‹ Commetaire sur l'Évangile selon Saint MatthieuChapitre 25 sur 89 · Pierre alors, prenant la parole : Voici · texte numérisé non relu

Pierre alors, prenant la parole : Voici

dit-il, que nous avons tout quitté pour vous suivre ; quelle sera donc notre récompense ? » 28. « Jésus reprit : Je vous le dis en vérité, lorsque, dans la renaissance du monde, le Fils de l’homme occupera son trône de gloire, vous qui m'avez suivi, vous serez assis sur douze trônes pour juger les douze tribus d'Israël. » 29. « Et quiconque, pour l'amour de moi, quittera sa maison ou ses biens, ses frères, ses sœurs, son père, sa mère ou ses enfants, celuilà recevra le centuple, et aura la vie éternelle. »

30. « Mais plusieurs qui étaient les premiers deviendront les derniers, et plusieurs des der-

niers deviendront les premiers. »

Ils ne sont plus deux, mais une seule vie.

Frères bien-aimés, comprenez la profondeur de

toute cette suite évangélique. Jésus parle de l’u-

nion des hommes entre eux et avec Dieu, et il

dit : « Que si deux d’entre vous sont unis sur

«la terre, quoi qu'ils demandent, cela leur sera

« fait par mon Père, qui est dans le Ciel, car lors- « que deux ou trois sont unis en mon nom, je « suis au milieu d’eux!...» Après avoir posé cette loi générale de la vie et l'avoir appliquée à l'Église, à l’assemblée de Dieu, à l’ensemble du genre humain, voici qu'il Papplique au mariage, sublime mystère d'union. Après quoi il l'applique à un autre mystère d'union plus grand encore!

Les Pharisiens s'approchent de lui pour le tenter et lui demandent : « Est-il permis à l’homme, « pour quelque raison que ce soit, de renvoyer « sa femme ? » Jésus répond : « N'avez-vous jamais «lu que celui qui à créé l’homme, les a faits « homme et femme, et qu’il a dit : L'homme « quittera son père et sa mére, et s’attachera «à sa femme, et ils seront deux en une seule « vie? Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu à «uni, 20 à

Dieu soit loué de ce que les choses sont si belles, et de ce que la sainte révélation de Dieu ouvre uos yeux. aveugles pour nous en faire voir la beauté. es .… Oh! si l’homme avait été créé seul! Que serait-

ce, à mon Dieu! Non, il n’eût pas été bon, il n’eût pas été beau qu'il füt seul! De par la volonté de Dieu, ils sont deux, ils sont deux tout

au moins dans une vie! Et dans cette unité de vie se réalise jusqu'au miracle manifeste et quotidien, l’un des sens ou plutôt l’une des consonnances de cette parole évangélique : « Lorsque « deux d’entre vous sont unis sur la terre, quoi « qu’ils demandent ils l’obtiendront, car Dieu se « trouve au milieu d’eux!... » Lorsqu'ils sont unis, en effet, Dieu ne leur donne-t-il pas ce qu’il peut donner de plus grand, savoir : un homme? Dieu n'est-il pas visible au milieu d'eux, puisqu'il s'y montre par l'acte de la création? Il veut donc qué nous imitions le mystère de la pluralité des personnes divines dans l'unité de Dieu, et que ' nous soyons deux ou trois en un, deux personnes et puis trois personnes en une vie! Symbole de la dernière magnificence et de la plus merveilleuse étendue ! On peut tout lire, à peu près tout, — si lon sait lire, — dans le mystère et dans le sanctuaire de la famille. D Non, ils ne sont pas deux , mais ils sont une | seule vie! Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni. Étre plusieurs en une seule vie, — ceci pris dans son plus haut sens, — voilà la religion. Qu'ils soient un, Ô mon Père, comme nous sommes un! Qu'ils soient un avec nous, Ô

mon Pêre, eux en nous et nous en eux. Que les

personnes humaines et les personnes divines arrivent à n'être plus qu'une vie, éternelle et divine.

Toute la nature retentit ici, je le sens, je le sais, et répond en flot d'harmonie, dans tous les sens, à ces paroles. Je pourrais dérouler ici toutes les lois connues de la nature, de l’éternelle géométrie, de la lumière, et toutes les lois des corps vivants, toutes les lois de l'amour, et toutes les lois des sociétés. Maïs je ne puis tout dire à propos de chacune des paroles de mon Maitre. Chacune implique en effet tout, et je sais, Ô mes frères, qu'aujourd'hui plusieurs d’entre vous entendent déjà ces harmonies. Mais revenons à notre texte.

Relever, sanctifier, consacrer de nouveau la famille, écrasée et foulée aux pieds de tous côtés par le plus grand des crimes, 6 amis de l'humanité, voilà votre mission. Si vous êtes homme, vous êtes prêtre de cette religion. Si vous relevez la famille, tout est donné, joie et lumière, progrès et liberté, pain quotidien, dignité humaine, religion. Je vous le dis encore, si vous relevez la famille, vous relevez la nécessaire, infaillible, éternelle et universelle religion, christianisme com-

plet, catholicisme.

Mais il en est qui se font vierges pour le royaume du ciel.

Mais les ennemis du Christ lui répliquent :

« Pourquoi Moïse permet-il à l’homme de répu- « dier sa femme? — Pour la dureté de vos cœurs, « répond le Christ! Ce n’était pas ainsi au com- « mencement. » Toute rupture de l'union conjugale est adultère. C’est une décadence du principe, c'est une passagère tolérance.

À quoi les disciples eux-mêmes répliquent :

« Que si telle est la condition de l’homme à l’é- «gard de la femme, il vaut mieux ne pas se « marier. »

Et Jésus-Christ leur dit : « Tous ne le com- « prennent pas, mais ceux-là seuls auxquels Dieu « donne de le comprendre. » Il est des hommes sans virilité : il en est qui ont été mutilés par les hommes; mais il en est qui se font vierges pour le royaume du ciel. Que celui-là entende, qui sait entendre | |

Et en même temps on lui présentait des enfants que ses disciples repoussaient. « Laissez ces petits

« enfants, dit le Seigneur; ne les empêchez pas de

« venir à moi, car c’est à ceux qui leur ressemblent « qu'appartient le royaume du ciel. »

Et j'ai l’ensemble de la doctrine sur le mariage et la virginité, si, à ce qui précède, j'ajoute le dernier verset du présent chapitre, que voici : « Quiconque, pour l'amour de moi, quittera sa « maison ou ses terres, ses frères, ses sœurs, son « père, sa mère, sa femme ou ses enfants, celui-là « recevra le centuple et aura la vie éternelle. » Et il faut bien entendre que l’on recevra le centuple dès cette vie même. C’est ce que dit saint Marc. Le CENTUPLE, dit-il, MAINTENANT ET EN CETTE VIE MÊME. Certes lantum, nunc, in tempore hoc.

Frères bien-aimés, écoutez avant de juger; voici le sens de cette doctrine. Oui, je lai dit, voici un autre mystère d'union, plus sublime que le mariage lui-même, et voici dans le mariage même des degrés d’union que les hommes ne connaissaient pas. |

Et d'abord, quant au mariage, grâce à Dieu et à l'Évangile, les commandements ne sont pas impossibles. Toute rupture de l’union conjugale, dit l'Évangile, est adultère. Et les disciples disent : Mais, Seigneur, ce n'est pas tolérable !

Eh bien! cela va vous paraître tolérable, et

grand et beau, lorsque vous saurez tout.

Il, 7

C'est qu'il y a dans l’homme trois vies possibles. Il y a la vie purement animale, à laquelle se réduisent presque exclusivement beaucoup d'hommes. D'autres développent en outre la vie de la raison et de la liberté, vie proprement humaine, que tout homme peut et doit développer. D’autres enfin, et tous y sont appelés, développent la vie même de Dieu, et vivent unis à Dieu, d’une vie plus haute que la vie purement humaine ; comme l'époux, qui longtemps déchu, commence à vivre d'une vie plus pure dans l’angélique épouse que Dieu. lui donne; comme l'humble vierge qui épouse un grand homme, grand de génie ou de courage, vit d’une vie plus haute et plus forte dans son époux. Or il en est ainsi des âmes qui épousent Dieu ; ce sont toutes les âmes des chrétiens. —

O vous qui méditez les mystères de l'union, comprenez donc ceci : oui, pour l'homme purement ani-

mal, qui ne sait développer en lui ni Dieu ni l’hom-

me; pour cet homme, il est vrai, l’indissolubilité

sainte est un joug qui n'est pas tolérable. Et c’est pourquoi, pour ces cœurs en germes, durs et fermés comme des noyaux, la loi même à voulu tolérer, dans le vieux monde, sous l'antique déca-

dence, dans les siècles d’animalité, la multiplicité

successive ou simultanée des unions entre l’homme et la femme. Mais les ténèbres du vieux: monde ont fait place à l'aurore du monde régénéré, et les hommes peuvent et doivent aujourd'hui développer en eux-mêmes l’homme et Dieu.

Eh bien! n’y a-t-il dans ceux qui s'unissent que la vie à peu près animale ? L'amour alors ne dure que peu d'années, après lesquelles il n’y a plus qu'un joug affreux ! Mais y a-t-il, dans les deux époux, la noble vie humaine, la vie de la raison

et de la liberté, développée en sagesse, en vertu?

Certes l’union alors peut durer jusqu’au dernier. ù Jusq

jour. Mais y a-t-il dans les deux âmes la vie dé Dieu? L'union aussi est alors divine, et devient éternelle comme Dieu. | Comprenez-vous maintenant ceux qui, le temps favorable venu, se recueillent dans la chasteté, et srandissent en sagesse, en lumière, en activité, et s'élèvent, entre époux, à l'union positive de la seconde vie, à la pénétration mutuelle des esprits? Oh! combien il y a là souvent de beautés inconnues, que nous cachait la préoccupation de la beauté visible! Mais, à vrai dire, ce second degré de l’union, dans l’état encore si peu développé des caractères et des esprits, est à peine possible aujourd’hui, pour ceux qui n'ont pas L. | 2

pe II.

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dans leur âme la vie suprême, la vie surnaturelle de Dieu. Cela est impossible à l’homme seul, mais non pas impossible à Dieu, à Dieu vivant dans l’homme, à l’homme vivant en Dieu ! Oui, ce degré d'union est possible et réel, et j'ai vu ces merveilles, et elles existent assez fréquemment déjà, chez les peuples chrétiens. Il est des unions conjugales qui grandissent jusqu'au dernier jour, en toute réalité, qui persistent et se transforment dans la mort, par l’union éternelle en Dieu.

Mais quoi! si le moindre degré de l'union propage et multiplie le nombre des vivants, l'union, la pénétration mutuelle des esprits, développés en lumière de sagesse, l’union, la pénétration mutuelle des fortes âmes, vivant vraiment en Dieu, sera-t-elle inféconde? C’est cette divine fécondité qu'attend le genre humain pour s'élever et s'ennoblir moins lentement. Est-ce que la division intellectuelle des sexes n’est pas l’un des fléaux de l’esprit humain? Est-ce que le sentiment sans lumière aurait tant d’égarements? Est-ce que la lumière sèche, abstraite et -orgueilleuse, pourrait si facilement décomposer et pervertir Pesprit humain, si l’'abrupte séparation des deux formes intellectuelles n’était pas l’une des traces de la

chute, que l'Evangile n’a pas encore assez guérie? : je

Est-ce que l’union divine et religieuse des âmes n’est pas elle-même la plus grande ressource du monde, ressource encore si peu connue? Est-ce qu'il n’y a pas peut-être une grande révélation sur l'avenir du monde dans ces paroles des actes des apôtres : « Et les apôtres persévéraient dans « la prière, comme une seule âme, avec les femmes « et avec Marie mére de Jésus; et c’est alors que « toùs ceux-là étant ensemble, en une seule âme « et en un seul lieu; » c’est alors que le Saint- Esprit descend sur le cénacle, et remplit chacune de ces âmes, et met sur chacune de ces têtes, d'homme et de femme, les flammes du Saint-Esprit. Et c’est alors qu'ils parlent toute langue humaine, et que le chœur apostolique se répand sur le-monde entier.

Et maintenant, si vous comprenez le mariage et ses degrés d'union, vous comprenez la virginité. |

Écoutez bien : la masse des hommes, plongée dans l’animalité, a comme refusé jusqu'ici de dé- velopper les deux degrés supérieurs de l'union.

Et vous, vous refuseriez de comprendre, et vous oseriez même blämer ceux qui, par amour des degrés supérieurs de l'union, et par soif de

CE . + ! S | lumière et de vertu divine, et par excès d'amour,

se consacrant à élever, à immortaliser le genre

humain au lieu de le multiplier, vont tout droit

aux esprits et aux âmes, et franchissent le premier

dégré de l’union? Et qui donc les oblige à ce prémier degré? Est-ce que lé mariage n’est.pas libre? Est-ce qu'il n'y a pas des êtres qui, dit notre Évangile (+. 12), naissent marqués de virginité?

Est-ce que ces esprits et ces cœurs n’ont pas, par nu

cela même, peut-être de plus grands trésors en

réserve ? Et n’en est-il pas d’autres qui, par génie, enthousiasme, sainteté, disposition céleste et libre vocation, demeurent dans la virginité, ou reviennent vite à ce que Bossuet appelle « la virginité « recouvrée,.… l'innocence réparée ? »

Mais, encore une fois, éroyez-vous que ces vierges

sont des cœurs sans amour? Qui donc est sans

amour, sinon l’âme répandue dans la joie char-

pelle ? Et ou donc est l’amour, immense et tendre, sinon dans le cœur de l'enfant et dans l’âme virginale? Et c’est pourquoi Jésus, à propos de cette virginité libre qu'il conseille, fait venir ces petits enfants et dit : Oui, le ciel est pour ceux qui ressemblent à ces enfants. Ressembler toute sa vie à

l'enfant par sa virginité, c'est ce qu'a fait le Christ,

c'est ce qu'a fait Marie, c'est ce qu'a fait saint

Jean-et après eux des multitudes.

Mais qu’appelez-vous donc quitter père et mére, frère et sœur, pour le Christ et pour l'Évangile? Cela signifie-t-il renier, abandonner, ne pas connaitre, ne pas aimer? Certes ce serait la violation même du commandement et de la loi primitive de Dieu. Quitter pour Dieu et patrie et famille, c’est poser sa liberté en Dieu, c'est prendre Dieu même pour principe de sa vie personnelle; c’est sortir de cet état très-imparfait où l'individu , presque sans existence propre, est englué dans la famille, comme le polype qui fait masse avec sa tribu, et qui n’est pas un corps vivant distinct.

Prendre sa consistance propre et personnelle en Dieu, poser dans la raison, dans la justice, le principe de sa vie, la liberté de sa vocation, c’est le devoir de l’homme. Cela désunit-il? Mais où donc y a-t-il union vraie, sinon là où se trouve distinction libre des personnes ? Où donc écrasement mutuel, sinon là où ne se trouve point la liberté de personne à personne ?

Le christianisme est venu donner à tout homme, au moindre de ces petits, son importance et sa consistance personnelle. Dieu connait chacun par

son nom. C’est la condition première de toute

union vivante. Pour s'unir il faut être quelqu'un.

Les nullités ne s'unissent pas, et ne multiplient pas.

Que dit en effet l'Evangile, de ceux qui ont volontairement omis le premier degré de l’union? Sont-ils des cœurs éteints et séparés ? Sont-ce des exilés de notre terre? Ils ont le ciel, c’est vrai, mais aussi la terre, et, plus que d’autres, la vie présente. Ils reçoivent maintenant, dès cette vie, nunc in tempore hoc, dit l'Évangile, cent fois plus et de frères et de sœurs et de méres et de fils c'est-à-dire que tous les amours sont centuplés pour eux. Aiment-ils moins que l’homme animal leur prôpre frère et leur propre mère! Non pas : ils les aiment cent fois plus. Mais en même temps, ils sont entrés vraiment dans cette fraternité universelle, dans cette paternité et cette maternité, et cette filiation des âmes et des esprits, qui sont le commencement des relations du ciel, de ce ciel qu'ils portent dans l’âme, parce qu'ils se sont faits

des anges dès cette vie!

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