La foule les reprenait pour les faire taire
« mais eux criaient d'autant plus haut : Seigneur, à
« fils de David, ayez pitié nous! »
33. « Et Jésus s'arrêta, les appela et leur dit : « Que voulez-vous que je vous fasse ? »
34. « Ils lui dirent : Faites, Seigneur, que nos « yeux soient ouverts. »
35. « Jésus, ému de compassion, toucha « leurs yeux, et aussitôt ils retrouvèrent la vue
« et le suivirent. »
Les derniers seront les premiers, ct les premiers seront les derniers, car il y a 275% beaucoup d’appelés, mais peu d'élus.
Donc quiconque aura tout quitté pour Dieu
a -. LES PREMIERS. * Wa:
recevra au centuple ce qu’il aura quitté, et.de plus la vie éternelle. e
Et cela est promis à tous, à quiconque quittera tout pour Dieu. Mais dans cette récompense, dit l'Evangile, il y a des degrés. La parabole des ouvriers qui vont travailler à la vigne a le même sens. Les ouvriers qui, appelés par le père de famille, ont travaillé pour lui, recevront tous la récompense promise, c est-à-dire la vie éternelle, lors même qu'ils ne sont ouvriers que de la dernière heure. Mais l'Évangile, ici encore, ajoute : « Les premiers seront les derniers, et les derniers « seront les premiers; car il y a beaucoup d’ap- « pelés, mais peu d'élus. » Arrêtons-nous ici pour méditer cette grande parole chrétienne, les é/us, les chorsis, ce mot qui a troublé tant d’âmes, sous l'effort du sophisme et de l'hérésie.
Comme le disent les commentateurs, il faut chercher le sens de ces deux mots, élus et appelés", dans la parabole du jeune homme qui observe les commandements, mais n'entre pas dans la voie
de la perfection. Avec les commandements on
1! Un auteur ayant écrit que ce mot, les élus, ne peut pas recevoir d'autre sens que celui-ci : les sauvés, cet auteur a été condamné. Voyez Tesori di cenfidenza in Dio, p. 317. Rome, imprimerie de {a Propagande. |
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entre dans la vie : si vis ad vitam ingredi, serva
æ À L; ; “ 1e . mandata; mais les conseils de perfection élèvent
les âmes aux plus hauts degrés de la gloire : s2ars esse perfectus. Ce sont là les premiers, ce sont là les élus. Mais si tous ont cette récompense et cette gloire, il y a dans cette gloire des degrés sans fin. Il y a des premiers, il y a des derniers, et il y a, dans l'effort des âmes vers le but, des élans ou des relàächements qui relèvent les
derniers, ou qui laissent retomber les premiers,
Mais ces émulations et ces rivalités, dira quel- …
qu'un, sont-elles dignes du ciel? Ces inégalités et ces degrés de gloire, et ces priviléges des élus, est-ce là l’éternelle justice?
O frères! ne jugez pas avant d’avoir compris. Oui, c’est bien là l’éternelle justice et le ciel.
Et d’abord la vie éternelle, c'est l’union consommée des êtres humains entre eux et avec Dieu!
C'est vie commune avec Dieu, et avec cette
bienheureuse de frères, de sœurs, de
| mères “d’ enfants, qui sont donnés à ceux qui ont
travaillé pour le ciel.
Mais, dites-moi, ne voulez-vous plus de diversités dans le ciel, et les âmes auront-elles la similitude des perles d’un collier? La femme sera-
t-elle l'homme? L'homme sera-t-il la femme ? L’é-
sd Y ; 7 4 $ LES PREMIERS. 121
ternel caractère iecérdot: 1 sera-t- L Eu PE pourquoi ? Ÿ aura-t-il au ciel envie et jalousie? Quand sur la terre des enfants applaudissent un rival couronné, n'y a-t-il pas souvent, dans leurs généreux cœurs, une vraie Joie d'applaudir un glorieux ami, d'admirer la beauté des dons de
la nature et les fruits du travail? Ils sont heu-
reux, disait un maitre plein d'expérience, de voir
la nature humaine glorifiée dans un de ses enfants. Et quand les hommes, jusqu'à la fin des siècles, = contempleront les œuvres du génie, formes, harmonies ou paroles, est-ce qu'ils soupçonneront dans le privilége de cette gloire, dans l'éclat supérieur de cette beauté, quelque injustice? Et ne suis-je point heureux que mon frère ait pu accomplir ces grandes choses? Il les a faites; nous, nous en jouissons. Il les a faites, et nous en tressaillons de joie, et parce qu'elles sont belles et admirables, et parce que c’est lui qui a P odui cela. Je suis heureux que ce soit lui. Môn cœt
bondit de joie, et, dans mon enthousiasme, ïe cours à mon glorieux frère, et je le couvre de mes baisers |
Telle sera l’auréole du génie, de l'héroïsme et de la sainteté. Tels seront les premiers, tels seront
les élus. Celui qui aime comprend : Da mihi aman-
te L
tem, et intelligit. Quiconque n'aime pas ne com-
prend rien du tout.
Oh! travaillez, disait saint Pierre : « Frères, dé- « ployez vos forces de plus en plus, pour que « votre œuvre affermisse en vous la vocarion et « l’ÉLECTION ? » Ainsi bArlelte prince des apôtres.
Quoi ! les plus nobles des hommes, depuis l'o-
.rigine de l’histoire, remuent le monde pour ces
deux passions, gloire et amour, et cette inspiration dont on abuse, nul ne saurait en comprendre . le sens et en pratiquer la grandeur!
Et vous croyez que ces deux forces magnifiques n'ont pas d'application sainte et sacrée. Mourir pour ceux qu'on aime, comme Jésus- Christ, n'est-ce pas là la gloire, et cette gloire ne
sera-elle pas éternelle? Travailler, et lutter, et
mourir, pour la justice, la vérité, le salut des
hommes, la conquête entière de ce globe à la vie, et, p
r amour, opérer des prodiges de valeur, des rveilles d'intelligence, répandre des étincelles de fumïière et de feu, pour dompter les ténèbres, le mal, la mort, qui écrasent tous les jours nos pauvres frères, nos sœurs, nos mères et nos enfants ! N'est-ce pas là la gloire ?
: II Petrus , 1, 10. Quapropter, fratres, magis satagite, ut per bona opera certam vestram vocationem et electionem faciatis.
La gloire donc n'est-elle pas le devoir ét le besoin de l'âme, et si vous avez glorieusement agi, Ô mon frère, pouvez-vous donc nous empêcher de vous aimer pendant l'éternité, et de vous envoyer de chacun de nos cœurs tant de rayons, que votre gloire, venant de Dieu et de nous tous, soit toujours plus grande que la nôtre, quand même la nôtre, comme toute vraie gloire, irait toujours en grandissant.
D Courage donc ! avançons ; élançons-nous, cou- | rons généreusement ; et soyons les premiers, les premiers au danger, au travail, à la gloire!
Et puis cette mystérieuse parole, cette loi de la hiérarchie céleste dans la lumière et dans l’amour, a plusieurs autres sens.
Et d’abord elle veut dire aussi que les plus humbles seront les plus grands. Les plus glorieux sur terre ne le sont point toujours au ciel, Marie, cachée, inaperçue pendant que Pierre, Paul et Jean remplissaient le monde, est plus glorieuse au ciel que les apôtres. 7x
L'âme inconnue qui prie et souffre est souvent plus forte et plus grande, et sera plus glorieuse devant Dieu que le prédicateur de l'Évangile.
Puis aussi, souvent l'ouvrier de la dernière
heure, jugé d’après l'élan de son travail, sera mis au-dessus des ouvriers de la première heure, dont le travail plus long se sera trouvé moins ardent.
Puis aussi, dans l’acquisition de la gloire, comme dans celle des fruits du travail, comme dans l’élan d’un être vers un centre, les vitesses s’'accélèrent dans une étonnante proportion. Dans le progrès du monde, le travail actuel est toujours beaucoup plus fécond et mieux récompensé que tout le travail du passé. Les autres ont labouré et ont semé. Nous, nous entrons dans leurs travaux.
Les hommes du prochain siècle de lumière, de foi, de justice et de liberté, sauront cela! Les plus jeunes recueilleront l'héritage des ainés. Et ces derniers deviendront les premiers et les plus avancés.
Ainsi, nous, les derniers venus, nous sommes en effet les premiers.
Puis il y a cette grande loi de l'histoire : le genre humain s’avance par flots; chaque flot qui vient de s'élever s’abaisse, le flot qui vient de s’abaisser s'élève. Relisez ce que dit saint Paul de l’abaissement des Juifs, de l’élévation des gentils,
et puis, après un cycle, les Juifs devront encore se
relever. Les races s'épuisent ; il faut des croisements et des renouvellements : vieux monde romain, nouveau monde barbare! Ce dernier main-
tenant est vieux ; comment donc le renouveler ?
Que celui qui veut être le premier parmi ot vous soit votre serviteur.
Et Jésus continue à enseigner à ses disciples la loi de la grandeur et de l'élévation, et les règles de l'ambition.
Voici la loi :.-Le Fils de l’homme, le plus grand des enfants des hommes, celui qui doit monter comme roi Jusqu'au centre des âmes et jusqu’à Dieu , le Fils de l’homme est insulté, flagellé, mis à mort, et ressuscite le troisième jour. Telle est la loi de la divine élévation !
Aussi, lorsque la mère des fils de Zébédée dit à Jésus : Seigneur, que mes fils, dans votre royaume, soient assis à votre droite et à votre gauche, Jésus dit aux deux frères : « Vous ne savez ce que vous « demandez? Pouvez-vous boire le calice que je « dois boire? » Le calice donc est le principe de la grandeur. | Et comme les apôtres s’indignent de cette am-
bition des deux frères, Jésus explique plus clairement encore quelle sera la loi des grandeurs dans le monde dont il est le roi. « Vous savez, « leur dit-il, que les rois des nations les domi- « nent, et les grands tiennent les autres en leur « pouvoir. Il n’en sera pas ainsi parmi vous; mais « quiconque voudra être grand parmi vous, qu'il « soit votre ministre, et que celui qui voudra « être le premier, soit votre serviteur, »
« C’est ainsi que le Fils de l’homme est venu, «non pour être servi, mais pour servir, et pour « donner sa vie en rachetant ces multitudes. »
Oui, Maitre bien-aimé, ici encore vous êtes toujours visiblement Dieu enseignant. C'est la transformation du monde, la régénération des âmes et de la société humaine, que vous posez en ces quelques paroles avec cette simple et divine profondeur.
Est-ce que les hommes ne comprendront jamais l'Évangile , et ne verront pas clairement, presque à chacune de vos paroles, que vous êtes Dieu ?
En ce temps, et dans cette Judée, devant ces Pharisiens, et cette pauvre foule, et ces quelques ouvriers ignorants, vos disciples, dire ces immen-
sités, ces incompréhensibles nouveautés; Îles
Le +
Se OR
poser avec cette simplicité de sagesse absolue
et cette tranquillité de toute puissance; les dire
en dix paroles ; semer ces paroles sur le monde;
et leur donner, Dieu que vous êtes, la terre, la séve, le soleil, la rosée, cet après quelques siècles, malgré la résistance furieuse de tout le genre humain, faire apparaitre cette surnaturelle moisson sur notre globe! Et aujourd'hui enfin, dans la crise où nous sommes, montrer à tous que ceci est la vie et la loi du monde social régénéré!
Oui, aujourd'hui tous les yeux le voient : c’est un monde qui finit : et voici ce qui finit véritablement en ce moment méme où j'écris.
« Les princes des nations les dominent, et les «grands tiennent les autres en leur pouvoir.
« Qu'il n’en soit pas ainsi parmi vous. » Cet état du vieux monde se termine aujourd'hui sous nos yeux. Il n’en sera plusainsi parmi nous ! L'homme ne peut plus posséder l'homme d'aucune manière. Dieu détruit le servage, et foudroie en ce moment même le dernier reste de l'esclavage.
Tout pouvoir absolu s'écroule : tout César s’affaisse et s'éteint. Les derniers essais qu’on en voit ne sont que pour l'instruction définitive des peuples. Et voici ce qui va rester !
Je m’arrête ici brusquement, car je me trompe.
IL faut parler tout autrement. Il ne fallait pas dire : «et voici ce qui varester ;» mais il faut dire : Voici ce qui restera dans un temps que Dieu seul connait, si les hommes reviennent de tout cœur à l'Évangile, pour le comprendre et l’observer mieux qu'ils n'ont fait jusqu’à présent.
« Quant à ce jour et à cette heure, le Père seul « en à connaissance : » c'est ce que répond Jésus- Christ, nous le verrons plus bas (xxiv, 36), à ceux qui lui demandent : Dites-nous quand ces choses arriveront. Ilest absolument impossible de rien prévoir sur le temps de la consommation du monde, ni sur l’époque des grands triomphes de l'Évangile dans notre humanité.
J'avoue que depuis peu de temps, à la vue des immenses désastres moraux, des rechutes intellectuelles, des déshonorantes décadences qui viennent aujourd'hui même : déjouer les calculs des amis de l'humanité, à la vue vraiment effrayante du retour des hommes, par grandes masses, vers T'animalité, j'avoue qu'il me faut rassembler toute ma foi pour maintenir mes espérances. Eh bien ! je les maintiens, mais différées d’un nombre
indéfinidesiècles.Etje comprendsmieux que jamais