DES DIFFÉRENTES MÉTHODES REMPLOYER LE GUANO
Les chimistes les plus célèbres et les cultivateurs les plus distingués envisagent à l’unanimité le guano comme l’engrais le plus prodigieux, possédant, par l’ammoniac qu’il récèle, les plus grandes qualités fertilisantes, et produisant non-seulement les plus belles récoltes, mais pouvant encore être employé à bien moins de frais que tout autre engrais, quelque économique qu’il puisse être.
Par sa dissolution essentiellement lente , le guano opère d’une manière continue, ce qui le met bien au-dessus de tous les engrais employés jusqu’ici. Ses effets se font sentir, sur différentes plantes et sur certaines terres, pendant deux et souvent pendant trois années consécutives. Il produit même de belles récoltes sur des terrains épuisés ou mal entretenus.
La connaissance désormais acquise des meilleurs moyens de l’employer et le grand nombre d’expériences qui en ont été faites depuis quelque temps, lui
LE GUANO
assurent lin succès général en Europe. Et aujourd’hui que le prix de revient en est diminué jusqu’à même ne plus dépasser le quart de celui auquel il avait été fixé lors des premiers essais, il n’est aucun engrais qui puisse lutter avec lui, tant pour l’économie que pour la réussite de l’entreprise; aucun, pas même le fumier ordinaire, dans le cas où il doit être transporté à une certaine distance. Ses qualités fertilisantes se manifestent surtout dans des terrains vierges et des bruyères. Ainsi, par exemple, si on l’emploie avec précaution, mélangé avec deux ou trois parties de marne ou de terre calcaire (afin de changer en carbonate de chaux et en carbonate d’ammoniac ce qu’il contient d’acide phosphorique d’ammoniac), on obtiendra de ces terrains, jadis stériles, une récolte semblable à celle que pourraient produire les terres les mieux constituées sous tous les rapports.
Les agriculteurs de la côte du Pérou s’en servent depuis une époque reculée et bien antérieure à celle de la conquête. Aussi, grâce à cet engrais, retirentils de terrains arides et sablonneux , des récoltes dont l’abondance tient du prodige.
On l’emploie :
Soit sec, soit à l’état humide;
Seul;
Mélangé avec de la terre végétale, du sable ou du plâtre moulu;
Combiné avec des cendrées de bois, de houille, de tourbe et de bruyère;
Avec toutes espèces d’engrais végétaux ou animaux, réduits à l’état de fumier ou de terreau ;
Enfin, dissous soit dans de l’eau, soit dans tout autre véhicule approprié aux compacts des engrais liquides ordinaires.
Les résultats en seront toujours satisfaisants dans tous les cas où une bonne application en aura été faite.
On pose pour principe que cet engrais doit être donné plutôt à la plante qu’à la terre. Aussi est-il moins nécessaire de l’employer alors que la croissance est nulle, que quand elle est en pleine activité et en progrès.
Les Péruviens emploient le guano à trois reprises différentes avant la récolte: d’abord, lorsque la plante sort de terre; ensuite, lorsqu’elle fleurit; et, enfin, lorsqu’elle porte semence; ils l’en arrosent après en avoir engraissé le sol.
Il est indispensable , dans le cas où l’on veut se servir de guano sec, de le bien mêler avec la terre par un léger labour et un léger hersage. Afin d’effectuer ce mélange dans de justes proportions, beaucoup de cultivateurs y ajoutent encore de la cendrée de bois, du charbon et du plâtre moulu. On répand ce mélange sur les terres; on les recouvre; l’on herse, etc.
On doit éviter que la semence soit mise en contact direct avec le guano; car, non-seulement elle ne produirait point, mais encore serait-elle sujette à destruction. Il est bon que le mélange soit fait avec de la cendrée de bois ou de la terre épurée, afin qu’on puisse le répandre à la main, et, de cette manière, le distribuer partout en égales quantités. Cette opération doit, de préférence, se faire dans le printemps et par un temps humide ou pluvieux. Il est bon que la pluie la suive le plus tôt possible, afin que, par elle, le principe fertilisant pénètre à l’instant le sol. Si on effectuait l’opération par un temps sec et venteux, on serait exposé à voir l’engrais s’évaporer sans profit aucun.
MÉTHODES D’EMPLOYER
Afin d’obvier à tout inconvénient , quelques laboureurs préfèrent procéder par irrigations de guano dissous dans de l’eau de pluie et de rivière, la dissolution se faisant dans la proportion de 2 à 3 kilogrammes de guano pour 60 à 100 litres d’eau. Ils laissent fermenter le tout pendant 24 heures, recueillent la dissolution afin d’y ajouter encore autant d’eau, et en font usage à l’état humide pour arroser leur champ.
L’effet et le résultat diffèrent relativement à la quantité de guano employée, à la proportion dans laquelle l’emploi a été fait. C’est au laboureur expérimenté à se guider plus ou moins , en ceci , sur la nature de son terrain , du fumier y employé précédemment et de la récolte qu’il y veut obtenir.
L’on a reconnu que le guano doit être employé avec mesure et sobriété, car sa force et sa puissance sont telles, que si on s’en sert en trop grande quantité, il brûle la plante et la détruit. On a pu s’en convaincre partout où l’on a adopté le guano comme engrais; en Écosse, par exemple, lors des premières expériences faites sur le guano. Le centre du terrain où se fit l’essai fut brûlé, tandis que sur les bords, où le guano n’avait porté qu’avec mesure, la végétation fut admirable, les fruits abondants et d’excellente qualité. Il est à croire que généralement et surtout dans le principe , on s’est souvent trompé sur l’emploi de cet engrais, et que plus d’une fois, au lieu d’obtenir le résultat désiré, le cultivateur a perdu sa récolte par suite d’avoir usé mal à propos d’un engrais aussi puissant. Mais, comme d’ordinaire dans ce cas-là, le champ rapportait l’année suivante des fruits précieux, il trouvait toujours une compensation à ce premier mécompte. Désormais, il sera facile de se prémunir contre toute éventualité, en se basant sur les différents résultats obtenus par .les expériences que nous mentionnerons plus loin.
On évitera de mêler le guano avec de la chaux éteinte et de l’employer sur des terrains légers, où depuis longtemps l’on se serait servi de chaux. Si on le faisait, qu’en résulterait-il? Un instant suffirait pour faire évaporer l’ammoniac contenu dans le guano, et enlever à celui-ci ses qualités fertilisantes.
On doit bien se garder également de mélanger le guano avec l’engrais de poudre d’os. L’un de ces corps travaillant sur l’autre, les forces respectives de tous deux seraient détruites.
Le guano doit être conservé à l’abri de la lumière et de l’humidité. Lorsqu’il arrive qu’après avoir été longtemps exposé à l’air, sa partie volatile vient à diminuer, on peut facilement y pourvoir en faisant un mélange de 15 kilogr. d’acide sulfurique et de 30 kilogr. d’eau que l’on joint à environ 1,000 kilogr. de guano humide ou dissous. Par ce procédé, l’on obtient un composé d’ammoniac qui améliore admirablement cet engrais et le met à même de se conserver longtemps dans le même état.
Le guano a encore pour qualité principale, comme le soude et quelques autres acides, de détruire les vers et de garantir la récolte des ravages qu’y peuvent exercer les insectes.
On l’emploie dans la culture de toute espèce de légumes.
Au nord de Lima, on en fait principalement usage pour celle du maïs; et, au sud, du côté d’Arequipa, pour le blé, les pommes de terre et autres tubercules et racines du pays.
L’effet que le guano produit sur le maïs est tellement extraordinaire que
LE GUANO
de 25 à 50 pour un que l’on obtient dans les terrains généralement sablonneux de la côte et cultivés sans engrais, l’on atteint avec lui, dans ces mêmes terrains, des récoltes de 200 et quelquefois même de 500 pour un. Indépendamment de l’abondance et de l’augmentation prodigieuse dans la quantité des fruits, le guano en améliore en outre la qualité; c’est ainsi que le maïs, cultivé avec cet engrais, fournit un épi volumineux, d’un grain dur et sain qui se pique difficilement, tandis que celui obtenu sans le guano est petit, tendre et très-prompt à se gâter.
Voici la méthode que l’on emploie au Pérou pour cultiver le maïs avec cet engrais. On attend que la plante ait fait une pousse d’un pouce environ audessus du sol; on en découvre le pied pour y loger une pincée de cette matière, on le recouvre de terre, et, comme sur cette côte on n’a pas à attendre du ciel une pluie qu’il n’a jamais accordée, on arrose immédiatement le champ ainsi préparé. La plante prend dès lors une Couleur vert-noir qui annonce la vigueur de la sève. Au bout d’un mois ou d’un mois et demi au plus tard, les épis sont formés. Avant que ceux-ci aient atteint leur développement, on découvre de nouveau les pieds du maïs et on y enterre une pincée de guano, en arrosant ensuite le champ pour la seconde fois; la plante grossit alors à vue d’œil, les épis s’enflent et la récolte arrive à son point de parfaite maturité, bien avant qu’elle y serait arrivée sans le guano.
Le blé récolté à Arequipa donne un pain remarquable par la blancheur et l’excellence de son goût.
Dans la culture des racines et des pommes de terre, les résultats sont encore plus surprenants. Il y a des exemples d’une rave cultivée avec le guano qui a pesé 40 livres. Nous l’avons dit : les elfcts du guano tiennent parfois du prodige.
La vigne se cultive très-bien avec cet engrais employé à petites doses.
A tous ces avantages, l’on doit encore ajouter que le guano accélère la maturité du fruit en donnant à la plante une vigueur précoce. C’est ainsi que dans les environs d’Arequipa, où l’étendue du terrain cultivé et susceptible de culture n’est pas en rapport avec le nombre d’habitants qu’il nourrit, l’on est obligé de demander à la terre bien au-delà de ce qu’elle pourrait donner sans le secours du guano. Cependant, grâce à cet engrais, les cultivateurs y obtiennent trois récoltes par an. C’est pourquoi, le terrain généralement évalué à 500 piastres le topo ou 5,000 vares carrées, dans les parties cultivées du Pérou, en vaut mille dans les environs d’Arequipa, où on le paye en raison des produits qu’il fournit. Nous en concluons que l’emploi du guano a nonseulement l’avantage d’augmenter et d’améliorer considérablement les produits du sol, mais encore celui de tripler la valeur des propriétés foncières où l’on en fait usage.
Plusieurs savants distingués de notre époque, tels que MM. de Humboldt, Hemprey-Duvy, Fourcroy, Yauquelin, etc., avaient depuis longtemps signalé aux agronomes de l’Europe la supériorité des propriétés fertilisantes du guano comparativement aux engrais les plus estimés. Mais aux Anglais était réservé l’honneur de l’initiative et de nous relever, par les résultats d’expériences en grand obtenus depuis peu d’années, les avantages que l’agriculture européenne peut recueillir de ce précieux agent de fertilisation.
MÉTHODES D’EMPLOYER
Bien que les effets du guano soient moins puissants en Europe que dans les climats d’où il provient, quelques années d’expérience ont suffi pour prouver que son emploi est de la plus grande utilité en Belgique; qu’il y convient à toute espèce de culture, et que, pour celle des céréales, pommes de terre, navets et autres plantes légumineuses, il donne une augmentation de produits d’environ 33 p. c. comparativement aux engrais ordinaires.
On a reconnu déjà que l’un des principaux avantages du guano est de contenir sous un moindre volume que les autres engrais une bien plus grande quantité de principes fécondants. Nous ajouterons que, pour beaucoup de localités, l’emploi en est plus économique que le fumier ordinaire, dont les frais de transport jusqu’aux terres de production sont souvent, comme nous avons dit plus haut, supérieurs au prix de revient du guano. Il résulte d’essais faits dans la Gampinc, que 20Q ldlog. de guano ont produit de meilleurs effets que 42 charretée Alu fumier ordinairement employé dans cette contrée pour la fumure d’un hectare de bruyère.
Il convient maintenant de signaler, comme point de départ, les procédés qui, jusqu’à présent, ont le mieux ou le moins bien réussi tant en Angleterre qu’en Belgique, dont les climats sont à peu près les mêmes, pour qu’on puisse se guider en conséquence.
Comme il résulte de plusieurs essais que le guano paraît être un engrais trop ardent poiir qu’on puisse indistinctement l’employer seul à toutes espèces de culture, parce qu’il brûle les racines des plantes avec lesquelles il se trouve directement en contact, on ne l’employera de cette manière qu’avec beaucoup de réserve. Yoici, au surplus, d’après un mémoire adressé à l’Académie des sciences de Paris, par M. Mariano-Rivero, et le contenu d’une lettre adressée par M. Bland à M. Johnson, en Angleterre, le procédé suivi avec un grand succès au Pérou pour la culture du maïs, des pommes de terre et plantes légumineuses avec le guano employé seul. Au besoin, ce mémoire pourrait servir d’appui à ce que nous avancions il y a un instant.
« On commence par écarter la terre de la tige de la plante , en prenant la » précaution de ne toucher ni à la tige ni aux racines; on prend ensuite au- » tant de guano qu’on peut en retenir entre le pouce et les deux premiers » doigts d’une main et on le répand, aussi également que possible, dans la » petite fosse creusée autour de la plante, puis on arrose immédiatement. » Plus tard, et aussitôt qu’on entrevoit les premiers signes de floraison, on » répand encore autour de la plante une nouvelle pincée de guano, et l’on » arrose immédiatement comme la première fois. Par ce simple procédé, » ajoute M. Bland, dans la vallée de Chaucay, au Pérou, dont la terre ne pro- » duit par elle-même que 15 grains pour un de semé, on obtient un rendage » qui s’élève jusqu’à 300 grains pour un de maïs. »
La terre végétale étant l’amendement naturel des sols trop sablonneux, et le sable celui des terres trop argileuses, on pourra, suivant les localités, mélanger le guano avec l’une ou l’autre de ces substances, mais l’expérience ayant démontré que l’emploi du guano avec les cendrées charbonneuses donne des résultats plus constants et des effets plus durables, cette dernière combinaison paraît mériter la préférence.
C’est à la propriété dont jouissent les charbons, ainsi que les cendres char-
LE GUANO
bonneuses, de retarder la décomposition des matières animales, qu’on attribue les bons résultats de leur combinaison avec le guano.
On conçoit, en effet, que ces substances ayant la propriété d’atténuer la causticité et de ralentir la décomposition du guano pendant la végétation, doivent prolonger les effets utiles de cet engrais et les mettre mieux en rapport avec la nutrition progressive des plantes dont les besoins s’accroissent au fur et à mesure de leur développement.
On combine ordinairement les cendrées charbonneuses dans la proportion de 4 à 5 volumes de cendrée par volume de guano, on triture le tout ensemble jusqu’à parfait mélange, pour le répandre ensuite, le plus également possible, sur les terres dans les limites de 200 à 500 kilogr. de guano par hectare. Le poids de la cendrée ne doit pas être compris dans cette évaluation.
Après avoir répandu le guano sur les terres, celles-ci n’exigent d’autres soins que ceux ordinairement usités', dans les mêmes circonstances, pour planter et ensemencer, à l’exception des prairies sur lesquelles on fera passer le rouleau pour aplanir la cendrée de guano et la faire adhérer au sol avec lequel elle doit se trouver en contact pour le fertiliser. A l’égard des prairies, il conviendra d’ajouter que 575 kilogrammes de guano et 575 kilogrammes de plâtre moulu, jetés sur un hectare de prairie, ont donné une récolte en foin de 7,250 kilogr., tandis qu’un autre hectare de prairie semblable n’a produit, sans engrais, que 5,915 kilogr. : différence 5,557 kilogr.
La terre, ainsi préparée, conviendra indistinctement pour toutes espèces de culture et les produits en seront constamment supérieurs à ceux des engrais ordinaires.
On devra, autant que possible , répandre le guano sur les terres avant les pluies.
Les cendrées charbonneuses, mélangées de bois, de tourbe et de houille, dans lesquelles on incorpore i/s ou 1/4 de noir animal rectifié (charbons d’os provenant des raffineries de sucre) sont réputées les meilleures.
Les cendres charbonneuses étant, ainsi que le sable, un amendement pour les terres argileuses, chaque cultivateur pourra modifier, en plus ou en moins, les proportions ci-dessus établies, suivant la nature de ses terres. Un ou deux volumes de cendrées charbonneuses suffisent au besoin pour ralentir convenablement la fermentation d’un volume de guano.
On peut se servir de guano pour graduer à volonté, moyennant une échelle de dosages, les propriétés fertilisantes de toutes espèces de fumiers terreaux et compâts ordinairement employés pour l’agriculture.
Pour y parvenir, il suffira de mélanger, par couches successives, avec ces fumiers ou compâts, une quantité quelconque de guano, seul ou mieux, encore combiné avec égalité de son volume de cendrée charbonneuse; quelque minime que soit la quantité de guano ajoutée, elle bonifiera proportionnellement la qualité du fumier.
250 kilogr. de guano mélangés avec 5 hectolitres de cendrées charbonneuses et environ 1,200 kilogr. de mauvais fumier, ayant été répandus sur un hectare de terre de la Gampine défriché depuis 18 mois par 5 labours !à 6 mois d’intervalle, ont procuré, à la grande surprise de tous les cultivateurs qui ont été