucentrée, mais j'ai employé depuis lors et je préfère la solution au 1/1 000°, parce que chaque seringuée représente un milligramme de iprincipe actif, c'est-à-dire la dose la plus convenable pour une injection.
Les préparations pour l'usage externe sont appelées à subir également des réductions, mais en proportions moindres. Il suffit de 10 centigrammes d'Aconitine pour 30 grammes d'axonge, d'huile d' olive ou de glycérine, ce qui est la formule de la Pommade de Broches.
CICUTINE, CONICIKE, COIWI9IE, Cicutina seu Cicutinum. Angl. Cicutina or Conia. — AU. Cicutin.
Sans la présence d'une molécule d'azote, la Cicutine (C'H'^Az) serait un h-ydrogène carboné. Aussi se présente-t-elle sous forme d'un liquide alcalin huileux, jaunâtre, volatil, soluble dans l'alcool et l'éther et capable de dissoudre le soufre et le phosphore (Van Ankum). Les sels de Cicutine sont cristallisables et déliquescents, non volatils, solubles dans l'alcool.
Cet alcaloïde, extrait des semences de la Grande Ciguë (Conium maculatum) et de quelques autres Ombellifères de la tribu de Gicutariées, présente quelques singularités relativement à sa manière de se comporter vis-à-vis ^ des dissolvants ordinaires. Non-seulement il est plus soluble dans l'eau à froid qu'à chaud, mais, une fois dissous dans quatre parties d'alcool, il supporte sans se précipiter l'addition de l'eau, ce qui doit faciliter singulièrement son emploi thérapeutique, puisque l'eau pure à la température ordinaire n'en dissout qu'un cinquième de son poids.
L'alcaloïde delà Grande Ciguë n'est pas un corps chimique toujours identique avec lui-même ; on peut dire au contrïire que les sortes commerciales sont aussi variées que les lieux de production et les procédés d'extraction. Que la Gonicine soit, comme le veut Wertheim, de l'Ammoniaque AzH' dans laquelle 2 molécules d'hydrogène seraient remplacées par un radical diatomique, le Gonilène G"H", cela n'intéresse que la chimie; mais ce qui nous importe davantage c'est la découverte de Von Planta et Kékulé : que la Gonicine est un mélange de deux bases ternaires, la Conine C'H'^Az et la Méthylconine C'H"Az. Nous comprenons, en effet, que ce mélange ayant lieu en proportions diverses, les symptômes doivent varier de même, à la suite de l'intoxication par le principe actif de la Ciguë. Ainsi s'expliquera tout à l'heure la diversité des résultats obtenus par les différents observateurs qui, dans ces derniers temps, se sont occupés de la question. La présence de l'Ammoniaque, signalée dans certaines Conicines du commerce par Grum Brown et Th. Fraser, augmenterait encore la complexité des effets physiologiques.
Action physiologique. — La Cicutine possède une odeur vireuse, forte et pénétrante, intermédiaire entre celles du tabac et de la souris, un goût acre analogue à celui du tabac.
La Cicutine est douée d'une action topique violemment irritante, constatée par tous les expérimentateurs et sur laquelle insistent particulièrement J. Harley et Martin-Damourette et Pelvet. Il en résulte de la douleur, du spasme et de la fluxion sanguine ou même de l'inflammation, ainsi que des altérations anatomiques variées. Des doses fortes appliquées sur un cordon nerveux en font pâlir les fibres, dont le contour s'efface, la myéline se dissout et s'échappe (Martin-Damourette et Pelvet). Des altérations analogues se produisent sans doute dans les fibres et les cellules des centres nerveux, conformément aux recherches de Jacubowitch et de Roudanowsky. Les fibres musculaires se brisent, se segmentent par le travers en tronçons plus ou moins épais. Les globules sanguins semblent avoir un noyau plus gros et plus apparent; leur surface devient granuleuse; le protoplasma refoulé en couche mince vers la périphérie se dissout bientôt en magma homogène. L'épithêlium subit immédiatement la même transformation chez la grenouille et se résout en une matière amorphe, visqueuse. Los animaux inférieurs (paramécies, vorticelles, etc.), après une période d'excitation suivie de stupeur, subissent les altérations des éléments histologiques et
CIGUTINE, GONICINE, GONINE. "85 laissent exsuder des gouttelettes huileuses dans une solution de Conicine au 150".
Autour des plaies d'inoculation la Conicine provoque le gonflement des capillaires, le ralentissement et la stase du sang, puis la dissolution des hématies dont la liqueur brune-noirâtre colore d'une teinte ecchymotique le pourtour de la piqûre. Tous ces faits ont été révélés par Martin-Damourette et Pelvet.
Quand la dose d'alcaloïde est légère, l'impression irritative produite d'abord ne tarde pas à être remplacée par des phénomènes de colliquation musculaire et de stupéfaction locale.
Ingérée dans l'estomac, la Gicutine y cause de la chaleur et des nausées, occasionne du malaise et de légers ver liges par action sympathique. A cela se bornent les effets topiques et réflexes. Quant aux symptômes généraux, leur étude clinique présente encore un grand nombre de lacunes que l'observation des animaux est impuissante à combler.
L'action diffusée des doses faibles est obscure, fugace, et l'analyse délicate des phénomènes du cicutisme léger n'a pas encore été faite avec tout le soin désirable. Généralement les thérapeutistes, malgré l'importance souvent exagérée accordée à ce médicament, n'ont pas étudié de près les effets physiologiques du principe actif de la Giguë et se sont contentés de rapporter les résultats bons ou mauvais du traitement. Quant aux vivisecteurs, ils n'ont guère pu discerner que les désordres les plus grossiers engendrés par les doses massives. Le cicutisme tel qu'il se trouve décrit à peu près partout dépasse déj k les limites thérapeutiques pour entrer dans le domaine de laftoxicologie. Toutefois, il y a des degrés dans cet état morbide artificiel, et je vais essayer de les indiquer.
Les premiers indices du cicutisme perceptible [chezinos malades, et dont l'étude a été bien faite par John Harley sur lui-même et sur quelques autres personnes, consistent dans une sensation de langueur, d'amollissement, survenant une demi-heure ou trois quarts d'heure après l'ingestion de la dose efficace et se transformant en alourdissement avec affaiblissement considérable du pouvoir musculaire. On éprouve d'abord de l'éloignement pour tout exercice, puis de la difficulté k s'y livrer^même en faisant effort, enfin l'impossibilité de le faire. Après avoir été incertaine, la marche devient vacillante, les genoux fléchissent, les jambes semblent se dérober sous le poids du corps. En même temps on ressent de la lourdeurldans les yeux, du trouble dans la vision qui est comme voilée et nuageuse, surtout appliquée aux objets petits et rapprochés. Chaque mouvement des yeux pour s'attacher sur un objet nouveau augmente momentanément ce trouble etjdevient l'occasion d'un étourdissement. Bientôt les pupilles se dilatent , largement, les paupières tombent et les yeux se ferment malgré la volonté du sujet. Et néanmoins, tandis que le reste du corps semble diposé au sommeil, l'esprit veille, travaille, conserve son calme et sa lucidité. Il reprend toute son alacrité et toute son intensité d'action dès que la torpeur motrice s'est dissipée,
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ce qui arrive une heure environ après le début de l'action médicamenteuse. On observe au commencement de l'apparition des symptômes une accélération, du pouls qui est instantanée et que J. Harley met justement sur le compte de l'émotion. A cette première période aucune altération de la sensibilité n'a été notée, ni par le savant physiologiste anglais, ni par d'autres observateurs; j'ai pourtant lieu de croire que le tact est légèrement modifié dans le sens de l'analgésie.
Dans une deuxième phase, à laquelle les cliniciens pourraient k la rigueur assister s'ils administraient des doses fortes de plusieurs milligrammes d'alcaloïde par jour, il existe du vertige, de l'anxiété précordiale, des palpita^ tions sans accélération du pouls, des mouvements respiratoires plus fréquents, de la pâleur périphérique, avec léger accroissement de tension vasculaire, et des pupilles contractées, La sensibilité paraît exaltée parce que les mouvements réflexes se produisent avec plus de vivacité qu'à l'état normal, mais il est probable qu'elle est diminuée. Les forces musculaires, auparavant languissantes, sont maintenant en résolution et le sujet demeure dans une altitude abandonnée. Enfin la diurèse aqueuse est accrue elles mictions sont plus fréquentes.
A une période plus avancée de l'intoxication, ou bien d'emblée quand la dose du poison est excessive, il survient une véritable ataxie des fondions médullaires : accroissement exagéré des actes réflexes, tremblement,, brusques retraits des membres, contractions cloniques et toniques. Boutron- Gbarlard et 0.. Henry ont observé d'horribles convulsions accompagnées de cris déchirants.
C'est là une pha^e de transition qui conduit à la période de coUapsus caractérisée par une prostration croissante, avec troubles visuels, dilatation pupillaire, embarras de la langue, résolution des forces et plus tard paréae, puis paralysie véritable,, débutant par les nduscles volontaires et finissant par atteindre les fibres de la vie organique. La sensibilité elle-même diminue progressivement. Les animaux, tombent ainsi dans une impotence motrice'accompagnée de torpeur; mais, ni chez eux. ni chez l'homme,, oa n'observe pour ainsi dire aucun trouble cérébral ou psychique, et le délire paraît aussi étranger à la symptomatologie de la Gicutine qu'à celle de la Nicotine. En revanche, le syndrôme du cicutisme grave se complique de tous les accidents consécutifs à la suppression de l'innervation molrice dans les appareils circulatoire et respiratoire. La respiration se ralentit et s'embarrasse, les contractions cardiaques se précipitent à mesure qu'elles s'affaiblissent ; le pouls devient petit et presque imperceptible, le visage d'une pâleur cadavérique ; les pupilles sont énormément dilatées. Puis- les vaisseaux perdent leur tonicité, les capillaires se laissent distendre par un sang mal oxygéné. Enfin la cyanose se prononce, l'animal se refroidit, tombe dans la stupeur comateuse^ l'algidité, et meurt au milieu des symptômes de l'asphyxie ultime.
Cet ensemble phénoménal est sujet à varier selon l'espèce animale ou les
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1 dispositions individuelles, selon les doses et la constitution chimique de l'alloïde. Ainsi un homme bien portant, vigoureux, richement innervé, résistera bien plus qu'un sujet affaibli par les maladies, par les plaisirs de l'amour ou toute autre circonstance. On prétend aussi que l'activité musculaire s'oppose aux effets toxiques de la Gonicine, et qu'un enfant turbulent a plus de chances d'y échapper qu'un homme sédentaire et inactif. D'un autre côtéy des doses quotidiennes considérables mais fractionnées sont relativement bien tolérées et ne produisent que, les phénomènes: de la première période, tandis qu'une quantité massive prise d'un coup détermine instantanément des symptômes de: la plus haute gravité et même la mort subite. En effeb, la:Gicutine est comparable pour la violence aux poisons les plus meurtriers : Aconitice, Atropine, Digitaline, Acide- prussique. Son- exlrêm© puissance, encore favorisée par sai volatilité, rappelle la subtilité redoutable des poisons fameux,, usités au seizième siècle et dontil suffisait d'imprégner une lettre, um bouquet ouiune paire de ganta pour se débarrasser à coup sûr d'im personnage gênant ou abhorré.
0 Mais ces circonstances^ ne modifient guère que la marche ou L'intensité des accidents; tandis qu^ la. qualité de l'alcaloïde change en> même temps l'as-r pect du cicutisme en accentuant certains traits et voilant ou effaçant les aurtres. Tantôt on voit prédominer les phénomènes convulsifa, ou d'ataxie^ spiualoj sur les phénomènes paralytiques ; d'autres fois au contraire, et l'exem- . pie de Socrate en est la .preuYe^ la viei s'éteint sans lutte' apparente, et le collapsus musculaire survient, ainsi que la stupeur, sans avoir été précédé de ces grands désordres de la motricité. Ce dernier cas se présente avec la Gonicine de Christison, où l'alcaloïde est plus pur; le premier se produit avec la Gonicine de Morson, dans laquelle, selon G. Brown et Fraser;, l'analyse chimique démontre une forte proportion de Méthyl-conine. Or; les deux savants anglais rem^irquent justement que l'action de la Méthyl-conine se rapr- ■ proche de la Conine de. Morson en ce qu'elle seport'C davantage sur la moelle épinière et moins sur les nerfs moteurs, et je pense avec eux que la. prépondéf ance de cet alcaloïde, dérivé détermine, en partie du moins, les différences, pharmacodynamiques qui séparent la Cicùtine d^ Christison d'avec celle de Morson, Mais ces différences reconnaissent encore bieni d'autres causes, puisque la Gonicine de Morson ne se comporte pas exclusivement à la manière d'un mélange de Gonine et de Méthyl-coninei. En effet, cette dernière Ganicine ne possède qu'une activité léthale bien inférieure à. celle delà Méthyl-conine, laquelle est sensiblement égale à. celle delà Gonicine de Ghiistisoa, et cette inégalité n'existerait pas si l'action: delà Gonicine représentait simplement une résultante, de deux forces' sensiblement égajles entre elles et agissant dans le même sens. L'objection< se présente également quand Ott considère la di versité d'allure des effets physiolo;jiques dans la Gonicine de Morson et la Méthyl-conine (Gr. Brown et Fraser), celle-ci produisant à dose faible la paralysie nerveuse et à dose forte la paralysie spinale, ce qui esti'mverse de l'autre. Il faut donc de toute nécessité admettre dans la Go-
nicine de Morfon une modification moléculaire de la Conine ou bien un principe particulier qui pourrait bien, dans l'opinion de C. Brown et Fraser, n'être autre chose que de l'Ammoniaque. '
La Cicutine a été retrouvée dans le sang. On dit qu'elle s'élimine par leg' urines ea déterminant dans les reins un certain degré d'irritation sécrétoire, mais je pense qu'elle est entraînée par les voies respiratoires, d'où s'ét happent principalement les substances volatiles.
En elïet, malgré les recherches les plus méthodiques et les plus minutieuses, J. Harley n'est pdînt parvenu à démontrer la présence de la Conine dans le produit de la sécrétion rénale, ce qui le porte à croire que l'alcaloïde se détruit dans l'économie avant d'arriver aux éraonctoires. La facilité avec laquelle se transforme le principe actif des Ciguës rend cette opinion* plausible. D'ailleurs j'ai fait connaître des faits analogues à l'occasion de la Buxine et de l'Aconitine, qui, possédant les caractères chimiques des alcaloïdes types, se comportent pourtant dans l'organisme à la manière des glucosides.
Les lésions anatomiques trouvées sur le cadavre sont peu caractéristiques d'après Tardieu et les médecins légistes, à l'exception peut-être de celles dusang qui est noirâtre et liquide, dans les vaisseaux aussi bien que dans le ven tricule distendu. Des hypérémies passives, des taches ecchymotiques, parfoi d'aspect gangréneux sur la muqueuse stomacale : voilà à peu près tout ce qu'on remarque dans les viscères chez les sujets qui ont succombé à l'empois' sonnement par le principe actif delà Ciguë.
Essayons d'édifier sur cette anatomie pathologique succincte et sur la sé-^ miologie plus circonstanciée qui précède, la théorie pharmacodynamique d la Conicine.
Les opinions sont nombreuses et disparates. Un auteur moderne, le doc teur Casaubon, considérant la Cicutine comme un poison des hématies,' fait dériver tous les troubles organiques des altérations des globules qui accompagnent l'état noirâtre et déliquescent du sang. Cette vue se trouverait en quelque sorte confirmée par les observations intéressantes de Martin-Damourette et Pelvetsur l'état du fluide sanguin au voisinage des plaies d'inoculation de l'alcaloïde.
On pourrait encore invoquer en sa faveur l'analogie, et je rappellerais que leNitrite d'Éthyle est manifestement un poison des globules. J'ai moi-même assigné ce rôle à l'Acîde cyanhydrique. Néanmoins on reconnaîtra qu'il est difficile de faire pivoter, autour de cette lésion des corpuscules sanguins, tout le cortège des symptômes du cicutisme, où prédominent les phénomènes nerveux et parmi lesquels les lésions de l'hématose sont les dernières à paraître. Cette considération nous ramène aux idées actuellement régnantes et qui, plus ou moins modifiées, ont eu cours à toutes les époques de la science.
L'alcaloïde de la Ciguë est généralement envisagé comme un poison du système nerveux; seulement, suivant la période de son action et suivant l'as-
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pect de la scène morbide, on a cru pouvoir en faire tantôt un excitant, tantôt un stupéfiant soit de la sensibilité,' soit du mouvement. Sous ce dernier rapport l'éclectisme nous est commandé par l'observation attentive des faits cliniques et expérimentaux. La Gicutine porte à la fois son influence sur le sentiment et sur le mouvement, mais sur celui-ci plus que sur l'autre. En outre, malgré les apparences, son action est aa fond toujours stupéfiante; car l'excitabilité de l'animal, au début du cicudsme toxique, ne prouve pas autre chose que la facilité de mettre en jeu les contractions autonomes et les actes réflexes, et cette irritabilité spinale, loin d'être la preuve d'un accroissement de puissance motrice comme dans le stryclmisme, signifie tout au contraire "selon moi que le centre spinal a perdu de sa faculté cohibitive et se décharge sous le moindre prétexte. Dans mon opinion, les convulsions parfois observées ressemblent à celles qui dépendent de l'épuisement sanguin.
D'ailleurs l'action narcotique de la Gonicine, admise par Schroff, Guttmann, etc., est directement démontrée par ses effets anodins bien connus des anciens thérapeutistes, ainsi que des peuples du nord de l'Europe, et constatée dans les belles expériences de Martin-Damourette et Pelvet,
Ceux-là mêmes qui refusent à la Gonicine toute influence sur les nerfs de sentiment reconnaissent que cat alcaloide est parfois [l'un des meilleurs sédatifs de la douleur. Gette efficacité est surtout remarquable à l'occasion des soufî'rancesde la cinquième paire et J. Harley proclame la Gonine un remède souverain contre la dentition douloureuse des enfants ; seulement, il pense que le résultat thérapeutique doit être mis sur le compte de l'action calmante exercée sur l'appareil nervo-moteur. Mais le cas relaté plus loin, où John Hunter observa l'anesthésie générale, ne comporte pas une telle interprétation et met hors de doute l'action stupéfiante de la Gicutine sur la sensibilité.
Quant à l'action hypocinétique de cet alcaloïde, elle est d'une évidence palpable et se manifeste successivement par la langueur, la parésie et enfin la paralysie véritable, envahissant tour à tour les appareils des mouvements volontaires, ceux de la vie végétative et jusqu'aux puissances respiratoires et circulatoires.
Aucun doute ne saurait exister sur la .réalité de ces résultats, la difficulté ne commence que quand il s'agit de déterminer le point précis du système moteur qui est spécialement et primitivement atteint. Or, malgré le sentiment de Reil partagé par George B. Wood, je pense que le cerveau dans ses parties les plus élevées et notamment les circonvolutions, échappe presque complétementà l'influence du poison des Gicutariées. Peut-être cette in - Iluence s'exerce-t-elle sur certains éléments de l'isthme et des pédoncules cérébraux qui sont des expansions de la moelle ou sur les ganglions encéphaliques qui en sont des annexes, et spécialement sur les corps striés comme le veut Harley; mais j'admets avec Ghristison, Danilewski, que la moelle épinière est plus frappée par la Gîuicina que toute autre division du système
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nerveux. Cet alcaloïde ferait éleclion de la moelle aussi bien que la strychnine, mais pour y éteindre la force excito-motrice ou peut-être pour en faci- . liter la dépense et ncm pour en accroître l'intensité ou la quantité.
La paralysie spinale est rigonreuseraent démontrée par l'expérience suivante 'de G. Browu' et iFraser. Aucun mouvement réflexe ne peut plus être ; obtenu dans une patte de grenouille soustraite à l'empoisonnement par la li- \ gature de l'artère, bien que la fibre musculaire reste irritable et que le nerf \ sciatique galvanisé détermine des contractions dans -le membre préservé, : Ma,is on n'a jamais vu la moelle épinière épuisée avant que la neurilité ne S fût complètement perdue dans les nerfs moteurs ; tout au contraire les nerfs exodiques ont déjà cessé de conduire le courant excitateur des mouvements lorsque le centre spinal conserve 'encore une partie de sa force et que la sensibilité subsiste à un certain degré. C'est ce qui ressort principalement de l'ensemble des expériences de G. Brown et Fraser comme de celles de Martin- Damourette et Pelvet. Aussi la plupart des auteurs font-ils du phénomène leiplus apparent du cieutisme toxique une paralysie d'origine périphérique, sauf à fixer en des points différents le siège deila lésion. On s'accorde cependant pour éliminer les gros coïdons et restreindre l'altération soit aux filets terminaux (Martin-Damourette et Pelvet), soit même aux plaques terminales des nerfs moteurs (Lemattre) ou bien au médium unissant de ces plaques avec les fibres ' contractiles ( Vulpian). Il ressort de celte concordance non pas que les troncs nerveux sont indemnes de toute ^affection; mais 'simplement, quîilsFésisteiltidavantage, comme fait habituellement la moelle ellemême.
Au résumé, la Gonicine est essentiellement "un 'médicament hypocinétiquB" ou uni poison paralysant, dont l'action anesthéBique est relativement sans importance et^dout Tinfluence sur le cerveau est insignifiante. Les effets des doses thérapeutiques se font sentir sur l'appareU des mouvements volontaires et plus particulièrement sut : les muscles imtrinBègues et extrinsèques des yeux. Il en résulte la difficulté ou l'impossibilité de l'adaptation visuelle, o'est-à-dire une preâbyopie temporaire. Les effets des doses tQxiques sont en partie l'exagér^tibn des phénomènes précédents; seulement la paralysie 'est souvent précédée d'ataxie, la résolution fait suite à des convulsions hypoilhéniques (Gubler), l'épuisement eît la' conséquence d'un excès d'action. En outre la paralysie s'étend des muscles dé la' vie de relation à ceux de la vie organique ^et compromet les fonctions les i plus indispensiables à rexistence,'savoir Jacirculation etjla respiration, d'oîil'anoxémie sur laquelle j'ai le premier insisté ' dans mes Commenïmm (I 8ô8) et dont les conséquences ont été bien développées dans les travaux subséquents. iTel est au fond le mécanisme physidlogiqneidu cîCufisme aigu.
On pourrait admettre xm^tiauii'Sme constUutionn'el'ptoàmt Tp&T l'usage chronique de doses quotidiennes capables chacune de produire des effets physiologiques plus ou moins visibles.
11 serait caractérisé par des paralysies du mouvement et même du sen-
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timent, secondement par l'anaphrodisie (Arétée) et par l'impuissance obtenue sur eux-mêmes par les prêtres, égyptiens d'après saint Jérôme , et en troisième lieu par des modifications nutritives qui se traduiraient à la fois par l'accroissement de l'embonpoint et par la résorption des plasmas ou des tissus morbides.
John Hunter rapporte le cas d'un homme soumis pour des ulcères au traitement par la ciguë, à la dose croissante.de l à 2 oncesiet demie d'extrait par jour, qui présenta de l'amblyopie, de l'aphonie, du relâchement des masséters, une paralysie temporaire des extrémités inférieures, une ou deux fois la perte du sentiment et qui, plongé tous les soirs dans l'intoxication cicutique, n'en vit pas moins sa santé s'améliorer en même temps que guérissait l'affection locale. Avec des doses moindres mais produisant néanmoins des effets physiologiques et continuées pendant deux à six mois, Harley a constaté invariablement l'accroissement de Ja nutrition, ainsi, dit-il, que de la vigueur du corps, ce qu'il attribue avec vraisemblance à la cessation de l'irritation centrale qui s'opposait à l'accomplissement régulier des actes nutritifs.
Cependant il est permis de se demander si l'augmentation du poids, principal moyen d'évaluation de l'activité nutritive, ne serait pas la conséquence du ralentissement fonctionnel opéré par la Conicine dans l'appareil nervomoteur. Ne voit-on pas l'embonpoint augmenter considérablement chez des sujets tombés en paralysie ou privés de leur virilité ? Martin-Damourette et Pelvet trouvent dans les modifications du sang engendrées par la Gicutine les conditions d'une action altérante proprement dite, faisant sentir son influence sur la nutrition et même sur la formation. Nous discuterons cette manière de voir à propos de l'emploi de la Ciguë dans les hétéroplasies.
Substances SYNERGIQUES, auxiliaires. — Les alcaloïdes de la Belladone, de l'Aconit, du Tabac, de la Lobélie, et surtout de la Phellandrie, de la Ciguë vireuse et de la plupart des autres Cicutariées, sont synergiques de celui de la Grande Ciguë. Gomme la Gicutine, ces subtances diminuent ou ■ abolissent l'irritabilité musculaire, la conduction des nerfs moteurs et la force excito-motrice de la moelle.
Les principaux alcaloïdes de l'Opium, les hypnotiques, les narcotiques et les stupéfiants, les anesthésiques enfin sont des adjuvants souvent très-Utiles de l'alcaloïde de la Ciguë. La Conicine n'est pas sans analogie avec l'Êsérine, mais elle ressemble surtout h la Curarine (Pélissard, Jolyet et André Cahours) par son action paralysante sur les extrémités périphériques des nerfs moteurs, à l'exclusion des parties plus centrales du système nerveux et des muscles eux-mêmes.
Comme poison du sang on a essayé de la rapprocher de l'Acide prussique bien que le mode d'action de ce dernier me paraisse fort différent. Sous ce rapport la Gicutine me paraît plus voisine de l'Ammoniaque.
Considérée à l'état de pureté, la Gonine aurait pour analogue la Méthylconme, dont nous avons indiqué les propriétés convulso-paralysantes, et
pour semblables la Diméthyl-conine, qui produit uniquement lâ paralysie sans phénomènes spasmodiques, et l'Éthyl-Conine ainsi que l'Iodure d'Éthylconium dont les actions sont à la fois moins énergiques et plus passagères que celles de l'alcaloïde type.
Le principe actif de VŒnanthe crocata, ferait exception parmi ceux des Ombellifères, puisque d'après les recherches intéressantes du docteur P. Bloc, il devrait au contraire prendre place parmi les poisons tétanisants.
Substances antagonistes, incompatibles. — Antidotes, contre-poi- JONS. — Les antagonistes directs, mais partiels, de la Gicutine sont l'Œnanthe safranée, la Picrotoxine et les poisons convulsivants des Strychnos, qui ne peuvent cependant en être considérés comme les antidotes dynamiques. L'alcool, le café et les stimulants diffusibles, aidés par les rubéfiants et les autres moyens d'excitation extérieure, rendraient plus de services dans un cas d'empoisonnement par la Ciguë.
Les contre-poisons chimiques sont les astringents tanniques et l'Iodure ioduré de Potassium, peut-être le Chlore et le Brôme en qualité de corps avides d'hydrogène. Recommandés aussi comme tels à une certaine époque, les acides ne peuvent que favoriser l'action de l'alcaloïde.
Usages. — En partant des données de la physiologie nous trouvons à la Gicutine un assez grand nombre d'applications rationnelles par lesquelles nous allons commencer.
Son action hypocinétique, qui 'est la dominante, rend l'intervention de cet alcaloïde particulièrement opportune dans les affections spasmodiques et convulsives : ainsi, dans la contracture idiopathique, dile des nourrices , mais qu'on observe également chez les rhumatisants, dans le décours de la fièvre typhoïde et dans beaucoup d'autres états diathésiques; ou bien dans les contractures symptomatiques de lésions des cordons ou des centres nerveux et spécialement dans celles de caractère réflexe et d'origine périphérique qu'on voit survenir à l'occasion des inflammations ulcéreuses et autres occupant la peau, les muqueuses ou bien des tissus plus profondément situés. A cette dernière catégorie appartiennent le trismus provoqué par les ulcérations de la bouche, au voisinage de la dernière molaire, et la tension douloureuse de l'œil, l'un des éléments de la photophobie qui accompagne la kératite et les inflammations de l'appareil iridien. Harley rapporte un cas de kératite interstitielle avec photophobie intense où la Gigue fit merveille. Je la crois utile topiquement contre le myosis et la contraction de l'orbiculaire palpébral,dans les ophthalmies chroniques scrofuleuses et autres, indépendamment de toute action supposée altérante. C'est encore en mettant les muscles péri-articulaires dans le relâchement qu'elle aide selon moi à la curation des athrites subaiguës et chroniques, et par extension, je pense qu'elle ne serait pas sans avantages dans le rhumatisme articulaire aigu.
Elle a réussi également contre le tétanos spontané et traumatique (Œsterlen, Fergusson, Stewart, Gorry); à plus forte raison fait-elle céder les accidents tétaniformes engendrés par les poisons convulsivants: Strychnine,
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lîrucine, Picrotoxine, etc.; cependant si le strychnisme est très-violent, les Joses de Gonicine nécessaires pour calmer les contractions tétaniques sont si fortes qu'elles deviennent à leur tour dangereuses. Alors les deux actions toxiques s'ajoutent et Pereira a vu la mort accélérée par l'addition des effets e la Conine à ceux de la Strychnine. Nous avions donc raison de mettre en ..oute la valeur antidotique réciproque de ces deux substances partiellement antagonistes.
On a traité parla Ciguë avec plus ou moins de succès, la dysphagie spasmodique (Hufeland), les spasmes hystériques, la nymphomanie, le satyriasis (Arétée) et le priapisme. Martin-Damourette et Pelvet la conseillent contre les pertes séminales et les spasmes locaux, liés aux inflammations de l'urèthre et de la vessie. Je l'ai employée avec avantage, associée au bromure de potassium, contre la spermatorrhée convulsive et les contractures de l'appareil uro-génital.
Dans la dysenterie laConicine peut aussi combattre l'élément spasmodique, de même que dans les affections de l'appareil respiratoire sur lesquelles nous reviendrons. Mais les convulsions cloniques obéissent encore à l'influence de cet alcaloïde qu'on a vu réussir contre l'hystérie, la chorée et même (Sauvages) contre l'épilepsie. Pour ma part je recommande la combinaison de l'acîionhypooinétique de la Gicutine avec celle du Bromure alcalin lorsque les accès de la'maladiecomitiale sont très-violents et très-répétés. John Harley à son tour, confirmant les observations de ses devanciers, se loue des effets delà Ciguë non-seulement dans les accidents tétaniformes, mais aussi dans le cas de crampes nocturnes, de convulsions infantiles, de laryngite striduleuse, et, dans les formes spasmodiques des affections des voies respiratoires, dans le délire-tremblant, la paralysie agitante, la chorée et l'épilepsie.
La coqueluche a été calmée par la Ciguë (Schlesinger, Butter, Odier) et par la Gicutine (Spengler).Le succès doit êtreattribué spécialement k l'action hypocinétique ; néanmoins les effets anesthésiques de la Gonicine, bien que relativement peu développés, ne sont pas étrangers au résultat. Leur réalisation semble même d'autant plus facile que la muqueuse respiratoire est probablement la principale surface d'exhalation de cet alcaloïde volatil. A ce double titre d'acinétique et de narcotique la Gicutine est efficace non-seulement dans la toux quinteuse et les accès d'asthme'pulmonaire, mais encore dans les diverses affections où se mêlent le spasme et ladouleur : dans beaucoup de névralgies, dans le tic douloureux, où il serait bon de l'associer à l'Aconitine, et même, ainsi que nous l'avons dit tout à l'heure, dans un certain nombre de phlegmasies : arthrites, pleurésie pariétale, surtout diaphragmatique, etc.
L'effet stupéfiant, anodin de l'alcaloïde de la Ciguë se ferait sentir isolément, dans les cas d'applications topiques sur la peau dénudée, sur des plaies et des ulcères ou bien sur des muqueuses, mais à la condition que la substance active fût suffisamment diluée pour être dépouillée de toute âcreté.
La Cicutine peut devenir un agent de la médication hypnotique en amenant un calme profond dans tout le système moteur, mais ce n'est point un somnifère direct à la manière de l'Opium, Il n'y a pas grand secours à en attendre comme modificateur des fonctions cérébrales dans la folie. Enfin son action : diurétique est trop incertaine pour qu'on soit tenté d'y recourir alors que nous j possédons pour remplir cette indication un grand nombre d'autres médica- ; ments plus maniables et meilleurs. \
L'action nocive de la Cicutine sur les organismes inférieurs pourrait être utilisée si le remède ne devait pas être quelquefois aussi dangereux pour le sujet que pour le parasite. Cependant Maulucci n'a pas craint de l'administrer contre le tœnia, et il a réussi à l'expulser deux fois, sans trop de dommage pour les malades, mais non sans accidents toxiques. L'exemple donné par notre confrère italien ne sera pas suivi par les prati- ciens prudents, qui se garderont également d'employer le poison de la Ciguë soit contre les dermatoses épiphytaires, soit contre le sarcopte de la gale. L'alcaloïde de la Ciguë ne mérite pas davantage de prendre rang parmi les substances antiputrides, antiseptiques ou antizymotiques, quoique la décoction de la plante ait été recommandée en injections par Autenrieth au début de la fièvre puerpérale. Enfin l'usage qu'on en a fait contre la gangrène sénile ne se justifierait que par les effets stupéfiants de cette substance dans une maladie éminemment douloureuse. sà
Ici se terminait naguère notre liste des applications de la Cicutine imposées ou du moins légitimées par la connaissance de ses vertus physiologiques; car l'action diaphorétique dans les fièvres graves n'a été demandée qu'à la Ciguë en nature ^Roy);' et d'un autre côté, malgré Fautorité de Parola et de ' Bottini, il est permis de douter qu'un principe actif, dont les effets sur le cœur ne se font guère sentir que dans la période toxique avancée, puisse être employé avec succès et sans inconvénient contre les palpitations cardiaques, ou bien comme l'a fait Wertheim, pour déprimer le pouls dans la forme inflammatoire du typhus et pour couper la fièvre intermittente. Aujourd'hui la tentative faite par Martin-Damourette et Pelvet pour ramener à une explication scientifique les résultats obtenus contre le cancer et les formations héléromorphes, semble nousinviter à élargir davantage le cercle des applications • rationnelles delà Ciguë et de son principe actif.
Empiriquement, la Giguë n'a guère été préconisée que comme spécifique du cancer ou bien de la scrofule et de la tuberculose : sous forme de topique, par Hippocrate, Avicenne, A. Paré, Ettmuller, Lémery, etc.; à l'intérieur, , par Renéaulme, puis par Storok et un grand nombre de praticiens plusmo- ■ dernes. Je 'ne répéterai pas à ce propos que les prétendus spécifiques sont des chimères, et je n'arguerai pas de ce que, dans mon opinion, les états ^ diathésiques qui. engendrent des altérations trophiques, telles que les cancéreuses ou les tuberculeuses, sont plutôt curables dans la race que dans l'individu, et obéissent mieux aux grandes influences hygiéniques qu'aux actions pharmacodynamiques. Sans voul'.ir me retrancher derrière ces fins de non- •
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recevoir, et tout en acceptant les effets résolutifs et fondants des préparations cloutées, je demande la permission d'élever des doutes sur la justesse des vues qui 'Ont dirigé les médecins dans l'interprétation des faits. En applications locales, la Ciguë a été vantée dès les temps antiques contr j les engorgements chroniques, contre les ulcères et les tumeurs de diverses natures. Les cas où elle semble avoir réussi sont innombrables et d'une infinie variété : affections de l'utérus (Hippocrate, Storck, Gullen, Blatin et Nivet, Devay, etc.); engorgement ;du testicule et de l'épididyme (.Avicenne, Tournefort, Dehaen, S. Gooper, Pinilla); engorgement laiteux des mamelles (Sennert, d' Outrepont), de la prostate (Soemmering) ; rhumatismes et arthrites chroniques (Storck, Quarin, Sarcone, Tournefort, Hufeland, Laboulbène, etc ) ; lésions scrofuleuses de la peau et des tissus superficiels, des ganglions lymphatiques, 'du système osseux (Storck, Van Swieten, Quarin, Haller, Tissot, Ahbert et un grand nombre d'autres praticiens) ; affections syphihtiques rebelles (Storck, Haller, Viventi, Hunter, Souville, Larrieu, Biett, iGazenave, Murawieff, etc.); ulcères de mauvaise nature, cacoëthes (Pline, Lécher, Bergius, Samuel Gooper, etc.) ; cancers, tumeurs squirrheuses et obstructions des viscères (Pline, Avicenne, Ambroise Paré, Renéaulme, Storck et une ioule de médecins jusqu'à nos jours).
A la -médication topique pourrait encore se rapporter l'emploi des fumigations de Giguë dans les maladies chroniques des 'voies respiratoires et la phthisie pulmonaire (Alibert).
-L'usage interne delà Giguë et de son principe actif a été plus récemment introduit dans la thérapeutique. Il date de Renéaulme, précurseur de Storck dans le traitement du cancer, et s'est étendu à la cure des autres affections diathésiques, la scrofule et la tuberculose (Storck, Scudamore, Biett, Macbride, Collin, Marteau de Granvilliers, Hufeland, Baudelocque, Trousseau etPidoux, Bazin, les:auteurs cités plus !haul, etc.).
^nsi les témoignages abondent en faveur de l'efficacité de la Gicutine contre une foule de maladies rebelles aux médications ordinaires. En présence de ce concert presque unanime, dans lequel se font remarquer les plus grands noms de la médecine, il. 'm''est impossible de mettre en doute l'ensemble des résultats favorables portés à l'actif de l'alcaloïde; mais je pense qu'une large part doit être faite aux erreurs de diagnostic, aux coïncidences et aux succès apparents.
Beaucoup d'engorgements bénins ont ' été pris pour des tumeurs de mauvaise nature; beaucoup de réductions de volume, dans les véritables cancers, dépendai^t soit du retrait vasculaire, soit de la résorption des exsudats inorganisés, ou bien encore de l'atrophie naturelle du tissu morbide, sans impliquer en rien- un commencement de guérison véritable, locale et générale ; en d'autres termes, sans que la Gonicine eût manifesté le pouvoir de supprimer la déviatiommorphologique dans le lieu où elle s'était établie, ni de modifier l'tlat de l'économie qui s'exprime par l'hypertrophie ou le géantisme et l'obésité des éléments histologiques.
Pour se rendre compte des bons eflets des préparations cicutées dans la plupart des cas, il n'est pas nécessaire d'invoquer une action spécifique, irréductible aux propriétés communes et pour ainsi dire banales des agents thérapeutiques. Par exemple, on expliquera les résultats des topiques: 1» par les eflets multiples de toute masse emplaslique : la soustraction de la surface au contact de l'air, la rétention dans leurs canaux, des produits de sécrétion de la peau, et cette sédation née à la périphérie, sous un enduit imperméable, laquelle se propage de proche en proche par une sorte de polarisation des éléments histologiques (Gubler) ; 2° par les propriétés anesthésique ou analgésique et antispasmodique que la Conicine partage avec les autres narcotiques et hypocinétiques ; 3° par les phénomènes mécaniques de contention et de compression légère exercées par Vemplâlre sur des tissus vasciilaires, engorgés de sang et d'exsudats. S'agit-il de la Gicutine administrée à l'intérieur, on invoquera souvent à juste titre ses propriétés calmantes pour la douleur et la con tracture, deux compagnes habituelles du travail inflammatoire, dans le cours des formations néoplasiques. Cette explication s'adapte particulièrement aux arthrites chroniques, dont la résolution s'opère aussi bien par l'immobilité dans un bandage contentif que sous l'influence d'un cicutisme prolongé; mais elle convient également aux états inflammatoires d'une allure lente qui s'observent dans le tissu cellulaire, le système lymphatique ou le système osseux et les viscères eux-mêmes, et qui entraînent à leur suite des engorgements simples ou bien des productions de mauvaise nature ; car il est certain que la cessation de l'éréthisme nerveux sensitif et moteur est une condition éminemment favorable à la disparition des phénomènes d'irritation vasculaire et parenchymateuse qui sont l'essence même de la phlegmasie.
L'alcaloïde de la Ciguë a-t-il encore un autre rôle plus spécial, sinon spécifique? La chose est au moins bien douteuse. Malgré la tentative de Martin-Damourette et Pelvet, de qui je me sépare à regret en cette circonstance, l'action altérante de la Conicine ne me paraît pas suffisamment établie. Sans doute cette substance, qui détruit les globules sanguins et l'épithélium, peut à la rigueur attaquer et détruire les cellules cancéreuses, mais seulement à la condition d'être appliquée en quantité massive sur le tissu morbide. Or, le fait ne se produira jamais dans la médication interne; ou s'il était permis d'en poursuivre la réalisation,- il serait plus aisé de l'obtenir au moyen d'autres agents, notamment par l'Ammoniaque, qui exerce une action dissolvante autrement énergique sur les hématies et les cellules épithéliales.
A mon avis, l'action atrophiante de la Ciguë sur l'appareil génital dans les deux sexes n'impliquerait pas davantage une manière d'agir propre et analogue à celle de l'Iode ; elle se produirait indirectement à la suite des altérations fonctionnelles du système nerveux sensitivo-moteur, dont la paralysie engendrerait simultanément deux phénomènes connexes ou fréquemment associés, à savoir : l'obésité et la stérilité. Ainsi, nulle part je ne rencontre
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la preuve d'une de ces modifications intimes de la nutrition qui assignerait à la Cicutine une place parmi les altérants, agents que je propose d'appeler métatrophiques ou métamorphiques, parce que leur travail silencieux ne se révèle à la longue que par des changements dans la nutrition ou la formation organique.
Modes d'administration et doses. — Le discrédit qui frappe la Ciguë a pour cause principale l'infidélité de ses préparations pharmaceutiques. Aucune ne donne des garanties suffisantes d'activité et de conservation : la teinture de fruits est déclarée inerte par Harley; celle de feuilles ne vaut pas mieux; le suc de plante fraîche est bon, mais il est difficile de s'en procurer ; quant aux extraits en partie dépouillés d'alcaloïde ils ne possèdent que des vertus assez faibles et en tout cas incertaines. Et, par malheur, les Gonicineô du commerce sont si variables dans leur composition, si inconstantes dans leurs effets, que l'alcaloïde lui-même n'inspire encore au praticien qu'une confiance très-limitée. Cependant, en raison de la puissance pharmacodynamique de cette substance et des résultats thérapeutiques affirmés par la tradition ou récemment vérifiés, il serait désirable au plus haut point que ]a médecine fût en possession d'un principe actif toujours identique et dont les effets pourraient être gradués avec précision.
Afin d'éviter tout mécompte préjudiciable au malade, on devra toujours supposer que la Gonicine dont on dispose est pure et douée de propriétés énergiques, et par conséquent ne la doser qu'avec une grande prudence.
La prise de Cicutine, c'est-à-dire la dose administrée en une seule fois, ne doit pas dépasser d'abord un demi-milligramme. Cette dose peut être répétée plusieurs fois dans les vingt-quatre heures lorsque le sujet s'est peu à peu habitué au médicament.
On emploie l'alcaloïde libre ou combiné, avec l'acide acétique de préférence, ou bien en solution alcoolique ou hydro-alcoolique.
La Solution de FronmûUer renferme 2 gouttes d'alcaloïde dans 24 gouttes d'alcool, et se donne à la dose de 3 gouttes sur du sucre. Le même praticien a donné la formule suivante : Cicutine, 3 ou 4^ gouttes ; alcool rectifié, 1 gramme; eau distillée, 20 grammes. F. s. On administre 15 à 20 gouttes trois fois par jour dans de l'eau sucrée.
Bouchardat donne la formule d'un Sirop qui serait d'un usage commode : 30 grammes représenteraient 1 décigramme de fruit, ou 1 milligramme de Gonicine.
Dans l'ophthalmie spasmodique avec photophobie, on emploie la Ciculin'è à la dose de 1 gramme dans 100 grammes d'alcool faible, ou bien à celle de 25 milligrammes dans 4 grammes d'huile d'amandes douces, soit en friction sur les paupières, soit en application sur ces voiles membraneux à l'aide d'un pinceau.
On l'a administrée en lavement à la dose de 3 gouttes, ce qui est excessif; on l'a fait absorber aussi à la dose de 2 gouttes, par la méthode endermique,
mais à l'état d'acétate, après addition d'acide acétique. Pour injections hypodermiques, on pourrait employer la solution dans l'alcool affaibli.
Fr. Devay et Guilliermond préparent des pilules cioutées et un baume de Gonicine. Les pilules sont de deux sortes : les unes, faibles, représentent chacune 1 centigramme de semences ; les autres sont cinq fois aussi fortes; On prend de deux à. six; pilules par jour.
CHIPITUE XYII.
SEIiS À ACinE.S VÈGi.TADIJE,.
SOUS-ACÉTATE DE PX,OMB LlftUIDE, EXTRAIT DE SATVRIVE,
Subacetas plumbicus.
Angl. Diacetate of Lead. — AU. Plumbum hydrico-acelicum sohilum.
Le Sous-Acétate de Plomb est un acjétate triplombique mêlé à. une petite: proportion d'acétate, neutre..
Action PHYSIOLOGIQUE. — L'Extrait de Saîurne possède une astringence forte et communique aux doigts une âpreté remarquable. Sa saveur est à la fois styptiqne et douceâtre. Versé dans. du mucus ou une solution d'albumine, il se combine avec la matière protéique et forme un précipité blanc. Son action chimique sur les tissus vivants s'explique de cette manière. On l'a vu produire sur la cornée transparente une tache opaque à laquelle succédait parfois une cicatrice et un albugo,. Les effets du Sous-Acétate de Plomb sur tout le système sont semblables à ceux de l'Acétate neutre (voy. ce mot) et des sels de Plomb en général (voy. Plomb)., Ainsi son usage externe en lotions sur les ulcères, en injections vaginales, peut entraîner à la longue la cachexie saturnine et une paralysie spéciale, ou d'autres troubles du système nerveux.
Substances auxillaires et substances antagonistes. — Ce sont généralement les mêmes que pour l'Acétate neutre. Je rappellerai cependant qu'il ne faut pas l'associer aux acides capables dç former avec le Plomb des combinaisons insolubles : ainsi au tannin, à l'acide sulfurique et aux sulfates solubles, à l'albumine, et aux substances qui en renferment. Il faut éviter de même l'alcool et les préparations dont il constitue le véhicule. Toutefois cette précaution n'est de rigueur que si l'on veut obtenir avant tout l'action styptique primitive.,
Usages. — Modes d'administration et doses. — L'Extrait de Saturne est réservé pour l'usage externe. On le prescrit dans le même but que les autres astringents, pour resserrer les capillaires et les tissus, résoudre l'inflammation, favoriser la cicatrisation des plaies molles et baveuses, rédiaire la sécrétion purulente des muqueuses et des ulcères.
Il est employé en lotions, dilué dans une plus on moins grande quantité