‹ Commetaire sur l'Évangile selon Saint MatthieuChapitre 15 sur 89 · tEtuils comprirent qu'il leur parlait de · texte numérisé non relu

tEtuils comprirent qu'il leur parlait de

CJ ean-Baptiste. »

14. « Des qu'il eut rejoint la foule, un homme « vint se mettre à genoux devant lui, et lui dit : « Seigneur, ayez pitié de mon fils, car il est luna- « tique, et il souffre beaucoup ; il tombe souvent « dans le feu et souvent dans l’eau. »

15. « Je l’ai présenté à vos disciples, qui n’ont « pu le guérir. »

16. « Jésus leur dit : Race incrédule et dé- « pravée, jusqu'à quand serai-je avec vous, jus- «qu'à quand vous supporterai-je? Amenez-moi «ici l'enfant. »

17. « Et Jésus, commandant au démon avec « force, le chassa de l'enfant, qui aussitôt se « trouva guéri. »

18. « Les disciples dirent alors à Jésus, en se- « cret : Pourquoi donc n’avons-nous pu chasser « ce démon? » |

19. « Jésus leur dit : C'est à cause de votre « incrédulité. Car je vous le dis en vérité : ayez

« seulement de la foi comme un grain de sénevé,

«et vous direz à cette montagne : Déplace-toi, et

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elle se déplacera, et rien ne vous sera impossible. »

20. « Quant aux démons de cette espèce, ils ne se chassent que par le jeune et la prière. » 21.« Lorsqu'ils furent revenus en Galilée, Jésus leur dit : Le Fils de l’homme va tomber entre les mains des méchants. »

22. « Ils le tueront, et il ressuscitera le troisième jour. Ces paroles les attristèrent profon-

dément. »

23. « Lorsqu'ils furent à Capharnaüm, les receveurs du tribut, s'adressant à Pierre, lui dirent : Votre maitre ne paye-t-il point le tribut? »

24. « Il le paye, répondit Pierre ; et au moment où il entrait dans la maison, Jésus le prévint et lui dit : Que vous en semble, Simon-Pierre ? De qui les rois de la terre tirent-ils le cens ou le tribut, de leurs enfants ou des étrangers? »

25. « Pierre répondit : Des étrangers. Jésus reprit : Les enfants en sont donc exempts. »

26. « Mais, pour ne pas les scandaliser, allez à la mer, et jetez l'hamecon : prenez le premier

poisson qui viendra, ouvrez-lui la bouche, et

« vous y trouverez une pièce d'argent : donnez-la

« pour moi et pour vous. »

Et il fut transfiguré devant eux.

« Je vous le dis en vérité, plusieurs de ceux « qui sont ici présents ne mourront pas, avant « d’avoir vu venir en son règne, le Fils de « l’homme. » Ainsi finit le précédent chapitre.

Quelques jours après ces paroles, Jésus prend avec lui trois apôtres, et les conduit sur une haute montagne. Là il est {ransfiouré devant eux. La splendeur triomphante de la lumière pénètre le Christ tout entier. La joie, la paix, inondent les âmes des trois disciples, et Pierre s’écrie : « Nous « sommes bien ici. Faisons-y, s’il vous plait, trois « tentes. »

Là se retrouvent vivants les prophètes primitifs qui ont annoncé la lumière; la lumière palpable enveloppe les apôtres, et la voix de la lumineuse auréole parle et dit : « Celui-ci est mon fils bien- « aimé! Écoutez-le! »

Et ce fait historique, à la fois terrestre et cé-

leste, qu'ont vu de leurs yeux trois apôtres, Pierre, Jacques et Jean, ce fait que Pierre atteste en ces mêmes termes dans l'Évangile de Marc, qui est le sien, ce fait est la vue même d'un point du monde ressuscité, transfiguré dans la lumière. |

Mais ceci est le terme absolu, et la vie éternelle proprement dite : c’est « le Fils de l’homme dans « son régne. » |

Or, dès cette vie, et par analogie, les trois moments et les trois jours, savoir : vie, mort, résurrection, se succèdent, etse succéderont, dans l'âme qui suit jusqu'à la fin l'inspiration de Dieu.

Voici, ce me semble, un exemple d’une vie individuelle où ces mystères, vie, mort, résurrection et transfiguration, semblent se laisser entrevoir dans leurs analogies morales.

Un homme est mort, il y a peu de temps, auquel le monde donnera peu à peu plus d’attention : homme prodigieux, qui prit la croix dès sa jeunesse d'une manière absolue, et, renonçant radicalement à l’égoisme et à la peur, marcha tous les jours sur la mort, la foulant aux pieds en tout temps, allant chaque jour jusqu'au bout de luimême, jusqu'à la dernière limite de ses forces.

« Je meurs chaque jour, quotidie morior, » disait

saint Paul! Cet homme a pratiqué cette parole de saint Paul, pendant sa vie entière, sans s'arrêter Jamais.

Qu'était cet homme, et que faisait-il donc? Cet homme est assurément le plus connu qui ait vécu de notre temps : car je n’en sais pas d’autre qui ait vécu pendant un demi-siècle, nuit et jour, sous les yeux des hommes. Il était curé de village, et il aimait Dieu et ses frères si ardemment, que pour exhorter, consoler, relever, purifier et bénir, il ne cessa de se donner, d’àme et de corps, comme une Eucharistie, à la foule avide et serrée qui l’entourait et le pressait. Travaillant vingt heures sur vingt-quatre, dormant deux heures, mangeant une fois par jour un peu de lait, il touchait sans cesse à la mort, mais renaissait sans cesse, en quelque sorte, d’une vie ressuscitée, transfigurée, active et ardente comme une flamme : transmettant par ses mains, par sa Voix, par ses yeux étonnants, qui perçaient et embrasaient les cœurs, le feu, la vie, l'émotion et la foi, et surtout les larmes profondes et régénératrices du repentir. Grain de froment mort et ressuscité, il n'était plus seul, mais c'était un épi, ou plutôt une gerbe d'épis. C'était une foule. La foule sembla faire partie de lui-même,

et le toucha corporellement pendant la plus grande

partie de sa vie. Il consola, transforma, purifia les âmes par millions, et guérit par milliers les corps malades, 11 semblait posséder la vie d'âme et de corps et la transmettre. « Qui consent à perdre la « vie, la trouve, » dit l'Évangile. Certes cet homme avait trouvé la vie! Disciple absolu de la croix, il fut de ceux dont il est dit : « Quelques-uns parmi « vous ne mourront pas, avant d’avoir vu dans « son règne le Fils de l’homme. » Il vécut cinquante ans, si Jose le dire, d’une sorte de vie surnaturelle, par la force du Saint-Esprit dans l'âme, et par la force de l’âme et de Dieu dans le corps, Et quiconque l’approchait s’écriait : « Nous « sommes bien ici : » etsouvent les plus endurcis entendaient une voix qui disait : « Celui-ci est « mon serviteur bien-aimé. Écoutez-le! »

Voilà le prêtre et le pasteur. O Jésus-Christ, faites la grâce, en ce siècle, à plusieurs de vos prêtres, de posséder la vie, par votre croix, afin de la transmettre au monde avec le feu du Saint- Esprit.

Faites, Ô mon Dieu, à beaucoup d’entre neus, vos prêtres, la grande grâce d’arriver, avant notre mort, à votre troisième veille, à votre troisième jour, celui où l’âme cesse de vous crucifier par

le péché, et commence à porter en elle quelque

chose de la résurrection. Que serait-ce si notre mémoire seule, et nos mains seules portaient les saints mystères, sans que la substance de nos âmes et de nos corps en fût régénérée? Esprit saint, esprit de vie et de résurrection, ne permettez pas ce malheur. Donnez-nous quelquefois ces instants où l'âme se sent, et se retrouve dans la lumière, et ressaisit son idéale beauté, sa forme régénéree, son être transfiguré, son état vrai, et ne peut pas ne pas comprendre que toute cette lumière vient du Fils de l’homme commençant à régner. Sans doute ilen est peu que vous conduisiez avec vous sur le Thabor, et qui voient ici-bas votre gloire. Mais, Seigneur, qu’il y en ait toujours quelquesuns parmi nous. Donnez du moins à quelquesuns, comme aux trois Apôtres, un instant de

vision. Donnez-leur, par cette vue, cette foi glo-

rieuse, lumineuse et ardente, qui embrase et

transforme le monde. Que la génération présente ou la suivante, ou l'autre enfin, puisse entrevoir au moins l'aurore du troisième jour, et comprendre que le règne du Fils de l’homme est possible et doit arriver | Que l’on commence à vaincre enfin l’affreuse tristesse qui pèse sur nous. Que l'effroyable léthargie de l’incrédulité cesse d’étouf-

fer les âmes, et les grands germes du siècle à venir.

. Qu'ils disent bientôt : « Celui-ci est le Fils bien- « aimé, écoutez-le. »

Courage, amis! L’Evangile est la vérité! Dieu est présent, le Christ est Dieu! La justice et la vérité sont incarnées sur notre terre, et grandiront, et régneront. En attendant, chaque âme y peut toucher, et posséder la certitude et les prémices de la vie pleine. La vie est belle! La mort le sera davantage, car elle est l'instrument de la pleine transfiguration. |

Courage! car nous sommes dans la vie, et nous y resterons. Nous y verrons entrer les autres, et il n’y aura plus ni mal, ni mort; et les larmes seront essuyées de tous les yeux; et il n'y aura plus qu'étincelante lumière et vie transfigurée ; et nous serons tous ensemble toujours! et nous

nous aimerons dans toute l'éternité.

Levez-vous, et ne craignez pas,

Mais que signifie ce qui suit? Voici qu'après cette joie qui s’écriait : « Nous sommes bien ici, » et après cette voix de lumière qui disait : « Celui- « ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le; » après

cela les trois apôtres sont saisis de terreur, et ils

tombent la face contre terre, Il faut que Jésus les rélève en les touchant, et qu'il leur dise : « Levez- «vous, et ne craignez pas! » Redescendons ; et ne dites à personne cette vision, jusqu'à ce que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts.

Mais qu'est-ce donc que cette terreur et cet affaissement de l’homme, qui tombe la figure contre terre quand il entend la voix du ciel? Je le sais, car je l'ai éprouvé. Quel chrétien ne l’a éprouvé? Au premier instant du retour, c’est la Joie, c’est la grande joie de croire. Certitude! sentiment! joie! disait Pascal. Mais bientôt survient la terreur. On craint le ciel, on ne sait pas son rapport à la terre. On le croit loin, on se l’imagine vide. On le regarde comme destructeur du monde. Ciel et mort paraissent être même chose. C'est pour cela que Jésus leur dit : Ne parlez pas de la vision, sinon après ma mortet ma résurrection, lorsque le temps sera venu. C’est pour cela que Dieu n’éblouit pas sans cesse nos pauvres yeux mortels de la vision du ciel pour nous y attirer. La vision nous tuerait au lieu de nous transfigurer. C’est pour cela que ceux qui savent ne peuvent tout dire, ni dire à tous. Il faut que l’homme soit préparé au ciel, et toute la vie n’est que préparation. Espoir et crainte,

joie et douleur, sont les deux formes de la prépa-

ration ; et il nous faut des précurseurs ; mais Îles hommes, toujours arriérés, timides et engourdis, lents à la foi et à l'espoir, attendent encore les précurseurs lorsqu'ils sont déjà morts, et que celui qu’ils ont annoncé est présent. Les scribes surtout n'aiment à voir les grandes choses que reculées dans un lointain indéfini! Ils ne se doutent jamais de Dieu présent. C’est ce que font les Juifs encore aujourd'hui sous nos yeux, et nous, chrétiens, ne sommes-nous pas Juifs presque tous ?

Mais, dit le Christ, verbe incarné, vie éternelle, aujourd'hui présente parmi nous : « Je vous Île « dis : le précurseur est déjà venu, et es aommes « ne l'ont pas connu, et ils ont fait de lui tout ce « qu'ils ont voulu. Ils traiteront de même le Fils « de l’homme... » Ils avaient en effet tué Saint- Jean-Baptiste, et ils devaient tuer le Fils de l’homme.

Or cette parole, historiquement vraie dans la vie terrestre du Christ, est, comme toutes les paroles du Christ, l’une des lois de la vie, et l’un des faits universels de l'âme. Le précurseur, c'est la raison, mais les hommes ne la connaissent pas. Ils ne savent pas la force et la portée de la raison,

et ils ne la reconnaissent pas comme précurseur

et reflet de Dieu ! Chose affreuse, ils en font ets en ont fait, depuis le commencement des siècles,

tout ce qu'ils ont voulu ! Ils la tournent ou la retournent arbitrairement vers le out ou le non. Ils la mutilent, etsurtout ils la décapitent, afin qu'elle ne soit pas plus haute que leurs passions. C'est leur volonté qui fait tout, et la raison n’est plus que le vernis logique de leurs cupidités et de leurs instincts. Ils veulent d’abord, puis ils raisonnent, et jamais leur raison ne raisonne autrement qu'ils ne veulent.

Mais quoi? traiteront-ils de même la grâce de Dieu et la foi divine ? Hélas oui ! Ils ont traité de même le Fils de l’homme et sa doctrine. Lui, ils ne cessent de le crucifier; sa doctrine, ils ne cessent de la mutiler en tous sens, et surtout de la

décapiter.

Si vous aviez la foi, rien ne vous serait impossible,

Le pauvre lunatique qui tombe tantôt dans l’eau et tantôt dans le feu, c’est l’âme humaine qui ne cesse d’'osciller de Ïa flamme à la fange. Notre

A « ? , ame est lunatique, varie sans cesse, et va par pha-

LA ‘TRANSFIGURATION. 7 6 . L'ardente foi, qui prie, et qui sacrifie; la prière et le jeune, prière contre la flamme d’orgueil, et Jeune contre la fange de sensualité, voilà ce qui peut guérir l’âme et la ramener en son centre, en son repos, en Sa raison.

Mais le Seigneur s’indigne contre cette race per-verse et incrédule qui souffre par sa faute, et contre ses apôtres qui ne savent pas encore guérir les âmes ; et il répète sa grande lecon : Votre impuissance vient de votre incrédulité : si vous aviez la foi, le germe de la foi qui estle grain de sénevé, vous diriez aux montagnes : Transportez-vous, et les montagnes seraient enlevées. Quand vous aurez la foi, rien ne vous sera impossible : nrhil êmposstbile erit vobis. *

C'est la suprême ressource du monde. Quand nous voudrons, quand nous saurons vouloir et croire, nous transporterons les montagnes. Nous changerons les formes de ce monde. On ne changera pas le monde, disent ces pauvres aveugles. Je réponds qu'on lechangera, et les montagnes d’iniquités et d’absurdités séculaires, qui écrasent aujourd'hui la vie du genre humain, seront apla= nies par la foi. ét.

Mais à peine le Seigneur a-t-il laissé sortir de

ses lèvres ce rayon de toute-pilBsance divine, et

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cette promesse que; par la foi, rien ne nous |

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impossible, qu'il revient à la grande loi de l'âme et de l’histoire : Le Fils de l’homme, la justice incarnée , sera longtemps le jouet des hommes ; ils le tueront; mais il ressuscitera le troisième jour. Courage, mes bien-aimés! Le troisième jour du monde, la troisième grande époque viendra. « Nous touchons à la plus belle des époques reli- « gieuses, disait un grand esprit. Il faut nous tenir « prêts pour un immense événement dans l’ordre « divin, vers lequel nous marchons avec rapidité. » Que ce soit dans vingt ans ou dans dix ou vingt siècles, qu'importe? Mille ans sont comme un jour. Ce qui importe, c’est que la marche s’accélère. Eh bien! ne sent-on pas, depuis un demi-siècle, cette accélération de la vitesse du monde? Augmentons-

la par nos efforts et par l’ardeur de notre foi.

Les enfants en sont donc exempts.

Voici que le collecteur du ‘tribut imposé aux Juifs par Auguste demande à Pierre si son maitre ne paye pas l'impôt. Alors Jésus enseigne à Pierre, en deux simples D. tout ce que les hommes

ont aujourd hui encore à développer scientifique-

h E Go KL * | * & à st ENT F. # LA TRANSFIGURATION. 65

| 7 et Auvtoié à pratiquer dans la da à sur cet immense sujet,

Le tribut, c’est la partie du temps et du travail, des sueurs et du: sang des hommes, que le pouvoir public prend à chaque homme.

Mais quelle partie de la vie des hommes at-on donc le droit de leur prendre? Aucune assurément.

Les rois de la terre, dit le Christ, dr le tribut aux vaincus, aux étrangers, et non à leurs enfants. Les enfants en sont donc exempts, et ils sont libres du tribut : Ærco libert sunt filu.

Ainsi, là où il n’y a plus de vaincus, plus d’étrangers, là où il n’y a plus que des enfants d’une même patrie, nul n’a plus le droit de rien prendre. Tous les enfants sont libres. Plus de tribut. Qu'est-ce que cela veut dire ? Le voici :

Pleine et entière liberté de l'impôt. Et c’est le sommet de la science. L’impôt vrai, juste, parfait, c'est l'impôt libre; libre, non pas pour chacun, mais pour ‘tous;:pour tous légitimement

représentés, et puis pleinement éclairés sur l’em-

ploi de l'argent. sde

Dans l'ère chrétienne, voila du moins ce qui doit être : Ergo fil liberi sunt. Les membres de”

la cité contribuent librement, et après discussion,

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