À quoi sert à un homme de posséder le
« monde entier, s’il perd son âme? Que peut-il « échanger contre son àme? »
27. « Le Fils de l’homme viendra dans la gloire « de son Père, avec ses anges, et c’est alors qu'il « doit rendre à chacun selon ses œuvres. »
28. « Je vous le dis en vérité, plusieurs de &..COUX qui sont Ici présents ne mourront pas « avant d’avoir vu venir en son règne le Fils de « l’homme. »
Pourquoi ne savez-vous pas reconnaître les signes du temps?
Les Pharisiens reviennent, et demandent au Seigneur un signe dans le ciel.
Ils demandent un signe visible à l'œil du corps, et Jésus leur reproche de ne pas savoir reconnaitre, par l'œil de la raison, les signes des temps.
« Vous savez, leur dit-il, interroger la face du « ciel, » et annoncer, pour le soir ou pour le lendemain la tempête ou la sérénité. « Pourquoi « donc ne savez-vous pas reconnaitre les signes
« des temps ?.... Et pourquoi ne savez-vous pas
CR
« juger, par vous-mêmes, les choses de la jus- « tice! ? »
Oui, ces aveugles, malgré les signes et les prophéties, refusaient de comprendre cette crise où ils vivaient, cette ère nouvelle qui commencait, cette venue du royaume de Dieu et de la justice éternelle.
Et les aveugles d’aujourd’hui, malgré les signes évidents, refusent à leur tour de comprendre le temps présent, cette phase nouvelle de l’ère nouvelle, cette grande crise de justice pour tous les peuples, ce grand progrès du Christ dans l’univers entier que veut Dieu, mais que repoussent les hommes.
Surtout nul n'ose comprendre et juger par lui-même les choses de la justice, ces choses que la conscience et la raison ont le droit et ont le devoir de juger, comme l’œil et la raison peuvent et doivent juger des apparences du ciel et de la terre.
Le rer de suivre la lumière naturelle de la conscience et de la raison est l’un des grands obstacles qui repoussent le Seigneur. I dit aux hommes qui ne font pas de la raison l’usage pour le-
{ Luc, x11, 56. Quid autem et a vobis ipsis non judicatis quod justum est.
22 LA PIERRE ANGUILAIRE,
quel Dieu la donne, qui feignent de vouloir la foi, et demandent toujours des miracles pour établir la foi, il leur dit, — Lui, le Verbe de Dieu, qui est la lumière naturelle de la raison aussi bien que la surnaturelle lumière de la foi révélée, — il leur dit : « Si vous ne me comprenez pas quand «Je vous parle des choses terrestres, comment « pourrez-vous me comprendre si je vous dis « les choses du ciel ?..….. » Et il les laisse et se retire.
IT
Faites attention, et gardez-vous du levain des Pharisiens et des Sadducéens,
C’est bien à ses Apôtres, à ses prêtres et à ses fidèles, pour toute la suite des siècles, que Jésus adresse ces paroles : « Faites attention : gardez- « vous du levain des Pharisiens et des Saddu- « céens. »
C’est à nous, dit saint Augustin, c’est aux prétres de la loi nouvelle que le Seigneur adresse cette instruction.
Et il la leur explique, « et ils comprennent « qu'il s’agit de la doctrine des Pharisiens et des « Sadducéens. »
Ces deux sectes extrêmes du judaïsme représentent les deux impiétés fondamentales de tous les temps et de tous les lieux : fanatisme et incrédulité. |
Incrédulité ! Les Sadducéens nient la vie future et la résurrection, l'existence des esprits et l’immortalité de l’âme. Ils n’admettent que le monde présent. C’est partout et toujours la doctrine nécessaire de tous les hommes qui laissent en eux descendre la raison sous la gravitation des sens, et qui enveloppent leur esprit de concupiscence sensuelle.
Fanatisme ! Les Pharisiens se nomment euxmêmes les élus et les séparés : c’est le sens du mot Pharisien. Vs croient à la prédestination absolue. Ils imposent, sans cœur ni prudence, à leurs disciples et à leurs fidèles, la lourde masse des traditions et l’écrasant fardeau de la multiplicité des pratiques. Et sous cette religion, construite par eux, ils étouffent les commandements de Dieu, et la conscience, et la raison, et la nature, et rendent, comme le dit ailleurs Jésus-Christ, l’homme plus pervers qu'il ne l'était auparavant. C’est là partout, toujours, le caractère et l'effet de toute fausse doctrine religieuse, et de la vraie doctrine
elle-même quand le pharisaisme la corrompt. C’est
dé =
là toujours l'effet de l’orgueil religieux, du fanatisme, qui, au contraire de ceux qui veulent anéantir le ciel, entreprend de détruire la nature
et la terre, et foule aux pieds raison, conscience et liberté.
N'avons-nous pas vu la lutte énergique de Bossuet contre l’anéantissement pervers que semblait enseigner Fénelon? Et n'avons-nous pas vu la lutte de Fénelon contre les docteurs positifs de l'anéantissement pervers, absurdes ennemis de la raison et de la liberté : ?
Ce sont la, dis-je, les deux erreurs extrêmes, fruit des deux vices fondamentaux de la nature humaine, transportés dans la religion : Oroueil et Sensualité, Fanatisme et Incrédulité. Ce sont là les deux impiétés que les Apôtres et l’Église du Christ auront de tout temps à combattre dans leurs ennemis, dans leurs disciples, et dans leur propre cœur |
Que disent les hommes du Fils de l’homme ?
Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant,
O admirable enchainement des vérités évange-
5 Instruction pastorale sur la bulle Unigenitus.
LA PIERRE ANGULAIRE. 25 liques ! O merveilleux langage, qui est vraiment le langage de Dieu! En quelques traits, qui vont comme un éclair d’un pôle à l’autre de l'esprit humain, Dieu nous révèle l’éternelle et universelle religion.
Défiez-vous, avait dit le Seigneur, de ces deux sectes, qui pervertissent les hommes, et qui détruisent la vérité; qui nient le ciel, et qui releguent tout sur la terre ; ou bien qui nient la terre et la nature au nom du ciel.
Or, dit-il maintenant à ses disciples : Qu'est-ce que le Fils de l’homme ? « Que disent les hommes « du Fils de l’homme ? »
Les disciples répondent qu'il est, aux veux de la foule, ou Jean-Baptiste, ou quelqu'un des prophètes, c’est-à-dire seulement un homme.
« Mais vous, qui dites-vous que je suis?»
« Vous êtes, » répondit Pierre, « vous êtes le « Christ, le Fils du Dieu vivant. »
Vous êtes, à Jésus-Christ, vous êtes, comme le proclame, en toute lumière et en toute science, le dogme catholique, vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant, Vous êtes l’'Homme-Dieu, à la fois Fils de l’homme, visible par les yeux, ayant un corps palpable, une âme humaine et une rai-
son humaine, et de plus Fils du Dieu vivant, Fils
éternel de Dieu, Vous êtes vrai Dieu et en même temps vrai homme. Oui, de même que l'âme raisonnable et le corps constituent l’homme, de même Dieu et l’homme en un constituent l'unité du Christ. Oui, Dieu et l’homme en un dans l’unité du Christ, voilà le ciel et la terre réunis, la nature et l'éternité réunies dans la vraie et entière
religion.
Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église.
Pierre vient de dire la grande parole qui pose toute la substance de l’éternelle et universelle religion, savoir : Dieu même est avec nous ; Dieu s’est fait l’un de nous; le Fils de l’homme, que je vois de mes yeux, est en même temps le Fils du Dieu vivant. 1l est à la fois Dieu et homme, ces deux natures étant radicalement distinctes, mais parfaitement unies dans la personne du Fils de Dieu. Le Christ est Fils unique de Dieu, et Père unique de l'humanité nouvelle, second Adam, qui vient nous engendrer tous de nouveau, et nous élever tous en lui à l’admirable participation
de la nature divine : Jivinæ consortes naturæ.
Voilà le fond et la substance du Christianisme,
C’est Pierre qui, le premier de tous les hommes, a posé et affirmé cela.
Eh bien, lui dit le Maitre, ce que tu viens de dire, tu le diras toujours et tu l’affirmeras dans tous les siècles, et tu seras ainsi le fondement vivant de mon Église, le fondement de l’assemblée des âmes dans l’infaillible et universelle unité, contre laquelle ne prévaudront pas les portes de l’enfer, c’est-à-dire ces deux portes d'erreur, ces deux pôles de ténèbres, qui veulent, ou détruire Dieu, ou détruire son œuvre, ou briser ou nier l'union du créé et de l’incréé en Jésus-Christ, Fils de l’homme, Fils de Dieu.
« Oui, Pierre, vous êtes heureux, car ce n’est « ni la chair ni le sang qui vous ont révélé ces « choses, mais mon Père, qui est dans le ciel. »
Oui, de ses yeux corporels, Pierre voit le Fils de l’homme, et il s’écrie : Vous êtes le "Fils de Dieu ! Mais il n’a pas déduit cela par raisonnement ni conjecture qui lui fit dire : Ce Fils de l’homme est Fils de Dieu! Non, mais il a eu le grand bonheur de recevoir directement du Père, qui est dans le ciel, et qui est dans l’âme, la lumière même de Dieu, où il a vu la vérité. Il a
reçu dans l'âme la foi vivante, qui est la subs-
tance même de Dieu et l'opération même du Saint- Esprit.
Une preuve extrinsèque de ce fait que Jésus- Christ ést Dieu, une exposition scientifique qui le démontre, ne sont rien pour la vie éternelle, Ce : qui importe, c’est la réalité dans l’âme, et la présence du mystère de Dieu. Le Père met cette réalité dans l’âme en y venant et y vivant. Et cette révélation de Dieu est la clef du royaume du ciel. |
« Et je te donnerai, » lui dit Jésus, « les clefs «du royaume du ciel, et tout ce que tu lieras « sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que « tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel. »
La grande clef du royaume du ciel, c’est l’Évangile avec ce qu'il ordonne et réalise.
Baptisez les nations, remettez les péchés, et nourrissez les hommes du corps et du sang de l’'Homme-Dieu, « afin qu'ils aient la vie et l’aient « de plus en plus abondamment. » Voilà les clefs qui ouvrent le royaume du ciel.
Mais, sans entrer dans tous les sens et toutes les profondeurs de ces paroles : « Tout ce que tu « lieras sur la terre sera lié dans le ciel; et ce « que tu délieras sur la terre sera délié dans le
« Ciel, » Je vois encore ici une suite de cette al-
LA PIERRE ANGULAÂIRE. 29
liance du ciel et de la terre, qui est l'essence du
* christianisme. L'homme, le ministre du Christ, l’Apôtre, et surtout le chef des Apôtres, tient en ses mains quelque chose que le Seigneur appelle des clefs, je ne sais quel objet à la fois céleste et terrestre, à la fois divin et humain, dans lequel terre et ciel sont unis et se correspondent par communication. Il suffit d’opérer sur terre : les effets s’ensuivent dans le ciel. Ainsi opèrent les sacrements.
De plus, les forces du genre humain, pour avancer ou s'arrêter dans la marche vers le royaume du ciel, seront déliées ou liées, selon les décisions et les lumières de la grande société des esprits, à laquelle sont données les clefs.
Quel élan pourrait donner en ce moment l'Église au monde entier en déliant les forces ?
Mais elle craint que l’élan ne soit tumulte, et chute, et brisement. Et elle attend, et lie, jusqu'à ce qu'il y ait, dans ces masses qui veulent s'avancer, de l’ordre, de la lumière et la claire vue du but, avec celle des obstacles et des abimes. Elle ne veut pas que les courages s’élancent sans discipline, comme se lançaient autrefois nos impétueux chevaliers, dans ces batailles que nous perdions. *
ss
C'est ainsi que le prêtre n’envoie pas à l’Eucharistie l’homme qui n’y est pas préparé, car l’Eucharistie briserait, comme par un coup de foudre, ce vase impur.
Peuvent-ils entrer dans la lumière, dans la justice et la liberté du prochain grand siècle, les peuples qui boivent comme de l’eau l’iniquité, et . qui n’ont pas su rejeter de leurs cœurs et de leurs esprits les grands crimes historiques et contemporains dont ils demeurent souillés ?
Quand, au milieu de l’opprobre croissant de toutes les làchetés, et du plus effronté mépris de toute justice, et de l’impitoyable abandon des faibles qu’on écrase, l'Église entend crier les mots progrès et liberté, elle les accueille avec la plus austère froideur, et elle fait bien. Elle fit de même pour les bourreaux qui ont crié fraternité en abattant les tétes.
Si Pierre tient les forces liées, c'est de peur que les peuples ne soient brisés.
Mais, quels que soient les divers sens de ces paroles, dont l’un du moins est pour nous assuré et bien nettement défini, — qui est le pouvoir d’absolution que possèdent les Apôtres, — il faut nous arrêter ici et méditer de tout notre esprit et de tout
nôtre cœur un point vraiment fondamental.
LA PHERRE ANGULAIRE. 31
: O vous tous, qui, dans le monde entier, voulez être chrétiens, vous tous, hommes de cœur et d'intelligence, qui aimez l'Évangile et qui dites : Jésus-Christ est vraiment le maître du genre humain, écoutez : voici que Jésus-Christ nous montre la pierre sur laquelle est fondée son Église, c'est-à-dire l'assemblée de Dieu, la société nouvelle des hommes unis entre eux et avec Dieu. Voici, dis-je, qu'il vous montre la pierre sur laquelle est bâti l'édifice, qui ne peut être renversé. Seigneur Jésus, éclairez-moi, éclairez les esprits et les cœurs de ceux à qui je parle; donnez nous la sincérité en tout sens et le courage de voir la vérité et de la confesser.
Je parle ici à tout chrétien, de toutes les communions différentes de l’Église catholique romaine.
Frères bien-aimés, répondez-moi, croyez-vous à tout l'Évangile ?
— Oui, j'y crois.
— Croyez-vous que toute page d'Évangile est absolument vraie ?
— Je le crois.
— : Eh bien ! relisez avec moi cette page, et dites d'avance : Oui, cela est ainsi.
— Je vous le dis d'avance : Oui, cela est ainsi,
pa
— Lisons donc de nouveau.
Et Pierre lui dit : « Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant. »
« Et Jésus lui répond : Vous êtes heureux, Simon, fils de Jean, car ce n’est ni la chair ni le sang qui vous ont révélé ces choses, mais mon Père, qui est au ciel. »
« Et moijete le dis : Tu es Pierre, et sur cette
pierre je bâtirai mon Église, et les portes de
l'enfer ne prévaudront pas contre elle. »
« Et je te donnerai les clefs du royaume du ciel, et ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel. »
Maintenant, Ô mon frère, après avoir relu,
dites-vous encore que tout ceci est vrai?
— Je le répète : Oui, tout ceci est vrai.
Si cela est, ne pensez-vous pas aussi que toute
page d'Évangile doit être représentée dans la vie de la chrétienté et de l’Église du Christ ?
— Je le pense.
— Eh bien, pouvez-vous me montrer ou dans
l’ensemble des églises chrétiennes séparées de l’E-
glise catholique, ou dans une seule des églises
chrétiennes séparées de l’Église catholique, une
trace quelconque, une institution, une doctrine,
LA PIERRE ANGULAIRE, ge
un esprit qui représente d’une maniere quelconque cette page de l'Évangile ?
— Je ne le puis absolument point.
—— Dès lors vous êtes obligé d’accorder qu'il est au moins une page de l'Évangile que suppriment nettement et absolument toutes et chacune des églises chrétiennes séparées de l'Église catholique ?
— Je suis forcé de l’accorder.
— De sorte que toutes les églises chrétiennes séparées de l’Eglise catholique romaine semblent s'être liguées pour déchirer une page de l'Évangile et celle précisément où Jésus-Christ déclare et montre où est le fondement visible de son Église indéfectible!.…
Frères bien-aimés, comprenez-vous cela ?
Mais vous, pourriez-vous me montrer une page de l'Évangile, que mon Église, je parle dela sainte Église catholique, supprime, et entende supprimer, comme toutes les autres communions suppriment, et entendent supprimer, la page que nous venons de lire, c’est-à-dire cette institution évangélique, clairement fondée sur les plus solennelles paroles de Jésus-Christ, savoir, LA PAPAUTÉ?
— Voilà la question que je fais.
Eh bien, je reçois une réponse.