II
— Il n’est pas nécessaire d’aller loin, me dit-on, pour vous citer cette page, ou du moins cette parole de Jésus. La voici dans le chapitre même que nous lisons ensemble, et elle suit immédiatement celle que nous méditons.
« Jésus, se retournant vers Pierre, lui dit : Re- « tirez-vous de moi, Satan, car vous m’êtes un « scandale : vous n'avez pas le goût des choses « de Dieu, mais le gout des choses de la terre! » Si vous osez, mon frère, membre de l'Église catholique, donner un sens, continû à travers les siècles, à la page qui attribue à Pierre la primauté ; de mon côté J'ai le même droit; j'ai le droit.de donner ce même sens continu, universel, à cette autre parole, et d'affirmer que Jésus-Christ a dit d'avance aux successeurs de Pierre : Retirez-vous, Satan, car vous m'êtes un scandale, c’est-à-dire un obstacle. Vous n'avez pas le goût des choses de Dieu, mais le goût des choses de la terre.
Et voilà le scandale qui, depuis tant de siècles, nous fait horreur ! voilà ce que, nous appuyant sur l'Évangile et les paroles du Maître, nous nous liguons pour rejeter, Qu'avez-vous à répondre?
— Voici ce que je vous réponds. D'abord je deimande et promets vérité et sincérité en tout sens,
et courage en tout sens pour confesser la vérité.
Voulez-vous me donner la main dans ce sentiment-là et dans cette détermination ?
— Oui, je vous donne la main de tout mon cœur et avec Joie.
— Eh bien, marchons |! Courage, vérité et sincérité en tout sens. Avancons, dis-je, car voici manifestement où nous en sommes.
Vous demandez que je rejette avec vous le scandale du sacerdoce tombant dans le goût des choses de la terre.
Eh bien , je repousse pleinement et absolument ce scandale, et, pour dire plus encore, l’ensemble des abus qui ont pu entourer ou qui entourent l'Église, et en particulier toute l’Église enseignante, et en particulier l’épiscopat, et eu particulier la papauté. Mais je demande que, malgré ces scandales et ces abus, fussent-ils plus grands encore, je demande que vous acceptiez avec moi la PAPAUTÉ, parce que l'Évangile l’établit au moment même où il prévoit tous les scandales.
Ne comprenez-vous pas ce qu'il y a de saisissant dans cette leçon du maître? A la même heure, au même endroit, et s'adressant au même Apôtre, Jésus Jui dit, d’une part : « Vous êtes l’inébran-
« Table fondement de mon Église, » et d'autre
part : « Retirez-vous de moi, Satan, car vous « m'êtes un sujet de scandale! »
Jamais l’on n'avait assez remarqué ce rapprochement, qui nous donne, au sujet de l'Église et du sacerdoce éternel, la plus nécessaire des leçons.
Qui ne comprend, en méditant ensemble ces deux paroles, que le prêtre et le sacerdoce sont deux choses. Le sacerdoce est une incorruptible délégation de Dieu : le prêtre est homme, et tombe à chaque instant dans le goût des choses de la terre, puisque saint Pierre lui-même, ce grand homme vigoureux et simple, ce saint et ce martyr, y est tombé. S’ensuit-il que le prêtre n’ait plus alors l'éternel caractère et les divins pouvoirs du sacerdoce? Oh non! Le géomètre, quelles que soient ses mœurs, ne saurait empêcher la géométrie d’être vraie, et, si pervers qu'il soit, il en peut démontrer rigoureusement les théorèmes. Le prétre, quelles que soient ses mœurs, ne peut empécher Dieu d'être la vérité, et l'Évangile la lumière éternelle du monde; et, si pervers qu’il soit, il en peut promulguer très-exactement les préceptes. « Faites ce qu'ils disent, et non pas ce «qu'ils font, » dit ailleurs Jésus-Christ,
En théorie, qui ne comprend cela? Mais en pra-
tique, qui de nous ne se laisse à chaque instant
scandaliser ? On se défie de Dieu dès que le prêtre n'est pas un saint ou un héros. Est-ce juste ?
Écoutons l'Évangile, et revenons à la sagesse.
Et ici Je reprends ma question, et je vous le demande encore : Acceptez-vous la papauté, puisque l'Évangile l’établit ?
À votre tour, répondez-moi.
Gloire à Dieu! plus d’une âme répondra et acceptera l'Évangile tout entier, et le confessera, et dira avec Jésus-Christ au successeur de Pierre : Tu es Pierre, et sur cette pierre est fondée mon Eglise, celle que l'enfer ne renversera pas. Et ces âmes sortiront de la division et de la dispersion,
et rentreront dans le centre de l'unité.
Celui qui veut sauver sa vie la perd; et celui qui consent à la perdre la sauve!
Ft maintenant que les Apôtres, tacitement et à la suite de Pierre qui à parlé, ont confessé le Christ, Jésus commence à leur montrer ce qu'est le Christ, et la nature de sa mission, de son opération, de son triomphe.
Sa mission, c'est de triompher par la croix. Et
Jésus, en quelques paroles. va résumer toute son ’ queiq ;
histoire depuis le moment oôù il parle jusqu’à sa croix, et aussi depuis le moment où il parle jusqu à la fin du monde, à travers tous les siècles.
Et voici cette histoire : Il se tiendra toujours au cœur du genre humain, que symbolise Jérusalem ; là il devra souffrir, en divers temps et de bien des manières, mille traverses de la part des pouvoirs politiques (senioribus), des lettrés et des philosophes (scribrs), et surtout des prêtres (principibus sacerdotum).
Il sera mis à mort, mais il ressuscitera. Et ceci a eu lieu une fois, historiquement et au sens littéral. Et ceci aura lieu incessamment, au sens spirituel, —- sens tout aussi réel que l’autre, — en chaque siècle, chez tous les peuples et dans chaque âme. Et ceci aura lieu soit de la part des ennemis pervers, soit de la part des mauvais serviteurs et des amis indignes.
Et ses prêtres et ses apôtres, et Pierre lui-même, lesquels pourtant conserveront jusqu à la fin des siècles les pouvoirs qu’il leur donne, seront souvent, comme tout ennemi intérieur, ses plus grands obstacles. À tous il devra dire : « Retirez- « vous de moi, Satan, car vous m'’êtes un scan- « dale : vous n'avez pas le goût des choses de
« Dieu, mais le gout des choses de la terre. »
. LA PIERRE ANGUIAIRE. 39
Seigneur, moi qui écris ces lignes, moi qui comprends ces choses, qui les aime et qui les adore, ne verrai-je pas un jour Île ciel et la terre se lever contre moi, et me dire : Tu étais un obstacle au Christ, tu n'avais pas le goût des choses du ciel. Seigneur, vous le voyez, je suis votre scandale et votre obstacle ! Vous le savez et je le sais. Mais, Seigneur, ne me Jugez pas, je vous en prie, d’après l’immensé grandeur de la charge que vous mavez confiée. Ayez pitié de moi, car je frappe ma poitrine. Ne me rejetez pas, car j'ai du moins quelque bonne volonté, et j’espère con-
server cette volonté jusqu’à la mort. Je l’avoue q ’
je voudrais, comme saint Pierre, que vous ne fus-
siez plus jamais crucifié dans ce monde. O maitre! que J'ai donc peu de goût pour la croix ! Oh! qu’il m'arrive souvent de l’éviter et de la fuir! Mais, Seigneur, traitez-moi et traitez-nous tous comme vous avez traité saint Pierre, lorsqu'il s'enfuit de Rome de peur d’y être crucifié!.
Saint Pierre, sorti de Rome, dit la légende, rencontra le Sauveur sur le chemin : « Seigneur, où « allez-vous ?
«Je vais à Rome, pour y être crucifié de nou- « veau,» Saint Pierre rentra dans Rome, et mourut
sur la croix.
40 LA PIERRE ANGULAIRE. e.
Mais Jésus-Christ continuera l’enseignement du mystère de la croix, qui est le mystère de la vie. Il exhortera ses disciples et toutes les âmes jusqu'à la fin, pour les mettre dansles voies de la vie, la vie réelle, actuelle, éternelle, immortelle, vie présente et future. I] leur dira : « Quiconque veut « venir avec moi, qu'il renonce à lui-même, « prenne sa croix et me suive, »
Et, en effet, « qui veut sauver sa vie la perd, et & qui consent à la perdre la trouve. »
Ces mots sont la loi de la vie. Mais qui veut les comprendre ?
Et pourtant qui de nous pourrait ignorer qu’à peu près tous les hommes se tuent à force de chercher la vie ?
L'homme ne meurt pas, dit la science, il se tue. Comment ? Par son avidité de vivre, et par peur de mourir. Il meurt de peur et de désir de vivre |
Dès leur jeunesse, les hommes se précipitent sur la vie comme des animaux sur une proie; ils s’en gorgent et s'en enivrent, et l'ivresse les renverse et les tue. Qui veut accumuler la vie la perd. Cela est vrai de tous les corps vivants, et de chaque organe dans le corps. Et c’est cette passion
de la vie qui brise la vie humaine, et réduit pres-
que à rien, depuis le comméncement du monde, les corps, les âmes et les esprits.
Que faut-il donc ? Il faut que l'âme humaine se convertisse absolüment. Elle tournait le dos à la mort par peur, et la fuyait, et courait par concupiscence sur la vie. Qu'elle se retourne sur l’ennemi et le regarde en face, et apprenne à le vaincre en le bravant. C'est là prendre la croix. Le Christ a pris la croix, et il a marché hardiment sur la mort. Il l’a vaincue, cetil a conquis la vie pleine.” Que l'âme aussi marche donc sur la mort, qui d’ailleurs est inévitable, et la mort fuira, ou sera domptée, et ne sera que la plus glorieuse crise de la vie. Que l’âme, dis-je, laisse venir la vie au lieu de la poursuivre et de la forcer, et la vie se retournera vers nous. Renoncez à la vie chaque jour par la sobriété, le courage et l’austérité, pour la justice, pour le devoir et pour autrui, et la vie vous sera rendue décuplée. Telle est la loi. C'est la formule évangélique, et c’est la loi de l'expérience.
Et ne le comprenez-vous pas? Pour moi, Je crois voir le mystère jusqu’au fond. L'Évangile me le dit ici : celui qui cherche sa propre vie, c’est celui qui se cherche lui-même, et qui, en se cherchant lui-même, cesse de chercher la source
de la vie, laquelle est Dieu. Il cherche la vie finie,
et laisse la source infinie de la vie. Quant à celui qui perd la vie pour Jésus-Christ (qui perdiderit arnimam suarn propter me), il cesse de se chercher lui-même, il s’oublie pour regarder Dieu, source de vie, et Jésus-Christ, vie incarnée. Il remonte vers la source, et le torrent de vie toujours nouvelle lui est donné. L'un a le goût des choses de l’homme, de l’homme mortel, et non le goût des choses de Dieu (non sapis ea quæ Dei
"sunt, sed ca quæ hominum), et il reste dans sa pauvreté, ses bornes et sa mortalité : il perd sa vie. L'autre a le goût des choses de Dieu, et il ne cesse d’aller à Dieu ; il monte, et la vie monte en lui, toujours plus noble, plus forte, plus voisine de la gloire et de l'éternité.
Que servirait à l’homme de conquérir tout l'univers s’il perd son âme, l’âme en qui est la source, c’est-à-dire Dieu ? Que servirait à une vallée de recevoir en pleine propriété toute la masse d’eau qui remplit aujourd’hui le cours entier d’un fleuve, si elle aliène la source ?
Or le monde et nos corps sont les eaux d’aujourd’hui : nos corps sont des rivières, le monde aussi. Vous n'avez rien si vous ne tenez pas et ne recevez Chaque jour le don de la source éternelle.
Eh bien, c'est par détachement et du monde et
des corps que l’on se rattache à la source, que l’on remonte à l’âme, à Dieu, que l’on bénit et vivifie et le monde et le corps. Le sacrifice chrétien est donc, on ne saurait assez le répéter, le contraire absolu de l’anéantissement pervers, qui tue les êtres, qui tue Le monde, le corps et l'âme aussi! Le sacrifice chrétien est le procédé rédempteur, sauveur, glorificateur de la vie. .
Mais le chapitre que nous méditons est un tel foyer de lumière, que je ne sais comment tout dire.
Le sacrifice chrétien et l'instrument chrétien, la croix, n'est donc pas instrument et procédé de mort, mais instrument et procédé de vie. La mort chrétienne, c'est la propre méthoile qui donne Ja vie ressuscitée; c'est le brisement de l'obstacle pour sortir de la vie mortelle et entrer dans la vie éternelle, pour sortir des limites du moi borné et isolé, rejeter le linceul et transporter ce centre qui est moi, ce centre délivré dans l'infini de Dieu. |
Aussi le Fils de homme annonce toujours sa mort dans les mêmes termes : « Mourir, dit-il, « et puis ressusciter le troisième jour. »
Et c’est bien là la loi de son histoire. Ce troi-
sième jour, ce moi si répété dans l'Evangile et
dans le symbole des Apôtres, n'est-il pas aussi l’un de ces mots universels, et l’une de ces lois de la vie, valables dans tous les siècles et dans toutes les âmes !
Je le crois; cette mort et cette résurrection du troisième jour sont d’abord le grand fait historique, qui est le fondement visible de notre foi.
Mais c’est aussi l’histoire du Verbe incarné, de sa vie dans chaque àme et dans l’ensemble du genre humain; et peut-être dans chaque grande période de l’âme et de l’histoire.
En effet, quand le Christ se présente, l’homme commence par frapper, puis il écoute, puis il se rend. Ce sont les trois moments pour l'âme.
Tels seront aussi, je l'espère, les trois grands moments de l’histoire depuis la venue du Sauveur jusqu’à la fin des temps.
Et d’abord, quant à l’âme, le premier essai d’établissement du Christ est une lutte de lame contre elle-même.
« Je ne suis pas venu, dit-il d'abord, apporter « la paix, mais la guerre. » De cette lutte, si l'âme persévère, sort bientôt la lumière et la science de la vie. De cet effort et de cette lumière découlent enfin la liberté, le triomphe de l'âme, la joie
et le bonheur de s’unir véritablement au Christ.
Les docteurs de la vie mystique nomment ainsi ces trois phases de la vie intérieure : Purification, llumination et Union. Les trois moments sont exprimés par cette parole évangélique : « Si vous « pratiquez ma parole, vous connaitrez la vérité, « et la vérité vous rendra libre. »
Mais regardez l'histoire des foules humaines. Aujourd'hui et depuis l’origine, chez les peuples chrétiens, le Christ vient à l'entrée de la vie, par la parole et par les sacrements. Chez presque tous, il est promptement crucifié par le péché mortel ; chez un grand nombre, il est rejeté pour la vie presque entière ou pour toujours. Mais ceux qui le conservent, ou qui du moins se relèvent par l'effort et par les nouveaux dons de Dieu, ceux-là, pour la plupart, arrivent à peine à traverser ce premier moment. Ils luttent et ils retombent, mais n'avancent point : religion triste et douloureuse, sans lumière et sans récompense. C’est une suite de crucifiements, et pour le Christ, et pour l’âme elle-même. I] faut des efforts victorieux pour arriver au second moment, où commence l'aurore du triomphe, où l'étoile du matin se lève dans notre cœur : Donec Lucifer oriatur in cordibus nostris, et où nous est donnée la vue du but, la
vue de la cité de paix.
Mais là encore, là surtout, il faut longtemps combattre et longtemps marcher, pour parvenir au but et entrer dans la cité sainte, et pour voir de ses yeux, dans cette vie, le commencement de la gloire de Dieu. Quelques-uns y parviennent : ce sont les saints ou quelques-uns des saints. « Je vous le dis en vérité, il en est quelques-uns « parmi vous qui ne goûteront pas la mort sans « avoir vu le Fils de l’homme arriver dans son « règne ! »
Or, après ces paroles, vient immédiatement le chapitre de la 7rans/iguration du Seigneur.
Chers bien-aimés, efforçcons-nous de ne pas rester, pendant la vie entière, dans ces deux moments imparfaits, où l'on crucifie Jésus-Christ. Courage! courage! Saisissons hardiment la croix pour avancer, et suivons Jésus-Christ jusqu'où il veut aller en nous, savoir : jusqu’au triomphe, jusqu'à la paix, jusqu'à l'union et à la gloire, et jusqu’à la résurrection du troisième jour.
Et puis, à mes chers bien-aimés, efforçons-nous aussi, — cela dépend de nous, et c’est nous qui en sommes chargés, — efforçons-nous de faire traverser au genre humain, à notre civilisation chrétienne, les deux premiers moments de lutte
douloureuse et douteuse, de lumière combattue
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et mêlée de ténèbres, pour arriver enfin à la grande et historique résurrection du troisième jour. Non, Je ne puis pas croire que Jésus-Christ sera toujours mis à mort sur cette terre, dans chaque àme, dans chaque peuple, et dans l’ensemble du genre humain. Je ne puis croire qu’il doive toujours être rejeté par la masse des esprits, par la plupart des scribes, par les chefs des peuples et, en un certain sens terrible, même par ses prêtres, qui sont pourtant ses instruments. Oui, je veux espérer qu'il y aura des siècles de triomphe et de résurrection, ou la justice, la vérité, la liberté, ne seront plus foulées aux pieds comme aujourd’hui, mais régneront sur beaucoup d’àmes et sur l’ensemble du genre humain. Oui, je crois qu'il viendra des générations, sur notre terre, dont on pourra dire avec notre Évangile : « Je « vous le dis en vérité : Il en est qui ne mour- « ront point sans avoir vu le Fils de l’homme «arriver dans son règne, » Oui, je crois à ce règne terrestre et temporel de Jésus-Christ, que les prophètes ont annoncé, et qui sera dans l’histoire humaine la grande résurrection du troisième Jour. Je ne crois pas au règne fantastique des millénaires, qui attendent un retour visible et
corporel du Christ et des Apôtres, revenant pour
régner sur le monde et pour administrer les peuples. Cette pensée puérile a été condamnée par l'Église. Mais je crois à ce que l’Église ne cesse de demander : « Envoyez votre Esprit, et vous « renouvellerez la face de la terre. Et il se fera « une création nouvelle. » Et parfois il me semble que la crise présente est l'effort qui doit faire sortir les nations du moyen àge pour les conduire au troisième âge; troisième àge, ou triomphera la justice, et où s’accomplira ce qu'a dit le Seigneur: « Si vous pratiquez ma parole (la justice), vous « connaïîtrez la vérité, et la vérité vous rendra « libres. »
Or les premiers mille ans de l’ère moderne n’ont-ils pas été, dans l’ensemble, la crise du sang, la lutte de la justice par le martyre contre le monde paien d’abord, et puis contre le monde barbare ? Ensuite, et surtout à partir du douzième siècle, n'est-ce pas la crise de lumière qui commence, et qui dure encore? Mais aujourd'hui, que voyons-nous.surtout, sinon la crise de liberté? La justice et la vérité semblent vouloir se concentrer sur l’idée vraie de liberté : la liberté des enfants de Dieu.
Est-il donc impossible de croire qu'un âge vien-
dra, sur notre terre, où les grandes folies, les
orands aveuglements, les grandes iniquités et atrocités cesseront ; un âge où la sanglante fureur des guerres et la cruelle folie du luxe, et la détestable folie du pouvoir absolu ; où les iniquités impies du servage et de l'esclavage, et les mille formes de la spoliation, et violente et savante; ou l’organisation du mensonge par la force écrasante de la presse; où l’effroyable et satanique aveuglement qui méprise et qui oublie Dieu; où l'entrainement général des grossières et mortelles passions, débridées et lancées par l'ignorance et l'impiété; où tous ces douloureux crucifiements du Christ auront enfin cessé, non pas absolument et dans chaque âme, mais du moins dans l’ensemble des sociétés humaines. Gloire à Dieu!
J'espère toutes ces choses. Frères bien-aimés qui vivrez alors, souvenez-vous de moi, et priez Dieu pour moi!