‹ Commentaires th©♭rapeutiques du Codex medicamentarius [electronic resource]Chapitre 276 sur 384 · CYANURE DE ZINC · texte numérisé non relu

CYANURE DE ZINC

Ansl • Ciianide of Potassium. — AU. : Cyankalium.

h& Cyanure de Potassium (KGy) est déliquescent, conséquemment très soluble, et exhale à l'air l'odeur d'acide cyanhydrique. Décoraposable par tous les acides, il forme des sels doubles avec la plupart des métaux, dont il dissout les oxydes, les chlorures et divers composés.

L'action physiologique du Cyanure de Potassium est nécessairement semblable à celle de l'acide cyanhydrique (voy. ce mot), puisque l'acide carbonique de l'air suffit à chasser l'acide cyanhydrique de sa combinaison

avec le potassium.

Les synergiques et auxiliaires du Cyanure de Potassium sont les agents des médications sédative et antispasmodique. Ses contre-poisons et antidotes, ainsi que ses incompatibles, sont les mêmes que pour l'acide hydrocyanique. Il serait de plus incompatible avec les acides, s'il possédait des propriétés différentes de celles de l'acide cyanhydrique lui-même, et si l'on pouvait compter sur son inaltérabilité en présence du gaz carbonique et des acides des premières voies.

Employé autrefois pour la préparation extemporanée de l'acide cyanhydrique, le Cyanure de Potassium est rarement usité en médecine. On ne s'en sert presque jamais pour l'usage interne; cependant Josat l'a prescrit contre l'hystérie et la chorée. On l'emploie en applications topiques sur es tempes et le front dans les migraines, les céphalalgies et névralgies rebelles ou violentes (Trousseau et Pidoux, Bonnet), comme anesthésique local.

Modes d'administration et doses. - Le Cyanure de Potassium se donne à l'intérieur en pilules, en sirop ou en potion, à la dose de 1 à 5 centigrammes. On peut arriver graduellement jusqu'à en donner 20 centigrammes. A l'extérieur, on l'emploie en solution soit dans l'eau, soit dans un mélange à parties égales d'eau, d'alcool et d'éther (Trousseau), à raison de 50 centigrammes pour 100 grammes de véhicule. On imbibe de la l;q^eur des compresses qu'on applique sur la région douloureuse. D une façon générale, on peut dire que le Cyanure de Potassium est un médicament infidèle à cause de sa facile décomposition (E. Lelu et G. Lugan). Mieux vaut donc s'adresser à d'autres préparations cyaniques.

CYANURE DE ZINC, Cyanuretum zincicum.

Angl. : Cyanide or Cyanuret of zinc. — Ail. : Cyanzinck.

Le Cyanure de zinc, ZnCy, est une poudre blanche, insoluble dans 1 eau et l'alcool, soluble dans l'ammoniaque, insipide, et laissant dégager son aciûe cyanhydrique en présence d'un acide tant soit peu énergique.

Action puysiologique. - Elle est probablement analogue à celle ûe l'acide cyanhydrique en même temps qu'à celle du zinc. D après Luion c'est un sédatif vasculaire, un diurétique, « une digitale minérale, » à dose faible- un hypnotique même. A dose élevée, il détermine des verliges et des troubles gastro-^intestinaux assez violents et pourrait devenir toxique à

''^:ZÎ'^^^:i^^'^^^ qu'une seule application, désignée par

DEXTHINIî.

les travaux de Luton, assez intéressante d'ailleurs, puisqu'il s'agit du traitement des affections rhumatismales : arthrites, névralgies, manifestations encéphaliques, etc. Le Cyanure de zinc aurait (Luton, Deschamps) de véritables effets spécifiques contre ces affections, faisant céder à la fois le mal et les accidents généraux.

On l'a encore administré contre l'hystérie, l'épilepsie et la chorée; dans les névralgies de l'estomac et aussi comme anlhelminthique (Henning), associé au jalap.

Modes d'administration et doses. — On prescrit 1 à 5 centigrammes de ce sel en pilules, plusieurs fois par jour, ou bien dans une potion gommeuse additionnée d'eau de laurier-cerise (23 grammes). On peut le donner, à l'exemple de Henning, avec de la magnésie calcinée et de la cannelle dans la gastralgie liée à l'acescence gastrique.

E. Lelu et Lugan lui préfèrent le Cijanure double de potassium et de zinc, d'une saveur sucrée, inodore, très soluble dans l'eau froide, facilement attaquable parles acides et se conservant fort bien. Il renferme 44 0/0 d'acide cyanhydrique anhydre ; 7 à 8 centigrammes sont prescrits en potion aromatisée avec de l'essence de menthe.

DEXTRINE, Dextrina.

Angl. : Dexlrin. — AU. : Dexlrin, Stàrkegummi.

La Dextrme est une poudre jaune, isomérique avec l'amidon, d'une saveur fade, d'une odeur assez forte, empyreumatique, soluble dans l'eau et l'alcool faible, insoluble dans l'alcool fort et l'éther, très fortement dextrogyre, d'où son nom.

Elle était assez employée, il y a quelques années, à la confection des Ijandages inamovibles; mais le plâtre et la solution de sihcate de potasse ont beaucoup restreint cet usage.

Voici, toutefois, comment on procède : la poudre de dextrine (iOO grammes) est humectée d'alcool camphrée (60 grammes) pour en isoler les grains, puis on ajoute l'eau peu à peu, avec ménagement, en même temns qu on agite le mélange de manière à faire une pâte de consistance de miel coulant, dans laquelle on trempe la bande de toile, qu'on roule ensuite et qu'on applique autour du membre fracturé, préalablement environne de compresses ou d'ouate. La pâte dextrinée ne tarde pas à sécher et 1 appareil au bout de 24 heures a déjà une dureté considérable

Devergie considère le bandage dextriné comme utile dans l'eczéma des membres mféiieurs, compliqué de varices et d'œdème

La dextrine entre dans la confection des pains de luxe, et sert à fabri quer de la bière et d'autres liqueurs analogues. On en fai une sane au remplace celle de gomme. ^"^

La Dextrine a été proposée comme substance peptogène, pour faciliter

r,i:ni.EB et Laudiîk, :i" édition

UIGITALINE

vl cln^"^l bien la viande qui en est enrobée (Seure). On pourra.t Zc i me "mb e, l'associer anx poudres de viande pour assurer leur conse° va;l et le" rendre plus digestibles (E. Labbée).

DIGITALINE, ^i^Mna.

AnKl : Digitaline, Picrin. - Ail. : Digitabn.

tlt Variétés sont inscrites au Codex : la Digitaline amorphe el la Dig -

Son meilleur dissolvant est le '^W»™'»™^ , ^^„, Digitalines par le

teinte rosée, puis vmeuse ^7°»» ^"Y"; '^^^ et chlorhydrique. Seule aussi comme son aînée avec les f"^^^^^^^^^^^ ^ ^^^J,t qu'elle peut

ment elle n'a pas d'odeur, e '==P™'if '^J*^^ plus remarquables prose volatiliser sans décomposition à 180 . Lune de ses P

priétés consiste à devenir fortement é'ect"«ue paH ^^^^^^^^ ^^^^ ^ure inférieure l m-. Sa -^P-^ules C^ff«ot^ C'H-O», les-

présentée par l'une de ces deux f»™"'",,': " ,!^ni.itaii„e soluble donnée quelles ne s'éloignent pas beaucoup de celle de la D.gitai

par Kosmann. j',,np r-iihle nroportion d'un

La Digitaline de Nativelle est accompagnée ^ "if P^^^^^ et principe'magniflquement c-taUisé mais ine^^^^^ auquel Blaquart donne le nom de digitmose pour mmq

'7J^ :;?r::ae feu,lles de d.gitale c-isies ne —

de Digitaline cristall.sce taudis qu'ds '-™=^f 8™™,,es de Blaquart,

b:rBuZ^^crt-— ^^^^^

DIGITALINE. 723

pose de la désigner, de la Digitaline amorphe, de la digitinose, de l'acide digitoléique, du chlorure de sodium, de l'acétate de potasse et un liquide rouge sombre, sirupeux, contenant, entre autres choses, une petite proportion de sucre.

La Digitaline cristallisée de Nativelle se distingue par sa puissance pharmacodynamique supérieure, chez l'homme, aussi bien que par sa plus grande pureté. Mais dans ses expériences comparatives Blaquart a trouvé la Digitaline cristallisée extraite de la Digitaline de HomoUe et Quevenne, un peu plus active encore.

Il existe une forme de Digitaline pour ainsi dire intermédiaire entre l'amorphe et la cristallisée, c'est la Digitaline globulaire de Roucher, dans laquelle l'habile chimiste a démontré l'existence d'une cristallisation, visible seulement à l'aide des instruments grossissants. Je l'ai trouvée très énergique aussi, dans mes essais cliniques, d'ailleurs trop peu nombreux pour me permettre d'en fixer la valeur relativement aux deux espèces commerciales. 11 m'a semblé cependant qu'elle se rapprochait plus, sous ce rapport, de la Digitaline amorphe que de celle qui est manifestement cristallisée; et dans une ou deux circonstances elle s'est montrée moins puissante que la Digitaline complètement amorphe.

Nous sommes plus avancés en ce qui concerne la valeur de la Digitaline de Homolle et Quevenne, comparée à celle de Nativelle. La belle Digitaline cristallisée, soumise à l'appréciation de la Commission de l'Académie, m'a paru deux ou trois fois plus active que la Digitaline de choix qui m'a été remise par le D"" Homolle. Mais cette supériorité, si évidente dans mes expériences sur l'homme ainsi que dans celles qui ont été faites déjà par d'autres cliniciens (Marrotte, Viilpian, Widal), ne se manifeste pas également dans toutes les espèces animales. Tout au contraire, les résultats de mes expérimentations sur les grenouilles, faites avec le D^ Ernest Labbée, sont plutôt favorables à la Digitaline amorphe, qui m'a paru produire à peu près constamment des effets toxiques plus prompts et plus sûrement mortels que la Digitalme cristallisée, injectée à la même dose sous la peau de la cuisse. Les laits se sont présentés sous le même aspect à d'autres observateurs, notamment dans les expériences pratiquées à l'hôpital du Gros-Caillou par le D^ Homolle et son fils, interne des hôpitaux, et par Roucher en présence du U' Widal et dont j'ai moi-même été témoin.

Ala vérité il est permis de se demander avec Vulpian si, dans ces conditions, 1 énonié de la Digitaline cristallisée ne dépendrait pas de sa moindre solubih é dans le sérum qui baigne les aréoles du tissu cellulaire. C'est un pomt à éclaircir plus tard. Mais la question n'a plus qu'un intérêt secondaire pour le praticien du moment où il est bien établi que, chez l'homme, a D,g,iahne cristallisée l emporte de beaucoup sur la Digilaline amorphe en a tmté pharmacodynamique. En efiet, la Digitaline de Nativelle manifeste P rfois une puissance redoutable. Je l'ai vue, à la dose de 1 milligramme et iZ : ^;/^«;^P^'«^«d;^:;« vingt-quatre heures, donner lieu à des symptômes d intolérance et à des phénomènes toxiques qui ont ensuite persisté

DIGITALINE.

rendant une semaine. De semblables doses, un peu plus longtemps main- ■ Lues on quelquefois amené des accidents qui semblaient mettre la v>e en pé i'i Ce Remède héroïque devra donc être manié avec une extrême prudence Sous cette réserve et à la condition d'être employée à doses deux ou tro s fois moindres que celles de sa congénère, elle peut être avantageusement prescrite dans tous les cas où la Digitaline amorphe trouve son emploi

"^Tpail les différences de posologie, tout ce qui va suivre doit s'entendre des deux Digitalines françaises qui représentent véritablement, à un degré de pureté plus ou moins élevé, le principe actif de la plante. A doses cent fois moindres, la Digitaline amorphe reproduit toutes les propriétés essentielles et les effets thérapeutiques demandés à la digitale elle-même. La uigitaline cristallisée manifeste les mêmes vertus sous une masse encore deux ou trois fois plus petite que la Digitaline amorphe, rfe choix. Je ne^^g"^ « ici que pour mémoire la Digitaline soluble amorphe de Kosmann, usitée

autrefois en Allemagne. .„^.nHni«;an( En résumé, la digitale nous fournit surtout deux produits .^eproduisan ses principales propriétés, nos deux Digitalines françaises. Mais il ne serait "as rigoureusement scienûfique d'écrire que ce sont làles prmcipes de cette plante. J'ai dit, en effet, qu'il existe dans la digitale, ou du n-nsj n ^> signale d'autres principes, les suivants d'après Schmiedeberg ■ 'J^^^^^^ analogue Ua saponine; la J)ig^tal^ne insoluble dans 1 eau; '^^^ ff^^^: soluble dans l'eai, participant des propriétés de la digitonme et de la Digi talinp la Diaitoxine, la mieux douée en énergie, etc. . Què u^! en soit nos de„x Digitalines sutAsent amplement anx beso^^^^^

de la clinioue il la condition qu'elles résultent d'un mode de p eparation

l ou dën ique: celui du Co*., qui s'impose plus parfcuherement AOT, N avs JoaiQUE. - Outre son odeur spéciale et ^on/^'^o^"™^;'" I;

tume k S. taline possède des propriétés sternutato.res fe-'g.ques >e.

supér'ieurel à celles'de la poudre de feuilles de digitale et de la plupart des

^™;tDe - iHerme dénudé, elle provoque, -ns être cat^tique (^^^^^^^ D.atTALE, page 114), une inflammation locale des plus vives et des p us loureuses, pouvant aller jusqu'à la mortillcation suivie d "'"=™™"'

J'ai été moi-même victime de cette action irritante dans les ■^""^"^^^ su vantes. Au moment oii je venais de secouer un Uacon à large embouchure contenant de la Digitaline^Homolle et Quevenne), j'eus > ™P™^^;;-j,7;„ rer fortement par la bouche la nuée de poussière très l*»"» susnension. Quelques secondes ne s'étaient pas écoulées que déji je re en ais'une vive irritation de l'arrière-gorge. bientôt ^^^xC ^

avec efforts de toux, spasme laryngé et sentiment de sul^o^ati»"' Ue ;,ns tard ma voix était rauque et l'ardeur se ^^P- ^^^f^; „ s,

îendemain j'étais aphone et je restai sans voix pendant cinq J soullrant des symptômes d'une violente 'a^ynso-bronchite Injectée sous la peau en quantité trop lorte, elle détermine pa

DIGITALINE.

phlegmon gangréneux. L.i violence de ces effets topiques varie selon l'espèce animale : chez le chien et même chez l'homme, la Digitaline exerce une sorte de corrosion, tandis qu'elle respecte la chair du lapin et des herbivores. Mentionnons spécialement ici les effets topiques de la Digitaline sur le cœur. Avec une solution forte, on voit les contractions cardiaques augmenter d'énergie et de fréquence, et s'interrompre de temps à autre par des intermittences d'une à deux minutes. Avec une solution très concentrée la suspension des battements du cœur est bientôt définitive (Eulenburg, Ehrenhaus, E. Hardy, Legroux). Il faut distinguer ces effets directs de l'excitation cardiaque sympathique, nettement démontrée par les expériences sur les grenouilles (Dybkowski et Pelikan, Vulpian), et dans lesquelles on voit l'irritation d'un point éloigné du centre circulatoire provoquer aussitôt, par action réflexe, une accélération des mouvements de l'organe central de la circulation. A l'état solide, pulvérulent (Onimus) la Digataline frappe d'inertie le point touché et supprime la vie, en sorte que l'eschariflcation deviendrait apparente si la mort générale ne survenait bientôt.

La Digitaline est un agent d'une grande puissance et toxique pour la presque totalité des animaux soumis à son influence, à l'exception des crapauds (Vulpian, Blaquart, etc.) ; mais son action varie en intensité selon les espèces animales, etj'ai lieu de penser que les grenouilles, par exemple, sont moins sensibles à la Digitaline elle-même qu'à certains autres principes immédiats de la digitale.

Pour obtenir les effets dits généraux ou diffusés de la Digitaline, on a eu recours à trois voies d'introduction différentes : l'estomac, le tissu cellulaire et les veines. De quelque façon qu'on s'y prenne, on observe toujours h peu près le même ensemble symptomalique. Cependant l'ingestion dans le tube alimentaire est particulièrement suivie de malaise épigastrique, de vertige, de nausées, de vomissements et de selles diarrhéiques, phénomènes d'ailleurs beaucoup plus rares (Andral et Lemaistre, HomoUe et Quevenne) avec la Digitaline qu'avec les feuilles de la plante ou les teintures qui en renferment les différents principes immédiats. Ces phénomènes ne se produisent avec la première que sous l'influence de doses vraiment exagérées ou toxiques, telles que celles de 1 à 10 centigrammes qui ont été employées dans les expériences sur les mammifères. A doses modérées (1 à 4 milligrammes par jour), la Digitaline donne sensiblement les résultats indiqués à l'occasion de la digitale.

Sans parler de l'opinion de Sanders, qui associait habituellement à la digitale des stimulants énergiques et qui concluait de deux mille expériences faites dans ces conditions irrationnelles, que la digitale accélère le pouls et cause la fièvre, fait observé par Otto également, mais contredit par Wilkowski, plusieurs auteurs (Baydon, Baehr, llirtz, Pfalf, Constantin Paul) admettent une période d'accélération du pouls au début. Il y a même deux opinions en présence sur l'interprétation du fait, les uns l'expliquant par une excitation directe, les autres par une réaction du centre circulatoire

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contre l'action dépressive du médicament. Mais cette période d'excitation fait défaut quand on n'atteint pas les doses toxiques (Bouley et Reynal, Paul Diiroziez, Kaufmann), ou que la Digitaline n'est pas appliquée sur une surface très sensible et capable d'exciter des sympathies lointaines (Gubler). Des expériences répétées me permettent d'affirmer après Germain (de Château-Thierry), Bouillaud et la plupart des physiologistes, que des doses thérapeutiques amènent d'emblée un ralentissement plus ou moins marqué du pouls. Tantôt, et c'est ce qui a lieu dans l'état de santé ou quand la circulation demeure presque normale, avec soixante-dix à soixantequinze ou quatre-vingts pulsations, l'abaissement n'est que de quatre à dix pulsations à la minute; tantôt, dans les états morbides où la circulation est considérablement accélérée, le nombre des pulsations, qui était de cent vingt à cent cinquante, je suppose, est réduit à la moitié, au tiers et même au quart de la fréquence primitive, avec des particularités dont j'ai parlé à l'occasion de la digitale. Mais ces derniers chiffres ne sont obtenus qu'à la faveur d'une action énergique et soutenue : 1 milligramme de Digitaline cristallisée, ou bien 2 ou 3 milligrammes de Digitaline amorphe continués plusieurs jours de suite. L'administration prolongée de l'agent médicamenteux pendant trois, quatre, six ou huit jours, quelquefois deux septénaires, suivant Hervieux, produit des effets de plus en plus prononcés; mais la majorité des cliniciens s'accorde à reconnaître que le maximum du ralentissement s'observe après qu'on a cessé l'ingestion de la Digitalme (Sanders, Hutchinson, HomoUe et Quevenne, Sandras, Hirtz, Slrohl). Cette assertion mérite examen et contrôle. Le minimun du chiffre des pulsations coïncide avec le plus haut degré d'action physiologique, lequel est atteint pendant l'administration du médicament quand celle-ci est suffisamment prolongée, ou bien n'arrive qu'après coup, en vertu de l'accumulation d'action, lorsnu'on s'est arrêté à temps pour éviter les phénomènes toxiques. Leralentissementabsolu,ultra-normal,c'est-à-direinférieuràlamoyenne

physiologique, ne se maintient guère que deux jours après la cessation du médicament ; mais le calme circulatoire relatif se prolonge bien davantage, et le bénéfice de la Digitaline se fait sentir souvent plus d'une semaine en-

core.

En même temps que le pouls se ralentit, il devient plus plein, plus fort et plus résistant, ainsi que nous l'avons vu à l'occasion de la digitale, ce qui ne veut pas dire que son ampleur soit accrue toujours ; bien au contraire l'admets avec Schiemann, Bouley et Rcynal, Hervieux, Lelion, que souvent l'artère se développe moins à chaque ondée. Néanmoins il ne faudrait pas re-arder cette règle comme absolue, ni môme comme à peu près générale. Dans beaucoup de cas le pouls, d'abord très fréquent et très petit, en raison de la faible quantité de sang qui arrive chaque fois dans le ventricule, augmente de volume à mesure qu'il diminue de fréquence, ce qui n empecue nas l'accroissement simultané de la tension vascnlaire, et par lapropu - !ion plus forte de la colonne sanguine (Kinglake, Bidauld J -s f c^^^^^^ gué. Beau, Briquet, Gubler, Lelion, etc.) et, comme lont .tabli Galan

DIGITALINE.

et Rigal, par la tonicité plus grande des vaisseaux. La résistance de l'artère sous le doigt qui la presse aussi bien quand le pouls est concentré que quand il est amplifié, démontre mieux que tout autre procédé la réalité d'un accroissement de tension vasculaire sous l'influence de la Digitaline. ^ p

Les tracés sphygmographiques (Siredey, Marey et Chauveau, Legroux Oubler) servent à démontrer l'augmentation de la tension vasculaire par leurs courbes extrêmement surbaissées. Quant à l'accroissement de la puissance du cœur, ou, ce qui revient au même, quant à l'augmentation de force de ses contractions musculaires, elle est rendue évidente par les expériences de Briquet, qui, ayant introduit le tube d'un bémodynamomètre dans la carotide d'un chien, et ayant noté la hauteur de l'ondée, a vu, après l'administration de la digitale, la colonne liquide chassée avec beaucoup plus de force à chaque systole ventriculaire.

Mais les tracés de Ferrand et de A. Bordier précisent encore davantage le mode nouveau de la circulation sanguine sous l'influence de la Digitaline, car ils montrent non seulement la diminution d'amplitude des projections pulsatiles, mais aussi l'obliquité de la ligne ascensionnelle, la formation d'un plateau horizontal, et une ligne oblique descensionnelle uniforime.

Lorsque les doses de Digitaline sont exagérées et deviennent nocives, le ralentissement fait place à l'accélération, et des intermittences, des irrégularités plus ou moins marquées succèdent au rythme cadencé de la période thérapeutique. Avec une accélération modérée, l'énergie du pouls reste accrue ; celle-ci ne faiblit, concurremment avec la tension vasculaire, que lorsque le nombre des battements du cœur devient excessif. Alors le pouls se montre petit, dépressible, filiforme en même temps que désordonné.

Bien qu'il existe généralement un rapport proportionnel entre le rythme des mouvements respiratoires et celui des contractions cardiaques, la respiration n'est que médiocrement influencée par la Digitaline ;\ doses thérapeutiques (Bouillaud, P. Duroziez, Gubler).

Toutefois, quand il existe de la dyspnée cardiopalhique, on la voit se calmer à mesure que se ralentit et se régularise la circulation sanguine ; et, dans un cas, Bouley et Reynal ont vu le rythme respiratoire se réduire au chiffre de dix et même six inspirations à la minute. Mais, d'un autre côté, la respiration s'accélère parfois au début de l'action des doses toxiques (Bouley et Reynal), et dans un empoisonnement confirmé on a compté (Dubuc) jusqu'à soixante-huit inspirations, tandis que le pouls, devenu irrégulier et intermittent, était tombé à soixante.

L'expérience clinique, contradictoire à quelques expérimentations sur les animaux, me fait admettre avec Traube, Hirlz, Coblentz, Wunderlich, Oulmont, etc., qu'à doses modérées, la Digitaline abaisse la température comme les rythmes respiratoire et circulatoire. Le phénomène ne devient d'ordinaire apparent qu'au bout d'un ou deux jours d'administration, en

DIGITALINE.

outre, il persiste après qu'on a cessé l'usage du principe actif. Fréquemment il précéderait la modification circulatoire (Smoles, Wunderlich, Lœderich) ; telle n'est pas mon opinion. J'ai toujours vu, et c'est aussi l'observation de Widal, le pouls s'abaisser avant la température, seulement je rattache celle sédation calorifique à la réduction des capillaires et non, comme le pense Traube, au ralentissement de la circulation centrale. A . Duméril, Demarquay etLecointe, ont presque toujours vu la température s'élever d'un ou deux degrés chez les chiens. Ce résultat doit se rencontrer souvent en eflet avec des doses élevées, capables de produire l'accélération et l'irrégularité du pouls, ainsi que l'expansion des capillaires sanguins. Mais c'est alors un phénomène purement passif, une sorte de régression de forces organiques en forces physiques et particulièrement en chaleur, régression comparable à l'élévation subite de température qui se manifeste dans certaines agonies. Un certain degré d'action toxique, amenant des effets vomi-purgatifs, entraînerait momentanément une conséquence inverse, c'est-à-dire la réfrigération. .

Pendant que la Digitaline exerce cette influence sédative sur la circulation, la respiration et la calorification, elle détermine ordinairement une hypercrinie rénale bien prononcée. Cette action diurétique, reconnue par un grand nombre d'excellents observateurs (Withering, Gullen, Joerg, Mérat et de Lens, Bayle, Trousseau et Pidoux, Bouillaud, Bouley et Reynal, etc.), est cependant mise en doute par quelques-uns ou déclarée par d'autres aléatoire et de peu de valeur (Widal). Le fait est quelle est fréquente, sinon constante, principalement dans les cas morbides ou existent des hydropisies liées aux troubles de la circulation centrale. On verra plus loin comment peut s'expliquer cette augmentation dé la sécrétion un-

""Tmesure que la diurèse augmente, les matériaux so.lides de l'urine, et conséquemment sa densité, subissent une diminution correspondan e Le chiffre de l'urée s'abaisse (Megevand), sodt par le fait de 1 exagération de la proportion d'eau sécrétée (Stadios), soit par le ralentissement de la combustion respiratoire (Siegmund), soit, à mon avis, par ces deux circonstances réunies. Cependant d'autres auteurs (Albert, Homolle) signalent 1 accroissement de densité de l'urine malgré l'augmentation de la diurèse aaueuse, ce que je considère comme une exception fort rare.

Les autres sécrétions ne paraissent pas sensiblement influencées parla Digitaline en circulation dans le sang. Il n'en est pas de même lorsque ce principe agit localement : dans ce cas, l'irritation de la surface touchée produit directement ou par action réflexe, une hypercrinie plus ou moms forte des glandes de la région, par exemple des glandes muqueuses ou salivaires, si le contact a lieu dans la bouche, ou bien des g'/^^es gas riq es en intestinales, ainsi que de leurs annexes : foie et pancréas, d où résulte de la sialorrhée, de la gastrorrhée ou de la diarrhée muqueuse.

A doses thérapeutiques, la Digitaline n'exerce aucune mfluence notable suf le systèr^^^^^^^^ de la vie de relation, dont elle trouble au contraire

DIGITALINE. "29

les fonctions quand elle est absorbée en quantité excessive. Dans ce cas on peut observer de la céphalalgie, des vertiges et des bourdonnements d'oreilles, de l'obscurcissement delà vue, des tressaillements, des hallucinations et du délire apyrétique (Vassal, Joerg, Bouillaud, Sandras, ïardieu), la faiblesse musculaire, l'obtusion des sens et l'insensibilité générale (Bouley et Reynal, Orfila),des mouvements convulsifs (Bouley et Reynal, Stannius), du coma et de la paralysie généralisée. Ajoutons à ces symptômes la dilatation pupillaire, habituelle dans l'empoisonnement par la Digitale et ses préparations, ainsi que la diraiinution de contractilité de l'iris, observée une seule fois par Homolle et Quevenne à la suite de l'introduction dans l'œil de quelques parcelles de Digitaline solide.

Du côté de l'appareil génital on observe quelquefois l'anaphrodisie.

L'intolérance du tube digestif à l'égard de la Digitaline ne se manifeste non plus qu'en présence de doses vraiment exagérées ; 2à4 milligrammes de cette substance par jour n'occasionnent ni dyspepsie, ni pyrosis, ni nausées, ni vomissements, encore moins de la diarrhée.

La mort peut arriver tant par les phénomènes directs ou réflexes liés aux lésions du tube digestif, que par les désordres généraux de l'innervation cardio-vasculaire et la paralysie consécutive à l'excès d'action (Bouley et B.eynal).

Quand les sujets succombent aux accidents occasionnés du côté du tube digestif, ainsi qu'aux troubles généraux de l'innervation cardiaque et vasomotrice, on constate, à l'autopsie, les lésions suivantes : La muqueuse stomacale est rouge, tachetée de petites sugillations ecchymotiques qui se retrouvent dans l'intestin grêle ; la rate est ecchymosée et le foie devenu friable (Bouley et Reynal). Aussitôt après la dernière diastole (Claude Bernard), une rigidité cadavérique rapide et persistante s'empare des ventricules, qui demeurent contractés et presque entièrement vides tandis que les oreillettes sont dilatées et gorgées de sang (Dybkowski et Pélikan, Tardieu, Vulpian, Claude Bernard, Hilton, Fagge, Stevenson). Le cœur perd son irritabilité électrique plus rapidement qu'à la suite d'autres intoxications, par la strychnine, l'acide cyanhydrique, etc. (Stannius). Les reins ont été trouvés plus rouges, plus friables, et la muqueuse vésicale fortement injectée (Bouley et Reynal).

Des opinions contradictoires ont été émises sur le mode d'action de la digitale et de son principe actif, le principal phénomène , ralentissement du pouls, sédation circulatoire, ayant été expliqué tantôt par la paralysie du cœur (Orfila, Stannius, Dybkowski et Pélikan), ou par narcose (Bouillaud), tantôt par la tonification (Hutchinson, Beau, Briquet, Lelion etc ) et par une sorte de galvanisation (Gublor) de l'appareil central de la'circulation. Maintenant chacune de ces doctrines principales présente trois nuan-

cesousubdivisions.suivantqueladébilitationouraugmenlationdepuissance sont censées appartenir, soit aux centres nerveux, soit aux conducteurs du mouvement, soit à la substance charnue du cœur. La doclrinc de la paralysie régna quelques années sans partage, bien

niGITA.LlNE.

qu'elle n'eût en sa faveur que les apparences, et disparut devant une expérimentation rigoureusement conduite.

En effet, le sphygmographe, entre les mains de quelques expérimentateurs habiles, et l'hémodynamomètre, dans celles de Briquet, ont démontré rigoureusement cette hypersthénie cardiaque déjà rendue probable par l'étude clinique des caractères du pouls et des symptômes généraux du digitalisme chez les malades et les sujets bien portants. De plus, l'instrument de Marey met en évidence l'augmentation de la tension vasculaire, ainsi que la tonicité artérielle, induite auparavant et d'une manière plus certaine encore, de la concentration et surtout de la résistance du pouls. Telles sont les deux assises principales de la théorie pharmacodynamique de la Digitaline.

Deux points essentiels restent à éclaircir : ce sont premièrement les conditions prochaines du développement de la puissance contractile du cœur et du système vasculaire sanguin ; en second lieu, celles de la plus grande rareté des révolutions cardiaques. Or, la cause de la propulsion plus énergique du sang peut être cherchée, ou dans un accroissement de la force contractile des fibres charnues du cœur, ou bien dans une excitation plus vive de ces mêmes fibres de la part du système nerveux qm les anime. La seconde hypothèse comporte à son tour plusieurs solutions car les décharges nerveuses qui éclanchent le mécanisme de la circulation centrale peuvent être accrues, soit parce que les nerfs excitateurs jouissen d'une meilleure conductibilité, soit parce que les nerfs antagoms es, s il en existe, ont perdu de leur puissance, soit enfin parce que la D.gitalme a doublé ou triplé la force excito-motrice des centres d'mnervation du cœur, ou bien encore parce que le système nerveux f ^^^^^^^^ dMa' mi ux simultanément la faculté d'acquérir plus de force et celle de la mieux

''Ïf point de vue de sa structure et des fonctions de ses parties élémentaires, le cœur, en effet, n'est pas autre chose qu'un musc e comph^^^^^^ Comme tous les muscles, il possède en lui-même /orce dont la ource est dans la combustion respiratoire locale, s'effectuant aux dépens du ng en circulation plutôt que de sa propre substance incessamment renouvelée^ La contraction n'est qu'un changement d'état moléculaire qui conve Ut de la force musculaire latente en travail mécanique ; elle peut être excitée directement dans la fibre charnue par un irritant physique ou chim que auelconque, sans l'intermédiaire des filets nerveux, lesquels n en sont pas Toins les excitateurs ou les régulateurs physiologiques - contracUon^^ musculaires. Les nerfs moteurs en général exercent une double influence sur vZ^^ conlr.clU. : non seuler^ent ils ont la faculté de provoquer 1 muscle à entier en contraction, mais ils jouissent jusqu'à un certain pomt dé cel é d e n ô^her ce changement d'état. La découverte, ^ue peu ^a^Unduede^nerfs suspensifs ou -dérateurs du cœur, ne r^^.. ait do^^^^

, mes yeux qu'un ^^'^l^'^lJ^^^^ conque en puissance de nerf n est pas unie a ontu *

DIGlTALINIi:. '-^^ extérieure, tandis qu'il réagit immédiatement et proportionnellement à sa charge dynamique contre les excitations venues du dehors dès qu'il échappe à la suzeraineté nerveuse. Voilà pourquoi l'irritabilité hallérienne, relativement faible à l'état normal, s'exagère à mesure que, par le fait d'unemaladie générale ou partielle, le système nerveux va perdant son empire. Ces données sont de tous points applicables à la physiologie de l'organe central de la circulation; la seule différence essentielle entre les muscles volontaires et le muscle cardiaque, c'est que ce dernier renferme son stimulant normal, le fluide sanguin, auquel il ne peut se soustraire un court instant.

Claude Bernard, ayant vu le cœur battre pendant la vie, malgré la suppression, par le curare, de ses sources d'innervation, est conduit à reconnaître que les contractions cardiaques sont, dans une certaine mesure, indépendantes du système nerveux. Cette indépendance existe certainement par rapport au système nerveux central; et puisque des contractions partielles peuvent être déterminées{Gubler) dansun cube de substance charnue taillé dans la masse, il est évident par là que la contraction fibrillaire s'effectue sans le concours des nerfs périphériques eux-mêmes. Mais, si cet organe séparé du corps continue à se resserrer tout d'une pièce et d'une manière rythmique, sous l'action d'une coupure ou d'un courant d'induction, il faut bien admettre l'introduction d'un centre nerveux pour répartir uniformément et régulariser l'incitation motrice. On est conduit de la sorte à faire jouer un rôle (Dybkowski et Pélikan) aux ganglions intracardiaques. Quelques expériences semblent démontrer que le pneumogastrique, irrité mécaniquement, peut déterminer la contraction des fibres charnues des ventricules, mais le sang demeure l'excitant normal du cœur. Toutefois les nerfs du plexus cardiaque conservent le privilège de régler la marche de ses mouvements.

Ce résultat est sans doute obtenu par deux voies différentes. Les filets sympathiques, qui gouvernent les vaisseaux propres du centre circulatoire comme les autres, dispensent à ce dernier avec plus ou moins de largesse la matériaux de sa nutrition. Moins actifs, ils permettent l'abord d'une plus grande masse de sang, une réparation plus rapide, et conséquemment une force contractile plus grande ; c'est naturellement l'inverse qui a lieu dans le cas contraire, et la galvanisation du grand sympathique peut aller jusqu'à supprimer les battements du cœur (Moleschott) par ischémie (Gubïer). D'après les expériences de Traube, dont j'accepte la validité, bien qu'elles soient en partie contredites par celles de Schiff et de Moleschott, ainsi que par le fait de Hayem, qui a vu la digitale produire le ralentissement du pouls malgré la compression des nerfs vagues par une tumeur, les filets émanés du pneumogastrique se comportent en apparence de môme : tonifiés par un courant électrique, ils renforcent et ralentissent ou suspendent momentanément les contractions cardiaques; hyposthénisés par des agents toxiques ou supprimés par une solution decontinuité, ils douuentlieu à l'accélération etàl'alfaiblissement de ces mêmes contractions. Seulement, ici le méca-

732 DIGITALINE.

nisme me paraît tout autre : le système nerveux ne se sert plus de l'intermédiaire de la circulation intracardiaque, il impose directement, selon moi son influence à l'appareil musculaire du cœur. Celui-ci est maintenu dans une tonicitétello, que la mise enjeu de sa contraction instantanée exige une excitation beaucoup plus intense qu'a l'état normal. Dès lors les ventricules n'entrent plus en contraction qu'au moment oij ils sont fortement distendus par le sang. Et comme ces longs intervalles de repos sont favorables à la restauration de la force musculaire, il en résulte que chacune des contractions effectuées dans ces conditions nouvelles, est plus énergique et lance avec plus de vigueur l'ondée sanguine dans les divisions artérielles. A la vérité, cette bonne influence pourrait être contrebalancée par l'excès d'action du vaso-moteur qui règle la circulation intracardiaque ; mais il se peut que cette division du trisplancbnique ne subisse pas la loi commune, et que, résistant à cette hypersthénie excessive dont le reste du système sympathique donne la preuve, par le retrait exagéré des des artères et des réseaux capillaires sanguins, elle n'atteigne qu'au degré de tonicité nécessaire pour rendre la circulation plus active.

Avec les changements du centre d'impulsion, cette modification des canaux circulatoires constitue les deux efl"ets fondamentaux delà Digitaline, laquelle s'adresse d'ailleurs à d'autres fibres musculaires de la vie organique, notamment aux tissus contractiles de l'utérus et de l'appareil uro-génital dans les deux sexes, ainsi que cela ressort des effets thérapeutiques, et même aux fibres musculaires de la vie de relation, comme le démontrent les tracés myographiques (Dybkowski etPélikan, Brunton).

Autour de ces deux actions primordiales pivotent un certam nombre de phénomènes secondaires, observables à l'état physiologique ou morbide : ce sont la diminution ou la cessation de la dyspnée cardiaque, la réduction des hypérémies viscérales et des éréthismes vasculaires, l'apaisement de la fièvre et l'apparition de modifications sécrétoires dont la prmcipale est offerte par les glandes uropoiétiques. Les premières conséquences se déduisent trop naturellement de leurs prémisses pour qu'il soit besom d'y insister; il n'en est pas de même de la dernière. Comment la Digitaline arrive-t-elle à produire la diurèse aqueuse ? C'est ce qu il faut expliquer.

Un agent quelconque n'augmente le flux des urines que de deux laçons : premièrement en stimulant directement au passage l'organe sécréteur, secondement en faisant varier les conditions de la circulation rénale. Or a Digitaline agit à si faible dose, qu'il n'est guère permis de supposer qu elle se rencontre à un moment donné en assez forte proportion dans le sang rénal pour exciter la glande comme ferait un excès d'un sel neutre diurétique. D'ailleurs la Digitaline semble peu apte à filtrer avec les urines ou peut-être n'y arrive-t-elle que dédoublée et transformée à la manière des elucosides ou des alcaloïdes imparfaits, puisqu'on ne l'a jamais retrouvée Sans ce produit de sécrétion (Homolle et Quevcnne). Restent donc les modifications circulatoires, dont l'importance a été bien comprise par

DIGITALINE. '^3

Trousseau et Pidoux, Hirtz, Germain, Legroux et surtout par mon ancien interne le docteur Lelion, mais dont le mode d'intervention dans la production de la diurèse n'a peut-être pas été jusqu'ici fidèlement interprété.

En augmentant, ainsi qu'on l'a vu plus haut, la tonicité vasculaire, en faisant pâlir les tissus et en diminuant la calorification, le principe actif de la digitale favorise nécessairement la diurèse aux dépens de la sudation, car, chose remarquable, tandis que l'activité des glandes sudoripares est proportionnelle à la congestion périphérique et à l'exaltation de la température, celle des glandes uropoiétiques est en raison inverse de l'éréthisme vasculaire. Généralement, mais non toujours, pour que la peau sécrète abondamment, il faut que ses capillaires, préalablement turgides, soient violemment distendus à chaque coup de piston du cœur. Le fluxurinaire exige deux conditions diamétralement opposées, savoir, l'absence de congestion ou de stase sanguine dans le rein, l'expansibilité et la contractilité parfaites de son appareil vasculaire et la circulation rapide du sang dans l'intérieur de la glande. Ce qui importe en pareil cas, c'est l'accroissement de la tension active; aussi, l'énergie communiquée par la Digitaline aux contractions cardiaques a-t-elle beaucoup de valeur ; elle accélère davantage la marche du sang dans le parenchyme rénal et contribue puissamment au résultat définitif.

Est-il besoin d'ajouter, après cela, que l'action diurétique spéciale delà Digitaline, peu accentuée dans la torpeur rénale, sera d'autant plus prononcée, que l'anurie se rattachera plus étroitement à l'état pathologique de la circulation, et que la pléthore aqueuse ou les réserves de sérosité libre, soit dans les cavités closes, soit dans le tissu cellulaire, seront plus abondantes? Cette double influence ne saurait être mise en doute, et la dernière, reconnue par Vassal, Bayle et Strohl, se montrerait à l'occasion l'auxiliaire de tous les stimulants de la sécrétion rénale; mais il ne s'ensuit pas qu'il faille (Giacomini, Hirtz, Germain) restreindre l'action diurétique de la Digitaline aux seuls cas de lésions organiques du cœur, non plus qu'à ceux d'hydropisies partielles du tissu cellulaire ou d'anasarque générale. Cette action diurétique se fait également sentir dans tous les cas d'hypérémie passive ou de phlogose rénale.

La théorie physiologique du digilalisme peut se résumer en ces termes : A doses modérées, la Digitaline produit constamment une augmentation de tension active, par action artérielle et par action cardiaque tout ensemble.

L'accroissement de la contractilité vasculaire s'explique naturellement d'après les données actuelles, par la toniflcation de la portion ganglionnaire du grand sympathique. L'accroissement d'énergie de la contraction ventriculaire comporte plus d'hypothèses divergentes et soulève plus de difficultés.

On peut admettre la stimulation directe des fibres musculaires du cœur, la réaction plus vive des ganglions intracardiaques, la parésie des nerfs dépresseurs ou la lonification des nerfs modérateurs. Mais chacun de ces

734 DIGITALINE.

facteurs inlervienl peut-être concurremment avec les autres, dans une certaine mesure, variable selon les cas.

A mon avis, le cœur, comme tous les autres muscles, possède en luimême la force latente qu'il doit transformer en action mécanique. Le sang qui baigne ses cavités est le stimulant naturel de son activité ; seulement le nerf vague est le régulateur de ses mouvements, en ce sens qu'il modère l'impressionnabilité de l'organe vis-à-vis de son excitant normal et que le cœur, tenu pour ainsi dire en bride, ne peut obéir qu'à une excitation forte,' c'est-à-dire à la réplétion totale de ses cavités. Or, cette réplétion exigeant un délai notable pour s'effectuer, les fibres musculaires ont le temps de se charger de force organique susceptible de se transformer en action mécanique par le moyen d'un accroissement instantané de la force de cohésion, d'où résulte un resserrement, une contraction d'autant plus puissante que les repos sont plus longs.

Le cœur, qui ralentit ses battements, recueille donc ses forces, afin de dépenser en une seule décharge la somme de contractilité dont il donnait auparavant la monnaie.

Tels sont les symptômes primaires, fondamentaux, du digitahsme thérapeutique. Mais l'élévation de la tension active, par retrait vasculaire et vigueur du centre d'impulsion, entraîne d'autres conséquences physiologiques qui deviennent ainsi des symptômes secondaires et même tertiaires du digitalisme savoir: 1° l'accélération du cours du sang et la décongestiou des organes hypérémiés, d'où la diminution de la sécrétion sudorale et l'abondance de la diurèse aqueuse; 2° l'amoindrissement des actes organicochimiques qui se passent dans le réseau capillaire, c'est-à-dire le ralentissement de la combustion et l'abaissement de la température, conjomtement avec la diminution de l'urée (de 9 à 20 pour 100 d'après Mégevand) ; 30 l'obstacle aux échanges nutritifs entre le sang et les tissus, et par conséquent l'hypotrophie des organes normaux aussi bien que la réduction des exsudats et des phénomènes parencbymateux de l'inQammation^

Les symptômes toxiques de la Digitaline, entièrement différents de ceux qui caractérisent les doses moyennes, reconnaissent nécessairement des conditions organiques opposées. La diminution delà tension vascu aire, l'affaiblissement, l'accélération et le désordre du pouls aboutissant à a cessation des battements du cœur expriment, comme l'anurie ultime, la paralysie progressive du système circulatoire ; seulement, tandis que Slannius considérait cette paralysie comme primitive, d'autres, et je sui. de ce nombre, pensent avec Bouley et Eeynal, que la débilitation des nerfs vasculaires estun phénomène secondaire, consécutif à la sure-xcilation .

C'est l'épuisement qui succède à l'excès d'action.

Pour expliquer les mômes phénomènes, certains physiologistes mvoquent l'influence du nerf dépresseur de Cyon, issu du laryngé supérieur et du pneur-..strique, et dont l'excitation par l'intermédiaire de la "-e e aura, ZrefletLparalyser lacontractilité vasculaire etconséquemnientd a faiblu

fa ns'on d'augmenter la fréquence du pouls et d'enlraver la circulation.

DIGITALINE. 735 Substances synergiques, auxiliaires. — Le nombre des agents synergiques de la Digitaline est considérable, à n'envisager que son action cardiaque, à ce point que Buchheim en a fait un groupe spécial, le groupe Digitaline, dans lequelligurent déjà une foule de substances. Je cite les plus importantes; ce sont la Nériine ei VOléandrine (Schmiedeberg) tirées du Nerium okander ; VApocgnine et VApocynéine [Apocynum cannaùinum); VAntiarine, V Helléborine, VEoonymine, la Thévétine, la Slrophantine, la Scillaine, VAdonidine,\& Convallamarine, etc., etc. Il faudrait encore y faire entrer la Caféine.

Comme sédatif de la circulation et comme diurétique, la Digitaline trouve des succédanés dans les Veratrum, le colchique, et plus spécialement dans la scille et l'asperge sauvage, et surtout le café et la caféine, qui agissent dans le même sens. En cette même qualité, elle rencontre des auxiliaires dans les diurétiques stimulants, o'est-à-dire dans les sels neutres alcalins qui, tels que le nitrate ou l'acétate de potasse ou de soude, le bromure de potassium, etc., excitent directement les glandes uropoiétiques. C'est un fait d'observation que l'association des sels neutres à la digitale donne un mélange diurétique éminemment efficace. Le froid et les émotions morales dépressives agissent encore sur les reins à la manière de la Digitaline.

Substances antagonistes, incompatibles. — Antidotes^, contre-poisons. — Les antagonistes et les antidotes partiels de la digitale: chaleur, stimulants diffusibles, opium, etc., sont aussi ceux de son principe actif. Le tannin précipite la Digitaline aussi bien que les bases végétales, et peut lui servir de contre-poison chimique. H. Kœhler signale un certain degré d'antidotisme entre la Digitaline et la saponine, partiel sur le cœur, et pour peu même que la mesure soit dépassée, les deux agents deviennent des synergiques doués d'une égale toxicité. L'antidolisme serait, au contraire, plus sûr avec l'aconitine (Milner-Folhergill).

Usages. — De même que la plante qui la renferme, la Digitaline se prête à des rôles variés, et se montre tour à tour tonique du cœur et des vaisseaux, diurétique, fébrifuge, antiphlogistique, etc.

En qualité de tonique cardio-vaso-moteur, cette substance trouve son indication formelle dans les affections du système circulatoire où dominent l'amyosthénie cardiaque et la paresis vasculaire avec ou sans faible tension, que ces symptômes soient l'expression d'une névrose ou bien d'une lésion organique. Elle convientauxpalpitalions nerveuses par défaut d'innervation cardiaque, non dans celles qui reconnaissent pour cause une surexcitation de l'organe; aussi lespréparations de digitale échouent-elles souvent contre les désordres purement fonctionnels du cœur (Trousseau etPidoux). Dans les altérations anatomiques de l'appareil central de la circulation compliquées d'affaiblissement musculaire, la Digitaline est toujours rationnellement indiquée; mais, conformément aux vues de Bouiliaud, elle est loin de rendre dans tous les cas des services équivalents. Le rétrécissement aorlique, voilà son triomphe, car elle se fait alors l'auxiliaire de l'hyper-

• DIGITALINE.

trophie cardiaque et toute la lorce ajoutée devient efficace. Le rétrécissement accompagné d'insuffisance sigmoïde lui offre moins de chances de succès, attendu que l'influence de la seconde lésion, de beaucoup la plus erave 'est plus difficilement contrecarrée.

Toutefois, par son action tonique sur le ventricule dont elle rend la contraction plus soutenue, la Digitaline s'oppose à la rentrée brusque du sang aorlique dans la cavité ventriculaire et prévient peut-être de la sorte l'étonnement du cœur d'où résulte la syncope et la mort subite, terminaison trop fréquente de la maladie dite de Corrigan.

Quant à l'insufiisanoe et au rétrécissement de l'orifice mitral, ils retirent peu de bénéfices de l'emploi de la Digitaline, parce que la puissance artificiellement acquise par le ventricule sert aussi bien à réintégrer le sang dans l'oreillette qu'à le pousser dans Tarbre artériel. Néanmoins, même dans ce cas, il n'est pas inutile de combattre l'asystolie auriculo-ventriculaire d'autant mieux qu'en même temps on stimule la contractilité de tout le système vasculaire sanguin. Or, de même que l'asystolie proprement dite l'atonie des vaisseaux de calibre et des réseaux capillaires vient presque toujours compliquer les lésions chroniques organiques du cœur et en augmenter la gravité; elle peut même, selon Rigal, préexister à la lésion centrale et déterminer consécutivement l'hypertrophie cardiaque. L est l'intégriié dynamique du système circulatoire qui fait la bénignité relative des maladies du cœur dans le jeune âge; dès lors on comprend quel intérêt s'attache à la suppression de l'atonie cardio-vasculaire, soit qu elle représente l'état morbide tout entier, ou qu'elle ne constitue qu un élément

de l'affection principale. -, M'..t;nn

Contrairement aux idées qui avaient cours lorsqu on croyait à 1 action hyposthénisante de la Digitaline, ce principe actif n'interviendra presque jamais utilement ni dans les blessures du cœur m dans es -^la-n^f aio-uës de cet organe, du moins dans leur première période Je ne voi. X d'tndlation p;ssible de l'emploi de la Digitaline que dans es cas d'endo-péricardite compliquée de demi-paralysie du muscle cardiaqu .

Toutes L fois, au contraire, que la phlegmasie ^^^"^/^^^.^"^^"^^Vnrndéré tion motrice du cœur, ou ne donnera lieu qu'à un aflaibUssement modère de ses contractions, il vaudra mieux s'abstenir. u ■ aa

La Digitaline est efficace (Trousseau, Gubler, etc.) dans la cachexie décrite par Graves et Basedow, et qui se caractérise par des palpitations, l'hypertrophie du corps thyroïde et l'exophtalmie. Elle est msignifiante dans l'angine de poitrine et absolument contre-indiquée dans les anevri^Les malgré l'opinion contraire fondée sur la prétendue aslhénie card aqTe qu'elle est censée produire. J'en dirais autant de la congestion et de rapoplexie cérébrales, si la puissance impulsive du cœur et 1 excès de la tension vasculaire avaient toute l'influence qu'on leur prêle sur les hémor-

^'S^'"^^^^" ^e la Digitaline ne se fait pas également sentir dans tous Tes c" s pour lesquels on la réclame. Elle est principalement efficace

DIGITALINE. 737

lorsque la congestion des reins dépasse les limites favorables à leur activité sécrétoire : ce qui a lieu particulièrement dans les maladies organiques du cœur et dans les troubles fonctionnels du système circulatoire essentiellement caractérisés par l'asthénie, et conséquemment par la stase sanguine. Mais cette fâcheuse circonstance se rencontre aussi dans diverses affections rénales primitives ou secondaires, dans la névrose rénale vaso-motrice, dans les néphrites simples ou liées à un état diathésique tel que la goutte, la diathèse urique permanente, ou bien accidentelle comme au déclin des fièvres et des phlegmasies fébriles, la dyscrasie albumineuse ou maladie de Bright (diabète leucomurique) et dans quelques cas analogues. Encore faut-il, pour que le résultat thérapeutique soit obtenu, que les glandes rénales soient spontanément ou artificiellement excitées à la sécrétion ; aussi l'association des sels neutres à la Digitaline est-elle souvent indispensable à la réalisation des effets diurétiques de cette substance. Quand l'irritation sécrétoire préexiste, il suffît d'administrer la Digitaline pour déterminer la diurèse plus sûrement et avec moins d'inconvénients que ne le feraient le nitrate ou l'acétate de potasse, dont l'action stimulante augmenterait parfois la congestion rénale antérieure, et placerait les reins dans des conditions plus défavorables encore à l'exercice de leurs fonctions.

Cependant, pour que l'accroissement de tension vasculaire active détermine une diurèse aqueuse plus abondante, il faut que le rein soit sensible à l'impression de, ses excitants normaux. Au cas contraire, s'il est torpide anesthétique, imbécile, l'augmentation de la tonicité cardio-vasculaire sera comme non avenue. En pareille circonstance l'association d'un sel neutre et spécialement du bromure de potassium sera très efficace.

On s'est beaucoup évertué à démontrer expérimentalement que la digitale et son principe actif réussissent mieux dans les infiltrations séreuses du tissu cellulaire que dans les hydropisies enkystées, dans les épanchements dus à une cause mobile, comme l'amyosthénie cardio-vasculaire, que dans ceux qui dépendent d'un obstacle fixe, comme une thrombose, et que la diurèse qu ils procurent est d'autant plus abondante que l'anasarque est el e-môme plus considérable. Tout cela était aussi facile à prévoir qu'à vérifier, attendu que l'abondance d'un flux est nécessairementproportionnel e à la richesse de la source dont il provient, que les collections séreuses ne peuvent disparaître qu'à la condition d'en supprimer la cause, et qu enfin les aréoles du tissu conjonctif sont reconnues éminemment p opices résorption des produits épanchés. propices a la

La sédation exercée par la Digitaline sur l'érélhisme vasculaire en fait un "anf h ?r et un agent précieux de la médication con Dans la fièvre, les congestions localisées et les phlegmasies fébriles elle amène la réduction du calibre des vaisseauY l. Hirv,- T "^"^ Ho=onf„o^ • . diminution concom tante

des actes organiques qui se passent dans les capillaires sanguins et ? b

YanWe comme an<,«„«y,„ (Graffenaucr, CUilterbuck, Cuirard), la digi- OuBLER ET Ladbée, 3° édition.

DIGITALINE.

taie c'est-à-dire son principe actif, a procuré sept succès au professeur BouiUaud contre la fièvre intermittente. Elle a présenté aussi quelques avantaoes dans la fièvre typhoïde (Wunderlich, Lœderich, Hu-lz), en abaissant d'abord la température, puis le pouls, sans avoir l'inconvénient d'affaiblir le sujet ni de compromettre davantage la structure de ses organes

digestifs. , . . , •

En qualité à'aniiphlogistique, la Digitaline a trouvé surtout son emploi dans les phlegmasies thoraciques et le rhumatisme articulaire aigu. Dans la pleurésie aiguë, dont le mouvement fébrile est généralement très modéré, ce médicament rend peu de services, ci ce n'est comme diurétique, au moment de l'épanchement séreux. Il est mieux indiqué dans la pneumonie, où de nombreuses autorités en recommandent l'emploi (Rasori, Tommasini, Currie, Cuming, Duclos, MiUet, etc.). Cependant l'influence de la Digitaline ne peut se faire sentir que sur le mouvement fébrile et sur l'hypérémie pulmonaire, elle ne peut rien ou presque rien dans les formes violentes et les périodes avancées de la phlegraasie Ihoracique; son opportunité se montre non pas dans les simples congestions qui se termment souvent d'elles-mêmes par délitescence ou résolution, mais dans les cas ou l'état général est déjà modifié en même temps que l'hépalisalion est arrêtée par l'emploi des émissions sanguines ou des éméto-cathartiques, agents principaux de la médication spoliatrice anliphlogistique. Une fois le système sanguin désempli, une fois tombés l'éréthisme vasculaire et l'ardeur de la fièvre, le principe actif de la digitale intervient avec avantage pour abaisser encore les hématocausies et les actes organiques liés au t^ava' de phlogose. L'emploi de la Digitaline est d'autant mieux justifié, que la débilité préalable ou la dépression morbide, récente, du sujet, ainsi que le mauvais état des voies digestives, contre-indiquent plus formellement les moyens spoliateurs et les préparations stibiées (Gallard). A leur tour, la d.gHale et e dérivés présenteraient quelques inconvénients chez les personnes affectées de nausées et de vomissements. .

Le professeur Hirtz réserve la digitale pour les cas de pneumonie grave et la préfère à la saignée, au Veratrum viride, à l'émétique et au .ulfate de quinine. La Digitaline est également vantée contre la pneumonie par T. Saucerotte (de Lunéville). .

Conseillée depuis Fuchs et Beddoès, par un grand nombre de médecins contre la phtisie pulmonaire, la digitale et son principe actif ne sauraieni être dans cette funeste maladie que des palliatifs de la fièvre et des n.ixions inflammatoires, mais nullement des agents de curation. La Digitaline ainsi que je l'ai dit ailleurs, ne trouve son indication formelle que dans les cas où l'excitation cardiaque fomentée par la phlegmasie voisine (Bouillaud) se montre supérieure au mouvement fébrile caractérisé par l'exaltation calorifique, les désordres nutritifs et plastiques, et par les troubles de la secietion urinaire. La Digitaline conviendrait de même dans la scrofule irniaine et fébrile pour calmer l'éréthisme vasculaire sans exercer d'ailleurs aucune influence sur la dialhèse.

DIGITALINE. "^^^ La Digitale a été prescrite avec succès dans le rhumatisme articulaire aigu par Hirtz, Coblenlz et Oulmont.

Les applications de la vertu hémostatique de la Digilalme, qui est réelle, ont été dirigées en partie par des vues erronées. A l'époque où la digitale passait pour affaiblir les contractions cardiaques, on ne manquait pas de la conseiller contre les hémoplysies, les apoplexies pulmonaires et les hémorrhagies cérébrales placées dans la dépendance des maladies du cœur et des vaisseaux. Cette doctrine n'est plus de mise aujourd'hui, et l'expérience enseigne que, dans la majorité des cas précités, la Digitaline rend de tout autres services. Cette substance ne peut conjurer les hémorrbagies qu'en augmentant la tonicité des vaisseaux grands et petits, en diminuant la stase sanguine dans les capillaires quand l'hypérémie est excessive, et par là la difficulté de la circulation périphérique. En outre, comme le principe actif de la digitale porte aussi son action sur des fibres musculaires organiques, ou mieux sur des éléments contractiles autres que ceux qui sont dévolus au système circulatoire, il est clair que cet agent thérapeutique fera principalement sentir son influence sur les organes abondamment pourvus de ces éléments contractiles. On ne s'étonnera donc pas de voir la Digitaline, comme l'ergot, réussir particulièrement dans les métrorrhagies (Brera, Howship, Dickinson, Trousseau, Lasègue, etc.).

Cette action élective de la Digitaline sur les fibres musculaires végétatives lui assure, dans la pratique obstétricale, un usage inverse de celui auquel elle paraissait destinée, suivant l'opinion ancienne. Loin de la faire servir à calmer les douleurs utérines intempestives ou de la proscrire dans les cas d'inertie de la matrice, on la recommande au contraire (Dickinson, Delpech), de concert avec l'ergot et les astringents, toutes les fois qu'il s'agit de stimuler la contraclililé de l'utérus pour l'aider à expulser le fœtus ou le délivre. La Digitaline rendra des services analogues dans l'atonie vésicale consécutive à la cystite. C'est par un mécanisme différent que s'explique son action dans la spermatorrhée irritative, où elle s'adresse d'abord à l'éréthisme vasculaire pour faire cesser les spasmes qu'il occasionne.

Dans les maladies des organes des sens et les affections nerveuses, la Digitaline est appelée à rendre les mêmes services que dans les différents états morbides qui viennent d'être passés en revue, c'est-à-dire qu'elle réprimera seulement les phénomènes phlogistiques et pyrétiques. Cette substance ne s'adresse donc pas à telle ou telle espèce de névrose, mais bien à l'hypérémie ou à la fièvre qui l'entretient ou la complique. D'une manière générale, elle convient aux névroses accompagnées ordinairement de fluxion sanguine, et occasionnellement à celles de nature abirrilative ou mixte quand survient la période d'éréthisme vasculaire (J. Frank, Legroux, Gubler) ; c'est donc à tort qu'on la conseille empiriquement contre la migraine (Debout, Serre d'Alais), la manie (Willis, Currie, Mason-Gox, etc.), l'épilepsie ou le délire tremblant (Spath, Jones, Launay, Nonat, etc.), sans distinction de natures et de circonstances. Pour tracer un précepte conforme à la réaUté des choses,

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il faudrait dire que la Digitaline est utile dans une névrose quelconque, pourvu que celle-ci soit actuellement liée à des symptômes d'irritation vasculaire et de congestion sanguine, comme cela se voit dans une phase avancée d'un accès de migraine ou dans la seconde période du delirium Iremens; mais qu'elle est inefficace ou nuisible dans les débuts de ces mêmes affections à la période d'abincitation et d'ischémie, comme dans le délire asthénique des fièvres et des maladies graves. L'observation des malades et l'examen des faits publiés confirment cette proposition. En ce qui concerne les affections mentales, je ferai remarquer que les principaux succès de la digitale administrée isolément ont été obtenus, soit dans le délire furieux (Mason- Cox, Fanzago), soit dans la manie aiguë et la paralysie générale (Scharkey, Williams et Robertson), dont la première répond à de l'hypérémie cérébrale et la seconde à une péri-encéphalite diffuse. Pour mon compte, je ne l'ai vue réussir que contre les accidents alcooliques déforme congestive. Quant à l'épilepsie, comme la crise semble toujours accompagnée ou occasionnée par un raptus sanguin vers les centres nerveux, on peut, sans distinction de cas, diriger contre elle le principe actif de la digitale (Withering, Corrigan, Neligan, Duclos, etc.) et espérer des succès semblables à ceux que donnent le sulfate de quinine, la belladone ou le bromure de potassium. Malgré l'antagonisme partiel de la Digitaline et de la morphine, Dumesnil et Lallier ont obtenu de bons effets de l'association de la digitale et de l'opium dans l'excitation des aliénés.

A part l'asthme cardiaque par amyosthénie du centre circulatoire, la Digitaline ne convient non plus qu'aux formes irritatives de l'asthme pulmonaire, ou proprement dit, que soulagent si bien le bromure alcalin et les solanées vireuses.

Un médecin espagnol, le D' Gine, a guéri au moyen de la digitale un hoquet rebelle, lié k des palpitations, chez une jeune chlorotique.

Modes d'administration et doses. — En raison de son action topique irritante, la Digitaline n'est guère administrée que par la voie stomacale. Effectivement, malgré les assertions contraires deBrown et de Reynolds qm auraient observé chacun des effets curatifs àla suite de l'application de cataplasmes de feuilles de digitale, il est permis de regarder comme illusoire l'absorption médicamenteuse par la peau intacte. D'un autre côté, pour faire pénétrer la Digitaline parle derme mis à nu ou par absorption sous-cutanée, il faudrait en ménager beaucoup les doses, et conséquemment répéter souvent les applications : avec cette précaution, les injections hypodermiques ne présenteraient aucun inconvénient et rendraient même des services chez les sujets exposés aux nausées et aux vomissements. Ou pourrait injecter à la fois un demi ou 1 milligramme du principe actif (Homolle et Quevenne) ou moitié moins deDigilaline cristallisée (Nativelle), dissous dans 1 gramme d'eau additionnée d'une quantité suffisante d'eau de Rabel, ou d'alcool.

A l'intérieur, cette substance s'emploie d'ordinaire sous forme de granules semblables aux petites dragées qui couvrent certains pains d'épices. Les Granules de Digitaline d'Homolle et Quevenne contiennent chacun 1 miUi-

DIGITALINE. 74i

gramme du principe actif. On en prend un seul à la fois; la dose est de 1, 2, 4, quelquefois 6 ou 8 par jour.

Les granules de Digitaline cristallisée, fabriqués par Adrian, ne renferment que 1/4 de milligramme de substance active, et se prennent également un à un. La dose quotidienne est de 2 à 4 pour un adulte; elle peut être dépassée par degrés, mais avec précaution, et les granules peuvent alors se prendre par deux à la fois.

liQsh'op, qui renferme également 1 milligramme de Digitaline ancienne pour 20 grammes, ou environ une cuillerée à soupe de sirop, n'est presque pas usité.

La Digitaline peut se mettre en potion (Homolle et Quevenne) à la dose de 5 milligrammes dissous dans un peu d'alcool, et ajoutés à 100 grammes d'eau distillée de laitue avec 25 grammes de sirop de fleur d'oranger. C'est là le meilleur mode d'administration, permettant des effets sûrs et rapides. Les inventeurs de la Digitaline insoluble ont aussi fait préparer des pilules diurétiques et purgatives, renfermant chacune un décimilligramme seulement de Digitaline avec scille et scammonée d'Alep, de chacune 5 centigrammes. On en prend de 2 à 6, 8 et 10 par jour. Elles conviennent dans la migraine et les céphalalgies congestives, dans les maladies du cœur et l'anasarque, etc. Bouchardat associe avec raison la Digitaline au sulfate de quinine pour combattre l'hémicranie, conformément à la prescription de Debout, qui avait adopté une formule analogue dans laquelle entrait la digitale en nature.

Dans l'administration de la Digitaline il faut avoir égard à la susceptibilité individuelle et tenir grand compte de l'accumulation. d'action ou, si l'on me permet cette expression, de la tension actionnelle croissante, qui résulte du séjour prolongé de la Digitaline dans l'organisme.

Quelques personnes anerviées ou énervées, sujeltes au vertige et à la syncope, ou bien qui souffrent de troubles gastriques et intestinaux avec propension au vomissement, dépression du pouls, réfrigération, ne peuvent tolérer que des doses minimes <le Digitaline. L'emploi de ce remède héroïque trouve même dans ces conditions, portées à l'extrême, des contre-indications formelles. Les albuminuriques également supportent mal la Digitaline (Bouchard).

D'autre part l'accumulation des effets physiologiques doit engager à surveiller attentivement l'administration de la Digitaline. En général je n'en fais pas continuer l'usage au delà de 3 ou 6 jours consécutifs, sauf à le reprendre après quelques jours de repos. Voici comment je procède. Si le sujet ne m'est pas connu, je prescris une dose inonensive (1 milligramme de Digitalme amorphe du commerce, 1/4 de milligramme de Digitaline crislalhsée) répétée deux fois dans la journée. Si l'expérience m'a fixé sur la tolérance moyenne du sujet, je donne le premier jour matin et soir, un 1/-2 milligramme de Digitaline Nativelle ; le second jour la moitié seulement de ce te dose, et je m arrête, ou bien je soutiens simplement l'action par 1/4 de milligramme chaque jour.

ÉSÉRINE.

EAU DE CHLORE. — Voy. Chlore dissous.

EAU RÉGALE, Aqua regalis.

An°-1. : Nitromuriatic acid. — AIL Kônigswasser.

h' Acide nilro-murialique est, comme son nom l'indique, un mélange d'acide nitrique et d'acide chlorliydrique, renfermant du chlore et de l'acide nitreux, et qui n'est guère usité parmi nous qu'à titre de réactif, spécialement pour la dissolution de l'or.

Les médecins anglais l'ont employée à l'intérieur et à l'extérieur dans la syphilis, les affections hépatiques et cutanées. Quelques praticiens de notre pays ont eu aussi l'idée de la prescrire en limonade ou en potion contre le choléra et dans plusieurs autres circonstances. 11 n'y a pas de raison valable pour préférer cet acide complexe ; il y en a au contraire d'excellentes pour éviter l'usage interne d'un mélange d'une si violente

L'eau régale doit être réservée pour la confection depédiluves et de bams généraux, aux même doses que l'acide chlorhydrique.

La formule du Codex est celle-ci : acide azotique officinal, 80; eau distillée, 20: acide chlorhydrique officinal, 300.

On pourrait en donner de dix à vingt gouttes bien diluées dans une

potion.

ÉMÉTIQUE. — Voy. Tartrate d'antimoine et de potasse.

tstlM^E, E serina. r.^ ■

Angl. : Fseria, Physostigmin. - Ail. Physost^gm^n^ L'Ismne, principe extrait de la fève du Calabar (voy p. ^^S) pa A. Vé^ se présente sous une forme cristalline, en lamelles mmces 't^;^»^-^^^^^^^ incolores. Elle est peu soluble dans l'eau, wl witkoS^^

l'éther, le chloroforme et la benzine. Au dire de Harnack ^^^^J^^^;^ elle serait associée à la calabarine, alcaloïde tétanisant, dans la fève du

'tno. PU.sio.oaiouE. - Elle diffère sensiblement -î^ant qu'on l'enn^^ chez les animaux ou chez l'homme. Et, dans le premier cas, on admet de vLTantes suivant les espèces animales. Mais, en définitive, il ne s ag t ci r^de nuanTes. Que l'on expérimente sur la grenouille ou sur les anmiaux • ?sant chaud on ^aperçoit bientôt qu'il existe dans Vésénsme un phénomène .ITnair l'état paralytique. L'ésérine, en effet, paralyse facilement la Sé^t le mouvement, les actes réflexes, la respiration et le cœur. antauXérieur on note toutefois au début de l empoisonne-

menVdL " ^"^-^ (^--^^ '''''

ment fibriUaire assez caractéristique.

ÉSÉRINE. "î^^

Celte même excitation se retrouve encore du côté de l'appareil digestif et se traduit par de la sialorrhée abondante, des nausées, des vomissements, de l'exonération intestinale fréquente ; et du côté de la circulation, qui est rendue plus active.

La mort survient par arrêt du cœur (en diastole) et de la respiration.

Chez l'homme les effets sont un peu différents. D'ailleurs on ne connaît guère fort heureusement que ceux des doses thérapeutiques exagérées. Alors, au lieu d'accidents de paralysie on note surtoutdes phénomènes d'excitation. Les sujets se plaignent de malaises, pâlissent, ou rougissent, ressentent de l'angoisse épigastrique, de la gastralgie, des nausées, et sont pris de vomissements bilieux, glaireux ou alimentaires; quelques-uns ont des évacuations alvines fréquentes et de la salivation, sans que cependant leur température soit modifiée. Tous au contraire éprouvent un accident des plus pénibles : une contraction spasmodique du diaphragme, violente, désagréable et telle que l'abdomen est secoué énergiquement et distendu parle refoulement du paquet intestinal. A cet état convulsif succède bientôt la paralysie de ce plan musculaire. Tels sont les symptômes indiqués par Bouchut et Cadet-Gassicourt, et observés chez les enfants, fugaces, car l'action de l'ésérineà petites doses s'épuise en moins de trois heures.

Ces petite§^doses font un peu baisser la température et ralentissent le pouls, mais pas d'une façon constante.

Voici maintenant d'autres phénomènes dominants dans l'action pharmacodynamique de l'Ésérine, je veux parler de ceux qui se passent du côté de l'œil. En instillation entre les paupières, à dose peu considérable, elle rétrécit la pupille au bout de quelques minutes et augmente l'énergie de l'accommodation. A dose plus élevée, s'ajoutent à ces symptômes le tremblement des paupières, comme convulsif, de la douleur sus-orbitaire, du spasme de l'accommodation et une myopie passagère avec macropie. Et si la dose est excessive, la pupille se dilate (Rossbach et Frôlich).

Le mécanisme de l'action de l'Ésérine n'est qu'imparfaitement connu, Les opinions les plus admissibles me paraissent être les suivantes : 1" l'Ésérine augmente l'irritabilité des muscles, et, 2° le pouvoir excito-moteur des centres nerveux ; 3° elle détermine la paralysie des extrémités des nerfs moteurs (Martin-Damourette). L'augmentation de l'irritabilité musculaire expliquerait la production de ces palpitations musculaires que j'ai signalées chez les animaux, la respiration spasmodique, le hoquet, l'atrésie pupillaire, la dysphagie, les vomissements, la défécation forcée, la miction fréquente, les battements de cœur, le resserrement des artères.

L'accroissement du pouvoir excito-moteur des centres rendrait compte des convulsions parfois observées chez certains animaux, des effets vasculaires (excitation des centres vaso-moteurs), de la salivation (excitation de la corde du tympan) et du resserrement de la pupille (excitation du moteur oculaire commun).

Telle est la manière de voir de Martin-Damourette, l'un des expérimentateurs qui ont le mieux étudié cette question de VÉsérisme.

744 ÉSÉRINE.

Harnach invoque, lui, tout simplement, la stimulation de l'irritabilité musculaire et n'admet pas généralement l'intervention du système nerveux. Celte manière de voir, qui pourrait tout au plus rendre compte des effets de l'Ésérine sur l'œil dont elle stimulerait les m.uscles intrinsèques, me paraît insuffisante en face des autres accidents de l'Ésérisme.

Nolhnagel et Rossbach se bornent à dire que vraisemblablement l'Ésérine agit sur le système nerveux central, qu'elle paralyse, et sur le système nerveux périphérique, qu'elle stimule d'abord pour le paralyser ensuite.

La théorie éclectique de Martin-Damourette me semble jusqu'à nouvel ordre la plus satisfaisante. Mais elle ne nous éclaire pas sur le mode d'action de l'Ésérine sur le cœur, pas plus d'ailleurs que les autres interprétations proposées.

Nous ignorons enfin quelles sont les voies d'élimination de l'Esérine. Elle modifie l'urine à la façon du curare et la rend sucrée.

Substances synergiques ; auxiliaires. — La grande classe des anesthésiques fournirait bien des synergiques de l'Ésérine, de même que les agents curarisants, à ne considérer que ses effets amyosthéniques. Le jaborandi et son principe, le tabac, la vératrine, etc., ont d'autre part des eff'els hypercriniques du même ordre. Mais s'il s'agit de l'action spéciale sur l'œil, son synergique par excellence est la pilocarpine (voy. Fève du Calabar, p. 140).

Antagonistes. — On a voulu faire de l'atropine l'antidoLe et l'antagoniste de l'Ésérine; mais c'est bien à tort. Les deux alcaloïdes ont sans doute quelques effets opposés, sur l'œil principalement, sur la sécrétion salivaire, etc. , toutefois il serait peut-être imprudent dans un cas d'empoisonnement par l'Ésérine de prescrire l'atropine ; mieux vaudrait se servir des anesthésiques (voy. Fève du Calabar, p. 140).

Amagat a encore signalé l'antagonisme de l'Ésérine et de la nicotine, de l'Ésérine et de la jusquiame, de la daturine et de l'Ésérine, d'après ses expériences de laboratoire. Martin-Damourette admet enfin l'antidotisrae de l'Ésérine vis-à-vis d'elle-même.

Usages. — L'Ésérine est rarement employée par les médécins. Bouchut l'a administrée avec succès dans la chorée, en injection hypodermique, et il assure avoir ainsi guéri cette névrose en dix jours. Mais il reconnaît que le remède est violent et indispose les jeunes malades. Cadet-Gassicourt a été beaucoup moins heureux dans ses essais cliniques plus restreints. Le tétanos a été traité également par l'Ésérine; mais sa supériorité sur d'autres remèdes ne paraît ici rien moins qu'évidente. Y. Cruz recommande alors les injections hypodermiques d'Ésérine à dose croissante, augmentées au fur et à mesure de la tolérance.

C'est surtout en ophtalmologie que ce médicament a rendu de grands services. La plupart des auteurs reconnaissent avec A. Weber, 'S^ecke^ et Laqueur, les promoteurs de l'Ésérine dans les maladies des yeux, qu'elle agit merveilleusement dans une foule d'afiections de la cornée et même

ÉTAIN PUR (EN BAGUETTES). "^o contre le glaucome. On met dans ces cas à profit les propriétés qu'elle possède de réduire la pression intra-oculaire, de restreindre la diapédèse des globules blancs à travers les vaisseaux de la conjontive, et de tarir quelque peu la sécrétion conjonctivale en contractant les vaisseaux de la muqueuse.

D'où son emploi contre les ulcères cornéens, l'ulcère marginal en particulier (M" Naughlon Joiies), les ulcérations avec perforations inQammatoire ou traumatique de la cornée, la mydriase, la diplopie, Tasthénopie (Gubler), les troubles de l'accommodation. C'est encore le collyre à l'Esérine qui est indiqué après l'opération de la cataracte (de Wecker), pour empêcher l'iris de s'engager dans la plaie.

Havard Williams le recommande aussi contre les ulcérations strumeuses de la cornée, l'éruption phlycténulaire herpétique de la conjonctive, la paralysie de l'accommodation, la paralysie a frigore de la branche ciliaire de la troisième paire et la photophobie hystérique. C'est enfin un adjuvant dans le traitement du glaucome, de l'épisclérite et du kératocône ; dans le staphylôme de la cornée (Landesberg).

L'iritis paraît être la seule contre-indication formelle à l'emploi de l'Esérine (Gélis).

Modes d'administration et doses. — On administre généralement l'Esérine en injection sous-cutanée dans les névroses, à la dose de 2 à 5 milligrammes pour les enfants, de 1 à 2 milligrammes toutes les deux heures chez l'adulte. En collyre, on la prescrit à la dose de O^^IO pour 30 grammes d'eau. Généralement on a recours au sulfare d'Ésérine (Voy. ce mot) plutôt qu'à cette base elle-même. Merck a encore proposé le salicylate d'Ésérine, cristallisé, soluble dans 130 parties d'eau, se conservant bien en solution et contenant 66 0/0 d'alcaloïde avec 34 d'acide salicylique.

ESPRIT DE MINDERERUS. — Voy. Acétate d'ammoniaque.

ESPRIT DE VIN. — Voy. Alcool.

ÉTAIN PUR EN BAGUETTES, Stannum.

Angl. : Tin. — AU. : Zinn.

L'Élain, ou Jupiter des alchimistes, est particulier au règne minéral, et n'offre, quant à son état naturel, qu'une seule circonstance intéressante à noter pour la médecine, c'est sa présence en minime proportion dans l'eau de Saidschûtz.

Action physiologique. — Delà part du métal elle est nulle; mais comme l'Étain ingéré dans l'estomac et mis en présence des agents qui s'y rencontrent normalement, ne peut manquer d'entrer dans des combinaisons dont quelques-unes lui communiquent des propriétés actives, il n'est pas exact d'affirmer que ce corps simple reste inerte dans les premières voies. On a cru remarquer que les substances grasses, acides, salines ou simplement albumineuses, conservées dans des vases étamés avec de l'étain

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