‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource]Chapitre 254 sur 293 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

ALCOOL RECTIFIÉ, Alcool upurgolus, à 85° centésimaux, à 33" Cartier.

Angl. Alchool or rectified Spirit. — AU. Hôchst rectificiler Weingeist, Sinritus vini reclificaîissimus, Alcohol vini.

ALCOOL A 95° CEl\TÉsiMAUX, Alcool 95° gradus notans.

L'Alcool absolu ou Esprit ardent {Spiritus ardens), a pour formule C'H°0^ ; mais il n'est pas employé à l'état de pureté, et celui dont on fait usage renferme toujours une proportion plus ou moins considérable d'eau, ce qui en fait varier le titre. L'Alcool rectifié, à 36" Cartier, marque quelquefois jusqu'à 88 à 90° centésimaux; pour lui faire perdre encore la plus grande partie ou le reste de son eau, il faut le distiller à nouveau sur du carbonate de potasse desséché, puis sur de la chaux vive.

C'est un liquide dont la fluidité ne le cède qu'à celle de l'éther, et qui renferme habituellement de l'eau, une matière colorante, un ou plusieurs éthers et une huile volatile, conséquemment un parfum variable selon la substance qui l'a fourni. L'Alcool est le principal ingrédient des liqueurs fermentées usitées de toute antiquité chez les peuples de la terre. L'Eau-dc-

ALCOOL A 95» CENTÉSIMAUX. b39 vie (angl. Brandys ail. Branntwein) est extraite du vin ou liqueur fermentée du raisin; le Rhum provient du suc de la Canne; le 6rin, le Genièvre de Hollande et le Wisky sont des eaux-de-vie de grain ou de froment aromatisées. On a encore TEsprit-de-vin de Palme et celui de Riz ou Arrack; enfin l'Alcool extrait du Koumiss ou lait de jument fermenté.

L'Alcool possède une telle affinité pour l'eau, qu'il précipite de leur dissolution aqueuse certains sels tels que le sulfate de' soude, qu'il est inapte à dissoudre. Il se combine avec les chlorures et les nitrates, en se substituant à leur eau de cristallisation. L'Alcool est un dissolvant d'un grand nombre de matières organiques : huiles volatiles, résines, quelques huiles fixes, quelques variétés de sucres, l'urée, la caséine, les alcalis végétaux, etc. Il coagule au contraire la gélatine ainsi que les diverses modifications de l'albumine proprement dite ; c'est pourquoi il durcit et blanchit les tissus qui en renferment. Cette dernière propriété, jointe à son avidité pour l'eau fait que l'Alcool s'oppose aux fermentations en général, spécialement à la putréfaction, la plus intéressante de toutes pour le pathologiste.

Action physiologique. — Appliqué sur la périphérie cutanée, quand la couche épidermique. protectrice est intacte, l'Alcool ne donne lieu, par son ■évaporation rapide, qu'à une sensation de froid. Sur une solution de continuité, sur une muqueuse ou sur la peau dépouillée d'épiderme, il détermine •directement et immédiatement, suivant son degré de concentration, soit la «impie pâleur de la région, par astriction des capillaires sanguins et des autres tissus, soit la blancheur opaque et la corrugation avec coagulation du sang et de la sérosité albumineuse. En même temps il occasionne une sensation de chaleur plus ou moins cuisante et douloureuse. A ces effets directs et spéciaux ou positifs succèdent bientôt les effets négatifs dus à la réaction, de l'organe louché. Les vaisseaux sanguins, d'abord rétractés, se dilatent, la chaleur augmente avec la rougeur; de l'inflammation survient, et, si le tissu a été le siège d'une coagulation de sang ou d'albumine aussi bien que d'une corrugation énergique qui en a altéré l'état moléculaire et supprimé les actes organiques, il peut en résulter une eschare suivie d'une inflammation éliminatrice et par conséquent ulcéreuse. Quand l'alcool est injecté dans les veines, la coagulation sanguine qui en résulte devient une cause de mort par thrombose des troncs volumineux ou par des embolies multiples allant s'arrêter dans les divisions de l'artère pulmonaire.

Sur la muqueuse digestive, habituée au contact des excitants et même des irritants, l'action topique de l'Alcool est fort mitigée, à moins qu'il n'existe de la pharyngite, de la gastrite ou que le liquide spiritueux ne soit très-con centré et pris en grande quantité à la fois, auquel cas il occasionne une sensation de brûlure à l'épigastre. A dose modérée, il ne procure qu'une chaleur douce et bienfaisante, Jluxionne légèrement la face interne de l'estomac, active la sécrétion salivaire, celle du suc gastrique, et ultérieurement celles des sucs pancréatique et biliaire (Cl. Bernard), stimule la contractilité de la tunique musculeuse et favorise la digestion. Au contraire, lorsqu'il est pris

840 ALCOOL. l'iTHER. CHLOROFORME.

h dose massive, il produit de la pyrosis, irrite la muqueuse stomacale, coagule le mucus, frappe d'impuissance le ferment spécial connu sous les noms de pepsine ou de cliymosine, et arrête le travail digestif. La sensation brûlante que détermine l'Alcool pur peut même être suivie de dyspepsie douloureuse, d'une véritable gastrite.

Les effets de l'Alcool sur le canal alimentaire retentissent aussitôt sur tout le système par voie de sympathie. Le pouls se relève, la chaleur périphérique augmente, l'innervation centrale se réveille, et l'on voit s'accroître concurremment différents phénomènes liés avec les précédents.

Dans l'intérieur du ventricule oii il séjourne quelque temps, l'Alcool se métamorphose (Leuret et Lassaigne), mais partiellement, en acide acétique, sous l'influence de la chaleur et en présence du mucus, ou bien en acide lactique par les spores d'Oïdium, jouant le rôle de ferment (Gubler). L'absorption de l'Alcool s'effectue par les veines de l'estomac et par celles de l'intestin avec d'autant plus de facilité, que l'action topique est moins violente et que les matières étrangères : corps gras, sucre, gomme, mucus, pouvant masquer la substance active ou invisquer la surface absorbante, sont en plus faible proportion.

Bien que l'Alcool soit vraisemblablement dissimulé dans le sang par l'albumine du sérum, il exerce néanmoins une action stimulante et même irritante sur les viscères qu'jl traverse, à commencer par le foie, qu'il rencontre d'abord et dont il active la sécrétion de même qu'il augmente ensuite la diurèse. Cette irritation est rendue possible par la mise en liberté d'une partie de l'agent au contact des tissus et dans les sécrétions exemptes d'albumine. Au leste, quelles que soient les conditions de la genèse des phénomènes éloignés, diffusés ou généraux, [voici ce qu'on observe après avoir pris une boisson spiritueuse.

Une douce chaleur se fait d'abord sentir à l'estomac, puis se répand dans tout le corps; les forces se laniment, un sentiment de bien-être et d'alacrité s'empare de l'individu, qui sent doubler sa vivacité d'esprit, son courage, sa puissance musculaire et sa virilité. Cette exaltation s'accompagne d'une gaieté loquace et expansive. Au milieu des impressions agréables qui le pénètrent, l'homme, comme au travers d'un prisme enchanteur, ne voit plus guère que l'aspect riant des choses. Heureux, il devient indulgent pour le monde extérieur et pour ses semblables, dont il recherche la société et auxquels il prodigue des marques d'amitié ou de tendresse.

Plus tard la perversion fonctionnelle succède à la simple exaltation. Une sorte de fièvre artificielle s'empare du buveur. En même temps que son visage s'enlumine et que ses artères battent avec force, il commence à devenir moins maître de sa pensée et de sa volonté, ainsi que de ses mouvements. C'est alors qu'oubliant toute retenue, il livre ses secrets les mieux gardes, ou dévoile ses turpitudes les plus honteuses, justifiant l'adage : in vino ventas. Tel devient érotique, tel autre violent et querelleur; un troisième étale les théories les plus subversives ou témoigne des instincts les plus pervers;

ALCOOL A 95° CENTÉSIMAUX. 841

chacun selon son caractère naturel, un moment dépouillé du manteau d'emprunt de l'éducalion. Il survient tantôt un délire expansif ou lypémaniaque, .tantôt un délire furieux qui pousse aux tenlalive» les plus criminelles. Par bonheur Vivresse enchaînant la force musculaire, rend plus difficile la perpétration de ces actes et plus aisée la défense. La station est mal assurée, la jmarche chancelante, les mains sont tremblantes et maladroites. Quelquefois des nausées et des vomissements mettent fin au paroxysme d'excitation, ordinairement suivi d'un besoin irrésistible de sommeil. Enfin, au bout de quelques heures d'incubation ^ le malade se réveille baigné de sueur, se plaignant de mal de tête, de dégoût pour la nourriture, d'une soif ardente avec langue sale et bouche pâteuse, et de lassitude ou courbature générale. ' Toutefois il s'en faut bien que l'orage s'apaise toujours subitement pour faire place à un calme complet. Dans lo décours des accidents alcooliques, les étapes sont quelquefois aussi bien marquées que dans la période d'augment, et les sujets repassent, mais dans un ordre inverse, par la série des jéiats morbides qu'ils ont parcourue d'abord avant d'aboutir à l'ivresse comateuse. En ce cas, on observe une phase intermédiaire plus ou moins prolongée dans laquelle le malade est atteint d'un délire rarement joyeux et expansif, plus souvent triste et maussade, qu'il importe de ne pas confondre avec le delirium tremens proprement dit. Celui-ci succède à l'empoisonnement alcoolique, qui en est l'occasion, après un intervalle de sédation apparente, et me parait dépendre de la privation de l'excitaut anormal; tandis que le délire de retour, comme je l'appelle, a pour condition la présence dans l'économie d'une proportion encore considérable d'Alcool.

Quand la dose d'Alcool ingérée est vraiment excessive, il en résulte des acci lents toxiques beaucoup plus graves, consistant surtout en une congestion plus ou moins violente des centres nerveux, et caractérisés soit par des symptômes convulsifs épileptiformes, soit par des phénomènes de résolution et de coma, avec contraction ou plus souvent dilatation pupillaire, lenteur des mouvements respiratoires et cardiaques, analgésie et anesthésie plus ou moins complètes , et telles parfois que les sujets ont pu avoir des membres carbonisés sans être tirés de leur léthargie, qu'un homme ivre a pu être amputé par Blandin sans être réveillé, et qu'une jeune femme dans le même état d'ivresse comateuse ne s'est pas doutée qu'elle accouchait (Deneux). La terminaison par la mort n'est pas rare, surtout lorsque l'action du froid vient s'ajouter à l'hypérémie encéphalique.

Les inhalations de vapeurs d'Alcool sont Lien plus dangereuses que les boissons alcooliques. Elles produisent très-rapidement les plus graves symptômes d'empoisonnement : la céphalée, l'étourdissement, h stupeur comateuse avec analgésie et anesthésie. J'ai donné des soins, k l'hôpital Beaujon, à un homme d'une sobriété éprouvée, qui fut ainsi trouvé sans connaissance pour avoir transvasé, à la cave, c'est-à-dire dans une atmosphère confinée, de grandes quantités d'eau-de-vie, et qui mourut des suites de cette intoxication.

En définitive, trois degrés principaux avec des nuances intermédiaires doivent être reconnus dans les troubles fonctionnels engendrés extemporanément par les liqueurs spiriiueuses : 1" l'cbriété légère, marquée par l'excitation et l;i gaieté ; 2° l'ivresse confirmée, s'accompagnant de perte du libre arbitre, de délire, de titubation, d'assoupissement, etc.; 3» l'ivresse toxique comateuse ou apoplectique, parfois éclamptique. Telles sont les trois formes de l'alcoolisme aigu.

Des affections secondaires dérivent de ces effets primitifs. Notons l'embarras gastrique anciennement signalé par les observateurs, et l'ictère vulgaire ou biliphéique, sur lequel l'attention s'est fixée récemment (Leudet, etc.), ainsi que l'ictère hémaphéique avec ou sans état typhoïde, espèce d'ictère succédant ordinairement à l'autre, mais pouvant être primitive (Gabier); ou bien un flux biliaire et différents troubles gastro-intestinaux, sans compter le delirium tremens, qui ne se rencontre dans l'alcoolisme aigu qu'à titre d'exception, tandis qu'il constitue l'un des accidents habituels de l'ai coolisme chronique ravivé par un dernier excès.

L'asthénopie par insuffisance des muscles droits est mise par Von Grâfe au nombre des symptômes transitoires de l'alcoolisme aigu et des symptômes permanents de l'alcoolisme chronique.

Les autres affections auxquelles exposent davantage les habitudes invétérées d'ivrognerie sont les dyspepsies et les gastrites ; les hépatites et surtout la cirrhose; les pneumonies; le diabète albumineux et les lésions rénales de Bright; enfin les altérations des centres nerveux avec manie, imbécillité ou démence, épilepsie ou paralysie. Processus inflammatoires, désordres nutritifs ou plastiques, transformations régressives de tissus, bien étudiées dans ces derniers temps surtout par Lancereaux : voilà ce qu'on trouve a fond de la plupart de ces états morbides , lesquels ne nous intéressent i que d'une manière indirecte.

Les lésions cadavériques observées chez les sujets qui succombent aux ac cidents de l'alcoolisme aigu sont les suivantes: rougeurs, ecchymoses, rare ment infiltrations purulentes des parois stomacales; congestion rénale, ré plétion générale du système vasculaire sanguin des centres nerveux, ainsi que des principaux troncs veineux aboutissant au cœur; hypérémie avec coloration rouge intense des poumons (Devergie et G-asté) ; apoplexies pulmonaires et hémorrhagies méningées (Tardieu); rougeur des bronches, tronchio-pneumonies (Gasté, Bérenger-Féraud) ; cœur et gros vaisseaux remplis d'un sang noir, liquide, mélangé de petits caillots peu consistants et chargé de gouttelettes huileuses.

Ces altérations, auxquelles Roudanowsky ajoute le changement moléculaire de la myéline des tubes nerveux, qui prend l'aspect de points brillants, ressemblent singulièrement à celles de l'asphyxie par des gaz irrespirables. L'analogie se poursuit dans les effets directs de l'Alcool sur le sang extrait de la veine ou bien en circulation dans l'animal vivant.

Les expériences directes démontrent que l'Alcool s'oppose à l'oxydalion

ALCOOL A 95« CENTÉSIMAUX, 843

du sang (Harley) et ralentit l'absorption d'oxygène, en dehors de l'organisme (Schmiedeberg),

La crête d'un coq empoisonné par l'Alcool devient bleuâtre, de rutilante qu'elle était auparavant (Bouohardat et Sandras), et si l'on verse de l'Bspritde-vin dans le sang d'une saignée, on empêche la coagulation de ce dernier, qui devient aussitôt noirâtre et dont les globules laissent exosmoser leur matière colorante (Schultz, Monneret et Fleury). En rapprochant ces résultats des symptômes de l'ivresse confirmée et surtout de l'ivresse soporale, stLipide ou comateuse, on est conduit à mettre de tels désordres fonctionnels sur le compte de l'anoxémie. L'abaissement de la température, dans les mêmes circonstances, variable depuis 1 degré (Perrin) jusqu'à 2 ",5 et même ,i ',5('?) (Aug. Duméril et Demarquay), viendrait confirmer cette manière de voir, qui trouverait un nouvel appui dans la diminution absolue et relative, eu égard à l'oxygène absorbé (Lehmann), de l'acide carbonique expiré pendant que les sujets sont influencés par l'Alcool (Prout, Bôcker, Ghambers, Ludg. Lallemand , M. Perrin et Duroy). Selon Vierordt, cet abaissement quantitatif du gaz carbonique durerait environ deux heures. -Il se prolonge davantage, d'après les expériences de Perrin, qui l'a d'ailleurs constaté après l'ingestion de doses modérées de boissons spiritueuses, et au milieu de conditions physiologiques. J'essayerai plus loin de préciser davantage et d'interpréter cette particularité.

Par quel procédé l'Alcool arrive-t-il à produire des phénomènes asphyxiques ? A une époque où ce composé passait pour n'avoir d'autre rôle dans l'économie que celui d'un aliment respiratoire par excellence {Liebig, Duchek, etc.), Bouchardat crut pouvoir expliquer les entraves apportées à la respiration en disant que l'Alcool, plus combustible, détourne l'oxygène à son profit et l'empêche de révivifier les globules sanguins. Mais cette substance ternaire est loin d'exercer sur l'oxygène une si puissante attraction, car il est démontré maintenant qu'elle s'exhale en nature par les principaux émonctoires, notamment par la respiration, où son odeur la fait aisément reconnaître.

Notons en passant que le rein ^est également l'un des émonctoires par lesquels s'élimine l'Alcool, et que la stimnlation qui en résulte pour les glomérules de Malpighi se manifeste par un accroissement de la diurèse aqueuse, remarqué par tout le monde, mentionné dans les mémoires et les thèses (Rillaud, etc.), mais spécialement signalé dans ces derniers temps par Obernier.

On a constaté la présence de l'Alcool dans les gae expirés (Bouchardat et Sandras, Ludg. Lallemand, M. Perrin et Duroy), dans la sérosité des ventricules cérébraux (Wepfer, Schrader, Ogston, Lallemand, Perrin et Duroy). Ces trois derniers observateurs ont constaté, après Klencke, la présence de l'Alcool dans l'urine ; ils admettent en outre qu'il s'échappe probablement en majeure partie par la peau et qu'il s'accumule plus encore dans le foie que dans le sang et le cerveau. Sohulinus prétend au contraire que le

sang en renfurme plus que toutes les autres parties du corps. Pour ma part je pense que les deux opinions se vérilient dans des conditions déterminées. Si l'einpoisonnement est récent, la plus grande partie de TAlcool est encore en circulation et le sang exhale une odeur caractéristique remarquée d'abord par Magendie, puis par BoucLardat et Sandras. Mais si l'introduction de l'Alcool date déjà de quelques heures, on le retrouve en partie dans les parenchymes et principalement dans le cerveau où l'odorat le fait découvrir (Kepser, Schrôder, Carpentier, Tardieu)

De l'ensemble de ces faits Lallemand, Perrin et Duroy n'ont pas hésité à conclure que l'Alcool ne subit aucune oxydation dans la circulation sanguine, opinion peu vraisemblable et qui ne pourrait être prouvée qu'à i'aide d'une équation parfaite, établie entre l'Alcool ingéré et l'Alcool retrouvé dans les sécrétions. Or, ces habiles expérimentateurs n'en ont jamais représenté que la moindre partie. De plus, Edm. Baudot, en France, Hugo Schulinus, en Russie, et Edw. Smith, en Anglettirre, ont démontré expérimentalement que loin de représenter toute la masse ingérée, l'Alcool éliminé en nature par les sécrétions n'en forme qu'une fraction assez faible, et que la combustion respiratoire en détruit une proportion beaucoup plus considérable. Sans aller si loin, on doit admettre avec Mialhe, Gallard, Legras, à la suite des anciens observateurs, que l'Alcool est oxydable dans la circulation. Quant à moi, je pense que la destruction en est d'autant plus complète, que la quantité absorbée est plus minime, et que l'Alcool ne passe en abondance au dehors, sans avoir subi d'altération, que lorsqu'il a été introduit à doses immodérées ou toxiques.

Le ralentissement de la concbuslion respiratoire et de la calorification n'est pas davantage un symptôme essentiel et constant de l'action de l'Alcool, malgré les affirmations de Binz, Guny-Bouvier, Zimmerberg, Ruge et autres sur ce point. L'erreur dans laquelle sont tombés ces expérimentateurs vient de ce qu'ils ont administré des quantités d'Alcool si considérables que la dose m^nima était encore toxique, principalement pour les petits animaux, k la masie desquels on n'a pas toujours soin de proportionner celle des substances actives. En se plaçant dans de meilleures conditions pour observer, en étudiant les effets des boissons spiritueuses chez l'homme, il devient au contraire manifeste que le corps se réchauffe sous l'influence de doses hygiéniques, en même temps que l'énergie musculaire est accrue, ce qui éloigne l'idée d'une transmutation de forces et rend probable un accroissement de l'hématose. L'argument contradictoire tiré delà diminution de l'acide carbonique est loin d'avoir toute la valeur qu'on lui prête, premièrement parce que cette diminution est transitoire et ne dure pas au delà de deux heures (Vierordt), secondement parce qu'elle est peut-être due à une propriété signalée en chimie : à l'affinité plus grande du gaz carbonique pour l'Alcool, qui serait capable de le dissimuler et de le retenir dans la circulation (Gubler). Dans cette hypothèse, on expliquerait, en partie du moins, l'excitation produite par de /aibles doses, et l'on se rendrait compte de la coloration nci-

ALCOOL A 95» CENTÉSIMAUX.

làtre du cruor et des symptômes croissants d'anoxémie qui accompagnent l'alcoolisme aigu intense. En effet, d'une part les expériences de Brown- Séquard mettent en relief les phénomènes d'excitation qui suivent l'accumulation du gaz carbonique dans le sang, et, d'un autre côté, il est facile de comprendre que si l'acide carbonique ne pouvait plus être déplacé par l'oxyi:ène, il rendrait impossible le conflit du gaz comburant avec les hématies ou les aliments respiratoires et déterminerait l'asphyxie progressive.

Avec des doses hygiéniques, cet accident n'est pas à craindre, parce que l'Alcool, réellement combustible dans la circulation (Liebig, Duchek, Bouchardat et Sandras, etc.), se transforme par degrés, et remet au fur et à mesure en liberté de nouvelles proportions d'acide carbonique préexistant.

On suppose que l'Alcool qui s'oxyde dans le sang passe smccessivement à l'état d'aldéhyde, C''H''0% puis d'acide acétique, CH^OS et finalement d'acide carbonique, GO^, et d'eau 6 HO; cependant le premier dérivé n'a pu être jusqu'ici retrouvé, et rien ne prouve que l'acide acétique ne reconnaît pas une tout autre origine. Mais puisque le gaz des marais est un produit de la décomposition spontanée des liquides organiques chez l'individu vivant (Gubler et Quevenne), pouvant expliquer, selon moi, ces faits singuliers de combustion spontanée observés chez des buveurs de profession, il est permis de supposer que dans l'économie l'Alcool, subissant d'autres dédoublements, se transforme, comme il fait au rouge naissant, en hydrogène carboné, 2GH% hydrogène, 2 H, et oxyde de carbone, 2C0, avant d'atteindre le dernier terme de son oxydation. Il y aurait donc lieu de vérifier la présence de ces composés binaires, sinon de l'hydrogène libre, chez les su jets en état d'ivresse. En effet, l'hydrogène naissant ne pourrait manquer de se combiner aussitôt avec l'oxygène pour former de l'eau.

Ainsi que Lavoisier l'avait déjà fait remarquer, la combustion de l'Alcool donne moins d'acide carbonique que d'eau et nous pensons avec plusieurs physiologistes que là pourrait se trouver le secret de la diminution de l'acide carbonique exhalé, chez les sujets imprégnés d'une forte dose de liqueurs spiritueuses.

L'action de l'Alcool ne doit pas se borner aux globules sanguins. Pour se rendre un compte exact des phénomènes multiformes de l'empoisonnement par les liqueurs fermentées et distillées, il faut de toute nécessité faire intervenir une influence toxique, directe, sur le système nerveux. Sans être en mesure de préciser cette influence, on peut concevoir comment elle s'exerce, en tenant compte de l'affinité chimique du poison pour les principes immédiats qui entrent dans la composition de l'appareil sensitivo-moteur. L'Alcool imprègne sans doute la lécytine et les cotps gras contenus dans les cellules et les tubes nerveux, comme l'alizarine, la matière hémaphéique ou le pigment biliaire s'imbibent dans le périoste et les tissus fibreux. L'absence de l'alb umine dans le fluide céphalo-rachidien favorise cette pénétration , à travers l'épendyme , dans les parties de l'encéphale qui forment les parois des ventricules latéraux et du ventricule médullaire.

8^6 ALCOOL. ÉÏHER. CHLOROFORME.

Il y a doue lieu de penser que l'Alcool parvenu dans le sein de la substance nerveuse devient pour elle un agent d'excitation ou de stupéfaction, suivant la dose, ou suivant la période de l'opération, puisque le collapsus succède toujours à l'excès d'activité.

Ces ^ modifications apportées aux fonctions de l'organe sont-elles simple^ ment l'effet d'une action de présence, ou bien le corps étranger a-t-il à subir, soit une oxydation, soit une autre altération chimique? En d'autres termes^ doit-il céder de la matière ou de la force ? Je pose la question sans pouvoir la résoudre définitivement, attendu que les faits sont incertains et les opinions contradictoires. Si l'on admettait avec Lallemand, Perria et Duroy que l'Alcool traverse inaltéré les voies d'absorption, la masse sanguine et lefi émonotoires, il faudrait reconnaître qu'il agit par son seul contact, en vertu d'un échange dynamique. Si, conformément à l'opinion ancienne, on croit qu'il passe par diflerents degrés d'oxydation pour aboutir à la formation d'eau et d'acide carbonique, ou si l'on m'accorde qu'il peut se dédoublet en ses éléments et en corps binaires, il est légitime de chercher dans un apport substantiel la condition causale des symptômes alcooliques. Or ces deux procédés pourraient bien se réaliser concurremment. Il est incontestable aujourd'hui qu'il s'élimine beaucoup plus d'Alcool en nature qu'on \ ne l'avait pensé ; il paraît également vrai que pendant ce temps-là, l'acide carbonique s'exhale en moindre quantité , mais il ne s'ensuit pas qu'une proportion plus ou moins forte du médicament ne puisse se brûler dans la circulation.. Et quand on considère, avec Hammond, que les sujets adonnés aux boissons spiritueuses mangent peu, tout en déployant parfois une grande activité corporelle, il est difficile de ne pas admettre l'Alcool au nombre des aliments respiratoires, laissant évoluer de la force pendant leur propre destruction. En cette qualité, l'Alcool peut ralentir le travail de dénutrition. Fait-il mieux que le sucre ou les graisses ? jouit-il, comme antidéperditew, i de la spécialité d'action que semble lui attribuer Bôcker? Cette manière de voir, qui ne saurait être admise sans réserve, puisque, selon Perrin, ' et contrairement aux expériences de Bôcker et de Hammond, l'excrétion de l'urée serait plutôt accrue, présente cependant un côté plausible; seulement, sous peine de montrer sa courte vue, il faut aller au delà de l'énonciation pure et simple du fait.

Dire avec W. Bôcker que l'Alcool soutient les forces parce qu'il s'oppose à l'oxydation des tissus en cimentant en quelque sorte l'oxygène avec les globules sanguins et mettant obstacle au phénomène essentiel jde la respiration : c'est émettre un contre-sens physiologique. Se contenter d'appliquer à l'Alcool, qui empêche de perdre, l'épithète d'antidéperditeur : c'est toat t simplement un non-sens. Si ce composé ternaire sert à entretenir le jeu des fonctions, bien qu'il arrête la mue ainsi que la combustion des organes et qu'il soit un moyen, ou, comme l'on dit à tort, un médicament d'épargne, c'est qu'il se brûle lui-même ou bien qu'il laisse dégager sa chaleur latente, c'est-à-dire sa force dissimulée, et que de l'état dynamisé il passe à l'inertie

ALCOOL A 95" CENTÉSL^IAUX.

relative. En conséquence, si l'on parvient un jour à établir rigoureusement que l'Alcool entretient à lui seul l'énergie fonctionnelle sans se métamorphoser ni s'amoindrir, il faudra en conclure de ces deux choses l'une : ou bien qu'il met en jeu des forces demeurées latentes dans l'économie, ce qui supposerait de sa part une dépense de force, et ce qui d'ailleurs appellerait ]Aus tard la réfection de l'économie ; ou bien que, sans. rien, perdre de ses

-tributs chimiques, il s'est cependant démuni, au profit de l'organisme, '.. une somme considérable de force qu'il tenait en réserve, comme fait l'ozone atmosphérique. En ce cas, l'Alcool mériterait une place éminente dans cette classe d'agents thérapeutiques que je propose d'appeler dynamo-

hores, à côté du Thé, du Café, de la Coca, de l'Oxygène allotropique, etc. â. En définitive, l'Esprit-de-vin ingéré en petite quantité stimule vivement la muqueuse de l'estomac et les expansions périphériques de ses nerfs : action topique.'

L'excitation transmise par les pneumogastriques (W. Marcet) aux centres nerveux, est répercutée de là sous forme de stimulation cardiaque et de relâchement des capillaires sanguins, avec accroissement de la caloricité : action sympathique^

Puis l'Alcool est absorbé et va stimuler directement les centres nerveux et les glandes sécrétoires, dont il exalte ou pervertit les fonctions. Mais s'il est introduit dans l'économie à dose massive, il donne lieu à des phénomènes d'anoxémie, de torpeur, d'anesthésie et de paralysie, parfois terminés par la mort. Cette action générale ou diffuse^ encore si mal comprise par un grand nombre de médecins, peut se résumer ainsi :

1° A doses hygiéniques ou thérapeutiques, l'Alcool accélère et surtout renforce le pouls, dilate les réseaux capillaires, accroît le fonctionnemeut organique et provoque en un. mot une sorte de fébricule artificielle qui, sans donner lieu peut-être à une élévation de la température centrale au-dessus de la limite supérieure normale (ST^S à 38"), n'en détermine pas moins une répartition plus uniforme de cette température et produit au besoin le réchauffement des extrémités.

L'Alcool est donc par excellence un stimulant diffusihle. Son action première se fait sentir sur le système nerveux ganglionnaire dont la paresis entraîne l'excitation vasculaire, calorifique et nerveuse. Mais il s'y ajoute une action stimulante directe sur les centres nerveux encéphaliques.

Pendant sa translation dans le système sanguin et son trajet au travers des tissus organiques , l'Alcool se brlile en proportion d'autant plus grande qu'il est ingéré en plus petite quantité. C'est donc un aliment respiratoire^

Mais une partie d'autant plus considérable que les doses introduites sont pkis massives, s'échappe par les différents émonctoires, inattaquée si ce n'est inaltérée dans sa structure , mais probablement déchargée de sa force latente, ce qui assignerait à l'Alcool le rôle de médicament dxjnamophore.

2» Avec les doses excessives ou toxiques la scène change entièrement : la dépression succède à l'exaltation fonctionnelle. La stupeur, l'affaiblissement

de l'appareil circulatoire, l'abaissement de la température, la cyanosp, l'anesthésie et l'état comateux prennent la place de ce mouvement fébrile, de cette sorte d'exubérance vitale qui caractérise les premiers degrés de l'alcoolisme. Alors seulement l'Alcool devient un hyposthénisant, un stupèfmnl, né' narcotique ou un anesthésique.

Et ces résultats sont obtenus par le moyen d'une imprégnation plus com- I plète des éléments anatomiques, spécialement de ceux de l'appareil nerveux, i donnant lieu à la paralysie véritable du système nerveux vaso-moteur ou même à celle du sentiment et du mouvement volontaire dans les formes les plus graves; paralysie dont les effets se combinent avec ceux de l'altéraliun toxique des globules sanguins pour amener la stase dans les capillaires, Tanoxémie, l'algidité, la cyanose, c'est-à-dire l'ensemble des symptômes de l'asphyxie.

Substances synergiques, auxiliaires. — Les liqueurs fermenlées qui doivent à l'Alcool leur principale efficacité se comportent naturellement de même, à l'intensité près. Les stimulants diffusibles, notamment les essences \ et les principes aromatiques des vins connus sous le nom à' Élhcrs œnanlhiques, sont aptes à produire les effets de la période d'excitation de l'alcoolisme aigu. Pour cela les Bthers œnanthiques l'emportent singulièrement sur l'Alcool lui-même et causent promptement la céphalée et l'ivreisse stupide : aussi les vins dont le bouquet est très-prononcé, tels que ceux de Bourgo- ■ gne et surtout ceux d'Anjou, sont-ils plus dangereux que ceux de Bordeaux. Ces mêmes agents, y compris l'Ammoniaque, poussent à la diaphorèse. L'a* cide carbonique et le protoxyde d'azote déterminent une ébriété passagère. Les substances fortement hydrocarburées, telles que l'Éiher, le Chloroforme, i l'Amylène, possèdent à un plus haut degré que l'Esprit-de-vin les proprié- | tés anesthésiques. Enfin l'Opium est synergique de l'Alcool, au point de vua] de l'action congestionnante et des propriétés hypnotiques. La chaleur est aussi un excellent auxiliaire pour l'Alcool dans la plupart des cas.

Substances antagonistes, incompatibles. — Antidotes, contre-poi-: SONS. — Les réfrigérants de toutes sortes, les astringents, les toniques vasemoteurs, tels que la Quinine, la Digitale, la Belladone à petites doses, con-, trarient les effets de l'Alcool. Il vaut mieux par conséquent ne pas les administrer concurremment dans un but thérapeutique. L'action antagonis-| tique du froid est très-remarquable ; un ivrogne qui tombe à l'eau est instaa- J tanément dégrisé.

L'Ammoniaque, qui est un stimulant diffusible, passe néanmoins à bon . droit pour dissiper les fumées du vin dans la période d'ivresse stupide ou . comateuse. Peut-être parvient-elle, en qualité de gaz éminemment soluble, à déplacer les vapeurs spiritueuses et à déterminer leur expulsion, opération • probablement facilitée par les modifications que l'Ammoniaque imprime aux ; globules sanguins dont elle détermine aisément la dissolution. Elle réussit ; mieux encore, je pense, à réveiller le système nerveux quand celui-ci est ! plongé dans la torpeur alcoolique ou peut-être à le débarrasser de l'Alcool/

ALCOOL A 95» CENTÉSIMAUX. 8i9

qui l'imprègne, comme nous avons admis qu'il !e faisait à l'égard des hématies. Mais si la congestion sanguine est très-intense, le Sulfate de Quinine et les préparations de Digitale trouvent aussi leur emploi rationnel, même dans l'intoxication aiguë. Il est probable que l'ingestion réitérée de quelques gouttes d'Ammoniaque, concurremment avec les boissons spiritueuses atténuerait singulièrement les effets de l'Alcool et permettrait d'en prendre sans danger des doses toxiques, de même que l'usage simultané du Chlorate de potasse avec le Mercure prévient la stomatite hydrargyrique.

Usages. — A l'extérieur, l'Alcool est employé comme réfrigérant, ajouté à l'eau froide pour lotions et ablutions, instantanées ou prolongées selon qu'on s 3 propose d'exciter une réaction locale ou d'amener l'abaissement progressif de la température et le resserrement soutenu des capillaires sanguins, comme dans les brûlures au premier degré (Valœus), les contusions l'érysipèle (Lanzoni, Harris, James). On s'en sert à haute dose, comme slimulant ou irritant, pour faciliter la résolution des épanchemsnts et des engorgements froids : ainsi, dans le^ entorses, les ecchymoses, les foyers sanguins traumatiques, les hypertrophies mammaires (B.-odie, etc.), les tumeurs synoviales du poignet, etc. (Houzelot, Nélaton); à doses faibles, comme astringent, pour bassiner les surfaces excoriées, phlogosées, saignantes ou suppurantes, et dans les mêmes cas, à titre de tonique. ^ Il réussit en cette qualité contre les ophthalmies catarrhales, contre les angines et les stomatites subinflaminatoires , ainsi que contre les formes pultacées, couenneuses ou gangréneuses de ces affections, et contre les ulcères de mauvaise nature, grisâtres et mollasses, saignants et fongueux, atteints de diphthérie ou de pourriture d'hôpital.

^ Simon de Forges, de Sainte-Fontaine (Lorraine) et N41aton , ont affirmé l'efficacité des applications topiques réitérées de compresses d'Alcool pour faire avorter les furoncles.

De tout temps, on a appliqué sur les blessures des compresses trempées dans du vin (Homère, Hippocrate, etc.), et presque toujours, depuis sa déco averte, l'Alcool a servi pour le pansement des plaies même récentes (A-n. de Villeneuve, ^uy de Ghauliac, Ambroise Paré, Lapeyronie, Dionis J. L Petit, Larrey, etc.). Mais Batailhé et Guillet ont remis en honneur cette méthode, tombée un moment en discrédit, qui favorise la réunion par première intention, diminue la suppuration et modère les bourgeons charuus prévient la fétidité et garantit contre les infections putride et purulente (Nélaton, A. Barnes, Ghédevergne, Gaulejac, etc.). Ces vertus antiseptiques existent encore à un plus haut degré dans l'Eiu-de-vie camphrée, ou la Solution alcoolique d'acide thymique, et dans l'Alcoolat d'Eucalyptus.

L'Alcool plus ou moins dilué sert en injections pour la cjre radicale de I hydrocèle (Laugier, Dupierris, Ad. Richard). Jobert(de Lamballe) a introduit avec succès de l'eau alcoolisée dans le péritoine pour guérir une ascite ±.ntin, en qualité de cathérétique, on emploie quelquefois l'Alcool concentré' soit pour cautériser des écorchures envenimées, des piqûres ou des morsures GiîBLRK, 2" édition.

d'animaux nuisibles, un nerf dentaire douloureux, ou pour arrêter une hémorrhagie de l'alvéole et dans quelques cas analogues; soit pour détruire les parasites végétaux ou animaux dans les affections cutanées.

L'Alcool chauffé et réduit en vapeur sert à stimuler la périphérie cutanée et à provoquer la ffuxion sanguine et la sudation dans le but de guérir les névralgies et les rhumatismes, ou les engorgements chroniques froids, de dissiper l'anasarque des extrémités.

Toutefois, comme on se contente ordinairement de recueillir sous un entonnoir et de conduire à l'aide d'un tube les produits de la combustion de la flamme d'une lampe à Alcool, ce sont ces produits, y compris de la vapeur d'eau, qui agissent par leur température, associés à une petite proportion de C'ffO' qui échappe à l'oxydation.

A l'intérieur l'Alcool remplit aussi de nombreuses indications. Gomme stimulant difjusible et sudorifique, l'Alcool est utile dans les états d'atonie, de langueur et d'épuisement. C'est ainsi qu'il fait du bien aux pellagreux (Tebaldi). Par la fièvre qu'il excite, il s'oppose à l'absorption des miasmes, des liquides septiques ou venimeux, principalement à la résorption purulente ou putride, en même temps qu'il favorise l'issue des principes morbigènes par la transpiration, l'exhalation pulmonaire et même par les urines. L'Alcool est le premier des alexipharmaques et des alexitères. II est fréquemment usité dans les affections à frigore', à leur période de dépression ou de concentration. Sans parler de ses usages hygiéniques dans les contrées marécageuses, il rend les mêmes services à l'approche des accès de fièvre intermittente ou même pendant le stade de froid, et devient ainsi un auxiliaire des antipériodiques proprement dits, qu'il pourrait même suppléer dans certains cas. Pour réussir, il faut employer des doses enivrantes (Lanzoni, Albrecht, J. Guyot, Leriche, Hérard, etc.). L'ivresse alcoolique semble avoir été favorable dans un certain nombre de cas de tétanos (Hippocrate, Baldwin, Hulchinson, Gollis, Wilmott, etc.) et de morsures de serpents venimeux (Paterson, de la Gironnière, War, Bland de Sydney, etc., Goutinho, communie, orale). On a conseillé l'Alcool dans l'empoisonnement arsenical (Rognetta, Larue); mais il serait utile dans tous les empoisonnements, par les champignons (Poulet) ou autres, qui sont caractérisés par le coUapsus et l'algidité, ainsi que dans toutes les affections spécifiques ou non qui donnent lieu aux mêmes symptômes : de ce nombre sont la péritonite par étranglement herniaire ou par perforation intestinale, la péritonite puerpérale, la dysenterie grave, le choléra nostras ou de cause banale, le choléra indien ou de nature épidémique. Dans cette dernière maladie, où ils sont d'un usage vulgaire depuis les recommandations de Magendie, les spiritueux associés à l'opium font merveille au début, quand la réfrigération et la teinte cyanique ne sont pas encore très-prononcées : ils sont moins efficaces plus tard et deviennent impuissants lorsque l'algidité est extrême, ou nuisibles dès que la réaction se prononce (Gubler). En tout cas il ne faut jamais compter sur les effets antizymotiques de

ALCOOL A 95" CENTÉSIMAUX. 851

l'Alcool ni dans le choléra ni dans aucune autre maladie virulente ou infectieuse, parce qu'il ne peut jamais se trouver dans le sang en proportion assez forte pour tuer les ferments morbides. Les bons résultats observés par Robert Barnes et d'autres praticiens sont dus à l'action stimulante de l'Alcool ou bien à ses effets topiques, externes.

Gomme hypnotique, l'Alcool est appelé à rendre des services chez les anémiques et chez les sujets pâles et froids dont les vaisseaux capillaires sont fortement et continuellement rétractés. En stimulant l'estomac à titre d'irritant et de substance alimentaire, il contribue parfois plus efficacement que l'opium à déterminer la congestion des centres nerveux, qui est la condition anatomique du sommeil.

Bien qu'il soit réellement anesthésique, comme cela s'observe dans l'ivresse crapuleuse, l'Alcool ne constitue pas un moyen pratique de produire l'insensibilité, car il faudrait en pousser l'action jusqu'à la stupeur et au coma, ce qui serait long à produire et d'un effet incertain. Néanmoins on a proposé l'ivresse pour faciliter la réduction des luxations.

En qualité d'hémostatique interne, l'Alcool a trouvé son utilité dans plusieurs circonstances où les astringents, le froid, les cinétiques et les dififérents procédés connus d'arrêter les hémorrhagies avaient échoué et laissaient la vie en péril. On l'a spécialement administré contre les métrorrhagies puerpérales (Ingleby, Campbell, Maximin Legrand, Debout, Pajot, Charrier), ou provoquées par des corps fibreux (Béhier). Je l'ai employé avec succès dans l'hémoptysie, et Faure a obtenu la guérison d'un purpura .hœmorrhagica en plongeant le malade dans un état d'ivresse permanente. Cette application complètement empirique et en apparence paradoxale, puisque la dilatation des vaisseaux et l'accroissement d'énergie cardiaque sont des circonstances reconnues favorables aux ruptures des capillaires et aux écoulements sanguins, cette appHcation, dis-je, peut néanmoins se justifier aux yeux de la science par les considérations suivantes. Dans certains cas, l'issue du sang hors de ses canaux est facilitée, non-seulement par ses qualités aplastiques, mais aussi par son défaut d'adhésion aux parois vasculaires. Or ces conditions, en rapport avec un état de pâleur et de réfrigération des tissus • peuvent changer d'un instant à l'autre sous l'influence d'agents capables de produire, soit un monvement fébrile, soit une légère fluxion irritative locale. Parmi ceux qui sont sujets à des épistaxis nasales, queJques-uns ont pu observer que le slilUcidium est annoncé par une sensation de fraîcheur et de retrait de la muqueuse, tandis que le retour de la chaleur dans l'intérieur des narines et du gonflement normal de la membrane vasculaire qui les tapisse coïncide avec la fin de l'hémorrhagie. Il en est de même pour l'utérus dont la surface interne laisse parfois exhaler du sang quand elle est le siège d'une simple hypérémie passive, mais non plus lorsque survient une légère phlogose. Dès lors on comprend que la tendance hémorrhagique pourra être contrariée par l'emploi de moyens pouvant exciter la fièvre ou déterminer une irritation locale, d'où résulte un accroissement de la plasticité san-uine et

852 'ALCOOL. ÉTIIER. CHLOROFORME.

une adhésion plus grande des globules aux parois des vaisseaux, peut-être même une moindre friabilité de ces parois ou, si l'on veut, une moindre tendance aux ramollissemeuts, suites d'altérations histologiques dites parencbyraateuses. Joignez à cela l'excitation des fibres musculaires de la vie organique résultant de la présence de l'Alcool dans le sang, et de celle d'une plus forte proportion de gaz carbonique qui s'y trouve retenue, et vous aurez, à mon avis, l'explication des propriétés exceptionnellement hémostatiques des alcooliques , de l'opium et des stimulants diffusibles. L'indication de tels agents n'existe en conséquence que dans la diathèse hémorrhagique et les hémorrhagies primitivement ou secondairement passives, accompagnées d'anémie locale et géuérale, avec diminution de la caloricilé et des autresphénomènes d'érélhisme vasculaire; mais leur opportunité se manifeste surtout quand de semblables hémorrhagies ont pour siège des organes richement doués de fibres conlracliles de la vie organique.

L'adion fébrigène de l'Alcool peut encore être utilisée dans quelques cas spéciaux où des processus morbides en apparence inflammatoires sont avantageusement combattus par des moyens de stimulation : ainsi chez les sujets affectés de lupus érythémateux, de phagédénisme serpigineux, de certaines formes d'érysipèle pâle dit lymphatique.

Les alcooliques ont reçu depuis quelques années des applications bien autrement importantes , et jusqu'ici contestées parce qu'elles ont été mal formulées, dans la grande classe des maladies inflammatoires et fébriles. Que nous sommes loin de Broussaisl Le régime incendiaire voué aux gémonies par l'illustre réformateur ^ est maintenant préconisé partout et , comme cela devait être, le revirement officiel (car le peuple en France n'a jamais abandonné l'usage du vin et des spiritueux dans la première période des maladies aiguës), le revirement officiel a commencé dans la patrie de Brovi^n et de l'asthénie, chez une nation généralement adonnée à l'abus desloissons alcooliques. R. Bentley Todd, l'initiateur du mouvement, suivi par Anslie, Brinton et nombre d'autres praticiens distingués, en a.fait la base du traitement ordinaire de ces affections, par ces motifs que la maladie guérissant par une évolution naturelle et nullement par l'influence directe d'un agent thérapeutique quelconque, le rôle du médecin doit se borner à soutenir les forces assez longtemps pour que l'organisme se débarrasse et de la matière morbifique el.des lésions qu'elle a pu engendrer. Il semble, d'après cela, que le célèbre promoteur de la doctrine nouvelle réduise à une question d'hygiène le traitement de la plupart des maladies aiguès et supprime d'un seul coup la médication proprement dite. Il n'en est rien cependant. L'Alcool n'est pas seulement, aux yeux de Todd, un aliment préférable à la viande crue de Bennett, parce qu'il pénètre plus aisément dans l'économie, et que, tout en fournissant un combustible à l'hématose, il exerce sur le système nerveux une action stimulante favorable au maintien des forces vitales; c'est aussi un véritable médicament capable de calmer le système nerveux, d'abaisser le pouls et la température, de procurer un sommeil pai-

ALCOOL A Qb'" CENTÉSIMAUX. ^ 853

sible, et de conjurer le délire ou de le dissiper, s'il existe. Dans ces dernières assertions la part de l'erreur était au moins aussi grande que celle de la vérité. L'erreur s'est encore aggravée par toutes les exagérations de quelques imitateurs du médecin anglais, qui sont allés jusqu'à dénier à l'Alcool toute vertu stimulante et à prétendre que cet agent diminue toujours la fièvre et que, quelle qu'en soit la dose (Ruge), il abaisse invariablement la température (Guny-Bouvier, Zimmerberg, Rabuteau, etc.).

En Angleterre même, les idées de Todd ont rencontré de nombreux opposants (Marcet, Edward Smith, Tweedie, Gairdner, Murchison). Parmi nous, ceux qui les ont adoptées en grande partie (Béhier, Legras, Gingeot, et autres) ne vont cependant pas jusqu'à vouloir que l'Alcool devienne l'unique moyen de traitement des phlegmasies et des pyrexies ; mais ,il est facile de voir que plusieurs inclinent à lui accorder trop d'importance, bien que les faits cités à l'appui soient loin d'avoir tous une valeur probatoire.

Assurément l'Alcool peut donner tous les résultats signalés par Bentley Todd, mais non pas indifféremment, il s'en faut bien, dans tous les cas de phlegmasies ou de fièvres contre lesquelles on le croit un remède souverain : l'administrer aveuglément dans toutes les maladies aiguës, c'est faire injure au bon sens et s'exposer à une foule de mécomptes.

L'Alcool, en effet, ne peut que nuire dans la fièvre inflammatoire franche et intense, caractérisée non-seulement par l'accélération du pouls et l'exaltation de la température, mais encore par l'excès de la combustion respiratoire, la dénutrition rapide et l'extrême abondance de l'urée et des produits de la dénutrition, dans la sécrétion rénale. Dans cette espèce de fièvre, le malade recherche le froid, repousse le vin et les aliments j il n'a d'appétence que pour les boissons aqueuses, acidulés, rafraîchissaates, et parfois il n'accepte que de l'eau pure. On doit obéir à son instinct. Mais il existe une autre espèce de fièvre que j'ai le premier décrite, dans laquelle on brûle peu, malgré l'élévation de la température, parce que la majeure partie de la force mise en jeu par la combinaison de l'oxygène avec le sang évolue sous forme de chaleur sans se fixer dans la substance musculaire ou nerveuse. L'urine contient peu d'urée, dernier terme de la combustion des substances albuminoïdes, mais elle renferme une proportion hypernormale d'acide urique et de matière grasse, et de plus beaucoup d'albuminose, de l'albumine proprement dite et de la matière colorante bleue: substances à peine oxydées ou tout à fait incomburées. Dans cette forme qui se résume en ces deux mots : perversion fonctionnelle, et qui tend à l'adynamie, les alcooliques peuvent rendre des services considérables, soit en apportant un aliment respiratoire €t ralentissant la dénutrition, soit en rendant agissantes des forces radicales à l'état latent, soit en cédant à chaque instant au système nerveux la force que lui manque.

Ainsi les alcooliques sont inutiles ou dangereux dans la vigueur du rhumatisme articulaire aigu, surtout lorsqu'il est compliqué de phlegmasies viscérales, dans l'angine tonsillaire phlegmoneuse et très-fébrile, dans la fièvre

péripneumonique intense, dans la période d'éruption de la scarlatine et de la variole franches, et dans quelques cas analogues. Ils conviennent au contraire, de même que l'opium, dans le rhumatisme subaigu se passant presque à froid; dans les angines malignes, principalement quand elles sont peu fébriles ; dans le décours de certaines pneumonies qui traînent en longueur ou dans les pneumonies à forme typhoïde, dans la dothiénentérie rappelant la fièvre lente nerveuse d'Huxham, ou bien accompagnée d'une profonde adynamie ; dans certaines scarlatines anomales ; dans certaines varioles hémorrhagiques ou dont l'éruption avorte par défaut de stimulation, et ainsi de suite. Monneret, Béhier et Stokes prescrivent le vin à doses assez généreuses dans l'adynamie typhoïde. Cette pratique, qui est aussi la mienne, tend à se répandre de plus en plus.

De même les spiritueux sont redoutables dans la méningite, la périencéphalite diffuse, et généralement dans les phlegmasies des centres nerveux ainsi que dans le délire qui en est une manifestation ; mais, en revanche, ils font merveille contre les anémies et les asthénies cérébrales et contre le délire, reconnaissant des conditions semblables, dans le cours des maladies aiguës. Le délire nerveux des fièvres graves et celui qui succède aux grandes opérations sont également justiciables de l'Alcool. Seulement, comme les pyrexies telles que l'érysipèle, la fièvre typhoïde, etc., se compliquent des deux sortes de délire , il est nécessaire avant d'agir de chercher avec quelle espèce morbide on a affaire. Si le visage est enluminé, la tête brûlante, si les pupilles sont étroites et les yeux injectés, il est probable que c'est un délire symptomatique d'une hypérémie ou d'une phlogose cérébrale, et auquel convient le traitement antipiilogistique. C'est au contraire un délire dit nerveux, si les yeux et le visage sont pâles et frais, si les pupilles sont moyennes ou un peu grandes ; dans ce cas les alcooliques sont indiqués. Dans le doute on devra encore y recourir de préférence, en procédant avec réserve et par tâtonnements, à l'aide de petites doses répétées.

Les boissons spiritueuses sont éminemment utiles au début des maladies à frigore, lorsqu'il n'existe encore que de la courbature, du malaise, de l'impressionnabilité pour le froid et des frissonnements légers alternant avec des chaleurs fugaces. Dans cette période de concentration, semblable au premier stade d'un accès de fièvre mtermittente, l'Alcool incorporé dans un breuvage chaud excite la circulation et la calorification et provoque une diaphorèse salutaire. On peut quelquefois faire avorter de la sorte une phlegmasie thoracique grave ; en tout cas, le moyen, qui est d'un usage populaire, est généralement utile, parce qu'il favorise le mouvement d'expansion indispensable à l'évolution régulière des phénomènes morbides et qu'il accélère ainsi la terminaison du mal.

Depuis longtemps les médecins de la Grande-Bretagne soumettent les phthisiques à l'usage de doses considérables d'Eau-de-vie; les avantages qu'ils en ont retirés dans les cas de phthisie torpide ne justifient pas l'emploi abusif qui se fait de ce stimulant dans toutes les formes quelconques de

ALCOOL A Sb» CENTÉSIMAUX^

cette cruelle affection. Le professeur Fuster (de Montpellier) préconise contre la tuberculose pulmonaire la combinaison du régime de la viande crue avec le traitement alcoolique.

L'Eau-de-vie arrête assez souvent les vomissements des tuberculeux (Tripier) et parfois ceux des femmes enceintes (Lanzoni, etc.). Elle calme certaines entéralgies ou coliques nerveuses et certaines gastralgies de forme spasmodique ou crampoïde (Gubler).

Enfin, Hyde-Salter déclare que le Gin et le Whisky à hautes doses et prjs dans un peu d'eau très-chaude, suspendent absolument les accès d'asthme. Il est probable que ce moyen, de même que l'iodure de potassium, réussit spécialement contre les névroses respiratoires asthéniques.

Modes d'administration et doses. — L'Alcool s'emploie à l'extérieur sous forme de lotions, de fomentations, d'injections et d'applications topiques dans des pièces de pansement. On se sert d'Alcool tantôt à 40° Cartier (95° centésimaux), tantôt à 33° Cartier (85° centésimaux), et sous des états de plus grande dilution. Un pinceau chargé d'Alcool à 40° peut servir à toucher des plaies empoisonnées ou ichoreuses, putrilagineuses, affectées de gangrène, de pourriture d'hôpital, de diphthérie infectieuse. Moins concentré l'Alcool sert à stimuler les plaies atones ou qu'on veut pousser à une cicatrisation rapide; il suffit également à échauffer la peau au niveau des régions qui sont le siège d'un engorgement chronique ou d'un épanchement séreux. Des fomentations alcooliques sur le scrotum auraient guéri l'hydrocèle (Pleindoux).

Cette même affection est plus sûrement traitée par la méthode des injections. Ad. Richard introduit dans la tunique vaginale seulement 5 grammes d'Alcool froid à 36° Baumé. On a injecté aussi de l'Alcool fort dans les narines et dans l'utérus, pour arrêter les hémorrhagies. Dans le péritoine, Jobert (de Lamballe) n'a porté que de l'eau alcoolisée.

Une mixture d'Alcool à 33°, 200 grammes, avec 100 grammes d'eau, peut être employée en collutoire contre les stomatites ulcéro-membraneuses et scorbutiques, en gargarisme contre les angines malignes accompagnées de diphthérie, de sphacèle ou de putrilage. On prépare encore des lavements de vin, d'Alcool dilué, ou mixtes : 2 parties de Vin et 1 partie d'Eau-de-vie (Debout), contre les métrorrhagies.

Les fumigations alcooliques se fout avec de la vapeur se dégageant par la chaleur d'une masse d'Alcool en ébullition et amenée par un tube dans une boîte où le sujet se trouve enfermé jusqu'au cou, ou bien sous les couvertures du lit dans lequel il couche. Quelquefois on se contente de faire arriver au contact du corps les produits gazeux de la combustion d'une lampe à Alcool.

^ A l'intérieur, on ne pourrait donner l'Alcool pur qu'en très-petite quantité à la fois, dans un cas d'urgence, pour dissiper une syncope ou conjurer une attaque d'apoplexie. C'est habituellement l'Alcool affaibli, de 16° à 22° Cartier, ou Eau-de-vie dont on fait usage. On en fait prendre comme

stimulant diiïusible et inébriant de 50 à 200 grammes par jour, à doses fractionnées.

Todd administre toutes les heures, toutes les deux heures, ou à des inter- \alles plus longs, une cuillerée à thé ou une cuillerée à soupe d'Eau-de-vie étendue d'eau. Béhier assigne au liquide médicamenteux une composition plus précise, savoir : 80 à 1£0 grammes eu même 150, 200 et 300 grammes d'Eau-de-vie ordinaire à 20» Baumé ou 56» Gay-Lussac, additionnée de 80 à 100 grammes] d'eau édulcorée. C'est là ce qu'on appelle la potion de Tûdd.

J'ai adopté la formule suivante :

POTION ALCOOLIQUE OU ILLICO (Gubler).

Alcool reclifiè à 85° Gay-Lussac (32» Cartier). . . 20 à £0 grammes.

Eau de fontaine ôO à 80 —

Sirop d'écorce d'orange aipère 30 —

A prendre par cuillerées à une, deux ou trois heuies de dislance.

La dose quotidienne d'Alcool doit quelquefois être doublée; en ce cas il convient de doubler aussi la quantité d'eau qui sert à l'affaiblir.

La méthode des inhalations serait applicable à l'Alcool aussi bien qu'aux autres substances volatiles. On se grise en respirant des vapeurs spiritueuses. Ce serait même le meilleur rcoyen d'obtenir des phénomènes toxiques, pourvu que l'air atmosphérique fît presque entièrement défaut. Eu conséquence, si l'on avait intérêt à produire l'ivresse et l'insensibilité alcooliques, on pourrait soumettre les sujets aux émanations d'Alcool absolu à l'aide d'un appareil approprié.

En pharmacie, l'Alcool sert de véhicule à un grand nombre de principes actifs dans les préparations connues sous les noms d'esprits, à'alcoolés, à'alcoolatures et de teintures alcooliques , de même que dans les vins médicinaux. Sous ces formes il se prend d'ordinaire en trop petite quantité pour acquérir une importance physiologique ou thérapeutique. C'est ainsi que dans la teinture alcoolique de digitale, l'aclion stimulante du dissolvant est insignifiante en comparaison des effets toniques et sédatifs du principe immédiat.

ÉTHER SULFURIQUE, Allier SUlfuHcuS.

Angl. Svlphuric Ethcr. — AU. Schwefcllàlher, Naphta Vitrioli.

L'Élher sulfurique, Èther hydratiqite (Chevreul), ou Oi-yde d'Èthyk (G*B.°0), est un liquide d'une extrême fluidité, excessivement volatil, d'une odeur suave particulière, très-pénétrante et très-forte, d'un goût chaud et piquant. Il est éminemment inflammable, et sa vapeur répandue dans l'air atmosphérique constitue un mélange détonant. Exposé à l'air et à la lumière, l'Elher se transforme partiellement en eau et acide acétique. Celui des phar-

ÉTIIER SULFURIQUE. 857

macies renferme habituellement de l'eau et de l'alcool en proportion parfois considérable, quelquefois de l'huile de vin pesante et de l'acide sulfureux lu de l'acide sulfurique, quand il n'a pas été bien rectifié. Pour les usages aédicaux et surtout pour obtenir l'anesibésie, il est indispensable de le purifier suivant le procédé d'Adrian et Regnauld,

L'Élher est soJuble dans 9 parties d'eau et dans l'alcool en toutes proportions. Il dissout le brome et l'iode, un peu le soufre et le phosphore, trèsbien les huiles volatiles, assez bien la plupart des substances grasses et résineuses, quelques alcaloïdes végétaux, l'urée, le caoutchouc et le fulmicoton. Mélangé en très-forle proportion avec le sang qui vient d'être extrait de la veine, et agissant en vertu de ses propriétés purement chimiques, il lui donne une couleur foncée avec la consistance de la gelée de groseille.

Action physiologique. — Les effets locaux de l'Éther, comme ceux de l'alcool, varient suivant les conditions analomiques de la région et la durée d'application.

Sur une muqueuse ou sur la peau excoriée, il donne lieu à une sensation de chaleur ou de cuisson suivie d'une obtusion ou d'une suppression de la sensibilité locale. Simpson et Nunneley ont obtenu l'anesthésie de la partie immergée, chez les animaux inférieurs pour qui la peau est un organe de respiration. Les nerfs périphériques dénudés et mis en contact avec l'agent anesthésique perdent leur sensibilité dans le point touché et au-dessus (Plourens, Serres, Longet). Sur la peau revêtue de sa couche protectrice, l'Éther ne donne directement, et par lui-même, qu'une modification insignifiante de la sensibilité ; s'il est confiné , il produit une légère chaleur, mais ordinairement il ne donne lieu qu'à une impression de froid en rapport avec un abaissement réel et plus ou moins considérable de la température produit par sa volatilisation. En activant l'évaporation à l'aide d'un courant d'air pou.ssé par un éventail, un soufflet ou l'appareil de Guérard et en prolongeant suffisamment le contact, on fait pâlir et blanchir la peau (PoUin et Leconte), et descendre progressivement la température de la région depuis 37», ce qui est la normale, jusqu'à 15», 10», 0» et plus bas encore. Il en résulte alors une véritable congélation, parfois suivie d'une eschare assez étendue (Lawson, de Middlesex). Avant même d'atteindre le degré de la gélivure, les parties soumises à la réfrigération par l'Éther perdent leur sensibilité aussi bien qu'à la suite de l'action du froid tellurique et atmosphérique ou d'un mélange réfrigérant. L'anesthésie locale obtenue delà sorte peut ,être absolue.

Quelques gouttes d'Éther introduites dans les voies digestives occasionnent sur leur passage, avec des modifications spéciales du goût et de l'odorat, une forte impression de chaleur bientôt suivie, par propagation centripète et par action réflexe, d'un sentiment de roboration et d'excitation cérébrale aussi prompt à se dissiper qu'à naître. Avec des doses fortes (Trousseau en a avalé 6 grammes d'un coup), les efi'ets locaux s'exagèrent énormément, et l'on voit survenir, après une légère excitation sensorielle et

858 ALCOOL. ÉTIIER. CHLOROFORME,

quelques phénomènes d'ébriété l'ngace, des symptômes de torpeur mieux caractérisés et plus durables du côté de l'intelligence et de la motricité. Tout' cela s'évanouit au bout d'une heure et fait place (Trousseau et Pidoux)k. un grand bien-être, à une réfocillation fort salutaire et à un appétit extraordinaire. La circulation centrale, la caloricité et la sécrétion urinaire ne paraissent pas notablement influencées (Schwilgué, Trousseau et Pidoux). Le faible étourdissement déterminé par l'Éther ingéré dans l'estomac se transforme en stupéfaction nerveuse, profonde, lorsque cette substance volatile pénètre dans la circulation par les voies respiratoires.

Topiquement, la vapeur d'Éther produit sur la muqueuse bucco-pharyngienne, ainsi que sur celle des canaux aériens et sur les vésicuJes pulmonaires, des phénomènes d'excitation consistant en picotements, chaleur, angoisse et toux, lesquels provoquent de l'agitation et des efforts désordonnés pour éloigner l'appareil et se soustraire à l'influence de l'agent thérapeutique.. Bientôt ces phénomènes d'excitation font place à des symptômes d'en-gourdissement et d'anesthésie véritable dans les mêmes régions : la tolérance, s'établit, les inspirations deviennent plus faciles et déplus en plus profon-des. Alors une douce chaleur se répand dans tout le corps et coïncide avec; des frissonnements nerveux, des fourmillements et une légère exaltation de ; la sensibilité. Puis il arrive de ces deux choses l'une : ou bien une sorte de bien-être succède à l'état précédent de malaise et d'anxiété, la figure prend i un air étonné ou béat; ou bien une vive excitation s'empare du sujet, qui; délire, profère des paroles incohérentes et se débat violemment pour échap- ■ per aux mains qui l'étreignent.

Cependant la respiration introduisant toujours de nouvelles quantités d'Ether, la pensée s'éteint et ses manifestations se taisent; les traits du vi-sage s'affaissent et la physionomie exprime l'hébétude ou l'ivresse; la vue s'obscurcit, les pupilles se dilatent; les yeux, convulsés en haut, se cachent sous les paupières tombantes, les muscles volontaires sont dans un com-plet relâchement. A un degré plus avancé, le collapsus atteint les muscles = de la vie organique; la respiration est lente, profonde et stertoreuse ; lepouls, ordinairement accéléré au début, se ralentit à son tour, cependant il. est parfois lent dès l'abord, ou bien il demeure rapide tant que dure l'opé- ■ ration. En même temps que ces phénomènes se manifestent, la sensibilité tactile s'émousse et finit par se perdre à ce point qu'on peut tirer, pincer, piquer et couper ou brûler la peau, ainsi que les tissus sous-jacents, sansexciter la moindre douleur chez le sujet, qui paraît plongé dans un som-meil comateux.

Six ou huit minutes d'aspiration suffisent ordinairement; à produire ce résultat. Vient-on à suspendre les inhalations éthérées, les symptômes res-tent un moment stationnaires, puis le réveil a lieu par degrés, et le patient, parcourant en sens inverse les phases de l'intoxication, retombe dans un dé-^ lire souvent gai, quelquefois mélancolique, accompagné ou non de mouve-ments désordonnés. Au bout d'un temps variable de cinq à six minutes à un.

ÉTHER SULFURIQDE. 859

quart d'heure, les sujets ont repris l'usage de leurs sens et de leur intelligence, et semblent revenus à l'état normal.

Telle est la marche et telles sont les apparences habituelles de YÉthérisme aigu, dans lequel il faut par conséquent distinguer plusieurs phases : 1° la période mfiniment courte de la stimulation topique des voies respiratoires, suivie de la sédation des mêmes organes; 2° celle de V excitation générale consécutive à l'absorption ; 3° la période de stupéfaction de l'ensemble des propriétés sensitives et motrices appartenant à la vie de relation ; 4° enfin celle de torpeur des fonctions de la vie végétative, avec abaissement de la calorification et de l'hématose, extinction des mouvements respiratoires et paralysie du cœur. En négligeant la première, qui est sans importance, on aurait les trois périodes suivantes : ébriété, stupeur, collapsus. Bouisson confond en une seule les trois premières phases et n'en reconnaît que deux en tout, tandis que Snow en admet cinq. Jobert (de Lamballe) et Blandin divisent l'éthérisme (et non l'éthérisation, qui est le procédé thérapeutique) en trois périodes seulement : 1° période d'exaltation de la sensibilité et des phénomènes psychologiques qui en dépendent ; 2° affaiblissement de la faculté de sentir ; 3" abolition du mouvement. Ces deux dernières correspondant à notre seconde division, caractérisée par le mot stupeur.

Au point de vue physiologique pur, Longet partage l'éthérisme en quatre périodes, selon qu'il atteint les lobes cérébraux et le cervelet, la protubérance annulaire, la moelle épinière, ou le bulbe rachidien. A la lésion du cerveau et du cervelet se rattachent les troubles de l'intelligence, et ceux de l'équilibre du mouvement; à celle de la protubérance annulaire, la perte du sentiment et du mouvement volontaire ; à celle du cordon rachidien, les mouvements réflexes; enfin la lésion de la moelle allongée explique la cessation des mouvements respiratoires et l'extinction de la vie (Serres, Mourens, Longet). Toutefois les modifications des expansions périphériques du système nerveux et peut-être des muscles eux-mêmes contribuent sans doute aux manifestations symptomatiques. Il en doit être de même des lésions du sang, car de telles lésions existent nécessairement à la suite de l'éthérisation.

On n'est cependant pas d'accord sur leur nature. Tantôt le sang artériel a été trouvé noirâtre et comme veineux (Amussat, Flourens) ; tantôt au contraire il a conservé sa couleur normale, et le sang veineux lui-même est devenu'd'un rouge plus vif et plus clair (Renault). Voici comment j'expliquais cette différence dans la première édition de ce livre. Ces deux aspects exprimant deux altérations différentes peuvent, je crois, se montrer tour à tour, suivant les conditions diverses de l'opération: le premier caractérise 1 asphyxie proprement dite ou la privation d'oxygène et doit apparaître lorsque les sujets ont inhalé de la vapeur d'Éther presque exempte d'air atmosphérique, ou que les mouvements respiratoires ont été dès l'abord fortement entravés, en même temps que la circulation centrale; le second indique 1 absence de l'acide carbonique, et se montre dans les cas d'inhalation

mixte, quand le mécanisme de la respiration demeurant intact, l'Éthera pu chasser tout le gaz carbonique résultant de la combustion respiratoire. Il est démontré en effet que la proportion d'acide carbonique exhalé par la surface pulmonaire pendant l'éthérisation peut s'élever du simple au double, et presque au triple, jar rapport k l'état normal (Ville et Blandin); ce que { Bouisson attribue avec d'autant plus de vraisemblance à un déplacement du gaz carbonique par les courants de vapeur d'Blher, que la quantité d'acide carbonique exhalé ne tarde pas à diminuer quand l'éthérisation se prolonge : dix à douze minutes, si bien que les gaz expirés finissent par ne plus en offrir que des traces. L'expérience a pleinement confirmé ces vues.

Agité avec l'éther (Vittich) ou avec le chloroforme (Bôttcher) en petite proportion le sang devient rouge-cerise clair, et transparent. Les globules sanguins se déforment, leurs enveloppes se raccornissent, suivant l'expression de Samson, et finissent par disparaître, dissous dans le plasma. Par le repos, l'Êther se rassemble à la surface où il laisse, après son évaporation, un cremor incolore formé de matières grasses et de substances analogues. En effet, Hermann admet que les anesthésiques se fixent sur la prolagone d'O. Liebreich, laquelle n'est autre que la lécythine d'après Gobley, et que ' ceux qui sont volatils dissolvent ce principe immédiat, tandis que les anesthésiques gazeux ne le dissolvent pas. |

La dissolution et l'entraînement des matières grasses, jointe à la liquéfaction des disques sanguins, rend compte, selon moi, de la transparence acquise par le sang à la suite de l'action de l'Élher. Quant à la rutilance, elle s'explique par la mise en liberté de l'acide carbonique, dont l'Éther a pris la place; et la persistance de cette coloration prouve, à mon avis, que la combinaison de l'hémoglobine avec l'Éther est stable et ne permet qu'à un faible degré l'introduction de l'oxygène dans les globules sanguins ou plutôt la formation ultérieure de l'acide carbonique.

Chez les sujets éthérisés, le sang exhale une odeur d'Éther très-prononcée, qui se retrouve probablement dans les différents tissus, et notamment dans les centres nerveux. Le lait s'en imprègne et les enfants refusent quelquefois I le sein (Bouisson). :

L'obstacle apporté à l'hématose par la présence d'une grande quantité ' d'Éther dans la circulation, et dont on a la preuve dans l'état du sang, se révèle également par l'abaissement de la température, qui tombe de 2», 5 à , 3° après une éthérisation de trente à quarante-cinq minutes (A. Dumêril et ^ Demarquay). Seulement ces expérimentateurs ont remarqué que la réfrigération n'est pas immédiate et que le minimum thermique ne s'observe guère qu'une heure après l'éthérisation.

En dehors des symptômes normaux exposés ci-dessus, l'éthérisme présente des accidents et des comphcations qu'il importe de connaître. Des vomissements surviennent dans un grand nombre de cas, de même que dans l'intoxication alcoolique. Quelquefois les inhalations d'Éther donnent lieu à une excitation cérébrale d'une violence inquiétante, ou bien à des convul-

ÉTHER SULFUHIQUE.

sions fortes st prolongées, ou encore à une anoxémie, à une stapeur profonde, à une dépression des actes organiques qui mettent la vie en danger. La mort peut même résulter de ces graves atteintes. Rarement elle arrive par le fait de i'aspliyxie, parce que les opérateurs ont généralement le soin de laisser un libre accès à l'air atmosphérique, ou bien de ne pas prolonger outre mesure les inhalations. Presque toujours la vie s'éteint dans un état syncopal, par une sorte de sidéralion anesthésique résultant de l'envahissement du. bulbe, et de ce point central appelé nœud vital, par les effets stupéfiants de l'agent anesthésique. Le mot sidération appliqué à cet ordre de faits ne saurait tenir lieu d'une explication, il exprime simplement l'instantanéité du résultat funeste, et ne veut pas dire autre chose que syncope, c'est-à-dire cessation d'action des nerfs respiratoires et cardiaques issus de la moelle allongée. Ce qui fait la différence, eu égard à la syncope vulgaire par asthénie ou par raptus congeslif, ce qui augmente le péril dans l'éthérisme et rend le retour à la vie presqueimpossible, c'est la lésion durable du tissu nerveux et la permanence de l'agent toxique dans l'économie. Néanmoins la science n'avait en 1868 enregistré encore qu'une soixantaine de cas de mort avecl'Éther : l'un est cité par Jobert (de Lamballe) ; un autre par Nunn, et le rapport de Gayet à la Société médicale de Lyon en mentionne sept, observés dans cette ville. On en compte davantage maintenant ; mais nous reviendrons sur ce sujet à propos du parallèle entre les deux principaux anesthésiques (voy. chloroforme). En pareille occurrence, l'autopsie ne révèle pour ainsi dire aucune lésion caractéristique, si ce n'est l'état du sang, qui a été trouvé nôir jusque dans le système artériel, ou parfois vermeil dans le système veineux. Cependant Serres a soupçonné l'existence d'une altération de la structure intime du tissu nerveux dont Pappenheim et Good ont démontré la réalité par l'examen microscopique. Selon ces observateurs, la myéline commence par se détacher de la paroi du tube, puis elle se coagule et devient grumeuse.

Gomme accidents secondaires ou tardifs à la suite des inhalations éthérées, on signale la bronchite, la pneumonie, la congestion et l'inflammation du cerveau. La mort peut en être la conséquence.

Substances synergiques auxiliaires. — En qualité d'excitant et d'antispasmodique, l'Éther sulfurique a pour congénères l'alcool et la nombreuse catégorie des stimulants diffusibles, ainsi que celle des antispasmodiques stimulants ou proprement dits. Il sert lui-môme d'auxiliaire à un grand nombre de substances médicamenteuses appartenant à ces deux groupes, et parmi lesquelles il suffit de citer le musc et le castoréam. Gomme réfrigérant, il se place à côté des substances très-volatiles. En qualité d'hypocinétique il offre des analogies avec l'ésérine , le curare , la cicutine. Enfin, comme anesthésique, il appartient au groupe des matières carburées binaires ou ternaires, volatiles ou gazeuses, dans lesquelles le carbone est uni avec un ou deux des éléments : hydrogène, chlore, iode et brome, azote ou oxygène. Quand le composé est ternaire, il résulte de la combinaison d'un

carbure d'hydrogène avec une petite proportion d'un troisième élément (Nunneley, Ozanam). Les synergiques de l'Éiher, au point de vue de l'action anesthésiante, sont :1e Chloroforme, l'Amylène, l'Éther chlorhydriqueet le Chlorure d'éthyle bichloré, les Élhors iodhydrique, bromhydrique, acétique, fornique, cyanhydrique , le Formoméihylal, les Éthers nitreux et nitrique, l'Hydrure d'amyle, la liqueur des Hollandais ou Chlorure de gaz oléfiant l'Éthylène perchloré, l'Aldéhyde, le Bisulfure de carbone, la Benzine, l'Acide carbonique, l'Oxyde de carbone, le Protoxyde d'azote, l'Acétone, l'Esprit de bois, ou Alcool méthylique, le Kérésolène, enfin les hydrogènes carbonés, et spécialement le Gaz de l'éclairage. La fumée provenant de la combustion de la poussière de Lycoperdon giganieum, la Vesse-Loup gigantesquBj doit probablement son action à la présence de l'oxyde de carbone, de l'acide carbonique et de divers produits empyreumatiques.

A cette liste déjà bien longue il serait facile d'ajouter encore plusieurs combinaisons chimiques capables de produire l'anesthé.sie; mais la plupart des substances auxquelles ce pouvoir a été reconnu étant restées sans emploi, nous ne parlerons à l'occasion des succédanés du Chloroforme (voy. ce mot) que de celles qui sont entrées momentanément dans la pratique ou qui sont encore actuellement usitées.

Mais, à part les remèdes pharmaceutiques ou médicaments proprement dits, il existe un assez grand nombre de moyens de procurer l'insensibilité. L'un des plus importants pour la pratique et qui est aussi devenu l'un des plus curieux pour le théoricien depuis la découverte de l'anesthésie des ani-. maux à sang-froid par l'action d'une température de 37° à 38° centigrades (Cl. Bernard) ; c'est l'application du froid réalisé par la glace ou par la vaporisation rapide d'un corps éminemment volatil qui soustrait instantacément à la région une énorme quantité de calorique. Le grand Larrey, opérant sur le champ de bataille d'Eylau, avait été frappé de l'insensibilité des blessés transis de froid. Une remarque analogue avait été faite par J. Hunter, et plus tard par Arnott et Velpeau.

Un autre procédé très-anciennement usité et qui commence à reprendre faveur, c'est la suppression du sang dans la partie qu'il s'agit d'anesthésier. Les Assyriens, au rapport d'Aristote, pratiquaient déjà dans ce but la ligature des vaisseaux du cou. Fleming a noté sur lui-même et sur d'autres l'engourdissement causé par la compression des carotides, et j'ai pu moi-même me procurer quelques instants de soulagement dans le cours de cruelles migraines en me soumettant à la même pratique. D'un autre côté, la compression à l'aide de la ligature ou du tourniquet a été érigée en méthode par quelques chirurgiens (James Moore, B. Bell, Liégard), et depuis quelque temps on préconise l'ischémie artificielle comme moyen d'amener l'insensibilité.

Les influences morales elles-mêmes déterminent parfois un degré assez élevé d'anesthésie pour permettre au chirurgien de pratiquer des opérations non douloureuses.

Page 1