SUR LB COMMERCE D’ARICA ET TACNA
légale en douane de plusieurs articles a été rendue impossible par les bas prix auxquels ils sont tombés par suite de la contrebande , tels que les chemises de couleur, les coupons pour souliers et maints autres, qui, débarqués en fraude, se vendent au même prix que le consignataire demande pour les mêmes articles en douane et qui auront 36 à 40 p. c. de droits à payer.
L’établissement des vapeurs, malgré tous les avantages qui en résultent, a néanmoins été funeste au commerce des intermedios (Arica et Islay) dont il a entièrement changé la face. Autrefois, quand il se présentait à Arica un navire avec une cargaison, le spéculateur pouvait calculer un certain temps pendant lequel il pourrait écouler sans concurrence les marchandises qu’il achetait. Il n’en est plus de même aujourd’hui. Les vapeurs de Valparaiso et du Callao, apportent deux et trois fois par mois des marchandises de ces deux ports: c’est un continuel va et vient, surtoutlorsque ces deux ports sont surchargés de marchandises. La spéculation n’est plus possible et a entièrement cessé. Le consignataire en est réduit à vendre directement au boutiquier, ce qui augmente ses risques et diminue considérablement la masse des affaires.
Il y a quelques années, un navire avec une cargaison passable vendait à Tacna de 50 à 50 mille piastres en peu de jours. Aujourd’hui, de la cargaison la mieux assortie , il est diflicile de vendre plus de 20 mille piastres ; et, pour beaucoup de navires, les ventes produisent de 5 à 8 mille piastres et moins encore.
Les exportations d’Arica ont présenté, en 1845, une valeur de 1,411,571 piastres environ. Cependant, ce chiffre ne peut pas donner une idée exacte de l’importance des affaires de ce port; car, outre qu’une partie de l’or et de l’argent s’embarquent en contrebande, et qu’ainsi leur importance ne peut pas être connue , le commerce de Tacna paye en partie les salpêtres qui s’exportent d’Iquique et des laines et quinas qui s’embarquent à Islay , tandis que, d’un autre côté, bonne partie du montant des fonds employés pour l’achat des articles d’exportation se tire en traites sur Lima et Valparaiso. Les principaux articles d’exportation ont été l’argent vierge dit plata piria , l’or, le minerai de cuivre de Coroco et les quinas.
La plata pina, argent en barres, vient en majeure partie de Puno; l’exportation en était permise moyennant quatre réaux de droits par marc. Il en vient aussi de Bolivie, qui est introduite dans le Pérou en contrebande. Les mines de la province deTarapaca (Pérou) en fournissent également. Quoique l’exportation en soit encore permise moyennant les 4 réaux, elle sera beaucoup moindre en 1847, car celle provenant des mines du département de Puno , ne pourra plus venir à la côte, devant être monnayée au Cuzco, et l’exportation se réduira à celle provenant de Tarapaca, ou venant de Bolivie.
La majeure partie de l’or vient de Bolivie, d’où l’extraction en est permise moyennant 2 réaux par once. Le département de Puno en fournit aussi un peu.
Le cuivre fondu et le minerai de cuivre proviennent deCorocoro (Bolivie);
cet article va presque tout en France, et majeure partie est exploitée pour
compte de maisons françaises. Cette exploitation nécessite de fortes avances,
mais elle est avantageuse, fournissant un fret de retour à plusieurs navires
français.
NOTICE SUR LE COMMERCE d’aRICA ET TACN'A.
Le quina provenait presqu’exclusivement de Bolivie, dont le gouvernement a cherché à en tirer le plus grand parti possible pour le revenu public. En 1844, il était chargé d’un droit de sortie de 20 piastres par quintal, et ce fort droit donnant lieu à beaucoup de contrebande, le gouvernement l’a mis en monopole, avec la condition de n’en exporter que 4,000 quintaux par an, afin d’en soutenir le prix en Europe. La concurrence a été si grande entre diverses compagnies pour obtenir ce monopole, qu’il a été adjugé pour la somme énorme de 119,000 piastres par an, ce qui fait 29 piastres par quintal en supposant que la compagnie s’en tienne à l’exportation des 4,000 quintaux seulement. La concession de ce monopole a été funeste au commerce en général et ne profitera probablement pas à la compagnie, car le haut prix auquel a monté le quina a animé à la recherche de ce végétal dans les forêts du Pérou, et on en a rencontré beaucoup, tant dans le département dePufio, que dans celui de Cuzco. La qualité n’en parait généralement pas aussi bonne que celle du quina de la Bolivie, mais il faut mettre en compte l’inexpérience des exploiteurs, qui, parmi les divers arbres de la famille des quinas, n’ont pas toujours su distinguer ceux qui fournissent le vrai quina dit calissaya. Cette année, avec l’expérience acquise et en pénétrant dans les forêts , il y a grand espoir de trouver le bon quina, et si même le quina que produit le Pérou était inférieur à celui de Bolivie, il y a toujours compensation pour la différence du coût. Pourvu que le quina péruvien contienne de la quinine, quoiqu’en moindre quantité que le quina bolivien , il pourra soutenir la concurrence de ce dernier. En attendant, l’exportation de cette écorce a été très-forte en 1845.
NOTICE