ÉLÉMI
de la diurèse, dans les conditions inverses. Introduit sous la peau, l'extrait de Douce-amère amène en quelques heures la mort d'une grenouille; mais Viilpian a démontré que ce résultat était dû à la fermentation et à la production de vibrions.
On peut croire que cette plante est douée de quelques effets diurétiques et sudorifîques.
Quant à la Solanine elle a des propriétés physiologiques diversement interprétées. Il résulte cependant de bonnes observations qu'elle paralyse le système nerveux moteur et détermine chez les animaux la mort par asphyxie, en raison de l'impuissance des muscles respirateurs.
Usages. — La Douce-amère est conseillée, comme dépuratif, dans le catarrhe pulmonaire chronique, les douleurs rhumatismales et goutteuses, les maladies chroniques de la peau. On l'a encore administrée contre la syphilis, la lèpre, les hydropisies, et Bretonneau s'en louait beaucoup comme dépuratif, l'administrant aux doses croissantes de 8-40 grammes, en décoction.
ECBALLIU3I. — Voy. Goncombre-sauyage.
ÉCLAIRE. — Voy. Chélidoine (Grande).
ÉCREVISSE, Asiacus fluvialilis, L. — Crustacés-Décapodes. Angl. : Crawfish. — AU. : Krebs.
L'Écrevisseest un aliment sain et fort recherché, que des préjugés transformaient autrefois en un médicament actif et puissant contre les fièvres, les affections cérébrales, les morsures de serpents, etc.
Les concrétions calcaires destinées au renouvellement du test et connues sous le nom à'yeux d'Fcrevisse, sont fréquemment emplovées comme absorbant antacide. Elles ont pour équivalent le carbonate d^ chaux les ^e r're d'ot °' phosphate tribasique de chaux', ou
La Poudre d'yeux d'Écrevisse se donne à la dose de 2 à 6 grammes Pf avantage. Elle entrait dans plusieurs compositions phaLaceutZes ac tuellement tombées en désuétude. P^^tunaceuiiques ac-
H'f^;f ~?". "^'^ ^ une résine extraite de diverses Burséracées
d Amérique et de Manille. ""ci.c» uuiseidcees
Angl. : Flemi. — Ail. : Elemiharz
C'est une matière molle ÔdeJ i , f britannique. <iui renferme encore deux rLil ™ ' ' ™ ''""'^ °'
l'autre non cristalline (Maujean), dont l'une cristallisable,
i22 ÉPONGli FINE.
Mais il existe beaucoup d'autres variétés, particulièrement la suivante,
usitée autrefois en France, considérée également comme douée de pro^
priétés vulnéraires, IJÉlémi du Brésil, fourni par Ylcka Icicariba, DC. (Térébinteacées,
BuRSÉRACÉEs), était altribué à un arbre d'Éthiopie, XAmyris elemifera, L. Cette résine, d'une odeur forte et balsamique, analogue à celle du Mastic, d'un goût aromatique et amer, jouit des propriétés stimulantes et autres des substances balsamiques. Mais on ne la prescrit pas à l'intérieur, et, pour l'usage externe, elle n'est jamais employée seule. Elle entre dans les Onguents d'Arcéiis et Styrax, dans l'Emplâtre opodeldoch, le Baume de Fioravanli.
ENCENS, OLIBAN. — Gomme résine produite par diverses espèces de Boswellia, qui sont surtout les B. C'aHenï, Birwood ; B. Bhau-Dajina, Birw. ; etc.
Angl. : Olibanum, Frankincense . — AU. : Weihrauch.
L'encens nous vient d'Arabie, de l'Afrique orientale et aussi de l'Inde ou croît le Boswellia ihurifera, qui fournit un oliban qu'on utilise sur place.
Composition. — L'encens contient une forte proportion de gomme, une résine, C^OH^oO^, une huile essentielle, qui peut se dédoubler en un hydrocarbure Ci^H^^ et une substance oxygénée.
Action PaysiOLO&.QUE. - Usages. - L'Oliban jouit évidemment des propriétés stimulantes des térébenthines. Il était anciennement en usage contre les inflammations catarrhales des bronches, de l'intestin ; contre les flux leucorrhéiques. Aujourd'hui il n'est plus usité. Toutefois Mérat et deLens pensent avec raison qu'on pourrait utiliser avantageusement ses vapeurs balsamiques et pénétrantes dans les irritations chroniques des voies respiratoires, l'asthme humide, etc. Ces mêmes vapeurs sont céphaliques et propres à stimuler l'organe de la pensée. . ^ ^ ,
L'encens fait partie de la Thériaque, du B. de Fioravanti, du B. du Gonv
mandeur, etc., etc. , On s'en sert quelquefois en fumigations pour parfumer les appartements
dont l'air est vicié. .
A l'intérieur on pourrait le donner à la dose de 2-4 grammes, en émulsion .
ÉPINE-VINETTE. — Voy. Berberis.
ÉPONGE FINE, Spongia officinalis, L. — ZooruYTES- Spongiaires.
Angl • Oflicinal Sponge. — AU. : Radeschwamm, Meerschtvamm.
Composition. - L'Éponge de Turquie et l'Éponge des Indes-occidentales ou de Bahama, qui est plus fine, ont sensiblement la môme composition Phimiaue Outre une substance fondamentale azotée, analogue à la matière épidermoïde ou cornée, de l'huile grasse, etc., on y trouve du chlorure de sodium, du phosphate de chaux, de la silice, de l'alumme. de la magnésie, du brome et du soufre.
ERGOT DE SEIGLE 123 Action puyslologique. — L'Éponge, en nature, es urx absorbant mécanique qui s'empare avidement des liquides et se gonfle avec force. Incinérée, elle agit par ses principes minéraux, par le soufre et surtout par l'iode.
Usages. — Comme le stipe de Laminaire, l'Éponge, préalablement comprimée sous forme de cylindres et enduite de cire ou ficelée [Éponge préparée à la cire, Éponge préparée à la ficelle), s'introduit dans les orifices des conduits ou les trajets flstuleux, qu'elle sert à dilater, soit dans le but de favoriser l'expulsion du fœtus, l'issue du pus ou d'autres matières, soit pour permettre l'introduction du doigt ou des instruments du chirurgien.
La poudre d'Épongé calcinée est résolutive, fondante, antiscrofuleuse, par l'iode et le soufre qu'elle renferme. Avant la découverte de l'iode, on la donnait à l'intérieur sous des formes diverses ; on l'appliquait aussi en sachets sur les parties engorgées. Le Collier de Morand et la Poudre strumale ont réussi contre le goitre, jusqu'au jour oti Goindet a eu l'idée de leur substituer la substance active découverte par Courtois.
ÉPURGE, Euphorbia Lathyris, L. — Eupoorbiacées.
Angl. : Caper Spiirge. — Ail. : Springkraut, Purgierkôrn.
Composition. — Soubeiran a trouvé dans les semences de cette Euphorbe indigène : huile jaune, stéarine, huile brune, âcre, matière cristalline, résine brune, extractif coloré et albumine végétale.
AcTiuN PHYSIOLOGIQUE. — VFpurge ou Caiapuce (de l'italien Cacapuzza) est un purgatif violent. Localement, elle agit comme rubéfiant etvésicant, à la manière de l'huile de Tigli. L'huile brune paraît être son principe le plus actif.
Modes d'administration et doses. — Les semences d'Épurge sont vulgairement usitées dans les campagnes, au nombre d'une douzaine, comme purgatif. Quatre suffisent en émulsion, quand elles sont fraîches.
Vhuile de semences d' Euphorbia Lathyris, obtenue par expression ou par l'alcool, se donne à la dose de trois à dix gouttes. Cette matière est de beaucoup la plus active. Elle purge facilement, sans coliques, et mériterait d'attirer l'attention des praticiens comme purgatif drastique d'effets analogues à ceux de l'huile de Croton, mais beaucoup moins violents.
La racine d'Épurge est purgative et même éméto-cathartique.
Le SMC est dépilatoire. Nous avons signalé pareille propriété de l'huile de Croton .
On fait aussi usage de ce médicament comme révulsif cutané.
ERGOT DE SEIGLE, Sclerolium Claviis, DC; Claviceps purptireus, Tu-
lasne. — CnAMPlGNONS-SPllyKRIACÉES.
Angl : Spurred liye or Ergot, horned llye. - Ail. : Mutterkorn, roggen Multerkorn.
Personne ne doute plus aujourd'hui de la nature fungiquo de VErqotde •beiyle. Qu on en fasse \e Scleroliim. Claviis, DC, le Sphacelia segelum (Lév.),
le Claviceps purpureus (Tul.) ou VOïdium aborlifaciem (Quekett), c'est toujours un Champignon. Seulement Tulasne pense que le Cliampignon de l'Ergot n'est qu'une forme transitoire, en d'autres termes, le slroma ou mycélium du Cordiceps purpurea, Fr., et de quelques autres espèces. Plusieurs Graminées, et notamment le Blé, portent des productions semblables. J'en ai constaté sur les Triticum sativum, T. repens, T. glaucum, ainsi que sur \es Lolium perenne et L. temulentum^ Hordmm murinum, etc. Les différents Claviceps parasitaires sur les Graminées jouissent probablement des mêmes propriétés que VErgot de Seigle. Du moins, le fait est déjà démontré, T^om V Ergot de Froment ,-^SiV les observations des docteurs Grandclément, Fourcher, Gonod et Leperdriel; pour l'Ergot d'avoine et celui de VArundo Ampelodesmos, Cirillo.
Composition. — L'Ergot de Seigle fournit à l'analyse, d'après Wiggers, les principes suivants : ergotine, huile lixe particulière, matière grasse cristallisable, cérine, fungine, osmazome végétale, matière sucrée, extractif gommeux avec matière colorante rouge, albumine, perphosphate de potasse, phosphate de chaux avec traces de fer et silice. Selon Winckler, il faudrait y joindre du formiate de propylamine.
V Ergotine de Wiggers, qu'il ne faut pas confondre avec la préparation dénommée ainsi parBonjean, est une substance résinoïde, d'un brun rouge, d'un goût âcre et amer, qui répand une mauvaise odeur quand on la chauffe. Elle est soluble dans l'alcool, insoluble dans l'eau et l'éther. Sa puissance est au moins soixante fois plus grande que celle de l'Ergot; elle tue facilement un petit animal. Malgré cette action toxique, un doute s'est élevé sur l'identité de ce principe actif de l'Ergot avec celui qui agit sur la contractilité utérine, puisque ce dernier est soluble dans l'eau. Cependant on reconnaît que l'ergotine peut être rendue soluble par son association avec d'autres substances.
" La propylamine ceH^AzH^ ou la sécaline qui n'en serait qu'une modification, est un alcaloïde auquel Winckler inclinait, en dehors de toute expérience, à accorder les propriétés caractéristiques de l'Ergot. Elle semblerait, d'après quelques observations récentes, justifier en partie ces prévisions, puisqu'elle a paru utile comme emménagogue.
L'huile d'Ergot, rarement incolore, est plus souvent colorée en rouge pourpre parla matière colorante de l'ergot, d'un goût faiblement âcre, plus légère que l'eau, soluble dans l'alcool, l'éther et les alcalis. A la dose de 60 centigrammes à 2 grammes, elle occasionne chez des mammifères (cobayes, chiens) l'accélération excessive de la respiration et de la circulation, ou bien la faiblesse extrême, la lenteur et l'intermittence du pouls, la paralysie générale, l'analgésie et la mort en quelques heures. Cette huile agit sur l'utérus comme l'Ergot lui-même (Wright, Pereira), probablement parce qu'elle est impure et renferme de la résine.
Cette question de la composition de l'Ergot assez embrouillée par les chimistes est devenue plus claire depuis quelques années, bien qu'on discute toujours sur les principes actifs et sur leurs désignalions.
Pour Wenzell, l'Ergot contient deux principes : Vergotine et Vecboline, solubles dans l'eau, alcalins, amorphes, qui seraient combinés à Vacide argotique, la première peu active, la seconde très puissante.
Suivant DragendorfF, on trouverait les principes immédiats suivants : l'acide sclérotinique, la sc/éfomucine, la sclth-oxanthine, la sclérocry^lalline, la sclévoérijlhrine, la scléi'ojodine, la picrosclérotine, l'acide fuscosciéi-olinique.
Les deux premiers sont seuls actifs.
Enfin Tanret a retiré de l'Ergot l'e?'^o/2mne, alcaloïde incolore, cristallisé, qui reproduit les propriétés de ce puissant médicament.
En définitive, les médecins restent en présence des principes suivants : ecbohne, acide sclérotinique et ergotinine, auxquels il conviendrait peutêtre d'ajouter Vergotine de Wiggers si elle était mieux définie, et la résine, de Parola, qui ne l'est pas davantage.
Action physiologique. — L'Ergot possède une odeur spéciale de champignon, forte et nauséeuse, avec une saveur peu prononcée. Dans l'estomac, il ne donne lieu d'abord à aucune sensation marquée, mais le sujet ne tarde pas, si la dose est suffisante, à éprouver des nausées et des vomissements qui peuvent être considérés comme des symptômes d'une action promptement généralisée. L'absorption des principes de l'Ergot s'accomplit en effet très rapidement. Dans un délaide dix minutes, on peut voir se manifester les phénomènes caractéristiques de ce poison convulsivant (Olivier Prescott).
L'utérus en est le siège d'élection. Si cet organe est gravide, l'Ergot détermine des contractions toniques plus ou moins fortes et prolongées, sous l'influence desquelles ce viscère prend une dureté plus grande, une forme globuleuse, comme cela a lieu durant les douleurs spontanées de l'enfantement. Ces spasmes tétaniques, provoqués par l'art, sont, comme les contractions plus fugaces, intermittentes, normales, accompagnés de sensations pénibles connues sous le nom de tranchées ou coliques utérines. Ils sont assez puissants pour amener l'expulsion du fœtus. ^ Olivier Prescott, à qui nous devons les applications thérapeutiques de l'Ergot, déclarait ce poison absolument inerte vis-à vis de Vutérus unim pregnaled. Cependant Chapman, Perronnier, Cabinî, Pignacci Bazzoni Sparjani rapportèrent tour à tour des cas de ménorrhagies ar'rôtées pai' 1 Ergot et leurs observations se trouvèrent confirmées par celles de Trous seau et Maisonneuve. On pouvait donc considérer la vérité comme définitivement établie lorsque parut (1846) la thèse inaugurale de G Sée où se .t cette conclusion : « On peut doue dir. que l'Ergot pas plus que l'ergotine n agit comme hémostatique, qu'il n'a aucune action sur les organes autres que utérus ; enfin qu'il n'agit sur les hémorrhagies utérines q'u'auan que 1 utérus est dans l'état puerpéral ou quand il est changé dans sa texture musculaire et vasculaire. »
cultVutZ^^!'M ^ 7'''^^''^^"'^ '"^^^ déclaration. On sait aujourd'hui que i utérus à 1 état de vacuité est contractile ; l'expérience de llichet, qui
montre le porte-caustique solidement fixé dans l'intérieur de la cavité utérine par la contraction spasmodique de l'organe irrité, en est une preuve irréfragable. Les faits journaliers nous enseignent également qu'en dehors de la grossesse et de l'hypertrophie de son tissu contractile, la matrice ressent encore l'influence de l'Ergot de Seigle, pioporlionnellement au développement de son appareil musculaire spécial. Cet effet se révèle par des douleurs hypogastriques et par l'issue du sang ou d'autres produits enfermés dans la cavité utérine, ainsi que par la suspension des mé- Irorrhagies. Les symptômes observés du côté des autres appareils de l'économie dans Vergotisme aigu, toxique, sont les suivants : nausées et vomissements, douleurs abdominales, évacuations alvines ; sécheresse de la gorge, soif, aversion pour la nourriture ; sensations prurigineuses dans les membres, engourdissement, lassitudes, lourdeur de tête, vertiges, dilatation des pupilles, délire, assoupissement, stupeur ; rarement accélération et plénitude du pouls, presque toujours, au contraire, diminution de fréquence et de force des contractions cardiaques, avec tendance syncopale pâleur et lividité de la face.
Si' variés et si nombreux que soient ces phénomènes, ils peuvent néanmoins être ramenés aux effets fondamentaux de l'Ergot sur les fibres de noyaux, et généralement sur les fibres ou même les cellules contractiles de la vie organique, y compris les parois en apparence anhistes, mais activement rétractiles des capillaires sanguins. L'action tonique ou motrice de l'Ergot se fait sentir sur les tuniques musculaires du tube digestif et de ses annexes, sur le système vasculaire en général, et particulièrement sur les capillaires sanguins des centres nerveux, aussi bien que sur les fibres contractiles de l'utérus, à l'intensité près. J'ai entrepris a démonstration de cette action tonique vasculaire ou vaso-motrice à l aide du sphygmographe et quelques tracés obtenus sur des malades de Beaujon par leD^. Labbée, alors interne dans mon service, mettent en évidence un certain accroissement de tension artérielle, ainsi qu'une dimmulion sensible du nombre des pulsations, sous l'influence de doses moyennes. Ce n'est qu'avec des doses absolument très fortes ou relativemen excessives, qu'on voit au contraire le pouls devenir plus fréquent, plus faib e et même irrégulier. En définitive, l'observation clinique s'accorde avec 1 expérimentation sur les grenouilles pour établir de la part de lErgot la réalité d'une action tonique sur le système vasculaire se traduisan par l'augmentation de tension, le ralentissement du pouls et le retrait des
capillaires.^^^ cérébro-spinale entraîne à son tour la céphalalgie, les troubles visuels, la torpeur de l'intelligence, l'atonie musculaire 1 asthénie circulatoire : phénomènes de coUapsus. Elle peut même, par l excès de l as^Wi ie ou de l'impuissance nerveuse, donner lieu à des symptôm a alu s simulant l'excitation, tels que convulsions et délire. Ainsi tou froffets de l'Ergot s'expliqueraient par la seule propriété de convulser é» conlactiles d'ordre inférieur, et la diminution de la force
ERGOT DE SEIGLE. 127 excilo-molrice de la moelle, reconnue par Brown-Séquard, à la suite de l'administration de l'Ergot comme après celle de Belladone, serait ellemême un effet détourné de l'ergotisme temporaire ; reste à savoir si le Champignon atteint directement ces éléments moteurs, ou bien si, conformément aux vues de Barbier (d'Amiens), il s'adresse d'abord à la partie des centres nerveux qui régit la contractilité organique, ou, comme nous dirions aujourd'hui, au centre de l'innervation vaso-motrice. Cette théorie que nous avons exposée le premier est incomplète sans doute. Pour expliquer certains phénomènes de l'ergotisme chronique, en particulier, il faudrait y introduire quelques données nouvelles : stupeur des éléments nerveux, dyscr'asie, altérations nutritives ; mais telle que je l'ai formulée d'abord ma doctrine s'adapte à l'interprétation de la majeure partie des faits cliniques. Au reste elle a trouvé sa confirmation dans les expériences récentes de Klebs, de Berlin, et dans celles de Ch. L. Holmes, de Paris, qui s'est attaché à constater le rétrécissement des capillaires sous l'influence de la macération aqueuse d'Ergot ou «de la solution d'ergotine de Bonjean. 11 ne manque guère à la démonstration rigoureuse du fait que des mesures micrométriques exactes. De plus il faudrait rechercher si l'action de l'ergot se borne à la stimulation directe de la fibre cellule, ou bien si cette stimulation résulte d'une action nerveuse ; en un mot si le système nerveux prend part à l'acte physiologique provoqué. Rabuteau et Holmes soutiennent la première théorie. Mais je crois que vu les effets paralysants de l'ergot, dus à son action sur la moelle, on ne saurait a priori rejeter la possibilité d'une stimulation par l'intermédiaire des nerfs.
Outre l'ergotisme aigu, il existe un empoisonnement chronique par l'usage de Seigle ergoté : c'esl Vergodsme chronique ou constitulionnel, le seul admis par les auteurs. Celui-ci est l'analogue de la raphania de Linné, attribuée au Raphanus Raphanistrum, et paraît être la même chose que le feu 5am<-An/ome (Bacquias). On en dislingue deux espèces : 1» Vergolisme convulsif, caractérisé par des lassitudes, des vertiges, des fourmillements, des crampes dans les extrémités, l'obnubilation de la vue, la perte de la sensibilité et les convulsions suivies de la mort ; 2° Vergolisme gangréneux, dans lequel se font sentir aussi les fourmillements avec le refroidissement et l'insensibilité des extrémités, auxquels succède la gangrène sèche On pourrait rapprocher de ces faits l'observation de Davidson, qui constata chez une femme une sorte de diathèse hémorrhagique par abus de l'Ergot etlamortàlasmte d'hématurie et d'hématemèse. Ces différents phénomènes, particulièrement Vasplajxie des extrémités et le sphacèle consécutif, trouvent aisément leur explication dans la doctrine exposée à propos de l'ergotisme aigu.
Substances svNEUGiQUEs-Aux.LiAinEs. - Les vrais synergiques de l'Ergot de Seigle sont les ergots des autres céréales et notamment celui du blé qui, d,t-on, se conserve mieux. Nous avons signalé l'Ergot de VAnmdo Arnpelodesmos d Amérique (le Diss africain), deux fois plus actif que le
nôtre dit-on ; on doit y ajouter encore l'ergot de Maïs, également actif (Eslachy) Pour la puissance il faudrait en rapprocher l'électricité et le froid «^ous forme de douches ou d'injections vaginales. Dans ce dernier cas il y a Heu de tenir un certain compte de la percussion et de l'action mécanique Puis viennent les médicaments hypercinétiques : Séné, Areuel Dompte-venin, Redoul, Globulaire, turbilh, digitale, quinine, café, neut' être la belladone, le bromure de potassium ; les astringents : tannm et lanniques tels que la busserole, l'alun, etc. ; les balsamiques hémostatiques et plus spécialement l'essence de Cannelle. Les balsamiques stimulants • maroute, rue, sabine, seraient plutôt des auxiliaires que de véritables synergiques aussi bien que le taitre slibié dont Gantillon et Young vantent les bons effets dans le travail qui languit et dans les métrorrhagies post-puerpérales.
Substances antagonistes, incompatibles. - Antidotes et contre-poisons. Les antagonistes de l'Ergpt sont: la chaleur, Topium, les alcooliques et toutes les substances qui, directement ou par Imterméd.aire du système nerveux, produisent l'atonie des muscles de la vie organique e le relâchement des parois vasculaires. 11 faut donc éviter de les administrer en même temps que l'Ergot. On doit recourir au contraire à ces moyens pour combattre les effets toxiques de ce Champignon.
Le tannin serait pour l'Ergot un contre-poison chimique, de même que le chlore ou l'acide chlorhydronitrique (eau régale).
Usages - L'Ergot de Seigle est principalement employé, depuis Prescott (1814), pour exciter la contractilité des fibres musculaires de 1 utérus, dans le bu : 1° d'accélérer l'accouchement quand il est ralenti par 1 inertie delà matrice ou qu'un symptôme alarmant met la vie delà femme en Î ri "o e hâter délivrance due à la même cause ; 3° d'exonérer l'utéru dans le cas de rétention de caillots, d'hydatides, de débris polypeux , 40 d'arrêter les hémorrhagies puerpérales, et même celles qui on lieu en dehors de la parturition ; 5« de favoriser la rétraction du corps de 1 ut us après l'accouchement ; 6» de remédier à la congestion passive ou phi gmasique de l'organe non gravide ; 7» de provoquer l'avortement, lor.qu il Tsl spontanément commencé, accompagné d'une hémorrhagie inquiétante, et au'on est sans espoir de pouvoir le conjurer.
L'Ergot est contre-indiqué dans les hémorrhagies par décollement placentaire et toutes les fois qu'un obstacle mécanique (étroitesse du bassin tumeù maternelle ou fœtale, etc.) s'oppose à l'issue du fœtus. La cont nd^aùon est encore formelle quand l'inertie qu'il s'agit de combattr es troTabsolue ou qu'elle dépend d'u^^ de structure et qu ,1 > a
lipii dp craindre une rupture de l'organe.
mns h parturition, l'intervention de l'Ergot n'est guère utile qu au dermoment comme auxiliaire des efforts spontanés et des pratiques T.'téSes Encore, Depaul et quelques accoucheurs autorisés en restreint il 1 application au cas de présentation du siège avec engagemen complt EnToutcas, lorsque l'indication e.xisle et que l'administration est
résolue, il convient d'attendre l'entière dilatation du col sous peine de voir ce dernier, plus influencé par l'agent hypercinétique, se fermer convulsivement et perpétuer l'obstacle.
Quoique son action soit incomparablement moins puissante sur l'utérus à l'état de vacuité et sur les organes pauvres en flbres musculaires ou en éléments contractiles quelconques, l'Ergot rend cependant des services dans les métrorrhagies : ménorrhagies ou bien hémorrhagies utérines symptomatiques de tumeurs, cancer, etc., etc., et aussi contre un grand •nombre d'hémorrhagies capillaires, notamment dans l'hémoptysie, l'entérorrhagie et l'hématurie.
On l'a conseillé, non sans raison, dans la leucorrhée, la ménorrhagie qu'il améliore en ischémiant l'utérus ou, plus généralement, l'appareil génital, et l'aménorrhée par rétention du flux menstruel. On l'a prescrit aussi dans certaines gastralgies et entéralgies.
Il est plus utile dans la galactorrhée (Legendre, Poyet et Commarmond), la polyurie simple, l'incontinence d'urine par défaut de tonicité du sphincter vésical, dans la spermatorrhée qui reconnaît des conditions analogues, ■dans l'affection calculeuse pour aider la vessie à se débarrasser de graviers' et dans les afl-ections paralytiques ou autres dans lesquelles intervi^'ent probablement un état congestif habituel des centres nerveux. Barbier (d'Amiens) a guéri de la sorte une paraplégie et Hites, de Belmont (Névada), lui reconnaît une efficacité réelle chez les ouvriers des mines de plomb aff-ectés d'hémiplégie ou de paraplégie saturnine. Brown-Séquard et Trousseau le conseillent aussi dans la méningo-myélite, Crichton-Browne ^ansles maladies mentales, et je l'ai prescrit dans diff-érents cas de lésions des centres nerveux en général, dont l'hypérémie constitue un élément principal. Mais la science n'est pas encore en état de prouver l'efficacité de ce moyen ni d'en tracer nettement les indications
En définitive, l'Ergot de seigle, grâce à ses propriétés stimulantes des fibres lisses, est susceptible d'applications multiples; aussi bien a-t-il été é udi dans une foule de maladies. Je me borne à citer les essais le p u récents qui montreront quelle arme puissante il peut devenir en re le mains d un praticien habile. Comme tonique vasculaire il peut disster e hyp remies cérébrales ou médullaires, combattre dès lors le coma Lo plectique (Foster , les convulsions puerpérales • anénp in rx . ^ tente (Duboué) et réduire le volume de la ra ^i-^^^^^^^^^^ <^ongestions pulmonaires et servir au traTtem^^^^^^^
tuberculose pulmonaire; abattr^un éta fZlp / P^e^monie ou de la
typhoïde (Duboué); gué ir les arth on^th f T '
les phlegmasies oculo%%ét f (pfan^ - goutteuses,
terie, etc. - Comme ^ercJeïeW i In ' ''"'P'"' '''^
vésicale, le prolapsus Tta (Y^^^^^^^ 'l'T '''' T"''^" '''''''
stomacale, la constipation t atont t r ?'r"' m''"''^'"'
tant dans le traitement des fiblm! = ^'^^"^"^ '"^P^'"
debrandt. fibromes utérins par la méthode de Hil-
GuDLER et Labdée, 3» édition.
Il réussit encore contre certaines hypercrinies ; polyurie simple ou diabétiaL Eauîay et Hunt), sueurs des phtisiques (Da Costa), etc.
Pui enf n U c^^^ ^^"^^^^^ ou des po.tn-
naire end de réels services dans les dermatoses : acné, erylhème urtina res rena ..n-nslow^ calme la douleur du cancer utérm et de cer- Z:^:^eÎ,^Cosi.ie hypertrophiée (Langenheck) rait dis paraUrelès hémorrhoïdes et peut combattre jusqu'à la tr.chmose (Rohde) et
£'1 faut bien le dire, plusieurs de ces applications résultent de la possibmîé d-administrer facilement les préparations d'Ergot en injections
^^ruta'gf interne de l'Ergot chez les blessés diminuerait la suppuration la résorp i n purulente et conséquemment la mortalité (Denucé, BonjeanV Ce a n'est pas impossible; mais jene puis considérer comme bien justifiée lat aention, manifestée par Langenbeck et quelques chirurgiens, de guérir des anévrysmes internes à l'aide d'injections sous-cutanees de solution
''Cis 7Z:~L BOs.s.-L'Ergot se donne en ,o«..., à la dose HP 50 centigrammes, par prise, mêlé à du sucre, ou enfermé dans du 'ain-à chan er ou en suspension dans un peu d'eau. Les prises sont plus Tu moinsTapprochées, selon le but thérapeutique qu'on se propose d a ou i^oins rapp , accouchement qui traîne, on les répète
teindre. S ^gf'^J.^^e Tusqu'à ce que les douleurs soient efficaces. On se tous ^^2e 'l'h morrhagie postpuerpérale est inquiétante. Au
ZZTe on étig e e 'oL successives de manière 5 n'en donner que contraire, on eioig ^^^^ vingt-quatre heures, lors-
'" r^ffl^ à de faibles écoulements sanguins, ou à des congestions qu on a ^^^^^f ^ ^^^^^^^^^^ la dose est souvent abaissée jusqu'à 10 cenutérmes. Bans ^''/j^ 'Tv^^^^^^ six ou huit fois par jour pendant une rar::l^d"dlL^^^^^^^ administrer l'Ergot
rédui 1 evéhiculeàlOOgrammesetfaisprendrelaprépara tionpar^^^^^^^^^^
Je le répète : l'administration des préparations d'Ergot sous la peau e la r^éthode la plus sûre, la plus rapide et parfaitement moffensive. On peut seÏilir de l'extrait aqueux (Ergotine Bonjean) incorpore, au cinquième Tn L au dixième, à de l'eau de laurier-cerise, à de la glycérine e c. Tm efx enco e ^^^^^^^^^ d'Yvon, qu'on injecte à
1 . d'un gramme (une seringue de Pravaz), représentant son poids la dose d g^^™^^^ } ^^^.^^ â'Ergolinine de ïanret : 5 à 15 gouttes. d'Ergot en n tu e ^ l»; oUi 9 ^ ^. ^^^^^
Les ^«"^;„Vàe 0 50 à gramme de ces substances, rendent aussi
fefs^^riél— - prolapsus rectal - fibromes utérins, etc.).
' ÉRYSIMUM, VÉLAR, TORTELLE OU HERBE AU CHANTRE. 13i
On n'emploie guère en France la teinture éthérée ou alcoolique d'Ergot, non plus que le vincVEi^got et le sirop dit de Calcar.
V huile d'Ergot n'est généralement plus usitée ; mais nous employons souvent Vextrait aqueux connu sous le nom d'Frgotine de Bonjean. Cet extrait, nécessairement exempt de l'huile âcre et toxique, si ce n'est de l'ergoline elle-même, qui sans aucun doute est soluble dans l'eau à la faveur de ses combinaisons naturelles dans l'Ergot, se donne à doses plus élevées que le Champignon en nature. On en met ordinairement 4 grammes dans une potion à prendre par cuillerées aux mêmes distances que les doses de poudre.
ERYSIMU3r, VÉLAR, TORTELLE OU IIERRE AU CHANTRE, Sisymbrium officinale, DG.; Erysimum officinale, L. — Crucifères.
Angl. : Hedge Mustard. — AU. : Heilsame Hederich.
Le Feïar est commun le long des murs et des fossés. C'est une plante chargée de principes irritants. Ses semences agissent à la manière de celles de la Moutarde, et ses feuilles elles-mêmes jouissent de la propriété d'exciter et de faire rougir la peau. Ces effets sont dus probablement à des principes volatils sulfurés, et dès lors il est permis de croire que l'^rysmwm possède une double vertu stimulante et altérante, dont l'utilité est manifeste dans les affections chroniques des voies respiratoires. Localement, il excite les parties qu'il touche et provoque les sécrétions buccopharyngiennes, et par voisinage ou action réflexe, celles du larynx et des bronches. Après absorption, il modifie l'état général, qui souvent entretient le mal, en môme temps qu'il améliore les conditions de la muqueuse aérienne.
Le Vélar, rarement prescrit par les médecins, jouit d'une réputation populaire contre le rhume, l'enrouement et l'angine, depuis que le chantre de Notre-Dame, dont parle Racine dans ses lettres à Boileau, a composé avec cette herbe un spécifique contre la toux.
Mérat et de Lens disent que les semences sont employées préférablement en poudre, à la dose de 4 grammes, et en nrop, à celle de 30 à 60 grammes. Le Codex prescrit la plante au moment de la floraison On fait quelquefois usage, dans la bronchite chronique, du Sirop d Èryûnxum compose, dans lequel entrent des substances pectorales et amères, ainsi que des aromatiques : raisins secs et Capillaire du Canada, Chicorée, Romarin btœchas et Anis, etc. '
ESCARGOT DES VIGNES ou LIMAÇON DES VIGNES, Hélix Pomatia, L. — Mollusques-Gastéropodes.
Angl. : Snail. — Ail. ; Schnecke.
aue df ''^""'"h"' "'''^ P'^^ P^"^ abondante, ni mieux nourrie que dans les grandes contrées vignobles de la France. Il n'est donc pas étonnait sa réputation, grande chez les anciens, se soit perpétuée parmi nos populations rurales. C'est un aliment sain et passablement
,3j EUC4LYPTUS.
dieeslif lorsqu'il est bien assaisonné, mais qui ne se recommande, d'aildigesui, i»'squ médicale imporlante. Le phosphore et le
leurs, '^^^-^J Xouven aussi bien dans l'albumine de VcEut et Zfunr ou " de Matières animales. L'usage alimentaire des Escargots cZ serait plus utile comme moyen d'introduire simultanément, dans nos nrëm voies, les substances azotées, alibiles et les ferments an.maux Sestoés à Tes transformer en peptones. Telle est la vrate supénor.té des hiiîtrps sur d'autres comestibles.
îwo s je reconnais encore i l'Escargot comme à l'huilre, à la mnule eîc l'avantage d'introduire des substances nutritives éminemmen variée; ou plutôt l'ensemble de toutes celles dont l'économie a besom, et rtammenf la matière grasse de la glande hépatique dont l'.mportance nhvsk.IO"ique sera établie plus loin. (V. Huile de foie de morue ) ' Sscargot est cependant employé en médecine; on a même essaye dernSent de le remettre en faveur en fabricant une poudre d hehcne re™ mant les sucs de l'animal. Il était très fréquemment employé naguère dans "s affections catarrhales, la tuberculisation pulmonaire et les cachëxi s associé à d'autres substances, sous forme de bomllon. de gel e ie m Considérés comme analeptiques, émollients, pectoraux. On préparait
Cpon Dans le Midi, les Hélix aspe.sa et H. vermuulata remplacent 1 H. Pomatia du Centre et du Nord.
ESSENCE DE TÉRÉBENTHINE. - Voy. Térébenthine.
EUCALYPTUS, Eucalyptus globulus, Labill. - Myrtacées.
Anal. : Blue gum tree, Eucalyptus. -p . e^nf n^n^rées
t Tmites les uarties de cet arbre magnifique sont pénétrées
Composition. — i ouïes lebpdiucauQ ^„ 1070 VFucahwtoL \é-
d'une essence aromatique découverte par Cloez, en '«J»; ' f ff
rilable espèce chimique suivant lui, ayant pour formule C >H ^ 'J ^'^Z.
nosahle en Eucalyplim, correspondant au Cymène, el Eucalyploiene.
unto que ïaust et'Hom;yer ne voient dans l'Eucalyptol qu'un mélange de
Térébenthène et de Cymène. , om;.rP
^ on trouvedans les feuilles, surtoutusitées duTannuj une mat è^ amère analogue aux principes amers de l'absinthe, des sels de potasse ,.hani • mais (Rabuteau) il n'y a pas trace d'un alcaloïde.
VEu^p ol est un liquide très Quide, blanchâtre, d'une for e odeu aro- ,.î'finué bouillant à m', peu soluble dans l'eau, soluble dans 1 alcool, TéS'es huil- fixes et v;iatiles, d'une saveur fraîche et agréable et d une
'iSiN'p'îlvs-ooiou.. - Je signalerai tout d'abord les effets antifermen , ! .1 nntioutrides de l'Eucalyptus, tout 4 tait remarquables (Bniz, f Mees^qui en font un succédané important de l'acide ph mque • S'^S'"' Ttlt de l'essence est comparable à celle de l'essence de térébenî;tae:"slnsâuon de Tafeurdans le tube digestif, renvois odoriférants
troubles dyspeptiques à dose forte. Quelquefois, en pareille circonstance, il survient non seulement de l'excitation réflexe, mais encore consécutivement à l'absorption une stimulation générale, une sorte de fébricule artificielle accompagnée de modifications sphygmograpbiques indiquant une diminution de tension vasculaire.
L'inhalation des vapeurs d'essence d'^wca/y/j^ws donne lieu à des migraines (Sicard) et à d'autres phénomènes rappelant les effets stupéfiants des fleurs très parfumées ou de l'essence de Térébenthine.
Comme cette dernière, l'Eucalyptol s'élimine par les reins, les poumons et probablement par la peau. Seulement mes observations cliniques établissent que, tandis que l'essence de Térébenthine passe en majeure partie par l'appareil urinaire après avoir été résinifiée, l'essence d'Eucalyptus, relativement peu oxydable, suit principalement la voie ouverte aux substances volatiles ou gazeuses. En effet, l'haleine en est embaumée, tandis que les urines n'exhalent souvent qu'une faible odeur rappelant celle de la violette. Je dois reconnaître pourtant qu'il existe à cet égard des variations individuelles, inexpliquées, et d'autres dont on peut essayer l'interprétation. Avec des doses faibles et des sujets dont le champ respiratoire est libre, presque tout s'exhale par la respiration, et les urines sont peu odorantes ; avec des doses fortes et un obstacle à l'exhalation pulmonaire on obtient une fragrance prononcée des urines.
Ces influences ne sont pas les seules et j'ai lieu de penser que les essences rectiGées d'Eucalyptus globulus qui sont maintenant dans les officines communiquent à l'urine plus d'odeur que ne le fait le produit vierge teinté de jaune que je tenais de M. Ramel, et qui a servi à mes premières expériences. Celui-ci se comporte donc à peu près comme le camphre.
Ingérées en nature, les feuilles et l'écorce d'Eucalyptus produisent des efiets astringents, toniques-névrosthéniques et, à l'occasion, fébrifuges, qu'on ne doit pas attendre de l'essence isolée, et qui sont dus au tannin ou à un principe encore mal défini.
En regard de ces notions importantes acquises par l'observation clinique, l'expérimentation de laboratoire ne nous apporte encore que des résultats incertains et des formules contradictoires. Le docteur Gimbert, qui s'est lancé avec ardeur dans cette voie souvent féconde, s'efl'orce d'établir que l'Eucalyptol calme, tandis que le térébenthène excite ; et, néanmoins, il admet l'identité de leurs efiets sur les combustions organiques. Il parle é'hijposthénie nerveuse, de ralentissement vital, de réfrigération et de resserrement des capillaires avec grande excitation du système nerveux sympathique, ce qui ne l'empêche pas d'écrire un peu plus loin que l'essence d'Eucalyptus est un stimulant diffusible comme l'Ammoniaque, la Menthe etc. Notre confrère admet le ralentissement du pouls en môme temps que la diminution de tension, bien qu'il avoue n'avoir pas obtenu de résultats sphygmograpbiques concluants. Il signale l'accroissement considérable de la proportion d urée dans la sécrétion rénale et en tire la preuve que l'Eucalyptol favorise Vélimination de ce principe azoté, mais il oublie de nous
dire si la masse quotidienne des urines était diminuée. Quoi qu'il en soit, dans ses expériences, l'Eucalyptol à haute dose paraît reproduire l'anes- Ihésie cliloroformique avec insensibilité, résolution musculaire, et pupille dilatée • et à dose massive il diminue la chaleur, ralentit le pouls et la respiration et plonge l'animal dans un collapsqs profond suivi de mort. Enfin cherchant le mécanisme de la mort par l'essence d'Eucalyptus, le docteur Gimbert fait des injections dans le dos des grenouilles et croit prouver que cette essence exerce une action élective sur la moelle dont elle paralyse le pouvoir réflexe. On peut conclure, en définitive, qu'il existe une analogie d'action entre l'Eucalyptol et le camphre, les anesthésiques et la térébenthine.
Usages. — VEucalyptus globulus, récemment propagé en Europe (1«dU), grâce à l'activité de M. Ramel, est déjà très usité comme fébrifuge, nonseulement en France, mais en Espagne, en Algérie et en Corse, en Italie et jusque sur les bords du Danube.
L'honneur des premiers résultats publiés revient à un de nos confrères espagnols, le docteur Tristany (1865) et un de nos compatriotes, le docteur Régulus Carlotti, d'Ajaccio (1869). La même année je signalais les principaux traits de l'action physiologique et thérapeutique de l'Eucalyptus dans une communication à la Société de thérapeutique {Bulletins, 1869). Depuis lors les travaux se sont succédé (Gubler, Brunei, Gimbert, etc.) et les preuves accumulées en faveur de l'efficacité du nouvel agent soit comme fébrifuge, soit comme anticatarrhal, stimulant topique et diffusible ou bien comme antiputride.
Comme stimulant diffusible et diaphorétique il se prête aux mêmes usages que les autres médicaments de même sorte.
En qualité de fébrifuge il est appelé à prendre place, je ne dis pas à côté, mais au-dessous du Quinquina, dont il pourrait être smon le rival, du moins l'adjuvant habituel et quelquefois le succédané.
Sans parler de l'influence hygiénique exercée dans les pays marécageux par les plantations d'Eucalyptus, je signalerai l'utilité des effets toniques et stimulants de ses organes chargés d'essence, de tannin et d autres principes chez des sujets soumis à l'impaludisme et plus ou moins débilités ; je rappellerai l'influence favorable des stimulants diffusibles pour dimmuer la longueur et l'intensité du stade de froid. Enfin, dans quelques cas, 1 Eucalyptus (feuilles ou écorce) partagerait avec l'antipériodique par excellence le privilège de couper les accès; il réussirait même plus complètement là ou la Quinine se serait montrée impuissante ^Carlotti, Castan); mais ici mon expérience personnelle est insuffisante et je ne puis que me faire l'écho des opinions d'hommes compétents exerçant la médecine dans des contrées à fièvres intermittentes.
Citons en témoignage les docteurs Tristany, Carlotti. Tedeschi, Lambert, Keller Lorinser, Brunei, Castan, etc., sans compter un grand nombre de personnes distinguées, mais étrangères à notre profession. Les observations des cliniciens trouveraient un appui solide dans les
expériences récentes de Mosler, s'il était démontré que le physiologiste allemand s'est mis à l'abri de toutes les causes d'erreur si nombreuses en pareille circonstance. Voici, d'après R. Lépine, le résumé des expériences de Mosler. La rate d'un chien, mise à découvert par une incision de la paroi abdominale, est mesurée, puis replacée dans la cavité péritonéale. Quelques grammes de teinture d'Eucalyptus sont alors injectés sous la peau, et deux heures environ plus tard, la rate extraite à nouveau de l'abdomen montre une réduction de l centimètre sur tous ses diamètres. Tel est le résultat obtenu par Mosler. Le sulfate de quinine n'eût pas mieux réussi et c'est pour cela que je doute. D'ailleurs, les observations de E. Papillon, en Algérie, celles de Burdel, en Sologne, paraissent moins favorables au mé-^ dicament, ou mieux, démontrent qu'il n'a pas la puissance fébrifuge qu'on a bien voulu lui attribuer tout d'abord.
Au reste, c'est la médication anticatarrhale qui réclamera le plus souvent parmi nous l'emploi de l'Eucalyptus, dont les indications spéciales se rencontreront dans les affections chroniques de la muqueuse respiratoire vers laquelle l'essence trouve sa principale issue. L'Eucalyptus offrira dans ces circonstances une double supériorité sur l'essence de Térébenthine et sur d'autres balsamiques, celle d'agir plus sûrement et à plus faible dose puisque les reins en détournent une moindre proportion. On le prescrira donc dans le catarrhe bronchique chronique et à la période catarrhale des bronchites aiguës; dans la gangrène pulmonaire. (Bucquoy, Bonamy), où il réussit à merveille ; dans la phtisie même et la coqueluche, quand l'expectoration est excessive ; dans le croup, à titre d'essai.
A Vextéineur, les préparations d'Eucalyptus ou d'Eucalyptol servent de topiques antiseptiques, d'agents balsamiques et astringents, utiles contre la leucorrhée (Labbée), et dans les pansements ordinaires ou dans ceux après l'accouchement. Récemment on a beaucoup vanté (Mosler, Gimbert) les inhalations d'Eucalyptol (alcoolé) contre la diphthérie pharyngo-laryngienne. Nous résumerons toutes ces applications de l'Eucalyptus et de l'Eucalyptol en disant qu'ils ont les vertus de l'acide phénique dont ils sont les succédanés jusque dans la méthode listérienne.
Préparations et doses. — L'une des meilleures est la poudre de feuilles que j'administre dans du pain azyme à la dose de 2 à 4 grammes par jour comme tonique anticatarrhal ; de 4 à 8 et 12 grammes contre la fièvre intermittente.
Vexirait aqueux et surtout Vexlvait alcoolique (Carlotti) rendraient les mêmes services à la dose de 1 à 4 grammes par jour
Valcoolature d'Eucalyptus a les qualités toniques stimulantes de la plante accrues de celles de l'alcool. Le vin d Eucalyptus, préparé comme celui de quinquina, est une des plus utiles préparations.
L'^n^us.on prolongée et l'infusion-décoction sont d'un emploi commode pour lotions e injections. Une infusion théiforme légère est fort agréable e sera souvent conseillée aux sujets atteints de bronchite chronique simple ou compliquée. On peut l'édulcorer avec le sirop Eucalyptus.