‹ Commentaires th©♭rapeutiques du Codex medicamentarius [electronic resource]Chapitre 24 sur 384 · AIL · texte numérisé non relu

AIL

VAigremoine d'Eupator est une plante indigène qui possède des vertus astringentes et qu'on emploie assez souvent dans ia médecine populaire contre les maux de gorge, sous forme de gargarisme, en décoction dans l'eau ou dans le vin. On utilise ces mêmes propriétés astringentes dans l'hématurie, la blennorrhagie et la leucorrhée, soit à l'intérieur, soit en applications topiques. Fleitchmann l'a beaucoup vantée contre l'angme granuleuse. Dans l'Amérique du Nord les habitants l'emploient contre la fièvre inflammatoire.

L'Aigremoine entre dans le Catholîcon et VFau vulnéraire.

AIL, Allium sativum, L. — Liliacées.

Angl, : Common cultivaled Garlick. — AU. : Knoblavch.

Composition. — La plupart des espèces du genre Allium sont abondamment pourvues, principalement dans le bulbe, d'une huile volatile sulfurée (C^H^S), âcre et pénétrante, à laquelle elles doivent leurs propriétés communes d'agents irritants et même vésicants. Au point de vue de l'énergie, V Allium sativum tient la tête, mais il peut être suppléé par les A. cepa (oignon), ascalonicum (échalote), etc.

Action physiologique. — Les émanations du principe volatil des Allium picotent les yeux et font couler les larmes. En contact avec la muqueuse buccale, ce principe détermine une saveur âcre et stimule la sécrétion salivaire. Apphqué sur la peau, un cataplasme de pulpe d'Ail excite la rougeur, la cuisson, et détermine enfin un soulèvement épidermique comme ferait la cantharide ou le garou. Introduite dans le rectum, une gousse d'Ail irrite vivement la muqueuse et occasionne bientôt un mouvement fébrile intense. C'était, dit-on, un procédé assez usité par les soldats pour simuler une fièvre éphémère, et obtenir une exemption de service. Le principe volatil de l'Ail est un excitant pour l'estomac; porté dans la circulation, il devient un stimulant diffusible très puissant, et qui mérite, sous ce rapport, la réputation d'alexipharmaque et d'alexithère, c'est-à-dire d'agent propre à combattre les effets hyposthénisants des poisons et des venins.

L'essence d'Ail subit une modification dans la circulation sanguine, et la substance nouvelle qui prend naissance est douée d'une fétidité repoussante qui en décèle la présence dans l'haleine et la sueur.

Usages. — L'Ail est employé comme irritant local et révulsif; comme agent antiseptique, sur les morsures d'animaux venimeux, et en lavements pour tueries oxyures.

On le prend à l'intérieur comme antiscorbutique, anthelminthique, fébrigène, et comme antidote" des poisons dépressifs. C'est aussi un remède populaire contre l'asthme. Sa composition et ses effets le rapprochent de VAsa fœtida.

Les Hindous s'en servent pour combattre la fièvre intermittente. Celse le conseillait déjà dans ce but. Enfin, on le considère comme diurétique et comme anticatarrhal, susceptible d'agir contre les hydropisies et les irri-

8 ALOÈS SOCOTRIN.

talions broncho-pulmonaires, probablement par son essence sulfurée. Il s'administre en décoction, sirop, vinaigre. 11 entre dans la composition du Vinaigre des quatre voleurs.

AIRELLE MYRTILLE, Vaccinium Myrtillus, L. — Éricacées. Angl. : Whortleberries. — Ail. : Heidelbeere.

Ce joli arbuste, commun dans nos contrées montueuses exemptes de calcaire, porte des baies d'un violet noir, qui sont rafraîchissantes, faiblement sucrées, acides et légèrement astringentes. On en fait des confitures et un sirop usités dans la dysenterie. Cependant l'usage de ces fruits dispose à la diarrhée. Il faut donc les éviter dans l'entérorrhée et celte forme de dérangement du corps oîi le froid provoque la supersécrélion intestinale et réveille les coliques. Mais la poudre, l'extrait, le suc de baies de Myrtille conviennent dans la diarrhée bilieuse, l'embarras gastro-intestinal et l'entérite aiguë primitive ou secondaire.

AJOWAN. — Voy. Ammi.

ALKÉKENGE, Physalis A Ikekengi, L. — Solanacées. Angl. : Winterche7'ry. — Ail. : Judenkirsche.

L'Alkékenge ou Coqueret est franchement amer dans ses organes de végétation, sucré et acide dans ses fruits, qui sont des baies d'un rouge orangé, comestibles et servies sur les tables en Angleterre et dans les pays allemands.

L'amertume est due, au moins en partie, à une matière résinoïde, la physaline (Dessaigne et Chautard).

Les parties douées d'amertume sont indiquées danslescas où se donnent les amers dépuratifs, et spécialement le Solanum Dulcamara, qui est de la même famille. Les baies, au contraire, sont diurétiques. La plante entière peut être administrée avec avantage lorsque l'indication de pousser aux urines se rencontre chez des sujets cachectiques. D'après les observations de Cazin, il me semble que VAlkékenge agit un peu à la manière du sulfate de quinine. Gendron avait déjà cru y voir un succédané de ce médicament héroïque, mais ses espérances ne se sont pas tout à fait réalisées. . .

En définitive, le Coqueret n'est usité qu'en qualité de diurétique, prmcipalementdans la gravelle, la goutte et les hydropisies. Il doit à la couleur de ses fruits d'avoir été conseillé contre la jaunisse à l'instar de la tisane de carotte ou de garance. Ses organes de végétation s'administrent en poudre à la dose de 4 à 20 grammes ; les baies, en infusion ou en pulpe, celle-ci à la dose de 30 à 60 grammes. On les mange également en nature, et l'on prépare avec la plante un vin qui en reproduit assez bien les qualités diurétiques.

ALOÈS SOCOTRIN. Fourni par l'A/oe socotrina, Lamk, DC.

A. Des Barbades ou de la Jamaïque, Aloevulgaris et A. sinuala, Lamk, DG. ;

ALOÈS SOGOTRIN. 9

Aloes du Gap, Aloe ferox, Lanik, A. horrida A. spicata, Thunb. et A. lingiiœformis, L. — Liliacées.

Angl. : Aloes. — AU. : Aloe.

Outre ces variétés, il en existe un grand nombre d'autres dans la matière médicale, notamment VAloès hépatique et VAloès caballin, autrement dit fétide, réservé pour la médecine vétérinaire. L'Aloès des Barbades purge à très petite dose et paraît le plus actif de tous.

Composition. — VAloès renferme une substance résineuse, une huile volatile, des sels, et Valoine, substance ternaire, à laquelle on assigne la formule C'Hi^^O^ cristallisant en aiguille (W. Craig), soluble dans l'eau à chaud , un peu différente suivant les variétés d'aloès : d'où les noms de barbaloine, nataloine, socaloine (Fliickiger) rappelant sa provenance. Stendhouse en fajt un glucoside, G'«H"0^ L'Aloès des Barbades en contient au moins 2op. 100. Certains Aloès du Cap n'en renferment pas. W. Craig appelle aloine modifiée un produit d'hydratation de son aloïne qu'il regarde comme très actif,

La résine se dissout dans l'alcool, l'éther et les solutions alcalines; elle n'est pas purgative (W. Craig).

ISaloine, au contraire, retirée par les frères Smith, représenterait suivant eux les propriétés de l'Aloès avec une puissance quatre ou cinq fois plus grande. W. Craig admet seulement qu'elle est deux fois plus active et que ses effets sont assez longs à se produire. Robiquet, G. Dobson, Vilden Méhu et surtout Draggendorff la considèrent comme inférieure en activité à l'Aloès. De sorte qu'on n'est pas encore en droit de considérer l'aloïne comme le principe de l'Aloès. Certains Aloès du Cap n'en renferment pas et sont puissants.

Action physiologique.;- Les Aloès possèdent tous une saveur amère plus ou moms nauséeuse et une odeur douceâtre ou forte et désagréable. Quand on en laisse se dissoudre dans la bouche avant d'avaler, l'impression sur les premières voies est suivi d'un sentiment de dégoût et d'horripilation

Parvenu dans l'estomac, l'Aloès agit à peu près comme font les amers'et ouvre 1 appé it. Ultérieurement il produit des effets purgatifs offrant quel ques particularités qui les distinguent. D'abord ces effets sont très longs à

valTn nil^ °' "'.5'"''' '^'^ à vingt chez le che-

Fnr , ^«r.a<^térisent par l'évacuation d'une grande quantité de bile. Enfin il s accompagnent d'une irritation marquée et d'une fluxion sanguine de la fin de l'intestin.

Ces phénomènes sont diversement interprétés. Wedekind, dont l'opires'lÏotlT^ r,^^' déterminer ses effets catharU-

mL''l'ï^',r.i' ré«"ltals. soit qu'on administre le médica-

tTon. r f °" ' «"^^^ manifestation de deux purga-

Set aZdT^ rr °" ''''''' l'aloès à un sel neutre; sur l'absence d effets quand la bile fait défaut dans l'intestin, chez les iclériques; sur

10 ALOÈS SOCOTUIN.

l'existence du maximum d'action chez les sujets bilieux et sur la possibilité d'obtenir les effets purgatifs par une application topique en dehors des voies digestives. Ces circonstances comporlent d'autres interprétations.

En premier lieu, si les selles se font attendre, cela peut tenir à la lenteur avec laquelle se font les réactions (sécrétion et contraction réflexes) de l'appareil biliaire à la suite des impressions faites sur l'orifice inférieur du canal cholédoque et la muqueuse du voisinage. En second lieu, il est difficile de comprendre que l'absorption de l'Aloès puisse s'effectuer en présence du sulfate de soude, qui excite rapidement l'hypercrinie intestinale et l'expulsion des matières alvines ; mais si, dans ces conditions, deux purgations s'observent réellement, on peut les expliquer aussi bien par un effort naturel de la glande hépatique à la suite de toute purgation, ou par la présence dans le duodénum d'une certaine proportion d'Aloès, qui n'a pas été entraîné en même temps que le flot séreux provoqué par le sel neutre. En troisième lieu, l'inefficacité de l'Aloès, quand les voies biliaires sont oblitérées, prouve simplement que le flux bilieux a sa part, une part peut-être prépondérante dans l'irritation intestinale d'où dépendent l'hypercrinie et l'expulsion réitérée des fèces, ou bien que la bile est un dissolvant du principe résinoïde de l'aloès, utile parce qu'il favorise l'action de cette résine et parce qu'il rend plus libre la substance soluble dans l'eau. Dès lors il est facile de comprendre pourquoi les polycholiques sont mieux purgés que les autres. Quant à la possibilité d'obtenir des effets purgatifs par une absorption effectuée à l'intérieur du corps, si elle est réelle, elle s'accorde aussi bien avec la manière de voir exposée ici qu'avec la théorie de Wedekind, car le même fait s'observe pour le tartre stibié, dont personne ne songe cependant à contester l'action locale et directe sur l'estomac.

Ce n'est pas à dire pour cela que l'Aloès ne puisse être absorbé par la muqueuse intestinale, ni circuler dans le foie dont il activerait la sécrétion. 11 est au contraire conforme à l'analogie d'admettre que les choses se passent ainsi, puisque l'Aloès renferme une substance résinoïde assez rapprochée de celles qui entrent dans la composition de la bile. Seulement ce procédé est probablement exceptionnel.

Nous avons dit que l'abondance du flux biliaire est un autre caractère de la purgation aloétique. Cette abondance s'explique également bien dans les deux manières de voir, soit qu'on admette l'irritation ducdénale et cholédoque avec la cholirrhée réflexe (Gubler), soit qu'on fasse intervenir l'absorption préalable etle transport dans le parenchyme hépatique (Wedekmd). Quoi qu'il en soit, la sécrétion biliaire exagérée est constante et vient encore d'être confirmée par les expériences physiologiques de Rutherford et Vignal qui démontrent que l'Aloès est un de nos cholagogues les plus puissants, stimulant encore le foie alors qu'il semble épuisé par un fonctionnement exagéré. Reste la fluxion delà fin de l'intestin.

On peut l'attribuer à l'action directe de l'Aloès sur la muqueuse rectale, à celle de la bile sur la môme région ; ou bien la considérer comme une manifestation de la stase veineuse du foie avec retentissement sur les veines

ALOÈS SOCOTRIN. il

mésaraïques. Suivant toute apparence, ces trois causes se réunissent pour produire le phénomène. Il faut encore y joindre la prédisposition du sujet aux congestions hémorrhoïdales. Cette congestion de la fin de l'intestin et de l'appareil uro-génilal a pour conséquence l'irritation de ce dernier système organique et l'excitation génésique. Il en peut résulter encore des hémorrhagies vésicales et la ménorrhagie ou des épistaxis utérines.

L'absorption de l'Aloès étant nécessairement inverse de son action purgative, il ne doit en pénétrer que très peu dans les racines de la Teine porte, et l'élimination doit avoir lieu directement par la glande hépatique, sans qu'aucune portion, arrivée dans la circulation générale, puisse exciter le rein. Cependant la diurèse s'est montrée quelquefois accrue à la suite d'un purgatif aloétique.

Quand l'Aloès est administré à doses assez fortes pour devenir énergiquement purgatif, il donne lieu indirectement à la faiblesse, au ralentissement du pouls et à l'abaissement de la température que produit toute spoliation de même valeur. Contrairement à l'assertion de Giacomini, l'Aloès n'est donc pas un hyposthénisant direct.

Substances auxiliaires et synergiques. — Les autres résines ou gommes-résines purgatives, principalement la gomme-gutte, le calomel, qui provoquent également le flux de la bile, sont des auxiliaires souvent associés à l'Aloès dans les nombreuses formules dont il est l'objet. Le sulfate de fer, selon Christison, les amers, le sulfate de quinine en particulier (Fonssagrives), accroîtraient l'abondance des évacuations alvines.

Les alcalins sont adjuvants en ce sens qu'ils favorisent la solution des substances résineuses; les aromatiques, parce qu'ils empêchent les coliques.

Substances antagonistes, incompatibles. -- Les narcotiques contrarient les effets de l'Aloès comme ceux de tous les purgatifs ; les acides ne sont pas favorables à son action. Les huiles essentielles en sont peut-être des correctifs, mais on ajoute sans preuves suffisantes que le savon et les alcalis diminuent les effets purgatifs de l'Aloès.

Usages. — L'Aloès, à petites doses, est employé comme apéritif et stomachique dans l'anorexie et la dyspepsie liées à l'atonie stomacale et à la pénurie de la sécrétion biliaire.

A doses plus fortes, il est très fréquemment usité comme purgatif. On doit le préférer à d autres chez les sujets phlegmatiques dont la muqueuse digestive est torpide, la tunique musculaire atone, et lorsqu'on veut faire

couler la bile, détermmerl'eirort menstruel ou l'activer ; enfin, pousser aux hémorrhoides et les rendre fluentes.

11 est contre-indiqué toutes les fois qu'il existe de l'entéro- colite, deThé- ?nl?;i 'TTf"?^'^'^''^ hématuries, des métrorrhagies

ntér r' ^'^^°^'tement, ou bien quand on n'a aucun

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Il est superflu de faire remarquer, après Trousseau et Pidoux, que l'Aloès ne crée pas des hémorrhoïdes de toutes pièces, et que, sans la dispo-

12 ALOÈS SOCOTRIN.

silion organique préalable, il donnerait plutôt un Qux dysentérique qu'un bourrelet variqueux de la veine mésaraïque inférieure. Ce purgatif n'engendre pas davantage un ovule, il ne fait que décider une congestion sanguine, la rupture de la vésicule de Graaf et l'hémorrhagie utérine qui signale la dernière phase de l'ovulation spontanée. Toutefois l'Aloès à doses faibles et répétées peut, en maintenant l'hypérémie des veines et de l'appareil génital interne, favoriser la nutrition et la maturation de l'ovule prédestiné ; de môme que la phlegmasie chronique d'une articulation ou du squelette d'un membre occasionne le développement luxuriant du système pileux de la région. v ^ h

En qualité de drastique et peut-être par une action spéciale, 1 Aloès exerce, dans certaines conditions, une action vermifuge contre les ascarides lombricoïdes, et mieux encore contre les oxyures, lorsqu'il est porte directement dans le rectum.

L'action topique de l'Aloès était autrefois mise à contribution pour tonifier les ulcères et les surfaces muqueuses enflammées et affectées de suppuration. Cet usage conservé par la médecine vétérinaire a retrouvé aujourd'hui quelques partisans. La teinture d' Aloès est un topique estimé et Millet préconise pour les pansements la poudre en nature dont on couvre les plaies pour hâter leur cicatrisation .

Son emploi interne est avantageux dans une foule de conditions morbides. , ,

Ainsi l'Aloès est indiqué dans la multitude des cas où les purgatils sont utiles. L'hypercrinie bilieuse et muqueuse, la fluxion sangume qu il détermine, détournent une autre fluxion ou tarissent un catarrhe sur un autre point. De cette façon, les aloétiques, dont l'action primitive est assez simple, deviennent, dans les mains du tacticien habile, les mstrunaents efficaces de la révulsion, de la dérivation et de plusieurs autres médications qui, bien qu'armées du même moyen, sont cependant ^,c'^^^^P;;^i^ but qu'elles se proposent et par le procédé à l'aide duquel elles s efforcent

de l'atteindre. , , , j n

Modes D'ADMiNisTBATiON ET DOSES. - Entièrement soluble dans alcooU l'Aloès s'administre quelquefois en teinturç vineuse ou alcoolique Vins souvent on le donne en pilules. On le prescrit à des doses variables de o centigrammes à 1 gramme, pur ou associé à d'autres agents synergiques ou adjuvants. Les doses les plus faibles conviennent lorsqu on veut simp ement exciter l'appétit et stimuler les fonctions digestives. Il faut augmenter la masse quand on veut obtenir les effets purgatifs ou fluxionnants. r Gomme apéritif et stomachique, l'Aloès peut être donné sous forme de : Pilules ante cibum, ou Grcdns de vie. - Chaque pilule de 20 centigrammes contient environ 10 centigrammes d'Aloès, 5 centigrammes d extrait de Quinquina, le reste étant représenté par du sirop d'absmthe.

Pilules ou Grains de santé du docievr Franck. - On suppose que la pi ule de 10 centigrammes était, en majeure partie, formée d aloès. Dans la lormule généralement suivie, chaque pilule contient de 3 à 4 centigrammes

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