FENOUIL DOUX
Action physiologique. — L'Euphorbium est une substance puissamment irritante, qui rougit et enflamme, jusqu'à la vésication, les régions sur lesquelles on l'applique. La poussière aspirée par les narines ou inhalée par les bronches, cause la rougeur et le gonflement de la face, une violente irritation des yeux, fait éternuerjusqu'au sang, et provoque une toux convulsive, avec bronchite intense et parfois hémoptysie. Il peut en résulter aussi du vertige, le délire, l'insensibilité.et des convulsions. Ingérée dans l'estomac, cette gomme-résine occasionne des évacuations par le haut et par le bas, des douleurs atroces dans la gorge, l'estomac, les entrailles, et une violente gastroentérite avec un pouls précipité, irrégulier, une sueur froide, et la syncope quelquefois suivie de mort.
Usages. — Avec de pareilles propriétés, V Euphorbium, on le conçoit, doit être repoussé delà thérapeutique interne. Nous avons assez d'autres vomitifs et drastiques moins dangereux et plus faciles à manier. C'est avec la plus grande prudence qu'on doit l'employer comme errhin dans les affections soporeuses, apoplectiques. Mais rien ne s'oppose à ce qu'on en continue l'usage, comme topique irritant, pour obtenir la rubéfaction, la vésication et même l'escharification.
On l'emploie comme caustique, en poudre, ou en teinture alcoolique; comme rubéfiant, incorporé à la poix de Bourgogne, sous forme d'emplâtre.
EUPHRAiSE, Euphrasia officinalis, L. — Scrofulariacées. Angl. Eyebriglit. — AU. Augentrost.
Cette jolie espèce, commune sur les pelouses sèches des bois était jadis Irès-vantée contre les affections inflammatoires des paupières et des conjonctives. On peut lui soupçonner des vertus astringentes, d'après sa réaction sur les sels de fer. Il est donc permis de croire qu'elle n'est pas absolument dénuée d'efficacité
FAH/iM, Angrœcum fragrans. Dup.-Th. — Orchidées.
Cette Orchidée parasite croît dans les forêts de l'île de France, et le Codex ■ecommande la plante fleurie ; mais on ne peut guère se procurer que les euilles, qui sont, du reste, la seule partie usitée dans le pays. Ces feuilles, m peu amères, exhalent une odeur agréable tirant sur celle de la vanille, ^eur infusion est digestive, calmante et très-usitée dans les deux îles sœurs : Vlaurice et la Réunion, pour calmer la toux, les douleurs de poitrine, les spasmes et l'oppression.
FEtvouiL DOUX, Fœtliculum dulce, G. Bauhin. — Ombelliféres-Sésé-
:'INÉES.
Angl. Sweel Fennel. - Ail. Fenchel.
Le Fenouil doux, recherché comme comestible dans certaines parties de l'Europe, n'est probablement que la forme cultivée du Fenouil commun {Anelhum fœnicuium, L.; Fœniculum officinale, E.). Il offre une odeur aromatique, moins forte et plus agréable que celle du Fenouil sauvage, dont il partage, d'ailleurs les propriétés, ce qui le fait préférer pour l'usage médical.
On emploie la racine et les semences, qui sont stimulantes, carminatives, etc., à la manière de l'Anis.
L'huile essenlielle de Fenouil doux se donne à la dose de deux k vingt gouttes dans une infusion.
Les semences entrent dans le MiLhridale,\a. Thériaque, le Diaphœnix ,l' Eau vulnéraire; les racines dans le Sirop des cinq racines, YEau gé'/iérale, etc. On en prépare une Eau distillée.
FENUGREC, Trigonella Fœnurn grœcum, L. — Légumineuses-Papilio-
NACÉES.
Angl. Fenugreek. — AU, Kuhkornklee.
Le Trigonella Fœnurn grœcum, originaire de l'Orient, croît en Grèce, en Algérie et dans le midi de la France. Ses pousses et ses graines germées sont recherchées comme aliment. Les semences du Fenugrec bouillies ont la saveur des pois, et fournissent un abondant mucilage, utilisé en lavements, en fomentations émoUientes, en injections, en collyres. On en fait des cataplasmes. Mais chez nous cette plante est inusitée en médecine, attendu que le mucilage de ses semences n'est guère employé que dans la composition de V Emplâtre diachy Ion simple, àe Y Onguent d'Althsa, du .Sirop de Marrube, . etc., préparations actuellement abandonnées. 1
FÈVE D'ÉPREUVE DU CALABAR. Semences du Physostigma venenosum, Balfour. Légumineuses-Pafilionacées. |
Angl. Calabar's ordeal Beau or Calabar Beau. ^ - j- 1
Le Physostigma venenosum est une Légumineuse euphaséolée, c est-a-dire , voisine des Haricots, qui croît sur la rivière de Galabar et dans les contrées j environnantes du continent africain. j
Composition. — La Fève du Calabar décortiquée donne 30 pour 100 de | spermoderme et 70 pour 100 d'amande blanche (B. Edwards). Les enveloppes de la graine sont moins actives que les cotylédons. L amande contient beaucoup d'amidon, de légumine et d'huile fixe, matières inertes, plus 2 7 (5 ou 6 d'après Edwards) pour 100 d'extrait alcoolique où les propriétés ] actives se trouvent concentrées (Ghristison). La substance active est environ i deux fois aussi soluble dans l'alcool bouillant que dans l'alcool froid. Jobst ét ( Hesse ayant cru l'avoir isolée, l'ont considérée xomme un alcaloïde et designée , sous le nom de Physostigmine.U^is kmédéeYée, suivant le procédé de btas, a obtenu une substance plus pure, cristallisée, bleuissant le papier de tournesol, à laquelle il a donné le nom à'Ésérine, du mot Eséré, qui désigne la Fève d'épreuve dans l'idiome du Galabar.
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L'Esênne, cristallisée en lames minces rhombiques, ou en prismes allongés, aisément soluble dansl'éther et le chloroforme, plus encore dans l'alcool, est peu soluble dans l'eau. Elle se combine avec les acides qu'elle neutralise, et donne des sels, la plupart solubles dans l'eau et plus stables que l'Ésérine pure. Cet alcaloïde possède .des propriétés physiologiques et thérapeutiques semblables h celles de la Fève elle-même. Il contracte des combinaisons avec l'iode et le brome; celles-ci offrent même deux formes cristallines, ce qui fait croire à Duquesnel que l'Ésérine renferme deux alcaloïdes différents.
Action physiologique. — Le phénomène le plus saillant, déterminé par la Fève du Galabar, comme par son alcaloïde l'Esérine, c'est le resserrement de la pupille, qui devient poncliforme (Fraser, Robertson,Bowman, Donders von Grafe, Giraldès, Vée, etc.). Cela coïncide avec la contraction du muscle ciliaire et le changement de courbure du cristallin, et s'accompagne d'une sensation de fourmillement, de tension, de gêne, dans l'intérieur de l'œil, qui augmente pendantles essais d'accommodation, ainsi que d'un défaut de vision distincte aux distances moyennes, et d'une sorte de myopie temporaire. Ce phénomène est constant lorsque la solution d'extrait ou de sulfate d'Esérine est instillée entre les paupières et agit directement sur le globe oculaire. Il manque au contraire assez souvent, quelquefois même il est remplacé par la dilatation pupiilaire, quand le poison administré par les premières voies [Fraser, Yée), a produit des effets toxiques généraux.
Introduits dans l'estomac , la Fève d'épreuve et ses dérivés déterminent, au bout de dix minutes environ, les symptômes suivants : pesanteur de tête, vertiges, troubles spéciaux de la vue, nausées, tout cela augmentant quand k vue se porte en haut (Leteinturier) ; faiblesse musculaire, tremblement dans les membres (Gubler) pouvant s'étendre au tronc et à la tête ainsi qu'aux muscles de la vie organique; peau froide , pâleur du visage, puis rougeur réactionnelle, ralentissement du pouls, diminution delà tension vasculaire, vomissements.
Si la dose est toxique , comme dans l'épreuve juridique des Nègres, elle produit une soif subite et intense, qui devient de plus en plus pénible ; la iéglutition se montre- difficile et même impossible, la salive s'échappe de la aouche, des secousses et de véritables convulsions agitent les muscles, sur- :out ceux du dos ; l'intelligence reste indemne, et la moit survient en trente ninutes, à moins que des vomissements ne se produisent, ce qui sauve le sujet (Fraser). Dans les empoisonnements accidentels de Liverpool, le même luteur a constaté des symptômes analogues, et a noté, dans un certain nomare de cas, l'absence de contractilité pupiilaire.
Chez les animaux, on a également constaté cette absence, et l'on a observé les contractions fibrillaires, des mouvements convulsifs, l'hypercrinie de la muqueuse digestive, des glandes lacrymales et salivaires, l'écoulement d'une bave^ écumeuse , des états pupillaires variés; ensuite la paralysie du train postérieur, finissant par s'étendre au tronc et aux membres de devant, le ra-
lentissement et l'affaiblissement de la circulation , une gêne respiratoire extrême et la mort, avec arrêt du cœur en diastole, et plein de sang noir, conservant la propriété d'absorber l'oxygène (Fraser). En pareille circonstance, il survient de la glycosurie par exagération de la fonction hépatique et lesucre absent des reins et des muscles , se montre à l'état de traces dans les poumons et le cœur (Duquesnel).
Appliqué sur les tissus musculaires, l'extrait alcoolique y abolit la contractilité. Le cœur subit cette action comme les autres muscles. |
Substances synergiques-auxiliaires. Comme antimydriatique, et même comme résolutif du système musculaire, l'opium est synergique de la Fève du Calabar, qui offre des analogies marquées avec le Curare.
Substances antagonistes. — Antidotes. — En ne tenant compte que ' de la seconde série des symptômes observés chez les animaux , ou de la période de coilapsus, on a cru trou-ver un antagonisme parfait entre la Fève ' d'épreuve et les Strychnos. Dans cette vue, la Fève du Calabar et la noix vomique, l'Ésérine et la strychnine ont été administrées simultanément ou successivement, mais les résultats n'ont pas été satisfaisants, en ce sens que la rigidité tétanique s'est continuée dans les membres supérieurs, malgré la paralysie dont l'extrait de Fève du Calabar avait frappé le train de deri-ière. Ainsi, les deux poisons agissaient chacun de son côté. On ne peut donc compter sur la strychnine pour combattre l'empoisonnement par l'Éséré. Il vaudrait mieux s'adresser à l'opium, aux alcooliques, à l'ammoniaque, au café et aux stimulants diffusiLles, après avoir donné le tannin comme contre-poison chimique. Mais tout indique que c'est à la Belladone qu'il faudra surtout recourir. Déjà la Fève du Calabar avait été employée par Sédillot , en France ; Klein-Wachter, en Allemagne , suivis par Harley, aux Etats-Unis, pour combattre l'empoisonnement par cette solanée vireuse; lorsque deux physiologistes (Fraser, Bourneville) expérimentant à l'insu l'un de l'autre, à Edimbourg et à Paris, arrivèrent presqu'en même temps à établir l'antidotisme de l'Atropine et de l'Ésérine. Le grand travail de Fraser, véritable monument scientifique , prouve presque sans réplique que des doses mortelles de l'un de ces deux alcaloïdes sont combattues efficacement par des quantités équivalentes de son antagoniste et met en relief l'antithèse des deux syndromes caractéristiques de Yéséris7ne et de Vatropisme. Ainsi, tandis que la Fève du Calabar augmente l'excitabilité des nerfs vagues, l'Atropine la diminue ou la suspend. Celle-ci augmente la tension; artérielle , celle-là la diminue. La première accroît la sécrétion des glandes; lacrymales, salivaires, intestinales et bronchiques, la seconde amoindrit ou supprime ces sécrétions. La Fève d'épreuve fait contracter les veines, la Belladone resserre les artères. L'Ésérine produit l'atrésie pupillaire, l'Atropine est mydriatique (Fraser).
Sans doute l'opposition entre les manières d'agir des deux poisons n'est pas toujours si complète : l'Atropine, par exemple, ne fait contracter les artères et n'augmente la tension qu'à la condition d'être employée à très-faible
FÈVE D'ÉPREUVE DU CALABAR. l'il
dose; les doses fortes, toxiques, produisent l'effet contraire. Mais, quelle que soit la théorie, le fait de l'antidotisme semble peu contestable et la pratique doit en faire son profit.
Usages. — Pendant quelque temps, la Fève du Galabar ne fut guère employée que pour son action antimydriatique, soit lorsque la dilatation pupillaire était spontanée et morbide, rhumatismale ou par cause traumatique, soit lorsqu'elle avait été déterminée , accidentellement ou volontairement, par la belladone ou l'atropine. Dans ce dernier cas, l'application de l'extrait de Galabar doit être répétée plusieurs fois , pendant que l'appareil visuel reste sous l'influence de la Belladone, et il faut des doses fortes, parce qne son action est à la fois beaucoup moins durable et incomparablement moins énergique que celle de l'agent mydriatiqae.
La Fève du Galabar sert également à rompre les adhérences contractées par l'iris, tant avec la face postérieure de la cornée qu'avec la capsule antérieure du cristallin.
L'Ésérine est appelée à rendre les mêmes services. Déjà Fano, Gallard, A. Dufour, et la généralité des ophthalmologistes , l'ont utilisée dans la mydriase artificielle. De mon côté, je l'ai employée avec avantage dans un cas de paralysie de la troisième paire avec mydriase, et j'ai pu observer" chez le sujet, pendant toute la durée de l'action de l'Ésérine, non-seulement une vision plus distincte , mais encore un soulagement très-prononcé de la gêne douloureuse dont le globe oculaire était le siège. J'ai réussi également à déterminer, par l'introduction dans l'œil de quelques gouttes de sulfate d'Ésérine au 1/1000' , la rupture d'adhérences filamenteuses de la pupille avec la capsule du cristallin, consécutives à une iritis varioleuse. Enfin j'ai eu l'idée de prescrire et j'ai vu réussir le collyre d'Ésérine dans un cas de presbyopie douloureuse et j'ai pu, à son aide, corriger la presbytie sénile dont l'Ésérine arriverait peut-être à retarder les progrès. De son côté, Galezowski a obtenu d'excellents résultats de l'emploi topique de l'Ésérine dans l'héméralopie endémique.
En 1867, je disais: Gomme exemple d'emploi dans la médication interne, A. Vée mentionne un cas de contracture symptomatique des extrémités inférieures, où l'Ésérine fut essayée en injections .hypodermiques sans résultat appréciable. J'ai moi-même fait, sans beaucoup de succès, quelques tentatives avec cet alcaloïde, notamment chez une femme affectée de mouvements choréiformes, et qui prit jusqu'à 10 milligrammes de sulfate d'Ésérine dans une seule journée. Mais, ajoutais-je, l'expérience est insuffisante, et toute conclusion serait actuellement prématurée.
Depuis lors les applications se sont multipliées et diversifiées, sans qu'il soit encore possible de préciser les indications ni d'évaluer exactement la puissance du Physostigma et de son principe actif.
La chorée n'a donné que 4 cas de guérison entre les mains de Harley, Mac-Laurin et Ogle. — Pour l'épilepsie , les tentatives de Bourneville et Delasiauve, ne sont pas encourageantes.
Les résultats ont été plus favorables dans le tétanos traumatique où l'on compte line douzaine de succès , dont quelques-uns contestables , puisque d'autres moyens furent employés concurremment (Watson, Campbell, Alexander, Boslin, Mac Arthur, Bouvier), contre trois ou quatre insuccès avoués (Ridout, Bouchut, Giraldès et Bourneville). Les faits les plus remarquables sont ceux du D' Monti, qui eut l'occasion de traiter le tétanos spontané chez quatre nouveau-nés et un enEant de quatre ans, et la bonne fortune de guérir ce dernier sujet et deux autres d'une maladie presque sûrement mortelle à cet âge.
Modes d'administration et doses. — La Fève du Galabar se donne en poudre, à la dose de 5 centigrammes d'abord, qu'on porte ensuite à 15 et à 30 centigrammes. U extrait alcoolique doit se prescrire à la dose de l centigramme seulement, renouvelée plusieurs fois dans la journée.
Pour l'usage externe, on peut employer l'extrait alcoolique, délayé dans l'eau, ou bien une solution glycérinée étendue sur du papier d'après la méthode de Streatfield. Les papiers gradués de Leperdriel , divisés en centimètres et millimètres carrés sont très-commodes. Si chaque centimètre porte 2 milligrammes d'extrait, 20 millimètres carrés suffisent pour obtenir le maximum de contraction en quelques minutes (Réveil). On peut également se servir des petites tablettes gélatineuses de Hart.
La solution au 1/1000" ou au 1/500" de sulfate d'Ésérine dans l'eau distillée , constitue un collyre actif en même temps qu'une préparation commode pour l'usage interne.
FÈVE DE SAii\T-iGi\ACE. Semence de VIgnatia amara, L. ; Strychnos Jgnatii, Lamk. — Loganiacées.
. Angl. Saint-Ignatius's Bean. — Ail. Ignatius Bohnen.
La Fève de Saint-Ignace provient d'une liane des Philippines et de la Cochinchine. Elle se distingue de toutes les autres semences des Strychnos, qui sont plates et velues, par sa forme irrégulière et anguleuse. D'ailleurs elle leur ressemble exactement par sa composition et ses propriétés physiologiques (voy. Noix vomique). Seulement, Pelletier et Gaventou y ont constaté trois fois autant de Strychnine et beaucoup moins de Brucine que dans la Noix vomique. Aussi est-elle plus violemment toxique que cette dernière.
Néanmoins son usage médical est très-borné. Elle entre dans la composition des Gouttes ameres de Baumé, avec l'alcool, l'absinthe, le carbonate de potasse et la suie. En revanche, elle sert à la fabrication de la strychnine.
FIGUIER , Ficus carica, L. — Morées.
Angl. Fig-tree. — Ail. Feigenbaum.
Get arbre, originaire de la Garie (Asie), exhale de son feuillage une odeur rafraîchissante. Ses feuilles rudes servaient à frotter la surface des hémorrhoïdes pour les faire saigner ; leur décoction était préconisée contre la colique. Le suc laiteux des rameaux passe pour guérir les plaies envenimées; il