GLYCÉRINE OFFICINALE
Glycérine pour le pansement des plaies. C'est un topique de premier ordre, diminuant la suppuration et hâtant la cicatrisation, qu'on a employé avec succès dans les cas de brûlures, d'ulcères simples, d'ulcères de l'utérus, de pourriture d'hôpital, de plaies gangréneuses (Demarquay), d'anthrax, de trajets fistuleiix. On s'en est servi aussi comme collyre dans la xérophtalmie, la blépharite ciliaire,la conjonctivite granuleuse, les ophtalmies catarrhales, etc.; en injection dans certaines affections du conduit auditif externe : otite simple, accumulation de cérumen, etc. Également on a traité par ces mêmes injections l'ozène (Demarquay); par les applications locales les stomatites aphteuse, ulcéreuse, mercurielle, et le muguet; l'angine granuleuse (Debout), la laryngite simple (Scott Alison) et jusqu'à l'angine couenneuse (Bouillon-Legrange) ; la fissure anale (Van Holsbeck), les hémori-hoïdes enflammées, les ulcérations dysentériqiies(Velasco); les vaginites, etc. et quelques dermatoses subaiguës ou chroniques : érythème, crevasses, engelures, eczéma, pityriasis, icthyose, psoriasis, acné, prurigo, lichen, plutôt que les affections cutanées parasitaires.
A l'intérieur on administre la Glycérine à titre de reconstituant dans la phtisie pulmonaire (Grawcourt, Lauder-Linsay, Davasse, Jaccoud, Blacher, Tisné), la scrofulose, le rachitisme (Stirling, Brown, Deighton), le diabète sucré (Bouchardat, Schultzen, Garnier, Pavy, Abboths Smilh), la dyspepsie atonique (Sydney-Ringer et Murrell), la dysenterie (Daudé, Deighton, Wilson), le flux hémorrhoïdal (David Youg), la trichinose (Barton), les calculs biliaires (Ferrand).
La Glycérine a également de nombreux usages pharmaceutiques, grâce à sa propriété de dissoudre une foule de médicaments saas altérer leur composition : substances chimiques, gommes, sucres, matières colorantes, sucs végétaux, teintures, extraits, savons, créosote, albumine de l'œuf, goudron véi:,étal, coaltar, rhubarbe. Elle peut seivir à la préparation d'extraits (Duqiiesnel) et surtout de la pepsine (Vittich, Andouard, Catillon) et devenir le véhicule des alcaloïdes et des principes immédiats qu'on administre par injections hypodermiques (Vulpian, Gubler, G. Paul) : chlorhydrate de morphine, atropine, ergotine, etc..
Modes d'administration et doses. — Les préparations obtenues à son aide portent le nom de Glycérulés ou mieux Glycérés si elles sont liquides, et de Glycérats si elles ont la consistance d'une pommade. Cap et' Garot établissent que la puissance dissolvante de la Glycérine se rapproche de celle de l'alcool affaibli plus que de celle de l'eau distillée, et que les corps sont d'autant plus soliibles dans ce menstrue, qu'ils se dissolvent mieux dans l'alcool.
Le Glyccrat simple, ou Glycérolé d'Amidon (Grassi), peut servir comme émollient et comme excipient de substances narcotiques ou stupéfiantes.
Le Glycéral de Goudron remplace la pommade de ce nom, comme le Glycéréd'Jodc caustique vemplàce avantageusement la teinture alcoolique d'iode, ou la Glycérine iodée la pommade d'iodure de potassium, et la Glycérine anodyne le Uniment laudanisé. La Glycérine créosotée (l pour 50) est plus
774 GLYCYRRIIIZINE AMMONIACALE, GLYZINE.
astringente et antiseptique que la pomnnade au tannin, sans l'Être autant que la solution du perchlorure ferrique. La solution concentrée d'acide phénique dans la Glycérine serait plus énergique que la préparation de créosote. On fait aussi des glycérés de soufre, de morphine, de sulfate de cuivre : les uns destinés à remplacer les cérats et les pommades, les autres servant de collyre d'après les indications de Foucher. Les Glycérés l'emportent sur l'axonge et les corps gras ordinaires parce qu'ils se conservent bien sans rancir, ne salissent pas et sont faciles à manier. On peut dire d'une manière générale que les proportions des principes actifs sont celles de ces mômes principes dans les préparations correspondantes ayant pour véhicules soit l'eau soit les corps gras.
Sans être partie essentielle, la Glycérine entre dans un certain nombre de préparations, danslebut d'en empêcher la dessiccation et d'y maintenir une mollesse favorable à leur action physiologique.
Les extraits préparés au moyen de la Glycérine sont plus facilement miscibles à l'eau et aux corps gras. Dans quelques-uns la Glycérine pourrait empêcher la séparation des résines (Perron). J'ai aussi utilisé cette propriété de la Glycérine de maintenir la mollesse et la facilité de dilution des substances auxquelles on la mêle, pour diviser la résine de copahu et lui donner un degré de consistance favorable à son absorption.
Les solutions de substances actives dans la Glycérine méritent d'être souvent utilisées pour injections hypodermiques. Il y aurait lieu d'employer la Glycérine comme dissolvant de la digitaline cristallisée, qui est très peu soluble dans l'eau, du sulfate de quinine (l gramme pour 40) (Ghautard), du tannin, de l'iodure de soufre, de l'iodure de fer (Yézu), etc.
Catillon l'associe au quinquina et au fer, ce qui empêche la réaction des deux médicaments l'un sur l'autre.
On administre la Glycérine en potion, à doses variables : 50 à 150 grammes, associée à du sirop et de l'eau de fleur d'oranger, ou bien à de l'alcool ou de l'eau-de-vie ; en lavement : 40 à 60 grammes de Glycérine en nature ou 60 grammes de glycéré de mercuriale, à titre de laxatif ; injections, collyre, etc. On l'incorpore aux cataplasmes émollients pour les conserver humides ; ou l'associe à l'huile essentielle de moutarde pour la rendre révulsive à la manière des sinapismes; à l'A. Borique, au phénol, pour augmenter leur solubilité aqueuse; enfin on ajoute 1000 gr. à l'eau d'un bam émollient.
GLYCYRRHIZINE AMMONIACALE, GLYZINE, Glyxina. AH. : Glycyri'liizinum "pur. ammoniac, in lamellis.
La Glycyrrhizine ammoniacale est, comme je l'ai indiqué (voy. p. 336), réellement le principe sucré de la racine de réglisse, puisque la glycyrrhizine est à peu près insipide (Roussin). On peut la considérer comme un elvcvrrhizate d'ammoniaque, neutre. La bonne racine de Smyrne en fournit 6 à 7 p 100. Elle offre les caractères suivants, d'après Roussin, qui l a décrite le premier : c'est un corps amorphe, en petites écailles translucides,
GOUDRON DE HOUILLE, COALTAR, non hyc^rométrique, inaltérable à l'air, très solnble dans l'eau insoluble dLs Alcool for^ et dans les liqueurs acides; d'une -veur sucrée .^^^^^^^ telle qu'à la dose d'un gramme elle communique un gout tiôs agréable ae Hsjinp de réglisse à deux litres d'eau. , , r
EHe ouird'une propriété très remarquable, -Ue de préc pi^r à la façon du tannin les solutions métalliques etles sels d'alcaloïdes végétaux D où il suit qu'elle pourrait devenir un contre-poison de ces substances dans un cas d'empoisonnement. ,w ■•
Cette application n'a pour moi qu'une valeur tout à fait problématique, et mieux vaut simplement recommander la Glyzine pour les usages pharmaceutiques. Elle servira, en effet, plus sûrement de correctif aux médicaments d'un goût désagréable : quinine, sulfate de magnésie, bromure et iodure de potassium, huile de morue, sirop antiscorbutique, etc. 0 est à ce titre qu'elle se recommande aux médecins.
Dujardin-Beaumetz a proposé de l'associer à la teinture de gentiane pour constituer une boisson hygiénique à l'usage des jeunes écoliers.
Elle est désignée enfin pour préparer une tisane de réglisse extemporanément, propre à remplacer le coco : 0,50 par litre d'eau.
GOUDROrV DE HOUILLE, COALTAR.
Angl. : Coal Tar. — Ail.: Stemkoldenthcer, Gastheer.
Le Goudron de houille est un liquide épais, noir, d'une composition extrêmement complexe. On y trouve comme éléments dominants la benzine, des hydrocarbures en grand nombre, des phénols, de lanaphtaline et divers alcaloïdes.
C'est avant tout une substance désinfectante, usitée il y a quelques années pour le pansement des plaies, mais moins communément employée aujourd'hui que l'un de ses principes, l'acide phénique, qui nous donne des résultats au moins aussi satisfaisants.
Corne et Demeaux ont été les promoteurs de l'emploi du Goudron de houille dans les pansements chirurgicaux. Us le mélangeaient au plâtre dans la proportion de 1 à3 p. 100 de sulfate de chaux naturel, ou mieux d'un mélange de 2 parties (en vol.) de plâtre hydraté et une partie de plâtre anhydre.
Le Beuf a très avantageusement modifié cette formule en associant le Coaltar (au quart) à la teinture de quillaya. On a de cette façon un liquide d'un usage plus commode, miscible à l'eau, ce qui facilite singulièrement son emploi.
Le Coaltar saponiné étendu d'eau dans des proportions variables suivant les indications à remplir est un topique utile pour les pansements. Il peut servir de liquide d'injection dans les leucorrhées, et je lui ai trouvé de réels avantages coulre les dermatoses démangeantes à titre de calmant surtout.
Le Coaltar saponifié, de Demeaux, composé de savon, alcool et Coaltar, rendrait des services au moins analogues, vu sa facile solubilité dans l'eau.
IIYOSCYAMINE.
HUILE MINÉRALE, IUJILE DE PÉTROLE LAMP41VTE, HUILE DE PÉTROLE LÉGÈRE, HUILE PÉTRO SOLAIRE. — Voy. PÉTROLE d'Amérique.
HUILE DE VITRIOL. — Voy. Acide sulfurique.
HYDRATE DE CHLORAL. — Voy. Chloral hydraté.
HYDRATE DE MAGNÉSIE. — Voy. Magnésie hydratée.
HYDRATE DE POTASSE. — Voy. Potasse caustique.
DYDROCARBONATE DE MAGNÉSIE. — Voy. Carbonate de magnésie
OFFICINAL.
HYDROCARBONATE DE ZINC. — Voy, Carbonate (sous) de zinc hydraté.
II YDRO CHLORATES. — Voy. Chlorhydrates.
HYDROFERROCYANATE. — Voy. Ferrocyanhydrate. HYDROGÈNE SULFURÉ. — Voy. Acide sulfhydrique. HYOSCYAMINE, Hyoscyamina.
Angl. : Hyoscyamin, Hyoscyarnia. — AU. : Hyoscyamin.
UHyoscijamine, Cs^H^^AzO^, est le principe actif de la jusquiame (Voy. p. 203). C'est un alcaloïde cristallisé en longues aiguilles incolores, soluble dans l'eau, plus soluble dans l'alcool et l'éther; d'une saveur âcre et piquante, d'une odeur de persil (Thibaut), et formant un sulfate bien cristallisé.
Action physiologique. — Elle est la même, à quelques nuances près, que ■celle de l'atropine (Voy. ce mot). A dose faible cet alcaloïde stimule le système nerveux; à dose forte, après une période d'excitation plus ou moins longue, elle le paralyse.
Cinq milligrammes ont déterminé chez un malade d'Empis des phénomènes d'ivresse, des vertiges, des vomissements, un afflux de sang à la face, de la sécheresse de bouche, de la dysphagie et de la dysurie, et puis des hallucinations de la vue, une dilatation pupillaire énorme, un délire violent avec secousses tétaniques, de l'accélération du pouls et de la respiration. L'accès dura trois heures, et tout rentra dans l'ordre.
Des doses plus fortes plongent les sujets dans la résolution, l'insensibilité la plus profonde avec narcose. Tout ceci ne diffère pas de Valropisme.
nVFOPnOSPHlTE DE CHAUX. 777
Topiquement l'Hyoscyamine agit sur la pupille exactement comme l'atropine, avec cette différence peut-être que l'action est plus énergique et durable (SchrofF, Percepied).
Le mécanisme est le même dans les deux cas (Laurent) : la dilatation résulterait surtout d'une action excitante sur les fibres radiées de l'iris.
Usages. — L'Hyoscyamine a été administrée avec succès dans certaines névroses. Oulmont la recommande dans la chorée, et on l'a vue modérer les mouvements désordonnés de la paralysie agitante (Leguin). Les aliénistes surtout la préconisent pour calmer les maniaques agités et leur donner du sommeil (Browne, John P. Gray, Sydney-Ringer , Robert- Lawson). Ce dernier insiste sur sa valeur dans la manie récurrente et dans les formes sthéniques de la manie en général, à la condition toutefois de ne pas la prescrire timidement. Elle agirait mieux alors et plus vite que tout autre médicament.
Enfin on l'a administrée contre les vomissements incoercibles de la grossesse (Pitois) et le mal de mer, unie alors à la strychnine (Embleton).
Je ne parle pas de ses applications en oculistique, qui ne diffèrent en au cune façon de celles de l'a tropine,
iMoBEs d'administration et doses. — On peut administrer l'Hyoscyamine en nature, sous forme de pilule, en potion ou bien en injection hypodermique. Les doses sont discutées. Tandis que les médecins anglais ou américains n'hésitent pas à prescrire plusieurs centigrammes : 3,4 et même 6 (Lawson), en France on procède plus timidement, par milligrammes, et c'est avec raison.
HYPOCHLORITE DE CHAUX. — Voy. Chlorure de chaux sec. HYPOCHLORITE DE SOUDE. — Voy. Chlorure de soude liquide.
IlYPOPllOSPHITE DE CHAUX, Bypop/iosphis calcicus.
Angl. : Hypophosphile of lime. — AH. : Calcium hypophosphorosum.
h' Hypophosphite de chaux, PHO,CaO,^2HO, est un sel blanc, pulvérulent ou en petits cristaux brillants, déliquescent, soluble dans l'alcool bouillant.
Action physiologique et usages. — Churchill, qui a préconisé ce médicament, le considère comme propre à stimuler la nutrition, en raison du phosphore qu'il renferme sous une certaine forme oxydable. Aussi bien le recommaude-t-il dans les cas où cette fonction languit, dans la phtisie principalement. Quoiqu'il en soit de l'hypothèse de Churchill, il paraît que l'Hypophosphite de chaux augmente l'appétit, facilite les digestions, régénère le sang chez les phtisiques, dimiuue la toux et l'expectoration, combat la diarrhée et améliore singulièrement leur état quand il ne les guérit pas (Thorowgood). *
Les mêmes effets reconstituants avec augmentation du poids du corps ont été observés dans d'autres maladies où prédomine la débilité : dans les allections nerveuses, la chlorose, l'anémie, la spermatorrhée, etc.
778 nYPOSULFITE DE SOUDE.
Tandis qu'à dose élevée l'IIypophosphite de chaux déterminerait des effets inverses : affaiblissement, insomnie, mal de tôte, vertiges, bourdonnements d'oreille, perte d'appétit, coliques, diarrhée, hémorrhagie nasale ou pulmonaire. ^
Rabuleau a vu de son côté des phénomènes de pléthore résulter de 1 usage de l'IIypophosphite de soude à la dose de 3 grammes par jour.
Cette question de la valeur thérapeutique des Hypophosphites alcalins est loin d'être jugée. Tandis que divers médecins anglais les considèrent comme de précieux médicaments reconstituants, en France on ne croit guère à leur valeur. Joly et Paquelin ne leur attribuent tout au plus que des propriétés diurétiques. On les retrouve, en effet, en majeure partie dans l'urine, inaltérés.
Modes d'administration et doses. — L'Hypophosphite de Chaux s'administre en nature, sous forme de 'pilules ou en sirop (0,20 par 20 gr. — Codex\ à la dose progressive de 0,06 à 0,45 centigrammes et plus par jour. Il est contre-indiqué chez les fébricitants (Coghill).
HYPOPIIOSPIIITE DE SOUDE, Hypophosphis sodicus. Angl. : Hijpophosphite ofsoda. — AU. : Natrium hypophosphorosum. L'Hypophosphite de Soude, PhO,NaO,2HO, est un sel blanc, amorphe ou cristallin, déliquescent, soluble dans 2 parties d'eau et dans 15 parties
d'alcool à 90°. „ ^ . ,
Ses propriétés, suivant Churchill, ne diffèrent pas de celles du précédent, et il s'administre de la même façon et aux mêmes doses. Sinclair Coghill l'associe à l'hypophosphite de chaux, - 0,50, et le fait prendre dans l'iufusion de cascarille. Le sirop du Codex contient 0,20 de ce sel par cuillerée.
HYPOSULFITE DE SOUDE, Hyposulfis sodicus.
Angl : Hypnsulphite ofsoda. — AU. : Natrium hyposulfurosum.
L'/7™os«//i7ef^e5oî^cZe,S202,NaO-|-5aq.,découvertparVauquelm dans les
résidus de la fabrication de la soude, est en gros prismes traasparenls et incolores, solubles dans 0,6 d'eau froide, insolubles dans l'alcool. Il possède une saveur légèrement amère.
Action physiologique. — Elle est la même que celle du suiQte (Voy. ce mot) et peut être plus profonde et durable (Pietra-Santa).
Usages. - Modes d'administration et doses. - Son énergie plus marquée, sa solubilité plus grande font préférer l'Hyposulfite de Soude aux autres composés analogues pour l'usage externe. Il est employé à l'exclusion de ceux-ci dans le procédé d'embaumement de Sucquet, usité pour la conservation des cadavres destinés aux dissections.
D'ailleurs l'Hyposulfite de Soude peut être substitué au sulfite de la môme base dans toutes ses applications externes et dans toutes celles qui ressortissenl à la médication interne.
Il se prête à toutes les formes pharmaceutiques et peut se donner à la dose quotidienne de 8 à 16 grammes.
IODE SUBLIMÉ, lodum pwissimum.
Aiigl. : lodine. — AU. : Jod.
L'Jode existe dans les deux règnes de la nature à l'état de combinaison. Sans parler des minéraux proprement dits, il se rencontre dans la mer, uni au sodium et au magnésium. Les eaux minérales chlorurées sodiques en renferment une proportion plus ou moins forte, ainsi que du brome. D'autres espèces d'eaux minérales, notamment certaines sources sulfureuses, comme celles de Castel-Nuovo d'Asti, deChalles, de Heilbrunn, d'Uriage, en contiennent également. Parmi les animaux, nous citerons les éponges, les gorgones, les œufs de seiche, les mollusques, Vlulus fœtidissimus, comme renfermant de l'Iode. Parmi les plantes, les plus chargées d'Iode appartiennent à la classe des Algues, et particulièrement aux genres Fucus, Laminaria, Gelidium, Ulva, Gigartina, etc. On a découvert aussi ce métalloïde dans bon nombre de végétaux habitant les eaux douces, spécialement dans le cresson, le beccabunga, la gratiole, la phellandrie aquatique, etc. (Chatin.)
Ce métalloïde, en lames rhomboïdales d'un gris violacé, est faiblement soluble dans l'eau, si ce n'est à la faveur de Tiodure de potassium ou du tannin (Debauque), qui en accroissent singulièrement la solubilité. 11 est au contraire très soluble dans l'étlier (10 parties) et l'alcool (20 parties). La glycérine n'en dissout que 1,90 pour 100.
Action physiologique. — L'action locale de VIode est celle d'un irritant et d'un caustique. Appliqué sur la peau, il colore l'épiderme en jaune brunâtre, l'imprègne dans toute son épaisseur et le frappe de mort. S'il parvient en quantité suffisante au contact du derme, il cause une sensation de chaleur ou de cuisson qui peut devenir fort pénible et durer plusieurs heures. Une rougeur vive et une élévation de température l'accompagnent. L'exhalation séreuse est quelquefois la conséquence de cette irritation, et l'on voit se former des phlyctènes plus ou moins nombreuses ou étendues, qui se vident et se dessèchent lentement; après quoi l'épiderme s'enlève par larges lambeaux. Lorsque l'action est plus modérée, il se fait, au bout de trois ou quatre jours, unedesquamation furfuracée. A l'état solide, l'Iode peut produire une eschare superficielle; cet accident ne se montre pas, sauf dans des circonstances exceptionnelles, lorsqu'on fait agir la solution alcoolique.
^ Grâce à la mortification de la couche épidermique et à la pénétration de l'Iode jusqu'au réseau vasculaire superficiel du derme, une proportion notable du métalloïde passe quelquefois dans la circulation, ce qui n'a pas lieu quand l'infiammation est trop vive, ou quand la région est normalement le siège dune exhalation active, comme cela a lieu pour la main (Gubler). Si le membre badigeonné de teinture d'Iode est enveloppé d'une toile cirée hermétiquement appliquée, on retrouve le lendemain l'enveloppe parsemée
à l'intérieur de gouttes d'un liquide incolore dans lequel les réactifs démontrent la présence de l'Iode, non plus libre, mais engagé dans des combinaisons que je n'ai pu encore déterminer et dont la sueur a fourni les éléments.
Quelle que soit la quaulilé d'Iode qui pénètre par l'absorption cutanée, elle ne paraît pas pouvoir occasionner chez l'adulte les phénomènes d'Iodisme décrits plus loin. Tandis que chez l'enfant, au contraire, de simples badigeonnages à la teinture d'Iode ont pu déterminer une albuminurie passagère (J. Simon, Alex. Bachis) dans la moitié des cas, mais sans gravité (L. Ménager).
L'urine contient alors de l'Iode, combiné.
A l'intérieur, ce métalloïde occasionne dans la bouche une saveur piquante, chaude ou caustique, et dans l'estomac une sensation de chaleur et de stimulation qui éveille l'activité gastrique. Un appétit plus vif et plus soutenu succède à l'ingestion de petites doses répétées. Des doses excessives amènent la phlogose, l'ulcération de la muqueuse et la mort. La vapeur d'Iode répandue dans l'air, puis inhalée dans les voies respiratoires, cause de la chaleur, du picotement, et excite la toux. De la bronchite peut naître sous l'influence de cette irrilalion, ou, s'il en existait déjà, elle se trouve accrue, et de l'hémoptysie peut survenir à cette occasion chez des sujets prédisposés.
Au contact du mucus des voies digestives, comme à celui de l'épidermc cutané, l'Iode s'unit aux matières albuminoïdes qu'il brunit et qu'il coagule. Il se comporterait pareillement vis-à-vis des substances alimentaires azotées. Cette action de l'Iode rend compte de ses effets antiseptiques et antizymotiques, observés et interprétés par Liebig, Magendie, Boinet, Duroy, Davaine, etc.
En môme temps le métalloïde se combine partiellement avec la soude, qui donne aux sécrétions muqueuses leur réaction alcaline. Cette fraction convertie en iodure de sodium est facilement absorbée. Il n'est môme pas impossible que, dissous dans un grand excès de substance albuminoide, le métalloïde pénètre dans le système sanguin sans avoir été préalablement salifié, et circule quelque temps sous sa forme première, invisqué par l'albumine du sérum. En ce cas, l'Iode libre aurait des effets généraux différents de ceux de ses combinaisons avec les bases. Mais la majeure partie de celui qu'on ingère dans les premières voies ne passe dans le sang qu'après avoir été transformé en iodure sodique, et par conséquent l'action diffusée de • l'Iode métallique se confond avec celle des iodures. Nous en parlerons longuement à l'occasion de I'Ioduke de Potassium (Voy. ce mot).
De môme que les iodures, l'Iode métallofdique est entraîné après absorption dans les humeurs sécrétées, et principalement dans l'urine, où il se retrouve certainement en combinaison avec la soude. Nous ne savons sur quelle raison Thompson se fonde pour affirmer que l'Iode passe inaltéré dans les urines.
L'Iode, aussi bien quel'iodure de potassium, passe très rapidement dans l'urine. Après une injection iodée dans la bourse séreuse trochantérienne,
IODE SUBLIMÉ. 781 Richardson a obtenu, au bout de trente secondes, une légère réaction caractéristique qui s'est montrée plus franche après une minute entière. Trente secondes plus tard, la coloration violette de l'amidon était plus intense encore, mais ensuite elle s'atténuait rapidement, et toute réaction avait quelquefois disparu cinq minutes après sa première manifestation. L'apparition de Tlode dans l'urine après les badigeonnages sur la peau, dans mes expériences, s'est fait attendre davantage, mais la présence du métalloïde dans la sécrétion rénale pouvait être constatée pendant plusieurs heures et même au delà d'une journée entière. On le retrouve encore dans le lait chez les nourrices, dans le pus des pustules d'acné, ce qui prouve qu'il passe à travers les glandes sébacées (Adamkiewicz).
Substances synergiques, auxiliaires. — Gomme antiseptique, l'Iode a pour analogues toutes les substances qui arrêtent d'une manière ou d'une autre les fermentations. Il se rapproche surtout du sublimé pour son énergie contre la bactéridie charbonneuse (Davaine). Comme rubéfiant et vésicant, il se confond avec les agents de la médication révulsive. Comme stimulant, il est congénère des alcooliques, des huiles essentielles, des ammoniacaux et de l'opium. Comme fondant et résolutif il est supérieur au brome et aux bromures, et semblable aux iodures de potassium et de sodium. Dans la sj^philis l'Iode et le mercure se prêtent un mutuel appui, et leur action spéciale est exaltée par cela seul qu'ils sont administrés simultanément.
Substances antagonistes, incompatibles. — Antidotes, contre-poisons. — Les antagonistes de l'Iode sous le rapport de l'excitation circulatoire sont tous les agents toniques du système vaso-moteur : la quinine, la digitale, le froid, et spécialement le brom.ure de potassium, qui en est l'antidote dynamique en môme temps que l'auxiliaire dans ses effets fondants et désobstruants. Les contre-poisons chimiques de l'Iode sont les matières albuminoïdes et féculentes. L'Iode peut à son tour devenir le contre-poison des alcalis organiques et spécialement de la strychnine (Bouchardat, Youug et FuUer).
Usages. — Outre ceux qui lui sont communs avec les iodures, l'Iode libre possède quelques usages spéciaux fondés sur ses efl'ets irritants locaux et son action antiseptique, mise d'abord en lumière par les travaux de Boinet. A ce titre, il est employé depuis longtemps comme topique contre la pourriture d'hôpital (Sauve) et les suppurations fétides dans les cavités anfractueuses. Et plus récemment il a été essayé avec des avantages marqués contre la pustule maligne, sous l'inspiration de Davaine. Les observations de Stanis Cézard, Raimbert, Chipaull, Baladoni, Richet, Verneuil, Goulom, ne laissent aucun doute sur l'efficacité du traitement par l'Iode dans cette maladie charbonneuse. Ce médicament est injecté profondément autour de la pustule maligne et pris à l'intérieur. Cependant Colin, d'après quelques expériences sur les animaux, refuse à l'Iode toute action contre le charbon, ce qui me paraît inadmissible.
On s'en sert comme caustique ou cathérétique, tantôt pour amener la
vésication et la rubéfaction cutanée, tantôt pour provoquer une inflammation adhésive des surfaces séreuses, des trajets tapissés par une pseudomuqueuse, dite membrane pyogénique, et amener l'oblitération des cavités normales ou accidentelles, ou bien simplement produire une modification avantageuse dans la structure et la sécrétion des parois. L'Iode est t^n utile moyen de rubéfaction dans la pleurésie et dans les arthrites chroniques, ou les engorgements strumeux des ganglions lymphatiques et d'autres organes (Boinet, etc.). Mais nous n'oserions recommander beaucoup les injections intra-utérines de teinture d'Iode contre les métrorrhagies (Dupierris, Zagas, E. Forest, James Trosk).
En excitant la pblogose adhésive, il a rendu de grands services dans le traitement des hydrocèles simples ou compliquées, des kystes séreux et synoviaux, du spina-biûda (Ross Watt), des hydarthroses, des hydropisies, des abcès froids, des lésions de la dysenterie chronique et surtout de la pleurésie purulente, qu'il combat avec la plus réelle efficacité en injection dans la plèvre (Martin, Yelpeau, Boinet, Delioux de Savignac, Moutard- Martin, etc.). L'Iode est également recommandé contre les vomissements rebelles delà grossesse et contre ceux qui sont sympathiques d'une affection des organes du petit bassin. Willebrand d'Helsingford, l'un des premiers, en 1869, l'a prescrit contre la fièvre intermittente. Et les observations très nombreuses aujourd'hui de Barilleau, Grinnell.Wadsworth, Barbas, Douaud, de Bordeaux, affirment la valeur de ce traitement.
Schmittse fondant sur ce que l'Iode fait disparaître les vertiges, la céphalée et les troubles amaurotiques de la vue, a cru devoir employer cet agent contre l'épilepsie et dit avoir obtenu neuf guérisons et quatre améliorations sur vingt-sept cas. De tels succès nous étonnent, attendu que tout ce que nous savons de l'accès épileptique nous le montre comme étant de nature congeslive, tandis que l'Iode n'a d'action que sur les vertiges ou autres symptômes d'origine asthénique ou ischémique. Ce métalloïde ne nous paraît pouvoir être efficace que contre les éclampsies symplomatiques de tumeurs syphilitiques, soit au moins de néoplasies intracrâniennes.
Ceci nous conduit à dire que Guillemin préconise l'Iode de préférence à l'iodure de potassium dans le traitement des accidents tertiaires de la syphilis, en raison de sa moindre masse, de sa tolérance plus facile par l'organisme et de son prix peu élevé.
L'Iode sert encore à toucher et à faire avorter les pustules varioliques, ainsi qu'à cautériser les plaques de lupus, les parties atteintes d'éléphantiasis (J. Giné), les ulcères atoniques; mais alors associé au sulfure de carbone (Guillaumet). Une pareille association me paraît, je dois le dire, des plus heureuses ; en effet, le sulfure de carbone est un topique de premier ordre contre toutes les plaies atoniques, syphilitiques ou autres (Évariste Michel, Guillaumet); et l'Iode est un antiseptique puissant qui offre de plus l'avantage de désinfecter complètement le sulfure de carbone, à la dose de 1 gramme pour 24 de ce dernier.
J'ajouterai que l'Iode a été employé encore avec succès dans un cas d'o-
tite moyenne (N. Guéneau de Mussy), contre l'amygdalite aiguë (Menzel) ou chronique, et la métrite du col, etc.
Modes d'administration et doses. - L'Iode solide est presque sans usage. Toutefois, quelques médecins (Piorry, Chartroule) en placent que ques cristaux au fond d'un bocal pour en faire respirer les vapeurs par des phtisiques. Ce moyen irritant a quelquefois provoqué des hémoptysies.
On ne prescrit guère ce métalloïde qu'en solution alcoolique, soit pure, soil additionnée 'd'iodure de potassium ou étendu d'eau, ou bien mêlée à d'autres liquides médicamenteux, la glycérine, etc. La solution aqueuse est peu employée médicalement, à moins qu'on n'augmente la solubilité de l'Iode à l'aide du tannin; elle sert seulement comme réactif de l'amidon, de la zoamyline et de quelques autres substances, dans les recherches microscopiques. Toutefois Masurel la recommande en injection contre la blennorrhagie.
La Teinture d'Iode du Codex, formée de 12 parties d'alcool à 90 degrés pour 1 partie de métalloïde, est irritante et assez souvent vésicaote. Comme rubéfiante ou cathérétique, elle est employée pure, en badigeonnages à l'aide d'un pinceau de charpie ou de blaireau, sur les plaies sanieuses ou affectées de diphtérie, de pourriture d'hôpital, sur les engorgements ganglionnaires, les engorgements du petit bassin chez la femme, en badigeonnage sur le col utérin et les culs-de-sac du vagin, (Breisky); sur les kystes séreux, les abcès froids, les tumeurs indolentes, le goitre, les cors aux pieds. Les hypertrophies des amygdales et des glandules bucco-pharyngiennes, dans ce qu'on nomme l'angine granuleuse, sont avantageusement modifiées par des attouchements répétés avec un pinceau trempé dans la teinture d'Iode du Codex et légèrement exprimé, afin d'éviter que le liquide caustique ne s'étende sur des surfaces qu'il convient de ménager.
Dans ce cas et dans quelques autres du même genre, il peut être bon d'employer une solution iodée plus caustique que la teinture alcoolique officinale. Diverses formules ont été données ; Bouvier a proposé la suivante : teinture d'iode, 30 grammes; Iode pur, 2,50; iodure de potassium, 1,30; celle de Lugol comportait 30 grammes d'Iode, autant d'iodure de potassium et 60 grammes d'eau distillée. La Solution caustique de Boinet est encore plus concentrée: Iode, 30 grammes; iodure de potassium, 20 grammes; eau distillée, 36 grammes. On a voulu la remplacer par la Gli/cérine causlique (Hebra), dont voici la composition : Iode et iodure de potassium, aa 5 grammes; glycérine, 10 grammes. Une application tous les deux jours sur les lupus. Et R. Baltey a proposé comme caustique utérin le Phénol iodé: Iode, 2 ; acide phéuique, 8.
Pour injections dans les trajets fistuleux et dans les kystes ou les cavités séreuses (bydarthrose, hydrocôle, hydropisie enkystée de l'ovaire, etc.), on se sert de teinture d'Iode étendue d'eau. Velpeau, qui a popularisé le traitement de l'hydrocèle et des kystes séreux par les injections iodées, emploie 1 partie de teinture alcoolique d'Iode pour 2 ou 3 parties d'eau de fontaine. Quelquefois les eaux de puits ou même les eaux potables des grandes
784 lOUIî SUBLIMÉ. ,
villes sont tellement chargées de principes organiques et sulfurés, que la teinture se décolore presque inslanlanément, par suite du passage de l'Iode à l'état d'acide iodhydrique et d'acide iodique, lesquels se combinent aussitôt avec les bases alcalines ou terreuses. Mais quand l'eau est pure, son mélange avec la teinture alcoolique d'Iode donne lieu à la précipitation d'une proportion considérable du mélalloïde qui demeure en suspension, et s'attache aux parois des cavilés normales ou accidentelles dans lesquelles on l'injecte et dont on veut obtenir l'oblitération. L'irritation persistante qu'il entretient jusqu'à son entière transformation en iodure est favorable au développement de l'inflammation adbésive. C'est donc à tort que quelques chirurgiens croient indispensable d'assurer la parfaite solution de l'Iode dans le liquide de l'injection en l'additionnant de 2 grammes d'iodure de potassium pour 50 grammes de teinture alcoolique d'Iode et autant d'eau distillée. L'injection de Boinet réussit cependant très bien, à la condition d'en laisser une partie dans le kyste.
A l'intérieur, la teinture d'Iode n'est jamais administrée pure; le plus souvent on l'introduit dans une potion avec une suffisante quantité d'iodure de potassium ou de tannin pour en maintenir la dissolution. On pourrait de même se servir d'une solution de gomme qui absorbe et fait disparaître l'Iode. D'après Husson, il se produirait alors un iodure aux dépens du gummate de chaux.
La teinlure diode incolore, usitée en Amérique, n'est plus à proprement parler une solution iodique, mais une préparation complexe où le mélalloïde est engagé dans diverses combinaisons avec des substances dont les propriétés spéciales assignent sans doute au médicament des indications thérapeutiques fort différentes de celles de la teinlure d'Iode véritable. La formule la plus simple est celle de Curlmann : Iode 10 parties, alcool (à 95°) 85 parties, ammoniaque concentrée 20 parties. Outre l'iodure d'ammonium, il se forme un composé explosible nommé duodamine AzPH, qui disparaît avec le temps, et la liqueur devenue incolore contient alors de la triélhylamine, de l'iodure d'élhyle et de l'iodure d'ammonium, avec de l'alcool et de l'ammoniaque libre.
Hager introduit de l'hyposulfile de soude avec un peu d'eau pour abréger la préparation, elle produit obtenu de la sorte renferme, outre les corps indiqués tout à l'heure, de l'iodure de triélhylammonium qui passe à 1 elal de triélhylamine et d'iodure d'élhyle, et de l'iodure de sodium qui ne s'altère pas. .
En définitive, cette composition prouve que la teinture d'Iode incolore doit avoir une action stimulante dilfusible plus marquée en môme temps qu'une action topique inférieure à la teinture ordinaire, et elle me porte à penser qu'elle jouit probablement de propriétés aneslhésiques qui en atténuent encore les effets irritants.
On a recommandé aussi (Socquel et Guillermond) les préparations lodolanniques dans lesquelles l'Iode est maintenu en dissolution par 1 acide tannique du chêne ou de la ralhanhia, en proportion double ou qumluple
lODHYDRATE D'AMMONIAQUE, lODURE D'AMMONIUM. 785
de celle du principe actif. Un procédé commode consiste à faire prendre la teinture d'Iode dans de l'infusion de café qui en masque le goût, et dont le tannin empêche la précipitation du métalloïde. On peut ainsi donner en solution dans du café froid 10 à 20 ou 30 gouttes de teinture d'Iode contre les vomissements incoêrcibles. Si l'on administrait cette préparation comme antipériodique, il vaudrait mieux l'ajouter à de l'infusion de camomille ou d'armoise chaude, ou la faire entrer dans une potion aromatique et stimulante.
Généralement l'iodure de potassium ou de sodium doit être préféré pour l'usage interne. Cependant on a proposé V/iuile iodée (Personne, Berthé) pour remplacer l'huile de foie de morue. Mais il est reconnu maintenant que la préparation pharmaceutique agit autrement que l'huile naturelle et ne remplit pas les mêmes indications. Nous trouvons plus rationnel, quand existe la double indication thérapeutique, d'unir l'Iode à l'huile de foie de morue.
La pommade d'Jode, les pilules iodées, sont avantageusement remplacées par les préparations analogues ayant pour base l'iodure de potassium. J. Collas assure néanmoins que l'albumine iodée, combinaison définie permet de préparer despilules d'une réelle valeur.
Le lavement de teinture d'Iode, 10 à 20 gouttes; iodure de potassium, 1 à 2 grammes; eau, 200 à 250 grammes, a rendu de grands services à Delioux de Savignac dans la dysenterie grave des pays chauds.
Contre la salivation mercurielle, Boinet conseille un gargarisme composé de : teinture d'Iode, 10 à 20 grammes; tannin, 1 gramme, et eau distillée, 230 grammes.
Et pour combattre la pustule maligne, on se sert d'injections hypodermiques pratiquées, soit avec la teinture d'Iode pure, au niveau de l'eschare, soit avec l'iodure ioduré de potassium (sol. au 500») aux limites du mal. Ces injections sont multipliées à l'excès (1 gr. à la fois).
On prépare aussi un collyre iodé simple, contre l'ophtalmie purulente (Luton), ou au tannin; des pâtes pectorales iodées, etc. La liqueur d'épreuve de Bouchardat, pour la constatation de la présence de la quinine, est une solution d'iodure de potassium iodurée (Iode, 10 grammes; iodui'e de potassium, 20 grammes ; eau, 500 grammes). Enfin, l'iodure d'amidon qui ne paraît être que de l'Iode divisé dans la substance amylacée, est prescrit en poudre, en tisane et en sirop. L'action modificatrice que 'l'Iode exerce sur les surfaces ulcérées, sanieuses, la vertu antistrumeuse que tout le ■monde lui reconnaît, ont engagé Piorry, Chartroule et d'autres médecins à faire respirer de l'air chargé de vapeur d'Iode dans la tuberculisation pulmonaire et le catarrhe chronique de bronches. Cette pratique qui peut être assez dangereuse n'a que des effets douteux.
lODIIYDRAlE D AMMOiMAQUE, lODUIlE D'AMMOiMUM, loduretum ainniomcum.
lo^t' ofammonia, lodide of Ammonium. - AU. '.Ammonium
GuuLEn et Labuée a» édition.
ou
■jgg lODOFORME.
VIodhmirate d'Ammoniaque, AzH\l, est en crislaux cubiques, déliquescents, incolores, très solubles dans l'eau et dans l'alcool, facilement dé-
composables. i i.- j
' Son action physiologique et ses usages se confondent avec ceux de 1 lodure de potassium. Toutefois, Hichardson a montré qu'il agit plus rapidement que ce dernier, etDruben est d'avis qu'on observe moins souvent l'iodisme pendant son usage qu'avec d'autres préparations d'iode. Enfin son action thérapeutique l'emporterait encore, suivant Druben, sur celle de l'iodure dans le traitement de certaines syphilis rebelles, peut-être parce qu'il est moins stable (Voy. ludure de potassium). Ses voies d'élimination sont celles des iodures alcalins et plus particulièrement les glandes rénales et sudorales. Outre ses indications dans la syphilis sur lesquelles j'insiste plus loin, on lui attribue de bons elTets contre les affections scrofuleuses et rhumatismales.
Le mode d'administration et les doses de l'iodure d'Ammonium sont les suivants : Bryant le fait prendre dans l'infusion de gentiane, mais on pourrait tout aussi bien l'incorporer au sirop d'écorce d'orange amère, à la dose de 0,30 repétée deux ou trois fois par jour. Rarement on dépasse 2 grammes.
lODOFORME, lodoformum.
Angl. : lodoform. - AU. : lodoformium, lodoform.
L'Iodo forme, iodure de for my le ou de méthyle, découvert par SéruUas, defim par Dumas (GW), contient les 9 dixièmes de son poids d iode. Il prend naissance lorsque l'iode réagit en présence d'un alcali ou d un carbonate alcalin sur l'esprit de bois, l'alcool, la dextrine, la gomme, les matières albuminoïdes etc. Ce composé en belles paillettes d'un jaune pâle volatil sardé omposilion, est insoluble dans l'eau ou à peine dilfusible dans ce iTquide o'uble dans l'alcool (80 parties), l'éther, le^^^-^'--^' Ze le huiles grasses et volatiles. Son meilleur dissolvant est le sulfure de carbone. D'aprè's Leymarie, l'éther sulfurique dissout le cinquième de son poids d'Iodoforme. Le Corfex dit le sixième. ^Aco„n^.hiP.
AcTio. ruvsiOLOGiQUE. - L'Iodoforme, dont l'odeur des plus désagréab es^ rappelle celle du safran et à petite dose celle de l'yèble ne produit aucune irritation locale ; loin de là, il exerce une action anesthésique bien pr non cée Aussi n'occasionne-t-il ni vomissements, ni phlegmasies des voies di^eslives Cependant il devient toxique à doses plus faibles que l'i^^e agit comme stupéfiant (Bouchardat) surtout en inhalations (G^^ler). et délermine^^^^ mort en un temps moins long. Préalablement on a ^^"^ff^^l^^^lll maux des effets narcotiques, un abaissement de la^empéra ure et des ph nomènes de paralysie généralisée, mais jamais de ^«"^^ f "^Z;^^^^ drick), contrairement à l'opinion de Maître qui a signalé " ^tat con^ulsl comme tétanique après une dose de 4 grammes chez un J;;^ f
hibles n-out d'autre effet que d'affaiblir momenlanén.ent lammal, au . u nput à neine marcher, et de ralentir les mouvements du cœur TK^^ot A î aut?pr q^and l'empoisonnement a été lent, on trouve de
lODOFORME. 787
la dégénérescence graisseuse du foie, des reins et môme du cœur (Binz), el des infarctus hémorrhagiques du poumon. Chez l'homme on a, malheureusement déjà, observé plusieurs cas mortels d'empoisonnement par l'Iodoforme, au moins à l'étranger, oh l'emploi de ce médicament comme topique pour les pansements est fréquent. Alors les symptômes toxiques ont été les suivants : nausées, diarrhée, gastralgie, somnolence, vertiges, mal de tête, délire, diurèse plus abondante, accélération excessive et faiblesse du pouls; parfois (Kœning) des troubles prononcés de l'intelligence qui est fort déprimée, une sorte d'aliénation mentale avec mélancolie, manie, hallucinations. Plus rarement, la peau a été vue affectée d'éruptions exanthématiques et d'érysipèle (Schede) grave. Les sujets succombent assez souvent brusquement dans le coma (Schede), alors que rien ne pouvait faire craindre un pareil événement. Ou bien la moi t arrive comme dans la méningite, surtout chez les enfants, dans le coUapsus, et l'on note préalablement de la contracture, de l'inégalité pupillaire, des vomissements, et une température normale.
L'autopsie est négative dans tous ces cas. On a comparé avec assez de vraisemblance l'intoxication par l'Iodoforme à l'empoisonnement chloroformique (Kocher, de Berne).
A dose faible, cet agent n'est guère qu'un stimulant du tube digestif, exagérant l'appétit. Et il possède réellement les propriétés de l'iode et des iodures alcalins sur la circulation et la nutrition. L'Iodoforme passe en partie inaltéré dans les sécrétions et dans le sang (Humbert et Morétin). En tout cas, l'iode peut être décelé dans le sang, l'urine, la salive, les viscères et les muscles. Fronnmuller lui donne pour succédané la naphtaline.
Usages. — Le nombre des applications de l'Iodoforme s'est multiplié h l'infini depuis quelques années. C'est ainsi qu'à l'intérieur on lui reconnaît la plupart des usages de l'iode dans la syphilis, le goitre, la scrofule, et qu'il p^sse pour utile dans la phtisie et la bronchite chroniques (Lasègue, Mirza-Hussein-Khan, Pisani et Franchini, etc.); dans le diabète (Moleschott, Bozzolo, Jacobi), tandis qu'à l'extérieur on le préconise depuis Righini comme l'un de nos plus précieux topiques antiseptiques et analgésiants. Ainsi, il facilité la guérison de toutes les ulcérations syphilitiques, primaires ou tertiaires, plus rapidement qu'aucune substance. Je l'ai vu pour mon compte faire disparaître en quelques jours des chancres durs ou mous rebelles au traitement ordinaire (Gubler, E. Labbée), et d'autres observations du même ordre avaient été faites par Lailler, Féréol, E. Besnier. Pareillement, il agit bien dans le cas d'ulcères scrofuleux! d'ulcères atoniques, d'ulcérations tuberculeuses môme, se montrant à la fois désinfectant, calmant de la douleur, stimulant, et cicatrisant. C'est, surtout un agent remarquable de cicatrisation dans le cas de plaie tuberculeuse extérieure (Moselig-Moorhof, de Vienne, Kusner, Gougenheim).
Mais il n'y a guère à compter sur lui dans le traitement du cancer extérieur ulcéré, si ce n'est pour atténuer les douleurs. C'est encore un agent, résolutif des hypertrophies ganglionnaires, de l'orrhite ou do l'épidi-
-gg lODOFORME.
dvmile (Alvarès), de l'hydarLlirose, du goîlre récent (Bœcbal). Et l'on a tenté en Allemagne principalement, de le substituer à l'acde phénique comme topique pour le pansement des plaies chirurgicales ou autres (Morétin UaiUer, Bœckel, Reclus, Mosetig-HoorhoF, Mikuliez, Biilroth, Le Dentu Marc Sée). Celte dernière application a été vivement critiquée avec juste raison, par suite des dangers graves qu'elle présente, danger d'intoxication mortelle, trop prouvé par plusieurs cas funestes. Sans doute, il s'a'-issait ici d'abus du médicament, et chez des sujets très ailaibiis ou oravement atteints, mais comme, en définitive on ne saurait limiter rabsorption de l'Iodoforme à la surface d'une plaie, mieux vaut en restreindre l'emploi aux pansements pour lesquels il paraît indispensable : ulcères syphilitiques, atoniqties ou tuberculeux, ou l'appliquer avec une excessive parcimonie, quand les malades sont débilités profondément.
Il réussit non moins bien contre certaines dermatoses, à la fois comme calmant et agent curatif : lupus (Riemer et Kaposi), prurigo, psoriaris (Lightûeld Kleinhaus), herpès tonsurant (Gottle), eczéma chromque; contre quelques ophtalmies .• trachome, ophtalmie pblycténulaire et pustuleuse ulcères cornéens (Brettauer), blépharite ciliaire (Hayes), pannus, ophtalmies scrofuleuse, purulente ou blennorrhagique, dacryocystite chronique (Fourguelte, Horner, Galezowski).
Et puis encore, on l'a vu guérir la fissure à l'anus, les hémorrhoides ulcérées (LaiUer, Demarquay), l'otorrhée (Rosoet, Spencer, Czarda), la rh.ni e (Eberbe), l'ozène iHœftmann), le catarrhe postnasal (Lennox-Browne), la carie dentaire (Hagelberg), les névralgies superficielles le rhumatisme musculaire (Bernatzik, Moleschott), la diphtérie (Garnett).
Certains gynécologistes. enfin, assurent qu'il rend d'excellents services contre la mlîrite chronique, l'endométrite la ^f^^'^^^^^^^^^^^^ et l'hypertrophie du col utérin (Kisch), la dysménorrhée (Atthill), le vag.nisme et (Martineau) la vaginite. ^ . «-/.Wr^a
' MOBES D'ADMINISTRATION ET DOSES. - On emploie l'Iodoforme en pdu!es de K centigrammes, de 2 à 5 par jour et au delà. Cette substance est quelquefois dragéifiée pour en annuler l'odeur pénétrante et désagréable. Humbeit et Morétin ont fait préparer par Blondeau unepa^e ou des losanges a l lodoforme • ils conseillent également l'Iodoforme en cigarettes, en suppositoires, en pommade, en glycérolé, et V Imite iodoformée leur a paru pouvoir remplacer avantageusement l'huile iodée.
Ces préparations ont été diversifiées, et l'on en trouve difl-érentes lormules dans les auteurs. Contentons-nous dédire que la pommade, le gl.NCèiC et l'huile peuvent contenir les doses les plus massives d'iodoforme, pourvu nue ces topiques ne soient appliqués que sur la peau. Dans un suppositoire onX fait entrer que 50 centigrammes, et chaque cigarette n'en renferme nnsnlus de 40 centigrammes.
^ T es cigarettes peuvent calmer l'irritation des voies respiratoires et de l'entrée des voies digestives dans les affections inflammatoires de ces régions en môme temps qu'elles favorisent la résolution des phlegmasies
lODOFORME.
anciennes, accompagnées d'engorgements et d'indurations des parties, comme dans les angines granuleuses ou ulcéreuses, d'origine herpétique, scrofuleuse, tuberculeuse ou syphilitique, ou dans les affections syphilitiques du larynx, des bronches et du tissu pulmonaire.
Les suppositoires iodoformés produisent exceptionnellement une telle anesthésie de la fin du rectum que le passage du bol fécal n'est plus senti et qu'il en pourrait résulter de l'incontinence si les matières liquides passaient sans effort par l'orifice anal dont les sphincters auraient perdu leur contraclilité rellexe. Cette propriété sera mise à profit contre les douleurs de la fissure, contre celles des hémorrhoïdes et contre le ténesme de la dysenterie chronique ou des inflammations quelconques de la dernière partie du gros intestin.
J'ai souvent employé avec succès des badigeonnages de solution saturée d'Iodoforme dans parties égales d'éther et d'alcool ou dans l'éther pur, sur des parties tuméfiées douloureuses, affectées d'inflammations chroniques, sur des engorgements ganglionnaires, des collections séreuses, des arthrites anciennes. Cette solution laisse instantanément se déposer l'iodoforme solide. La région était ensuite recouverte d'un taffetas ciré, plus souvent de collodion ou de baudruche gommée pour empêcher l'évaporation. Le coUodion a déplus l'avantage d'exercer une compression légère toujours favorable à la résolution. Comme variante, j'indiquerai la solution au centième dans l'éther, qu'on pulvérise avec l'appareil de Richardson. Voici maintenant quelques autres formules assez souvent employées. Gomme pommade ophtalmique, Hayes associe 1 gramme d'Iodoforme à 4 grammes de vaseline; Lindemann double la proportion de vaseline et ajoute 3 grammes de baume du Pérou; tandis que Fourguette conseille d'incorporer 1-2 grammes d'Iodoforme à 10 grammes de vaseline. Mais dans le pannus on insuffle parties égales de sucre et d lodoforme. Cœsfeld recommande le coLlodion iodoformé à 33 p. 100 d'Iodoforme comme moyen d'abaisser la température sur une région du corps; mais le collodion peut revendiquer sa bonne part dans cette action très réelle et souvent assez considérable. Kiister applique ce même collodion à 10 p. 100 seulement d'Iodoforme sur les plaies récentes. Pour les pansements chirurgicaux, qui sont surtout des pansements rares (Berger), on emploie la mousseline, le coton imprégnés d'Iodoforme, le ci-aijon : lodoforme, 3 grammes; gomme adragante, 0,10; glycérine, 2 gouttes ; eau distillée Q. S, ; et surtout la poudre en nature que l'on étend en mince couche sur les plaies, qui sont aussitôt recouvertes de gaze phéniquée ou autre. Ce pansement est indiqué toutes les fois que la méthode de Lister est inapplicable : plaies cavitaires, opérations sur la bouche, les voies génitales, le rectum (Leisrink, Kônig, Berger). Pour la pratique gynécologique, Kisch propose : glycérine, 10; lodoforme, 1; essence de menthe poivrée, 6 gouttes. Ce glycéré sert à imbiber des tampons d'ouate qu'on applique sur le col utérin ou dans sa cavité, et dans les culs-de-sac vaginaux.
Enfin, il est un dernier mode d'administration qui me paraît assez inu-
7P0 lODUllE MERCURIQUE, BIIODURE DE MERCURE.
tile, Vinjection hypodermique. E. Thomann prétend réussir avec lu formule suivante : lodoforme, 6 ; glycérine, 20; chez les syphilitiques, injeclanl de 0,30 à 0,75 de principe actif.
Un mot en terminant sur les procédés de désinfection de l'Iodoforme, dont l'emploi est d'ailleurs d'une nécessité presque absolue tant est désagréable l'odeur de ce médicament. On a proposé bien des moyens, je ne cite que les agents principaux qu'on peut lui associer : tannin, camphre, essence d'amande amère (Gzarda), essence de fenouil (Birmann) ou fève Tonka (Calillon), essence de bergamotte (Bœckel), huile d'amandes douces (Martineau), teinture de musc, baume du Pérou, essence de menthe poivrée. Quelques gouttes des huiles essentielles suffiraient à neutraliser l'odeur de 10 grammes d'Iodoforme, et il ne faudrait qu'une 1/2 goutte d,e teinture de musc pour arriver au même résultat. J'ai essayé pour mon compte le baume du Pérou sans succès.
lODURE D'AMMONIUM. — Voy. Ioddydrate d'ammoniaque. lODURE D"ETIlYtE. — Voy. Éther iodhydrique.
lODURE MERCUREUX, PROTOIODURE DE MERCURE, loduretum hydrargyrosum.
Angl. : lodide, Proliodide or green lodide of mercury, Mercurous lodide. — Ail. : Jodelum hydraryyrusum, Quecksilberiodûr.
L'Iodure mercureux, Hg^I, est en poudre verdâtre, insoluble dans l'eau et dans l'alcool, altérable à la lumière. P. Yvon l'obtient cristallisé en faisant réagir les vapeurs d'iode et de mercure l'une sur l'autre. Il a été préconisé par Ricord contre les accidents syphilitiques secondaires et comme propre à déterminer à la fois les effets thérapeutiques de l'iode et ceux du mercure. C'est avant tout un sel mercuriel (Yoy. Mercure), et la faible proportion d'iode qu'il renferme ne saurait avoir une action bien puissante sur les manifestations syphilitiques. En tout cas, il est d'une administration commode en pilules. Le Codex recommande la formule suivante : lodure mercureux récemment préparé 0,50; extrait d'opium, 0,20; poudre de réglisse, 0,50 ; miel, Q. S. ; pour dix pilules. La dose est de une ou deux par jour, et plus. Mais il est nécessaire de ne pas pousser trop loin ces doses sous peine de déterminer facilement la salivation.
A l'extérieur, le Protoiodure hydrargyrique se prescrit en pommade: i gramme dans 30 grammes d'axonge, pour panser les ulcères vénériens ou frictionner des indurations spécifiques, tuberculeuses de la peau , voire même contre l'acné indurée.
lODURE MERCURIQUE, RIIODURE DE MERCURE, DEUTOIODURE 00 PERIODURE DE MERCURE, lODURE ROUGE DE MERCURE. — loduretum hydrargyricwn.
Angl. : Mercurkiodide, Biniodidc'Deidiodide, Red iodtde, Penodideof Mercury. — Ail. : Jodelum hydrargyricwn, Quccksilbertodid.
lODURE DE PLOMB. 791 1 e Deutoiodnre de Mercure (Hgl) est dimorphe : jaune ou rouge. Cette dernière variété, la seule employée, est du rouge écarlate le plus brillant, insoluble dans l'eau, un peu sohible dans l'alcool, l'élher, très soluble dans les solutions d'iodure de potassium, de chlorure de sodium et de tous les sels mercuriels ; soluble dans quelques acides, ainsi que dans l'huile de foie de morue (Barnes).
Action rnYsiOLOGiQUE. — Localement, le Deuloiodure de Mercure est un violent irritant et môme un cathérétique. Il fait bientôt rougir la peau, provoque une exsudation séro-plastique qui soulève l'épiderme et se concrète en masses jaunâtres semblables à celles de l'impétigo. En plus forte quantité, il détermine une escharificalion du derme. Le Deutoiodnre bydrargyrique est l'agent toxique le plus redoutable pour les organismes inférieurs. Aussi bien tient-il la tête dans la série des antiseptiques (Miquel). Pour les animaux mammifères, c'est aussi un poison irritant et même corrosif des plus énergiques. Cette violence s'oppose à son emploi; cependant avec des précautions on pourrait le prescrire sans danger, emprisonné dans une masse pilulaire, à la dose de 1 à 2 milligrammes, répétée plusieurs fois par jour. 11 agirait alors en qualité d'altérant, à la manière du protoiodure. et des autres préparations mercurielles.
Usages. — Modes d'administration et doses. — L'Iodure mercurique est employé à l'intérieur, dans la syphilis et la scrofule, à la dose de 5 à 10 milligrammes par jour, soit en pilules, soit en solution alcoolique ou élhéi'ée, se prenant par gouttes (Magendie). A l'extérieur, ce sel est assez souvent usité en pommade, de 10 centigrammes à 1 gramme pour 30 grammes d'axonge, contre le goitre, le lupus, l'acné indurée et invétérée, les ulcères probalement cancéreux du grand angle de l'œil, même contre les taches cornéales.
On pourrait s'en servir pour détruire diverses excroissances, particulièrement les cancroïdes, le lupus, à la condition d'en forcer la dose. La pommade de Cazenave en contient 20 parties avec 10 parties d'axonge et autant d'huile d'olive.
L'Iodure mercurique entre dans la composition du sù'op de Giberi, préparation d'une efficacité très grande contre les accidents syphilitiques profonds. Sa formule est la suivante : Biiodure de mercure, 1 gramme; iodure de potassium, 30 grammes; eau, 50 grammes; sirop de sucre, 2,400 grammes. On le prescrit à la dose de deux ou trois cuillerées à soupe par jour, représentant environ 0,025 milligrammes du sel mercuriel.
iodure de plomb, loduretum plumbicum . *
Angl. : lodide of Lead. — AU. : lodetum plumbicum, lodblei.
L'iodure de plomb, Pbl, est en poudre jaune vif, soluble dans 1,300 parties d'eau froide, 194 d'eau bouillante, insoluble dans l'alcool, mais très soluble dans la potasse caustique.
Action puysiologique et usages. — Il participe des propriétés de l'iode et du plomb et a passé pour utile dans les maladies scrofuleuses (Cotte-
792 lODURE DE POTASSIUM,
reau, Vei-det) sans que la preuve ait été bien faite de cette action spéciale. Toutefois J. E. Schonfeldt a tenté récennment sa réhabilitation et en fait un médicament pourvu de propriétés résolutives de premier ordre, manifestes quand on le prescrit inhis et extra, contre les néoplasmes, les scléroses, les tumeurs ganglionnaires.
L'Iodure de plomb, comme agent de la médication externe, a joui d'ime vogue qu'il ne méritait pas et qu'il perd de plus en plus. Il n'est cependant pas inerte, et l'on conçoit qu'étant facile à décomposer, il peut même agir à la fois en qualité d'iode et en qualité de sel plombique.
On le prescrit encore quelquefois en pommade au huitième, pour résoudre les adénites strumeuses, les ostéites et d'autres manifestations de la scrofule.
On l'administre à l'intérieur en pilules, à la dose tout à fait inoffensive suivant O'Shaughnessy, de 0,60 par jour. Après plusieurs semaines d'usage Pereira n'a pas noté le liséré bleu de l'intoxication saturnine aux gencives.
lODURE DE POTASSIUM, loduretum potassicum.
Angl. : lodide or loduret of Potassium. — Ail. : Kalium iodatum, lodetum kalicum, lod Kali.
L'Iodure de Potassium (Kl) est rare dans la nature, mais l'iode se rencontre dans l'eau des mers et dans les productions marines des deux règnes organiques : les algues, les éponges, les huîtres et même les mollusques, etc. 11 existe aussi dans les eaux minérales en compagnie du brome (Voy. Bromure DE Potassium). Quand il est bien pur, ses cristaux, en trémies cubiques, sont incolores et transparents, d'une saveur salée fort désagréable. Sa solubilité dans l'eau est grande: \ partie pour 0,8 d'eau froide; plus faible dans la glycérine: 2,5; et moindre encore dans l'alcool.: 18 parties.
Action physiologique. — L'Iodure de Potassium exhale souvent une légère odeur d'iode, parce qu'il en renferme habituellement un excès, et que, d'ailleurs, l'acide carbonique de l'air en dégage une faible proportion de sa combinaison avec la base alcaline. Il possède une saveur salée et amère, spéciale et désagréable. Localement, il exerce une légère irritation qui se traduit à la peau, après des frictions réitérées, par de l'érythème, de la cuisson et par une éruption vésico-pustuleuse acnéiforme, un peu furonculeuse même. Du côté des muqueuses on observe, suivant les doses, ou bien un peu de chaleur dans la gorge et dans l'estomac avec une augmentation d'appétit, ou bien un certain degré d'âcreté et même une vérilable douleur gastralgique. Introduit dans le sang, l'Iodure de Potassium se comporte comme l'iode, à la manière d'un excitant général. Le pouls devient plus fort et plus fréquent, les capillaires artériels se développent et la chaleur périphérique augmente. Cette fièvre artificielle s'accompagne de congestion céphalique avec douleur frontale, rougeur des yeux et larmoiement, enchifrônement, douleur au niveau de la base du nez et des sinus frontaux, écoulement séro-muqueux par les narines, irritation de la
lODURE DE POTASSIUM. 793
gorge ou du larynx et quelquefois salivation plus ou moins abondante. Tous les sujets n'y sont pas également prédisposés; les pléthoriques doués d'embonpoint, ceu.\ chez qui le sang se porte à la tête ou qui ont une circulation centrale difficile, sont très impressionnés par l'iodure; ceux qui sont pâles, maigres, entraînés, résistent bien à des doses élevées.
Après quelques jours d'emploi, l'élimination de l'iode par la peau se manifeste par des éruptions de formes diverses, depuis la roséole et les papules jusqu'à l'acné ou l'eczéma, l'éruption huileuse ou anthracoïde (E. Besnier). Il peut survenir dès le premier jour, avec une dose qui ne dépasse pas oO centigrammes, un œdème énorme des paupières et l'occlusion complète des yeux, une céphalalgie très intense, des élancements dans les yeux elles oreilles, des tintouins et des éblouissements, de l'aphonie, etc.
L'ensemble de ces derniers phénomènes constitue Vivresse iodique (Lugol) ou ce qu'on peut appeler Viodisme aigu. Lorsqu'ils sont poussés à l'extrême sous l'influence de doses excessives, comme dans les expérimentations sur les animaux (Devergie, Cogswell), ces phénomènes, joints à l'irritation des premières voies, peuvent avoir une issue funeste.
Goindet et plus tard Rilliet ont signalé et décrit une autre espèce à^iodisme vraiment conslitutionnel, caractérisé par ces trois symptômes : amaigrissement progressif, appétit exagéré, palpitations cardiaques.
Tandis que l'iodisme aigu est proportionnel à la masse du médicament ingéré, l'iodisme chronique, décrit par Rilliet, se montrerait plutôt sous l'influence de petites doses; mais comme dans les faits observés par lui il s'agissait spécialement de goitreux. Trousseau et Pidoux pensent avec raison que cette condition morbide, — de même que la cachexie exophtalmique, dispose énormément aux accidents toxiques de l'iode. Cela me paraît d'autant plus probable, que j'ai eu plusieurs fois l'occasion de constater l'intolérance pour les iodiques de la part des sujets atteints de palpitations nerveuses avec bouffées congestives de différents côtés, rougeurs subites du visage et autres signes d'hyposthénie du système nerveux vaso-moteur liés ordinairement à un état d'hypoglobulie.
A dose forte et soutenue, l'iodure de Potassium produit des phénomènes plus constants et fort remarquables. Son effet le plus important est d'accélérer le mouvement de dénutrition, et conséquemment de ramener dans la circulation les matériaux adipeux simplement déposés en réserve dans les mailles du tissu sous-cutané et dans les parenchymes, ainsi que les produits plastiques nouvellement formés ou épanchés. La' diminution de volume des goitres, l'atrophie concomitante des glandes mammaires ou des testicules ne s'expliquent pas uniquement parla disparition des vésicules adipeuses ou des éléments embryonnaires qui n'ont pas encore droit de domicile dans l'économie. Je pense qu'il s'y ajoute lu résorption des produits de sécrétion des glandes, y compris les éléments figurés (cellules épilhéliales, zoospermes), peut-être une réduction de volume de chacun de leurs éléments histologiques, mais je me refuse à croire, avec Moïsisowilz, qu'il disparaisse jamais un tube de la substance testiculaire, non plus qu'un
794 lODURE DE POTASSIUM.
acinus de la glande mammaire; s'il en était autrement, il faudrait donc admettre aussi la reproduction consécutive d'éléments glandulaires, puisque nous voyons des femmes arrivées un moment à la plus extrême émaciation, recouvrer plus tard leur embonpoint et le volume, ainsi que la consistance normale de leurs seins. Tous les sujets ne maigrissent pas sous l'influence de l'Iodure de Potassium; il en est môme qui gagnent alors de l'embonpoint. Ceci expliquerait pourquoi l'urée excrétée peut diminuer (fait exceptionnel, car elle augmente le plus souvent, d'après Ch. Bouchard) pendant l'usage de ce médicament, ainsi qu'il résulte de quelques expériences de Rabuteau (40 p. 100). Le mécanisme de cette action sur la nutrition nous échappe, et il serait à désirer que des expériences précises et nombreuses vinssent éclairer cette délicate question. Bien des hypothèses pourraient être mises en avant; mais les théories sont souvent des obstacles aux progrès de la science, et nous préférons après l'énoncé de faits inexpliqués confesser notre ignorance en signalant le problème à résoudre.
L'iodure de Potassium augmente l'appétit s'il est pris en petite quantité, et détermine en même temps la constipation. Il amène à peu près invariablement une exagération du flux menstruel pouvant aller jusqu'à la ménorrhagie et facilite les hémoptysies chez les tuberculeux. On a mis encore l'insomnie au nombre des symptômes de l'iodisme, mais il faut distinguer. L'Iodure de Potassium, qui congestionne, empêche de- dormir lorsqu'il détermine une fluxion excessive du côté de l'encéphale, soit en raison de la prédisposition des sujets, soit à cause de sa trop forte proportion dans l'économie. Il fait dormir au contraire les sujets dont le cerveau est anémique et peu excitable. C'est exactement l'inverse de ce qui a lieu pour le bromure de potassium et le sulfate de quinine.
L'Iodure de Potassium s'élimine certainement par les urines, la salive, les larmes et le lait, où il est facile de le retrouver par un procédé bien simple et que je recommande. Un morceau de papier blanc, amidonné ou non, plonge au fond du liquide à examiner (du linge usé formé uniquement de cellulose rendrait le même service); on verse de l'acide nitrique nitreux qui met l'iode en liberté et la cellulose ou l'amidon se colorent en bleu plus ou moins intense. Il passe aussi probablement par le sperme, le mucus buccal ainsi que par l'appareil sudoral et les glandules sébacées de la peau. A la traversée de ces difl'érents émonctoires l'Iodure manifeste sa présence par des phénomènes de stimulation ou môme d'irritation locale dont la forme varie selon la nature de l'organe : ptyalisme, diurèse aqueuse, larmoiement, etc. La salivation et l'augmentation de la sécrétion unnaire sont des phénomènes habituels; mais le dernier peut manquer dans deux circonstances: 1° si la dose est insuffisante elle rein torpide ; 2° si la glande hypéiémiée, irritable, est en contact avec une dose trop massive d'Iodure de Potassium, capable de déterminer une sorte de phlogose dont l'albuminurie pourrait être la conséquence. Du côté de la peau, l'élimmation continue de l'Iodure alcalin engendre diverses éruptions énumérées
lODURE DE POTASSIUM. '^^ plus haut. Des phénomènes analogues s'observent également vers les membranes muqueuses.
Est-ce à ces phénomènes de sortie qu'il faut alttribuer l'excitation générale si fréquente dans le cours de l'iodisme aigu, ou ne faut-il pas de préférence invoquer de la part de l'Iodure de Potassium une action sur tout le système, diamétralement contraire à celle que nous avons admise pour le bromure alcalin? Il est difficile de répondre catégoriquement à celle question, et le doute sera permis tant que la clinique et les expérimentations de laboratoire ne seront pas parvenues à écarter les nombreuses inconnues , du problème.
Cette élimination, qui se fait principalement par les urines et la salive, commence parfois quelques minutes après l'ingestion dans l'estomac. Mais on n'observe une telle rapidité que dans les cas où la dose ingérée est énorme, quasi-toxique, parce qu'il faut, d'une part, une certain degré de saturation du sang par l'Iodure pour que les émonctoires s'emparent de ce dernier, et, d'autre part, une quantité notable d'iode dans la sécrétion pour qu'elle soit mise en évidence par les réactions courantes auxquelles se livrent les cliniciens ouïes physiologistes expérimentateurs. Lorsqu'il pénètre une très petite quantité à la fois du principe ioduré dans l'écomonie, l'apparition s'en fait beaucoup plus tardivement dans les sécrétions. Par exemple, à la suite des badigeonnages de teinture d'iode sur le genou, je n'ai généralement obtenu la réaction caractéristique qu'au bout d'une heure ou deux; elle s'accusait davantage dans les deux heures suivantes, puis elle décroissait graduellement. Il m'est arrivé de constater une faible proportion d'iode dans les urines du lendemain, sans doute parce que l'absorption continuait à s'exercer vers la périphérie cutanée. Bien des causes font varier l'absorption de l'Iodure de potassium et, par suite, son élimination. Celle-ci, par exemple, est plus rapide quand le médicament est ingéré dissous; et chez l'homme sain elle se fait beaucoup plus vite (Bachrach) que chez les fébricitants.
Les lésions trouvées à l'autopsie des animaux empoisonnés par ce médicament sont, d'après Berg. des hypérémies capillaires généralisées, de la congestion des poumons, de la dilalation cardiaque; enfin moins ordinairement on trouve la muqueuse stomacale injectée, les reins congestionnés ou brightiques (chez les sujets syphiUliques surtout, d'après Alkinson), l'urine albumineuse (Voy. Iode ) et la plèvre et le poumon enfiammés.
Substances synergiques, auxiliaires. — Comme excitant, l'Iodure potassique a pour auxiliaire tous les agents de la médication stimulante. Comme modificateur du mouvement nutritif et plastique, il a pour semblables l'iode libre, les iodures de magnésium, d'ammonium, de calcium et de sodium, l'iodoforme, et pour adjuvants les difi-érentes substances qui passent pour fondantes, résolutives, antiscrofuleuses. En tête de ces dernières se trouve le bromure alcalin, qui, sous ce rapport, est véritablement congénère de l'Iodure. Ensuite viennent le mercure, l'or, le chrome, la
796 lODURE DE POTASSIUM.
ciguë, les alcalins, etc. J. Paget cite particulièrement le carbonate d'ammoniaque qui renforce d'une façon étonnante l'action de l'Iodiire dans la syphilis. Ainsi on doublerait presque celte action avec 0,60 du sel ammoniacal par gramme d'Iodure de Potassium.
Conformément à la loi que j'ai formulée, Viodure de sodium est mieux toléré que l'Iodure de Potassium ; il séjourne davantage dans l'économie et apparaît plus tardivement dans les sécrétions, lorsqu'il est ingéré aux mêmes doses.
L'Iodure de Calcium, en lames d'un blanc nacré, contient 86 pour iOO de métalloïde, qu'il laisse dégager avec une grande facilité. Il a été préconisé contre la phtisie scrofuleuse, par le docteur Malet (de Rio-Janeiro), et en France par le docteur Desp'alles, qui lui ont trouvé des vertus apéritives et reconstituantes en même temps qu'il leur a paru exercer une influence favorable sur la diathèse et sur l'état local. L'indication de ce composé est rationnelle et l'on peut en espérer de bons résultats dans les cas où l'affection marche avec une grande lenteur et peut être modifiée par les reconstituants et les métatrophiques ou altérants.
L'Iodure de Calcium a encore été trouvé utile contre le catarrhe bronchique, chronique, avec ou sans dilatation des bronches, et l'asthme (Trastour). La dose est de 0,10 centigrammes répétée deux à cinq fois par jour, de préférence au moment des repas, afin d'éviter toute action irritante.
Ulodure d'Ammonium est un important succédané sur lequel l'attention des médecins a été fréquemment appelée dans ces derniers temps. Il paraît agir plus vite, à moins-de frais et plus sûrement contre la syphilis que son congénère. Ph. Carat va jusqu'à dire, sans preuves absolues, que l'action curative des deux iodures varie du simple au double, c'est-à-dire qu'il faut une dose moitié moindre d'Iodure d'Ammonium pour équivaloir à la dose normale d'Iodure de potassium. A dose forte, sur lui-même, cet expérimentateur a observé, après avoir pris 5 grammes d'Iodure d'Ammonium, de la céphalalgie, de l'insomnie, du tremblement, de la sudation plus abondante. 11 lui attribue le pouvoir d'exciter la nutrition assez vivement, tandis que l'Iodure de potassium en serait un modérateur.
L'Iodure de Fer, lodure ferreux, n'est plus mentionné que dans les formules, au nouveau Codex. Je le considère cependant comme un important médicament très avantageux dans les fôrmes graves de la syphilis et de la scrofule. Ce sel, d'un goût styptique, se décompose assez facilement, à l'air, en iode et oxyde de fer. Son action est tonique, hématinique, fondante et diurétique. 11 s'élimine par les reins. Il a été surtout conseillé, dis-je, dans la diathèse scrofuleuse ou syphilitique sans phénomène d'acuité et dans le chlorose où je l'ai souvent prescrit avec de bons résultats (E. Labbée). On l'administre à la dose de 0,20 à 0,50 par jour, en pilules (Blancard) dont voici la formule : Iode, 4 gr. ; limaille de fer pur, 2 gr. ; eau distillée, 6 gr. ; miel blanc, o gr. ; pour iOO pilules ; en dragées (Gilles) en granules (Mentel). Fréquemment on emploie le Sirop diodure de fer
lODUHE DE POTASSIUM, 797
auquel le Codex assigne celle formule : Iode' sublimé, 46%23; limaille de fer, 2 gr. ; eau disLillée, 10 gr. ; sirop de gomme, 783 gr. ; sirop de fleur d'oranger, 200 gr. 20 grammes de ce sirop conLiennent 0,10 d'Iodure de fer. On peut en donner par jour deux ou trois cuillerées à soupe ou cuillerées d'enfant suivant l'âge du sujet.
Uloditre d'Amidon ou plutôt l'association d'iode et d'amidon connue sous ce nom impropre, puisqu'il n'est pas ici question de combinaison chimique, cette préparation d'iode, dis-je, est un autre succédané de i'Iodure de Potassium. Elle est facilement tolérée, peut s'administrer à dose élévée : ■40-60 gr. ; et pourrait surtout servir de contre poison chimique (Ranieri Bellini) à l'hydrogène sulfuré, aux sulfures alcalins, à l'ammoniaque et autres alcalis caustiques et aux alcaloïdes organiques, avec lesquels elle forme des combinaisons peu solubles; et servir enfin dans les intoxications mercurielles ou saturnines. L'idée est ingénieuse, mais bien peu pratique, vu que mieux vaut débarrasser l'estomac d'un poison que d'attendre l'action aléatoire d'un contrepoison, si puissant soit-il, chargé de neutraliser sur place le corps vénéneux.
Enfin je citerai un dernier succédané fort peu important jusqu'ici, VIodure d'argent, préconisé contre la coqueluche par Robert Bell, à la dose de 0,02 centigrammes par jour.
Substances antagonistes. — Antidotes, contkepoisons. — Le bromure de potassium est le correctif et l'antidote par excellence de l'Iodure de Potassium, sous le rapport de l'action excitante seulement ; car, à d'autres égards, il en est l'auxiliaire. Gomme agent de stimulation, l'Iodure potassique peut être combattu également par les divers médicaments qui ont une action tempérante, sédative ou contre-stimulante: ainsi par les acides, les amers, le froid, le sulfate de quinine et ses nombreux succédanés. Les substances que nous venons d'énumérer devraient être évitées si l'on voulait obtenir l'iodisme aigu ; mais comme généralement on ne recherche pas ces phénomènes physiologiques, qui sont même presque toujours un inconvénient sans profit, il n'y a pas de raison pour éloigner les médicaments antagonisliques de l'Iodure de Potassium eu égard à ses eflels stimulants ; au contraire, il y aurait lieu de les lui associer, à l'exception toutefois de ceux qui sont capables d'en altérer la composition chimique. De ce nombre sont les acides qui dégagent de l'iode Hbre pouvant agir comme irritant local.
Certaines incompatibilités sont encore à signaler. C'est ainsi qu'on évitera de faire prendre de l'Iodure de Potassium aux sujets auxquels on fait des insumations de poudre de calomel dans les yeux, sous peine de voir se développer une violente ophtalmie. J'ai vu encore les frictions avec l'onguent mercuriel irriter' très vite le tégument externe chez les sujets soumis au traitement ioduré. Dans ces deux cas il peut se former des iodures de mercure, irritants, par suite de la présence de l'iode dans les larmes et la sueur.
Gomme contre-poison chimique de l'Iodure alcalin, on pourrait employer
798 lODURE DE POTASSIUM,
un mélange de limonade sulfùrique et d'amidon, l'Iode mis en liberté par l'acide devant se combiner aussitôt avec la substance hydrocaibonée. Imi Angleterre on a signalée aussi l'incompatibilité de Kl avec le sous-nitrate de bismuth. 11 se forme un iodure rouge foncé de ce dernier métal, qui est très insoluble (Woodman, Meymott ïidy).
Usages. — Les médecins n'ont guère cherché dans l'Iodure de Potassium qu'un agent altérant, ou tout au plus un adjuvant chimique de l'iode auquel était réservé le rôle de stimulant. Cependant j'ai, pour ma part, utilisé dans plusieurs circonstances l'action congestionnante et excitante de l'Iodure alcalin chez des sujets anémiés et énervés, atteints de céphalalgie, de vertiges, de tintouins, de névralgies et de névroses, de tremblements (amyostasie), de subdélire, lorsque ces accidents étaient d'origine hypostbénique. L'Iodure de Potassium convient encore, d'après Trousseau, dans certaines espèces d'asthme dues peut-être à l'excès d'action des nerfs vaso-moteurs, à l'anémie du parenchyme pulmonaire et au défaut d'échange entre l'atmosphère et le sang. G. Sée a généralisé cette méthode de Trousseau, et il ne s'arrête guère à faire des distinctions dans le traitement de l'asthme essentiel. Celte affection est toujours et quand même soumise par lui à la cure iodique, comme si l'Iodure de Potassium était un spéciQque contre l'asthme. Beaucoup d'asthmatiques sont effectivement soulagés par l'emploi persévérant de l'Iodure de Potassium et d'un peu d'opium à litre de correctif ; mais il s'en faut que la méthode de Sée réussisse invariablement. Contre les accès proprement dits, Sée conseille une autre préparation iodique, l'éther iodhydrique (Voy. ce mot), qui soulage instantanément les patients.
La vertu fondante et résolutive de l'Iodure de Potassium est au contraire journellement mise à profit contre le goitre, les affections strumeuses ou scrofuleuses des ganglions lymphatiques, des viscères et de la peau, la tuberculose, la syphilis, les tumeurs diverses, la goutte et surtout le rhumatisme chronique ; enfin contre certaines inflammations des muqueuses et la morve chronique. L'usage externe et surtout interne de ce sel favorise également la résorption des fausses membranes qui doublent les séreuses enflammées. Des frottements péricardiques ou pleuraux, après être restés quinze jours stationnaires, ne commencèrent à s'atténuer qu'après l'emploi de l'Iodure de Potassium (Gubler, Bouillaud).
Après avoir reconnu que ce médicament convient dans la généralité de ces cas, il est bon cependant de faire plusieurs réserves, notamment en ce qui concerne le traitement des hypertrophies du corps thyroïde. Nuisible dans la cachexie exophtalmique, inefficace dans la forme aiguë des goitres qui surviennent accidentellement chez les femmes aménorrhéiques, etc., il ne triomphe vraiment que des goitres endémiques à marche lente, sans éréthisme. Nous pouvons en dire à peu près autant de la tuberculose externe et surtout de la tuberculose interne : l'Iodure alcalin ne convient pas aux formes aiguës. Mêmes remarques à propos du rhumatisme, de la goutte et des inflammations des muqueuses. L'Iodure de Potassium ne doit être dirigé que contre les accidents arthritiques anciens, exempts de phlo-
lODURE DE POTASSIUM. 799 gose, et contre les blennoi-rhées indolentes. Cependant, môme dans ces conditions, j'ai vu l'Iodure de Potassium provoquer une recrudescence de l'uréthrite'soit à la faveur de l'excitation générale qu'il détermine, soit par son action irritante locale sur les voies génito-urinaires. Le même inconvénient se reproduirait à propos de toute autre inflammation muqueuse, en sorte que si le docteur A. de Beaufort a obtenu de bons effets de l'Iodure alcalin dans le cas de catarrhe du sac lacrymal ou dans les métrites internes, c'est parce qu'il s'est adressé à des afl"ections éminemment chroniques,, ou parce qu'il a eu affaire à des phlegmasies catarrhales symptomatiques d'une lésion organique plus profonde ou bien d'un état constitutionnel justiciable de la médication iodurée.
L'Iodure de Potassium, aussi bien que l'iode métalloïdique, a trouvé son emploi dans la maladie de Bright. L'un et l'autre me semblent indiqués pour faciliter la circulation rénale et pour favoriser la résorption des exsudais interstitiels. Crocq (de Bruxelles) et Baudon citent plusieurs exemples de guérison d'albuminurie par l'Iodure de Potassium et celui de Calcium. G. W. Balfour l'a donné à la dose de 1,50 centigrammes par jour, dans l'espoir de réduire des anévrismes inaccessibles aux moyens chirurgicaux, et son observation aussi bien que les faits rapportés par Byrom Bramwell, Henry Simpson, etc., encouragent de nouveaux essais. L'Iodure agirait ici en qualité de modérateur de l'action cardiaque. Dans certains cas de méningite granuleuse et tuberculeuse, l'Iodure de Potassium a paru faire quelque bien (Séguin, Bonamy). Toutefois la bouffée congestive qu'il détermine vers la tête n'est pas exempte d'inconvénients. Pour la conjurer, il faudrait donner l'Iodure à doses minimes et même l'associer à des quantités beaucoup plus fortes de bromure, ainsi que j'ai eu soin de le faire, avec profit, dans quelques circonstances. Enfin Schwartz, Riebe annoncent plusieurs guérisons de pneumonie aiguë par l'Iodure de Potassium, ce qui est à vérifier.
Quant à la syphilis, voici les conclusions auxquelles l'expérience permet de s'arrêter : 1° L'Iodure de Potassium, conformément à l'opinion de Ricord, s'adresse spécialement aux accidents tertiaires. Néanmoins il n'est pas inutile dans le cours des accidents secondaires (Wallace, Trousseau et Pidoux, Kiiss, etc.), parce que les uns et les autres ont un caractère commun : c'est la tendance plastique presque constante à la troisième période, moins manifeste, bien que réelle déjà, dans la seconde, ainsi qu'en témoigne l'induration flbro-plastique du chancre. 2° L'Iodure de Potassium n'est cependant pas l'agent exclusif de la curation des symptômes syphilitiques profonds et avancés. Nos prédécesseurs obtenaient des résultats satisfaisants avec les préparations hydrargyriques seules dans toutes les périodes de la diathèse, et, d'après ma propre expérience, il serait sage de débuter presque toujours par un traitement mixte ou simplement mercuriel dans les syphiUs à manifestations plastiques. 3» En effet, l'Iodure de Potassium, employé d'emblée, a parfois le fâcheux résultat d'aviver la phlogose en vertu de laquelle se déposent les produits plastiques, ou se
800 lODURE DE POTASSIUM.
forment les éléments embryonnaires de tissu connectif, et d'amener dans les tumeurs un nouvel accroissement dépourvu à la vérité d'inconvénients graves lorsqu'elles sont externes, mais pouvant devenir dangereux quand ces productions sont enfermées dans la boîte crânienne. 4° Ceci prouve, pour le dire en passant, qu'il ne faudrait pas juger toujours de la nature spécifique ou banale de certains accidents viscéraux d'après le succès ou l'insuccès des premières doses du médicament antisyphilitique, non plus que d'après l'échec définitif du traitement spécifique puisque, en aucun cas, riodure de Potassium n'aurait le pouvoir de faire rentrer dans la circulation des tissus adultes tels que ceux d'une véritable exostose ou bien d'une cicatrice fibreuse.
La diathèse syphilitique n'est pas la seule intoxication dans laquelle riodure de Potassium rendra des services. En qualité de désassimilateur ou atrophiant, ce sel est indiqué toutes les fois que, l'économie étant imprégnée d'un venin, d'un virus ou d'un poison quelconque morbide capable d'engendrer des accidents graves et constitutionnels, il y a quelque chance de la soustraire au danger en chassant la cause morbide par toutes les voies d'élimination et en accélérant autant que possible la rénovation de la trame organique qui a subi l'imprégnation. Ainsi l'Iodure alcalin donne de bons résultats dans l'empoisonnement mercuriel ou saturnin, et ne serait peut-être pas absolument inutile dans les septicémies.
MoDiLS d'administration et doses. — L'Iodure de Potassium exempt de carbonate alcalin, de chlorure de potassium et d'iodate de potasse qui sont irritants, se donne en solution aqueuse dans une tisane, un sirop, une potion, à dose moyenne de 50 centigrammes à 2 grammes par jour. Le véhicule ordinaire sera le sirop d'écorce d'orange amère ; c'est l'un des plus avantageux : voici par exemple la formule du sirop du Codex : lodure de potassium, 25 grammes ; eau distillée, 25 grammes; sirop d'écorce d'orange amère, 950 grammes. On peut lui substituer le sirop de groseilles. On va quelquefois au delà de cette dose; on reste également en deçà. Les enfants et les sujets disposés à l'éréthisme vasculaire supportent mal ce médicament, qui doit leur être administré avec une certaine réserve. A mon avis, l'Iodure de Potassium est ordinairement prescrit à doses trop massives; je me suis rarement vu dans la nécessité d'aller au delà de 1 à 2 grammes par jour, tandis que beaucoup de praticiens procèdent habituellement et sans motifs par des quantités deux fois plus considérables, et dont le seul privilège est d'exciter au plus haut degré les phénomènes d'iodisme aigu. Cette manière d'agir est cependant justifiée dans quelques circonstances encore mal définies où la multiplicité et la gravité des lésions, ainsi que la torpeur de l'organisme, semblent exiger l'emploi des moyens exceptionnellement énergiques. Dans ce cas, les doses de 4, 6 et 8 grammes par jour ont été parfois curatives. On pourrait encore en pareils cas recourir aux injections hypodermiques d'iodure de Potassium (0,50 par seringue de Pravaz), absolument inolfensives (Ern. Besnier, Gilles de la Tourette). D'une façon générale, on doit administrer l'Iodure de Potassium avant les repas.