‹ Commentaires th©♭rapeutiques du Codex medicamentarius [electronic resource]Chapitre 227 sur 384 · ACIDE SULFOYDRIQUE DISSOUS, SOLUTION AQUEUSE D'ACIDE SULFHYDRIQUE · texte numérisé non relu

ACIDE SULFOYDRIQUE DISSOUS, SOLUTION AQUEUSE D'ACIDE SULFHYDRIQUE

Angl, : sulphuretted Hydrogen Water. — Ail. Schivefeliuasserstoff ivasser.

Action physiologique. — L'Hydrogène sulfuré possède un goût nauséabond et une odeur d'œufs pourris fort désagréables au premier abord, mais auxquels on ne tarde pas à s'habituer.

Ce gaz nuit à l'hématose des animaux supérieurs, et peut les tuer s'il se trouve en suffisante quantité dans l'air qu'ils respirent. Les symptômes sont le mal de cœur, l'anéantissement des forces, la céphalalgie, les convulsions, l'insensibilité et le coma. Quel que soit le mécanisme de son action, il est clair qu'il s'oppose au conflit des globules sanguins avec l'oxygène, plutôt encore qu'il n'agit à la manière d'un poison direct. ïln d'autres termes, ses effets sont plus négatifs que positifs, car les expériences d'Or-

472 ACIDE SULFHYDRIQUE DISSOUS, SOLUTION AQUEUSE D'ACIDE SULFAYDRIQUE. fila et de Cl. Bernard prouvent qu'on en peut introduire de grandes quantités dans le sang veineux, sans déterminer aucun accident, tandis que des proportions, relativement assez faibles, absorbées par les voies respiratoires, portées ensuite dans le cœur gauche et mêlées au sang artériel, occasionnent des phénomènes toxiques. Toutefois l'Acide sulfbydrique agité avec le sang communique aux globules une coloration verdâtre, indice certain d'une altération chimique, ce qui autorise à penser qu'il deviendrait aussi un poison positif, et non pas seulement un obstacle à l'accomplissement de l'hématose, s'il pénétrait en masse considérable dans la circulation sanguine.

L'homme plongé dans de l'Hydrogène sulfuré presque sans mélange d'air atmosphérique, par exemple dans une fosse d'aisances, tombe mortellement frappé au bout de quelques inspirations. 11 semble atteint par une balle, d'où l'appellation vulgaire de plomb, sous laquelle cet accident est connu. Au contraire, s'il est répandu en petite quantité dans l'atmosphère, l'Acide sulfbydrique ne fait qu'enrayer l'activité respiratoire, et peut devenir un modérateur utile quand il existe de l'éréthisme de l'appareil pulmonaire, ou bien une excitation générale entretenue par l'exagération de la combustion sanguine. Plusieurs médecins hydrologues sont d'accord avec moi sur ce point. 11 est cependant d'autres observateurs qui signalent une accélération du pouls et quelques autres symptômes indiquant de l'excitation chez les sujets soumis aux inhalations de vapeurs d'eau sulfureuse dans les salles de respiration.

En efiet, les petites doses d'Acide sulfbydrique paraissent avoir alors surtout une action stimulante : 1" sur la circulation, pouvant aller jusqu'à la ûuxion et à la fièvre ; 2» sur le tube digestif, d'où résulte la production d'éructations, nausées, diarrhée, colique; 3° sur le cerveau, d'où une activité intellectuelle plus grande, des sens meilleurs ; 4° sur les organes génitaux chez la femme, d'où les règles plus faciles et plus abondantes ; 5» sur les glandes sudoripares, d'où des poussées sudorales, mais plus

rârGiïi 611 1 ob sGrvéôs

La solution de ce'gaz, prise à l'intérieur et absorbée, produit les effets stimulants et altérants du soufre (Voy . ce mot). A très haute dose, elle occasionne quelquefois des nausées et des vomissements, avec des symptômes toxiques analogues à ceux qui suivent les inhalations, mais incomparablement plus faibles, ce qui permet d'admettre qu'une partie au moins parcourt inaltérée le torrent circulatoire et se trouve exhalée sous sa forme primitive par les surfaces pulmonaires. On a lieu de croire cependant qu'une autre proportion d'Acide sulfbydrique est transformée en sulfure alcalin, puis partiellement brûlée, et passe par d'autres éraoncloires, notamment par les reins, ce qu'indiquerait l'accroissement du pouvoir décolorant des urines pour la teinture d'iode (Gubler).

Substances synergiques, auxiliaires. - Le soufre et les sulfures alcalins, ainsi quejes huiles essentielles sulfurées, agissent à la manière de 1 Acide sulfbydrique. La chaleur, le phosphore et les stimulants diffusibles sont sy-

ACIDE SULFURIQUE OFFICINAL, PUR, MONOHYDRATÉ. 473 nergiques de l'Hydrogène sulfuré, dans ses effets excitants. Comme altérant, ce gaz a pour analogues l'iode et l'arsenic.

Substances antagonistes, incompatibles. - Antidotes, contre-poisons. — Ses incompatibles chimiques sont le chlore, le brome et l'iode, qui s'emparent de l'hydrogène et mettent le soufre à nu ; les alcalis et les oxydes métalliques qui se combinent au contraire avec le métalloïde pour former des sulfures. Toutes ces substances pourraient, à la rigueur, servir de contie-poisons chimiques à l'Hydrogène sulfuré contenu encore dans les cavités digestives ; mais, pour décomposer le gaz sulfhydrique qui emplit les bronches ou qui gâte l'air atmosphérique, il faudrait avoir recours aux principes volatils ou gazeux, et spécialement au chlore ou mieux encore à l'oxygène.

Usages et modes d'administration. — L'Hydrogène sulfuré, en solution aqueuse, est un réactif souvent usité pour reconnaître la présence des différents métaux. Il sert entre les mains du médecin comme contre-poison des sels de plomb et comme agent thérapeutique utile dans le lymphatisme, dans certaines formes de phtisie pulmonaire et dans la dyspepsie atonique, à titre de stimulant du foie.

Enfin, en 1881, Froschauer a appelé l'attention des médecins sur ses vertus parasiticides, d'une puissance telle qu'elles s'opposeraient au développement de la septicémie ou de la clavelée chez les animaux inoculés.

Agirait-il aussi sur le microbe de la tuberculose ? C'est ce qu'on pourrait supposer d'après ses effets thérapeutiques reconnus contre cette maladie parasitaire.

La solution sulfhydrée est substituée quelquefois aux eaux sulfureuses naturelles, sans les remplacer complètement. On l'administre par cuillerées à soupe ou par demi-verrées, étendue de lait chaud ou d'une infusion aromatique, dans les catarrhes des muqueuses, les affections cutanées, les formes chroniques de la goutte et du rhumatisme, et dans la diathèse syphilitique larvée ou mal dessinée,

L'Hydrogène sulfuré est l'un des ingrédients actifs des eaux sulfureuses naturelles. On respire ce gaz dans les salles d'inhalation des établissements thermaux qui utilisent les sources sulfureuses.

ACIDE SULFURIQUE. — Acidum sulfuricum.

Angl. : Sul furie Acid. — AU. : Schwefelsâure.

Les deux variétés suivantes sont inscrites au Codex.

V Acide sulfurique du commerce (S03,H0) peut contenir un grand nombre de substances étrangères à sa composition : acide chlorhydrique, acide fluorhydrique, sulfate de plomb, arsenic, etc. Il ne peut donc convenir pour les usages médicaux, si ce n'est peut-être comme caustique. C'est le suivant qui est seul usité.

ACIDE SULFURIQUE OFFICINAL, ACIDE SULFURIQUE PUR, ACIDE SULFURIQUE MONOHYDRATÉ.

474 ACIDE SULFURIQUE OFFICINAL, PUR, MONOUYDRATÉ.

U Acide su/furique existe à l'état de sulfate d'ammoniaque dans la pluie ' qui tombe sur les grandes villes, et dans la terre, en combinaison dans vin"t-deux sulfates naturels. De plus, il se rencontre en liberté dans leseaux qui proviennent des volcans : celui du mont Ida, de Java ; celui du Puracé, de Colombie, d'oîi descend le Rio Yinagre ; enfin, dans les Aif/res sources {Sour-Springs) de Byron, près du canal Érié. Ce sont là de véritables eaux minérales acides.

Action physiologique. — V Acide sulfurique monohydraté {S)0^-\-ïiO), ou concentré, se distingue par sa puissante affinité pour l'albumine, qu'il coagule, et pour l'eau, dont il prend les éléments partout oii il les trouve, réduisant à l'état de charbon les substances ternaires hydrocarbonées. Telle est la raison de son énergique causticité.

Appliqué sur les tissus vivants, il les pénètre d'abord et coagule surplace les matières albuminoïdes et le sang ; puis il les escharifie et les détruit ultérieurement en vertu de son action chimique spéciale. La partie mortifiée est premièrement blanchâtre avec des stries noirâtres formées par le sang coagulé dans ses canaux ; elle forme ensuite une eschare noire et dure, fortement charbonneuse, qui comprend une épaisseur de tissu variable de quelques millimètres à 2 ou 3 centimètres.

Cette action destructive pour les tissus organisés n'est sans doute pas étrangère à la production d'effets antiseptiques que l'on attribue aux dilutions d'acide sulfurique : 0,66 p. 100 (Buchholtz).

Ingéré dans l'estomac sous forme massive et concentrée, l'Acide sulfurique produit, au passage dans la bouche, le pharynx, l'œsophage, quelquefois au pourtour du larynx, et surtout dans l'estomac, des désordres comparables à ceux qui viennent d'être décrits pour les parties extérieures du corps. Il en résulte des troubles fonctionnels de ces différents organes et l'ensemble des phénomènes généraux qui caractérisent les lésions graves des viscères enveloppés par le péritoine : à savoir, ceux de la péritonite proprement dite et des affections cholériformes. Signalons seulement les vomissements, la tympanite, la fréquence et l'affaiblissement graduel du pouls, l'abaissement de la température, la sueur froide et la suppression des urines, tout cela coïncidant avec l'intégrité des fonctions intellectuelles. ., A l'autopsie, on constate, outre les eschares, les ulcérations et le tra^au infiammatoire dont ces lésions traumatiques ont été le point de départ, des altérations des organes parenchymateux, et notamment l'état graisseux du foie et des principaux viscères (Gubler). Cette stéatose viscérale s'est montrée-aussi considérable qu'à la suite de l'empoisonnement par le phosphore, chez un sujet qui a succombé à l'hôpital Beaujon : fait remarquable et bien propre à mettre en garde contre les théories qui font une trop large part à la spécificité des agents toxiques. * .

V Acide sulfurique dilué est un astringent plus ou moins actif, suivant le 'deeré de concentration, produisant la rétraction des éléments histologiques, l'effacement des capillaires, et la pâleur anémique des tissus. En solution

ACIDE SULFURIQUE OFFICINAL, PUR, MONOIIYDRATÉ. 47b très étendue, il agit localement à la manière des acides végétaux, détermine le resserrement des capillaires et la contraction des fibres musculaires lisses et dartoïques, amène la pâleur des organes, abaisse la température et calme les phénomènes d'hématose. Sous cette forme, il excite l'appétit, active la digestion, modère la chaleur et la transpiration cutanée, ainsi que l'irritation prurigineuse de la peau, calme le pouls, et agit parfois comme diurétique, rarement comme purgatif. Ce dernier effet est peut-être principalement la conséquence indirecte du trouble des fonctions digestives occasionné par des doses d'acide trop prolongées et trop fortes.

Semblable, sous ce rapport, aux acides végétaux, l'Acide sulfurique dilué est donc légèrement styptique, tempérant et antiphlogistique. Mais la différence se prononce dès qu'on envisage les effets comparés de l'acide minéral sur la sécrétion urinaire, dont il accroît l'acidité, tandis. que les acides végétaux, combinés avec les bases, rendent les urines alcalines. En effet, malgré sa puissante affinité pour l'alcali du sang, l'Acide sulfurique, masqué, incarcéré par l'albumine du sérum, parcourt inaltéré le torrent circulatoire, ou du moins il ne se combine que difficilement avec la soude, et nous avons lieu de croire qu'il parvient en grande partie libre dans les sécrétions acides ; urine et sueur. Là, délivré de son enveloppe albumineuse, il ne tarde pas à s'emparer des bases des composés salins que ces sécrétions renferment. Toujours est-il qu'en pareille circonstance l'urine a été trouvée excessivement acide, non assurément par le fait de l'Acide sulfurique libre, mais par la mise à nu d'une proportion hypernormale des acides plus faibles (urique, lactique) que l'acide sulfurique a déplacés. On peut, à la vérité^ croire à sa présence dans le lait, d'après les effets fâcheux produits sur le nourrisson; mais la colique peut être aussi bien attribuée aux qualités défectueuses du lait qu'à l'addition pure et simple d'un ingrédient étranger.

Substances synergiques, auxiliaires. — Les autres acides, notamment l'acide chlorhydrique, et les médicaments tempérants, sont les analogues de l'acide sulfurique, comme agents des médications antidyspeptique et antiphlogistique. Les astringents et l'ergot sont ses auxiliaires dans la médication styptique ou hémostatique.

Substances antagonistes, incompatibles. — Antidotes et contre-poisons.

Les antagonistes de l'Acide sulfurique employé comme , médicament interne, sont les substances chaudes et excitantes, ainsi que les poisons fluidifiants, tels que le mercure. Les stimulants diffusibles sont donc les antidotes de cet acide minéral. Ses incompatibles chimiques sont les alcalis, les bases, et spécialement la chaux ou la baryte, auxquelles il faut joindre l'albumine et les mucilages. Ces différents composés sont les contrepoisons de l'Acide sulfurique. Toutefois, l'albumine peut devenir, à mon avis, un véhicule excellent pour l'Acide sulfurique, destiné à l'absorption, et qu'on veut adresser à la sécrétion rénale pour en accroître l'acidité.

Usages et modes d'administration. — On emploie l'Acide sulfurique à l'intérieur comme rafraîchissant et tempérant, sous forme de Limonade sulfurique dite minérale, dans les maladies fébriles, les affections bilieuses,

476 ACIDE SULFURIQUE OFFICINAL, PUR, MONOHYDRATÉ.

la diathèse hémorrhagique, pour remplacer les astringents et les limonades végétales. Geudrin la substitue à la solution alunée dans le traitement de l'intoxication saturnine. On l'a conseillée aussi dans certaines sortes de diarrhée chronique, dans l'entérorrhée cholériforme, et môme dans le choléra infectieux. Elle rend particulièrement des services dans les embarras gastriques fébriles et les fièvres bilieuses, dans la fièvre typhoïde, le scorbut, les hémorrhagies passives. C'est un remède que je recommanderais si le sulfate de chaux était plus soluble, pour les cas d'urine spontanément ou secondairement alcalines, laissant déposer des phosphates et carbonates terreux; mais la limonade nitrique ou chlorhydrique est préférable. La Limonade sulfurique se prépare avec 2 grammes d'acide pur à 66", ou avec quantité suffisante d'Acide sulfurique d'un titre quelconque, pour obtenir une acidité agréable.

On se sert également d'une dilution d'Acide sulfurique dans l'alcool, constituant la liqueur connue sous le nom d'Eau de Babel. V Acide sulfurique alcoolisé, ou Alcool sulfurique, est formé de 3 parties d'alcool pour une partie d'acide, et se prescrit par conséquent à doses quatre fois plus fortes que l'Acide sulfurique en nature. On en met 8 grammes dans un litre de véhicule. La Liqueur de Haller contient parties égales des deux ingrédients, et se prescrit dans les mêmes circonstances, à la dose de 4 grammes seulement.

VÉlixir vitriolique de Mynsicht est une teinture alcoolique aromatique très complexe, renfermant un peu plus de 1 gramme d'Acide sulfurique par kilogramme de teinture. L'Acide sulfurique entre encore dans plusieurs autres préparations, notamment dans VEau d'arquebusade, où il est associé au vinaigre et à l'alcool.

L'Acide sulfurique fait la base d'un collutoire et d'un gargarisme détersifs, celui-ci contenant 1 gramme d'acide ou 4 gramme d'eau de Habel, le premier une dose six fois au moins plus forte de l'une ou de l'autre préparation. Ce gargarisme et ce collutoire sont employés contre les stomatites scorbutiques, ulcéro-membraneuses ou gangréneuses, et contre les angines de mauvais caractère.

A l'extérieur, on emploie l'Acide sulfurique comme caustique, soit pour révulser à la peau dans les cas d'inflammations chroniques, de douleurs névralgiques invétérées et rebelles, soit pour détruire des productions squirrheuses ou encéphaloïdes. *

Contre la sciatique, par exemple, on trace avec un pinceau trempé dans l'Acide monohydraté des raies longitudinales le long du trajet connu du nerf fémoro-poplité. On multiplie ces raies autour d'une tumeur blanche du genoux (Legroux). Le caustique escharifie la superficie du derme en formant des lignes grisâtres qui ne tardent pas à noircir. La douleur d'abord, et l'inflammation éliminatrice qui se développe ensuite, calment assez souvent la névralgie, au moins pour un temps.

Quand il s'agit de détruire une tumeur cancéreuse, le caustique doit être appliqué en masse plus considérable. Velpeau fait usage d'une pâle com-

ACIDE VALÉRIÂNIQUE, ORDINAIRE, OFFICINAL, VALÉRIQUE. 477 posée de : 10 grammes de stigmates de safran, et 20 grammes d'Acide sulfurique concentré. Le Caustique safrano-sulfurique, étendu avec une spatule en couche d'environ A millimètres d'épaisseur, sur un sein cancéreux, le transforme rapidement en une eschare d'un noir profond, solide, devenant tout à fait dure, et se détachant au bout d'un temps variable, suivant l'activité de l'ulcération éliminatrice. Si l'on craignait que l'Acide ne fût pas suffisamment énergique, il ne faudrait pas le mêler avec une poudre organique, susceptible de lui céder de l'eau toute formée, ou les éléments de celle-ci, mais bien avec une poudre inattaquable et spécialement avec du noir de fumée. Le Caustique carbo-sulfurique de Ricord réalise cet avantage. ,

ACIDE TANNIQUE, — Voy. Tannin.

ACIDE TARTRIQUE, ACIDE DEXTRORACÉMIQUE, Acidum tartaricum. Angl. : TaiHaric Acid. — AU. : Weinsàure.

V Acide tarlrique (C8H*0*<',2H0) est extrait du tartre du vin, mais il se rencontre également à l'état libre ou en combinaison avec la potasse, dans les tamarins, la pomme de terre, l'oseille, les cornichons, et dans une foule de végétaux.

L'action physiologique et les usages thérapeutiques sont absolument les mêmes pour les acides tartrique et citrique (Voy. ce mot), à cette différence près que l'Acide tartrique possède un goût moins agréable, et trouble plus facilement les fonctions digestives. Mais comme il est moins cher que son congénère, on le substitue très souvent à celui-ci dans la fabrication de la limonade rafraîchissante ou des mélanges effervescents, qu'on prescrit aux malades fébricitants. Yidal le préconise comme topique dans l'angine couenneuse pour dissoudre les fausses membranes, et l'annexe aux pommades employées dans les dermatoses démangeantes.

Le Codex prescrit un sirop et une poudre tartinques, semblables respectivement aux préparations analogues d'acide citrique et servant aux mêmes usages dans la médecine des pauvres.

ACIDE THYMIQUE. — Voy. Thymol.

ACIDE VALÉRIANIQUE, ACIDE VALÉRIANIQUE ORDINAIRE, ACIDE VALÉRIANIQUE OFFICINAL, ACIDE VALÉRIQUE, Acidum valericum. Angl. : Valerianic acid. — Ail, : Amylaminsàure.

Uacide valérianique (Gi0H9O3,HO) est l'un des principes constituants de la racine de valériane officinale. Bouchardat pense qu'il ne préexiste pas, mais se forme en vertu d'une sorte de fermentation. C'est un liquide incolore, oléagineux, doué d'une odeur désagréable, se dissolvant dans 30 fois son poids d'eau, et en toute proportion dans l'alcool et l'éther. On ne l'emploie guère à l'état libre, bien qu'il reproduise assez exactement les propriétés de la plante. C'est seulement sous forme de Valérianate de soude ou

d'ammoniaque, de zinc, de fer, de caféine ou de quinine qu'on en faitusage.

ACONITINE, Aconilina.

Angl. : Aconiline, Aconitia. — AU. : Aconilin, Aconitium.

L'Aconiline, fournie par VAconitum NapeUus (Renonculacées anomales), se trouve dans les A. ferox, Lycoctonum et tout le genre Aconilum. Elle existe principalement dans les racines, sans faire toujours défaut dans les autres parties de ces plantes. Elle y est associée à la napelline et à l'aconelline de Th. et H. Smith.

Il existe dans le commerce plusieurs sortes d'Aconitine, dont l'une, préparée en Allemagne par Merck, est à peine digne de ce nom puisque son activité est 20 à 30 fois moindre que celle de l'alcaloïde véritable. Celui-ci n'avait été livré jusqu'à ces derniers temps qu'à l'état amorphe : en Angleterre par Morson, en France par Hottot, dont les produits ont servi à la plupart de mes expérimentations cliniques. Mais dès 1860 Groves retirait de VAconitum napellus un alcaloïde cristallisé, C^W^AzO^o, tandis qu'un pharmacien français obtenait d'une façon pratique, en 1871, l'Aconitine cristallisée, essayée d'abord sur les animaux par Gréhant et dont j'ai fait usage avec succès.

VAconitine cristallisée de H. Duquesnel se présente sous deux formes : le plus souvent rhombique, rarement prismatique. Elle a pour formule Q54H46A.zO"20, ce qui la sépare considérablement de la substance analysée par Stahlschmidt et qui n'était autre probablement que la fausse Aconitine de Merck, QeoH^^AzO'^.Le Codex donne une troisième formule : G60H*3Az02*.

Comme tous les principes toxiques des Renonculacées, l'Aconitine est éminemment instable, ainsi que le prouvent l'innocuité des plantes sèches et l'inertie des préparations associées longtemps à des matières extractives, ou bien introduites dans un estomac rempli de saburres, sinon d'aliments, et trop lent à absorber (Gubler). Duquesnel nous explique cette instabilité en faisant voir que l'Aconitine se comporte en beaucoup de circonstances à la manière d'un glucoside. Cet alcaloïde imparfait trouverait donc sa place dans cette classe hybride que j'ai admise et dont la buxine m'a offert le premier type.

Dès lors il n'est plus besoin de supposer l'existence d'un principe volatil pour se rendre compte des inégalités d'action des Renonculacées et de leurs préparations pharmaceutiques. En tout cas, l'Aconit ne renferme aucun principe de cette sorte (Hottot, Groves, Duquesnel), car l'Aconitine ne paraît pas se volatiliser sans décomposition.

Elle est très peu alcaline au papier réactif quoiqu'elle se dissolve dans l'acide carbonique et l'acide aconitique et qu'elle forme avec les acides minéraux des sels bien définis, parmi lesquels l'azotate, le chlorhydrate et le sulfocyanhydrate, sont les plus faciles à obtenir. Sa solubilité dans l'eau est extrêmement faible; elle est peu soluble dans la glycérine et les huiles de pétrole, mais se dissout bien dans l'eau chaude, la benzine, l'éther, l'alcool et surtout dans le chloroforme.

Action mysiologique. — Avec des symptômes à peu près identiques, l'action des diverses Aconitines du commerce présente d'énormes différences d'intensité. Au sommet de l'échelle se trouve l'Aconitine cristallisée, de Duquesnel; puis viennent les Aconitines amorphes de Hottot et de Morson, ensuite la napelline de ce dernier; au-dessous, se place l'Aconitine ordinaire du commerce ; enfin tout au bas l'Aconitine allemande, laquelle n'est supérieure qu'à la napelline de Hiibschmann, la picraconitine de Groves, et à l'Aconelline.

Ce que nous allons dire s'applique particulièrement à l'Aconitine de Hottot et à celle de Duquesnel, dont les puissances relatives ne sont pas encore rigoureusement déterminées. Les premières expériences de laboratoire ont montré que l'injection sous-cutanée de 1/2 milligramme d'Aconitine cristallisée tue un moineau en une minute, tandis qu'il en faut quinze pour amener la mort de ce petit oiseau avec l'Aconitine amorphe ; mais ce retard dépend sans doute d'un moindre degré de solubité, et conséquemment de diffusibililé, plus que d'un moindre pouvoir nocif. Tout reste à faire sur ce point intéressant.

Introduite entre les paupières, l'Aconitine cause une vive irritation, avec rougeur, larmoiement et rétrécissement des pupilles. Appliquée sur les muqueuses, sur la peau dénudée par un vésicatoire, ou fortement frictionnée et rougie, ou bien couverte d'un épiderme mince, introduite dans le tissu cellulaire sous-cutané, l'Aconitine excite une sensation de picotement, de chaleur ou de cuisson vive, selon le cas, laquelle est souvent très pénible et persiste quelquefois plusieurs heures. Dans la bouche, et notamment au pourtour de la langue, cette sensation revêt la forme spéciale de la saveur âcre et brûlante du poivre ou de la racine de pyrèthre et s'accompagne de l'altération ou de la perte du goût dans la partie antérieure de la langue, ce qui fait que le sucre est mal goûté, tandis que l'amertume est parfaitement perçue (Gubler).

Si le médicament, enveloppé dans une substance inerte, a été introduit dans l'estomac, la brûlure qu'il y détermine éveille du côté de la cavité buccale des phénomènes sympathiques, particulièrement la salivation. 11 provoque en même temps des envies de vomir, l'obnubilation de la vue," le vertige et une tendance syncopale, ainsi que des coliques. Parfois il survient des vomissements bilieux, avec un mélange de mucus et d'épithélium Chez les animaux, on a vu le mouvement antipéristaltique ramener des matières fécales par les voies supérieures.

A ces désordres se joignent, dès le début ou plus tard, de singuliers troubles de a sensibihlé, consistant en une sensation de picotement à la peau semblable à celle qui succède à la compression prolongée d'un membre et qui est connue sous le nom de fourmillement. Cette sensation, comparée aussi à un scmtUlement électrique (Hirtz), se montre à la face nh r ^ ' ''^°^P^S»«' dans la cavité bucco-pharyngienne. de

phénomènes analogues à ceux qui résultent de l'impression directe du poison sur la muqueuse. Tous ces symptômes peuvent ôtre rattachés, au

moins partiellement, directement ou d'une manière détournée, à l'initation ■

exercée sur le tube digestif. . , . . ^.u

L'action générale, une demi-heure, ou mieux, trois quarts d heure après rineestion, entretient, si elle n'éveille, ces phénomènes et en fait apparaître d'autres. Le tableau symptomatique est très variable suivant les doses de l'alcaloïde et les périodes de l'affection artificielle. D'ailleurs, beaucoup de phénomènes ne sont observables que chez l'homme, et c'est pour n'avoir étudié que les effets toxiques chez les animaux que tant d'opinions erronées se sont fait jour sur la théorie de VAconitisme.

Pour plus de commodité, nous partagerons en trois phases ou degrés l'action pharmacodynamique de l'Aconitine.

Au début, ou avec des doses faibles, on observe le picotement ou la formication ainsi que l'engourdissement dont il s'est agi tout à l'heure à propos des phénomènes pouvant être considérés comme réflexes. Ces sensations augmentent ordinairement durant la première heure qui suit leur apparition et portent à remuer la langue et à se frotter le nez et les lèvres, qui semblent épaissies. Elles se prolongent deux à trois heures, et s^compagnent des troubles gustatifs que j'ai le premier signalés, quelquefois de céphalalgie et de serrement des tempes, ainsi que d'une chaleur générale nue ie crois subjective. La diurèse est accrue, et, s'il y avait une excitation circulatoire préalable, on constate que le pouls est moins fort et moms fréquent, la respiration un peu ralentie. Il peut exister déjà un sentiment de faiblesse, de l'éloignement et de l'inaptitude pour les exercice, du

'°lvec des doses plus fortes, ou quand la diffusion médicamenteuse est plus avancée, l'engourdissement et le fourmillement du pourtour des lèvres e du nez sont plus intenses, la pointe de la langue devien le siège d un p cotement pénible accompagné d'une ardeur rappelant celle que produilu un acide ou des épiées. De semblables modifications -nsitives se montrent dans les extrémités périphériques des ^^^^^^^^^^^^f suivies d'une sensation de gêne, d'alourdissement, de torpeur quipu devenir extrêmement pénible et dont les malades essayent de donne xme idée en disant que leur peau rétractée exerce une ^o^te constrict on sur k parties sous-jacentes et immobilise les membres aussi bien que les t ait du visage, comme sous l'influence d'un froid rigoureux «u bi n sou 1 effort d'u^e couche de collodion, d'une bande de caoutchouc étroUemer^t aDDliauée. En môme temps le sujet devient impressionnable à 1 air il

p? uve une sensation de froid par tout le corps, le besoin de se couvn . dp se rapprocher du feu, bien que ,sa température ne semble pas abaissée Ï/s nsSé tactile est plus ou moins obtuse. Le pouls e^a resp^^^^^^^^^^^

Invpnt sirder leur allure normale ou bien s'abaisser un peu. La langueur peuvent g^'-der Icl ^^^.^^t difficile et le sujet

T'Tl^irr^n^^^^^^^ mouvement. La tête s'alourdit,

n^lelaue^ troubles de la vue, des bourdonnements d'oreille, iXrdisSrts dans l'attitude droite, et j'ai vu une fois survenir le

vertige et un état syncopal au moment du lever. Chez quelques malades, le besoin de sommeil se fait vivement sentir.

Telle est la plus grande intensité d'action que le thérapeutiste puisse demander à l'Aconitine ; au delà ce sont fes effets toxiques de l'alcaloïde qu'il aurait à redouter. En voici le résumé.

La prostration devient extrême, l'anesthésie et l'amblyopie s'accusent davantage, les pupilles se dilatent, la température périphérique s'abaisse. Des désordres circulatoires et respiratoires variés sont notés parles expérimentateurs : tantôt la précipitation, tantôt le ralentissement, ou bien des irrégularités de rythme et de pression. On a vu le pouls tomber à 57, la respiration à 13 et devenir laborieuse, courte, pressée (Fleming), le visage pâlir, exprimer l'anxiété, la voix s'affaiblir et s'éteindre. Avec la dyspnée coïncident la cyanose et les phénomènes asphyxiques. Puis survient la paralysie musculaire, la destruction des propriétés des nerfs moteurs dans leur partie périphérique (Gréhant), parfois précédée ou suivie de mouvements convulsifs (Achscharumow, etc.): paralysie à laquelle participe enfin le cœur lui-même, dont les ventricules s'arrêtent immobiles en diastole (Gréhant, Achscharumow). La mort, rendue imminente par l'asphyxie progressive, ne tarde pas à suivre l'arrêt de la circulation.

La subordination et l'explication physiologique de ces nombreux symptômes ne sont pas faciles à établir d'après les données actuelles. Les effets toxiques observés sur les animaux ont conduit les expérimentateurs non seulement à accorder la prééminence aux désordres de l'appareil moteur, mais à nier jusqu'à l'existence des troubles sensitifs : conclusion erronée dont la clinique a fait justice d'avance en nous montrant l'aptitude de l'Aconitine à faire cesser de cruelles douleurs quelquefois rebelles à tous les autres moyens. Sans vouloir nier l'influence de cet alcaloïde sur tous les nerfs cérébro-spinaux moteurs (Achscharumow) ou sur leurs extrémités périphériques seulement (Gréhant), non plus que sur la moelle (Holtot et Liégeois) ni sur la partie cervicale du grand sympathique (Achscharumow), je me crois autorisé par les résultats thérapeutiques, comme par la prédominence des troubles sensitifs observés en chnique, à admettre l'action élective de l'Aconitine sur les nerfs de sentiment.

Rien n'est plus discuté, encore aujourd'hui, que les effets de l'Aconitine sur le système nerveux. Voici l'état actuel de la science. Pour Harlev elle agit surtout sur la moelle allongée, dans une zone comprenant les racines des nerfs vague, hypoglosse, spinal, pour de là atteindre, avec une action affaiblie 1 origine de la troisième paire. Et elle aurait principalement des propri és anesthésianteshmitées à la tête et au cou. On comprendrait, en effet, d après ces faits, les troubles de la respiration, si profonds dans empoisonnement par Acomtine, les troubles de la vue, les effets stimu-

iadales ^"^^ "^^'^''^^S'^^

ttin^p'7v '"^n"''. ^'^^-Mackensie, Franceschini, Laborde, Sydney- Hinger et Murrell, etc.) admettent la paralysie des nerfs sensitifs dans l'aco- GuDMjR et Laddée, 3» édition. 31

,oo ACONITINE

nitisme sans disUnction. Le premier ajoute encore la paralys.o des ra-

Q^:aàtfn:S tZ:^.. dans leurs e.tré™U.s p«ph.

• .nmme par le curare, et c'est là une opinion générale. Hunler- M'insra^sure cependant que ces nerfs, ainsi que les faisceaux moteurs

nPlites dans ce cas, fortes dans le cas contrau-e.

' Mais raccord n' xiste plus entre les physiologistes en ce qui conc rne les effets de l'Aconitine sur le cœur. Tandis que Harley soutient qu e le n- Lpressionne cet organe que secondairement apr s -oir causé 1 as phyxie. Gréhant. Rosenthal, Lewin affirment qu'elle le paralyse directe mpnt Le cerveau seul semble toujours respecté.

L'éiiminaUon de l'Aconitine se tait par les reins et il ne serait pas nnpossible qu'on la retrouvât aussi dans la sahve. ,

^TTR<;TAl\TES SYNERGIQUES, AUXILIAIRES. — L ACOniUUK d uc &

marou ê a ec a véralrine, la sabadilline, la eolchicine ; elle en a de plus Se avec a delphine et les principes actifs d'un grand nombre de Re-

moins violente, a la vente, aans su" HifFprence r«nt à neu près les mêmes effets physiologiques, avec cette ^ ^^J^^^ :-^e e^t ore ;éeneme. on peuUa pie^^

dans son action, quelle que soit son origine à ^ ^^^^ \ 1, ment pure. Aussi bien n'ai-je pas à men lonne ^«^^^^^^^^ ^^^étés Japaconitine (aconit japanicus) et '^^^^^^^^^ elle

impures sans doute de notre Acomtme. e^i^émités des

^Harnack, Mennicke). Par son Le nerfs moteurs, elle se rapprocherait de .^^J ^ ê^;,\,,ociés

sulfate de quinine et le bromure de potassium pourraient lui être

à titre d'adjuvants. Antidotes contrepoisons. -

Substances antagonistes, incompatibles. - Antidotes co

Les antagonistes de l'Aconitine sont la .^^^^^^^^f J:;j°ré"rd° Mais, vants, ainsi que les stimulants, et l'opium .f^^ et l'atro^

parmi ses antidotes, il faut surtout citer la digitaline ^^o^Jf^^^ 'pine (Sydney-Ringer). Plusieurs de ces -^^^^^^^^^^^^^^ ^ tibles dans la même formule, et ^^".^^^^^/^^Vpnnitine dont ils sont les traliser dynamiquement les effets tox^^^^^^^^ ^^^fj." :i,àTre ioduré de antidotes proprement dits, de même que le tannin et 1 lodure potassium en sont les contrepoisons chimiques. rAconiline ' USAGES. - Par ses propriétés ^^y-^\^^;^^X.^'^^^^^^^^^ est naturellement désignée pour combattre J^^^^^^^^^^^ F,auceschini, douloureuses, spécialement les .u.raLJ^es congc^^^^^^^^^ ^ Laborde, Séguin de New-York, Dumas de Cette, d. Molénes)

AGONITINË, 483

contre les névralgies acrody niques (Gubler) ayant leur siège dans les extrémités des membres où abondent les corpuscules de Pacini, et que n'avaient pas modifiées sensiblement la morphine et l'atropine à hautes doses. Les plus beaux succès ont été obtenus par la majorité des praticiens et par moi-môme dans les cas de névralgie du trijumeau (Culson, Roots, Brookes, Schroff, etc.). L'un des cas les plus remarquables s'est présenté à la clinique de Nélaton, chez un sujet à qui l'habile chirurgien avait antérieurement pratiqué la résection de toutes les branches du trijumeau, ce qui n'avait pas empêché les douleurs de reparaître aussi horribles, aussi persistantes que jamais. Le malade, réduit au désespoir et prêt à se suicider, réclamait avec instances une nouvelle opération, et l'on s'apprêtait à pratiquer l'extirpation du ganglion de Gasser, lorsque, sur ma recommandation, l'emploi de l'Aconitine fut décidé. Il fallut d'abord arriver à 14 granules de Hottot, soit 7 milligrammes par jour, pour faire céder la névralgie ; ensuite le calme put être maintenu par 10 et par 8 granules seulement. J'ai vu alors le malade, qui se trouvait si bien qu'il disait « être dans le paradis». Jamais aucun autre moyen ne lui avait procuré un soulagement si complet et si durable. Avec l'Aconitine cristallisée de Duquesnel, à la dose de 3 à 4 milligrammes seulement par jour, j'ai également réussi à supprimer momentanément un iic douloureux qui arrachait des cris au patient et lui interdisait tout sommeil. Le même moyen a fait disparaître pendant trois jours chez un de nos collègues les plus aimés une céphalée cruelle qui n'avait pas cessé un instant depuis plusieurs mois.

L'Aconitine s'est montrée efficace dans certaines affections douloureuses du cœur, et je pense qu'elle le serait également dans l'angine de poitrine Avec elle Fleming a calmé les douleurs du cancer. On peut l'administrer avec avantage contre les affections irritatives et douloureuses des voies respiratoires et de l'appareil circulatoire : asthme spasmodique, toux convulsive palpitations nerveuses, angor pectoris, même dans certaines formes de gastralgies sans phlogose de la muqueuse gastrique. Elle a été employée

Cerlams spécialistes l'onl recommandée, avec quelque apparence de raison, dans les surdités accompagnées de bruissements bizaLs Mais s™ usage ne me parait pas rationnellement indiqué contre la dysenterie la dTa

ae même que dans certaines dermaitri-cc v^: ,r , "^'^^""'""e,

que ce n'est pas un rameau ZZlfl ZZ"Z P"™ qui est douloureuse, et dans î rtai,r ^ '

ques. Mais cet alcalo de rend de ceslhf "f, TT ^'l'^-'""'^»'-

douloureuses du rhumatisme et de a .o , ni " " '""""^

uMue et ae la goutte, non pas surtout en poussant

à la sudation ou à la diurèse, mais en calmant à la fois l'éréthisme nerveux

'^T^tefois VAconitine excite la sécrétion rénale, ainsi que le font les médicaments congénères, et peut servir en conséquence à la résolution des

^ÎoX D'ADMINISTRATION ET Q0S.ÏS. - C'cst ici Ic licu dc rappeler les différences fondamentales qui existent entre les diverses Aconitmes du commerce celle d'Allemagne étant vingt à cinquante fois moins énergique que les Acônitines amorphes d'Angleterre (Morson) ou de France (Hottot) et surtout l'Aconiline cristallisée (Duquesnel). C'est de ces deux dermères qu il s'aait uniquement dans cette exposition.

L'Aconitine est administrée pure ou combinée avec l'acide sulfurique ou avec l'acide nitrique. En raison de son insolubilité, cet alcaloïde doit Être introduit à l'état de combinaison saline, lorsqu'il s'agit de le faire absorber par des surfaces ou des tissus imprégnés de liquides à réaction neutre ou

'^ïour l'usage interne proprement dit, la forme est à peu près indifférente parce qu'il se rencontre ordinairement assez d'acides dans le suc gastrique pour favoriser l'absorption des bases insolubles ou peu solubles par ell smTmes Ordinairement, l'Aconitine est administrée par la voie stomacale n "rorte q?e l'estoma; soit entièrement libre, afin que l'absorption ayant ieu rar^dement, la substance médicamenteuse, éminemment altérable St pas le temps de se détruire. S'il existe de l'embarras gastrique, on n dit pas ^emp éméto-cathartique ou bien à un simple purgatif.

:::ruse deT slm^^^^^^ irritabl, on associera l'Aconitine . des

Lcessivement et avec prudence ^^^^^^ l^^^^;^^^ grammes. Pour calmer d'atroces névralgies, il "\ ^"7;^'^^^^^^^ .y^ile fe l'ai vu, atteindre 1 milligrammes par jour : ce -'^^H^.eut-êUe p^^^^^^^^ Extrême. E. Hottot prépare des granules d'un demi-milUgramme qm facUi tent l'administration de cet agent héroïque. .A,iipmpnt suoé-

L'Aconitine cristallisée, dont la puissance me paraît ^éeUement upé rieure devrait être administrée à dose plus faible; mais, co|nme eUej^ l L .vPr l'acide nitrique dansles granules de Duquesnel, j ai pusans m

'°"éln^^^^^^^^^^^

'^^ r^e dont chacun représenta moins d'alcaloïde pur qu m

cns<rt"«see ûoni cuai/uii 1 ^ , , ... i,„ jn difTi^rpnce de solu-

fiP Hottot ne contient d'alcaloïde amorphe. La ditierencc ^ granule de Hottot n ^^j^Q^^erait pas sensiblement sur le résultat.

biUté à 1.^^ '^"^^f^Z/ériences plus nombreuses et précises sont nécessaires ''^'T^ iVfln tivement les c oses efficaces d'Aconitine cristallisée, pour fixer dér^^^^^Z^un petit nombre de fois le Sulfate d'Aconitine de Hott — Touque au i/500o, en injections hypodermiques. La

ALCOOL A ns" CENTÉSIMAUX, 485

dose minima était d'environ un tiers de milligramme, la dose maxima de l milligramme seulement. La sensation de brûlure vive et prolongée rend ce mode d'introduction assez pénible, et force à restreindre la dose employée dans chaque injection, sauf à multiplier le nombre de ces petites opérations pour obtenir un résultat décisif. Cette même solution pourrait servir en injections dans les oreilles pour combattre certaines surdités avec tintouins et autres bruits anormaux.

Les anciennes formules des préparations pharmaceutiques de l'Aconitine doivent être toutes réformées, parce que les doses admises lorsqu'on ne possédait qu'une substance impure et peu active sont devenues vingt fois au moins trop fortes. Les Granules d'Aconitine de Hottot ne sont plus que de S décimilligrammes au lieu de 1 centigramme, représentant la plus faible dose de l'Aconitine allemande; le principe actif s'y trouve mélangé avec du sucre et de la poudre de gomme. Les granules primitivement fabriqués par Duquesnel avec le Nitrate d'Aconitine cristallisé n'étaient même que de 1 décimilligramme, mais cette dose est trop faible, et j'ai demandé à cet habile pharmacien de préparer des granules de 1 demi-milligramme qui m ont donné d'excellents résultats.

La solution alcoolique, pour l'usage interne, ne doit pas contenir plus de 10 centigrammes d'alcaloïde pour 10 grammes de véhicule, ce qui donne \ milligramme du principe actif pour 2 gouttes. Il serait même bon de la diluer davantage pour l'introduire dans le tissu cellulaire par la méthode ■hypodermique; la solution au l/500« est suffisamment concentrée, mais j'ai employé depuis lors etje préfère la solution au 1/1000% parce que chaque seringuée représente un milligramme de principe actif, c'est-à-dire la dose la plus convenable pour une injection.

Les préparations pour l'usage externe sont appelées à subir également des réductions, mais en proportions moindres. Il suffît de 10 centigrammes d'Aconitine pour 30 grammes d'axonge, d'huile d'olive ou de glycérine, ce qui est la formule de la Pommade de Brockes.

ALCALI VOLATIL. — Voy. Ammoniaque liquide.

ALCALI VOLATIL CONCRET. Voy. Carbonate (sesqui-) d'ammo-

NIAQUE. '

^ ALCOOL, ALCOOL ÉTHYLIQUE, ALCOOL ORDINAIRE, ESPRIT-DE- Angl. : Alkool,Ethylicalcohol. - Ail. : Alkool, Spiritusvini.

ALCOOL A 950 CENTÉSIMAUX, Alcool'' gradus notans.

L Alcoo absolu ou Esprit ardmt {Spiritus ardens) a pour formule G*HeO^ ;

Ten .1 f ^ ^'^'"^ P^^^^é' <^«l"i dont on fait usag;

en erme toujours une proportion plus ou moins considérable d'eau, ce qui en fau varier le titre. V Alcool rectifié, à 36» Cartier, marque quelquefois

486 ALCOOL A 95" CENTÉSIMAUX.

iusqu'à 88 à 90" centésimaux; pour lui faire perdre encore la plus grande partie ou le reste de son eau, il faut le distiller à nouveau sur du carbonate de potasse desséché, puis sur de la chaux vive.

C'est un liquide dont la fluidité ne le cède qu'à celle de 1 éther, et qui renferme habituellement de l'eau, une matière colorante, un ou plusieurs éthers et une huile volatile, conséquemment un parfum variable selon la substance qui l'a fourni. L'Alcool est le principal ingrédient des liqueurs fermentées usitées de toute antiquité chez les peuples de la terre. V Eau-devie (angl • Brandij, ail. : Branntwein) est extraite du vin ou liqueur fermentée du raisin ; le Rhum provient du suc de la Canne; le Gin, le Genièvre de Hollande et le Wisky sont des eaux-de-vie de grain ou de froment aromatisées. On a encore l'Esprit-de-vin de Palme et celui de Riz ou Arrack; l'Alcool extrait du Koumiss ou lait de jument fermenté, etc.

L'Alcool possède une telle affinité pour l'eau, qu'il précipite de leur dissolution aqueuse certains sels tels que le sulfate de soude, qu'il est inapte •\ dissoudre. Il se combine avec les chlorures et les nitrates, en se substiluant à leur eau de cristallisation. L'Alcool est un dissolvant d'un grand nombre de matières organiques : huiles volatiles, résines, quelques hm es fixes quelques variétés de sucres, l'urée, la caséine, les alcalis végétaux, etc. Il coagu e\u contraire la gélatine ainsi que les diverses modifications de 'albumine proprement dite; c'est pourquoi il durcit et blanchit les issus qui en renferment. Cette dernière propriété, jointe à son avidité pour 1 eau fait que l'Alcool s'oppose aux fermentations en général, spécialement à la nutréfaction, la plus intéressante de toutes pour le pathologiste. 'TcTiON PH siOLoaiQUE. - Appliqué sur la périphérie cutanée, quand la couchrip dermique protectrice est intacte, l'Alcool ne donne heu par son éZora ion rapide, qu'à une sensation de froid. Sur une so ution de con inui?é ur une muqueuse ou sur la peau dépouillée d'épiderme, i détermine di^ clment et immédiatement, suivant son degré de concentration roU a sim e pâleur delà région, par astriction des capillaires sanguins t des autres tissus, soit la blancheur opaque et la corrugation avec coagula- "sangetd;iasérositéalbumineuse.Enmèmetempsi^^ sensation de chaleur plus ou moins cuisante et douloureuse. A ces effets d "ects et spéciaux ou positifs succèdent bientôt les ^i^^ts négatifs dus à réaction de l'organe touché. Les vaisseaux sangums, d'abord rétrac , se dÏatent la chaleur augmente avec la rougeur; de l'inflammation su™ , e si le tissu a été le sïège d'une coagulation de sang ou d'albumine auss h ;n iu "une corrugatfon énergique qui en a altéré l'état mol culavr supprimé les actes organiques, il peut en résulter une «scbare sume d^^^^^^^ T^m.tion éliminatrice et par conséquent ulcéreuse. Quand 1 alcool est eTdans l^vles, la coa^gulation sanguine qui en résulte de„ » ^» mort Dar thrombose des troncs volumineux ou par des omooiiecause de ■»» ' PJf ^^^3 aivisions de l'artère pulmona.re.

l^ r^nueu e g s ive, habituée au contaet des e.ci.ants et même de!TrrUa7s'Taetion'topi,ue de .'Alcoo. est tort mitigée, à moms <,u .1

ALCOOL A 9o° CENTÉSIMAUX. 487

n'existe de la pharyngite, delà gastrite ou que le liquide spiritueux ne soit très concentré et pris en grande quantité à la fois, auquel cas il occasionne une sensation de brûlure à l'épigastre. A dose modérée, il ne procure qu'une chaleur douce et bienfaisante, fluxionne légèrement la face interne de l'estomac, active la sécrétion salivaire, celle du suc gastrique, comme on s'en assure facilement chez les chiens à fistule gastrique (Nothnagel et Rossbach), et ultérieurement celles des sucs pancréatique et biliaire (Cl. Bernard), stimule la contractihté de la tunique musculeuse et favorise la digestion. Au contraire, lorsqu'il est pris à dose massive, il produit delà pyrosis, irrite la muqueuse stomacale, coagule le mucus, frappe d'impuissance le ferment spécial connu sous les noms de pepsine ou de chymosine, et arrête le travail digestif en coagulant les peptones et troublant les conditions circulatoires locales. La sensation brûlante que détermine l'Alcool pur peut même être suivie de dyspepsie douloureuse, d'une véritable gastrite.

Les effets de l'Alcool sur le canal alimentaire retentissent aussitôt sur tout le système par voie de sympathie. Le pouls se relève, la chaleur périphérique augmente, l'innervation centrale se réveille, et l'on voit s'accroître concurremment différents phénomènes liés avec les précédents.

Dans l'intérieur du ventricule où il séjourne quelque temps, l'Alcool se métamorphose (Leuret elLassaigne), mais partiellement, en acide acétique, sous l'influence de la chaleur et en présence du mucus, ou bien en acide lactique par les spores d'Oïdium, jouant le rôle de ferment (Gubier). L'absorption de l'Alcool s'effectue par les veines de l'estomac et par celles de l'intestin, avec d'autant plus de facilité que l'action topique est moins violente et que les matières étrangères : corps gras, sucre, gomme, mucus, pouvant masquer la substance active ou invisquer la surface absorbante, sont en plus faible proportion.

Bien que l'Alcool soit vraisemblablement dissimulé dans le sang par l'albumine du sérum, il exerce néanmoins une action stimulante et même irritante sur les viscères qu'il traverse, à commencer par le foie, qu'il rencontre d'abord et dont il active la sécrétion de même qu'il augmente ensuite la diurèse. Cette irritation est rendue possible par la mise en liberté d'une partie de l'agent au contact des tissus et dans les sécrétions exemptes d'albumine. Au reste, quelles que soient les conditions de la genèse des phénomènes éloignés, diffusés ou généraux, voici ce qu'on observe après avoir pris une boisson spiritueuse.

Une douce chaleur se fait d'abord sentir à l'estomac, puis se répand dans tout le corps ; les forces se raniment, un sentiment de bien-être et d'alacrité s'empare de l'individu, qui sent doubler sa vivacité d'esprit, son courage, sa puissance musculaire et sa virilité. Cette exaltation s'accompagne d'une gaieté loquace et expansive. Au milieu des impressions agréables qui le pénètrent. Ihomme, comme au travers d'un prisme enchanteur, ne voit plus guère quel aspect riant des choses. Heureux, il devient indulgent pour le monde extérieur et pour ses semblables, dont il recherche la société et auxquels Il prodigue des marques d'amitié ou de tendresse.

488 ALCOOL A 95" CENTÉSIMAUX.

Plus tard, la perversion fonctionnelle succède à la simple exaltation. Une sorte de fièvre artificielle s'empare du buveur. En môme temps que son visage s'enlumine et que ses artères battent avec force, il commence à devenir moins maître de sa pensée et de sa volonté, ainsi que de ses mouvements. C'est alors qu'oubliant toute retenue, il livre ses secrets les mieux gardés, ou dévoile ses turpitudes les plus honteuses, justifiant l'adage : in vino Veritas. Tel devient érotique, tel autre violent et querelleur; un troisième étale les théories les plus subversives ou témoigne des instincts les plus pervers; chacun selon son caraci ère naturel, un moment dépouillé du manteau d'emprunt de l'éducation. Il survient tantôt un délire expansif ou lypémaniaque, tantôt un délire furieux qui pousse aux tentatives les plus criminelles. Par bonheur Vivresse, enchaînant la force musculaire, rend plus difficile la perpétration de ces actes et plus aisée la défense. La station est mal assurée, la marche chancelante, les mains sont tremblantes et maladroites. Quelquefois des nausées et des vomissements mettent fin au paroxysme d'excitation, ordinairement suivi d'un besoin irrésistible de sommeil. Enfin, au bout de quelques heures dCincubation, le malade se réveille baigné de sueur, se plaignant de mal de tÔLe, de dégoût pour la nourriture, d'une soif ardente avec langue sale et bouche pâteuse, et de lassitude ou courbature générale.

Toutefois il s'en faut bien que l'orage s'apaise toujours subitement pour faire place à un calme complet. Dans le décours des accidents alcooliques, les étapes sont quelquefois aussi bien marquées que dans la période d'augment, et les sujets repassent, mais dans un ordre inverse, par la série des états morbides qu'ils ont parcourue d'abord avant d'aboutir à l'ivresse comateuse. En ce cas, on observe une phase intermédiaire plus ou moins prolono-ée dans laquelle le malade est atteint d'un délire rarement joyeux et •exp'ansif plus souvent triste et maussade, qu'il importe de ne pas confondre avec le delirium tremens proprement dit. Celui-ci succède à l'empoisonnement alcoolique, qui en est l'occasion, après un intervalle de sédation apparente, et me paraît dépendre de la privation de l'excitant anormal; tandis que le délire de retour, comme je l'appelle, a pour condition la présence dans l'économie d'une proportion encore considérable d'Alcool.

Ouaad la dose d'Alcool ingérée est vraiment excessive, il en résulte des accidents to.xiques beaucoup plus graves, consistant surtout en une congestion plus ou moins violente des centres nerveux, et caractérisés soit par des symptômes convulsifs épilepliformes, soit par des phénomènes de résolution et de coma, avec contraction ou plus souvent dilatation pupillaire, lenteur des mouvements respiratoires et cardiaques, analgésie et anesthésie plus ou moins complètes, et telles parfois que les sujets ont pu avou- des membres carbonisés sans Être tirés de leur léthargie, qu'un homme ivre a pu être amputé par Blandin sans être réveillé, et qu'une jeune femme dans le même état d'ivresse comateuse ne s'est pas doutée qu'elle accouchait (Deneux). La terminaison parla mort n'est pas rare, surtout lorsque 1 action du froid vient s'ajouter à l'hypérémic encéphalique. Les inhalations de vapeurs d'Alcool sont bien plus dangereuses que les

ALCOOL A 95» CENTÉSIMAUX. 489

boissons alcooliques. Elles produisent très rapidennent les plus graves symptômes d'empoisonnement : la céphalée, l'étourdissement, la stupeur comateuse avec analgésie et anesthésie. J'ai donné des soins, à l'hôpital Beaujon, à un homme d'une sobriété éprouvée, qui fut ainsi trouvé sans connaissance pour avoir transvasé, à la cave, c'est-à-dire dans une atmosphère confinée, de grandes quantités d'eau-de-vie, et qui mourut des suites de cette intoxication.

En définitive, trois degrés principaux avec des nuances intermédiaires doivent être reconnus dans les troubles fonctionnels engendrés extemporanément par les liqueurs spiritueuses : 1° Vébriété légère^ marquée par l'excitation et la gaieté; 2° Vm'esse confirmée^ s'accompagnant de perte du libre arbitre, de délire, de titubation, d'assoupissement, etc. ; 3° Yivresse toxique comateuse ou apoplectique, parfois éclamptique. Telles sont les trois formes de V alcoolisme aigu.

Des affections secondaires dérivent de ces effets primitifs. Notons l'embarras gastrique anciennement signalé par les observateurs, et l'ictère vulgaire ou biliphéique, sur lequel l'attention s'est fixée récemment (Leudet, etc.), ainsi que l'ictère hémaphéique avec ou sans état typhoïde, espèce d'ictère succédant ordinairement à l'autre, mais pouvant être primitive (Gubler); ou bien un flux biliaire et différents troubles gastro-intestinaux, sans compter le delirium tremens, qui ne se rencontre dans l'alcoolisme aigu qu'à titre d'exception, tandis qu'il constitue l'un des accidents habituels de l'alcoolisme chronique ravivé par un dernier excès,

L'asthénopie par insuffisance des muscles droits est mise par Yon Grafe au nombre des symptômes transitoires de l'alcoolisme aigu et des symptômes permanents de l'alcoolisme chronique.

Les autres affections auxquelles exposent davantage les habitudes invétérées d'ivrognerie sont les dyspepsies et les gastrites; les hépatites et surtout la cirrhose; les pneumonies; le diabète albumineux elles lésions rénales <ieBright; enfin les altérations des centres nerveux avec manie, imbécillité ou démence, épilepsie ou paralysie. Processus inflammatoires, désordres nutritifs ou plastiques, transformations régressives de tissus, bien étudiées dans ces derniers temps surtout par Lancereaux : voilà ce qu'on trouve au fond de la plupart de ces états morbides, lesquels ne nous intéressent ici que d'une manière indirecte.

Les lésions cadavériques observées chez les sujets qui succombent aux accidents de l'alcoolisme aigu sont les suivants : rougeurs, ecchymoses, rarement infiltrations purulentes des parois stomacales; congestion rénale, réplétion générale du système vasculaire sanguin des centres nerveux, ainsi que des principaux troncs veineux aboutissant au cœur; hypérémie avec coloration rouge intense des poumons (Devergie et Gasté) ; apoplexies pulmonaires et hémorrhagies méningées (Tardieu) ; rougeur des bronches, bronchio-pneumomes (Gasté, Bérenger-Féraud); cœur et gros vaisseaux lemphs d un sang noir, liquide, mélangé de petits caillots peu consistants et chargé de gouttelettes huileuses.

490 ALCOOL A 95" CENTÉSIMAUX.

Ces altérations, auxquelles Roudanowsky ajoute le changement molécu- ■ laire de la myéline des tubes nerveux, qui prend l'aspect de points brillants, ressemblent singulièrement à celles de l'asphyxie par des gaz irrespirables. L'analogie se poursuit dans les effets directs de l'Alcool sur le sang extrait de la veîne ou bien en circulation dans l'animal vivant.

I es expériences directes démontrent que l'Alcool s'oppose à l'oxydation du'sang (Harley) et ralentit l'absorption d'oxygène, en dehors de l'organisme (Schmiedeberg).

La crête d'un coq empoisonné par l'Alcool devient bleuâtre, de rutilante qu'elle était auparavant (Bouchardat et Sandras), et si l'on verse de l Espntde-vin dans le sang d'une saignée, on empêche la coagulation de ce dernier qui devient aussitôt noirâtre et dont les globules laissent exosmoser leur'maticre colorante (SchuUz, Monneret et Fleury). En rapprochant ces résultats des symptômes de l'ivresse confirmée et surtout de l'ivresse soporale, stupide ou comateuse, on est conduit à mettre de tels désordres fonctionnels surle compte de l'anoxémie . L'abaissement de la température, dans les mêmes circonstances, variable depuis 1 degré (Perrin) jusqu'à 2%o et même9°,5(?) (Aug.Duméril et Demarquay), viendrait confirmer cette manière de 'voir, qui trouverait un nouvel appui dans la diminution absolue et relative, eu égard à l'oxygène absorbé (Lehmann), de l'acide carbonique expiré pendant que les sujets sont influencés par l'Alcool (Prout, Bocker, Chambers,Ludger, Lallemand, M. Perrin et Duroy). Selon Vierordt.cet abaissement quantitatif du gaz carbonique durerait environ deux heures II se prolonge davantage, d'après les expériences de Perrin, qui l'a d ailleurs constaté après l'ingestion de doses modérées de boissons spiritueuses, et au milieu de conditions physiologiques. J'essayerai plus loin de préciser davantage et d'interpréter cette particularité. .

Par quel procédé l'Alcool arrive-t-il à produire des phénomènes asphyxiques? A une époque où ce composé passait pour n'avoir d'autre rôle dans l'économie que celui d'un aliment respiratoire par excellence (Liebig, Uuchek, etc.), Bouchardat crut pouvoir expliquer les entraves apportées à la respiration en disant que l'Alcool, plus combustible, détourne 1 oxygène â son profit et l'empêche de révivifier les globules sangums. Mais cette sub- ■stance ternaire est loin d'exercer sur l'oxygène une si puissante attraction, car il est démontré maintenant qu'elle peut s'exhaler en nature par les principaux émonctoires, notamment par la respiration, où son odeur la laii aisément reconnaître.

Notons en passant que le rein est également l'un des émonctoires par lesquels s'élimine l'Alcool, et que la stimulation qui en résulte pour les glomérules de Malpighi se manifeste par un accroissement de la diurèse aqueuse, remarqué par tout le monde, mentionné dans les mémoires et les thèses (RiUaud, etc.), mais spécialement signalé dans ces derniers temps par Obernier L'alcool est, en effet, un de nos bons diurétiques.

On a constaté sa présence dans les gaz expirés (Bouchardat et Sandras, Ludger, Lallemand, M. Perrin et Duroy), dans la sérosité des ventricules

ALCOOL A 95" CENTÉSIMAUX. 49J cérébraux (Wepfer, Schrader, Ogston, Lallemand, Perrin et Duroy). Ces trois derniers observateurs ont constalé, après Klenclce, la présence de l'Alcool dans l'urine ; ils admettent en outre qu'il s'échappe probablement en majeure partie par la peau et qu'il s'accumule plus encore dans le foie que dans le sang et le cerveau. Schulinus prétend au contraire que le sang en renferme plus que toutes les autres parties du corps. Pour ma part, je pense que les deux opinions se vérifient dans des conditions déterminées. Si l'empoisonnement est récent, la plus grande partie de l'Alcool est encore en circulation etle sang exhale une odeur caractéristique remarquée d'abord par Magendie, puis par Bouchardat etSandras. Mais, si l'introduction de l'Alcool date déjà de quelques heures, on le retrouve en partie dans les parenchymes et principalement dans le cerveau oii l'odorat le fait découvrir (Kepser, Schrôder, Carpentier, Tardiôu).

De l'ensemble de ces faits Lallemand, Perrin et Duroy n'ont pas hésité à conclure que l'Alcool ne subit aucune oxydation dans la circulation sanguine, opinion peu vraisemblable et qui ne pourrait être prouvée qu'à l'aide d'une équation parfaite, établie entre l'Alcool ingéré et l'Alcool retrouvé dans les sécrétions. Or, ces habiles expérimentateurs n'en ont jamais représenté que la moindre partie. Déplus, Edm. Baudot, en France, Hugo Schulinus, en Russie, et Edw. Smith, en Angleterre, ont démontré expérimentalement que, loin de représenter toute la masse ingérée, l'Alcool éliminé en nature par les sécrétions n'en forme qu'une fraction assez faible, et que la combustion respiratoire en détruit une proportion beaucoup plus considérable. Sans aller si loin, on doit admettre avec Mialhe, Gallard, Legras, à la suite des anciens observateurs, que l'Alcool est oxydable dans la circulation. Quant à moi, je pense que la destruction en est d'autant plus complète, que la quantité absorbée est plus minime, et que l'Alcool ne passe en abondance au dehors, sans avoir subi d'altération, que lorsqu'il a été introduit à doses immodérées ou toxiques.

Le ralentissement de la combustion respiratoire et de la calorification n'est pas davantage un symptôme essentiel et constant de l'action de l'Alcool, malgré les affirmations de Binz, Cuny-Bouvier, Zimmerberg, Ruge et autres sur ce point. L'erreur dans laquelle sont tombés ces expérimentateurs vient de ce qu'ils ont administré des quantités d'Alcool si considérables que la dose minima était encore toxique, principalement pour les petits animaux, à la masse desquels on n'a pas toujours soin de proportionner celle des substances actives. En se plaçant dans de meilleures conditions pour observer, en étudiant les effets des boissons spiritueuses chez l'homme, il devient au contraire manifeste que le corps se réchauffe sous l'influence de doses hygiéniques, en même temps que l'énergie musculaire est accrue, ce qui éloigne l'idée d'une transmutation de forces et rend probable un accroissement de l'hématose. L'argument contradictoire tiré de la diminution de l'acide carbonique est loin d'avoir toute la valeur qu'on lui prôte, premièrement parce que cette diminution est transitoire et ne dure pas au delà de deux heures (Vierordt), secondement parce qu'elle est peut-être

492 ALCOOL A OS" CENTÉSIMAUX.

due à une propriété signalée en chimie : à l'affinité plus grande du gaz carbonique pour l'Alcool, qui serait capable de le dissimuler et de le retenir dans la circulation (Gubler) .

Avec des doses hygiéniques, cette rétention n'est pas à craindre, parce que l'Alcool, réellement combustible dans la circulation (Liebig, Duchek, Bouchardat et Sandras, etc.), se transforme par degrés, et remet au fur et. à mesure en liberté de nouvelles proportions d'acide carbonique préexistant.

On suppose que l'Alcool qui s'oxyde dans le sang passe successivement à l'état d'aldéhyde, C*tW, puis d'acide acétique, C*IW, et finalement d'acide carbonique, GO^, et d'eau, 6 HO.

Ainsi que Lavoisier l'avait déjà fait remarquer, la combustion de l'Alcool donne moins d'acide carbonique que d'eau, et nous pensons avec plusieurs physiologistes que là pourrait se trouver le secret de la diminution de l'acide carbonique exhalé, chez les sujets imprégnés d'une forte dose de liqueurs spiritueuses.

L'action de l'Alcool ne doit pas se borner aux globules sanguins. Pour se rendre un compte exact des phénomènes multiformes de l'empoisonnement par les liqueurs fermentées et distillées, il faut de toute nécessité faire intervenir une influence toxique, directe, sur le système nerveux. Sans être en mesure de préciser cette influence, on peut concevoir comment elle s'exerce, en tenant compte de l'affinité chimique du poison pour les prmcipes immédiats qui entrent dans la composition de l'appareil sensitivomoteur. L'Alcool imprègne sans doute la lécytine et les corps gras contenus dans les cellules et les tubes nerveux, comme l'alizarine, la matière hémaphéique ou le pigment biliaire s'imbibent dans le périoste elles tissus fibreux. L'absence de l'albumine dans le fluide céphalo-rachidien favorise cette pénétration, à travers l'épendyme, dans les parties de l'encéphale qm forment les parois des ventricules latéraux et du ventricule médullaire.

11 y a donc lieu de penser que l'Alcool parvenu dans le sein de la substance nerveuse devient pour elle un agent d'excitation ou de stupé action, suivant la dose, ou suivant e période de l'opération, puisque le coUapsus succède

toujours à l'excès d'activité. i, ' • i

Ces modifications apportées aux fonctions de l'organe sont-elles simp ement l'effet d'une action de présence, ou bien le corps étranger a-t-il à subir soit une oxydation, soit une autre altération chimique?En d autres termes, doit-il céder de la matière ou de la force? Je pose la question sans pouvoir la résoudre définitivement, attendu que les faits sont incertams et les opinions contradictoires. Si l'on admettait avec Lallemand, PerrinetDuroy, que l'Alcool traverse inaltéré les voies d'absorption, la masse sanguine et les émonctoires, il faudrait reconnaître qu'il agit par son seul contact, en vertu d'un échange dynamique. Si, conformément à l'opinion ^}'^\'';^'' 2Zn qu'il passe par différents degrés d'oxydation pour aboutir à la iormaUon d e u et d'acide carbonique, ou si l'on m'accorde qu'il peut se dédoub r éléments et en corps binaires, il est légitime de chercher dans un

en ses

ALCOOL A 95" CENTÉSIMAUX. 493 apport substantiel la condition causale des symptômes alcooliques. Or ces deux procédés pourraient bien se réaliser concurremment. Il est incontestable aujourd'hui qu'il s'élimine beaucoup plus d'Alcool en nature qu'on ne l'avait pensé ; il paraît également vrai que, pendant ce temps-là, l'acide carbonique s'exhale en moindre quantité, mais il ne s'ensuit pas qu'une proportion plus ou moins forte du médicament ne puisse se brûler dans la circulation. Et quand on considère, avec Hammond, que les sujets adonnés aux boissons spiritueuses mangent peu, tout en déployant parfois une grande activité corporelle, il est difficile de ne pas admettre l'Alcool au nombre des aliments respiratoires, laissant évoluer de la force pendant leur propre destruction. En cette qualité, l'Alcool peut ralentir le travail de dénutrition. Fait-il mieux que l'amidon, le sucre ou les graisses? Jouit-il, comme antidéperditeur, de la spécialité d'action que semble lui attribuer Bôcker? Celte manière de voir, qui ne saurait être admise sans réserve, puisque, selon Perrin et contrairement aux expériences de Bôcker et de Hammond, l'excrétion de l'urée serait plutôt accrue, présente cependant un côté plausible ; seulement, sous peine de montrer sa courte vue, il faut aller au delà de l'énonciation pure et simple du fait.

Dire avec W. Bôcker que l'Alcool soutient les forces parce qu'il s'oppose à l'oxydationdestissusen cimentant en quelque sorte l'oxygène avec les globules sanguins et mettant obstacle au phénomène essentiel de la respiration, c'est émettre un contre-sens physiologique. Se contenter d'appliquer à l'Alcool, qui empêche de perdre, l'épithèle d'antidéperditeur : c'est tout simplement un non-sens. Si ce composé ternaire sert à entretenir le jeu des fonctions, bien qu'il arrête la mue ainsi que la combustion des organes et qu'il soit un moyen, ou, comme l'on dit à tort, un médicament d'épai'gne, c'est qu'il se brûle lui-même ou bien qu'il laisse dégager sa chaleur latente, c'est-à-dire sa force dissimulée, et que de Vétat dynamisé il passe à l'inertie relative. J'admettrais assez volontiers que l'Alcool est un dynamophore à placer à côté du café, de la coca, du thé, etc.

En délinitive, l'Esprit-de-vin ingéré en petite quantité stimule vivement la muqueuse de l'estomac et les expansions périphériques de ses nerfs : action topique.

L'excitation transmise par les pneumogastriques (W. Marcet) aux centres nerveux est répercutée de là sous forme de stimulation cardiaque et de relâchement des capillaires sanguins, avec accroisseraen t de la caloricité : action sympathique.

Puis l'Alcool est absorbé et va stimuler directement les centres nerveux et les glandes sécrétoires, dont il exalte ou pervertit les fonctions. Mais, s'il est introduit dans l'économie à dose massive, il donne lieu à des phénomènes d'anoxémie, de torpeur, d'anesthésie et de paralysie, parfois terminés par la mort. Cette action générale oudi/pusée, encore si mal comprise par un grand nombre de médecins, peut se résumer ainsi :

1° A doses hygiéniques ou thérapeutiques, l'Alcool accélère et surtout renforce le pouls, dilate les réseaux capillaires, accroît le fonctionnement orga-

494 ALCOOL A 95" CENTÉSIMAUX.

nique et provoque en un mot une sorte de fébricule artificielle qui, sans donner lieu peut-être à une élévation de la température centrale au-dessus de la limite supérieure normale (37", 5 à 38"), n'en détermine pas moins une répartition plus uniforme de cette température à la surface cutanée et produit au besoin le réchauffement des extrémités.

L'Alcool est donc par excellence un stimulant di/fusihle. Son action première se fait sentir sur le système nerveux ganglionnaire dont la paresis entraîne l'excitation vasculaire, calorifique et nerveuse. Mais il s'y ajoute une action stimulante directe sur les centres nerveux encéphaliques.

Pendant sa translation dans le système sanguin et son trajet au travers des tissus organiques, l'Alcool se brûle en proportion d'autant plus grande qu'il est ingéré en plus petite quantité. C'est donc un aliment respiratoire.

Mais une partie d'autant plus considérable que les doses introduites sont plus massives s'échappe par les différents émonctoires, inattaquée si ce n'est inaltérée dans sa structure, mais probablement déchargée de sa force latente, ce qui assignerait à l'Alcool le rôle de médicament dynamophore.

2" Avec les doses excessives ou toxiques, la scène change entièrement: la dépressiion succède à l'exaltation fonctionnelle. La stupeur, l'affaiblissement de l'appareil circulatoire, l'abaissement delà température, la cyanose, l'anesthésie et l'état comateux prennent la place de ce mouvement fébrile, de cette sorte d'exubérance vitale qui caractérise les 'premiers degrés de l'alcoolisme. Alors seulement l'Alcool devient un hyposthénisant, un stupéfiant, un narcotique ou un anesthésique.

Mais la question du mode d'action de l'Alcool est loin d'être résolue. Actuellement (1884), les opinions convergent toujours vers les trois principales théories énoncées dans les pages précédentes, à savoir : celle deLiebig et Bouchardat, soutenue aussi par Binz, Lussana et Albertoni, Anstie, Jailiet, qui voient dans cette substance un aliment thermogène brûlant dans l'économie en développant de la chaleur et de la force; celle de Duroy, Lallemand et Maurice Perrin, affirmée encore récemment à la tribune académique par ce dernier, admettant que l'Alcool traverse l'économie inaltéré et ne modifie les échanges nutritifs que par l'intermédiaire du système nerveux ; celle enfin de bien des médecins moins exclusifs dans leurs idées et qui voient dans l'Alcool un agent affectant l'économie à la fois par ses propriétés chimiques ctparses vertus pharmacodynamiques : théorie éclectique, sorte de terrain de conciliation (Dujardin-Beaumetz) sur lequel les faits s'établissent plus facilement. Cette dernière me paraît sinon la meilleure, au moins la plus sage.

Ce qu'il y a de certain, c'estque l'Alcool, ingéré et absorbé, circule avec le sang, dans lequel on le retrouve par l'analyse et qu'il peut dès lors modifier celte humeur comme il le fait dans le verre à expérience, à la facilité près. D'autre part, il imprègne les centres nerveux: encéphale et moelle, pour lesquels il semble posséder une sorte d'affinité, chimique ou autre, mais puissante ; donc il modifie leur état physiologique, et l'on est en droit d'alln-

ALCOOL A 95° CENTÉSIMAUX. 493 buer à cette action topique, inconnue dans son essence, les suppressions ou modifications fonctionnelles notées d'une façon constante dans les intoxications alcooliques, se traduisant, comme on le sait, par l'excitation des fonctions cérébrales et médullaires ou leur dépression pl us ou moins complète suivantles doses. En réalité, l'Alcool agit sur le cerveau d'abord, la moelle ensuite et finit, comme nos anesthésiques, par atteindre le bulbe. De là cette série de symptômes que nous connaissons, débutant parle premier degré de l'ivresse et aboutissant au coma et à l'aspbyxie. De là encore les troubles cardio-vasculaires qui naissent de l'action alcoolique : dilatation des capillaires, accélération dupouls, etc. ; les phénomènes thermiques, secondaires d'ailleurs, manifestes seulement avec les doses toxiques : abaissement de de la température. Il y aurait lieu, enfin, de tenir compte des effets congestionnants sur les organes, d'où une symptomatologie secondaire de l'intoxication alcoolique qui se confond du reste avec les manifestations primitives.

Mais ce qui reste obscur dans l'histoire de l'Alcool, ce sont ses eff"ets sur la nutrition que les travaux récents de Riess, J. Munk, William etHammond, Riegel, Binz, Desguins, Lussanaet Albertoni, Lauder-Brunton, etc., etc., ne me paraissent pas avoir rendus évidents. Aujourd'hui comme par le passé, nous restons toujours dans ces données bien vagues, à savoir que l'Alcool est lin agent d'épargne, un kntidéperditeur parce qu'il diminue l'excrétion de l'urée et de l'acide carbonique, sans qu'on sache au juste comment il ménage les r'^ssources de l'économie ou l'empêche de dépenser, et si le phénomène est d'ordre dynamique ou simplement chimique.

Substances synergiques, auxiliaires. — Les liqueurs fermentées qui doivent à l'Alcool leur principale efficacité se comportent naturellement de même, à l'intensité près. Les stimulants diffusibles, notamment les essences de térébenthine ou autres (J. Morris) et les principes aromatiques des vins connus sous le nom à'Ethers œnanthiques, sont aptes à produire les eff'ets de la période d'excitation de l'alcoolisme aigu. Pour cela les Éthers œnanthiques l'emportent singulièrement sur l'Alcoollui-mêmeet causent promptementla céphalée et l'ivresse stupide : aussi les vins dont le bouquet est très prononcé, tels que ceux de Bourgogne et surtout ceux d'Anjou, sontils plus dangereux que ceux de Bordeaux. Ces mômes agents, y compris l'Ammoniaque, poussent à la diaphorèse. L'acide carbonique et le protoxyde d'azote déterminent une ébriété passagère. Les substances fortement hydrocarburées, telles que l'élher, le chloroforme, le chloral, l'amylène, possèdent à un plus haut degré que l'Esprit-de-vin les propriétés anesthésiques. Enfin l'opium est synergique de l'Alcool, au point de vue de laction congestionnante et des propriétés hypnotiques. La chaleur est aussi un excellent auxiliaire pour l'Alcool dans la plupart des cas.

Substances antagonistes, incompatibles. — Antidotes, contre-poisons. — Les réfrigérants de toutes sortes, les astringents, les toniques vaso-moteurs, tels que la quinine, la digitale, la belladone à petites doses contrarient les eflets de l'Alcool. Il vaut mieux, par conséquent, ne pas les administrer concurremment dans un but thérapeutique. L'action antagonistique

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du froid est très remarquable : un ivrogne qui tombe à l'eau est instantanément dégrisé.

L'ammoniaque, qui est un stimulant diffusible, passe néanmoins à bon droit pour dissiper les fumées du vin dans la période d'ivresse stupide ou comateuse. Peut-être parvient-elle, en qualité de gaz éminemment soluble, à déplacer les vapeurs spiritueuses et à déterminer leur expulsion, opéra- Lion probablement facilitée par les modifications que l'ammoniaque imprime aux globules sanguins dont elle détermine aisément la dissolution. Elle réussit mieux encore, je pense, à réveiller le système nerveux quand celui-ci est plongé dans la torpeur alcoolique ou peut-être à le débarrasser de l'Alcool qui l'imprègne, comme nous avons admis qu'il le faisait à l'égard des hématiques. Mais, si la congestion sanguine est très intense, le sulfate de quinine et les préparations de digitale trouvent aussi leur emploi rationnel, même dans l'intoxication aiguë. Il est probable que l'ingestion réitérée de quelques gouttes d'ammoniaque, concurremment avecles boissons spiritueuses, atténuerait singulièrement les elïets de l'Alcool et permettrait d'en prendre sans danger des doses toxiques, de môme que l'usage simultané du chlorate de potasse avec le mercure prévient la stomatite hydrargyrique.

Les substances alcalines en général (Jaillet) produiraient sans doute les effets antagonistes de l'ammoniaque. Toutefois mieux vaudrait, lors d'un empoisonnement, recourir aux inhalations d'oxygène. Quant àla strychnine, elle n'aurait aucun avantage. L'antidotisme réel de l'Alcool vis-à-vis de cet alcaloïde n'est pas réciproque (Amagat, Stacchini), bien que Luton considère la noix vomique comme un spécifique contre l'alcoolisme.

Usages. — A l'extérieur, l'Alcool est employé comme réfrigérant, ajouté à l'eau froide pour lotions et ablutions, instantanées ou prolongées, selon qu'on se propose d'exciter une réaction locale ou d'amener l'abaissement progressif de la température et le resserrement soutenu des capillaires sanguins, comme dans les brûlures au premier degré (Valœus), les contusions, l'érysipèle (Lanzoni, Harris, James). On s'en sert à haute dose, comme stimulant oa irritant, pour faciliter la résolution des épanchements et des engorgements froids : ainsi, dans les entorses, les ecchymoses, les foyers sanguins traumatiques, les hypertrophies mammaires (Brodie, etc.), les tumeurs synoviales du poignet, etc. (Houzelot, Nélaton) ; à doses faibles, comme astringent, pour bassiner les surfaces excoriées, phlogosées, saignantes ou suppurantes, et dans les mêmes cas, à titre de tonique.

Il réussit en cette qualité contre les ophtalmies catarrhales, contre les angines et les stomatites subinflammatoires, ainsi que contre les formes pultacées, couenneuses ou gangréneuses de ces affections, et contre les ulcères de mauvaise nature, grisâtres et mollasses, saignants et fongueux, atteints de diphtérie ou de pourriture d'hôpital.

Simon de Forges, de Sainte-Fontaine (Lorraine) et Nélaton, ont affirmé l'efficacité des applications topiques réitérées de compresses d'Alcool pour faire avorter les furoncles.

ALCOOL A 95» CENTÉSIMAUX. 497 De tout temps, on a appliqué sur les blessures des compresses trempées dans du vin (Homère, Hippocrate, etc.), et presque toujours, depuis sa découverte, l'Alcool a servi pour le pansement des plaies môme récentes (Arn. de Yilleneuve, Guy de Chauliac, Arabroise Paré, Lapeyronie, Dionis, J.-L. Petit, Larrey, etc.). Mais Batailhé et Guillet ont remis en honneur cette méthode, tombée un moment en discrédit, qui favorise la réunion par première intention, diminue la suppuration et modère les bourgeons charnus, prévient la fétidité et garantit contre les infections putride et purulente (Nélaton, A. Barnes, Chédevergne, Gaulejac, Guyon, Borlée, Delens, etc.)- Ces vertus antiseptiques existent encore à un plus haut degré dans l'eau-de-vie camphrée, ou la solution alcooHque d'acide thymique, et dans l'alcoolat d'eucalyptus.

L'Alcool plus ou moins dilué sert en injections pour la cure radicale de l'hydrocèle ordinaire des adultes (Laugier, Dupierris, Ad. Richard), congénitale (Labat) chez l'enfant. Jobert (de Lamballe) a introduit avec succès de l'eau alcoolisée dans le péritoine pour guérir une ascite, et Gosselin se sert, pour laver la cavité des abcès, d'alcool à 90" afm d'en hâter la guérison.

Les injections d'alcool pur ou dilué ont été encore préconisées contre les douleurs rhumatismales ou névralgiques (Schwalbe) à la façon des piqûres ■de morphine , contre les varices (Englisch) et pour guérir les hernies. Enfin, •en qualité de cathéré ligue, on emploie quelquefois l'Alcool concentré, soit pour cautériser des écorchures envenimées, des piqûres ou des morsures d'animaux nuisibles, un nerf dentaire douloureux, des granulations ou des polypes de l'oreille (Politzer, Morpurgo, Mac Bride), ou pour arrêter une hémorrhagie de l'alvéole et dans quelques cas analogues ; soit pour détruire les parasites végétaux ou animaux dans les affections cutanées.

L'Alcool chauffé et réduit en vapeur sert à stimuler la périphérie cutanée et à provoquer la fluxion sanguine et la sudation dans le but de guérir les névralgies et les rhumatismes, ou les engorgements chroniques froids, de dissiper l'anasarque des extrémiLés.

A l'intérieur l'Alcool remplit aussi de nombreuses indications.

Gomme stimulant diffimble et sudorfflque, l'Alcool est utile dans les étals d'atonie, de langueur et d'épuisement. C'est ainsi qu'il fait du bien aux pellagreux (Tebaldi), aux aliénés déprimés, et aux mélancoliques (Obermeier). Par la fièvre qu'il excite, il s'oppose à l'absorption des miasmes, des liquides septiques ou venimeux, principalement à la résorption purulente ou putride, en môme temps qu'il favorise l'issue, des principes morbigènes par la transpiration, l'exhalation pulmonaire et môme par les urines. L'Alcool est le premier des alexipharmaques et des alexitôres. 11 est fréquemment usité dans les affections a frigore, à leur période de dépression ou de concentration pour ramener le sang à la peau et empôcher son refoulement à l'intérieur vers les viscères. Sans parler de ses usages hygiéniques dans les contrées marécageuses, il rend les mômes services à l'approche des accès de fièvre intermittente ou môme pendant le stade de froid, et devient ainsi GuDLER et Labbée, 3" édition. 32

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un auxiliaire des antipénodiques proprement dils, qu'il pourrait môme suppléer dans certains cas. Pour réussir, il faut employer des doses enivrantes (Lanzoni, Albrecht, J. Guyot, Leriche, Hérard, etc.). L'ivresse alcoolique semble avoir été favorable dans un certain nombre de cas de tétanos (Hippocrate, Baldwin, Hutchinson, Collis, Wilmotl, etc.) et de morsures de serpents venimeux (Paterson, de la Gironnière, War, Bland de Sydney, etc., Coutinbo, communie, orale). On a conseillé l'Alcool dans l'empoisonnement arsenical (Rognetta, Larue); mais il serait utile dans tous les empoisonnements, par les champignons (Poulet) ou autres, qui sont caractérisés par le coUapsus et l'algidité, ainsi que dans toutes les affections spécifiques ou non qui donnent lieu aux mêmes symptômes : de ce nombre sont la péritonite par étranglement herniaire ou par perforation intestinale, la péritonite puerpérale, la dysenterie grave, le choléra nostras ou de cause banale, le choléra indien ou de nature épidémique. Dans celle dernière maladie, où ils sont d'un usage vulgaire depuis les recommandations de Magendie, les spiritueux associés à l'opium font merveille au début, quand la réfrigération et la teinte cyanique ne sont pas encore très prononcées; ils sont moins efficaces plus tard et deviennent impuissants lorsque l'algidité est extrême, ou nuisibles dès que la réaction se prononce (Gubler).

En tout cas il ne faut jamais compter sur les effets antizymotiques de l'Alcool ni dans le choléra ni dans aucune autre maladie virulente ou infectieuse, parce qu'il ne peut jamais se trouver dans le sang en proportion assez forte pour tuer les ferments morbides. Les bons résultats observés par Robert Barnes et d'autres praticiens sont dus à l'action stimulante de l'Alcool ou bien à ses elfets topiques, externes.

Comme hypnotique, l'Alcool est appelé à rendre des services chez les anémiques et chez les sujets pâles et froids dont les vaisseaux capillaires sont fortement et continuellement rétractés. En stimulant l'estomac à litre d'irritant et de substance alimentaire, il contribue parfois plus efûcacement que l'opium à déterminer la congestion des centres nerveux, qui est la condition anatomique du sommeil.

Bien qu'il soit réellement anesthésiqiie, comme cela s'observe dans l'ivresse crapuleuse, l'Alcool ne constitue pas un moyen pratique de produire l'insensibilité, car ilfaudrait en pousser l'action jusqu'à la stupeur et au coma, ce qui serait long à produire et d'un effet incertain. Néanmoins on a proposé l'ivresse pour faciliter la réduction des luxations.

En qualité à'hémostalique interne, l'Alcool a trouvé son utilité dans plusieurs circonstances où les astringents, le froid, les cinétiques et les différents procédés connus d'arrêter les hémorrhagies avaient échoué et laissaient la vie en péril. On l'a spécialement administré contre les mélrorrhagies puerpérales (Ingleby, Campbell, Maximin Legrand, Debout, Pajot, Charrier), ou provoquées par des corps fibreux (Béhier). Je lai employé avec succès dans l'hémoptysie, et Faure a obtenu la guérison d'un purpura hxmorrhagica en plongeant le malade dans un état d'ivresse permauenle.

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Celle application complètement empirique et en apparence paradoxale, puisque la dilatation des vaisseaux et l'accroissement d'énergie cardiaque sont des circonstances reconnues favorables aux ruptures des capillaires et aux écoulements sanguins, celte application, dis-je, peut néanmoins se justifier par l'action stimulante et fébrigène de l'Alcool, comparable à celle de l'opium ou des stimulants diffusibles, pourvus, comme on le sait, de vertus hémostatiques.

L'indication de tels agents n'existe en conséquence que dans la diathèse hémorrhagique et les hémorrhagies primitivement ou secondairement passives, accompagnées d'anémie locale et générale, avec diminution de la caloricité et des autres phénomènes d'érélhisme vasculaire; mais leur opportunité se manifeste surtout quand de semblables hémorrhagies ont pour siège des organes richement doués de fibres conlractiles de la vie organique.

L'action fébrigène de l'Alcool peut encore être utilisée dans quelques cas spéciaux oia des processus morbides en apparence inflammatoires sont avantageusement combattus par des moyens de stimulation : ainsi chez les sujets aifeclés de lupus érythémaleux, de phagédénisme serpigineux, de certaines formes d'érysipèle pâle dit lymphatique.

Les alcoohques ont reçu depuis quelques années des applications bien autrement importantes, et jusqu'ici contestées parce qu'elles ont été mal formulées, dans la grande classe des maladies inflammatoires et fébriles. Que nous sommes loin de Broussais ! Le régime incendiaire voué aux gémonies par l'illustre réformateur est maintenant préconisé partout et, comme cela devait être, le revirement officiel (car le peuple en France n'a jamais abandonné l'usage du vin et des spiritueux dans la première période des maladies aiguës), le revirement officiel a commencé dans la patrie de Brown et de l'asthénie, chez une nation généralement adonnée à l'abus des boissons alcooliques. R. Bentley Todd, l'initiateur du mouvement, suivi par Anstie, Brunton et nombre d'autres praticiens distingués, en a fait la base du traitement ordinaire de ces afl'ections, par ces motifs que la maladie guérissant par une évolution naturelle et nullement par l'influence directe d'un agent thérapeutique quelconque, le rôle du médecin doit se borner à soutenir les forces assez longtemps pour que l'organisme se débarrasse et de la matière morbifique et des lésions qu'elle a pu engendrer. Il semble d'après cela, que le célèbre promoteur de la doctrine nouvelle réduise à une question d'hygiène le traitement de la plupart des maladies aiguës et supprime d un seul coup la médication proprement dite. II n'en est rien cependant L Alcool n est pas seulement, aux yeux de Todd, un aliment préférable à la viande crue de Bennett, parce qu'il pénètre plus aisément dans l'économie, et que, tout en fournissant un combustible à l'hématose, il exerce sur le système nerveux une action stimulante favorable au maintien des forces vitales; c est aussi un véritable médicament capable de calmer le système ne veux d abaisser le pouls et la température, de procurer un sommeil paisible, et de conjurer le délire ou de le dissiper, s'il existe. Dans ces der-

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nières assertions la part de l'erreur était au moins aussi grande que celle de la vérité. L'erreur s'est encore aggravée par toutes les exagérations de quelques imitateurs du médecin anglais, qui sont allés jusqu'à dénier à l'Alcool toute vertu stimulante et à prétendre que cet agent diminue toujours la fièvre et que, qu'elle qu'en soit la dose (Ruge), il abaisse invariablement la température (Cuny-Bouvier, Zimmerberg, Rabuteau, etc.).

En Angleterre môme, les idées de Todd ont rencontré de nombreux opposants (Marcet, Edward Smith, Tweedie, Gairdner, Murchison), et, depuis quelque? années, l'opposition s'accentue à ce point qu'on a accusé les partisans de la médication par l'alcool de favoriser l'alcoolisme sans aucun profit pour les malades. Parmi nous, ceux qui les ont adoptées en grande partie (Béhier, Legras, Gingeot, et autres) ne vont cependant pas jusqu'à •vouloir que l'Alcool devienne l'unique moyen de traitement des phlegmasies et des pyrexies ; mais il est facile de voir que plusieurs inclinent à lui :accorder trop d'importance, bien que les faits cités à l'appui soient loin d'avoir tous une valeur probatoire.

Assurément l'Alcool peut donner tous les résultats signalés par Bentley Todd mais non pas indifféremment, il s'en faut bien, dans tous les cas de phlegmasies ou de fièvres contre lesquelles on le croit un remède souverain : l'administrer aveuglément dans toutes les maladies aiguës, c est faire iniure au bon sens et s'exposer à une foule de mécomptes.

L'Alcool, en effet, ne peut que nuire dans la fièvre inflammatoire franche et intense, caractérisée non seulement par l'accélération du pouls et 1 exaltation de la température, mais encore par l'excès de la combustion respiratoire, la dénutrition rapide et l'extrême abondance de l'urée et des produits de la dénutrition, dans la sécrétion rénale. Dans cette espèce de fièvre, le malade recherche le froid, repousse le vin et les aliments; il n a d appétence que pour les boissons aqueuses, acidulés, rafraîchissantes et parfois Îl n'acLpte que de l'eau pure. On doit obéir à son instmct. e-ste une autre espèce de fièvre que j'ai le premier déente, dans laquelle on brûle .peu, malgré l'élévation de la température, parce que la majeure partie de fa force mise en jeu par la combinaison de l'oxygène avec le sang évolue sous forme de chaleur sans se fixer dans la substance musculaire ou nerveuse. L'urine contient peu d'urée, dernier terme de la combustion des substances albuminoïdes, mais elle renferme une proportion hypernormale d'acide urique et de matière grasse, et de plus beaucoup d'albummose, de l'albumine proprement dite et de la matière colorante bleue (mdigose unnaire) • substances à peine oxydées ou tout à fait incomburées. Dans cette forme qui se résume en ces deux mots : perversion fonctionnelle, et qui tend à l'adynamie, les alcooliques peuvent rendre des services considérables soit en apportant un aliment respiratoire et ralentissant la dénutrition soit 'en rendant agissantes des forces radicales à l'état latent, soit en cédant à chaque instant au système nerveux la force qui lui manque.

Ainsi les alcooliques sont inutiles ou dangereux dans la vigueur du rhumatisme articulaire aigu, surtout lorsqu'il est compliqué de phlegmasies

ALCOOL A 95° CENTÉSIMAUX. 50t- Viscérales, dans l'angine tonsillaire phlegmoneuse et très fébrile, dans lafièvre péripneumonique intense, dans la période d'éruption de la scarla ine et de la variole franches et dans quelques cas analogues. Ils conviennent au contraire de même que l'opium, dans le rhumatisme subaigu se passant presque à froid; dans certains érysipèles avec accidents d'adynamie; dansles angines malignes, principalement quand elles sont peu fébriles; dans le décours de certaines pneumonies qui traînent en longueur ou dans les pneumonies à forme typhoïde, dans la dolhiénenterie rappelant la fièvre lente nerveuse d'IIuxham, ou bien accompagnée d'une profonde adynamie;: dans certaines scarlatines anomales; dans certaines varioles hémorrhagiques ou dont l'éruption avorte par défaut de stimulation, et ainsi de suite. Monneret, Béhier et Slokes prescrivent le vin à doses assez généreuses dans l'adynamie typhoïde. Celte pratique, qui est aussi la mienne, tend à se répandre de plus en plus. J'ajouterai que dans la médecine infantile l'alcool rend les plus grands services : qu'il s'agisse d'affections des voies respiratoires, de pneumonie ou de fièvres graves, ou bien de diarrhées, d'angine couenneuse, de croup, etc. Dans toutes les maladies infectieuses ou fébriles de l'enfance, dans bon nombre de phlegmasios le médecin devra d'emblée songer à l'emploi de ce médicament, d'une action aussi sûre qu'inoffensive, et puissant agent de résistance.

Par contre les spiritueux sont redoutables dans la méningite, la périencéphalite diffuse, et généralement dans les phlegmasies des centres nerveux ainsi que dans le délire, qui en est une manifestation ; mais, en revanche, ils font merveille contre les anémies et les asthénies cérébrales et contre le délire, reconnaissant des conditions semblables, dans le cours des maladies aiguës. Le délire nerveux des fièvres graves et celui qui succède aux grandesopérations sont également justiciables de l'Alcool. Seulement, comme les pyrexies telles que l'érysipèle, la lièvre typhoïde, etc., se compliquent des deux sortes de délire, il est nécessaire, avant d'agir, de chercher avec quelle espèce morbide on a affaire. Si le visage est enluminé, la tête brûlante, si les pupilles sont étroites et les yeux injectés, il est probable que c'est un délire symptomatique d'une hypérémie ou d'une phlogose cérébrale, et auquel convient le traitement antiphlogistique. C'est au contraire un délire dit nerveux, si les yeux et le visage sont pâles et frais, si les pupilles sont moyennes ou un peu grandes; dans ce cas les alcooliques sont indiqués. Dans le doute on devra encore y recourir de préférence, en procédant avec réserve et par tâtonnements, à l'aide de petites doses répétées.

Les boissons spiritueuses sont éminemment utiles au début des maladies a frujore, lorsqu'il n'existe encore que de la courbature, du malaise, de l'impressionnabilité pour le froid et des frissonnements légers alternant avec des chaleurs fugaces. Dans cette période de concentration, semblable au premier stade d'un accès de fièvre intermittente, l'Alcool incorporé dans un breuvage chaud excite la circulation et la calorificalion et provoque une diaphorèse salutaire. On peut quelquefois faire avorter de la sorte une phlegmasie thoracique grave; en tout cas, le moyen, qui est d'un usage

502 ALCOOL A 95° CENTÉSIMAUX.

populaire, est généralementutile, parce qu'il favorise le mouvemenld'expansion indispensable à l'évolution régulière des phénomènes morbides et qu'il accélère ainsi la terminaison du mal.

Depuis longtemps les médecins de la Grande-Bretagne soumettent les phtisiques à l'usage de doses considérables d'Eau-de-vie; les avantages qu'ils en ont retirés dans les cas de phtisie torpide ne justifient pas l'emploi abusif qui se fait de ce stimulant dans toutes les formes quelconques de cette cruelle affection. Le professeur Fuster (de Montpellier) préconise contre la tuberculose pulmonaire la combinaison du régime de la viande crue avec le traitement alcoolique. En outre Hyde-Salter déclare que le Gin et le Whisky à hautes doses et pris dans un peu d'eau très chaude suspendent absolument les accès d'asthme. Il est probable que ce moyen, de môme que l'iodure de potassium, réussit spécialement contre les névroses respiratoires asthéniques.

L'Eau-de-vie arrête assez souvent les vomissements des tuberculeux (Tripier) et parfois ceux des femmes enceintes (Lanzoni, etc.). Elle calme certaines entéralgies ou coliques nerveuses et certaines gastralgies de forme spasmodique ou crampoïde (Gubler).Elle est, enfin-, on le sait, d'usage vulgaire contre les digestions laborieuses. Le moyen est à coup sûr utile et bon (Leven, Bert, etc.), niais il finit à la longue par devenir mauvais parce qu'il entraîne à une habitude fâcheuse : d'où l'effet opposé.

A ce propos je pourrais, en terminant, dire quelques mots sur les usages diététiques de l'alcool; or comme pour moi ils sont nuls, je m'abstiens. Sans aller jusqu'à dire avec un médecin anglais qu'un homme est un ivrogne quand il ne peut se passer de son petit verre de liqueur, je crois utile de déclarer ici que l'usage habituel de ce stimulant diffusible n'oQre aucun avantage en dehors de ses qualités gustatives et qu'il peut devenir dangereux par son action topique sur l'estomac et ses effets diffusés.

Laissons donc aux prescriptions médicales ce merveilleux médicament, mieux placé dans les pharmacies que sur nos tables. Et bornons-nous à user de nos simples boissons alcooliques ordinaires, celles-là sans inconvénients et salutaires le plus souvent.

Modes d'administration et doses. — L'Alcool s'emploie à l'extérieur sous forme de lotions, de fomentations, d'injections et d'applications topiques dans des pièces de pansement. On se sert d'Alcool tantôt à 40» Cartier (95° centésimaux), tantôt à 33° Cartier (85° centésimaux), et sous des états de plus grande dilution. Un pinceau chargé d'Alcool à 40" peut servir à toucher des plaies empoisonnées ou ichoreuses, putrilagineuses, affectées de gangrène, de pourriture d'hôpital, de diphtérie infectieuse. Moins concentré, l'Alcool sert à stimuler les plaies atones ou qu'on veut pousser à une cicatrisation rapide ; il suffit, également, à échauffer la peau au niveau des régions qui sont le siège d'un engorgement chronique ou d'un épanchement séreux. Des fomentations alcooliques sur le scrotum auraient guéri l'bydrocèle (Pleindoux).

Cette môme affection est plus sûrement traitée, ai-je dit, par la méthode

ALCOOL A 9S° CENTÉSIMAUX. 303 des injections. Ad. Richard introduit dans la tnnique vaginale seulement S grammes d'Alcool froid à 36° Baumé. On a injecté aussi de l'Alcool fort dans les narines et dans l'utérus, pour arrêter les hémorrhagies. Dans le péritoine, Jobert (de Lamballe) n'a porté que de l'eau alcoolisée.

Une mixture d'Alcool à 33° : 200 grammes, avec 100 grammes d'eau, peut être employée en collutoire contre les stomatites ulcéro-membraneuses et scorbutiques, en gargarisme contre les angines malignes accompagnées de diphtérie, de sphacôle ou de putrilage, en lotions générales pour empêcher ou modérer les sueurs des phtisiques. On prépare encore des lavements de vin, d'Alcool dilué, ou mixtes : 2 parties de vin et 1 partie d'eau-de-vie (Debout), contre les métrorrhagies.

Les fumigations alcooliques se font avec de la vapeur se dégageant par la chaleur d'une masse d'Albool en ébullition et amenée par un tube dans une boîte où le sujet se trouve enfermé jusqu'au cou, ou bien sous les couvertures du lit dans lequel il couche. Quelquefois on se contente de faire arriver au contact du corps les produits gazeux de la combustion d'une lampe à Alcool.

A l'intérieur, on ne pourrait donner l'Alcool pur qu'en très petite quantité à la fois, dans un cas d'urgence, pour dissiper une syncope ou conjurer une attaque d'apoplexie. C'est habituellement l'Alcool affaibli, de 16° à 22° Cartier, ou eau-de-vie dont on fait usage. On en fait prendre comme stimulant diffusible et inébriant de SO à 200 grammes par jour, à doses fractionnées.

Todd administre toutes les heures, toutes les deux heures, ou à des intervalles plus longs, une cuillerée à thé ou une cuillerée à soupe d'eaude-vie étendue d'eau. La potion qui porte son nom est ainsi composée {Codex) : eau-de-vie vieille ou rhum, 40 grammes; sirop simple, 30 grammes; teinture de cannelle, 5 grammes; eau distillée, 75 grammes. — Fonssagrives la modifie dans ce sens : Eau-de-vie, 60 à 120 grammes ; hydrolat de menthe, 60-120 grammes; sirop de Tolu, 30-60 grammes.

J'ai adopté la formule suivante : Alcool rectifié à 85° (32° Cartier\ 20-50 grammes; eau de fontaine, 50-80 grammes; sirop d'écorce d'orange amère, 30 grammes.

La dose quotidienne d'Alcool doit quelquefois être doublée ; en ce cas, il convient de doubler aussi la quantité d'eau qui sert à l'affaiblir.

La méthode des inhalations serait applicable à l'Alcool aussi bien qu'aux autres substances volatiles. On se grise en respirant des vapeurs spiritueuses. Ce serait même le meilleur moyen d'obtenir des phénomènes toxiques, pourvu que l'air atmosphérique fît presque enlièrement défaut.

En pharmacie, l'Alcool sert de véhicule à un grand nombre de principes actifs dans les préparations connues sous les noms dCesprits, d'alcoolés, d alcoolatures et de teintures alcooliques, de môme que dans les vins médicinaux. Sous ces formes, il se [prend d'ordinaire en trop petite quantité pour acquérir une importance physiologique et thérapeutique. C'est ainsi que, dans la teinture alcoolique de digitale, l'action stimulante du dissol-

o04 ALUN DE POTASSE, SULFATE D'ALUMINE ET DE POTASSE.

vant est insignifiante en comparaison des effets toniques et sédatifs du ■ principe immédiat.

ALUN CALCmÉ. — Voy. Alun DESSÉCHÉ.

ALUN DE POTASSE, SULFATE D'ALUMINE ET DE POTASSE, Sulfas aluminicus potassicus.

Angl. : Alumen potassicum, Common or Potash Alum.— Ail. : Alaun. VAlun (3SO»A12 03,S03KO + 3/xHO) se rencontre natif dans le voisinage des volcans. Ce sel, soluble dans 10,5 d'eau froide et 2,5 de glycérine, cristallisé en octaèdres, forme des combinaisons insolubles avec l'albumine, le caséum et la gélatine. Ces composés sont solubles dans les acides acétique et cblorhydrique, et l'alumine ne saurait en être précipitée ni par l'ammoniaque ni par la potasse. , , p . • . .

Action physiologique. - L'Alun est doué d'une saveur à la fois acide et astringente très énergique. Dans la bouche, il provoque un flux de salive et de mucus qu'il coagule en partie et transforme en pellicules blanches, passablement cohérentes, d'apparence croupale. Il agit d'une mamère semblable, au contact des autres muqueuses, notamment de celle des parties génitales chez la femme. En même temps que l'Alun cause cette hypercrinie ou plutôt cette évacuation des follicules muqueux, des glandes buccales et des glandes salivaires, il peut déterminer le retrait des capillaires, ce qui n'est pas constant (Nothnagel et Rossbach), et faitblanchir alors

la surface du derme muqueux, ce qui amène la diminution de la sécrétion ainsi que l'apaisement des phénomènes de respiration et ^ Mmatose qm se passent dans les capillaires. Il en résulte la sécheresse des surfaces, la sensation de soif et la constipation. -...î^^ at rl'nn

Une application trop prolongée peut être suivie d'une ir itation e d un état congestif ou inflammatoire de la région. Des doses fortes du médicament occasionnent des nausées, des vomissements, des douleurs abdominales, de la diarrhée, et même l'inflammation du tube digestif^

Le sulfate double d'Alumine et de potasse est absorbé rnalgr son action astringente et irritante locale, il se retrouve dans le foie, la raie et urine (Orfila). Lorsqu'il circule avec le sang ou qu'il passe dans les émoncto res^ il produit une astriction plus ou moins marquée des tissus une réduction des capillaires, et conséquemment une diminution des sécrétions, pailiculièrement de celles des muqueuses, ainsi que des hémorrhagies liées à l'hypérémie des capillaires sanguins. minéraux Usages. - L'Alun, type parfait des styptiques ou astringents m né aux est pour ses effets physiologiques et thérapeutiques, 1 ana ogue du tannin, des tanniques et autres astringents. Il est employé à l'e^^^érieur pour re serrer"es tissus, dans les hernies et les relâchements des parois abdominales pr ncipal ment chez les enfants, dans le prolapsus de a muqueu e fl dans les déplacements de l'utérus et dans l'allongement de la luette ,

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