‹ Commentaires th©♭rapeutiques du Codex medicamentarius [electronic resource]Chapitre 319 sur 384 · LIQUIDE · texte numérisé non relu

LIQUIDE

SOUS-CARBONATE DE FER. - Voy. Safran de mars apéritif. SOUS-NITRATE DE BISMUTH. — Voy. Azotate (sous-) de bismuth. SOUS-NITRATE DE PROTOXYDE DE MERCURE. — Voy. Azotate

(sous-) MERGUREUX.

SOUS SULFATE DE RIOXYDE DE MERCURE. — Voy. Sulfate (sous )

MERCURIQUE.

STRYCHNINE, Strychnina.

Angl. : Strychnia. — Ail. : Strychnin, Strychnium.

La Strychnine (C'^H^^Az^O*) est un alcaloïde très répandu dans les plantes de la famille des Strychnées, notamment dans les Slrychnos Nux vomica et Str. Ignatîi, dont on l'extrait, et les Str. colub?Hna, Tieute, toxifera, etc. C'est une substance blanche cristalline, inodore, d'une excessive amertume, bien qu'elle soit presque insoluble dans l'eau (1 p. 7000). Aussi les brasseurs de Londres ont-ils eu l'idée de l'employer frauduleusement à la dose ^6 1 ouu Po^^i" 1^ fabrication de la bière. Elle est soluble dans 106 p. d'alcool à 95", presque insoluble dans l'éther, mais elle se dissout aisément dans le chloroforme (1 p. 7,1) et dans les acides étendus pour former des sels définis aussi amers et plus solubles qu'elle-même.

Action puysiologique. — Localement, la Strychnine, employée à faible dose, agit sans doute au moins comme les amers en général, si ce n'est comme stimulant spécial de la conlractilité organique. Elle produit, en conséquence, non pas directement mais par action réflexe, un resserrement des capillaires sanguins et des fibres dartoïdes, c'est-à-dire l'astriclion des tissus avec pâleur et diminution de la chaleur et des phénomènes liés à l'hypérémie.

L'impression produite sur les surfaces tégumentaires, transmise par les nerfs eisodiques jusqu'aux centres de réflexion, peut déterminer secondairement une contraction plus énergique et plus étendue.

A dose plus forte, elle agit comme irritant, cause sur le derme mis à nu par un vésicatoire une douleur cuisante et pongitive, et détermine une mflammation quelquefois suppurative.

Absorbée, puis séparée du sang par les émonctoires, la Strychnine exerce probablement une action générale analogue sur le réseau capillaire des glandes et parenchymes, là où elle se trouve dégagée des entraves que l'albumine du sérum impose à la plupart des substances agissant en vertu de leurs propriétés chimiques.

En petite quantité, de 1 à 5 milligrammes et jusqu'à i centigramme en plusieurs prises, elle est tonique et diurétique en ce double sens qu'elle excite la sécrétion urinaire et provoque une excrétion plus fréquente. Mais, à forte dose, depuis 1 jusqu'à 3 centigrammes, elle porte principalement son action sur le centre nerveux spinal (la moelle allongée, d'après Flourens; le cervelet, d'après quelques-uns; la moelle entière pour la plupart des physiologistes), dont elle augmente singulièrement la puissance excitomotrice. Il en résulte premièrement un simple accroissement des mouvements dits réflexes; puis, à un degré plus avancé, une violence excessive de ces mêmes mouvements, soit spontanés, soit provoqués par un contact, une pression, une sensation légère quelconque. C'est ce qui a fait admettre une exaltation de sensibilité, tandis qu'il n'y a encore qu'une exagération des actions réQexes par lesquelles se manifeste l'impression (Stannius). En excitant la sensibilité, et, par elle, des contractions convulsives, on s'assure du degré d'action de la Strychnine et l'on est en mesure d'arrêter à temps l'administration du médicament.

La maladresse, l'incertitude de la marche, dépendent précisément de ces roideurs instantanées provoquées à chaque mouvement par les sensations dont la contraction musculaire et le jeu des articulations sont les causes occasionnelles. Les muscles du pharynx, du larynx, de l'œsophage et de la vessie, ceux des organes génitaux chez l'homme et chez la femme, sont influencés aussi bien que les muscles des membres. On a observé des érections opiniâtres diurnes et nocturnes et des phénomènes analogues dans le sexe féminin (Trousseau et Pidoux). Enfin, on constate la permanence de la contraction musculaire, toujours prédominante dans les extenseurs du tronc et des membres (Martin-Magron, Cayrade), comme s'il existait une sous-division du centre médullaire, dévolue spécialement aux muscles qui renversent le tronc et déploient les extrémités (Gubler). C'est un phénomène identique au tétanos morbide, et, comme dans celui-ci, la contracture des mâchoires ou trismus est l'un des phénomènes les plus saillants. La contraction de la pupille est également prononcée dans les deux cas. Dans le tétanos artificiel, de même que dans le spontané, l'intelligence demeure intacte jusqu'à la fin, ne disparaissant que lors des crises convulsives, sous l'influence de l'état asphjxique.

La circulation est très modifiée par la Strychnine. A dose faible celle-ci accélère les battements du cœur; à dose toxique, elle excite violemment l'organe, arrête ses contractions lors des crises tétaniques et les ralentit au

STHYCIININE.

furet à mesure que l'intoxication avance ; toujours la pression vasculaire est augmentée, De môme la respiration d'abord accélérée se suspend au moment des accès de convulsions, mais se rétablit à leur terminaison, et se ralentit ensuite de plus en plus jusqu'àla mort. En outre, certains sens sont exaltés : le toucher, l'odorat, l'ouïe, la vue.

La Strychnine produit, en effet, du côté de la peau des sensations pénibles, comparées par les malades à des fourmillements ou bien à des décharges électriques. Ces douleurs rappellent donc celles de l'ataxie locomotrice.

Andral et Lallemand ont noté l'influence funeste que cet agent exerce sur les sujets affectés de ramollissement cérébral. Ces faits, de même quela stupeur et le vertige, observés par Bally, s'expliquent (Gl. Bernard, Bowman, Gubler) par l'hypérémie mécanique en rapport avec ,1a rigidité des parois thoraciques, la gène respiratoire et les phénomènes d'asphyxie, laquelle hypéréraie se fait nécessairement sentir davantage dans la partie du cerveau affectée d'inflammation primitive ou secondaire. Magendie a remarqué que les effets de la Strychnine ou plutôt de la noix vomique étaient plus prononcés du côté paralysé. L'absence de l'influence volontaire, invoquée par Ségalas pour expliquer ce phénomène, ne peut entrer en ligne de compte que dans le strychnisme léger avec convulsions fugaces. Mais nous admettons, conformément à l'opinion de Marshall-Hall, que l'accroissement de l'irritabilité musculaire dans les lésions cérébrales contribue à rendre plus intenses les manifestations de l'irritation spinale dans le côté paralysé. D'ailleurs, la rigidité tétanique ne se borne pas aux muscles volontaires, elle atteint également ceux dont les contractions sont en partie soustraites à la volonté (muscles inspirateurs et expirateurs, muscles de la glotte et de l'appareil pharyngo-laryngé), et même les fibres motrices de la vie organique, ce qui détermine les accidents les plus graves, pouvant mettre prochainement la vie en péril. On observe, par exemple, la contracture invincible des muscles thoraciques et de ceux du larynx avec l'impossibilité de respirer, l'asphyxie et la mort. Mais avant que la vie s'éteigne, les phénomènes d'excitation sont parfois remplacés par un état de co//a/)sws avec résolution musculaire, incompatible non seulement avec les mouvements volontaires faits dans un but déterminé, mais encore avec l'attitude tonique du corps. Le coUapsus s'obtient du reste facilement par la méthode de Ch. Richet, en injectant dans une veine des doses énormes d'alcaloïde. L'animal a très rapidement des convulsions; mais il ne tarde pas à entrer dans une période de résolution musculaire comparable à celle que. produirait le curare.

A l'autopsie on ne trouve que des lésions peu caractéristiques et insuffisantes pour donner la clef des symptômes du strychnisme. Tout se borne à delà congestion veineuse dans les viscères et surtout dans les poumons, congestion passive en rapport avec les difficultés de la respiration et de la circulation durant la période d'apnée convulsive. On observe aussi quelquefois un léger degré de ramollissement de l'encéphale et de la moelle, dù peut-être aux mêmes obstacles mécaniques. Schroeder van der Kolk a si-

gnalé de petits foyers hémorrhagiques dans le renflement lombaire de la moelle, uniquement dans la substance grise.

Le mécanisme de l'action physiologique de la Strychnine est encore mal défini ; mais il est permis de voir l'une des conditions de son affinité élective pour le centre spinal et ses prolongements encéphaliques, dans une circonstance dont l'influence se fait également sentir dans d'autres intoxications, je veux parler de l'élimination du poison efl'ecluée probablement par le liquide céphalo-rachidien, lequel, étant exempt d'albumine, restituerait à l'alcaloïde la liberté d'action qu'il avait momentanément perdue dans le sang (Giibler).

La Strychnine n'agit pas avec une égale violence sur toutes les espèces animales. D'une manière générale, elle est plus funeste aux animaux supérieurs qu'aux invertébrés, mais il s'en faut de beaucoup que les premiers soient d'autant plus impressionnables qu'ils sont plus haut placés dans l'échelle zoologique. Suivant Rosenthal, les lapins se laissent mourir dès qu'ils sont imprégnés de nitrate de Strychnine à raison de 1 milligramme pour oOO grammes de leur masse; tandis que les cochons d'Inde, les moineaux, les pigeons, en exigent le double, et qu'il en faut douze fois autant pour tuer le coq ou le hérisson. Mais il y a plus, les singes paraissent jouir d'une certaine immunité vis-à-vis de ce terrible poison. Théobald Ringer n'est pas parvenu à en empoisonner un en lui donnant à plusieurs reprises 6 centigrammes de Strychnine, tandis que la même dose suffit à faire périr un chien en quarante minutes. On a cité d'autres faits semblables.

De nombreuses expériences ont été entreprises en vue de faire mieux connaître le mode d'action de la Strychnine; mais les physiologistes sont encore très divisés sur plusieurs points essentiels de la question.

Ce qu'on sait bien, c'est que les centres nerveux encéphaliques, et par conséquent le cervelet, sont épargnés par l'alcaloïde convulsivant, ou du moins que les symptômes du strychnisme apparaissent et se maintiennent indépendamment de ces centres. Un animal décapité se tétanise sous l'action de la Strychnine tout comme s'il n'avait pas subi cette mutilation ; donc tout se passe du côté de la moelle épinière et des expansions nerveuses périphériques, carie grand sympathique ne saurait être en cause quand il s'agit de troubles des mouvements volontaires. Mais le doute commence lorsqu'on cherche à préciser le lieu d'élection de l'action de la Strychnine parmi les difl'érentes divisions de l'appareil spinal et des nerfs qui en dépendent. Ën effet, les convulsions toniques peuvent dépendre de trois conditions prochaines : la contracture musculaire protopathique, la sensibilité exquise des filets nerveux eisodiques qui mettent enjeu les actions réflexes, etl'accroissement démesuré de la force excito-motrice.

Cl. Bernard coupe toutesles racines postérieures etn'obtient pas le tétanos ; il en épargne une seule et le tétanos se généralise. Il pousse l'intoxication i\ ses dernières limites et constate que, l'insensibilité étant abolie dans ses conducteurs, la moelle ne réagit plus, mais que les nerfs de mouvement continuent à transmettre leurs excitations. La conclusion est que la Strychnine

produit le tétanos à la faveur d'une énorme exaltation de la sensibilité, et paralyse ultérieurement les nerfs sensitifs aussi bien que ceux du mouvement par excès d'action.

Cette manière de voir du célèbre physiologiste n'a pas été acceptée de la plupart des savants. Van Deen, Marshall-Hall, Brown-Séquard, Martin- Magron et Buisson, Vulpian, admettent que la Strychnine exalte simplement l'excitabilité réflexe des centres bulbo-médullaires, car pour ces physiologistes elle ne modifie ni les parties delà moelle dévolues à la sensibilité, ni l'excitabilité motrice de cet organe. Il faut donc qu'elle atteigne sa réflectivité.

Une doctrine éclectique approcherait peut-être davantage de la vérité; et je pense que si les expériences intéressantes de Cl. Bernard ne démontrent pas la prépondérance de l'altération des nerfs de sentiment, ni surtout leur intervention exclusive dans la production des phénomènes du strychnisme, du moins elles nous font voir que cet appareil n'échappe pas à l'influence du poison et qu'il pourrait avoir sa part d'influence dans la genèse des convulsions tétaniques. Pour ma part, je conçois l'accès de tétanos toxique comme le résultat d'une succession d'actions et de réactions entre les différentes divisions de l'appareil sensitivo-moteur : véritable cercle vicieux dans lequel, en vertu d'une tension dynamique hypernormale, le nerf sensitif légèrement impressionné provoque trop vivement la moelle; celle-ci réagit avec violence sur l'appareil moteur qui répond énergiquement et d'où revient une nouvelle excitation centripète suivie d'une nouvelle décharge spinale, et ainsi de suite. J'ajouterai que Falck, Eduard Spitzka admettent encore une action primitive de l'alcaloïde sur le cerveau. Quant à l'extension forcée du strychnisme elle résulterait, d'après Vulpian, de la prédominance des extenseurs sur les fléchisseurs. Enfln la mort dérive de conditions diverses : suspension de l'hématose, ralentissement et arrêt du cœur, choc ou ébranlement nerveux, lésions secondaires : hémorrhagies du côté des centres nerveux ou d'autres viscères.

La Strychnine, comme les principes analogues et la plupart des substances étrangères à l'organisme, s'élimine en majeure partie avecla sécrétion urinaire. Elle passe aussi dans la salive.

Substances synergiques, auxiliaires. — Les autres alcaloïdes des poisons convulsivants : brucine, igazurine, picrotoxine, et les plantes qui les fournissent : Strychnos, coque du Levant, upas-antiar, etc., sont les véritables synergiques de la Strychnine.

Ses analogues et ses auxiliaires sont les hypercinétiques en général : ergot, digitale; l'électricité d'induction, sans parler des excitants qui provoquent les accès convulsifs.

D'un autre côté, les effets des amers sont semblables à ceux de la Strychnine affaiblis, et l'induction fait prévoir que des doses excessives des principes immédiats doués d'amertume arriveraient à produire les phénomènes caractéristiques de l'empoisonnement parles Strychnos.

Substances antagonistes, incompatibles. — Antidotes, contre-poisons.

— Les incompatibles sont toutes les substances qui, comme la ciguë, l'aconit, la lobélie, le tabac, l'opium, la belladone, l'éther, le chloroforme les vomitifs et surtout l'émétique produisent une détente dans l'action excilo-motrice spinale, ou qui, comme le curare, l'inée ou Kombé Arrowpoison, le tanguin, amènent le relâchement ou la paralysie des fibres musculaires. Ce sont ces mêmes agents qui sont théoriquement désignés comme les meilleurs antidotes connus de la Strychnine.

D'après O'Shaughnessy, le haschisch en serait l'antidote physiologique par excellence. Mais on ne doit pas oublier qu'il n'y a pas d'antidotisme parfait, en ce sens que jamais on n'a vu, pas même en ce qui concerne l'atropine etl'ésérine, deux poisons s'adresser exactement aux mêmes tissus, organes ou appareils pour y produire des effets directement contraires et parfaitement équivalents, capables en un mot de se neutraliser complètement. Les agents médicamenteux ou toxiques, antagonistes sur certains points, sont synergiques sur d'autres ou bien exercent ailleurs et concurremment des actions distinctes, aussi nuisibles les unes que les autres malgré leur diversité. Tel est malheureusement le cas pour la généralité des substances énumérées ci-dessus. Le curare, vanté par Harley et Vella, n'a rien donné entre les mains de Pelikan et de Vulpian. Gallard n'a rien obtenu, non seulement du camphre préconisé par Pritchard et Rochester, mais de l'aconit employé par Wookes et Hanson, de la ciguë et de son {alcaloïde, de l'atropine et même de l'opium qui avait donné un beau succès à Pusey (de Liverpool). D'ailleurs, l'atropine est un antidote dont il faudrait d'autant plus se défier qu'elle agit parfois dans le même sens que la Strychnine (Th. Fraser). D'un autre côté, l'unique fait de Stacy Hemenway ne donne pas grande valeur au chanvre indien, ni celui de Gillespie à l'hyoscyamine impure ; les expériences de Eben Walsonsur les animaux et l'observation de Keyworth sur l'homme ne prouvent pas grand'chose en faveur de la fève d'épreuve dont l'antagonisme visà-vis de la Strychnine est fort restreint. (Voy. Fève du Galabar.) Quant au tabac et à la nicotine, leur administration à l'intérieur serait nuisible ou même périlleuse, et malgré deux cas favorables de O'Reilly et de Chevers, je ne puis me joindre à Haughton pour le recommander. Restent les aneslhésiques à l'actif desquels on apporte depuis quelque temps un assez grand nombre de cas heureux. Seulement, dans l'un de ces cas publié par la Gazette médicale de Turin, l'action du chloroforme a été combinée avec celle de l'aconit. Dans les autres, on s'est borné aux inhalations anesthésiques et l'on a pu conjurer de la sorte des accidents formidables résultant parfois de l'ingestion de doses énormes : vingt, quatre-vingt-dix et jusqu'à cent vingt centigrammes de Strychnine (Jervit, Dresbach, Part, Gobrecht, Hamilton, Atlee, etc.). L'hydrate de chloral a la môme efficacité que le chloroforme contre le strychnisme, qu'il guérit facilement dans les cas légers ou autres, quand les doses n'ont pas été excessives (Ogilvie Will, Gharteris, Worthinglon, G. Gray, W. G. Wilson, W. J. Bull, Dickmann, Faucon et Debierre.etc). Et, à côté de lui, nous placerons le paraldéhyde, l'un des meilleurs antidotes de l'alcaloïde, au dire de V. Gervello, sans que cependant l'antagonisme soit

réciproque entre ces deux agents. Enfin, le bromure de camphre (Valenli Y Vivo) et l'alcool (.^magat, Stacchini) ont montré une grande puissance anlidotique contre le strychnisme expérimental.

Les contre-poisons proprement dits sont, les uns physiques: le charbon animal, les corps gras ; les autres chimiques: le tannin et les végétaux qui en renferment, l'iode, le brome, le chlore, le chlorure de sodium. Le kermès, conseillé par Thorel d'Avallon, n'agit évidemment qu'en qualité d'émétique. Mais l'iode et l'iodure de potassium ioduré (Bouchardat, Donné), le chlore liquide (Dumas, Bardet) en décomposant l'alcaloïde, pourraient encore rendre des services. Les corps gras et le lait n'auraient d'autre effet que de ralentir l'absorption. Dans un cas d'empoisonnement par la Strychnine, après avoir tenté de neutraliser surplace (contre-poisons chimiques ou mécaniques) et fait évacuer le poison (émélique, ipéca; pompe stomacale), on aura recours aux anesthésiques, à l'alcool, au bromure de camphre, qui passent pour les plus sûrs de ses antidotes; à la respiration artificielle et aux inhalations d'oxygène.

Usages. — Sous une forme atténuée, la Strychnine pourrait servir aux mômes usages que les amers en général. Mais c'est ordinairement la noix YOMiQUE (Voy. ce mol) qu'on utilise dans ce but.

A pins forta dose, cet alcaloïde trouve son application toutes les fois qu'on a besoin de stimuler l'énergie médullaire et, par elle, la myotilité, comme dans les ^paralysies d'emblée asthéniques ou devenues telles, ou bien quand il faut obtenir une légère contracture pour se rendre maître de mouvements désordonnés, de ceux de la chorée, par exemple.

Les cas de la première catégorie sont très nombreux et se rapportent au système musculaire de la vie de relation et à celui de la vie organique. Tantôt les paralysies sont, comme on dit, sans matière, tantôt elles sont subordonnées à une lésion grossière ou du moins saisissable. Les paresses musculaires et les impotences motrices par défaut d'incitation, survenant chez des anémiques, des convalescents, des hystériques; celles qui succèdent au rhumatisme musculaire ou nerveux, ou bien à des phlogoses à frigure ; celles encore qui survivent à un foyer d'hémorrhagie cérébrale cicatrisé, à un ramollissement guéri et sont exemptes de tout phénomène d'excitation morbide ; toutes ces paralysies peuvent être modifiées avantageusement par la Strychnine, à la condition d'agir avec beaucoup de prudence et de réserve. Où la circonspection la plus attentive est surtout de rigueur, c'est lorsqu'il s'agit de paralysies dues à une lésion organique des centres nerveux. C'est aussi dans ces circonstances que les résultats sont le moins satisfaisants. Lallemand a cité deux cas d'affections cérébrales dans lesquels la noix vomique a déterminé des convulsions qui ont persisté jusqu'à la mort. Et si le ramollissement n'était pas arrêté, l'irritation artificielle ou médicamenteuse pourrait, on le conçoit, en activer les progrès.

Les paralysies locales du nerf circonflexe, du radial, du cubital, du sciatique, celles des muscles de l'œil et de la septième paire ont, plus souvent que d'autres, bénéficié de l'emploi de la Strychnine. Mais on cite encore

parmi les cas favorables au traitement strychnique les paralysies diphtéritiqiie et saturnine (A.ndral, Rayer, Lembert, Tanquerel des Planches, Bretonneau, Kœhler, etc., etc.), la paralysie de la vessie (Ségalas), la surdité nerveuse (Hagen), l'anorexie (Moller), la chorée (RoUande, Trousseau, Moynier, Hammond, etc., etc.), l'atrophie musculaire (de Gérenville), la chute du rectum (Foucher, Dolbeau), l'incontinence d'urine (Kelp). Que d'autres applications utiles il me faudrait encore signaler ici avec quelques développements! Je dois malheureusement, vu le peu d'espace dont je dispose, me borner à une simple nomenclature. Parmi les maladies de l'appareil digestif je citerai comme subissant l'heureuse influence de la Strychnine la dyspepsie atonique, la constipation, la diarrhée chronique, la dysenterie, les borborygmes, la gastralgie, la colique des peintres, l'helminthiase, la paralysie intestinale d'origine hystérique ou saturnine, les vomissements ; et, parmi les affections cardio-pulmonaires, l'asthme, la bronchite avec expectoration difficile, la dilatation du cœur droit (Fothergill). La Strychnine réussit encore à merveille (Morey, Luton) dans les accidents de l'alcoolisme; elle agirait ici en spécifique (Luton et Lécuyé), principalement dans l'intoxication aiguë (Jaillet). Mais ce n'est certes pas le médicament de Yalcoolisme, suivant l'idée de Luton, puisqu'elle est impuissante à réparer ses lésions irréparables. Et elle a été préconisée même dans le diabète et l'anémie.

En oculistique elle rend encore de grands services dans les amblyopies essentielles, par simple trouble fonctionnel (Nagel) ; dans les paralysies des nerfs moteurs de l'œil (Cadé,Barth) et la mydriase(Fronmuller etRulogez).

Les bons résultats obtenus dans certains cas d'amaurose et mis sur le compte de la stimulation de la sensibilité rétinienne, pourraient être attribués avec autant de vraisemblance à l'accroissement de la tonicité des muscles accomgiodateurs, attendu que beaucoup d'amblyopies ne dépendent pas d'autre chose que de la perte de la faculté d'accommodation.

Enfin le D-- Gemma se loue beaucoup de la Strychnine pour combattre chez les pellagreux les troubles suivants : tintements auriculaires, céphalée, vertiges, gastralgie, douleurs lombaires, fourmillements, etc., qui forment un syndrome fréquent de l'intoxication par le Verderame.

Nous croyons moins à son efficacité contre la frigidité ou l'impuissance virile.

Modes d'administration eï doSiss. - La Strychnine s'administre à l'inté- Meur en poudre, associée à une substance inerte; en pilules (Magendie, Furnari), incorporée à de la conserve de cynorrhodon ou à de l'extrait de valériane; en -/'Wea de 1 milligramme {Codex); en potion, acidifiée par 1 acide acétique (Magendie) ; en alcoolé, 0,13 pour 32 grammes d'alcooh\36". Les doses varient de 5 à 15 milligrammes, suivant la tolérance. Souvent il est nêcessau-e de les pousser jusqu'au développement d'eiïets physiologiques. Toutes ces préparations de Strychnine sont usitées par la bouche, mais les solutions d'alcaloïde pourraient être prescrites en lavement; dans ce cas raction est plus énergique que par l'ingestion stomacale. En injec-^ ' GuDLEii et Laddbe, .3« édition. qq

SIJCCIN, KARABÉ, AMBRE JAUNK.

lion sous-cutanée on n'administre que les sels de Strychnine : sulfate, chlorhydrate, acétate ou nitrate, qui renferment 83 à 84 p. 100 d'alcaloïde, en solution au centième.

Pour l'usage externe, la Strychnine se prescrit en collyre (Henderson), dissoute dans l'eau acidulée par l'acide acétique ; en pommade (Sandras) et liniment : deux préparations sans grande valeur.

SUBLIMÉ CORROSIF. — Voy. CniORURE mercurique. .

SllCCIN, KARABÉ, AMBRE JAUNE, Succinuin. Angl. : Yellow Amber, Ambev. — AU. : Berrutein.

Le Succin ou Ambre jaune se rencontre au voisinage de la mer, en Provence et en Picardie, mais surtout sur les bords de la Baltique, où l'on en fait une récolte suivie. C'est une résine fossile de couleur jaune, dure et cassante, non friable, sans odeur ni saveur, insoluble dans l'eau, très peu soluble dans l'alcool et l'éther ; elle fond à 285° et brûle avec flamme en répandant une odeur pénétrante {Codex). Son nom de Karabé est persan (tire-paille) ; c'est aussi Velectron des Grecs, parce qu'il attirait les corps légers, d'où le mot électricité.

Composition. — U renferme, selon Berzélius : huile odoriférante, intimement combinée avec une résine jaune entièrement soluble dans l'alcool, l'éther et les alcalis ; résine difficilement soluble dans l'alcool froid, mais soluble dans l'éther et les alcalis ; acide succinique, et principe {bitume) insoluble dans les menstrues qui viennent d'être nommés, mais facilement soluble dans le chloroforme, et constituant alors le vernis d'Ambre, usité en photographie.

V huile volatile [H. pyrosuccinique) est un irritant local, énergique, qui agit comme rubéfiant et s'emploie quelquefois en frictions contre le rhumatisme et la paralysie. A l'intérieur, c'est un stimulant dilfusible qu'on prescrit à la dose de 10 à 15 gouttes dans l'hystérie et l'aménorrhée. Elle entre dans la teinture d'ammoniaque composée. On la transforme, à l'aide d'acide nitrique concentré, en une résine d'un jaune orangé, ayant une odeur musquée, et désignée sous le nom de Musc artificiel. Cette substance, réputée antispasmodique etnervine, a été employée dans la coqueluche et les fièvres nerveuses, sous forme de teinture, à la dose de 3 à 4 grammes.

V acide succinique sublimé (C8H*06,2HO), cristallisé en aiguilles, est soluble dans l'eau (1 p. 5) et l'alcool, mais non dans l'essence de térébenthnie. U possède des propriétés stimulantes, antispasmodiques, diurétiques et diaphoréliques. On l'emploie dans la goutte et le rhumatisme chroniques, dans les éruptions rétrocédées et les crampes. La dose est de 30 centigrammes à 1 gramme.

Action puysiologique et usages. — Le Succin ne prend d'odeur marquée que parle frottement. Ses effets physiologiques, d'ailleurs fort peu sensibles, sont ceux des balsamiques en général.

L'Ambre jaune a joui autrefois d'une grande réputation comme anlispas-

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