‹ Commerce entre l'Espagne et ses provinces ultramarines et les provinces confédérées de la Puissance du Canada [microforme]Chapitre 20 sur 25 · ivré au ropre à uler la · texte numérisé non relu

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Une question qui se présente naturellement par rapport au commerce de bois canadien et des vaisseaux construits au Canada, est celle-ci: Trouvera-t-on quelque part, dans les territoires espagnols, un marché pour ces bois et ces vaisseaux ?

Quant aux derniers, je ne ferai que citer ici le paragraphe suivant du Las Novedades, journal espagnol publié à New-York : “ Le ministère de la marine à Madrid a autorisé M. le consul d’Espagne à Saint-Thomas, d'accorder provisoirement le droit de porter le pavillon espagnol aux vaisseaux construits en pays étrangers, et acquis par des sujets espagnols.” Maintenant, dans la juridiction de ce consulat général, outre les vice-consulats et les agences consulaires à Terreneuve et aux îles de Saint-Pierre et Miquelon, il y a, dans la puissance, au moins 20 bureaux consulaires d'Espagne, et l'on se pro* pose d’en établir davantage. Tous mes vice-consuls -et mes agents consulaires, ainsi que moi-même, nous serions heureux de pouvoir user davantage de ce privilége, comme cela a été fait l'année dernière par le digne vice-consul d’ Espagne à Saint-Jean, N.-B. par rapport à un vaisseau construit au Canada et qui fut vendu à un sujet espagnol.

Quant au commerce du bois, de l'immense quantité de douves, paquets de douves assorties (s4ooks), des boîtes à sucre, etc., exportées par les Etats-Unis en Espagne et aux provinces espagnoles des Indes occidentales, une très grande partie pourrait tout aussi bien être fournie par le Canada et ainsi produire un revenu très considérable à la puissance, L’exportation de ces articles des Etats-Unis se monte à des millions de dollars annuellement, comme on peut le voir par leurs propres statistiques.

Et cette mention de statistiques me rappelle qu'on demande encore à la chambre de commerce de la puis-

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sance de solliciter le gouvernement canadien d'établir un bureau de statistiques pour y recueillir tous les renseignements relatifs au commerce intérieur et étranger du pays. Cette question a été bien des fois agitée auparavant, mais sans aucun résultat pratique jusqu’à ce jour; elle ne manque cependant pas d'importance : voilà ce que l’on pense et ce que l’on dit au Canada.

En effet, ce serait une des plus grandes améliorations que l’on pourrait faire dans l’administration des affaires du pays, et qui se rapporte directement au sujet que je traite en ce moment.

Dans un ouvrage que j'ai écrit et pnblié en 1868, intitulé: ‘“ Physique et météorologie mises à la portée de tous,” je disais que, à mesure que la connaissance du globe terrestre s’étendait et que les différents pays s’établissaient d’une manière permanente, le besoin d’une science nouvelle, ou plutôt d’une nouvelle branche de la science de la géographie se faisait sentir. Les nations qui habitaient alors la terre voulaient avoir un étatexact de leurs richesses, de leurs ressources, de leur population, etc. et ainsi, la science des statistiques qu'on peut appeler, les mathématiques de la géographie, fut créée.

Nous, espagnols, nous pouvons regarder cette science comme venant presqu'entièrement de nous, car, comme je l'ai déjà dit ailleurs, si les Romains avaient leur cens, il est certain que ce fut l'Espagne qui, la première parmi les nations, fit du recensement un acte d'administration.

Ce fut le sujet des travaux de Achenwall de Sully et de Monchrestien de Watteville. Il est de fait que ces écrivains ont grandement contribué, théoriquement et spéculativement, à faire connaître ces deux sciences si étroitement unies et si importantes de nos jours, et qui ont si largement contribué à l’une des branches les plus

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partaites de la science : la connaissance des choses par les nombres.

Je pourrais dire que, dans le domaine de la vérité, les nombres sont comme les étoiles qui servent à guider le voyageur dans sa course ; les calculs mathématiques sont comme les rayons solaires : leur effet et leur résultat sont la vraie lumière et la vérité elle-même.

M'est avis que ce désir d'obtenir des renseignements exacts sur les statistiques est très naturel.

Tandis que pour celui qui étudie l’histoire ou la géographie ou aucune autre science, les rapports des premiers établissements et le développement ultérieur d’un pays, les limites de son territoire et l’aspect qu'il pré-

sente, 8°: climat et les autres détails qui concernent son pri: :ays, lui offrent le plus grand intérêt, néan-

moins pour ceux qui examinent ce sujet au point de vue pratique, l’enseignement qui leur permettra d’acquérir une connaissance profonde des ressources d’une nation et qui les mettra en état de juger avec discernement de sa position actuelle dans tout ce qui constitue la richesse, la prospérité commerciale, est d’une plus grande importance encore. Et je dois dire ici, qu'il est regrettable que toutes les raisons auxquelles j'ai fait allusion plus haut, soient si opposées aux chances que pourrait avoir le Canada d'occuper ur rang élevé parmi les autres nations; car on doit avouer que, sous bien des rapports, le Canada est grandement favorisé par la nature. Le sol de toute la puissance est très-fertile, et produit annuellement d'excellentes récoltes. Des mines très riches sont déjà exploitées avec succès, et l’on en découvre de nouvelles presque tous les jours. Les facilités que le pays offre pour la navigation internationale ou inter-provinciale, ne peuvent pas être surpassées. Il possède les plus beaux fleuves, les plus belles rivières et les plus grands lacs du monde. Ses canaux

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sont fait: d'après les principes les mieux approuvés par les hommes scientifiques. On y construit actuellement un chemin de fer qui doit le traverser dans toute son étendue; il commencera à l'océan Atlantique pour se terminer à l’océan Pacifique, ET OUVRIRA LA ROUTE LA PLUS COURTE ENTRE L'EUROPE ET L'ASIE, A TRAVERS LE CONTINENT AMÉRICAIN. En général, les ressources du pays er bois, minéraux, poissons, etc., sont pour ainsi dire inépuissbles,

Les nations, pas plus que les individus, ne peuvent en venir à une entente sur les moyens à prendre pour établir des relations entr’elles, sans s'être préalablement connues.

Cette connaissance mutuelle ne peut se faire, en général, que par l'entremise de leurs gouvernements, Et c’est plus particulièrement le cas pour les pays qui se trouvent dans la même position que le Canada qui, il me fait peine de le dire, est généralement peu connu en Europe.

Le défaut de renseignements suffisants m'a causé beaucoup de travail et d'ennui en rédigeant ces mémoires. Il est vrai qu'il a paru de temps à autre certains documents qui avaient rapport aux sujets que je traite, mais en autant que j'ai pu l’apprendre des personnes auxquelles je me suis adressé, ou par les recherches que j'ai faites moi-même, il n'existe aucun traité complet sur ce sujet.

Dans mon humble opinion, on devrait ouvrir ce bureau de statistiques sans délai et adresser à chacun des représentants des nations étrangères trois exemplaires du rapport du dit bureau, dont un pour être transmis à leur gouvernement respectif, un pour l'usage personnel des agents co:sulaires, de manière à les mettre en état d'agir avec connaissance de cause, quand des questions pourraient se soulever entre le pays qu’ils représentent

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et celui dans lequel ils se trouvent, et enfin un troisième exemplaire pour être gardé dans les archives de chaque agence consulaire

L'influence à laquelle j'attribue le fait que le comwmerce de l'Espagne avec le Canada n'est pas très étendu, est que, jusqu'à ce moment trois intérêts ont été placés avant celui de l'Espagne au Canada. J'en parlerai ailleurs dans ce mémoire.

Lors du traité d'Utrecht, l'Angleterre, en autant que ses colonies s’y trouvaient intéressées, était absorbée par l'idée d'attirer à elle tont leur commerce exclusivement.

À la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci, elle était prévceupée de l'idée d'opérer une résistance aux empiètements de Napoléon Ier. Elle opposa une implacable hostilité à son système conti: nental, et ne fit aucune distinction entre le commerce de la France et celui de l'Espagne.

Depuis, à une époque plus voisine de nous, il est possible que des hommes d'état de l'Espagne, s’occupant de sujets plus rapprochés d'eux, n'aient pas su profiter de quelques circonstances avantageuse. à son commerce que la politique de l'Angleterre ou son amitié aurait pu présenter à l'Espague. Dans le moment actuel, je suis d'opinion que non seulement une grande partie du peuple canadien verrait avec plaisir s'établir des relations commerciales plus intimes avec l'Espagne, mais qu'il y en a d’autres qui, toute autre considération mise à part, désireraient protéger l'intérêt de l'Espagne contre d’autres intérêts étrangers Nulle autre nation ne se trouverait placée dans une meilleure position que l'Espagne pour adopter une politique amicale, parceque l'Angleterre ne regarde pas l'Espagne comme une rivale autant qu'elle regarde au même titre d’autres pays plus rapprochés d'elle-même et de son peuple; celui-ci ressent probablement plus de sympathie pour l'Espagne que pour toute autre nation étrangère,

Dans une circonstance particulière, lors de l'enquête faite sur ia conduite de Lord Todrington à Ceylon, Lord John Russell dit que Sa Seigneurie était accusée d’avoir mis en force la loi martiale, ce qui avait été fait par le Duc de Wellington en Espagne. Le Duc se leya alors et dit: ‘“ La loi martale est l'expression de la volonté d'un général ; les gouvernements d'Espagne et de Portugal m'ont confié l'exécution de la loi martiale, c'est-à-dire qu'ils ont fait de ma volonté la loi de leur pavs; et l'usage que j'ai fait de mon pouvoir a été de faire respecter les lois de ces natic:.s. Je prie donc le noble Lord de l’autre côté de cette chambre de n’établir aucune comparaison quelconque entre ce noble Lord et moi.”

La manière dont cet incident parlementaire fut accueilli par la presse anglaise, nous fait voir que les préjugés de l'anglais insulaire contre la justice étrangère étaient moins forts contre l'Espagne que contre les autres nations ; et de plus, que la sympathie qu'il portait à l'Espagne dans le temps qu’elle luttait contre Napoléon Ier, existait encore au temps où ce débat a eu lieu.

Il n’y a donc ucune roison de redouter aujourd'hui une intervention hostile de la part du gouvernement impérial. Il désire que le Canada établisse des relations commerciales plus étroites avec l'Espagne. C’est l'intérêt de l'Angleterre ; parce que la politique commerciale des Etats-Unis et l'agitation qui existe aujourd’hui au Canada, doivent faire comprendre à l'Angleterre que l’encouragement du commerce entre l'Espagne et le Canada affaiblirait celui des Etats-Unis, et donnerait satisfaction au parti, qui est aujourd'hui mécontent de l'état actuel du commerce de la puissance.

Le Canads, il est vrai, est toujours une colonie dépendant: de la Couronne britannique; mais soit que l'An-

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gleterre veuille conserver au fond la direction des affaires étrangères du Canada, soit qu'elle ait l'intention de donner à ce pays une sorte d'autonomie sous forme de vice-royauté, et peut-être même de complète monarchie constitutionnelle, comme l'indiquait dernièrement, à tort ou à raison, un écrivain canadien, dans les paragraphes que je résume ci-dessous, Je pense que l'Espagne pourra toujours traiter d'une manière très satisfaisante avec le Canada.

“ Pourquoi, dit cet écrivain, les hommes d'état anglais s'opposeraient-ils à ce brillant avenir de la Confédération Canadienne ? N’avons-nous pas été habitués à regarder la confédération comme une époque de transition de quelques années, nous conduisant immediatement à l'autonomie ? Lorsque Son Excellence le Marquis de Lorne et Son Altesse Royale la Princesse Louise ont été désignés pour présider au gouvernement du Canada, croit-on que Lord Beaconsfield, avec ses hautes visées, n'avait pas d'autre but que de les placer dans la position de gouverneur-général d’une colonie, attachée à l’administration du bureau colonial et soumise au contrôle de ses employés ?

“N'est-il ras plus probable que le gouvernement anglais, ne voyant d'autre solution à la situation que la création d’une monarchie constitutionnelle au Canada, a voulu nous faire comprendre que Son Excellence et sa royale épouse pouvaient être nos futurs souverains ?

€N’y aurait-il pas là une solution pratique à toutes les difficultés? Pour le Canada, l'autonomie : pour l'Angleterre, une alliance durable, cimentée par la communauté des intérêts, ”

Les intérêts commerciaux de l'Espagne et du Canada peuvent, en effet, se concilier facilement, L'Espagne produit beaucoup d'articles dent le Canada a besoin et

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pour les provinces espagnoles au delà des mers, De plus, ces pays ne sont pas voisins. fl n'y a en jeu aucun sujet d'ambition qui pourrait amener une collision.

La politique de Jacques Ier, roi d'Angleterre, était d'entretenir une alliance perpétuelle entre l'Espagne et ce royaume. Il désirait que cette alliance fût tont à la fois politique et commerciale. 11 n’en avait pas été ainsi sous le règne d'Elizabeth qui l'avait précédé. On ne peut douter qu'elle ne désirât entretenir une alliance commerciale avec l'Espagne, et l'hostilité politique qu'elle lui témoignait, était basée sur le désir de forcer le gouvernement espagnol à lui accorder Les avantages commerciaux qu'il lui refusait, quoiqu'elle fût obligée aussi de céder au fanatisme religieux d'une grande partie de ses sujets.

Que n'eût pas pu faire la:réunion de la marine et de l'armée d'Espagne à la marine et à l’armée anglaise ? On aurait évité par là, toutes les guerres qui ont eu lieu entre ces deux nations. Si, dès le commencement du règne d'Elizabeth, on eût entretenu des relations commerciales entre ces deux nations, l'Invincible Armada n'aurait pas péri, et beaucoup d’autres faits aussi déplorables ne feraient pas aujourd'hui partie du domaine de l'histoire.

Mais aucun arrangement effectif ne pourra se faire, tant qu'un lien social entre les deux pays n’existera pas. Je ne veux pas parler d'émigration dans le sens ordinaire de ce mot, quoique je sois d'opinion que les montagnes de mon pays conviendraient à des colons canadiens et qu'ils en retireraient quelques avantages, Mais sous ce rapport nous sommes dans la même condition, aucune des deux nations n’a an surplus de population. Cependant, si les Canadiens voyagaient plus en Espagne, et les Espagnols au Canada, s'il s'établissait des rapports sociaux entre eux, les résultais qui

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suivent toujours les liaisons amicales se feraient inévitablement sentir, Le commerce de l'Angleterre est répandu dans toutes les parties du monde, parceque les Anglais se sont établis partout, souvent même sous des souverains étrangers comme dans le Zanzibar et dans plusieurs des îles indépendantes de l'Océan Pacifique. On s’est aperçu que là où les sujets anglais habitent, le commerce anglais s'établit.

Ce fait semble avoir été connu des anciens, si l’on peut en juger par cette maxime : “ Le Romain habite le pays qu'il a conquis. ” Il n'est plus question de conquête, si ce n’est de celle de l'amitié, mais cette dernière est très essentielle à l’accomplissement parfait de nos plus ardents désirs.

On trouve dans ce vaste territoire du Canada tous les produits des climats septentrionaux, y compris presque tout ce que Cuba importe aujourd'hui des Etats-Unis: grains, fleur, lard et toutes sortes de viandes préparées, poissons, produits de la laiterie, bois en immenses quantités et machines, en un mot tout ce qui constitue les principales importations de Cuba et des autres colonies espagnoles.

L'excellente qualité des produits du Canada, leur permet d'occuper aujourd’hui un rang distingué sur le marché anglais, et dans bien des cas, Comme pour les couvertures et les étoffes de laine fabriquées à Cornwall, Ontario, ces produits canadiens sont préférés aux produits de même nature provenant des manufactures anglaises. On les confond cependant bier souvent avec

les produits des Etats-Unis, sous le nom générique de

produits américains.

À preuve, je citerai un article d'un journal anglais de Québec, publié dernièrement.

Un canadien qui visitait la mère-patrie, fut invité à diner chez un de ses amis à Londres. Pendant qu'au

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