‹ Commentaires th©♭rapeutiques du Codex medicamentarius [electronic resource]Chapitre 347 sur 384 · ADDENDA · texte numérisé non relu

ADDENDA

ha. deuxième édition du Codex de 1884 ajoute aux médicaments tirés des végétaux les suivants :

DROSÉRA, Drosera ro lundi folia, L. — Droséracées. Angl. : Sundew. — Ail. : Rorella.

Composition. — Les Droséras, très en honneur il y a deux siècles comme médicaments et puis oubliés pendant fort longtemps, n'ont attiré de nouveau l'attention des médecins que depuis quelques années seulement, c'est pourquoi leur composition est encore assez mal connue. D'après G. Lugan, de Gaen, ces curieuses petites plantes renferment de la chlorophylle, une substance albumineuse, une matière colorante jaune, de la cire, une résine acre, corrosive, un acide organique libre, de la glycose et des sels.

D'après Reiss et Will, l'acide serait l'A. formique, et, suivant Darwin, l'A. propionique ou bien représenterait un mélange d'A. acétique et d'A. butyrique; en tout cas, il appartiendrait à la série grasse. Il faut ajouter que les Droséras sécrètent un principe digestif analogue à la pepsine pour son action sur les albuminoïdes.

Propriétés physiologiques. — Le Droséra est une plante Carnivore. Comme l'ont démontré les patientes et admirables recherches de Darwin, il sécrète un véritable suc gastrique, tout à fait comparable à celui des animaux supérieurs, à l'aide duquel il digère les insectes qui viennent se faire prendre entre les poils de ses feuilles, et puis s'assimile leur substance.

Ce suc digestif n'est autre que cette sorte de rosée brillante qui couvre les feuilles des Droséras et les a fait appeler lîos salis, Herbes de la rosée. Il est corrosif, presque caustique, au point de déterminer des ulcérations sur les muqueuses et la peau chez l'homme comme chez les animaux ; et Darwin a démontré qu'aucun tissu animal ne lui résiste : dents, os, cartilages, etc., sont ramollis pour lui.

DROSÉR\. ^^^^

Les effets généraux du Droséra sont peu connus. Curie, qui a fait quelques recherches pour les déterminer, conclut d'expériences peu nombreuses que cette petite plante est capable de rendre les animaux tuberculeux e qu'elle irrite leur système lymphatique, confirmant ainsi les observations anciennes de Vicat, lequel accusait, il y a plus d'un siècle, la Rorelle (autre nom du Droséra) de gâterie foie et les poumons des bestiaux qui s en nourrissent. On trouverait, en effet, à l'autopsie de chats soumis longtemps à l'usage d'alcoolature de Droséra, des granulations comme tuberculeuses, dans les poumons ou la plèvre (Curie) et de l'hypertrophie des ganghons sous-maxillaires, des glandes de Peyer, des vésicules closes du gros intestin ainsi que des acini de la rate. Ces constatations, relevées de deux expériences, sont des preuves insuffisantes à l'appui de l'opinion de Curie.

Chez l'homme il n'a pas été possible d'observer d'effets généraux pendant l'administration des préparations les plus actives du Droséra.

Peut-être pourrait-on lui attribuer quelques vertus eupeptiques, dues à son suc digestif.

Usages. — Au seizième et au dix-septième siècle, le Droséra était prescrit couramment contre les affections goutteuses, d'où le nom A'herbe aux goutteux donné à cette plante; puis contre la phtisie pulmonaire, les affections catarrhales des voies respiratoires et la coqueluche. Ce sont là encore les applications que certains observateurs modernes ont voulu attribuer aux Droséras, mais que les expériences peu favorables des cliniciens étudiant sans parti pris nous obUgentà indiquer sous toute réserve ou à mettre en doute. Peut-être faudrait-il faire une seule exception, en faveur de la coqueluche, et reconnaître au Droséra une certaine action curative vis-à-vis de cette maladie souvent si pénible. Louvet-Lamare, P. Catrice, n'hésitent pas à vanter beaucoup l'efficacité de ce médicament en pareil cas. Mais il faut reconnaître que son heureuse influence est loin de s'exercer d'une façon constante, car à côté de succès parfois étonnants, on compte des insuccès plus nombreux et complets. Néanmoins j'ai vu le Droséra contribuer à empêcher les vomissements si fatigants delà coqueluche, sans doute grâce àses qualités eupeptiques, réellement sûres . Je me borne, pour mon compte, à le recommander comme auxiliaire dans le traitement de cette maladie ainsi que dans les toux spasmodiques, alors que les malades ont de l'atonie digestive.

Modes d'administration et doses. — On peut employer indifféremment les deux espèces les plus communes en France : />. rotundifoUa, D. longifolia, pour les besoins médicaux, bien que le Codex n'indique aux pharmaciens que la première variété.

Les décoctions, la poudre en nature, sont aujourd'hui inusitées, et l'on ne prescrit guère que Vextraii, Valcoolature et la teinture, plus particulièrement même ces deux dernières préparations.

La teinture (au cinquième) contient une fois plus d'extrait que l'alcoolalure; elle serait donc, théoriquement, plus active. On les prescrit l'une

10;i4 MAIS.

et l'autre à la dose de 1 à 3 grammes aux enfants; de 4 à 10 grammes aux adultes. L'extrait s'administrerait aux doses de 0'"",50 à 5 grammes et plus.

~ MAÏS, Zea Maïs, L. — Graminées.

Angl. : Maize. — AU. : Mais, stigmata Mais.

Le Mais fournit aux usages thérapeutiques ses stigmates.

Voici donc un remède empirique, usité depuis fort longtemps dans la médecine populaire, devenu médicament officiel. A la vérité ce remède n'est pas sans valeur, et il a quelques propriétés assez importantes que nous allons faire connaître sommairement.

La composition des stigmates de Maïs ne nous est pas très bien connue. On peut seulement supposer que, comme la plante qui les fournil, ils sont , riches en éléments minéraux alcalins. E. Vauthier y a signalé cependant un principe particulier, Vacide maïzénique, représentant suivant lui la partie active de ces stigmates. C'est un liquide d'une odeur et d'une saveur acides, soluble dans l'alcool, moins soluble dans l'eau (60 part.), l'éther et le chloroforme, formant des sels avec la potasse. Les stigmates de Maïs en renfermeraient 4,5 p. 100 avec 2,40 d'une résine spéciale, la résine zea.

Action physiologique et usages. — On n'a jamais constaté à la suite de l'administration d'une préparation de stigmates de Maïs d'effets généraux. Mais il paraît avéré que l'urine est alors rendue plus abondamment, en même temps que sa composition est légèrement modifiée (Landrieux). De plus on a observé dans le cas d'irritation douloureuse des voies génito-urinaires des effets de sédation très manifestes et tels même que les atroces douleurs de la colique néphrétique ont été calmées facilement.

On comprend dès lors que, sous l'influence de la sédation apportée, de la diurèse augmentée, de petits calculs de gravelle, des sables urinaires aient été plus facilement expulsés par les malades (Gastan, Louvet, Pons de Né-

rac, Queireil, etc.).

D'autre part, Landrieux a vu l'influence diurétique des stigmates de Maïs assez puissante pour résoudre des hydropisies générales ou locales, résultant d'affections cardiaques ou hépatiques. Et Ducasse affirme que ce remède peut calmer les douleurs de la cystite chronique; tandis que d'autres médecins en font encore un puissant modificateur du catarrhe vésical.

En résumé, les faits publiés par un certain nombre de praticiens paraissent démontrer que les stigmates de Maïs sont diurétiques, calmants des irritations douloureuses des voies urinaires, antilithiques, et qu'enfin ils favorisent l'expulsion des petits calculs rénaux ou vésicaux, uriques ou phosphatiques,et modifient favorablement le catarrhe de la vessie. Cette énumération démontre qu'il y aurait un réel intérêt à poursuivre les expériences commencées afin que nous puissions être fixés sur la valeur vraie de ce médicament. Est-ce, maintenant, ;\ l'acide maïzénique qu'il faut attribuer les vertus des stigmates du Maïs, est-ce à la résine propre? E. Vauthier affirme que le premier est surtout actif, ou au moins qu'il est pourvu d'effets diurétiques puissants.

SANICLE. ^035

Modes d'administration et doses. — On prescrit Vinfmion de stigmates de Maïs, préparée avec 30 grammes pour un litre d'eau, à la dose de plusieurs tasses par jour; ou bien Yextrait aqueux, en pilules ou potion : 1 à 4 grammes; le sirop: extrait de stigmates de Maïs, 12 grammes; eau distillée, 350 grammes ; sucre, 666 grammes; alcool, 10 grammes (Jalliard). Ce sirop peut être pris à la dose de plusieurs cuillerées à soupe par jour. Si l'acide maïzénique est réellement le principe actif des stigmates de Maïs, il serait peut-être bon, vu sa plus grande solubilité dans l'alcool, de prescrire, de préférence à l'extrait aqueux, l'extrait alcoolique ou la teinture de stigmates.

Toutes ces préparations sont parfaitement supportées et ne donnent lieu à aucun effet mauvais du côté des voies digestives.

Le Maïs fournit à l'alimentation ses semences, connues sous les noms impropres de blé de Turquie, blé d'Espagne, etc., puisque cette plante est d'origine américaine; elles forment le fond de la nourriture de bien des peuples en Asie, en Afrique et même en Europe. Malheureusement la farine de Maïs ne peut se patiifler ou plutôt former du pain levé, parce qu'elle manque de gluten. De plus les graines de Maïs sont susceptibles de se couvrir d'un champignon parasite [Usiilago car bo), le verdet ou verderame,queVon accuse avec raison (Gostallat, Balardini, etc.) d'être l'origine de la pellagre. Ajoutons que ce champignon n'aurait pas que des qualités nuisibles, puisqu'on a pu le préconiser contre l'ichthyose avec succès, à la dose de 2 grammes pendant fort longtemps (Lombroso).

Le Maïs est d'ailleurs un aliment salubre quand il n'est pas altéré par le verdet, et sa richesse en matières grasses ou féculentes le rend propre à faciliter l'engraissement des animaux.

SANICLE, Sanicula europœa, L. — Ombellifères. Angl. : Sanicle. — AU. : Sanikel.

La Sanicle est une plante indigène dont le nom vient de sanare, et qui jouissait d'une immense réputation comme vulnéraire. Par elles toutes les contusions, plaies et fractures guérissaient sans encombre. Aussi l'école de Salerne lui avait-elle consacré deux vers qui, jadis, se traduisaient ainsi:

Avec la bugle et la sanicle

On fait aux cliirurgiens la nique.

L'engouement est fini depuis longtemps, et c'est à peine si l'on sait aujourd'hui que la Sanicle est amère-astringente. Elle fait partie du Thé suisse ou Faltrank, autre panacée contre les accidents causés parles choies.

Page 1