A. SULFHYDRIQUE
L'action se fait aussi sentir du côté du tégument interne, spécialement vers la muqueuse des voies respiratoires; Il en résulte pour cette dernière une légère phlogose, voire des hémoptysies, si la prédisposition existe, et pour le canal digestif une congestion également active qui se traduit par de la diarrhée et quelquefois par le développement d'hémorrhoïdes.
A la longue, le Soufre semble pouvoir modifier profondément la nutrition, l'état anatomique des tissus, et conséquemment leur mode de fonctionnement. On peut attribuer cette action altérante à l'intégration d'un plus grand nombre de molécules du métalloïde dans le plasma organique et les éléments histologiques qui seraient polysulfurés (Gubler).
Sous une forme massive, le Soufre, porté dans l'estomac, agit comme purgatif doux, et, si la dose est exagérée, il détermine une gastro-entérite (Œsterlen), ou plutôt une entéro-colite (Gubler), par cette raison que la modification chimique, indispensable à l'action du corps simple, n'a heu que dans la longueur de l'intestin grêle, au contact du mucus et des sécrétions alcalines des glandes annexes.
L'action stimulante ou irritante exercée par le Soufre sur la peau et la muqueuse respiratoire s'explique par le passage de ce principe à travers les appareils sécréteurs de ces deux téguments. Le Soufre, en effet, se métamorphose dans la circulation : d'une part en acide sulfurique, puis en sulfates qui passent dans les urines, et d'autre part, en hydrogène sulfuré qui, de même que les autres substances volatiles, s'échappe parles poumons et par les glandes sudoripares. Au reste, il se pourrait que le Soufre arrivât à l'émonctoire cutané sous une autre forme : celle, par exemple, d'une essence sulfurée. Toujours est-il que les malades exhalent une odeur manifestement sulfureuse, et que leurs émanations altèrent fortement le brillant de l'argent métallique. Leur peau offrirait môme un refiet jaunâtre perceptible pour des observateurs habiles et expérimentés. Enfin, on a été jusqu'à prétendre que leur sueur teint en jaune le linge qui s'en imbibe. Quoi qu'il en soit, le passage du soufre ou de ses dérivés par les glandes de la peau
donne lieu à une irritation qui se traduit quelquefois par des exanthèmes multiformes, dont l'apparition est favorisée par l'action d'une température élevée.
Substances synergiques, auxiliaires. — Gomme excitant, le Soufre a pour auxiliaires les divers agents de la médication stimulante, notamment les huiles volatiles ; comme cathartique, les purgatifs doux, tels que la magnésie ou la crème de tartre. Gomme altérant, il a pour analogues et parfois pour adjuvants l'arsenic, le phosphore et, jusqu'à un certain point, l'iode.
Substances antagonistes, incompatibles. — Antidotes, contre-poisons. — Les sédatifs, les médicaments dits réfrigérants, le froid thermométrique, sont des antagonistes dynamiques du Soufre. Il en est de même des astringents. Mais ces différents agents incompatibles avec le Soufre, lorsqu'il s'agit d'en obtenir les effets stimulants, ne s'opposent nullement aux modifications constitutionnelles qui forment l'action altérante du métalloïde.
Le froid, le sulfate de quinine, le bromure de potassium, en sont probablement les antidotes dynamiques.
Le chlorure de chaux et le Soufre broyés dans un mortier font explosion (Kaeffer) et sont donc des incompatibles à écarter de nos formules.
Usages. — L'action stimulante du Soufre est recherchée dans certaines dartres rebelles, dans les paralysies saturnine et mercurielle, dans les affections goutteuses et surtout rhumatismales, atoniques, afin de modifier l'allure chronique de ces affections ou de provoquer une dérivation vers les émonctoires par lesquels le Soufre s'élimine. Ge médicament se comporte de même vis-à-vis des catarrhes anciens oq. liés à la diathèse herpétique, qu'ils aient leur siège dans le rectum, dans les organes génito-urinaires, ou bien dans les voies respiratoires. On s'en sert aussi comme moyen d'épreuve chez des malades manifestement entachés ou simplement soupçonnés de syphilis, dans le but de provoquer l'apparition des symptômes spécifiques. C'est alors un moyen de traitement et de diagnostic tout à la fois.
En Islande on prétend atténuer la fièvre primaire et secondaire de la variole par des fumigations de Soufre et par l'administration interne d'une solution aqueuse d'acide sulfureux (Kjaltelin).
L'action altérante du Soufre est recommandée par les uns dans la diathèse strumeuse, par les autres dans la diathèse herpétique ; mais celle-ci est trop mal définie pour donner lieu à des indications précises. Gette action n'est peut-être pas moins utile dans les formes avancées de la syphilis constitutionnelle. L'action cathartique semble convenir spécialement aux sujets dartreux et scrofuleux, principalement lorsqu'ils portent quelques lésions intestinales dépendant de cette mauvaise disposition générale
L'action toxique sur les organismes inférieurs est utilisée : 1" contre les parasites végétaux, particulièrement contre le Microspovon furfur du pityriasis versicolor;^ contre les parasites animaux habitant, les uns la peau comme le sarcopte de la gale, les autres le canal alimentaire, comme les ascarides lombricoïdes et les oxyures.
<m SOUFRE SUBLIMÉ, FLEUR DE SOUFRE,
Modes . d'administration et doses. — D'autres dermatoses, non parasilait-es, sont encore traitées et guéries par le Soufre, les diverses espèces d'acné, particulièrement l'a. punctata (Bouchul, Erasmus Wilson, Parson, Slelwagon), \e pityriasis simplex, etc.
De plus c'est un purgatif parfois avantageux aux sujets affectés de fissure anale, de colique de plomb, et aux hémorrhoïdaires. Et il a été parfois préconisé topiquement contre l'angine couenneuse J. Erskine Stuarl). Je le recommande enfin pour assainir les locaux rendus impurs par une maladie miasmatique ou infectieuse : choléra, diphtérie, etc., sous forme de fumigation. 20 grammes de Soufre par mètre cube suffisent, en combustionparfaùe, pour débarrasser une pièce bien dose de ses contages.
Les principales préparations de Soufre sont les suivantes : Poudre de Soufre, employée en nature comme topique dans les dermatoses, ou bien (Brachet, Chaussier) répandue dans le lit des galeux; en électuaire ou associée à diverses substances laxatives pour purger. On nommait crème de Soufî-e ceiie substance bien pulvérisée et lavée; on la faisait entrer dans une foule de recettes de poudres : diaphoréiique, absorbante, antidysentéiHque, incisive, etc., etc. Les Tablettes ou Pastilles de sou/z-e contiennent chacune 1 décigramme du principe actif. Elles peuvent remplacer les eaux minérales sulfureuses sans en être l'équivalent, dans la plupart des cas où cellesci sont prises à l'intérieur, et je les prescris habituellement dans la médecine des pauvres. Je recommande toujours de les laisser fondre lentement dans la bouche, afin que la transformation en sulfure de potassium, ou la dissolution dans le mucus, s'accomplisse mieux.
Pommade soufrée : formée de 1 partie de Soufre pour 3 parties d'axonge. Elle est usitée en frictions contre la gale. La Pommade antipsorique, formée de 1 partie de Soufre lavé, de 2 parties d'axonge et de d/I5 environ d'alun et de sel ammoniac, est plus efficace que la précédente. On fait aussi une Pommade sulfuro-savonneuse composée de 1 partie de Soufre pour 2 parties de savon mou de potasse (Bouchardat). On fait aussi un Savon sulfureux d'un emploi très commode.
CeVa^ soufré. Il se compose de 1 partie de Soufre pour 8 parties de véhicule.
La Pommade d'Helmerich renferme : fleur de Soufre, 2 parties ; carbonate de potasse, 1 partie, et axonge, 8 parties. C'est le topique le plus fréquemment usité dans le traitement de la gale.
Le glycéré soufré préconisé par Stelwagon, renferme parties égales de glycérine, alcool, eau de rose, et 50 centigrammes ou plus de soufre par 30 grammes de la première.