II
Ainsi des grandes idées qui viennent naturellement à l'âme, et que le cœur humain couve avec espérance au sanctuaire de la vie religieuse. Tôt ou tard elles viendront dans l’histoire, et se feront voir dans la vie. Et c’est ce qui est arrivé pour l’idée de résurrection. |
Il est ressuscité comme il l’a dit : comme il le disait dans la fable, dans la raison, dans la conscience, et puis enfin dans l'Évangile.
Le fait de la résurrection du Christ, ce fait pleinement historique, si solidement attesté par de si vigoureux témoignages, ce fait est donc en lui-même chose possible, chose concevable , et en effet conçue , espérée , attendue par tous ces prophètes naturels, cœur, poésie, raison, que porte en lui le genre humain.
Eh bien! malgré cela, dit l'Évangile, «ils le « virent et ils l’adorèrent; mais quelques-uns « doutèrent d’abord. »
En effet, tous ces témoignages historiques et toutes ces données idéales et morales qui, réunies, nous le font voir ressuscité, et qui suffisent à jeter dans l’adoration les âmes vraiment vivantes, ne suffisent point à tirer du doute une partie de l'humanité. Les uns voient et adorent, mais
d’autres doutent.
Certes il y a le doute légitime. Il y a le doute méthodique. 11 y a le doute nécessaire. Il est des esprits qui, par fermeté, clairvoyance, et respect de la vérité, doutent et attendent, là où d’autres se précipitent passionnément dans l’assertion. Je sais cela. Mais avouez qu’il est aussi des âmes qui, par vigueur de sens et d’élan, vont aux intuitions suprêmes, là où les autres s’établissent dans l’incrédulité. Et n'est-ce pas là l’histoire, à peu près générale, des grands progrès, et de l’apparition des grandes vérités dans le monde ? Puis avouons aussi qu'un grand nombre d’esprits sont enveloppés de ténèbres par un état moral mauvais, qui pousse au doute et à la négation. Il y a deux classes d'hommes, que distingue l'Évangile: ceux que le mal moral pousse aux ténèbres, ceux que le bien pratique amène à la lumière. Et c'est la fondamentale distinction des esprits, et la vraie cause de la lutte des doctrines depuis le commencement du monde. Il est des états d’âmes qui ne peuvent concevoir rien de grand et de beau, rien de divin ni de bienheureux. Les trop grandes choses n’ont pas de commune mesure avec ces états d'âme : pas de rapport possible. Là échoue tout l'effort de la raison; là se brisent tous les
motifs de conviction : « Lors même qu'un mort
« ressusciterait, dit Île Seigneur lui-même (Luc, € XVI, 31), ils ne croiront point. »
Cela posé, méditons d'une manière pratique
cet Evangile de la résurrection.