‹ Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, ou, Histoire de l'action physiologique et des effets thérapeutiques des médicaments inscrits dans la Pharmacopée française [electronic resource]Chapitre 65 sur 293 · GOUDRON VÉGÉTAL · texte numérisé non relu

GOUDRON VÉGÉTAL

GOUDRON VÉGÉTAL. Provenant du Pinus maritima, L. — Conifères. Angl. Wood Tar. — AU. Teer Flûssiges.

Tous les arbres résineux peuvent fournir du Goudron par leur combustion incomplète. En France, c'est du Pin maritime, qui couvre les Landes, que nous l'extrayons.

Composition. Le Goudron est une matière très-complexe, dont les

principaux ingrédients sont : une résine empyreumatique (pyrétine), une huile pyrogénée (pyroléine) , de la colophone, de l'huile de térébenthine, de l'acide acétique et de l'eau. Il faut y joindre un certain nonabre de produits pyrogénés, décorés des noms les plus bizarres et les plus sonores, dont le plus important est la Créosote, découverte par Reichenbacb. Soumis à la disiillation, il laisse dégager de l'acide pyroligneux, de l'huile volatile de Goudron, et donne pour résidu de la poix. Dans l'huile volatile, Pereira a distingué trois substances qu'il nomme : résinone, résinéone et résinéine.

II se sépare spontanément du Goudron une solution aqueuse, très-chargée des principes actifs.de ce composé, laquelle, d'après Derlon fils, remplacerait avantageusement toutes les liqueurs de Goudron préparées en pharmacie.

Le Goudron est soluble dans l'alcool, l'éther, les huiles fixes et volatiles.

Action physiologique. — Analogue à celle des balsamiques, spécialement de la térébenthine, elle en diffère, cependant, par la présence de l'acide acétique, de la créosote et des produits pyrogénés, qui sont fortement styptiques. Aussi le Goudron est-il plus astringent et moins stimulant que la térébenthine.

Localement et à petite dose, le Goudron stimule la contractilité des capillaires, resserre les tissus et les fait pâlir, A cette action positive peut succéder une réaction qui ramène une dilatation exagérée des vaisseaux sanguins et un accroissement de volume et de chaleur dans la région ; ce sont les effets négatifs du Goudron. En masse plus considérable, il détermine d'emblée une vive irritation. Dans la bouche, il excite la sécrétion salivaire et donne une sensation d'astriction. Dans l'estomac, il produit des phénomènes analogues ; mais, s'il est ingéré en trop grande quantité, il en résulte des vomissements, des douleurs de ventre et de reins. La vapeur de Goudron, chauffée, occasionne l'irritation de la muqueuse respiratoire et une hypercrinie de cette membrane. Absorbés, les principes actifs du Goudron stimulent le centre circulatoire, réduisent le calibre des capillaires, et produisent d'autres modifications dans les organes sécréteurs par lesquels se fait leur élimination. Ils diminuent la sécrétion des muqueuses et augmentent celle d'autres organes, tels que les reins.

On a vu l'urine prendre, durant l'usage du Goudron, une teinte rougeâtre

et une odeur caractéristique qui se retrouve également dans d'autres produits.

En pared cas, l'acide nitrique dénoterait dans le liquide urinaire la présence

des prmcipes résinoïdes, en déterminant un précipité soluble dans l'éther et 1 alcool.

Tels sont les effets physiologiques du Goudron sur l'homme. Ils seraient

166 'substances TIRÉES DES VÉGÉTAUX OU DES ANÏMAUX,

semblables sur les animaux supérieurs. En outre, ce composé paraît exercer une influence fatale sur les organismes placés au bas de l'échelle : mycodermes et autres organites jouant le rôle de ferments. Toujours est-il qu'il arrête la putréfaction et les autres décompositions organiques, en même temps qu'il masque les odeurs des produits de la fermentation putride.

Usages. — A l'extérieur, on emploie le Goudron pour afl'ermir, déterger et désinfecter les plaies, dont il favorise ainsi la cicatrisation ; pour modifier les dartres rebelles de forme squameuse.

On le prescrit, k l'intérieur, comme tonique de l'estomac, dans la dyspepsie torpide, contre laquelle il se montre souvent plus efficace que la plupart des autres moyens habituellement recommandés; comme astringent et détersif, dans les affections inflammatoires et ulcéreuses des premières voies ; comme anticatarrhal et diurétique, comme hémostatique, et, en inhalations, comme tonique de la muqueuse des voies respiratoires. Les principales malïidies qui réclament son emploi sont : la bronchite et la laryngite chroniques, compliquées ou non de tubercules; la cystite catarrhale, la leucorrhée et la blennorrhagie. Même dans la tuberculisation pulmonaire, les préparations de Goudron, en diminuant les sécrétions muqueuses ou purulentes, en empêchant les exhalations sanguines et tonifiant l'économie, constituent un moyen palliatif d'une incontestable utilité, et beaucoup de malades leur doivent en partie la prolongation de leur existence.

Modes d'administration et doses. — A l'intérieur, le Goudron s'administre en solution aqueuse, en pilules, en capsules, en dragées, en sirop. A l'extérieur, on l'emploie également en dissolution dans l'eau, et, dé plus, en pommade et ed glycérolé.

L'eau de Goudron, préparée ad libitum, en versant de l'eau sur du goudron purifié, se prend par verrées ou demi-verrées dans les intervalles des repas, ou mieux, en mangeant, soit pure, soit additionnée de vin. Lefort lui assigne la composition suivante : huile de térébenthine pyrogénée, créosote, principes résinoïdes vo' .tils, acides pinique, sjlvique et pimarique, acides ■ acétique et oxyphénique.

En pilules ou en capsules, on administre par jour, en plusieurs prises, depuis 25 ou 50 centigrammes jusqu'à 1, 2, 3 et 4 grammes de Goudron. Il est préférable de les prendre au commencement du déjeuner ou du dîner.

Le sirop se donne par cuillerées k soupe, soit pur, soit étendu d'eau ou d'une tisane ayant des propriétés balsamiques. Celui de Dublanc est le plus chargé de principes actifs.

On a essayé de substituer à l'eau de Goudron, résultant d'une simple macération k froid ou d'un digestion à chaud en vase clos, une liqueur concentrée de Goudron, obtenue à l'aide d'une proportion très- considérable de sous-carbonate de soude. Mais cette liqueur, fortement alcalme, n offre plus certaines qualités de l'eau de Goudron, et ne saurait, par conséquent, remplacer utilement celle-ci dans tous ses usages. Au r.est^. '«'^P^^'T'^!!' appris que les liqueurs alcalines de Goudron, inférieures à l'eau de Goudron

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