‹ Commetaire sur l'Évangile selon Saint MatthieuChapitre 50 sur 89 · LA · texte numérisé non relu

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ont du cœur, ils ont l'intelligence, ils ont la liberté. Vous croyez pouvoir les conduire à l’œuvre de Dieu et à la fête de Dieu? Nullement. Sans que l’on puisse savoir pourquoi, ils resteront dans l’ornière où ils ont marché. Ils resteront dans ces plaisirs qui n’en sont plus, dans ces affaires absolument stériles. Ils vieilliront sans Joie, et ils mourront sans fruit.

O Seigneur! dans ce nombre immense d’appelés, qu'il y a peu d'élus!

Il faut d’autres plaisirs, d’autres affaires! Et il y ena d’autres! Mais qui ose se donner aux plaisirs du ciel et aux affaires du ciel, à l’œuvre du royaume de Dieu ! à l’œuvre humaine, universelle, pleine de ravissantes récompenses, digne de tout le cœur et de toute la générosité des plus grandes âmes, œuvre devenue aujourd'hui pressante, évidente, nécessaire, presque facile! œuvre pour laquelle précisément l’homme a été posé sur la

terre : Cœurs et âmes, réveillez-vous donc!

Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dicu ce qui cst à Dicu.

Mais que feront aujourd’hui les âmes si vous

les réveillez? L'activité des cœurs et des intelli-

-gences, pour agir sur le monde, est-elle libre en ce siècle? Chacun a-t-il aujourd'hui, je ne dis pas dans le monde entier, mais en Europe, la liberté de rendre à Dieu ce qui est à Dieu? Non, car aujourd’hui même, dans une grande partie de l'Europe, règne à divers degrés la persécution religieuse. Le temps des confesseurs ét des martyrs n'est point passé. Ne voit-on pas encore, presque

par tous pays, des pouvoirs jaloux: dissoudre ou

entraver les plus simples, les plis rréprochables entreprises du dévouement chrétien , suscitées pour le bien des hommes et le soulagement des pauvres? Que s’ensuit-il ? Précisément que le premier effort et le premier devoir des âmes doit être de conquérir dans toute l'Europe, puis dans le monde entier, la liberté de rendre à Dieu ce qui est à Dieu.

L'époque du monde où nous entrons est peutêtre cette troisième veille dont parle le Seigneur, et à laquelle se doit appliquer, je crois, cette autre parole de l'Évangile : la vérité vous rendra libres ! Or la première des libertés, c’est la liberté de conscience, la liberté de l’âme en face de Dieu. La liberté que Dieu veut avant tout, dit saint Anselme, c’est la liberté de son Église, c'est-à-dire

la liberté d'action de l'assemblée de Dieu (ecc/e-

stæ Dei), la liberté des hommes unis entre eux et:

avec Dieu. Et c’est là ce qu'a fondé le Christ par sa croix d’abord, puis par cette parole créatrice du premier principe de la vie sociale et de la liberté : « Rendez à César ce qui est à César, et à « Dieu ce qui est à Dieu. »

Oui, cette parole tombant du ciel, au sein des

tellectuelle que tous es hommes ne traversent pas, à ce splendide moment où la raison, d’abord enfouie dans les mots, les sens et les instincts, se dégage, et devient une force libre et un pouvoir indépendant. Et la lumière est dans cet homme! et il est l’un de ces privilégiés qui ont dégagé leur âme de cette masse de chair!

Eh bien, la parole créatrice, que j'admire et bénis ici, est celle qui a dégagé de la masse sociale l’âme de chaque homme. C’est là la distinction première, fondamentale, qui crée la société nouvelle, et d’où va découler la richesse et le mouvement dans la vie des nations. C’est elle qui, sur le monde social inerte, a dit : Que la vie et que la lumière soient !

Et de cette première base divine de liberté, les

hommes devront déduire les rameaux de la liberté! Ils sauront distinguer les pouvoirs. Et ils amèneront le monde social à l’état d'organisme parfait où le maximum d'unité répond au maximum de distinction des organes, et de division du travail. "1

Et ceux qui admirérent alors ces paroles étaient loin d'en comprendre la divine profondeur !

Le Christ ici fonde l'éternelle Société, qui,

Fe

certes, ne détruit pas l’autre, celle du temps,

À ne Le. Lg mais, au contraire, la renouvelle, “la purifie de ses antiques abominations, et lui apporte la vie

dans la justice et dans la liberté.

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