‹ Commetaire sur l'Évangile selon Saint MatthieuChapitre 55 sur 89 · Car, je vous le dis en vérité, vous ne me · texte numérisé non relu

Car, je vous le dis en vérité, vous ne me

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verrez plus, jusqu’à ce que vous disiez : Béni

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soit celui qui vient au nom du Seigneur. »

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Ds élargissent leurs phylactères et ils dilatent leurs franges.

En ce moment, dit l'Évangile, Jésus, après avoir

parlé de ces ennemis qui deviendront son marche-

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pied, Jésus recommence à décrire et à foudroyer son principal obstacle, son grand ennemi, savoir : le: prêtre , obstacle à Dieu : le ministre de Dieu étouffant le royaume de Dieu!

Mais ce chapitre est tellement terrible, que je n’entreprends pas de le méditer tout entier. De plus, cette imprécation de Jésus contre les pharisiens est peut-être l'unique exemple que l’Évangile nous offre d’un discours du Seigneur développé avec abondance et détail. Le texte donc suffit, se commente et s'explique lui-même.

Je veux méditer ce chapitre d’un point de vue particulier, qui est d’ailleurs le vrai point de vue où tout lecteur de l'Évangile doit se placer à chaque chapitre et à chaque mot.

Puisqu'il s’agit ici de scribes, je me demanderai quelle leçon j'en dois tirer pour moi, moi qui écris ces lignes, et, pour tout homme qui prétend défendre la vérité par sa parole et par sa plume.

Je ne le sais que trop: les terribles malédictions du Christ ne tombent pas seulement sur les pharisiens et les scribes de l’ancienne loi. Ma crainte, trop bien fondée peut-être, est qu’elles ne tombent sur moi! Sur moi, prêtre de la nouvelle alliance, sur moi qui médite aujourd’hui ces choses, et qui

pourtant ai quelquefois senti le zèle de Dieu,

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l'amour de sa Justice et de sa vérité. Oui, moi aussi, je suis peut-être un scribe assis sur la chaire de Moïse; de là je parle, et dis aux hommes ce qu'il faut faire : je leur annonce les lois de Dieu!

Mais cet idéal de justice et de perfection dont je parle parfois ‘avec ardeur et enthousiasme, et dont je ne crains pas de montrer toute l'immense étendue, l'ai-je véritablement pris moi-même pour mesure ? l’ai-je fait descendre dans ma vie réelle de chaque heure? est-il ailleurs que dans ma pensée, ma poésie et ma parole? Et ces grandes choses que je conçois et que ] annonce ne sontelles pas comme des fardeaux qui dépassent la force de l’homme, et dont je ne parle si hardiment que parce que je n'ai pas même essayé de les bouger du bout des doigts ?

O mon maitre, en posant ces questions, je tremble. Car enfin le grossier pharisien « qui « élargit ses phylactères et qui dilate ses franges,» et qui fait toutes ses œuvres pour être vu des hommes, n'est-il pas la terrible et vivante critique de mon effort pour donner aux idées et aux mots leur éclat, leur grandeur, leur effet dans l'esprit des hommes ? Tout homme qui parle ou qui écrit, apôtre ou non, ne court-il pas le

grand danger de se concentrer tout entier dans

‘#k LES SÉPULCRES BLANCHIS. 185 sa parole, de ne fleurir que par la tête, c'est-àdire d'abandonner l'acte pour le discours, et la vie pleine pour la pensée abstraite ? — O ministres de Dieu, et vous ministres de la parole, prédicateurs de toute idée, ne comprenez-vous pas que vos pensées et vos discours sont trop souvent pour votre esprit ce qu'est la parure pour la femme, « franges » en effet « et phylactères ! » De cette manière nous trompons les hommes, et je sais des lettrés qui les trompent sciemment, qui savent qu'ils ne pourront les tromper longtemps, qu'ils ont dans leur doctring et leurs écrits le faux et le contradictoire, cause de ruine nécessaire et prochaine pour le tout; ils voient cela, comme la femme voit ses rides et ses autres ruines, mais ils maintiennent le tout par artifice ; ils jettent deux ou trois grandes paroles sur le faux, et du fard sur le vide, et ils gagnent du temps.

Ils ne demandent qu'une chose, c’est d'être appelés maîtres, et salués comme tels, leur vie durant.

Mais, sans descendre à cette bassesse d’orgueil, le penseur même qui cherche la vérité, et l'écrivain que rien ne ferait descendre au mensonge, ne deviennent-ils pas trop souvent assez

vains et assez coupables pour chercher la vérité

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Se 186 LES SÉPULCRES BLANCHIS.

comme parure, et la science comme marchepied d'honneur. Hélas! ils ont déjà reçu leur récompense. Ils mourront après avoir joué avee des pensées dilatées et des mots colorés, comme des enfants avec des bulles. Mais que dirai-je du prêtre qui 4 pris comme parure la vérité de Dieu ; qui la développe comme source de titres à l'admiration et aux salutations des hommes, et peut-être même aux honneurs et aux premières places dans les chaires etles assemblées ! Seigneur, ayez pitié de nous.

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Ne vous faites point appeler maîtres! car vous n’avez qu’un seul maître, et vous êtes tous frères.

Écoutez ces étonnantes paroles :

« Mais vous, ne vous faites point appeler « maîtres, car vous n'avez qu’un seul maïtre, et « vous êtes tous frères. »

« Et n'appelez personne sur la terre votre « père: car vous n'avez qu'un père, qui est au « Ciel. »

« Ne vous faites point appeler maitres, car vous

« n'avez qu'un maître, qui est le Christ. »

LES SÉPULCRES BLANCAHIS. 187

« Celui qui est le plus grand parmi vous doit « ètre votre serviteur. »

« lui qui s’exalte sera humilié, et celui qui « s’humilie sera exalté. »

« Malheur- à vous, scribes et pharisiens hypo-

crites, qui fermez aux hommes le royaume du

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ciel; car vous n'y entrez pas vous-mêmes, et

vous arrêtez ceux qui allaient y entrer. »

Ici se trouvent les lois de la fraternité intellectuelle, les lois de l'enseignement de l’homme par l'homme, et du rapport des intelligences entre elles et avec Dieu.

Le Maïtre l'a dit; Magister dixit : c’est la forme antique de l’enseignement, laquelle est applicable quand les esprits sont séparés de Dieu. La forme chrétienne est autre. C'est : Dieu le dit : que celui qui a des oreilles lentende.

D'homme à homme, un esprit n’est pas vraiment père d'un autre esprit: tous les esprits sont frères : il n'y a qu'un seul Père des esprits, qui est Dieu! Il n’y a qu'un seul maitre visible, c'est le Verbe incarné, Dieu fait homme.

En quoi consiste la vraie grandeur des grands esprits? C’est qu'ils servent les autres. En quoi les servent-ils ? En les menant à Dieu, au Père,

au Christ, en les faisant entrer eux-mêmes dans

le royaume du ciel, dans la lumière, naturelle et surnaturelle, afin qu’eux-mêmes voient cette lumière, non par les yeux d'autrui, mais de leurs propres yeux. Écoutez Dieu, disent à leurs frères les esprits grands et humbles. Écoutez-moi, disent à leurs frères les petits esprits orgueilleux. Mais ces pauvres orgueilleux aveugles, et quise prennent eux-mêmes comme source de doctrine, ne puisent pas la doctrine en Dieu, et ils empêchent les autres d'y puiser. Ils n’entrent pas au ciel, et ils empêchent les autres d'y entrer. J'ai vu des hommes frapper à leur effigie d’autres hommes, et les mutiler pour toujours. J'ai vu des esprits durs et arrêtés, vouloir, comme César sur le bronze, multiplier sur les esprits l’image de leur personne. Il en est qui ont essayé de poser leur main sur ma tête, et qui m'ont dit : Laissez-moi régulariser les formes de votre crâne, et pétrir de mes mains savantes votre cerveau! Je suis maître et vous êtes disciple. Si je les avais crus, jamais mes yeux n’eussent aperçu la douce et bienfaisante lumière, et n'auraient contemplé ce beau monde et ce ciel splendide. |

Heureux ceux qui ont le bonheur d'ouvrir les yeux débiles et la bouche close des nouveau-

nés, lorsqu'ils arrivent vers le jour et l'air

libre. Voilà que ces petits ont respiré, et ils ont vu, et ils ont peu à peu regardé de leurs yeux. Mais qu'importe la main qui a ouvert les yeux? Ce quiimporte, c’est la lumière et l’air vital!

Oh! non, jamais je n'eusse voulu être appelé père et maitre d’un autre esprit. Et pourquoi ? parce que j'étais si heureux d’avoir le Christ pour maitre, que Je n'en puis comprendre d’autre, ni pour moi, ni pour le moindre de ces petits. Lui doux et humble de cœur; lui dont les douces et courtes paroles sont manifestement les lois nécessaires et universelles de la vie; lui qui parle dans le texte inspiré; lui qui dit les mêmes choses dans l'histoire; lui qui dit les mêmes caoses dans le spectacle de la nature; lui qui dit ces mêmes choses dans ma conscience, dans ma raison et dans mon cœur, puis dans la grâce qu’il verse, et dans les sacrements de son Église, et dans la communion des hommes qui croient en lui; lui, dis-je, qui est en moi et hors de moi, et dans les autres; qui est partout, quiest en tout comme Dieu même est au ciel : voilà le maitre! Vous n'avez tous qu'un maitre, qui est le Christ.

O Maitre aimé, doux et humble de cœur, puisséje donc en effet apprendre de vous cette sublime

et divine lecon : Étre doux et humble de cœur!

Faites-moi voirencore davantage la grandeur vide de l’orgueil qui s’exalte, qui se dilate comme la surface d’une bulle soufflée, qui s’atténue en grandissant, qui s'éloigne du centre, qui devient surface séparée, séparée de toute source : masque durci, puis desséché, et puis dissipé en poussière.

Oh! faites-moi fuir ce grandissement détestable, qui n’est que chute à partir du centre. Apprenez-moi, tout au contraire, à recueillir de plus en plus toutes mes forces, tout mon esprit et tout mon cœur dans la douceur de l'humilité, dans la paix de la simplicité. Là est la source, la source vive, ouverte au centre de notre âme. De là sortent les flots vivants, qui font la vraie grandeur et la vraie force des esprits, et qui jaillissent jusque dans la vie éternelle.

O maitre! il est donc vrai que la douceur, l'humilité et la simplicité intellectuelles donnent les richesses, et les grands fruits de vérité : douceur et humilité volontaires, d’abord; puis douceur et humilité providentielles, qu’aménent les saisons de la vie, comme l'automne et l'hiver amènent leurs fruits et leurs opérations?

Qu’arrive-t-il à l'esprit qu'ont fait muürir les saisons de la vie sous l'éternel soleil de l'unique

maitre? :

Seigneur, faites-moi la grâce de le comprendre, et d’en dire quelque chose pour mes frères.

La poussière de l'été et Les nuées d’insectes ont passé. Orages et tempêtes ont cessé. Les feuilles tombent et l'herbe se dessèche ; mais quelle sérénité de la vie générale let quelle sublimité dans la marche calme et sereine de la nature, qui s’avance si belle vers la mort, vers la mort qu’elle connait, dont elle sait l’autre rive et la résurrection |! Tel est l'esprit de l’homme, lorsqu’'après avoir travaillé tout le jour, il s’avance ainsi doux et calme vers l’autre vie. Mais qu'est-ce, pour un esprit, que s'avancer vers l’autre vie? C’est, je le crois, laisser se développer en lui l’universalité et la capacité d'inspiration. Devenu doux et humble, et désintéressé de toute gloire de la pensée propre, laissant tomber toute forme systématique et arrétée, il commence à s'ouvrir dans l'infini vivant: il n'est plus seul en soi. Dieu, le Christ, et les immortels, les mortels mêmes, s’ils ont près.de lui d’immortelles pensées, entrent en lui et lui parlent au fond. Ils l’inspirent et lui donnent, sur l’heure, ce qu'il ne savait pas et ne prévoyait pas. Ils le mènent où il ne voulait pas, où il arrive plein de surprise et us de joie!

Ne serait-ce pas l’une des plus bellédfois de la

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vie des esprits que cette mystérieuse parole du Sauveur adressée au chef des Apôtres, à celui auquel il promet les plus grands secours et les plus continuelles inspirations ? Ne faut-il pas dire en effet à l'esprit de chaque homme et à l'esprit humain ces mêmes paroles : « Je te le dis en vérité, « lorsque tu étais jeune, tu ceignais tes reins de ta « main, et tu allais où tu voulais; mais lorsque « viendra la vieillesse, tu lèveras les mains, et «c'est un autre qui te ceindra ct qui te conduira « où tu ne voulais pas aller ?.» Et ceci est dit de cette marche de l’Apôtre qui suit le Christ jusqu’à la mort. Oui, vers la fin, vers l'automne ou l'hiver de la vie, l’homme, lorsqu'il a suivi la lumière jusqu’au bout, l'homme lève ses mains dans la prière, et c'est sa méthode de penser. Et sa ceinture intellectuelle est chaque jour renouée, comme par la main de Dieu, pour un nouvel élan, parce qu'il consent à mourir, et qu’il re= nonce et à la pensée séparée et à la volonté privée; parce que, comme le Christ, il ne veut rien dire de lui-même, ni rien opérer par lui-même, mais dire et opérer par le Père et avec le Père.

C'est, en effet, le Père céleste ou quelqu'un des

Évangile de saint Jean, XxX1, 16. je . * k F # e + es .

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frères immortels qui le guide, et qui lui fait faire ces grands pas, plus vigoureux que lorsqu'il les opérait seul, plus droits que quand il les calculait seul. |

Ainsi nous concevons que, dans la vie future, quand nous parcourrons l'univers, videbo stellas luas, nous irons d'étoile en étoile, non pas seuls, — quel dommage ce serait! — mais conduits par les frères qui les ont déjà visitées. Ils nous ceindront d’abord. Comme un jeune garçon plein de Joie que ses ainés emmènent pour la première fois avec eux, ils l’habillent, pour la marche dans les belles montagnes; et l’enfant lève les bras pour laisser mettre sa ceinture, et les agite pour applaudir aux projets qu'on lui dit.

Telles sont les lois de la grandeur et de la croissance des esprits, de leur hiérarchie, de leursrapports entre eux et avec Dieu! Humilité, frater- … nité : un seul maitre, un seul Dieu : pour que

l'universalité et toute la riche diversité du vrai

circule de tous à tous. J

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