‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource]Chapitre 255 sur 293 · ÉTHER SULFURIQUE · texte numérisé non relu

ÉTHER SULFURIQUE

Le fait de l'insensibilité 'par influence psychique ressort, à mon avis, de riiistoire de sainte Tliérèse et des extatiques ; mais il a été mis en évidence par notre éminent chirurgien J. Gloquet, qui a pu opérer un cancer du sein sur une femme plongée dans le sommeil magnétique.

C'est encore le même phénomène qui se produit dans ce qu'on appelle l'hypnotisme ou plus spécialement le Braidisme, du nom de l'inventeur du procédé, qui consiste à endormir les sujets (toujours de jeunes femmes) en les forçant à regarder en haut un objet brillant (Broca, PoUin, Gruérineau, Verneuil, etc.).

Substances antagonistes et incompatibles. — Antidotes, contrepoisons. — Les antagonistes de l'Êther sont, d'une part, ceux des stimulants diffusibles en général, c'sst-à-dire les acidulés, les rafraîchissants, les astringents, la quinine et les toniques vaso-moteurs ; d'autre part, ce sont vraisemblablement les alcaloïdes des Strychnées, qui stimulent la sensibilité en même temps que l'appareil locomoteur ; la picrotoxine, qui s'en rapproche ; l'ammoniaque et ses combinaisons avec les acides chlorhydrique, acétique et carbonique , dont l'efficacité contre l'ivresse alcoolique est bien établie ; enfin les courants gazeux, non pas de gaz inertes, tels que l'azote 6t l'hydrogène, capables seulement de chasser du sang et des tissus l'excès de vapeur d'éther, mais ceux des gaz vivifiants : protoxyde d'azote ? air atmosphérique , oxygène pur , ordinaire ou allotropique. Quant à l'antagonisme signalé parle docteur M. Fallu entre l'ÉLher et le Chloroforme, il n'est que partiel et porte uniquement sur la différence des effets de stimulation plus forts et plus prolongés pour le premier que pour le second, et se traduisant en partie par l'accélération du pouls, bien marquée à la suite de l'administration de l'Éther.

Usages. — A l'extérieur, l'Éther sulfurique s'emploie comme réfrigérant et comme moyen de déterminer, soit un certain degré d'anémie locale et d'anesthésie dans les phlegmasies de l'encéphale, la céphalée 'congestive, la migraine, l'inflammation érythémateuse ou érysipélateuse de la peau, la brûlure au premier ou au second degré, les hémorrhagies nasales (Gintrac), ou celles qui ont lieu par les piqûres de sangsues (Boisseuil); soit la contraction des organes musculeux situés profondément, par exemple dans les engouements ou les étranglements herniaires. Ghavernac cite huit cas favorables et reconnaît à l'Éther l'avantage de rendre le taxis plus facile en supprimant la douleur et en condensant les gaz par la réfrigération.

Au même titre on a dirigé des douches d'Éther pulvérisé sur un anévrysme du creux poplité, dont la guérison a pu être obtenue de la sorte (Tymer) et sur la colonne vertébrale ou ailleurs chez des sujets affectés de tétanos, de chorée ou de névroses diverses. Da Silva Amado a, le premier, conseillé les aspersions d'Éther sur la partie blessée pour arrêter les convulsions tétaniques, et Paterson a été témoin d'un succès obtenu par ce moyen dans le service de Barbosa. Perroud a fait cesser la chorée chez une jeune fille par des douches pulvérisées sur la colonne vertébrale. Un cas heureux a été égale-

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ment observé chez un garçon dans le service de Meynet (Magade). Enfin G Lubelski emploie le même procédé avecavantage non-seulementdans la chorée* mais encore contre le priapisme, la fureur utérine et l'onanisme. Il conseillé de ne pas aller au delîi de la pâleur des tissus. On l'introduit aussi comme stupéfiant dans les cavités tapissées par une muqueuse : la bouche et les alvéoles dentaires, le conduit auditif externe, pour calmer des douleurs névralgiques. D'ailleurs il est rationnellement indiqué dans les affections douloureuses et spasmodiques qui ne s'accompagnent d'aucun signe d'éréthisme vasculaire. On lui a cru une efficacité réelle contre la surdité et, qui plus est, contre la surdi-mutité. Mais si l'Éther injecté dans le conduit auditif guérit la surdité, ce ne peut être qu'en qualité d'antispasmodique et de stupéfiant, ou bien de stimulant, à moins qu'il n'agisse comme dissolvant du cérumen. En conséquence, il ne saurait être utile que dans les paracousies nerveuses, ou bien dans celles qui dépendent de l'oblitération de l'oreille externe, mais nullement dans les cas où l'impossibilité d'entendre provient d'une lésion de la caisse du tympan ou de l'oreille interne.

A l'intérieur, on le prescrit comme excitant local dans la défaillance la syncope, la congestion cérébrale; comme anodyn contre la gastralgie et particulièrement contre la crampe d'estomac, la colique fl Uulente, le mal de mer, Khépatalgie simple ou compliquée de calculs biliaires. En pareille circonstance, il offre sur les opiacés l'avantage de pouvoir être administré au moment des repas ou pendant le travail de la digestion. Par sa présence dans le tube digestif, il contribue aussi à faire périr les helminthes; à ce titre, il fait quelquefois partie d'une mixture ténifuge.

En qualité de stimulant diffusible et à' antispasmodique, l'Éther est journellement usité chez les sujets nerveux qui souffrent de perversion asthénique des actes sensoriaux et moteurs : ainsi chez les hystériques des deux sexes; chez les malades affectés d'asthme nerveux, de dyspnée symptomatique d'une lésion apportant un obstacle mécanique au jeu de la respiration. L'ébriété éthérique convient encore à ceux qui sont tombés dans l'adynamie et la torpeur. Trousseau et Pidoux se louent de l'usage de l'Éther pour exciter la réaction dans la période algide du choléra épidémique; ils pensent que ce médicament peut rendre d'immenses services dans les cas de métastase goutteuse en conjurant la syncope ou l'apoplexie et faisant cesser le délire ou d'atroces cardialgies. Pinel recomman'le cet agent dans l'aménorrhée due au spasme utérin, chez les filles nerveuses, et Tissot contre les pollutions nocturnes provoquées par les égarements de l'imagination.

Par ses effets directs sur la muqueuse gastrique et par la stimulation fugace qu'il détermine dans tout le système, l'Éther comme l'Alcool, mais moins bien que ce dernier, peut servir à prévenir ou à dissiper les phénomènes du stade de froid des fièvres intermittentes (Desbois, de Rochefort, Challelon); son association au quinquina est particulièrement favorable dans les pernicieuses algides (Trousseau et Pidoux). Quant à l'utilité de l'Éther tant vantée par Durande, Sœmmering et Richter dans le traitement de l'af-

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