JALAP TUBÉREUX OU OFFICINAL
La résine de Jalap, soluble dans l'alcool, insoluble dans les huiles fixes et volatiles aussi bien que dans l'eau, est le principe actif de la racine. Buchner et Herberger ont établi que cette résine est composée de deux principes distincts : iMa Jalapine ou RhodéoréUne , insoluble dans l'éther, soluble dans l'alcool, incolore, inodore, insipide, jouissant de propriétés acides, et qui semble (Gubler) devoir être rapprochée des glycosides par la transformation dont elle est susceptible ; 2° l'acide Jalapique, qui est peut-être le principe odorant du Jalap, dont il rappelle l'odeur, présente un goût âcre, une couleur brune, une consistance molle, jouit de réactions acides, se combine avec les alcalis, et se dissout dans l'éther comme dans l'alcool. Les proportions de résine varient beaucoup avec la provenance de la racine. Le Jalap de la Véra-Cruz n'en contient guère que Vj, tandis que celui de Tampico en fournit plus du tiers de son poids (Southall).
Action physiologique. — Localement, le Jalap est un irritant. Appliqué sur la plèvre, le péritoine et le canal intestinal des chiens, il occasionne une inflammation partielle (Cadet de Gassicourt). Porté dans l'estomac des Carnivores, il détermine constamment une purgation énergique, tandis que chez les Herbivores ses effets sont incertains (Gilbert, Donné).
Chez l'homme, le Jalap est un purgatif puissant, drastique même, mais inégal dans son action. Il donne lieu fréquemment à des nausées, quelquefois à des vomissements, et assez souvent à des tranchées.
D'un autre côté, on lui accorde, un peu gratuitement, l'avantage de ne pas exciter la fièvre, et de ne pas laisser à sa suite une constipation aussi opiniâtre que les autres purgatifs.
Usages. — Comme purgatif énergique et passablement sûr, le Jalap est souvent employé dans les cas auxquels conviennent les drastiques On doit l'éviter cependant lorsqu'il existe de l'inflammation ou de l'irritation du canal alimentaire, de la congestion sanguine des organes oelviens ou de la muqueuse rectale et de la tendance aux métrorrhagies.
Le Jalap est employé isolément ou en combinaison, surtout dans la constipation les aflections cérébrales et cardiaques, les hydropisies, la rétention des règles et l'absence d'un flux hémorrhoïdal habituel. On le donne aussi comme vermifuge.
Modes d'administration et doses. - La racine de Jalap, à peu nrès sans saveur se donne en poudre dans du pain azyme, du sirop ou des confitures, a la dose de 1, 2, 3 grammes et au delà.
La décoction est une mauvaise préparation, maintenant abandonnée
La résine {exlracl of Jalap) se prescrit à la dose de 20 à 50 ou 80 centi grammes, en bols, ou dans les mêmes véhicules que la poudre de racine
La Teinture alcoolique de Jalap est plus usitée en Angleterre qu'en
Fall'Z n '"°P^°'^/« préférence \^ Teinture de Jalap composée ou
mLe ! / T ' ^"^^^^^ Turbith et la Scam-
monée, et qu on donne à la dose de 15 à 30 grammes
Les Anglais font usage d'une Poudre de Jalap composée, dans laquelle ils
mettent du Bitarlrate de potasse et du Gingembre. Enfin le Jalap fait partie de ÏElixir anliglaireux de Guillé, et de la fameuse Médecine de Leroy.
JOUBAUBE DES TOITS, Sempervivum teclorum, L. — Crassulacées.
Angl. Great common Housekek. — AH. Gemeine Ilauswurz.
La grande Joubarbe, commune sur les toits de chaume, présente dans ses feuilles épaisses, charnues et succulentes, qu'il suffit de réduire en pulpe, un cataplasme tout préparé, et dont les habitants de la campagne n'ont pas manqué de faire usage contre les tumeurs inflammatoires, l'érysipèle, les abcès mammaires, les hémorrhoïdes, et contre les brûlures, en y ajoutant de l'huile. On s'en est servi également pour calmer les arthrites goutteuses.
Le suc de Joubarbe très-riche en albumine et en surmalate de chaux, est employé en gargarisme ou collyre, comme adoucissant. A l'intérieur, il est donné à la dose de 60 à 100 grammes, en qualité de rafraîchissant, dans les fièvres bilieuses et la dysenterie,
JUJUBIER, Zizyphus vulgaris, Lamk. ; Rhamnus Zizyphus, L. — Rham-
NACÉES. '
Angl. Jujube-tree. — Ail. Brustbeere.
Le Jujubier est un arbre spontané en Provence et en Italie, dont une variété cultivée donne des fruits rouges, charnus, à saveur sucrée et un peu vineuse, qui sont agréables à manger étant frais.
Les Jujubes sont estimées adoucissantes béchiques, et font partie des fruits pectoraux. On en prépare des tisanes délayantes et mucilagineuses que l'eau rend diurétiques et délayantes, en même temps que calmantes pour les irritations bronchiques et pulmonaires.
La Pâte dite de Jujube est essentiellement constituée par de la gomme, qU^ ««i fait le principal mérite. Presque jamais on n'y fait entrer la àécocA tion des fruits dont elle porte le nom; mais, en revanche, on y ajoute sou-f vent de l'opium pour lui communiquer des vertus anodynes, naïvement mises sur le compte des Jujubes absentes. *
JUSQUIAME BLANCHE, Hyoscyamus albus, L. — Solanacées. Angl While Henbane. — AU. Weisse Bilsenkraut. , V Hyoscyamus albus est une plante du midi de la France et de 1 Europe vaériditmale, dont la composition chimique et les propriétés physiologiqueSY et thérapeutiques sont les mêmes, k l'intensité près, que celles de son con^f génère l'^yosc2/amus ni^er (voy. Jusquiame noire). On n'est pas d accora . sur la valeur relative de ces deux espèces : cependant la plupart des obser- • valeurs accordent une moindre énergie à la Jusquiame blanche, dont on ne rouve guère que les semences dans le commerce. ^
JUSQUIAME J\oiRE, Hyoscxjamus niger, L. — Solanacées. Angl, Black or common Henbane. — Ail. Schwarze Bilsenkraut.
JUSQUIAME NOIRE. 199 La Jusquiame noire est commune en France.
Toute la plante est active, mais le Codex ne prescrit que les feuilles. Composition. — L'analyse des semences de cette espèce indigène, faite en premier lieu par Brandes, a donné les résultats suivants : huile grasse, matière cireuse, résine insoluble dans l'éther, hyoscyamine en combinaison avec l'acide malique, et associée aux raalates de chaux et de magnésie, à un sel de potasse et d'ammoniaque; sucre incristallisable, gomme, amidon, albumine, ligneux, et sels alcalins et terreux, sihce, manganèse, fer, etc. Après Brandes, F. Runge et neuf ans plus tard (1833) Greiger et Hesse ont isolé l'alcaloïde de la Jusquiame à l'état cristallisé, et Kletzinsky a cru pouvoir lui assigner la composition G'^H^AzO. Mais personne depuis lors n'a revu l'Hyoscyamine cristallisée, et je n'ai pu agir que sur une sorte de matière extractive fournie par la pharmacie Mialhe. Toutefois les efforts de Thorey, ceux de Hoehn et de Reichardt paraissent avoir été couronnés de succès. Ces chimistes ont obtenu l'Hyoscyamine cristallisée en rhombes ou en aiguilles. Erdmann, Kolbe, Rennard n'ont vu que des cristaux imparfaitement cubiques. L'alcaloïde pur est soluble dans l'alcool faible, l'éther, les acides étendus, et dans l'eau bouillante, mais insoluble dans l'eau froide et l'alcool absolu. Sa formule serait G^H^'AzO" (Hoehn et Reichardt). ^ L'Hyoscyamine est un alcali végétal dont les propriétés sont semblables sinon identiques, k celles de l'Atropine. Elle est assez soluble dans l'eau, très-soluble dans l'alcool et l'éther, possède un goût âcre, et sa solution, introduite dans l'œil, détermine la dilatation de la pupille.
Morris a retiré de la Jusquiame, par la distillation destructive, une huile empyreumatique, identique par ses caractères chimiques avec l'huile empyreumatique de Digitale, et douée des propriétés d'un poison puissamment narcotique.
AcTroN PHYSIOLOGIQUE. - A doses faibles et fréquemment répétées, la Jusquiame procure du calme et prédispose au sommeil, sans produire d'accélération du pouls, sans diminuer les sécrétions ni amener la constipation. A doses fortes, elle fait dormir. Mais il semble que le sommeil soit la conséquence de la cessation des douleurs et des.spasmes plutôt que l'effet direct de I action médicamenteuse (Gubler). Elle occasionne aussi du mal de tête, des etourdissements, du trouble de la vision, de la mydriase et un délire pénible. Tout cela est quelquefois suivi de soif, de nausées, de coliques, de purgations, et, dans quelques cas, de chaleur fébrile et d'irritation cutanée (i^ouqmer). A ces symptômes se joignent la sécheresse de la bouche, de l arnère-gorge et des voies respiratoires, la difficulté de la déglutition, l'enrouenient la faiblesse et le ralentissement du pouls. Lorsque la dose est toxique, Il survient des vertiges, de l'obnubilation de la vue, de la presments ;o l'^^ f hallucinations, un délire furieux, des mouve-
L?n V? «musculaire, le coma et la mort,
n'ont ripn t «ymptomatique, auquel les observations récentes
nen a)outé d important, s'accorde, on le voit, avec la description de
200 SUBSTANCES TIRÉES DES VÉGÉTAUX OU DES ANIMAUX, effets (le VAlropine. Peu d'hypnotisme, beaucoup de délire fantastique; la mydriase et la presbyopie, voilà autant d'eflets caractéristiques communs k la Jusquiame et à la Belladone. Les distinctions signalées par Schroff, à savoir : la promptitude plus grande des effets mydriatiques de la Jusquiame la production d'un sommeil plus calme, d'un délire plus tranquille, et l'absence de toute paralysie des sphincters de l'anus et de la vessie, ces dislmctions, croyons-nous, reposent sur des différences tout individuelles et ne peuvent servir k caractériser positivement la Jusquiame et son alcaloïde. Pour ma part je n'ai pas trouvé l'Hyoscyamine directement hypnotique a la manière de l'Opium, mais elle narcotise comme l'Atropine et probablement un peu moins que cette dernière. Les recherches consciencieuses de Glm conduisent aux mêmes résultats. Cet observateur signale en outre un certain nombre de détails intéressants. Il a vu avec Liouville l'Hyoscyamme produire la mydriase plus lentement que l'extrait de Belladone, mais en revanche, la maintenir plus longtemps et résister davantage à l'action de la Fève du Calabar, ce qu'il attribue à la lenteur de l'élimination. Suivant Im cet alcaloïde diminue, s'il n'abolit, le mouvement et le sentiment en frappant sur les extrémités périphériques des nerfs el particulièrement sur les plaques terminales de Rouget. L'Hyoscyamine ralentit sensxblementlarespiration sans agir très-nettement sur les battements du cœur. Enfin, portée directement au contact de la fibre musculaire, elle lui fait perdre sa structur et sa contractilité. Les résultats obtenus par Oulmont et Laurent et qui sont consignés dans la thèse de ce dernier, s'éloignent un /es pre dents Laurent a toujours vu la respiration accélérée et l'éhmmation du poison se fa re très-rapidement par les reins. H reconnaît à l'Hyoscyamine une cUon pécialesur'le grand sympathique d'abord excité, puis paralyse par les hautL doses, avec augmentation de tension dans 177--^ :^^;^ . nution dans le second. Harley avait déjà constate que 1 aie oïd^^^ de la Jus quiame est entraîné par les urines, comme celui de la Belladone, ainsi que les substances salifiables en général. . , . „
joutons un dernier trait aux analogies déjà si étroites qui existent eut e les effets d^s deux Solanées vireuses, c'est 1 immunit des Herbivores, vis-àvis de la Jusquiame aussi bien qu'à l'égard de la Belladone
Substances synergiques, auxiliaires. - ^^..^f done le Datura, la Jusquiame blanche agissent de la même manière, et peuv'en rem^cér la Jusqdame noire dans ses applications thérapeutiques. Substances antagonistes. - Voy. Belladone et Atropine. • T T^lu,aniB.me est employée comme calmant anodyn et antis-
T p'e^^comme hypnotique indJect dans une foule de circonstances pasmodique, ««^^^^^^^^^^^ J^,^^,^,, ,bez les enfants et les sujets affec-
tes de --;;P;;--^.^^^^^^^^^^^^^ des centres nerveux. Elle est spécialement nomenes ^^-^^^^^^^^^ .etuelle ou l'irritabilité mentale habituelle,
recommandable dans I exouduu -i ..^e^ratmi-e et certaines for-
dans les affections spasmodiques de l'appareil resp;ratoue et certai
f KINO DE L'INDE. 201
mes d'asthme, dans le spasme du col de la vessie, de l'urèthre ou du sphincter anal, dans l'épilepsie, dans les ophthalmies intenses avec resserrement de la pupille, dans le délire congestif et la névralgie de même caractère, ainsi que dans les douleurs, liées à la névrite, qui accompagnent les phlegmasies de toute nature, à frigore ou arthritiques, aussi bien que spécifiques.
Modes d'administration et doses. — La poudre de feuilles est rarement employée à la dose de 20 centigrammes à 2 grammes par jour. L'infusion et la décoction pour l'usage interne se préparent avec 2 à 4 grammes de feuilles pour 500 grammes d'eau. L'extrait aqueux se donne à la dose de 20 centigrammes à 1 gramme et au delà, par fractions, en pilules; l'extrait alcoolique, à la dose quotidienne de 5 à 30 centigrammes seulement; la teinture alcoolique, à celle de 1 à 4 grammes environ.
L'Hyoscy aminé se prescrit à la dose de 1 à 3 milligrammes par jour, et jusqu'à 5 milligrammes (Clin), dissoute dans de l'eau alcoolisée et triturée avec de la poudre de sucre qu'on divise en plusieurs prises. Il serait mieux d'en faire des pilules. Enfin, cet alcaloïde pourrait être administré avec avantage en injections hypodermiques , si l'on n'avait pas à craindre comme pour l'Atropine les accidents qui résultent de la soudaineté d'action com- I binée avec des susceptibilités individuelles.
KERIHÉS ANIMA.!., CoCCUS Ilicis, L. — InSECTES HÉMIPTÈRES.
La Cochenille du Chêne vert, ou Kermès officinal, a une grande analogie chimique avec la Cochenille du Cactus. Lassaigne y a reconnu de la Carminé et un principe particulier qu'il a nommé Coccine.
Le Kermès, inusité aujourd'hui, a joui d'une certaine vogue comme astringent et tonique. Les médecins arabes, et des modernes, à leur suite, l'ont conseillé comme cordial, exhilarant et aphrodisiaque. On le donnait, à la dose de 4 à 8 grammes, en poudre ou en pilules. Il entrait dans la Confection Alkermès de Mésué, la Confection d'Hyacinthe, et dans plusieurs liqueurs de table.
Kii\o DE L'INDE. Suc desséché du Plerocarpus Marsupium, Roxb. — Légumineuses-Papilionacées.
Angl. Tumble Bean, Kino. — AU. Kino Gummi.
Deux ^substances sont désignées, dans. la droguerie, sous le nom de Kino : l'une, appelée Kino de Botany-bay, est fournie par l'Eucalyptus resmifera; l'autre, nommée Kino de l'Inde, ou Kino proprement dit, est attribuée, à tort, s.u Plerocarpus erinaceus, Lamk, qui est étranger à l'Inde, trée justement au Plerocarpus Marsupium, Roxb., arbre de cette con-
CoMPosiTioN. - Le Kino est composé d'acide kinoïque, âe tannin, pré-
cipitant en vert les sels de fer, de pectine, d'acide ulmique et de sels icorganiques avec excès de bases terreuses (Henning).
L'acide kinoïque est rovige, beaucoup plus soluble dans l'alcool que dans l'eau chaude. La Caléchinc, dont on avait admis la présence dans le Kino vrai, n'existerait que dans les substances astringentes confondues avec lui.
Action physiologique. — Les effets du Kino sont ceux des substances tanniques, en général ; ils se rapprochent de ceux du Cachou, qu'ils n'égalent pas.
Usages. — Modes d'administration et doses. — Le Kino se donne contre la diarrhée chronique par atonie viscérale, associé à la craie et à l'opium. Dans la pyrosis, c'est principalement la craie qui agit comme absorbant. D'ailleurs le Kino peut être employé à tous les usages auxquels conviennent les astringents, pour resserrer les tissus et les capillaires, diminuer les sécrétions muqueuses et les exhalations sanguines. On le prescrit, à l'intérieur, contre la leucorrhée, la ménorrhagie, les hémorrhagies en général, la spermatorrhée , le diabète , et en applications topiques sous forme d'injeclion, de gargarisme et de lotion.
La dose de poudre est de 60 centigrammes à 4 grammes; celle de teinture de 4 à 8 grammes.
liousso. — Voy. Gousso.
ou LABDANUM. Résine du Cistus crelicus, L. — Gistinées
ou Gistacées.
Angl. Ladanum, Gum Cistus. — Ail. Ladanum Gummi.
Le Cistus crelicus est le plus important des Cistes ladanifères, mais d'autres espèces du genre, les Cistus ladaniferus, C. Ledon, C. laurifolius, etc., qui viennent en Italie, en Espagne et en Provence, fournissent également une substance résineuse, livrée au commerce sous le nom de Ladanum.
Composition. — Le Ladanum pur, d'après Guibourt, consiste en : résine, huile volatile, matières terreuses et poils.
Action physiologique et usages. — Ainsi que les autres substances formées de résine et d'huile essentielle, le Ladanum est un tonique et stimulant diffusible, bon contre les catarrhes des diverses muqueuses, amsi que contre les états de débilité et d'atonie des premières voies et de toute l'économie.
Il entre dans plusieurs Onguents ou Emplâtres fondants et résoiutits; sa résine, extraite par l'alcool, sert h préparer la Thériaque céleste.
En Orient, on le brûle comme parfum, associé à de l'Ambre et à du Musc. 11 fait partie des Clous fumants.