‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource]Chapitre 54 sur 293 · ERGOT DE SEIGLE · texte numérisé non relu

ERGOT DE SEIGLE

admis par les auteurs. Celui-ci est l'analogue de la raphania de Linné, attribuée au Raphanus Raphanistrum, et paraît être la même chose que le feu Saint-Antoine (Bacquias). On en distingue deux espèces : 1° Vergotisme convulsif, caractérisé par des lassitudes, des vertiges, des fourmillements, des crampes dans les extrémités, l'obnubilation de la vue, la perte de la sensibilité et les convulsions suivies de la mort ; 2° Vergotisme gangreneux, dans lequel se font sentir aussi les fourmillements avec le refroidissement et l'insensibilité des extrémités, auxquels succède la gangrène sèche. Ces ditférents phénomènes, particulièrement l'aip/iyaîie des extrémités et le sphacèle consécutif, trouvent aisément leur explication dans la doctrine exposée à propos de l'ergotisme aigu.

Substances synergiques-auxiliaires. — Les vrais synergiques de l'Ergot de Seigle sont les ergots des autres céréales et notamment celui du blé qui, dit-on, se conserve mieux. Pour la puissance il faudrait en rapprocher l'électricité et le froid sous forme de douches ou d'injections vaginales. Dans ce dernier cas, il y a lieu de tenir un certain compte de la percussion et de l'action mécanique. Puis viennent les médicaments hypercinétiques, non pas surtout les poisons tétanisants ou catalepsiants, tels que les strychnées et les ménispermées, mais plutôt ceux qui s'adressent aux fibres de la vie organique : Séné, Arguel, Dompte-venin, Redoul, Globulaire turbith, etc. A ^a suite se placeraient les substances qui agissent à un faible degré sur la contractilité musculaire : digitale, quinine, café, peut-être la belladone, le bromure de potassium. On trouverait plus loin les astringents : tannin ettanniques, tels que la busserole, l'alun, etc. ; les balsamiques hémostatiques et plus spécialement l'essence de Cannelle. Les balsamiques stimulants : maroute, riie, sabine , seraient plutôt des auxiliaires que de véritables synergiques; à plus forte raison doit-on séparer de ce groupe des substances qui agissent par une voie détournée , soit qu'elles frappent de mort le produit de la conception et nécessitent par là son évacuation ultérieure , comme fait le sulfure de Carbone , soit qu'elles provoquent un trouble général au milieu duquel s'effectue la contraction utérine comme dans les empoisonnements par les narcotico-âcres : tabac , lobélie, aconit, ellébore ; ou bien à la suite de l'action éméto-cathartique du tartre stibié dont Gantillon et Young vantent les bons effets dans le travail qui languit et dans les métrorrhagies post-puerpérales.

Substances antagonistes , incompatibles, — Antidotes et contrepoisons,— Les antagonistes de l'Ergot sont: la chaleur, l'opium, les alcooliques et toutes les substances qui , directement ou par l'intermédiaire du système nerveux, produisent l'atonie des muscles de la vie organique et le relâchement des parois vasculaires. Il faut donc éviter de les administrer en même temps que l'Ergot, On doit recourir au contraire à ces moyens pour combattre les effets toxiques de ce Champignon.

Le tannin serait pour l'Ergot un contre-poison chimique, de même que le Chlore ou l'acide chlorhydronitrirpie (eau répalp}.

Usages. — L'Ergot de Seigle est principalemeat employé, depuis Prescolt(l814), pour exciter la contraclililé des fibres musculaires de l'utérus, dans le but : 1" d'accélérer l'accouchement quand il est ralenti par l'inertie de la matrice , ou qu'un symptôme alarmant met la vie de la femme en péril ; 2° de hâter la délivrance due k la même cause ; 3° d'exonérer l'utérus, dans le cas de rétention de caillots, d'hydatides, de débris polypeux; 4° d'arrêter les héraorrhagics puerpérales , et même celles qui ont lieu en dehors de la parturition ; 5» de lavoriser la rétraction du corps de l'utérus après l'accouchement; 6° de remédier à la congestion passive ou phlegmasique de l'organe non gravide; 7" de provoquer l'avortement, lorsqu'il est spontanément commencé , accompagné d'une hômorrhagie inquiétante , et qu'on est sans espoir de pouvoir le conjurer.

L'Ergot est contre-indiqué dans les hémorrhagies par décollement placentaire et toutes les fois qu'un obstacle mécanique (étroitesse du bassin, tumeur maternelle ou fœtale, etc.), s'oppose à l'issue du fœtus. La contre-indication est encore formelle quand l'inertie qu'il s'agit de combattre est trop absolue ou qu'elle dépend d'une altération de structure et qu'il y a lieu de craindre une rupture de l'organe.

Dans la parturition, l'intervention de l'Ergot ' n'est guère utile qu'au dernier moment, comme auxiliaire des efforts spontanés et des pratiques obstétricales. Encore, Depaui et quelques accoucheurs autorisés en reslreignent-ils l'application au cas de présentation du siège avec engagement complet. En tout cas, lorsque l'indication existe et que l'administration est résolue, il convient d'attendre l'entière dilatation du col sous peine de voir ce dernier, plus influencé par l'agent liypercinétique, se fermer convulsivement

et perpétuer l'obstacle.

Quoique son action soit incomparablement moins puissante sur les organes pauvres en fibres musculaires ou en éléments contractiles quelconques, l'Ergot rend cependant des services dans un grand nombre d hémorrhagies capillaires, notamment dans l'hémoptysie et l'hématurie

On l'a conseillé, non sans raison, dans la leucorrhée , la blennorrhagie qu'il améliore en ischémiant l'utérus ou, plus généralement , l'appareil génital, et l'aménorrhée par rétention du flux menstruel. On l'a prescrit aussi dans certaines gastralgies et entéralgies.

Il est plus utile dans la galactorrhée (Legendre , Poyet et Gommarmond , l'incontinence d'urine par défaut de tonicité du sphincter vésical, dans la spermalorrhée qui reconnaît des conditions analogues, dans l'affection calculeuse pour aider la vessie à se débarrasser de graviers et dans es aflections paralytiques ou autres dans lesquelles intervient probablement un état congestif habituel des centres nerveux. Barbier (d'Amiens a gueri de la sorte une paraplégie. Brown-Séquard et Trousseau le conseï lent aussi dan la méningo-myéiite, Gri.hton-Browae dans les maladies mentales, et je 1 a prescrit dans différents cas de lésions des centres ^ervenx en gênerai dont i'hypérémie constitue un élément principal. Mais la science n est pas encore en

Page 1