CHAPITRE XXI
MAi^i\iTE, Mannita.
Angl, Mannite. — AU, Mannitum.
La Mannite (G'*ïï"0") est le principe le plus abondant de la Manne (voy. p. 221). Elle existe non-seulement dans le suc des Frênes, mais dans la séve de nos arbres fruitiers, dans le lactucarium et le suc des Ghicoracées, dans les Champignons, les Algues saccharifères, etc.; c'est aussi un des produits de la fermentation visqueuse ou muqueuse des liqueurs sucrées. La Mannite, insoluble dans l'éther, peu soluble dans l'alcool absolu et même dans l'alcool hydraté, qui n'en prend pas un centième de son poids, est très-soluble dans l'eau. Sa Solution dissout abondamment la chaux, et, mè-
lée à du sulfate de cuivre, elle empêche la précipitation de l'oxyde cuprique par les alcalis.
Action physiologique et usages. — La Mannile pure, cristallisée en masses blanches soyeuses, est dépourvue d'odeur et conserve un goût sucré agréable. Ses propriétés laxatives sont faibles ou douteuses, et l'expérience (Pereira) n'autorise pas à la considérer comme le principe actif de la Manne. Il n'y a donc pas lieu de s'en servir dans la médication évacuantemais on pourrait, à mon avis, utiliser son action de présence lorsqu'il s'agit de faire absorber un sel de cuivre sans avoir à craindre la décomposition de celui-ci par les liquides alcalins de l'économie, ou bien sa faculté dissolvante quand on veut dissiper les taches calcaires de la cornée, comme dans le cas de Grosselin. Je pense aussi qu'il y aurait lieu d'en instiller la solution entre les paupières chez les sujets afïectés de leucoma ou de cercle sénile. Les auteurs qui la croient aussi utile que la Manne conseillent de l'administrer à la même dose ; je pense qu'il en faudrait donner beaucoup plus que de la Manne en larmes, et surtout que delà Manne grasse, pour obtenir des effets équivalents.
SArvTOiviNE, Santonina.
Angl. Santonine or Cinin. — AIL- Santonin, Wurmsamenstoff.
La Santonine (G^H^O^) est réellement le principe actif du Semen-contra, d'où on l'extrait. Bien que neutre aux réactifs, elle joue le rôle d'acide (^cirfe santoniqué) vis-à-vis des bases avec lesquelles elle se combine aisément. Peu soluble dans l'eau, qui n'en prend qu'un trois-centième à la température ordinaire et un peu plus quand elle est bouillante, ce principe se dissout très-bien dans l'alcool bouillant, assez bien dans l'alcool froid, dans l'éther elle chloroforme. Incolore quand elle est pure, la Santonine devient jaune à la lumière, et prend une teinte rouge au contact de divers agents acides ou alcalins. La couleur que lui communique la potasse caustique pourrait faire croire à la présence du sucre dans l'urine (Notta).
Action physiologique. — La Santonine, qui à l'état solide est à peu près insipide, sans doute en raison de sa faible solubilité dans l'eau, possède au contraire une saveur amère, très-désagréable et très-persistante lorsqu'elle est en dissolution dans l'alcool. Ses effets sur le tube digestif consistent en une légère constipation et un peu de météorisme intestinal, quelquefois des vomissements. Elle passe dans la- circulation, et de là dans les sécrétions, particulièrement dans l'urine, qu'elle colore en jaune orangé ou safrané, verdâtre, lorsque celle-ci est acide, en rouge pourpre quand elle est alcaline (E. Rose), par la présence de la soude, car l'ammoniaque lui donne une teinte verte (Grubler), et dont elle augmente la quantité (Mauthner, E. Rose) pendant plusieurs jours, aussi longtemps que dure la coloration. En même temps il survient un trouble singulier de la vue, consistant à voir en jaune les objets blancs, en orange ceux qui sont rouges et en vert ceux qui sont bleus (Wittke). La première idée qui se présente pour expliquer ce phénomène, c'est que les
SANTONINE.
milieux transparents de l'œil sont teints comme la sécrétion rénale par la Santonine oxydée (Napoli, Mialhe, Francheschi Giovanni), jaunie et transformée en Sanlonéine (Phipson). La xanthopsie est autrement interprétée par Rose, qui l'attribue à une sorte de da^ionwme transitoire, dans lequel le sujet éprouverait une cécité partielle pour certaines couleurs. Bien que cet observateur trouve dans les hallucinations du toucher, du goût et de l'odorat, ainsi que dans certains autres symptômes, tels qu'une céphalée particulière, un grand abattement et un état de narcotisme exceptionnel, des preuves en faveur de son opinion, elle me semble cependant peu vraisemblable. Le trouble visuel (Martin, Guépin) consisterait dans la superposition du jaune à toutes les autres couleurs; or cette superposition ne peut dépendre que de l'une de ces deux conditions : ou bien il existe réellement une coloration jaune dans les milieux organiques que traversent les rayons lumineux venus de l'extérieur, ou bien la rétine éprouve spontanément les vibrations lumineuses du jaune, lesquelles s'ajoutent à celles qu'engendrent naturellement dans cette membrane les rayons émanés des objets colorés. Il est impossible, dans l'état actuel de nos connaissances, de se prononcer entre ces deux hypothèses. Cependant l'explication de Rose acquerrait un certain degré de probabilité, s'il est vrai que parmi les personnes qui prennent de la Santonine, la plupart voient les objets colorés en vert, quelqaes-uaes en bleu et d'autres en jaunepaille.
La Santonine ne se rencontre pas dans la salive (Walter G. Sraith), mais elle est facile à déceler dans l'urine à l'aide de la Potasse qui la fait rougir à peu près comme l'acide chrysophanique de la Rhubarbe ou du Séné, tandis que l'ammoniaque lui communique une teinte verdâtre. Elle apparaît au bout de quelques minutes (Walter G. Smith) dans la sécrétion rénale, et son élimination n'est complète qu'au bout de deux jours.
La Santonine est loin d'être aussi vénéneuse pour l'homme qu'on le pense généralement, puisque Rose a pu en prendre 1 gramme sans en être incommodé; néanmoins, on l'a vu occasionner l'hématurie chez l'homme (Ambroix, Franceschi Giovanni); mais elle exerce sans doute une action toxique sur les animaux inférieurs.
Usages. — C'est même sur cstte dernière action que sont fondées les applications thérapeutiques les plus importantes et les moins contestables de celte substance active qu'on emploie souvent aujourd'hui de préférence au Seme7i-contraet h d'autres aathelminthiques contre les ascarides lombricoïdes et les oxyures vermiculaires, rarement contre le ténia (Abbot-Smith).
Mais les modifications singuHères imprimées à la vision par la Santonine ont engagé les médecins à la prescrire contre diverses affections oculaires organiques ou purement nerveuses. Elle a été conseillée avec quelque avantage par Guépin (de Nantes) et Martini dans l'amaurose essentielle, et dans des cas variés. de choroïdite, d'iritis et d'irido-choroïdite, avec ou sans exsudais plastiques et passées à l'état subaigu ou chronique. Chose remarquable, on n'aurait pas observé de coloration jaune des images visuelles chez les su- Gl'bleh, 2* édition. 58
SUBSTANCES NEUTRES ORGANIQUES, jets atteints d'atrophie des artères de la rétine ou de choroïdite ayant donné heu à la résorption du pigment, comme si la matière colorante étrangère à l'organisme était sécrétée par les cellules pigmentaires, auquel cas l'usage prolongé de la Santonine aurait pour résultat de surcliarger d'une couleur jaune les régions naturellement pigmentées de la peau, des méninges du bulbe rachidien,etc. '
Les effets stupéfiants de la Santonine justifient son emploi dans les coliques néphrétiques et d'autres affections éminemment douloureuses. Les bons résultats obtenus en pareille circonstance par Ganeva ont fait supposer que ce principe immédiat, à l'inverse de la strychnine, pourrait bien ralentir la dénutrition et diminuer la proportion d'acide urique dans la sécrétion rénale. Bouchardat émet l'hypothèse que la Santonine agit par l'intermédiaire dii système nerveux, et que, comme l'acide beuzoïque, elle forme peut-être avec l'acide urique un acide copulé, soluble.
Modes d'administration et doses. — A la dose de 10 à 20 centigrammes, la Santonine possède des propriétés vermifuges bien prononcées. Il ne faut pas dépasser d'abord la dose de 5 à 20 centigrammes à la fois chez les enfants, ni celle de'30 à 40 centigrammes chez les adultes. On peut la mêler à du sucre en poudre, ou l'administrer sous l'une des formes officinales suivantes.
Les Dragées de Santonine (Garnier), comme les Tablettes de Santonine (Galloud, Mialhe), contiennent chacune 25 miUigrammes seulement du principe actif. On en prescrit deux à six par jour pour les enfants. Les Biscuits de Santonine présentent quelques avantages chez les jeunes sujets récalcitrants. La Santonine a été administrée en lavement par Abbot-Smith contre les oxyures vermiculaires qui habitent ordinairement la fin de l'intestin.
DIGITAI.II\E, Digilalina.
Angl. Digitaline, Picr in. — AU. Digitalin.
La Digitaline, principe actif de la Digitale (voy. page 119), aurait pour formule, selon Walz, G^^H^O'. et selon Kosmann, G'''H"0'".
Mais jusqu'à ces derniers temps on ne l'avait pas obtenue à l'état de pureté chimique et les résultats des analyses quantitatives aussi bien que les constatations des propriétés physiques et chimiques de ce principe immédiat n'offraient qu'une valeur contestable.
Il existait deux sortes de Digitaline ; l'une très-active et employée en France à l'exclusion de toute autre, c'est la Digitaline amorphe^ insoluble. découverte par Homolle et Quevenne; l'autre soluble, extraite par Kosmann et usitée en Allemagne. En voici les principaux caractères.
La Digitaline française est une matière neutre, blanchâtre et amorphe, d'apparence résineuse, d'un arôme spécial, d'une amertume excessive qui ne se développe que lentement en raison de la faible solubilité de la substance dans l'eau. L'eau froide n'en prend qu'une quantité insignifiante, l'eau bouillante n'en dissout qu'un millième de son poids. Insoluble ou peu soluble
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dans l'éther, elle se dissout en toutes proportions dans l'alcool et le ciiloroforme. Elle se dissout dans les acides à la manière des bases végétales. L'acide chlorhydrique lui communique en même temps une belle coloration vertpré caractéristique, II existe cependant une variété de Digitaline plus soluble dans l'eau, qui ne possède pas la propriété de verdir par l'acide muriatique concentré, et dont les effets physiologiques ne sont pas identiques avec ceux du type répandu dans le commerce par ses inventeurs Homolle et Quevenne. Cette seconde variété, ou Digitaline allemande, est plus abondante dans les semences d'où on l'extrait (Kosmann), tandis que la Digitaline française rare dans les semences, est fournie en grande quantité'par.les feuilles. C'est ce qui a porté un chimiste distingué (Lefort) k supposer que la métamorphose de la Digitaline insoluble (Hom. et Quev.) en digitaline soluble (Kosm.) a lieu en vertu d'une oxydation semblable à celle qui transforme la cincbonine en quinine-
Nous sommes maintenant, grâces aux recherches laborieuses et persévérantes de Nativelle, en possession d'un produit plus parfait que les précédents et qui laisse peu de choses à désirer sous le rapport de la pureté : c'est la Diriilaline cristallisée.
Cette Digitaline se présente en masses d'apparence cristalline, trèslégères, formées d'aiguilles courtes très-petites et dont la forme géométrique n'est pas facile à déterminer. Elle est aussi insoluble dans l'eau que celle de Homolle et Quevenne et possède comme celle-ci une excessive amertume. De même que l'ancienne Digitaline française elle se dissout bien dans l'alcool à 90", mais non dans l'éther ; son meilleur dissolvant est le chloroforme. Le chloral anhydre la dissout promptement én lui communiquant une teinte rosée, puis vineuse et enfin d'un vert-bleu foncé. Elle se comporte aussi comme son aînée avec les acides sulfurique et chlorhydrique. Seulement elle n'a pas d'odeur, et cependant^Roucher a démontré qu'elle peut se volatiliser sans décomposition à 180". L'une de ses plus remarquables propriétés consiste à devenir fortement électrique par l'action d'une température inférieure à 100". Sa composition, d'après Lebaigue, pourrait être représentée par l'une de ces deux formules C^"H'»0='" ou bien G"H"0^", lesquelles ne s'éloignent pas beaucoup de celle de la Digitaline soluble donnée par Kosmann,
La Digitaline de Nativelle est accompagnée d'une faible proportion d'un principe magnifiquement cristallisé mais inerte qu'il appelle digitine et auquel Blaquart donne le nom de digitinose pour indiquer ses analogies avec la digitalose.
1000 grammes de feuilles de Digitale choisies ne donnent que 1 gramme de Digitaline cristallisée tandis qu'ils fournissent 10 grammes de Digitaline amorphe insoluble. Ce rapport semble confirmé par les analyses de Blaquart qui est parvenu à extraire 10 à 12 pour 100 de Digitaline cristallisée de la Digitaline amorphe préparée suivant le procédé de Homolle et Quevenne. En outre, Blaquart a constaté dans cette Digilalim bnUe, ainsi
qu'il propose de la désigner, de la Digitaline amorphe, de la digitinose, de l'acide digitoléique, du chlorure de sodium, de l'acétate de potasse et un liquide rouge sombre, sirupeux contenant, entre autres choses, une petite proportion de sucre.
La Digitaline cristallisée de Nalivelle se distingue par sa puissance pharmacodynamique supérieure, chez l'homme, aussi bien que par sa plus grande pureté. Mais dans ses expériences comparatives Blaquart a trouvé la Digitaline cristallisée extraite de la Digitaline de liomolle et Quevenne, un peu plus active encore.
Il existe une forme de Digitaline pour ainsi dire intermédiaire entre l'amorphe et la cristallisée, c'est la Digitaline globulaire de Roucher, dans laquelle l'habile chimiste a démontré l'existence d'une cristallisation, visible seulement à l'aide des instruments grossissants. Je l'ai trouvée très-énergique aussi, dans mes essais cliniques, d'ailleurs trop peu nombreux pour me permettre d'en fixer la valeur relativement aux deux espèces commerciales. Il m'a semblé cependant qu'elle se rapprochait plus, sous ce rapport, de la Digitaline amorphe que de celle qui est manifestement cristallisée; et dans une ou deux circonstances elle s'est montrée moins puissante que la Digitaline complètement amorphe.
Nous sommes plus avancés en ce qui concerne la valeur de la Digitaline de HomoUe et Quevenne, comparée à celle de Nativelle. La belle Digitaline cristallisée, soumise à l'appréciation de la commission de l'Académie, m'a paru deux ou trois fois plus active que la Digitaline de choix qui m'a été remise par le D"' HomoUe. Mais cette supériorité si évidente dans mes expériences sur l'homme ainsi que dans celles qui ont été faites déjà par d'autres cliniciens (Marrotte, Vulpian, Widal) ne se manifeste pas également dans toutes les espèces animales. Tout au contraire, les résultats de mes expérimentations sur les grenouilles, faites avec l'aide du D' Ernest Labbée, sont plutôt favorables à la Digitaline amorphe, qui m'a paru produire k peu près constamment des effets toxiques plus prompts et plus sûrement mortels que la Digitaline cristallisée, injectée à la même dose sous la peau de la cuisse. Les faits se sont présentés sous le même aspect à d'autres observateurs, notamment dans les expériences pratiquées à l'hôpital du Gros- Gaillou par le D' HomoUe et son fils, interne des hôpitaux, et par Roucher en présence du D' Widal et dont j'ai moi-même été témoin.
A la vérité U est permis de se demander avec Vulpian si, dans ces conditions, l'infériorité de la Digitaline cristallisée ne dépendrait pas de sa moindre solubilité dans le sérum qui baigne les aréoles du tissu cellulaire. C'est un point à éclaircir plus tard. Mais la question n'a plus qu'un intérêt secondaire pour le praticien du moment oii il est bien établi que, chez l'homme, la Digitaline cristaUisée l'emporte beaucoup sur la Digitaline amorphe en activité pharmacodynamique. En effet, la Digitaline de Nalivelle manifeste parfois une puissance redoutable. Je l'ai vue à la dose de 1 raïUigramme et demi, en trois prises dans les vingt-quatre heures, donner lieu à des symp-
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tomes d'intolérance et à des phénomènes toxiques qui ont ensuite persisté pendant une semaine. De semblables doses, un peu plus longtemps maintenues, ont quelquefois amené des accidents qui semblaient mettre la vie en péril. Ce remède héroïque devra donc être manié avec une extrême prudence. Sous cette réserve et à la condition d'être employée à doses deux ou trois fois moindres que celles de sa congénère, elle peut être avantageusement prescrite dans tous les cas où la Digitaline amorphe trouve son emploi rationnel.
A part les différences de posologie, tout ce qui va suivre doit s'entendre des deux Digitalines françaises qui représentent véritablement, à un degré de pureté plus ou moins élevé, le principe actif de la plante. A doses cent fois moindres, la Digitaline amorphe reproduit toutes les propriétés essentielles et les effets thérapeutiques demandés à la Digitale elle-même. LaDigitahne cristallisée manifeste les mêmes vertus sous une masse encore deux ou trois fois plus petite que la Digilatine amorphe, de choix.
Action physiologique. — Outre son odeur spéciale et son excessive amertume, la Digitaline possède des propriétés sternutatoires énergiques, bien supérieures à oelles de la poudre de feuilles de Digitale et de la plupart des poussières irritantes.
Appliquée sur le derme dénudé, elle provoque, sans être caustique (voy. Digitale, page 103), une inflammation locale des plus vives et des plus douloureuses, pouvant aller jusqu'à la mortification suivie d'ulcéralion.
J'ai été moi-même victime de cette action irritante dans les circonstances suivantes. Au moment où je venais de secouer un flacon à large embouchure contenant de la Digitaline (Homolle et Quevenne) j'eus l'imprudence d'aspirer fortement par la bouche la nuée de poussière très-ténue demeurée en suspension. Quelques secondes ne s'étaient pas écoulées que déjà je ressentais une vive irritation de l'arrière-gorge, bientôt transformée en cuisson, avec efî'orts de toux, spasme laryngé et sentiment de suffocation. Deux heures plus tard ma voix était rauquo et l'ardeur se répandait dans la poitrine. Le lendemain j'étais aphone et je restai sans voix pendant cinq ou six jours, souffrant des symptômes d'une violente laryngo-bronchite.
Injectée sous la peau en quantité trop forte, elle détermine parfois un phlegmon gangréneux. La violence de ces effets topiques varie selon l'espèce animale : chez le chien et même chez l'homme, la Digitaline exerce une sorte de corrosion, tandis qu'elle respecte la chair du lapin et des herbivores. Mentionnons spécialement ici les effets topiques de la Digitaline sur le cœur. Avec une solution forte, on voit les contractions cardiaques augmenter d'énergie et de fréquence, et s'interrompre de temps à autre par des intermittences d'une à deux minutes. Avec une solution très-concentrée la suspension des battements du cœur est bientôt définitive (Eulenburg, Ehrenhaus, E. Hardy, Legroux). I! faut distinguer ces effets directs de l'excitation cardiaque sympathique, nettement démontrée par les expériences sur les grenouilles (Dybkowski etPelikan, Vulpian), et dans lesquelles on voit l'irrila-
tion d'un point éloigné du centre circulatoire provoquer aussitôt, par actiou réflexe, une accélération des mouvements de l'organe central de la circulation. A l'état solide, pulvérulent (Ouimus) la Digitaline frappe d'inertie le point touché et supprime la vio, en sorte que l'escharification deviendrait apparente si la mort générale ne survenait bientôt.
La Digitaline est un agent d'une grande puissance et toxique pour la presque totalité des animaux soumis k son influence, à l'exception des crapauds (Vulpian, Blaquart, etc.); mais son action varie en intensité selon les espèces animales, et j'ai lieu de penser que les grenouilles, par exemple, sont moins sensibles à la Digitaline elle-même qu'ik certains autres principes immédiats de la Digitale.
Pour obtenir les efiets dits généraux ou diflusés de la Digitaline, on a eu recours à trois voies d'introduction différentes : l'estomac, le tissu cellulaire, et les veines. De quelque façon qu'on s'y prenne, on observe toujours à peu près le même ensemble symptomatique. Cependant l'ingestion dans le tube alimentaire est particulièrement suivie de malaise épigastrique, de vertige, de nausées, de vomissements et de selles diarrhéiques, phénomènes d'ailleurs beaucoup plus rares (Andral et Lemaistre, Homolle et Quevenne) avec la Digitaline qu'avec les feuilles de la plante ou les teintures qui en renfermentles différents principes immédiats. Ces phénomènes ne se produisent avec la première que sous l'influence de doses vraiment exagérées ou toxiques, telles que celles de 1 à 10 centigrammes qui ont été employées dans les expériences sur les mammifères. A doses modérées (1 à 4 milligrammes par jour), la Digitaline donne sensiblement les résultats indiqués à l'occasion de la Digitale (voyez page 103).
Sans parler de l'opinion de Sanders, qui associait habituellement à la Digitale des stimulants énergiques et qui concluait de deux mille expériences faites dans ces conditions irrationnelles, que la Digitale accélère le pouls et cause la fièvre, plusieurs auteurs (Baydon, Baehr, Hirtz, Pfaff, Constantin Paul) admettent une période d'accélération du pouls au début. Il y a même deux opinions en présence sur l'interprétation du fait, les uns l'expliquant par une excitation directe, les autres par une réaction du centre circulatoire contre l'action dépressive du médicament. Mais cette période d'excitation fait défaut quand on n'atteint pas les doses toxiques (Bouley et Reynaîj Paul Duroziez), ou que la Digitaline n'est pas appliquée sur une surface très -sensible et capable d'exciter des sympathies lointaines. (Gubler). Des expériences répétées me permettent d'affirmer après Germain (de Château-Thierry) Bouillaud et la plupart des physiologistes, que des doses thérapeutiques amènent d'emblée un ralentissement- plus ou moins marqué du pouls. Tantôt, et c'est ce quia lieu dans l'état de santé ou quand la circulation demeure presque normale, avec soixante-dix à soixante-quinze ou quatre-vingts pulsations, l'abaissement n'est que de quatre à dix pulsations h. la minute; tantôt, dans les étals morbides où la circulation est considérablement accélérée, le nombre des pulsations, qui était de cent vingt à cent
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cinquante, je suppose, est réduit à la moitié, au tiers et même au quart de la fréquence primitive, avec des parlicularitéa dont j'ai parlé à l'occasion de la Digitale. Mais ces derniers chiffres ne sont obtenus qu'à la faveur d'une action énergique et soutenue : 1 milligramme de Digitaline cristallisée, ou bien 2 ou 3 milligrammes de Digitaline amorphe continués plusieurs jours de suite. L'administration prolongée de l'agent médicamenteux pendant trois, quatre, six ou huit jours, quelquefois deux septénaires, suivant îlervieux, produit des effets de plus en plus prononcés; mais la majorité des cliniciens s'accorde à reconnaître que le maximum du ralentissement s'observe après qu'on a cessé l'ingestion de la Digitaline (Sanders, Hutchinson, HomoUe et Quevenne, Sandras, Hirlz, Strohl). Cette assertion mérite examen et contrôle. Le minimum du chiffre" des pulsations coïncide avec le plus haut degré d'action physiologique,, lequel est atteint pendant l'administration du médicament quand celle-ci est suffisamment prolongée, ou bien n'arrive qu'après coup, en vertu de l'accumulation d'action, lorsqu'on s'est arrêté à temps pour éviter les phénomènes toxiques.
Le ralentissement absolu, ultra-normal, c'est-à-dire inférieur à lamoyenne physiologique, ne se maintient guère que deux jours après la cessation du médicament; mais le calme circulatoire relatif se prolonge bien davantage, et le bénéfice de la Digitaline se fait sentir souvent plus d'une semaine en-
core.
En même temps que le pouls se ralentit, il devient plus plein, plus fort et plus résistant, ainsi que nous l'avons vu à l'occasion de la Digitale, ce qui ne veut pas dire que son ampleur soit accrue toujours; bien au contraire, j'admets avec Schiemann, Bouley et Reynal, Hervieux, Lelion, que souvent l'artère se développe moins à chaque ondée. Néanmoins il ne faudrait pas regarder cette règle comme absolue, ni même comme à peu près générale. Dans beaucoup de cas le pouls, d'abord très-fréquent et très-petit, en raison de la faible quantité de sang qui arrive chaque fois dans le ventricule, augmente de volume à mesure qu'il diminue de fréquence, ce qui n'empêche pas l'accroissement simultané de la tension vasculaire, et par la propulsion plus forte de la colonne sanguine (Kinglake, Bidauld de Villiers, Schwilgué, Beau, Briquet, Gubler, Lelion, etc.) et, comme l'ont établi Galan et Rigal, par la tonicité plus grande des vaisseaux. La résistance de l'artère sous le doigt qui la presse aussi bien quand le pouls est concentré que quand il est amplifié, démontre mieux que tout autre procédé la réalité d'un accroissement de tension vasculaire sous l'influence de la Digitaline. Au résumé, nous répétons ici ce que nous disions à propos de la Digitale : La Digitaline « n'est donc pas un hyposthénisant de la circulation centraleelle en est plutôt le régulateur et le tonique; elle est moins l'opium du cœur (Bouillaud) qu'elle n'en est le quinquina (Beau) » proposition pouvant s'exprimer encore en ces termes : « La Digitaline est un galvanisant des système nerveux cardiaque et vaso-moteur. »
Les tracés sphygmographiques (Siredey, Marey et Ghauveau, Legroux,
Gubler) servent à démontrer l'augmenlation de la tension vasculaire par leurs courbes extrêmement surbaissées. Quant à l'accroissement de la puissance du cœur, ou, ce qui revient au même, quant k l'augmentation de force de ses contractions musculaires, elle est rendue évidente par les expériences de Briquet, qui, ayant introduit le tube d'un hémodynamomètre dans la carotide d'un chien, et ayant noté la hauteur de l'ondée, a vu, aprèK l'administration de la Digitale, la colonne liquide chassée avec beaucoup plus de force h chaque systole ventriculaire.
Mais les tracés de Ferrand et ceux de mon excellent disciple et ami A. Bordier précisent encore davantage le mode nouveau de la circulation sanguine sous l'influence de la Digitaline, car ils montrent non-seulemeut la diminution d'amplitude des projections pulsatiles, mais aussi l'obliquité de la ligne ascensionnelle, la formation d'un plateau horizontal, et une ligne oblique descensionnelle uniforme. La première particularité indique l'accroissement gradué de la force de contraction du ventricule; la seconde, le maintien du maximum de celte contraction pendant un temps mesurable, et la troisième, le retrait soutenu et régulier des artères durant leur systole.
Lorsque les doses de Digitaline sont exagérées et deviennent nocives, le ralentissement fait place à l'accélération, et des intermittences, des irrégularités plus ou moins marquées succèdent au rhythine cadencé de la période thérapeutique. Avec une accélération modérée, l'énergie du pouls reste accrue; celle-ci ne faiblit, concurremment avec la tension vasculaire, que lorsque le nombre des battements du cœur devient excessif. Alors le pouls se montre petit, dépressible, filiforme en même temps que désordonné.
Bien qu'il existe généralement un rapport proportionnel entre le rhythme des mouvements respiratoires et celui des contractions cardiaques, la respiration n'est que médiocrement influencée par la Digitaline à doses thérapeutiques (Bouillaud, P. Durozier, Gubler).
Toutefois, quand il existe de la dyspnée cardiopathique, on la.voit se calmer à mesure que se ralentit et se régularise la circulation sanguine ; et, dans un cas, Bouley et Reynal ont vu le rhythme respiratoire se réduire au chiffre de dix et même six inspirations à la minute. Mais, d'un autre côté, la respiration s'accélère parfois au début de l'action de doses toxiques (Bouley et Reynal), et dans un empoisonnement confirmé on a compté (Dubuc) jusqu'à soixante-huit inspirations, tandis que le pouls, devenu irrégulier et intermittent, était tombé à soixante.
L'expérience clinique, contradictoire à quelques expérimentations sur les animaux, me fait admettre avec Traube, Hirtz, Goblentz, Wunderlich, Ouimont, etc., qu'à doses modérées, la Digitaline abaisse la température comme les rhythmes respiratoire et circulatoire. Le phénomène ne devient d'ordinaire apparent qu'au bout d'un ou deux jours d'administration, en outre, il persiste après qu'on a cessé l'usage du principe actif. Fréquemment il précéderait la modification circulatoire (Smoles, Wunderlich, Lœderich) ; telle
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n'est pas mon opinion. J'ai toujours vu le pouls s'abaisser avant la température, seulement je rattache cette sédation calorifique à la réduction des capillaires et non, comme le pense Traube, *iu ralentissement de la circulation centrale. A. Duméril, Demarquay et Lecointe, ont presque toujours vu la température s'élever d'un ou deux degrés chez les chiens. Ce résultat doit se rencontrer souvent en effet avec des doses élevées, capables de produire l'accélération et l'irrégularité du pouls, ainsi que l'expansion des capillaires sanguins. Mais c'est alors un phénomène purement passif, une sorte de régression de forces organiques en forces physiques et particulièrement en chaleur, régression comparable à l'élévation subite de température qui se manifeste dans certaines agonies. Un certain degré d'action toxique, amenant des effets vomi-purgatifs, entraînerait momentanément une conséquence inverse, c'est-à-dire la réfrigération.
Pendant que la Digitaline exerce cette influence sédative sur la circulation, la respiration et la calorification, elle détermine ordinairement une hypercrinie rénale bien prononcée. Gelte action diurétique, reconnue par un grand nombre d'excellents observateurs (Wilhering, Gullen, Joerg, Mérat et de Lens, Bayle, Trousseau et Pidoux, Bouillaud, Bouley et Reynal, etc ), est cependant mise en doute par quelques-uns ou déclarée par d'autres aléatoire et de peu de valeur. Le fait est qu'elle est fréquente, sinon constante, principalement dans les cas morbides où existent des hydropisies liées aux troubles de la circulation centrale. On verra plus loin comment peut s'expliquer celte augmentation de la sécrétion urinaire.
A mesure que la diurèse augmente, les matériaux solides de l'urine, etconséquemmeat sa densité, subissent une diminution correspondante. Le chiffre de l'urée s'abaisse, soit par le fait de l'exagération de la proportion d'eau sécrétée (Stadios), soit par le ralentissement de la combustion respiratoire (Siegmund), soit, à mon avis, par ces deux circonstances réunies. Cependant d'autres auteurs (Albert, Homolle) signalent l'accroissement de densité de l'urine malgré l'augmentation de la diurèse aqueuse, ce que je considère comme une exception fort rare.
Les autres sécrétions ne paraissent pas sensiblement influencées par la- Digitaline en circulation dans le sang. Il n'en est pas de même lorsque ce principe agit localement : dans ce cas, l'irritation de la surface touchée produit, directement ou par action réflexe, une hypercrinie plus ou moins forte des glandes de la région, par exemple des glandes muqueuses et salivaires, si le contact a lieu dans la bouche, ou bien des glandes gastriques et intestinales, ainsi que de leurs annexes : foie et pancréas, d'où résulte de la sialorrhée, de la gastrorrhée ou de la diarrhée muqueuse.
A doses thérapeutiques, la Digitaline n'exerce aucune influence notable sur le système nerveux de la vie de relation, dont elle trouble au contraire les fonctions quand elle est absorbée en quantité excessive. Dans ce cas on peut observer de la céphalalgie, des vertiges et des bourdonnements d'oreilles, de l'obscurcissement de la vue, des hallucinations et du délire apyrélique (Vas-
sal, Joerg, Bouillaud, Sandras, Tardieu), la faiblesse musculaire, l'obtusion des sens et l'insensibilité générale (Bouley et Heynal, Orlila), des mouvements convulsifs (Bouley et Beynal, Stannius). Ajoutons k ces symptômes la dilatation pupillaire, habituelle dans l'empoisonnement par la Digitale et ses préparations, ainsi que la diminution de contraclilité de l'iris, observée une seule lois par Homolle et Quevenne à la suite de l'introduction dans l'œil de quelques parcelles de Digitaline solide.
Du côté de l'appareil génital on observe quelquefois l'anaphrodisie.
L'intolérance du tube digestif à l'égard de la Digitaline ne se manifeste non plus qu'en présence de doses vraiment exagérées ; 2 à 4 milligrammes de cette substance par jour n'occasionnent ni dyspepsie, ni pyrosis, ni nausées, ni vomissements, encore moins de la diarrhée.
La mort peut arriver tant par les phénomènes directs ou réflexes liés aux lésiotis du tube digestif, que par les désordres généraux de l'innervation cardio-vasculaire et la paralysie consécutive à l'excès d'action (Bouley et Reynal).
Quand les sujets succombent aux accidents occasionnés du côté du tube digestif, ainsi qu'aux troubles généraux de l'innervation cardiaque et vasomotrice, on constate, à l'autopsie, les lésions suivantes .-La muqueuse stomacale est rouge, tachetée de petites sugillations ecchymotiques qui se retrouvent dans l'intestin grêle; la rate est ecchymosée et le foie devenu friable (Bouley et Reynal). Aussitôt après ladernière diastole (Claude Bernard), une rigidité cadavérique rapide et persistante s'empare des ventricules, qui demeurent contractés et presque entièrement vides, tandis que les oreillettes sont dilatées et gorgées de sang (Dybkowskiet Pelikan, Tardieu, Vulpian, Claude Bernard, Plilton, Fagge, Stevenson). Le cœur perd son irritabilité électrique plus rapidement qu'à la suite d'autres intoxications, par la strychnine, l'acide cyanhydrique,etc. (Stannius), Les reins ont été trouvés plus rouges, plus friables, et la muqueuse vésicale fortement injectée (Bouley et Reynal).
Des opinions contradictoires ont été émises sur le mode d'action de la Digitale et de son principe actif, le principal phénomène: ralentissement du •pouls, sédation circulatoire, ayant été expliqué tantôt par la paralysie du cœur (Orfila, Stannius, Dybkowski et Pelikan) ou par sa narcose (Bouillaud), tantôt par la tonification (Hutchinson, Beau, Briquet, Lelion, etc.), et par une sorte de galvanisation (Grubler) de l'appareil central de la circulation. Maintenant chacune de ces doctrines principales présente trois nuances ou subdivisions, suivant que la débilitation ou l'augmentation de puissance sont censées appartenir, soit aux centres nerveux, soit aux conducteurs du mouvement, soit à la substance charnue du cœur.
La doctrine de la paralysie régna quelques armées sans partage, bien qu'elle n'eût en sa faveur que les apparences. On pouvait cependant présumer que la diminution de fréquence et la régularisation du pouls ne signifiaient pas nécessairement faiblesse ou stupeur; mais une constatation plus exacte des phénomènes et une analyse plus rigoureuse de leurs caractères ont permis d'établir
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iléfinitivement raccroissement de puissance du cœur sous l'influence de la Digitaline.
Le sphygmographe, entre les mains de quelques expérimentateurs habiles, et l'hémodynamomètre, dans celles de Briquet, ont démontré rigoureusement cette hypersthénie cardiaque déjà rendue probable par l'étude clinique des caractères du pouls et des symptômes généraux du digitalisme chez les malades et les sujets bien portants. De plus, l'instrument de Marey met en évidence l'augmentation de la tension vasculairé, ainsi que la tonicité artérielle, induite auparavant et d'une manière plus certaine encore, de la concentration et surtout de la résistance du pouls. Telles sont les deux assises principales de la théorie pharmacodynamique de la Digitaline.
Deux points essentiels restent à éclaircir : ce sont premièrement les conditions prochaines du développement de la puissance contractile du cœur et du système vasculairé sanguin ; en second lieu, celles de la plus grande rareté des révolutions cardiaques. Or, la cause de la propulsion plus énergique du sang peut être cherchée, ou dans un accroissement de la force contractile des fibres charnues du cœur, ou bien dans une excitation plus vive de ces mêmes fibres de la part du système nerveux qui les anime. La seconde hypothèse comporte à son tour plusieurs solutions, car les décharges nerveuses qui éclanchent le mécanisme de la circulation centrale peuvent être accrues, soit parce que les nerfs excitateurs jouissent d'une meilleure conductibilité, soit parce que les nerfs antagonistes, s'il en existe, ont perdu de leur puissance, soit enfin parce que la Digitaline a doublé ou triplé la force excito-motrice des centres d'innervation du cœur, ou bien encore parce que le système nerveux cardio-vaso-moteur possède simultanément la faculté d'acquérir plus de force et celle de la mieux retenir. Cette dernière interprétation, que je crois plausible, suppose admise l'assimilation des lois de la dynamique nerveuse à celles qui régissent l'électricité ou le magnétisme ; elle sous-entend la réalité de la corrélation des forces physiques et organiques, à l'exposition de laquelle j'ai consacré en 1858 les premières leçons du cours de pathologie et de thérapeutique générales professées à l'École de médecine (suppléance du professeur Andral). L'explication suivante a pour base quelques propositions résumant les faits généraux de la physiologie des organes de mouvement.
Au point de vue de sa structure et des fonctions de ses parties élémentaires, le cœur, en effet, n'est pas autre chose qu'un muscle compliqué. Gomme tous les muscles, il possède en lui-même sa force dont la source est dans la combustion respiratoire locale, s'effectuant aux dépens du sang en circulation plutôt que de sa propre substance incessamment renouvelée. La contraction n'est qu'un changement d'état moléculaire qui convertit de la force musculaire latente en travail mécanique ; elle peut être excitée directement dans la fibre charnue paf un irritant physique ou chimique quelconque, sans l'intermédiaire des filets nerveux, lesquels n'en sont pas moins les excitateurs ou les régulateurs physiologiques des contractions muscu-
laires. Les nerfs moteurs en général exercent une double influence «ur l'appareil contractile : non-seulement ils ont la faculté de provoquer le muscle à entrer en contraction, mais ils jouissent jusqu'à un certain point de celle d'empêcher ce changement d'état. La découverte, quelque peu inattendue des nerfs suspensifs ou modérateurs du cœur ne révélait donc à mes yeux qu'un cas particulier d'une règle générale. Un muscle quelconque en puissance de nerf n'est pas libre d'obéir à toute sollicitation extérieure, tandis qu'il réagit immédiatement et proportiounellement à sa charge dynamique contre les excitations venues du dehors dès qu'il échappe à la suzeraineté nerveuse. Voilà pourquoi l'irritahilité hallérienne, relativement faible à l'état normal, s'exagère à mesure que, par le fait d'une maladie générale ou partielle, le système nerveux va perdant son empire. Ces données sont de tous points applicables à la physiologie de l'organe central delà circulation; la seule différence essentielle entre les muscles volontaires et le muscle cardiaque, c'est que ce dernier renferme son stimulant normal, le fluide sanguin, auquel il ne peut se soustraire un court instant.
Claude Bernard, ayant vu le cœur batire pendant la vie, malgré la suppression, par le curare, de ses sources d'innervation, est conduit à reconnaître que les contractions cardiaques sont, dans une certaine mesure, indépendantes du système nerveux. Cette indépendance existe certainement par rapport au système nerveux central, et puisque des contractions partielles peuvent être déterminées (Gubler) dans un cube de substance charnue taillé dans la masse, il est évident par là que la contraction fibrillaire s'effectue sans le concours des nerfs périphériques eux-mêmes. Mais, si cet organe séparé du cor-ps continue à se resserrer tout d'une pièce et d'une manière rhythmique, sous l'action d'une piqûre ou d'un courant d'induction, il faut bien admettre l'intervention d'un centre nerveux pour répartir uniformément et régulariser l'incilation motrice. On est conduit de la sorte à faire jouer un rôle (Dybkowski et Pelikan) aux ganglions intra-cardiaques. Quelques expériences semblent démontrer que le pneumogastrique, irrité mécaniquement, peut déterminer la contraction des fibres charnues des ventricules, mais le sang demeure l'excitant normal du cœur. Toutefois les nerfs du plexus cardiaque conservent le privilège de régler la marche de ses battements.
Ce résultat est sans doute obtenu par deux voies différentes. Les filets sympathiques, qui gouvernent les vaisseaux propres du centre circulatoire comme les autres, dispensent à ce dernier avec plus ou moins de largefse les matériaux de sa nutrition. Moins actifs, ils permettent l'abord d'une plus grande masse de sang, une réparation plus rapide, et conséquemment une force contractile plus grande ; c'est naturellement l'inverse qui a lieu dans le cas contraire, et la galvanisation du grand sympathique peut aller jusqu'à supprimer les battements du cœur (Molescholt) par ischémie (Gubler). D'après les expériences de Traube, dont j'accepte la validité, bien qu'elles soient en partie contredites par celles de Schiff et de Moleschott aiiisi que
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par le fait de Hayem qui a vu la digitale produire le ralentissement du pouls malgré la compression des nerfs vagues par une tumeur, les filets émanés du pneumogastrique se comportent en apparence de même : tonifiés par un courant électrique, ils renforcent et ralentissent ou suspendent momentanément les contractions cardiaques; hyposthénisés par des agents toxiques ou supprimt^s par une solution de continuité, ils donnent lieu à l'accélération et à l'aflaiblissement de ces mêmes contractions. Seulement, ici le mécanisme me paraît tout autre : le système nerveux ne se sert plus de l'intermédiaire de la circulation intra-cardiaque, il impose directement, selon moi, son influence à l'appareil musculaire du cœur. Celui-ci est maintenu dans une tonicité telle, que la mise en jeu de sa contraction instantanée exige une excitation beaucoup plus intense qu'à l'état normal. Dès lors les ventricules n'entrent plus en convulsion qu'au moment oîi ils sont fortement distendus par le sang. Et comme ces longs intervalles de repos sont favorables à la restauration de la force musculaire, il en résulte que chacune des contractions effectuées dans ces conditions nouvelles est plus énergique et lance avec plus de vigueur l'ondée sanguine dans les divisions artérielles. A la vérité, cette bonne influence pourrait être contre-balancée par l'excès d'action du vaso-moteur qui règle la circulation intra-cardiaque; mais il se peut que cette division du trisplanchnique ne subisse pas la loi commune, et que, résistant à celte hypersthénie excessive dont le reste du système sympathique donne la preuve par le retrait exagéré des artères et des réseaux capillaires sanguins, elle n'atteigne qu'au degré de tonicité nécessaire pour rendre la circulation plus active.
Avec les changements du centre d'impulsion, cette modification des canaux circulatoires constitue les deux effets fondamentaux de la Digitaline, laquelle s'adresse d'ailleurs à d'autres fibres musculaires de la vie organique, notamment aux tissus contractiles de l'utérus et de l'appareil uro-génital dans les deux sexes, ainsi que cela ressort des effets thérapeutiques, et même aux Sbres musculaires de la vie de relation comme le démontrent les tracés myographiques (Dybkow^ky et Pelikan, Brunton.)
Autour de ces deux actions primordiales pivotent un certain nombre de phénomènes secondaires, observables à l'état physiologique ou morbide : ce sont la diminution ou la cessation de la dyspnée cardiaque, la réduction des hypérémies viscérales et des éréthismes vasculaires, l'apaisement de la fièvre et l'apparition de modifications sécrétoires dont la principale est offerte par les glandes uropoiétiques. Les premières conséquences se déduisent trop naturellement de leurs prémisses pour qu'il soit besoin d'y insister; il n'en est pas de même de la dernière. Gomment la Digitaline arrive-t-elle à produire la diurèse aqueuse? C'est ce qu'il faut expliquer.
Un agent quelconque n'augmente le flux des urines que de deux façons : premièrement en stimulant directement au passage l'organe sécréteur, secondement en faisant varier les conditions de la circulation rénale. Or, la Digitaline agit à si faible dose, qu'il n'est guère permis de supposer qu'elle se
rencontre h. un moment donné en assez forte proportion dans le sang rénal pour exciter la glande comme ferait un excès d'un sel neutre diurétique. D'ailleurs la Digitaline semble peu apte à filtrer avec les urines ou peut-être n'y arrive-t-elle que dédoublée, et transformée à la manière des glucosides ou des alcaloïdes imparfaits, puisqu'on ne l'a jamais retrouvée dans ce produit de sécrétion (Homolle et Quevenne). Restent donc les modilications circulatoires dont l'importance a été bien comprise par Trousseau et Pidoux, Hirlz, Germain, Legroux et surtout par mon ancien interne le docteur Lelion, mais dont le mode d'intervention dans la production de la diurèse n'a peut-être pas été jusqu'ici fidèlement interprété.
En augmentant, ainsi qu'on l'a vu plus haut, la tonicité vasculaire, en faisant pâlir les tissus et en diminuant la calorificalion,le principe actif delà- Digitale favorise nécessairement la diurèse aux dépens de la sudation; car, chose remarquable, tandis que l'activité des glandes sudoripares est proportionnelle à la congestion périphérique et à. l'exaltation de la température, celle des glandes uropoiétiques est en raison inverse de l'éréthisme vasculaire. Généralement, mais non toujours, pour que la peau sécrète abondamment, il faut que ses capillaires, préalablement turgides, soient violemment distendus k chaque coup de piston du cœur. Le flux urinaire exige deux con-' ditions diamétralement opposées : savoir, l'absence de congestion ou de stase sanguine dans le rein, l'expansibihté et la contractilité parfaites de sou appareil vasculaire et la circulation rapide du sang dans l'intérieur de la. glande. Ce qui importe en pareil cas c'est l'accroissement de la tension active; aussi, l'énergie communiquée par la Digitaline aux contraclions cardiaques a-t-elle beaucoup de valeur ; elle accélère davantage la marche du sang dans le parenchyme rénal-et contribue puissamment au résultat définitif.
Est-il besoin d'ajouter après cela que l'action diurétique spéciale de la Digitaline, peu accentuée dans la torpeur rénale, sera d'autant plus prononcée, qu.e l'anurie se rattachera plus étroitement à l'état pathologique de la circulation, et que la pléthore aqueuse ou les réserves de sérosité libre, soit dans les cavités closes, soit dans le tissu cellulaire, seront plus abondantes? Cette double influence ne saurait être mise en doute, et la dernière, reconnue par Vassal Bavle et Strohl, se montrerait à l'occasion l'auxiliaire de tous les stimulants de la sécrétion rénale ; mais il ne s'ensuit pas qu'il faille (Giacomini, Hirtz, Germain) restreindre l'action diurétique de la Digitaline aux seuls cas de lésions organiques du cœur, n6n plus qu'à ceux d'hydropisies partielles du tissu cellulaire ou d'anasarque générale. Cîtte action diurétique se fait également sentir dans tous les cas d'hypérémie passive ou de plilogose rénale.
La théorie physiologique du digilalisme peut se résumer en ces termes. A doses modérées, la Digitaline produit constamment une augmentation de tension active, par action artérielle et par action cardiaque tout ensemble.
L'accroissement de la contractilité vasculaire s'explique naturellement,
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d'après les données actuelles, par la tonifîcalion de la portion ganglionnaire du grand sympathique. L'accroissement d'énergie de la contraction ventriculaire comporte plus d'hypothèses divergentes et soulève plus de difficultés.
On peut admettre la stimulation directe des fibres musculaires du cœur, la réaction plus vive des ganglions intra- cardiaques, la parésie des nerfs dépresseurs ou la tonification des nerfs modérateurs. Mais chacun de ces facteurs intervient peut-être concurremment avec les autres, dans une certaine mesure, variable selon les cas.
J'ai proposé l'interprétation suivante, qui acquiert aujourd'hui une plus grande vraisemblance depuis que Bourdon et d'autres observateurs ont constaté le renforcement en même temps que l'éloignement des contractions utérines sous l'influence du Ghloral. A mon avis, le cœur, comme tous les I autres muscles, possède en lui-même la force latente qu'il doit transformer en action mécanique. Le sang qui baigne ses cavités est le stimulant naturel de son activité; seulement le nerf vague est le régulateur de ses mouvements, , en ce sens qu'il modère l'impressionnabilité de l'organe vis-à-vis de son i excitant normal et que le cœur, tenu pour ainsi dire en bride, ne peut obéir qu'à une excitation forte, c'est-à-dire à la réplétion totale de ses cavités. Or 1 cette réplétion exigeant un délai notable pour s'effectuer, les fibres muscui laires ont le temps de se charger de force organique susceptible de se transj former en action mécanique par le moyen d'un accroissement instantané de ' la force de cohésion, d'où résulte un resserrement, une contraction d'autant plus puissante que les repos sont plus longs.
Le cœur, qui ralentit ses battements, recueille donc ses forces, afin de dépenser en une seule décharge la somme de contractilité dont il donnait auparavant la monnaie.
Tels sont les symptômes primaires, fondamentaux, du digitalisme thérapeutique. Mais l'élévation de la tension active, par retrait vasculaire et • vigueur du centre d'impulsion, entraîne d'autres conséquences physiolojgiques qui deviennent ainsi des symptômes secondaires et même tertiaires du digitalisme, savoir : 1" l'accélération du cours du sang et la décongestion des organes hypérémiés, d'où la diminution de la sécrétion sudorale et l'abondance de la diurèse aqueuse; 2° l'amoindrissement des actes organico-chimiques qui se passent dans le réseau capillaire, c'est-à-dire le ralentissement de la combustion et l'abaissement de la température, conjointement avec la diminution de l'urée (de 9 à 20 pour 100 d'après Miegevend) ; 3" l'obstacle aux échanges nutritifs entre le sang et les tissus, et par conséquent l'hypotrophie des organes normaux aussi bien que la réduction des exsudats et des phénomènes parenchymateux de l'inflammation.
Les symptômes toxiques de la Digitaline, entièrement différents de ceux qui caractérisent les doses moyennes, reconnaissent nécessairement des coniditions organiques opposées. La diminution de la tension vasculaire, l'aflaiblissement, l'accélération et le désordre du pouls aboutissant à la cessation des ►battements du cœur expriment, comme l'anurie ultime, la paralysie progressive
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du système circulatoire; seulement, tandis que Stannius considérait cette paralysie comme primitive, d'autres, et je suis de ce nombre, pensent avec Bouley et Reynal que la débilitalion des nerfs vasculaires et cardiaques est un phénomène secondaire, consécutif à la surexcitation. C'est l'épuisement qui succède à l'excès d'action. Cependant, j'admettrais volontiers une sorte d'incontinence de force nerveuse, une déperdition avec abaissement corrélatif À et même abolition des fonctions circulatoires. n( Pour expliquer les mômes phénomènes, certains physiologistes invoquent , l'influence du nerf dépresseur de Cyon, issu du laryngé supérieur et du | pneumo-gastrique, et dont l'excitation par l'intermédiaire de la moelle aurait pour effet de paralyser la contractilité vasculaire et conséquemment d'affaiblir la tension, d'augmenter la fréquence du pouls et d'entraver la circulation.
Substances synergiques, auxiliaires. — Ainsi qu'il a été dit à propos de la plante qui la fournit, la Digitaline est un agent sut generis qui n'a que des analogues et non pas des semblables dans l'arsenal thérapeutique. Par ses propriétés hypercinétiques, elle se rapproche k la vérité des alcaloïdes des Strychnées, de la picrotoxine et surtout de l'Ergot (Dickinson, Delpech), mais elle en diffère par des caractères essentiels, notamment par son intensité d'action sur le centre circulatoire. Comme sédatif de la circulation et comme diurétique, la Digitaline trouve des succédanés dans les Veratrum, le Colchique, et plus spécialement dans la «cille et l'Asperge sauvage, qui agissent dans le même sens. En cette même qualité, elle rencontre des auxiliaires dans les diurétiques-stimulants, c'est-à-dire dans les sels neutres alcalins qui, tels que le Nitrate et l'Acétate de Potasse ou de Soude, le Bromure de Potassium, etc., excitent directement les glandes uropoiétiques. C'est un fait d'observation que l'association des sels neutres à la Digitale donne un mélange diurétique éminemment efficace. Le froid et les émotions morales dépressives agissent encore sur les reins à la manière de la Digitaline. '
Substances antagonistes, incompatibles. — Antidotes, contre-poisons.— Les antagonistes et les antidotes partiels de la Digitale : chaleur, stimulants diffusibles, opium, etc., sont aussi ceux de son principe actif. Le tannin précipite la Digitaline aussi bien que les bases végétales, et peut lui servir de contre-poison chimique.
Usages.— De même que la plante qui l'a renferme, la Digitaline se prête à des rôles variés, et se montre tour à tour tonique du cœur et des vaisseaux, diurétique, fébrifuge, antiphlogislique, etc.
En qualité de tonique cardio-vaso-moleur , cette substance trouve son indication formelle dans les affections du système circulatoire où dominent l'amyosthénie cardiaque et la paresis vasculaire avec ou sans faible tension, que ces symptômes soient l'expression d'une névrose ou bien d'une lésion organique. Elle convient aux palpitations nerveuses par défaut d'innervation cardiaque, non dans celles qui reconnaissent pour cause une surexcitation de l'organe ; aussi les préparations de Digitale échouent-elles souvent contre les
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désordres purement fonctionnels du cœur (Trousseau et Pidoux). Dans les altérations anatomiques de l'appareil central de la circulation compliquées d'affaiblissement musculaire, la Digitaline est toujours rationnellement indiquée; mais, conformément aux vues de Bouillaud, elle est loin de rendre dans tous les cas des services équivalents. Le rétrécissement aortique : voilà son triomphe, car elle se fait alors l'auxiliaire de l'hypertrophie cardiaque et toute la force ajoutée devient efficace. Le rétrécissement accompagné d'insuffisance sigmoïde lui offre moins de chances de succès, attendu que l'influence de la seconde lésion, de beaucoup la plus grave, est plus difficilement contrecarrée.
Toutefois, par son action tonique sur le ventricule dont elle rend la contraction plus soutenue, la Digitaline s'oppose à la rentrée brusque du sang aortique dans la cavité venlriculaire et prévient peut-être de la sorte l'étonnement du cœur d'où résulte la syncope et la mort subite, terminaison trop fréquente de la maladie dite de Corrigan.
Quant à l'insuffisance et au rétrécissement de l'orifice mitral, ils retirent peu de bénéfices de l'emploi de la Digitaline, parce que la puissance artificiellement acquise par le ventricule sert aussi bien à réintégrer le sang dans l'oreillette qu'à le pousser dans l'arbre artériel. Néanmoins, même dans ce cas, il n'est pas inutile de combattre l'asystolie auriculo-ventriculaire, d'autant mieux qu'en même temps on stimule la contractilité de tout le système vasculaire sanguin. Or, de même que l'asystolie proprement dite, l'atonie des vaisseaux de calibre et des réseaux capillaires vient presque toujours compliquer les lésions chroniques organiques du cœur et en augmenter la gravité; elle peut même, selon Rigal, préexister à la lésion centrale, et déterminer consécutivement l'hypertrophie cardiaque. C'est l'intégrité dynamique du système circulatoire qui fait la bénignité relative des maladies du cœur dans le jeune âge; dès lors on comprend quel intérêt s'attache à la suppression de l'atonie cardio-vasculaire, soit qu'elle représente l'état morbide tout entier, ou qu'elle ne constitue qu'un élément de l'affection principale.
Contrairement aux idées qui avaient cours lorsqu'on croyait à l'action hyposthénisante de la Digitaline, ce principe actif n'interviendra presque jamais utilement ni dans les blessures du cœur, ni dans les inflammations aiguës de cet organe, du moins dans leur première période. Je ne vois guère d'indication possible de l'emploi de la Digitaline que dans les cas d'endo-péricardite compliquée de demi-paralysie du muscle cardiaque. Toutes les fois, au contraire, que la phlegmasie aiguë déterminera l'excitation motrice du cœur, ou ne donnera lieu qu'à un affaiblissement modéré de ses contractions, il vaudra mieux s'abstenir.
La Digitaline est efficace (Trousseau, Gubler, etc.) dans la cachexie décrite par Graves et Basedow, et qui se caractérise par des palpi(alions, l'hypertrophie du corps thyroïde et l'exophthalmie. Elle est insignifiante dans l'angine de poitrine et absolument contre-indiquée dans les anévrismes, GUBLEB, 2' édition. 59
malgré l'opinion contraire fondée sur la prétendue asthénie cardiaque qu'elle est censée produire. J'en dirais autant de la congestion et de l'apoplexie cérébrales, si la puissance impulsive du cœur et l'excès de la tension vasculaire avaient toute l'influence qu'on leur prête sur les hémorrbagies intracrâniennes.
L'action diurétique de la Digitaline ne se fait pas également sentir dans tous les cas pour lesquels on la réclame. Elle est principalement efficace lorsque la congestion des reins dépasse les limites favorables à leur activité sécrétoire : ce qui a lieu particulièrement dans les maladies organiques du cœur et dans les troubles fonctionnels du système circulatoire essentiellement caractérisés par l'asthénie, et conséquemment par la stase sanguine. Mais cette fâcheuse circonstance se rencontre aussi dans diverses affections rénales primitives ou secondaires, dans la névrose rénale vaso-motrice, dans les néphrites simples ou liées à un état diathésique tel que la goutte, la dialhèse urique permanente, ou bien accidentelle comme au déclin des fièvres et des phlegmasies fébriles, la dyscrasie albumineuse ou maladie de Bright (diabète leucomurique) et dans quelques cas analogues. Encore faut-il, pour que le résultat thérapeutique soit obtenu, que les glandes rénales soient spontanément ou artificiellement excitées à la sécrétion; aussi l'association des sels neutres à la Digitaline estelle souvent indispensable à la réalisation des effets diurétiques de cette substance. Quand l'irritation sécrétoire préesiste, il suffit d'administrer la Digitaline pour déterminer la diurèse plus sûrement et avec moins d'inconvénients que ne le feraient le nitrate ou l'acétate de potasse, dont l'action stimulante augmenterait parfois la congestion rénale antérieure, et placerait les reins dans des conditions plus défavorables encore à l'exercice de leurs fonctions.
Cependant, pour que l'accroissement de tension vasculaire active détermine une diurèse aqueuse plus abondante, il faut que le rein soit sensible à l'impression de ses excitants normaux. Au cas contraire, s'il est torpide, anesthétique, imbécile, l'augmentation de la tonicité cardio-vasculaire sera comme non avenue. En pareille circonstance l'association d'un sel neutre et spécialement du bromure de potassium sera très-efficace.
On s'est beaucoup évertué à démontrer expérimentalement que la Digitale et son principe actif réussissent mieux dans les infiltrations séreuses du tissu cellulaire que dans les hydropisies enkystées, dans les épanchements dus k une cause mobile, comme l'amyoslhénie cardio-vasculaire, que dans ceux qui dépendent d'un obstacle fixe, comme une thrombose, et que la diurèse qu'ils procurent est d'autant plus abondante que l'anasarque est elle-même plus considérable. Tout cela était aussi facile à prévoir qu'à vérifier, attendu que l'abondance d'un flux est nécessairement proportionnelle à la richesse de la source dont il provient, que les collections séreuses ne peuvent disparaître qu'à la condition d'en supprimer la cause, et qu'enfin les aréoles du tissu conjonctif sont reconnues éminemment propices à la résorption des produits épanchés.
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La sédation exercée parla Digitaline sur l'érétliisme vasculaire eu fait uu antidiaphorélique et ua agent précieux de la médication contre-stimulante. Dans la fièvre, les congestions localisées et les phlegmasies fébriles, elle amène la réduction du calibre des vaisseaux, la diminution concomitante des actes organiques qui se passent dans les capillaires sanguins, et l'abaissement de la température, en même temps qu'elle accroît la tension vasculaire et ralentit les battements du cœur.
Vantée comme antipyrétique (Grafîenauer, Glûtterbuck, Guirard), la Digitale, c'est-à-dire son principe actif, a procuré sept succès au professeur Bouillaud contre la fièvre intermittente. Elle a présenté aussi quelques avantages dans la fièvre typhoïde (Wunderlich, Loederich, Hirtz), en abaissant d'abord la température, puis le pouls, sans avoir l'inconvénient d'affaiblir le sujet ni de compromettre davantage la structure de ses organes digestifs.
En qualité d'antiphlogistique, la Digitaline a trouvé son emploi dans les phlegmasies thoraciques et le rhumatisme articulaire aigu. Dans la pleurésie aiguë, dont le mouvement fébrile est généralement très-modéré, ce médicament rend peu de services, si ce n'est comme diurétique, au moment de l'épanchement séreux. Il est mieux indiqué dans la pneumonie, où de nombreuses autorités en recommandent l'emploi (Rasori, Tommasini, Gurrie, Cuming, Duclos, Millet, etc.). Cependant l'influence de la Digitaline ne peut se faire sentir que sur le mouvement fébrile et sur l'hypérémie pulmonaire, elle ne peut rien ou presque rien dans les formes violentes et les périodes avancées de la pblegmasie thoracique; son opportunité se montre non pas dans les simples congestions qui se terminent souvent d'elles-mêmes nar délitescence ou résolution, mais dans les cas où l'état général est déjà modifié en même temps que l'hépatisation est arrêtée par l'emploi des émissions sanguines ou des éméto-cathar tiques, agents principaux de la médication spoliatrice antiphlogistique. Une fois le système sanguin désempli, une fois tombés réréthisme vasculaire et l'ardeur de la fièvre, le principe actif de la Digitale intervient avec avantage pour abaisser encore les hématocausies et les actes organiques liés au travail de phlogose. L'emploi de la Digitaline est d'autant mieux justifié, que la débilité préalable ou la dépression morbide, récente, du sujet, ainsi que le mauvais état des voies digestives, contre-indiquent plus formellement les moyens spoliateurs et les préparations stibiées (Gallard). A leur tour, la Digitale et ses dérivés présenteraient quelques inconvénients chez les personnes affectées de nausées et de vomissements.
Le professeur Hirtz (de Strasbourg-Nancy) réserve la Digitale pour les cas de pneumonie grave et la préfère à la saignée, au Veratrum viride, à l'émétique et au sulfate de quinine. La Digitaline est également vantée contre la pneumonie par T. Saucerotte (de Lunéville).
Conseillée depuis Fuchs et Beddoès, par un grand nombre de médecins, contre la phlhisie pulmonaire, la Digitale et son principe actif ne sauraient être dans cette funeste maladie que des palliatifs de la fièvre et des fluxions
inflammatoires, mais nullement des agents de curation. La Digitaline, ainsi que je l'ai dit ailleurs, ne trouve son indication formelle que dans les cas où l'excitation cardiaque fomentée par la phlegmasie voisine (Bouillaud) se montre supérieure au mouvei ent fébrile caractérisé par l'exaltation calorilique, les désordres nutritifs et plastiques, et par les troubles de la sécrétion urinaire. La Digitaline conviendrait de même dans la scrofule irritalive et fébrile pour calmer l'éréthisme vasculaire sans exercer d'ailleurs aucune influence sur la diathèse.
La Digitale a été prescrite avec succès dans le rhumatisme articulaire aigu par Hirtz, Coblenlz et Oulmont. Les faits sont encore peu nombreux, mais d'avance nous pouvons prédire que, pas plus que les autres analogues, ce nouvel agent ne pourra abréger sensiblement la durée de l'état diathésique qui donne naissance aux procès inflammatoires localisés dans les séreuses. La Digitaline apaisera seulement la fièvre et réduira l'hypérémie capillaire, ni plus ni moins que les acidulés, le froid, le sulfate de quinine, les alcalins ou le bromure de potassium, elle n'effacera pas la disposition générale dont les lésions organiques sont les manifestations.
Les applications de la vertu hémostatigm de la Digitaline, qui est réelle, ont été dirigées en partie par des vues erronées. A l'époque où la Digitale passait pour affaiblir les contractions cardiaques, on ne manquait pas de la conseiller contre les hémoptysies, les apoplexies pulmonaires et les hémorrhagies cérébrales placées dans la dépendance des maladies du cœur et des vaisseaux. Cette doctrine n'est plus de mise aujourd'hui, et l'expérience enseigne que, dans la majorité des cas précités, la Digitaline rend de tout autres services. Cette substance ne peut conjurer les hémorrhagies qu'en augmentant la tonicité des vaisseaux grands et petits, en diminuant la stase sanguine dans les capillaires quand l'hypérémie est excessive, et par là la difficulté de la circulation périphérique. En outre, comme le principe actif de la Digitale porte aussi son action sur des fibres musculaires organiques, ou mieux sur des éléments contractiles, autres que ceux qui sont dévolus au système circulatoire, il est clair que cet agent thérapeutique fera principalement sentir son influence sur les organes abondamment pourvus de ces éléments contractiles. On ne s'étonnera donc pas de voir la Digitaline, comme l'ergot, réussir particulièrement dans les métrorrhagies (Brera, Howship, Dickinson, Trousseau, Lasègue, etc.).
Cette action élective de la Digitaline sur les fibres musculaires végétatives lui assure, dans la pratique obstétricale, un usage inverse de celui auquel elle paraissait destinée, suivant l'opiniou ancienne. Loin de la faire servir à calmer les douleurs utérines intempestives ou de la proscrire dans les cas d'inertie de la matrice, on la recommande au contraire (Dickinson, Delpech), de concert avec l'ergot çt les astringents, toutes les fois qu'il s'agit de stimuler la contractilité de l'utérus pour l'aider à expulser le fœtus ou le délivre. La Digitaline rendra des services analogues dans l'atonie vésicale consécutive à la cystite. C'est par un mécanisme différent que s'explique son action
DIGITALINE. 933
dans ]a spermatorrhée irritative, où elle s'adresse d'abord à l'éréthisrae vasculaire pour faire cesser les spasmes qu'il occasionne.
Dans les maladies des organes des sens et, les affections nerveuses, la Digitaline est appelée à rendre les mênaes services que dans les différents états morbides qui viennent d'être passés en revue, c'est-à-dire qu'elle réprimera : seulement les phénomènes phlogistiques et pyrétiques. Cette substance ne ■ s'adresse donc pas à telle ou telle espèce de névrose, mais bien k l'hypérémie ou à la fièvre qui l'entretient ou la complique. D'une manière générale, elle 1 convient ^aux névroses accompagnées ordinairement de fluxion sanguine, et occasionnellement à celles de nature abirritative ou mixte quand survient la : période d'éréthisme vasculaire (Jos. Frank, Legroux, Gubler); c'est donc I à tort qu'on la conseille empiriquement contre la migraine (Debout, Serre d'Alais), la manie (Willis, Currie, Mason-Gox, etc.), l'épilepsie ou le délire tremblant (Spath, Jones, Launay, Nonat, etc.), sans distinction de natures et de circonstances. Pour tracer un précepte conforme à la réalité des choses, il faudrait dire que la Digitaline est utile dans une névrose quelconque, pourvu que celle-ci soit actuellement liée à des symptômes d'irritation vasculaire et de congestion sanguine, comme cela se voit dans une phase avancée d'un accès de migraine ou dans la seconde période du delirium tremens; mais qu'elle est inefficace ou nuisible dans les débuts de ces mêmes afi'ections à la période d'abincitation et d'ischémie, comme dans le délire asthénique des fièvres et des maladies graves. L'observation des malades et l'examen des faits publiés confirment cette proposition. En ce qui concerne les affections mentales, je ferai remarquer que les principaux succès de la Digitale administrée isolément ont été obtenus, soit dans le délire furieux (Mason-Gox, Fanzago), soit dans la manie aiguë et la paralysie générale (Scharkey, Williams et Robertson), dont la première répond à de l'hypérémie cérébrale et la seconde à une péri-encéphalite diffuse. Pour mon compte, je ne l'ai vue ! réussir que contre les accidents alcooliques de forme congestive. Quant à l'éi pilepsie, comme la crise semble toujours accompagnée ou occasionnée par 1 un raptus sanguin vers les centres nerveux, on peut, sans distinction de cas, diriger contre elle le principe actif de la Digitale (Withering, Corrigan, Ne- \ ligan, Duclos, etc.), et espérer des succès semblables à ceux que donnent le [I sulfate de quinine, la belladone ou le bromure de potassium. Malgré l'antaf gonisme partiel de la Digitalme et de la morphine, Dumesnil et Lallier ont îi obtenu de bons effets de l'association de la Digitale et de l'opium dans l'exci- ! tation des aliénés.
A part l'asthme cardiaque par amyosthénie du centre circulatoire, la Digitaline ne convient non plus qu'aux formes irritatives de l'asthme pulmoi naire, ou proprement dit, que soulagent si bi?n le bromure alcalin et les ; solanées vineuses.
Un médecin espagnol, le D"" Gine, a guéri au moyen de la Digitale un ) hoquet rebelle, lié à des palpitations, chez une jeune chlorotique.
Modes d'administration et doses. — En raison de son action topique
irritante, la Digitaline n'eçt guère administrée que par la voie stomacale. Effectivement, malgré les assertions contraires de Brown et de Reynolds qui auraient observé chacun des efl'els curatifs k la suite de l'application de cataplasmes de feuilles de Digitale, il est permis de regarder comme illusoire l'absorption médicamenteuse par la peau intacte. D'un autre côté, pour faire pénétrer la Digitaline parle derme mis à nu ou par absorption sous-cutanée, il faudrait en ménager beaucoup les doses, et conséquemment répéter .souvent les applications : avec cette précaution, les injections hypodermiques ne présenteraient aucun inconvénient et rendraient même des services chez les sujets exposés aux nausées et aux vomissements. On pourrait injecter k la fois un demi ou 1 milligramme du principe actif (Homolle et Quevenne) ou moitié moins de Digitaline cristallisée (Nativelle), dissous dans 1 gramme d'eau additionnée d'une quantité suffisante d'eau de Rabel, ou d'alcool.
A l'intérieur, cette substance s'emploie d'ordinaire sous forme de granules, semblables aux petites dragées qui couvrent certains pains d'épices. Les Granules de Bigilaline d'HomoUe et Quevenne contiennent chacun 1 milligramme du principe actif. On en prend un seul à la fois; la dose est de 1, 2, 4, quelquefois 6 ou 8 par jour.
Les granules de Digitaline cristallisée, fabriqués par Adrian, ne renferment que 1/4 de milligramme de substance active, et se prennent également un à un. La dose quotidienne est de 2 à 4 pour un adulte; elle peut être dépassée par degrés, mais avec précaution, et les granules peuvent alors se prendre nar deux à la fois.
Le sirop, qui renferme également 1 milligramme de Digitaline ancienne pour 20 grammes, ou environ une cuillerée à soupe de sirop, n'est presque pas usité.
La Digitaline peut se mettre evi potion (Homolle et Quevenne) à la dose de 5 milligrammes dissous dans un peu d'alcool, et ajoutés à 100 grammes d'eau distillée de laitue avec 25 grammes de sirop de ileur d'oranger. Les inventeurs de la Digitaline insoluble ont aussi fait préparer à&& pilules diurétiques et purgatives, renfermant chacune un décimilligramme seulement de Digitaline avec scille et scammonée d'Alep, de chacune 5 centigrammes. On en prend de 2 à 6, 8 et 10 par jour. Elles conviennent dans la migraine et les céphalalgies congestives, dans les maladies du cœur et l'anasarque, etc. J'ai donné ailleurs un exemple des associations de synergiques dans lesquelles peut entrer la Digitale à propos de Yoxymel diurétique de l'hôpital Beaujon (Voy. p. 124). Bouchardat associe avec raison la Digitaline au sulfate de quinine pour combattre l'hémicrânie, conformément à la prescription de Debout, qui avait adopté une formule analogue dans laquelle entrait la Digitale en nature. , Dans l'administration de la Digitaline il faut avoir égard à la susceptibilité individuelle et tenir grand compte de l'accumulation d'action ou, si l'on me permet cette expression, de la tension aciionne/Ze croissante, qm résulte du séjour prolongé de la Digitaline dans l'organisme.
CANTHARIDINE.
Quelques personnes anerviées ou énervées, sujettes au vertige et à la syncope, ou bien qui souffrent de troubles gastriques et intestinaiix avec propension au vomissement, dépression du pouls, réfrigération, ne peuvent tolérer que des doses minimes de Digitaline. L'emploi de ce remède héroïque trouve même dans ces conditions, portées à l'extrême, des contre-indications formelles.
D'autre part l'accumulation des effets physiologiques doit engager à surveiller attentivement l'administration de la Digitaline. En général, je n'en, fais pas continuer l'usage au delà de 5 ou 6 jours consécutifs, sauf à le reprendre après quelques jours de repos. Voici comment je procède. Si le sujet ne m'est pas connu, je prescris une dose inoffensive (1 milligramme de Digitaline amorphe du commerce, 1/4 de milligramme de Digitaline cristallisée) répétée deux fois dans la journée. Si l'expérience m'a fixé sur la tolérance moyenne du sujet, je donne le premier jour, matin et soir, un 1/2 milligramme de Digitaline Nativelle, le second jour la moitié seulement de cette dose, et je m'arrête, ou bien je soutiens simplement l'action par 1/4 de milhgramme chaque jour.
CAMTHARiDmE, Cantharidiiia seu Cantharidinum. Angl. Cantharidin. — Ail. Kantharidin.
La Canlharidine, substance ternaire d'après Robiquet (G^"H*0''), renfermerait de l'azote (CH'AzO®) selon Liebig, et se rapprocherait des alcaloïdes organiques.
Mais on sait aujourd'hui que l'opinion de Liebig n'est pas fondée, car de récentes analyses de Massing et Dragendorff ont établi que la Cantharidine peut être considérée comme l'anhydride de l'Acide cmtharidique dont la formule est C^'H^O'-l-aHO. Les deux molécules de protoxyde d'hydrogène peuvent être remplacées par deux équivalents d'un oxyde métallique, et l'on obtient ainsi des sels bien définis. Deux de ces sels, les cantharidates de potasse et de soude, ont été bien étudiés au point de vue chimique et thérapeutique, et l'on sait maintenant que ces combinaisons jouissent des propriétés vésicantes de la Cantharidine libre. Mes expériences, ainsi que celles des deux chimistes allemands et de T. Delpech et C. Paul, ne laissent aucun doute à cet égard. Elles prouvent en outre que les cantharidates alcalins ne le cèdent à la Cantharidine ni en intensité ni en rapidité d'action.
La Cantharidine est blanche, inodore, cristalline, d'une saveur excessivevement âcre, elle est entièrement volatilisable à la température ordinaire. Parfaitement soluble dans l'éther, le collodion, le chloroforme, les huiles, fixes ou essentielles, elle se dissout assez bien dans l'alcool chaud, mal dans l'alcool froid, et se montre, à l'état de pureté, complètement insolubledans l'eau, ce qui n'empêche pas la solution aqueuse de Cantharide de contenir de la Cantharidine, laquelle devient soluble dans l'eau à la faveur des autres principes immédiats de ce coléoptère, et spécialement de la matière jaune (voy. Cantharide, page 69).
Action physiologique. — Elle esl semblable à celle de la poudre de Cantharide (voy. ce mot), et n'en diffère que par l'intenÊilé. La proportion du principe actif dans l'insecte serait de 1/250 d'après Thierry, et de 1/200 suivant Lissonde. Et pourtant, d'après le professeur Dieu (de Metî), 6 centigrammes de Gantharidine n'équivalent qu'à 1 gramme de Cantharide en nature. Sa puissance vésicante est extrême : moins d'un demi-milligramme appliqué sur la lèvre inférieure iuffit à produire un petit vésicatoire au bout d'un quart d'heure. Quelques atomes en dissolution dans deux ou trois gouttes d'huile d'amandes douces, et imbibant un petit carré de papier qu'on a appliqué sur le bras, font lever un vésicatoire en six heures (Robiquet). Mais la Gantharidine n'est pas assez volatile à la température ordinaire pour déterminer les effets fâcheux qu'on lui a attribués. Dans le cas de l'élève de Robiquet, qui fut pris d'une conjonctivite aiguë, les accidents doivent être, je pense, attribués sinon à l'éther pur (Procter), du moins à la vapeur d'éther chargée du principe irritant. Administrée avec précaution à l'intérieur, la Gantharidine n'aurait pas, suivant Bretonneau, les vertus aphrodisiaques qu'on met sur le compte de la Cantharide. A la vérité, la stimulation géné" sique, déterminée par la substance tout entière de l'insecte, est elle-même aléatoire et incertaine, parce qu elle n'est qu'une conséquence détournée de la phlogose des voies urinaires. A dose vénéneuse, mais pourtant ménagée de telle sorte que les accidents topiques ne prédominent pas, ce principe actif a produit chez les lapins des mouvements convulsifs alternant avec des symptômes de coUapsus, puis la léthargie et la mort (Bretonneau, Ciacommi). Des élèves de ce dernier médecin, ayant avalé 1 à 4 centigrammes de Gantharidine dissoute dans l'huile et invisquée dans un mucilage, ont éprouvé : les symptômes suivants : ralentissement du pouls, prostration, vertige, tremblement des membres, envies fréquentes d'uriner, ardeur dans l'urèthre sans priapisme, et sueurs copieuses. De ces expériences, Giacomini conclut que la Gantharidine est un hyposthénisant cardiaco-vasculaire. On trouvera de plus amples détails sur l'action physiologique de ce principe immédiat à l'article Cantharide.
Les SYNERGIQUES et les auxiliaires du principe actif de la Gantharidine sont les irritants, rubéfiants et vésicants, tels que le Garou, l'Essence de Moutarde, l'Ammoniaque, etc.; ou bien les dissolvants qui lui permeltentde traverser plus aisément les couches épidermiques et de pénétrer dans la circulation. L'albumine, qui est son antagoniste, en ce sens qu'elle ladissimule dans le sang, devient au contraire son adjuvant lorsqu'il s'agit d'aUer porter au loin une action irritante sur les émonctoires dont la sécrétion n'est pas albumineuse. Au point de vue de ses effets généraux, la Gantharidme, qui produit la sédation circulatoire, trouverait des antagonistes, et, jusqu'à un certain point, des antidotes dans l'opiuai et les stimulants diBusibles; mais on ne lui connaît pas de contre -poisons chimiques.
Usages. — Modes d'administration et doses. — La Gantharidine pourrait être employée aux mêmes usages externes et internes que l'insecte qui
la fournit, ou que les animaux vésicants en général, seulement elle est peu usitée à cause de la difficulté de sa préparation.
Elle pourrait servir : 1° à la préparation àuCollodion canlharidal (Hirscli), dans lequel on fait entrer la poudre de Gantharides, et qui donnerait commodément des vésicatoires de toutes formes et de toutes grandeurs ; 2° à celle de l'Éther canlharidal (Etlinger), à l'aide duquel on obtient le Taflelas et le Papier vésicants. La Pommade de Cantharidine (Soubeiran) est formée de 5 centigrammes du principe actif dans 30 grammes d'axonge. Un pharmacien distingué, E. Ferrand, prépare avec un vernis de Cantharidine étalée sur de la baudruche un vésicatoire me.très-élégant et d'une application facile. T. Delpech a exécuté une préparation analogue au moyen du Cantharidate de potasse et d'une mince feuille de gulta-percha. Pour assurer les effets sur une
i surface un peu étendue, il ne faut pas se contenter d'appliquer sur la région la face active , préalablement mouillée avec de l'eau , ou de la glycérine pure (Gubler), mais il est encore nécessaire, d'après mon expérience personnelle, de couvrir le vésicatoire d'une couche d'ouate, afin d'égaliser la pres-
I sion, et de maintenir le tout par une bande ou des bandelettes de sparadrap de diachylum.
Si l'on tenait à produire l'excitation uro -génitale en administrant la Cantharidine à l'intérieur, on pourrait la faire parvenir dans l'estomac à l'éj tat d'albuminate, c'est-à-dire en dissolution dans du blanc d'oeuf, afin d'é- ! pargner les premières voies. Seulement la dose resterait encore à déterminer.
PEPSINE, Pepsina seu Pepsinum.
Angl. Pepsin. — Ail. Verdaungstoff.
La Pepsine ou Chymosine (Deschamps), Gastérase (Payen), est une substance quaternaire azotée, ayant pour formule approximative G=H'^Az^O% et se comportant à peu près à la manière des bases, puisqu'elle forme avec les acides acétique, chlorhydrique, etc., des composés bien définis. Elle paraît ' également susceptible de se combiner avec les chlorures alcalins. Pure et parfaitement desséchée, elle se présente sous forme d'une poudre blanche, amorphe, soluble dans l'eau et pourvue d'une réaction alcaline, mais dépouillée de toute propriété catalytique spéciale. Impure et retenant des traces d'acide acétique et une notable proportion d'eau, c'est une matière jaunâtre visqueuse, ■d'une odeur animale particulière. Amenée à siccité dans cet état, elle prend l'apparence d'un vernis et se détache en écailles transparentes, comme de la gomme.
Action physiologique. — La Pepsine est l'agent essentiel de la digestion stomacale; son action s'exerce sur les matières protéiques : caséum, albumine, fibrine, etc., qu'elle dissout ou désagrège, de manière à les rendre dialysables et assimilables. Liquéfiées ainsi, ces matières albuminoï les prennent le nom de peptones. La Pepsine, extraite de l'estomac des porcs ou de la caillette des ruminants, exerce dans un verre de montre cette aciion cata-
ly tique sur la chair des animaux et sur le blanc d'œuf coagulé, seulement on ne connaît jas exactement la valeur de son pouvoir dissolvant. Tout ce que nous savons, c'est que 1 gramme du mélange de Pepsine et d'amidon, préparé par Boudault, transforme enviroQ 6 grammes de synlonine en une matière gélatineuse et diflluente. D'après d'autres expériences, il ne faudrait pas moins de 25 centigrammes de Pepsine pour dissoudre une égale quantité de coagulum alburaineux dans l'espace de vingt-quatre heures (Sieveking). Ce résultat est singulièrement favorisé par la présence des acides libres^ notamment de ceux qui, comme l'acide lactique ou l'acide chlorhydrique, font naturellement partie du suc gastrique des mammifères. Au contraire, la fermentation peptique est retardée ou empêchée par les divers agents qui s'opposent aux fermentations en général : tels sont le froid, une température supérieure à 75 degrés centigrades, l'alcool concentré, les selssolublesde fer, de plomb, de cuivre à hautes doses, le sublimé corrosif, le tannin, la 'créosote, etc. auxquels il faut. joindre d'après mes expériences le phosphure de zinc et les préparations phosphorées.
Substances synergiques, auxiliaires. — La Pepsine est le premier des agents catalytiques dont le médecin emprunte la puissance pour favoriser la digestion, c'est-à-dire la métamorphose des matières alimentaires ; mais elle a des analogues, non-seulement dans les diastases salivaire et pancréatique, mais encore dans un grand nombre de substances organiques qui, mériteraient de former, parmi les médicaments eupeptiques, sous le nom de métazymes, une classe spéciale au point de vue de l'hygiène et de la thérapeutique. De ce nombre sont les liqueurs en voie de fermentation alcoolique, acétique et lactique, et retenant leurs ferments spéciaux : ainsi le vin et le cidre nouveaux non soutirés, la choucroute et les soupes aigres des pays du Nord de l'Europe, les choux confits dans de l'eau panée, aigrie, des contrées orientales, le sérum qui fermente, enfin les différentes sortes de bières.
U Extrait de Malt, qui n'est autre qu'une bière concentrée, agit moins par ses qualités nutritives que par les ferments qu'il introduit dans l'économie.
Outre les spores du Torula Cerevisix, qui donnent lieu à la fermentation alcoolique, l'Extrait de Malt garde encore une proportion notable de diastase capable de suppléer à l'insuffisance de la plyaUne ou diastase salivaire. Les Extraits de Malt français ou étrangers, dont la Maltine-Gervais n'est qu'une variété, doivent se prendre à la dose d'un verre à bordeaux au commencement de chaque repas.
Certains aliments en voie de transformation, et dont les molécules sont pour ainsi dire ébranlées, comme le pain et. le fromage, viennent eux-mêmes en aide aux facultés digestives languissantes. Mais la Pepsine trouve de véritables synergiques dans les acides acétique, citrique, et surtout dans les acides lactique et chlorhydrique, dont l'action dissolvante, par rapport à la fibrine, est des plus remarquables (Mialhe, Bouchardat, Thore, Adrian et Bricheteau).
L'Acide lactique, dont les propriétés eupeptiques ont été signalées par Magendie, a été recommandé à ce titre par Handfield Jones et d'autres médecins; on en fait une limonade, des pastilles; on le donne en potion. Cet acide joue également un rôle dans ses combinaisons avec le fer et la chaux , notamment dans les préparations de lacto-pliosphate de chaux de Dusart.
L'Acide chlorhydrique (voy. ce mot) est également usité en qualité d'eupeptique.
Depuis quelque temps l'un des auxiliaires de la Pepsine, le Suc pancréatique, tend à prendre en thérapeutique une importance considérable qui nous oblige à en parler longuement.
La Pancréatine , suc pancréatique épaissi, est une poudre blanche trèshygrométrique, soluble dans l'eau, qu'elle rend gluante, visqueuse, opaline.
Le suc pancréatique et la pancréatine contiennent une matière albuminoïde complexe, précipitable par l'alcool, et qui est la substance active (Cl. Bernard), k réaction alcaline (Magendie, Cl. Bernard), acide selon Th. Defresne, qui la considère comme formée par la combinaison de la matière albuminoïde avec de l'acide lactique.
Les acides et les bases énergiques font perdre à la substance albuminoïde ses propriétés zymotiques (Defresne). Toutefois, ce ferment ce jouit de la \ plénitude de son action que dans un milieu acide (Meisner, Defresne), autrement la fermentation putride s'établit bientôt.
Ainsi que l'a démontré Cl. Bernard , le suc pancréatique émulsionne les corps gras. Defresne ajoute qu'il dédouble les graisses neutres en acide et en glycérine, fait contesté par Bouchardat- et Sandras, Bidder et Schmitt, Frerichs, J. Béclard.
D'un autre côté, Bouchardat et Sandras ont établi la transformation de l'amidon en glycose par le suc pancréatique, ce qu'ont vu également Magendie, Rayer et Gl. Bernard, Lenz et Dunders. Enfin, Purkinje et Pappenheim, Gorvisart, Brinton, Meisner et Defresne ont insisté sur le pouvoir digestif du suc pancréatique à l'égard des matières albuminoïdes. Ce dernier expérimentateur déclare que 1 partie de pancréatine pure émulsionne 15 parties de corps gras, change en glucose 8,89 d'amidon, digère 50 parties de fibrine, 20 parties de tissu musculaire et 33 parties d'albumine cuite.
Il semble même résulter de ses expériences que la dose de 1 gr. de pancréatine, ajoutée à un mélange des trois sortes de substances, digère de chacune d'elles presque la même quantité que si ce principe actif l'eût attaquée isolément. En effet, dans une telle condition, 1 gr. de pancréatine a pu digérer simultanément 3 gr. de tissu musculaire, 6 gr. 80 d'amidon, et émulsionner 10 gr. de corps gras. Defresne ajoute, mais ici nous faisons toutes réserves, que la présence de la Pepsine, sans empêcher les effets de la pancréatine , semble en diminuer notablement l'activité. Aussi conseille-t-il dans son premier travail monographique (1872) de n'administrer le ferment pancréatique que deux heures après le repas. Plus tard, profitant sans doute
du conseil que j'avais donné à l'arlicle Bile de la première édition de mes Commentaires thérapeutiques du Codex (1868), il a confectionné des pilules enrobées de cire qui, ne devant se dissoudre que dans l'intestin grêle, peuvent être administrées au moment mèoie du repas.
Pour ma part , je n'admets pas l'incompatibilité de la pancréatine avec la Pepsine, et j'ai lieu de croire que la diastase abdominale ne nuit pas plus aux effets spéciaux du ferment gastrique que la diastase buccale ou salivaire. D'ailleurs j'ai vu réussir parfaitement, chez les dyspeptiques, un mélange de diastase, de Pepsine et de pancréatine.
Quoi qu'il en soit, les propriétés multiples et énergiques de la pancréatine justifient les tentatives cliniques faites depuis quelques années en France par Chauvin et Morat, en Angleterre par Dobell , Langdon Down, Fuller et Letheby, pour la faire entrer dans la thérapeutique.
Cette substance, dont j'ai obtenu aussi de bons effets, est indiquée dans la dyspepsie atonique ainsi que dans les altérations du pancréas occasionnant une réduction considérable ou la suppression de la sécrétion de cette glande. Elle peut en outre rendre des services dans toutes les affections chroniques où la nutrition est languissante, et spécialement dans la phthisie pulmonaire, où elle rend possible l'administration et l'absorption de quantités considérables d'huile de foie de morue qui sans cela ne seraient pas tolérées. Defresne prépare dans ce but une Émulsion d'huile de foie de morue. Ses pilules contiennent chacune 20 centigr. de pancréatine.
Substances antagonistes. — Les alcalins et les basiques, en d'autres termes les anlacides, paralysent l'activité de la Pepsine lorsqu'ils sont en excès. Il en est de même des spiritueux et des astringents à hautes doses, ainsi que des sels métalliques capables de précipiter la Pepsine de ses dissolutions aqueuses.
Usages. — La Pepsine n'est, à proprement parler, ni un tonique ni un reconstituant ; c'est un succédané du suc gastrique normal , pouvant tenir utilement la place de ce dernier quand la digestion stomacale est défectueuse ou absente. En quahté d'agent de la digestion, elle contribue indirectement à la réparation des organes et à la restauration des forces. Les indications de son emploi sont nettes et précises : souveraine dans la dyspepsie asthénique ou torpide avec insuffisance de suc gastrique, elle ne constitue qu'un adjuvant dans les dyspepsies acescentes et douloureuses, souvent compHquées à la vérité d'un certain degré d'apepsie, quand elles ne dépendent pas de ce dernier état morbide. En conséquence , on prescrira la Pepsine lorsqu'il y aura perte d'appétit, répugnance pour les aliments, digestion lente et laborieuse avec sensation de pesanteur à l'épigastre, distension et flatulence stomacale, diarrhée lientérique ou vomissements dans lesquels on reconnaît les aliments inaltérés.
Depuis que Lucien Corvisart l'a introduit dans la pratique médicale, ce médicament a rendu des services incontestables à un grand nombre de malades atteints de dyspepsie atonique (Rilliet, L. Fleury, Dechambre, De-
bout, Tosi, Strambio, Ghambers, Trousseau et Pidoux, Bouchardat, Nonat, Bayard, Fonssagrives). J'ai moi-même eu bien souvent l'occasion d'en constater l'efficacité dans les cas d'insuffisance des glandes à Pepsine. Maintenant cette dyspepsie peut existera l'élat protopathique, comme dans l'apepsie des enfants, décrite par Ern. Bartiiez, et dans celle de certains sujets névropathiques, ou bien à titre d'accident secondaire dans le cours ou à la suite d'une autre afTection. Elle se rencontre dans la convalescence des maladies aiguës, telle que la fièvre typhoïde, où elle a été combattue efficacement par Longet, Rilliet, Godard, etc., ou comme conséquence de là gastrite ; ou bien comme expression d'une névrose générale, des émotions triste? de la chlorose et des anémies, k la suite de l'abus des plaisirs de la table el, de ceux de l'amour, sous l'influence énervante de la chaleur ou dépressive du froid, dans les diathèses herpétique, rhumatismale et goutteuse, et dans quelques autres circonstances encore.
En facilitant la digestion, la Pepsine fait disparaître divers symptômes locaux plus ou moins étroitement enchaînés à la mauvaise élaboration des substances alimentaires dans l'estomac : par exemple, la gastralgie, quelquefois la pyrosis, la diarrhée et les vomissements. L. Gros se loue beaucoup de l'emploi de ce remède dans le traitement des vomissements opiniâtres de la grossesse.
] Malgré les nombreux succès dont la Pepsine a été l'instrument entre les . mains des praticiens les plus compétents et les plus autorisés, quelques médecins, s'appuyant sur les expériences de laboratoire, refusent de croire à l'efficacité de ce moyen thérapeutique. Mais l'observation clinique donne de i toutes parts des résultats trop concordants pour qu'il soit permis de les révoquer en doute; nous n'avons qu'à les accepter et à les interpréter. Or, il ne me semble pas que la Pepsine soit utile par le seul fait de la petite quantité de fibrine qu'elle dissout; elle le devient davantage, à mon avis, par l'activité qu'elle imprime à la muqueuse stomacale, dont elle est sans doute le meilleur stimulant.
Modes d'administration et doses. — Par suite de la difficulté de s'en procurer des doses un peu considérables, la Pepsine ne s'administre pas à l'état d'isolement; on la donne toujours, soit en dissolution dans l'eau, soit mélangée avec une poudre inerte. En outre elle est ordinairement additionnée d'acide lactique ou chlorhydrique, ou de quelque autre adjuvant.
Lsi Poudre nutrimentive (L. Gorvisart) se compose de : Pepsine neutre 50 centigrammes; acide lactique, 3 gouttes; amidon, 50 centigrammes. C'est cette même poudre qui, préparée industriellement, est connue sous le nom de Pepsine de Boudault. On peut en augmenter les vertus digestives en y ajoutant des proportions plus ou moins fortes d'acide lactique ou d'acide chlorhydrique, ce qui donne la Pepsine acidulée. Parfois enfin on associe la Pepsine amylacée à l'opium pour calmer la gastralgie concomitante de l'apepsie. La Poudre de Pepsine amylacée est fractionnée par doses d'environ 1 gramme, et l'on en prend un paquet au début
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ou dans le cours du repas, soit dans la première cuillerée de potage, soit ' dans du pain azyme.
La Liqueur de Pepsine, ou Liquor peplicus (Morson), est une solution de ce principe actif dans de l'eau salée. Squire recommande de la préparer avec 4 grammes de Pepsine dans 30 grammes de véhicule.
Le Sirop de Pepsine (L. Gorvisarl) se compose de 6 grammes de Pepsine . amylacée, neutre ou acide, dissous dans 20 grammes d'eau, et ajoutés à 70 grammes de sirop de cerises acidulés. La dose est d'une cuillerée à soupe, soit environ 1 gramme de Pepsine, pour les adultes, et d'une demi-cuillerée pour les enfants.
L'Éiixir de Pepsine (Mialhe) est préparé avec : Pepsine amylacée de Corvisart et Boudault, 6 grammes; eau distillée, 24 grammes; vin blanc de Lunel, 54 grammes; sucre blanc, 30 grammes; esprit-de-vin fin à 33 degrés, 12 grammes. Cette liqueur joint aux qualités spéciales de la Pepsine l'action stimulante d'un vin généreux. Elle se prend dans le cours du repas à la dose d'une cuillerée à soupe. Quelques personnes pensent, mais à tort, que les propriétés du ferment doivent être en partie supprimées par l'alcool; le reproche serait adressé à plus juste titre à l'Elixir de Garus, lequel est cependant un digestif éprouvé.
On prépare encore àes' Pastilles de Pepsine [Berthé), des Pilules de Pepsine neutre ou acide (Boudault-Hottot, Follet) : d'autres au sous-nitrate de bismuth, à l'iodure de fer, au fer réduit (Hogg) ; enfin des Capsules de copahu et de Pepsine (Ricord-Favrot).
La Pepsine est associée à la diastase dans une série d'excellentes préparations exécutées par Ghassaing (vin, pilules) et qui m'ont rendu les plus grands services. Enfin un autre pharmacien de Paris vient de réaliser l'association des trois ferments digestifs : Diastase, Pepsine et Pancréatine. L'Éiixir eupeplique de Tisy , dont chaque cuillerée contient: Diastase, 30 centigr., Pepsine et Pancréatine ââ 10 centigr., a déjà donné de bons résultats chez quelques malades de l'hôpital Beaujon,