HIT
Dieu n'est pas Dieu des morts, mais des vivants.
Quant à l’éternelle société, voici que le Sauveur en va révéler les mystères.
Les Sadducéens, à leur tour, viennent à lui. Les Sadducéens nient la résurrection et la vie éternelle! Et ils opposent au Maitre cette difficulté : Maitre, si les hommes ressuscitent pour une autre vie, qu'arrivera-t-il à la femme qui aura eu successivement plusieurs maris? Duquel sera-t-elle
femme dans le monde de la résurrection ?
Jésus répond : Vous ne comprenez pas les Écritures ni la vertu de Dieu.
D'abord, dans la résurrection, il n’y a ni maris ni femmes. Ils seront tous comme des anges de Dieu dans le ciel.
Et quant à la résurrection, n’avez-vous pas lu cette parole que Dieu même vous adresse : Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob; Dieu n'est pas Dieu des morts, mais Oui, voilà, les mystères de la vie éternelle.
Et Jé.us complète cette doctrine par la réponse
des vivants. !
qu'il fait ensuite au pharisien qui lui demande : Quel est le grand commandement de la loi? Jésus répond : «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout «ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. »
«C’est là le grand et le premier commande- «ment. Et voici le second, qui lui est semblable : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »
Ces deux commandements renferment toute la loi du passé et de l'avenir. |
Je ne parviendrai sans doute pas à dire ce que ces deux paroles, ces formules de la vie éternelle m'ont fait, depuis bien des années, sentir et entrevoir. Essayons cependant.
Oui, nous sommes dans la vie et nous y reste-
rons | Oui, le royaume de Dieu est déjà au milieu de nous. Oui, la vie éternelle, l’éternelle société commence dès cette vie même, pour ceux qui croient, qui espèrent et qui aiment.
Oui, les morts ressuscitent. Rien n’est anéanti. Que veut dire anéantissement? Comprenez-vous ce mot? Y a-t-il un atome, un mouvement, une vibration lumineuse, électrique, ou autre, qui soit anéantie et ne dure pas toujours? Comment donc la personne humaine, amour, intelligence et liberté, pourrait-elle être anéantie ? D'abord, otre que le mot lui-même est dénué de tout sens scientifique, quelle laideur, ou plutôt quelle horreur, ne serait-ce point, dans l'œuvre de Dieu, que cette suppression des personnes, qui sont et qui veulent être! Y atil quelque part un scribe assez inepte pour introduire, au début d’un poëme ou d’un conte, un personnage qui reste en route, et n’aboutisse à rien ? Or le poëme de Dieu, le poëme réel de la vie, est bien plus beau que tous les contes et que tous les poëmes. Quiconque y est introduit, y demeure. Et quiconque est une fois nommé, et appelé par Dieu, subsiste aussi longtemps que l'œuvre entière de Dieu, ou plutôt que Dieu même. Dieu n’est pas Dieu des morts,
mais des vivants. S'il dit à Abraham : Je suis ton
Dieu, cette parole de Dieu est une force qui subsiste autant que Dieu même. Dieu ne se dédit pas. Dieu vous a dit : Je suis ton Dieu. Cela suffit : vous êtes et vous serez. L'homme ose bien dire : Ce qui.est écrit est écrit; à plus forte raison, quand Dieu parle, ce qui est dit est dit. Les dernières profondeurs de la science sont ici. Mais qui est capable de science? Qui s'occupe de science aujourd’hui? Mais avançons : Dieu n'est pas Dieu des morts, mais des vivants. Il est la vie : ce qu’il nomme, ce dont il est Dieu, a la vie, est vivant, ne peut pas ne pas être vivant: Mais écoutez encore, écoutez la Genèse :
Moïse demande à Dieu.: Seigneur, quel est votre nom ?
Dieu répond : « Je suis celui qui suis. » Tel est mon nom en moi-même et dans l'éternité. Mais voici l’autre nom que je porte dans tous les siècles : « Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d’Isaac «et le Dieu de Jacob. »
En lui-même, il est l'Éternel.
Et dans son œuvre, il est le Dieu des personnes humaines unies entre elles et avec lui.
Comprenez bien ce nom de Dieu :
« Dieu D'ABRAHAM, Dieu D'Isaac, Dieu DE Ja-
co: » Ceci est un seul mot qui est le nom de
Dieu. Et ce mot se compose de syllabes dont chacune est le nom d’un homme. Dieu en plusieurs qui sont en un. Voilà le sens du nom. Qu'ils soient un, Ô mon Père, comme nous sommes un! Voilà ce qu’est essentiellement le nom de Dieu, l’œuvre de Dieu : une pluralité de personnes destinées à l'amour, à l'union éternelle entre’ elles et avec Dieu. Oh! oui, que votre nom soit sanctifié! L'œuvre est belle, très-belle et très-bonne, et méritait que Dieu la fit. Ce poëme n'était pas un poëme inutile, qu'on eüt aussi bien fait de ne pas produire ! C’est un divin chef-d'œuvre qui ravira d’admiration et comblera de joie, dans les siècles des siècles, tous les êtres intelligents et libres.
Tout n'est pas dit : Vous ne comprenez pas encore les Écritures, ni la vertu de Dieu!
Le poëme de Dieu, comme tous nos poëmes, a deux parties fondamentales et nécessaires; d’abord le drame, la lutte, l'incertitude, l'épreuve; puis le repos dans la victoire, et la stabilité dans le bonheur et dans l'amour. Mais les poëtes, même les plus grands, ne savent développer que la premiére de ces parties, et ils s'arrêtent dès qu'ils touchent à l’autre. Au seuil de la seconde, qui est
le but et la lumière de tous les drames, le poëme
cesse. Mais Dieu sait développer le tout. Il développe les deux phases de la vie qu'il donne : la lutte, et puis le repos ; le temps, et puis l'éternité. Et la seconde partie est la plus belle et la plus longue, ou, pourmieux dire, la première court et passe, l’autre demeure. Et la loi des deux est la même : et la cause de la lutte, et la lumière qui mene au but, et la force qui dompte l'obstacle, et puis la récompense de la victoire, et la loi du bonheur, et la cause de la vie éternelle, tout cela est une seule et même chose : l'amour! II n’y a qu'une seule loi, qui renferme la loi et les prophètes, et le passé et l'avenir : l'amour : tu aimeras Dieu souverainement, et les hommes comme toi-même. Oui, l'amour en effet est la cause, la lumière, la force et le but de la vie présente. C’est lui qui développe et multiplie le genre humain! L'amour a couvert d'hommes, cent fois renouvelés, tout notre globe. Et pendant toute cette marche des générations, et à mesure que les hommes mouraient, l'amour a été plus fort que la mort, et n'a cessé d’accroitre le genre humain, malgré les coups si pressés de la faux qui moissonnait les hommes. Mais après la résurrection, arrivés au repos, à la vie pleine, à la vie maitresse de la mort, à
l'amour plein et triomphant, alors « ils ne sont
« plus femmes et maris. » Ils seront amants éternels! La force créatrice de l'amour n’agira plus pour multiplier ces pâles et stériles multitudes, qui passent comme des nuées d'insectes : la force divine de l'amour agira pour maintenir dans la vie éternelle, et développer dans la vie pleine, dans la beauté croissante et dans la gloire croissante tous ceux qui s’aimeront, c'est-à-dire tous les êtres libres vivant en Dieu. Et certes, c’est là surtout que l’amour est plus fort que la mort. C’est là que les merveilleux germes de beauté que je vois aujourd'hui entassés et pressés en des âmes qui Jamais, ici-bas, ne porteront ni ces fleurs, ni ces fruits, c'est là que ces germes auront, pour développer leur richesse grandissante, l'éternité dans la lumière du ciel et dans l’ardeur de l’amour infini.
C'est alors que le cœur enfin libre, et dilaté enfin, pourra aimer comme le soleil rayonne, dans tous les sens. C’est alors qu'on ne sentira plus la contradiction des amours!
Ce n’est qu'aujourd'hui même que je comprends la profondeur du texte évangélique, et toute l'admirable formule de la loi que je médite depuis tant d'années.
Je ne comprenais pas le mot semblable, jus-
qu'aujourd’hui j'aurais voulu dire : identique. Mais le texte a raison : les amours sont et resteront semblables, harmoniques, jamais contradictoires, ni exclusifs, mais jamais confondus dans l'identité.
L’éternelle loi veut l’amour de Dieu par dessus toute chose. Et elle veut que l'amour que j'ai pour mon prochain soit semblable à l'amour que j'ai pour Dieu; et elle veut que l'amour que jai pour moi soit semblable à celui que j'ai pour mon prochain, par conséquent semblable à celui que j'ai pour Dieu même. L'amour divin remplira tout, mais sans détruire la diversité des amours. Tout lui sera subordonné et tout sera d'accord et harmonique en lui, et tout sera merveilleusement distinct dans cet accord! Les êtres ne seront jamais confondus ni en Dieu ni entre eux. Et les amours non plus ne seront jamais confondus. Nous aimerons chacun, et selon sa nature et selon sa gloire : car sa gloire sera son mérite.
Il n’y aura plus cette effroyable contradiction entre l’amour de soi et l’amour d’autrui, l'amour de soi et l’amour de Dieu, l'amour de l’homme et amour de la femme. La loi de contradiction des amours sera détruite. Les amours faux et venimeux seront détruits comme des serpents:
Et les amours ne seront plus exclusifs l’un de
l’autre, mais chaque amour distinct, comme chaque note dans un chant, sera multiplié dans sa beauté et sa félicité par lharmonie de tous les autres.
L'âme alors aimera comme l'étoile qui brille, en tous sens et de tous ses rayons; rayons de toute splendeur, de toute nuance et de toute vertu ; rayons de feu, de tendresse et de force!
Et la clef de tout cet édifice d'amour, c’est toujours le Verbe incarné. C’est lui qui, par son règne, doit maintenircette harmonie, comme soleil central de chaque âme et de toutes les âmes (es lucerna ejus est agnus) ; lui qui est à la fois Dieu
“et homme, et concilie ce fini et cet infini, et détruit l’égoisme de la nature humaine dans l’union absolue à Dieu ; lui « qui renverse, » dit saint Paul, « la muraille de séparation, » mais qui tient distinctes en lui les natures, puisqu'il est véritablement homme, fils de David, et véritablement Dieu, fils éternel du Père, en sorte que David doive adorer comme Dieu, et saluer comme son Seigneur, celui qui est son Fils.
Oui, en lui toute nature est maintenue distincte. Corps humain, impliquant toute la vie des règnes inférieurs : àme humaine , raisonnable et libre, libre de liberté humaine, et raisonnable de raison
humaine; toutes ces natures, tous ces degrés dis-
” tincts, transfigurés, vivent en Lui, en Dieu, dans l'éternel accord ! Et lui, le Christ, qui est cette harmonie universelle, agit incessamment dans
” l'univers entier, pour vaincre tout ennemi, et
“ … pour transformer tout obstacle en marche-pied , et pour transfigurer à son image l'homme et toute créature, et les réunir tous en Dieu, dans l’éter-
nel accord et l'éternel amour.
arme sn di et SES S
Fa Lai