‹ Commetaire sur l'Évangile selon Saint MatthieuChapitre 89 sur 89 · TL · texte numérisé non relu

TL

Quel peut donc être le sens pratique de ce chapitre ? :

Faut-il voir, dans ce récit de la résurrection, outre le sens historique positif, un symbole et une prophétie de ce qui, à l'heure de notre mort, se passera pour chacun de nous ?

Nous chrétiens, en qui Jésus-Christ est venu par le baptême et par la communion, et qui l’avons crucifié ensuite par le péché mortel et l’incrédulité, ne sommes-nous pas des tombeaux du Christ?

1l est bien vrai que presque tous, et ceux même d’entre nous qui se croient vivants, nous ne sommes trop souvent que sépulcres, sépulcres blanchis au dehors, ou même sépulcres abandonnés.

Est-ce l'ange de la mort qui, dans ce tremblement de terre où s’écroulera notre corps, viendra soulever l’énorme pierre qui pesait sur le tout ?

Le Christ captif .en nous, — car le Christ est

captif dans les pécheurs (sprritus oris nostrt

Christus, captus est in prccatis nostris), — le Christ enseveli dans nos àmes, soit comme Verbe éternel, soit comme Verbe incarné, aprés avoir longtemps gémi en nous, et proféré, au fond du sépulcre, cette plainte : « Race incrédule et dé- « pravée, jusqu'à quand serai-je avec vous? » le Christ se délivrera-t-il enfin par la mort?

Et si je l'ai toute ma vie oublié, ou méprisé, ou combattu, que sera-ce moment où l’ange, dans l'éclat foudroyant de sa lumière, me montrera, dans l’agonie, que la grande question de la vie était bien en effet celle-ci: Dieu ou non! Christ sauveur, ou néant! Nous verrons alors clairement que nous avons vécu comme l'animal, et perdu notre vie, et qu’il eùt fallu chercher Dieu, Dieu notre Père, et le Christ régénérateur.

Les âmes qui ont ainsi perdu tout le fruit de la vie, ne seront-elles pas alors écrasées par une terreur mortelle? Præ timore autem ejus exterriti sunt custodes, et facti sunt velut mortui. « Les « gardiens du sépulcre étaient comme morts de « peur, foudroyés de terreur, » dit l'Évangile. Ah! nous avons vécu, peut-être pendant un demi-siècle, peut-être pendant près d’un siècle, à l’état de gardiens d’un sépulcre, d’un sépulcre

d'ou nous aurions pu chaque jour tirer la vie,

l’admirable lumière, le souverain bien, Dieu même, et la vie éternelle qu’il donne.

Mais quant aux âmes qui ont cherché le Christ, qui ont porté quelque chose de la croix, l'ange de la mort ne leur dira-t-il pas : « Ne craignez point, « je sais que vous cherchez le Christ, le Christ « qui est mort sur la croix? »

Courage, il est vivant comme on vous le disait. Voyez! vous êtes vous-même le lieu où il avait été posé; mais sortez et courez. Vous allez le trouver. Et, tremblantes de frayeur et de joie, ces âmes s’élanceront hors de ce monument de pierre pour monter vers la vie.

Mais voici que le Christ est déjà devant elles, etil leur dit : Salut, mes bien-aimées : Æt ecce Jesus occurrit éllis, dicens : Avete.

Et il leur annoncera encore comme aux apôtres: « Je suis la résurrection et la vie... Toute puissance « m'a été donnée au ciel et sur la terre. » Et nous avons à élever jusqu’à la vie de Dieu les innombrables races des créatures intelligentes et libres. Et je suis avec vous maintenant, et vous êtes avec moi, pour ce divin travail, pendant tous les siècles

des siècles.

Et nous, qui sommes encore peut-être au début de la vie, ou au milieu, qui avons devant nous des jours et des années, avant le grand tremblement de terre et le brisement du sépulcre, ne ferions-nous pas bien d'écouter, dès aujourd'hui, les paroles de la vie éternelle? C’est à nousmêmes, et à chacun de nous, que depuis longtemps il a dit: « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moine mourra pas. Dès aujourd’hui je suis avec vous pour toujours. Ayez confiance, j'ai vaincu le monde. »

Oui, Seigneur , vous êtes avec nous, car il y a toujours parmi nous des hommes qui ont cette foi, et qui donnent toute leur vie au travail que vous demandez. Et vous êtes avec nous, et nous sommes les plus forts.

Mais il se peut, et l’on y travaille avec rage, principalement du côté des scribes, des pharisiens et des sadducéens, que vous ayez à traverser, dans le sein des nations chrétiennes , un crucifiement historique, et à renouveler, sur toute la face du globe, les faits de la passion. Peut-être touchons-

nous à l’époque où nos ennemis pourront dire,

avec plus d'apparence qu'aujourd'hui : Le voici mort enfin |

Oui, mais alors, — sans être prophète, je l’annonce, — alors soyez certains que le tremblement de terre n’est pas loin. Et l’ange des ruines, brisant le monument des sociétés modernes, aura. bien en effet l’éblouissant et terrible éclat de la foudre. Alors, on comprendra, sous les éclairs, ce que l’on refusait de voir dans la sereine lumière du jour.

On cherchera et on appellera celui qu’on avait crucifié. Les femmes qui adoraient et qui priaient, avaient raison. Et ce sont elles qui, les premières, l’adorant et baisant ses pieds, entendront ces paroles : « Ne craignez pas, allez dire à mes frères qu'ils aillent où je leur ai dit d'aller; c’est là qu'ils me verront.»

Et lorsque, marchant dans sa voie, marchant en lui qui est la vie, on commencera à le revoir, quelques-uns douteront encore. Mais il s’approchera de plus en plus, à mesure qu'on lui obéira, et l’on verra, par expérience, que tout pouvoir lui a été donné au ciel et sur la terre.

Il répétera, dans la plus splendide évidence, et dans la plus brillante lumière, ce qu'il disait dès

l'origine : que Ja mission de l’homme, que l’uni-

que fin de notre vie terrestre consiste, en effet, à prêcher à toute créature la bonne nouvelle, prædicate Evangelium omni creaturæ,et à régénérer toutes les nations, docete omnes gentes; que le moyen de les régénérer consiste à leur faire pratiquer l'Évangile, l'Évangile tout entier, docentes servare Omnia quæcumque mandavi vobis. Y dira encore, et montrera que lui, Dieu incarné, lui, le maitre du grand travail, l’auteur de la transformation morale, est dès à présent parmi nous, en esprit, en vérité et en réalité, et qu'il reste avec nous, dans tous les siècles, jusqu’au triom-

phe et à la consommation de la vie.

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