DANS LE DÉPARTEMENT DE JUNIN (PÉROU
I. Mines de mercure. — Les mines de mercure de Chonto sont situées dans la province de Huamalies, département de Junin; leur élévation audessus du niveau de la mer est de 4,465 mètres. Le village, bâti en 1846, est situé au pied du mont Chonta-Jirca. Le terrain y est fangeux, vu l’immense quantité de pluie et de neige qui y tombe pendant une partie de l’année. Le
(1) Valeur du marc d’argent au Cerro de Pasco, en 1845, de 8 piastres, 3 réaux, ou de 43 fr. 20 c. à 45 fr. 22 c. (en moyenne environ 44 fr.).
Le marc du Pérou correspond en poids il 230 grammes.
climat y est très-froid ; en hiver, le thermomètre descend à 5 et 4 degrés audessous de zéro, quelquefois même jusqu’à G degrés pendant la nuit. On n’y distingue que deux saisons : celle des pluies, qui dure du mois de novembre au mois de mars, et celle des glaces pendant tout le reste de l’année.
Cette rigueur du climat n’empêche d’ailleurs pas le village de Chonta de s’accroître tous les jours. Avant 1845, époque à laquelle les mines ont commeneé à prendre de l’importance, on n’y comptait que 4 maisons et 15 ou 20 cabanes d’indiens; aujourd’hui , il s’y trouve de 50 à 40 maisons commodes, et plus de 200 cabanes, et sa population s’élève à 1,200 habitants.
Bien que les mines de Chonta aient été, selon toute probabilité, travaillées du temps des Incas, qui, indépendamment d’un peu d’argent, en retiraient le vermillon avec lequel ils se peignaient, leur exploitation ne fut reprise par les Espagnols qu’en l’an 17G1 , époque à laquelle elles furent retrouvées par Manuel Perez Bustamente. Abandonnées peu d’années après, ce ne fut guère que vers l’an 1817 que l’on a commencé à y travailler de nouveau, encore étaient-elles considérées comme peu productives. Depuis quelques années seulement, on a reconnu les immenses richesses qu’elles renferment. Le mercure s y présente, non pas généralement en grandes masses, mais en nombreux filons qui courent du nord au sud , dans une longueur de plusieurs lieues et dont l’épaisseur est variable.
Vers le commencement de 1844, ces mines étaient au nombre de 94, dont 15 en plein rapport, 45 abandonnées provisoirement, faute de bras et de capitaux, et 54 dont les travaux, seulement commencés, avaient été également suspendus par la même raison; 75 quintaux de minerai y donnent, en moyenne, 45 livres de mercure. On en retire aussi de l’argent en quantité assez considérable.
Voici les quantités de mercure que les mines de Chonla ont fournies durant les 5 années ci-après :
1842 . livres péruviennes (1). 55,G95
Total. . . . 116,411 Soit en kilogrammes. . . . 52,449
Tout ce mercure a été consommé dans l’exploitation des mines des départements d’Ancachs et Junin, mais peu au Cerro de Pasco même, avec lequel le mauvais état des chemins, bien plus que la distance, empêche Chonta d’entretenir des communications fréquentes. Le Cerro de Pasco continue donc à tirer le mercure de Lima, ou plutôt du port de Callao, où il est apporté d’Espagne; mais, si un jour Chonta prend l’importance à laquelle il est appelé par les richesses immenses que renferment ses mines, ce ne sera pas seulement le Pérou, mais encore l’Amérique toute entière qu’il pourra approvisionner de mercure. Il parait résulter, en effet, d’un grand nombre d’observations, que la couche de mercure de Chonta est la même que celle qu’on
(1) La livre péruvienne
NOTICE SUR LES MINES DE l’àMÉRIQUE DU SUD.
découvre à Jauja, Quipoa, Huancavelica et autres lieux. Dans le seul district de Huancavelica, il existe 41 montagnes renfermant du mercure.
De l’an 1570, époque de la première mise en exploitation, jusqu’en 1790, c’est-à-dire dans un espace de 220 ans, cette dernière mine a donné 1 ,042,408 quintaux de mercure (48,000,000 de kilogr.) (1), abstraction faite des quantités détournées ou passées en contrebande. Depuis cette époque jusqu’en 1840, elle a donné environ 60,000 quintaux. Affermée aujourd’hui pour la faible somme de 1,000 piastres (5,420 fr.), elle est loin cependant d’être épuisée. Pour lui rendre sa première valeur, comme pour donner à Chonta toute celle qu’il pourrait avoir , il faudrait des bras , des capitaux, des chemins mieux entretenus. Malheureusement, il est bien difficile d’obtenir des ouvriers en nombre suffisant dans un pays encore aussi faiblement peuplé que le Pérou, sous un climat aussi rude que celui de Chonta, dans un lieu où les choses même les plus indispensables à la vie ne s’obtiennent qu’avec la plus grande peine; il est peut-être plus difficile encore d’y amener des capitaux.
Le mauvais état des chemins de Chonta aux principales villes du département est aussi, comme on vient de le dire, un empêchement sérieux à ses progrès. Ces chemins sont : 1° celui de Yanahuanca, par où passent les mercures qui vont au Cerro de Pasco, qui, à son tour, envoie à Chonta des instruments de mineurs, des vivres, des vêtements, etc.; 2° celui de Cajatambo , d’où Chonta retire les bois qui lui sont nécessaires pour la construction de ses maisons et pour un grand nombre de travaux à faire aux mines et aux fours, et par lequel il pourrait, en outre, facilement correspondre avec Lima; 5° celui qui conduit aux provinces de Conchucos et de Huaraz , d’où Chonta tire le maïs, la farine, le riz et les autres denrées alimentaires; 4° enfin celui qui conduit à Aguamiro et à Huanuco, d’où Chonta tire le coca et divers autres articles.
Ces chemins aujourd’hui ne sont encore que des sentiers à peine tracés au milieu des Cordilières, entre les crêtes desquelles ils serpentent, défoncés chaque année par les pluies et les neiges , et où souvent même se trouvent des passages qui présentent les plus grands dangers.
A 8 ou 10 kilomètres de Chonta se trouvent les anciennes mines de Pachachoca , où , depuis peu , l’on a repris les travaux. Un cordon de montagnes , dont les flancs renferment en abondance de l’argent, du mercure et de la houille, y entoure un plateau de 1 kilomètre environ d’étendue. Le climat y est sain et assez doux. Les métaux présentent, à la superficie même de la terre, l’aspect d’une très-grande richesse; ils ne donnent pas moins de 12 marcs au caisson.
II. Mines de charbons. — Chonta possède, en outre, un immense gîte houillier qui s’étend du nord au sud derrière la montagne de Chonta-Jirca , et où plusieurs mines sont encore en pleine activité. La houille y est de très-bonne qualité, et, si elle ne donne pas une flamme aussi claire que celle du Cerro de Pasco, elle possède l’avantage de ne répandre aucun gaz fétide. La viande cuite sur la braise même de ce charbon ne conserve aucune mauvaise odeur.
(1) Lo quintal péruvien = 46 kilogr.
rORTS DE LAMCAYÈQUE , ü’iSLAY ET DE PAITA.
Les fours dont on se sert à Chonta pour la fonte du métal, sont au nombre de 18, malheureusement très-défectueux encore et occasionnant surtout une perte considérable de mercure. On les chauffe généralement avec des herbes sèches que l’on rencontre en très-grande quantité sur les montagnes, et auxquelles on ajoute quelquefois un peu de houille.
III. Mines d’or. — Enfin, dans la même province, se trouvent les mines d’or de Chuquibanba, les mines d’argent de Queropalca, Tallenga , Teuta, Auquimarca, Bellavista et de Huallanca, très-riches autrefois, et qui viennent également d’être mises de nouveau en exploitation. Ces dernières, aujourd’hui au nombre de 10, malgré le peu de largeur de leurs veines et la dureté de la pierre dans laquelle elles courent, sont d’une grande importance, et peutêtre un jour devront-elles remplacer celles du Cerro de Pasco. Elles produisent environ 5,000 marcs (690 kilogr.) d’argent par an , lequel est exporté presqu’en entier à l’état de minerai.
PRODUITS QUI S’EXPORTENT PAR LES PORTS DE LAMBAYÈQUE, D’ISLAY, DE PAITA ET D’ARICA (PÉROU).
La province d’Aréquipa, dont Islay est le port, renferme une grande quantité de sulfate de fer, d’alumine, de magnésium et de soude, de sel gemme commun, de tritoxyde de magnésium et de carbonate de soude. Mais toutes ces richesses sont encore inexploitées. La province possède en outre plusieurs sources minérales; les plus connues sont celles de Yura, de Yesus, de Sabandia, de Tingo, d’Alpa et de Puyca, près d'Orcopampa, et celle de Sumana, au haut de la Cordilière.
Les Cordilières, dans la parlie qui comprend la province d’Aréquipa, renferment quelques mines d’or, d’argent, d’étain, de plomb, de cuivre, de soufre; mais ces mines sont peu travaillées, faute de bras et de capitaux.