‹ Commetaire sur l'Évangile selon Saint MatthieuChapitre 56 sur 89 · LT · texte numérisé non relu

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Malheur à vous qui dévorez les maisons des veuves!

Ici encore, Notre-Seigneur flétrit lun des abus : L di

universels du genre humain. D'où vient cette tendance générale de tous les temps et de tous les lieux ? Pourquoi les moralistes chrétiens ont-ils élevé la voix avec tant de vigueur, pourquoi l’Église a-telle porté Les peines les plus sévères contre le prêtre qui, au lit des malades, inspire le testament? C’est qu'il y a là un grand mal à prévenir, un grand bien à favoriser : Favoriser la consécration des richesses, et empécher les sacriléges profanations. Il vient une époque de la vie où l’âme veuve, qui a traversé la famille, et que la mort des siens laisse désolée, reçoit de Dieu l'inspiration de se consacrer tout entière, elle et ses forces, au service de Dieu et des hommes : phase sacrée de la vie, troisième veille de l'Évangile, où l’âme s’affaisse dans une tristesse, un isolement et un désespoir incurables, si.elle ne devient pas ouvrière du royaume de. Dieu. L’ argent alors, ce signe représentatif de ÊE à * vie et du travail humain, devient pour elle l’instrument du royaume de Dieu : soin des pauvres et des malades, propagation de la vérité religieuse, éducation des hommes , sont les grands buts que la providentielle inspiration montre à l'âme qui ne veut pas mourir stérile.

Que diresalors du pharisien qui s'interpose, et

qui, sous prétexte de ses longues prières, dévore les ressources du royaume de Dieu! La plus précieuse partie de la richesse humaine, celle qui allait à Dieu et au progrès du monde, ils l’interceptent dans leur oisive avidité, et les voilà, de ce côté encore, devenus les obstacles au royaume de Dieu.

Malheur à vous, guides aveugles, qui courez la terre et la mer pour faire un prosélyte, et qui le rendez deux fois plus digne de châtiment que vous. Ces pharisiens ne sont donc pas purs hypocrites ! Ils ont du zèle, mais un zèle d'orgueil! Ils sont dompteurs d’esprits. Ceux qu'ils saisissent, ils les soumettent, ils les brisent, et les assouplissent au détail de leurs formules et de leurs arguments : ils les éteignent; ils leur ôtent la lumière naturelle de la conscience et de la raison. J'ai vu

ces crimes en voie d'exécution.

Malheur à vous qui êtes semblables à des sépuicres blanchis.

Des sépulcres blanchis? Des sépulcres qui sont beaux à l'œil, et qui sont, au dedans, pleins d’un affreux mélange d’ossements et de pourriture ! Au

dehors les formes et les paroles de la justice, etau

dedans l'hypocrisie et l’iniquité. Ame scrupuleuse sur le détail des pratiques extérieures, mais au fond portant un cœur vide de justice, de miséricorde et foi; prenez garde. JUSTICE, MISÉRICORDE ET Foi; c’est là le fond, et voilà l'essentiel de la loi : voilà ce qu’il faut pratiquer sans omettre le reste.

Tout est utile à tous dans les paroles du maitre. Laissons les pharisiens antiques et tous les hypocrites de préméditation, et venons à nous-mêmes. Pour moi, ces paroles m’épouvantent !

Hier même, cherchant à me les appliquer, comme il le faut toujours lorsque l’on médite l’évangile, je retrouvais bien en moi ce contraste, qui m'est si connu, entre l’extérieur et l’intérieur de l'âme. Sainte Thérèse dit qu’elle sent à la fois dans son âme un fond qui est en repos près de

Dieu, et une surface tout agitée et qu’emporte le

monde. Moi, je trouvais, malheureusement, autre

chose en mon âme, savoir : une surface lumineuse, | toute pénétrée de ces paroles évangéliques que je | médite avec tant de ïoie, et, dans cette lumière et cette joie, une sorte de paix extérieure et de justice parlée, quiapparaïit aux yeux des hommes et à mes yeux.

Mais, par une assez longue expérience, Je sais

que je ne puis me reposer dans ces dehors. Je sais

que l’âme a un sanctuaire et un fond dans lequel on ne descend jamais assez, sanctuaire dont un grand nombre d’àâmes ne soupconnent pas même l’existence. |

Je fis donc un effort pour me rapprocher de mon centre, et redescendre dans la crypte sacrée. Et à mesure que je ramenais toutes mes forces vers cet endroit de l’âme où se recueillent les sentiments vrais, la substance des idées, et où Dieu nous attend, je sentis et je vis que, depuis bien des jours, je n’avais plus fait de prière : plus de prière réelle et personnelle. Toute la séve s’était épuisée dans le dehors, dans le lieu des discours et des pensées disséminées et détaillées pour l'expression. L'intérieur était négligé, désert, froid, affaissé, sentant déjà la langueur de la

mort. Voilà le commencement du sepulcre blan-

chi.

Que faites-vous, Ô mon âme, et que devenezvous ? Touchez-vous Dieu? Portez-vous réellement la grâce? Êtes-vous sainte, c’est-à-dire en état de grâce ? Si vous êtes en état de grâce, et ceci est de foi, Dieu même habite en vous! Le Père, le Fils et l'Esprit saint ont en vous leur demeure ‘. Vous le savez et le croyez! Eh bien !

4 Per gratiam sanctificantem, tota Trinitas inhabitat mentem.

le Père, le Fils et le Saint-Esprit ont-ils réellement en vous leur demeure? Les portez-vous dans l’âme ? Saint Paul dit qu'il portait ses frères en son àme : eo quod habcam vos in corde.

Le Christ, son sang, sa chair, son âme humaine, sa sublime beauté, son amoureuse compassion pour les hommes, tout cela, dis-je, vit-il en vous par la persévérante communion de l’Esprit?

Si ces personnes divines, et si ce Verbe incarné sont en vous, si votre Père est avec vous, et si, comme le dit Jésus de lui-même, vous n'êtes pas seule, parce que votre Père est en vous, alors, à âme, comment peut-il se faire que votre pente soit de quitter sans cesse la divine société intérieure, pour courir au dehors, et y rester pendant des jours et pendant des mois ?

Comment ne sentez-vous pas avant tout l'attrait

sacré qui vous recueille, et comment, vraiment tournée vers Dieu et occupée deDieu, dans la perpétuelle adoration, continuée même pendant le sommeil, comment ne grandissez-vous pas en justice, en foi vive, en miséricorde amoureuse, en charité divine ? — Seigneur, ayez pitié de nous |

O mon Dieu, si saint Paul a pu dire : « Après

« avoir prêché aux autres, je prends garde de « n'être pas rejeté moi-même, » nous, Ô Seigneur, que dirons-nous? Mais courage ! et qu’au moins cette terrible méditation nous maintienne éveillés, nous préserve de l’aveuglement et de l’endurcissement, et de l’orgueil de la parole et de la pensée. Que le scribe, le pharisien, le sépulcre blanchi, soit du moins reconnu, dénoncé et repoussé avec horreur, dès qu’il cherche à se

reformer dans mon àme.

* . Je vais vous envoyer des prophètes, et des sages, et des écrivains, Mais vous les frapperez et les tuerez!

Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui bâtissez des tombeaux aux prophètes et qui ornez les monuments des justes, et qui dites :

« Si nous avions été du temps de nos pères, nous

«n’aurions pas comme eux trempé nos mains

« dans le sang des prophètes; malheur à vous! « car vous vous rendez témoignage que vous « êtes bien les fils de ceux qui ont mis à mort les « prophètes; vous vous rendez ce témoignage « que vous consentez en effet aux œuvres de vos « pères, car vos pères les ont tués, et vous, vous

« leur bâtissez des tombeaux. » (Luc, xt, 48.)

k 200 LES SÉPULCRES BLANCHIS.

Il y a bien longtemps que j'entrevois le sens de ces étranges paroles. Elles ont quelque rapport à ce que disaient les anges aux apôtres qui cherchaient le Christ au tombeau : « Pourquoi cher- « chez-vous parmi les morts celui qui est vivant?» Eh bien! les scribes, les pharisiens, en religion comme en philosophie, tiennent pour bien mortsle Christ etles prophètes. Ils les tuent, s’ils les trouvent vivants. S'ils lestrouvent mortset déjàtués par leurs pères, ils s'occupent à bâtir leurs tombeaux.

J’ai entendu des hommes parler avec horreur de ceux qui ont lapidé les prophètes et crucifié le Christ. Je les ai vus honorer la mémoire des martyrs avec une telle violence, et orner leurs tombeaux de telle manière qu’évidemment ils les eussent mis à mort, s'ils les avaient rencontrés vivants. J’ai vu des philosophes rétablir la mémoire des génies créateurs avec un culte si emphatique et si pharisaïque, et les ensevelir de telle sorte qu'évidemment ils ne se sont jamais doutés de ce que peut être la vérité vivante. Ils les ont rétablis, disons-nous, mais réduits, desséchés, mutilés à l’usage et à la mesure de l’ensevelisseur! Et le prophète alors n’est plus que monument, et le monument appartient à celui qui

l’a fait. Ces constructeurs de tombes goütent ces

ut à LES SÉPULCRES BLANCHIS. 201

morts qui font leur fortune, mais certainement la vérité présentement vivante, ou naissante aujourd’hui, doit les trouver aveugles ou ennemis.

Dégoût du vin nouveau, dont parle l'Évangile , mépris de l'inspiration actuelle, c’est l’un des grands travers de l'esprit et du cœur humain. Cœur endormi, paresseux ou mort, il préfère ce qui est arrêté, terminé, bien enseveli et orné. Il ne veut pas l'incessante nouveauté de l'esprit créateur, qui nous rappelle et nous réveille à chaque instant; qui nous montre toujours à nousmêmes trop attardés, trop incomplets ; qui nous force toujours à la marche, à l'effort, à la prière et au sacrifice quotidien. Ils veulent le sacrifice une fois pour toutes, et cela dans un point du passé. De là ces longues oppositions au saint sacrifice catholique. Ils ne veulent pas, avec la sainte Église vivante, qu’on le renouvelle tous les jours. Ils admettent les merveilles de Dieu, son intervéntion, ses miracles, dans le passé, pour une fois seulement, mais non dans le présent et pour toujours. Ils trouvent donc bon que les prophètes soient morts, mais non qu'ils soient vivants, pour nous emporter avec eux dans leur élan vers l’avenir.

Et qu'est-ce donc que cet esprit, à Dieu ! Cet

esprit, c'est la force qui arrête le monde, c’est cette puissance d'endurcissement ét d’égoisme qui pousse les êtres, les sentiments et les idées à vieillir vite, en se séparant au plus tôt de l'infini et de l'avenir; esprit sénile qui ne regarde que le passé et ne voit que de loin, et en arrière; esprit sans cœur qui ne peut rien sentir et rien aimer dans le présent ; esprit de haine, de rage, contre tout ce qui vit, grandit et marche; esprit qui punit dans le sang le crime demouvement , comme la vipère, que réveille le pas d’un homme, s’élance furieuse, etle mord au talon.

Mais écoutez ceci : « Voici que je vous envoie « des prophètes, et des sages, et des écrivains, et « vous les frapperez et les tuerez. »

Jenepuisrelire ces paroles : «Voiciqueje vousen- «verraides prophètes et des sages, etdesécrivains', » sans y soupçonner un grand sens. Une longue expérience me démontre que l'Évangile, l'Évangile éternel, ditsaint Jean, renfermeles grandes lois de l’histoire. N'y a-t-il pas, dans ces trois paroles, quelques traits de l’histoire générale de l'esprit humain ? Oui, la religion et la vérité doivent commencer et com-

mencent en effet, dans le monde et dans l’âme

: Ecce ego mitto vobis prophetas, sapientes et seribas.

humaine, par l'inspiration et la prophétie. Les apôtres et les évangélistes ont été ces prophètes envoyés par le Christ (prophetas), et cet âge prophétique du christianisme a duré jusqu’à l’âge des grands docteurs théologiques qui, comme on l’a dit de saint Thomas d’Aquin, ont traduit en philosophie la simplicité de l'Évangile. Alors a commencé vraiment l’âge scientifique du genre humain (sapientes); et la science s’est développée depuis le ciel de la théologie jusqu'aux extrémités de la terre, c’est-à-dire jusqu'aux sciences qui décrivent la nature et la domptent. Cet âge n’est pas encore fini, et d’ailleurs aucun âge ne finit. Il reste au genre humain à développer la grande science comparée, à la fois science de Dieu, science de la nature, science de l’homme et de la société. Mais l’époque viendra-t-elle bientôt où Jésus nous enverra des écrivains (scribas}? L'imprimerie est venue à son heure, et, comme toujours, l’erreur, la passion, la folie, se sont emparées les premières de la force nouvelle. L'inexpérience, jusqu’à présent, fait de cette force immense, inépuisable, qui devaitarroser d’eau féconde tout le sol de l'esprit humain, un déluge qui submerge tout. Un temps viendra, j'espère, où l'esprit

de Dieu apprendra aux ouvriers de Dieu à s’em-

parer, pour gouverner le monde, de ce tout-puissant instrument, À mesure que s’achèvera, et se précisera, et se clarifiera la science, on l’écrira; et quand la science réelle, la science vraiment et pleinement humaine et vraiment divine, la science tenant au temps et à l'éternité, bonne et utile à l’âme entière, à l'homme entier et à la vie des sociétés humaines, sera constituée et présentable à tous, alors j'espère que peu à peu les peuples commenceront à discerner, parmi ceux qui écrivent et qui parlent, les menteurs et les véridiques (viri veraces et viri mendaces). Is sauront distinguer les soldats de la vérité, des histrions, des bandits et des maraudeurs!

Alors viendrait l'heure des écrivains évangéliques, qui prendraient vraiment pour devise ces mots du Christ : « Dites : CELA EST, CELA EST; ou « CELA N’EST PAS, CELA N EST PAS. Ce qui est de plus « vient du mal. » Ils diront ce qui est, et maintiendront avec vigueur la négation de ce qui n’est pas. Ils ne diront que ce qui est, ce qu'ils auront vu, vraiment vu, dans l’histoire, dans la science, dans la nature, dans l’âme, en Dieu ! Ils ne diront que ce que Dieu dit. Leurs écrits seront choses réelles qui dureront comme le granit. Quant aux

livres mous des bavards, ils sont et ils seront

changés en boue par toutes les pluies. Mais les peuples auront appris à en purger les places publiques.

Qui peut expliquer ce qui suit? Que peut être cette effroyable race, intellectuelle et morale, sur qui le Christ termine ainsi ses malédictions : « Moi « donc, je vais vous envoyer des prophètes, et « dessages, et des écrivains, que vous tuerez et cru- «cifierez, que vous flagellerez dans vos synago- « gues, et que vous poursuivrez de ville en ville, « afin que tout le sang innocent versé depuis le « commencement du monde retombe sur vous! »

Quel mystère!

Cependant si cela est ainsi, s’il est vrai, s’il est juste que, sans exception, tout le sang innocent versé depuis le commencement du monde retombe sur eux, Je comprends à la fin ce qu'est cette race maudite. C'est elle qui réellement, à Jérusalem, à crucifié le Christ ; et c’estelle qui, en tout temps, en tous lieux, le crucifie encore par le mépris de Dieu et le mépris homicide du prochain. Oui, c’est cette multitude qui renferme tous les pécheurs, et vous tous, mes frères, avec moi. Mais, dans cette multitude, il y en a pourtant qui peuvent espérer leur pardon, ou bien parce qu'ils n’ont pas su ce

qu’ils faisaient, ou parce qu'ils auront eux-mêmes

pardonné à autrui. Mais il y a la race de ceux qui, se disant maîtres et docteurs, doivent connaitre la loi, et sont jugés par elle; ceux-ci même ne seront pas tous condamnés à répondre de tout. Parmi eux, la secte des bourreaux et des hommes sans pitié, qui ont tué, torturé, crucifié, brülé, décapité des innocents au nom de Dieu et de la justice :

ah! voilà les grands malheureux sur lesquels retombe tout le sang innocent versé depuis le commencement du monde, et sur lesquels l'Évangile crie : Malheur! malheur ! Au fond, l’homicide est le crime essentiel qui appelle la colère de Dieu. Malheur à ceux qui aujourd'hui encore font des martyrs. Malheur! malheur à eux! car ils font partie de la race sur laquelle doit tomber tout le sang innocent versé depuis le commence-

ment du monde.

Jérusalem ! Jérusalem! toi qui tues les prophètes.

Ki

« Jérusalem ! Jérusalem ! toi qui tuesles prophè- « tes, et qui lapides ceux qui sont envoyés vers «toi, combien de fois n’ai-je pas voulu rassem-

« bler tes enfants sotis mes ailes comme un oiseau

«rassemble ses petits! mais tu ne l'as pas voulu ! « Voici que ton enceinte va demeurer déserte ! »

« Je te le dis en vérité, tu ne me verras plus jus- « qu'à ce que tu apprennes à dire : Bénis soient « Ceux qui viennent au nom de Dieu! »

O surabondance de lumière, à visible divinité! est-ce que je ne vais pas pouvoir vous montrer à ceux qui méditent avec moi ?

Ici encore, tout est ici. Toute l’histoire de l’âme est ici, sa loi, sa vie, sa mort et sa résurrection :

Jérusalem, c’est l’âme! Ce qui s’est fait dans Jérusalem se fait aussi dans l’âme.

Les prophètes, les envoyés de Dieu sont toutes les impulsions que Dieu ne cesse d'envoyer à l’âme ! |

Mais qui comprend cela? Qui sait, et voit, et sent que notre àme est un mot sortant actuellement de la bouche de Dieu même? Et ce mot exprime aujourd'hui, dans le temps, l’idée que Dieu a de chaque âme de toute éternité. Et cette idée de Dieu est Dieu, et elle est infinie, infinie en simplicité et en immensité, et en richesse, etelle est un poëme immortel, éternel et digne de Dieu. Elle est notre histoire idéale et notre type céleste. Elle est le moteur immobile, le principe créateur,

la cause première et la source absolue, dans la-

quelle toute la suite des flots de notre vie, la série des moments, et le détail des changements et mouvements se trouve en éternelle réalité.

Qui ne sait pas cela n'entend rien, absolument rien, à la nature des choses ! Or cette idée divine, qui est Dieu, se prononce au dehors dans le temps, et me nomme. Et ce nom, c'est moimême, mon être, ma substance et ma vie. Les impulsions sont successives comme les vibrations de la voix et comme les flots de la lumière.

Chaque impulsion est la préparation et le commencement d’un acte, d’une pensée qui doit être ; c'est la vie telle qu’elle est offerte, inspirée et donnée par Dieu. C’est l'inspiration actuelle qui doit réaliser, développer ce poëme éternel, cette histoire idéale que Dieu conçoit pour nous. Et bien! toute la question de vie, de mort, de bien, de mal, de beauté, de laideur, de gloire, de honte, est celle ci : Que ferai-je de ces impulsions que Dieu donne? Que ferai-je des commence-

ments et des germes qu'il ne cesse d'opérer en

| et qui se succèdent comme des flots, ou nitot comme une voix soutenue? La voix vat-elle crier dans le désert? L’impulsion va-t-elle me choquer, m'irriter ? Vais-je repousser la voix,

vais-je étouffer l'inspiration, fouler aux pieds les

germes, pervertir, détourner les élans? Vais-je enfin lapider les prophètes , et tuer les envoyés de Dieu? Oui, telle est l'habitude des âmes. L'âme est un être libre qui lapide les prophètes, et tue les envoyés de Dieu. Une âme qui saurait écouter, suivre, obéir, accomplir et développer, dans la raison et dans la liberté, ce que Dieu inspire et commence, serait trop belle et trop divine! Mais quoi! cette habitude de meurtre et d’étouffement des données de la vie, va-t-elle repousser Dieu et vaincre son effort? Non; car, pendant que les forces de l'âme et ses désirs, et ses élans, ses pensées et ses actes ne cessent de s'éloigner de Dieu, et de se disperser dans l’égoisme et dans la sensualité ; pendant qu'entre le sanctuaire où est Dieu, et la surface que l'âme habite, s’élargit le désert ; pendant que l’âme orné ces dehors et néglige le dedans ; pendant qu’elle construit et blanchit le sépulcre sous lequel travaille la mort : pendant ce temps-là même, Dieu plein d'amour,

par quelque effort nouveau, quelque cri puissant,

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quelque éclatante fulguration, Dieu ne €

pas de rappeler à soi l’âme et ses forces. « Com-

«bien de fois n'ai-je pas voulu rassembler tes

« enfants sous mes ailes, comme un oiseau ras-

« semble ses petits! » Oh! que ce simple mot vaut IL. 14

mieux que toute mon analyse métaphysique, qui est vraie cependant |

Voyez-vous cet essaim de petits rassemblés, cachés, couvés sous les ailes maternelles de l'oiseau ?

Eh bien! s'écriait Isaie, «le bœuf et l’âne con- « naît l’étable de son maitre, mais Israël ne me « connait pas, dit le Seigneur. » |

Eh bien! l'oiseau d’un jour, tout grêle et nu, conpait l'aile maternelle de la poule et son cri, et il accourt.…. Mon âme ne connait pas l’aile maternelle de Dieu!

O âme, dit la douce voix de la sagesse et de la bonté visible incarnéel! O âme, combien de fois n’ai-je pas voulu rassembler tes enfants sous mes ailes, comme un oiseau rassemble ses petits! Mais tu ne l'as pas voulu !

Oui, j'ai pris l'habitude, non-seulement de ne pas entendre le cri ordinaire de mon Dieu ; mais je repousse ses grandsgappels et ses surnaturels efforts; j'ai tout foulé aux pieds, tout écrasé.

Oh! alors viennent des temps où lâme sera traitée comme Jérusalem. Jérusalem crucifie le Sauveur. Alors elle est frappée. L’épée ravage et détruit tout. Et son enceinte est vide, et elle est

changée. en désert pour des siècles! Tout est-il

LES SÉPULCRES BLANCHIS. spi

donc fini? Pas encore! — « Je vous l’assure, vous « ne me verrez plus, jusqu'à ce que vous disiez : « Oh! béni sait celui qui vientau nom de Dieu! »

Oui, mon âme vide, mon àme ruinée, mon âme éteinte et dispersée, peut se rassembler et renaitre. La solitude peut refleurir, et le désert se repeupler. Fatiguée de la mort, de la mort enfin bien connue, dégoütée du mensonge enfin compris, l’âme à son tour peut pousser un cri : elle peut appeler, et dire : Oh! béni soit celui qui vient au nom de Dieu! Et Dieu, Dieu qui entend le moin-

dre cri, Dieu enverra, ou il viendra!

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