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combler cette lacune, nous éditons à part les études sur Bossuet, qui firent Tobjet des cours de 1855-1856, 1856- 1857 ; et nous plaçons, en tête de ce volume, les leçons sur Ck)mmodien, Aruobe et Lactance, que M. l'abbé Freppel, mandé à Rome en 1869, n'eut malheureusement pas le loisir d'achever. Nous y avons joint une étude critique sur les lettres pascales de saint Athanase et une autre sur la mystique de Goerres, le cours de philosophie fait à l'école des Carmes en 1850-1851, et deux lettres à M. Bonnetty que les Annales de philosophie chrétienne avaient insérées en 1850.
Ce ne sont, il est vrai, que des fragments, et nous les donnons comme tels. Plusieurs paraissent sans l'agrément et sans les corrections de Tauteur, qui n'eût point consenti à les produire en public. S'ils ont besoin qu*on les lise avec une certaine indulgence, ils se recommanderont assez d'eux-mêmes pour qu'on nous excuse de les avoir publiés.
En les parcourant, on n'aura pas de peine à découvrir, dans les essais de l'écrivain, les qualités du polémiste. Mgr Freppel fut tout jeune le hardi batailleur que les luttes de la doctrine ne trouvèrent jamais au second rang. Son ardente nature le poussait même à prendre l'offensive; il lui fallait des adversaires, et sa plume les provoquait volontiers, parce qu'elle se sentait de taille à les réduire. Pour lui, comme pour Yeuillot, la prose était ce a mâle outil et bon aux fortes mains », dont les
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braves se font une épée. Il ne s'arrêtait pas à cueillir sur son chemin les fleurs que les artistes recherchent; mais il allait droit au but, et frappait vivement de sa claire logique quiconque s'avisait de lui barrer la route. Nous avons vu que, dès Vkge de vingt-deux ans, il ouvrit une joute mémorable contre le traditionalisme do M. Bonnetty ; à vingt-trois ans, il attaquera dans l'école d*Âlexandrie le panthéisme des Allemands et le faux éclectisme de M. Cousin; ou bien il citera devant la raison les sectaires qui, sous prétexte de la venger, voudraient l'armer contre la foi. S'il est quelque part des voies non frayées, une entreprise ardue exigeant un effort énergique d'intelligence ou d'attention, c'est là que son instinct le porte; car il aime à gravir les obstacles et à goûter le mérite de la difficulté vaincue. Voilà pourquoi ce jeune homme de vingt-quatre ans ne craindra pas d'aborder l'étude de la mystique de Goerres ; il creusera le texte allemand, dont la traduction française n'existait point encore, pour jeter, s*il le peut, quelque lumière sur des questions remplies d'obscurité.
A ne regarder que le style, ces fragments ne laissent pas d'avoir un réel intérêt. Ils embrassent les deux périodes extrêmes de la vie du professeur, les premières leçons de l^écolc des Carmes et les dernières leçons de la Sorbonne, le point de départ et le terme final d'un enseignement qui dura jusqu'au Concile. Vingt ans!
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C'est plus qu'il ne faut pour transformer un homme, pour changer la manière de l'écrivain et corriger le moule de la pensée. II sera curieux de juger si Tabbé Freppel a mis vingt ans à passer maître. Certes, nous sommes loin de prétendre que les résumés trop arides des systèmes alexandrins puissent entrer en parallèle avec les riches et lumineux développements de la patrologîe. Quand le professeur d'éloquence sacrée retrouvera devant lui Aristote ou Platon, la Cabale ou la Gnose, il peindra largement ce que le jeune philosophe avait crayonné d'un trait. Celui qui saura plus tard revêtir sa parole d'une forme si majestueuse avait débuté par des coups d'essai : ainsi le veut la loi du progrès à laquelle nul n'échappe, ni le génie qui crée sans effort, ni l'artisan qui peine en son dur métier. Comme tout homme qui se relit à trente ans de distance, Mgr Freppel avait quelque pudeur à constater les imperfections de son ancienne manière ; et il avouait volontiers qu'il n'aurait plus le courage de signer certaines pages qui l'avaient satisfait autrefois. Encore faut-il ne rien exagérer, et ne pas voir que les défauts ou les lacunes, là ûù le talent avait devancé les années. Pour rester impartial et apprécier sainement le mérite de Técrivain, il convient de tenir compte de plusieurs circonstances. Ne parlons pas des leçons sur Commodien, Amobe et Lactaiice, qui sont l'œuvre de la pleine maturité, et qui, même non revisées par l'auteur, ont de quoi contenter une critique
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exigeante. Tous les autres fragments appartiennent à la première jeunesse de M. Tabbé Freppel. De plus, nous ferons remarquer que ni l'Histoire de P école d'Alexan^ drie^ ni Rationalisme et Raison ne furent composés pour le public. Le professeur, n'ayant d'autre but immédiat que la préparation d'un cours, n'avait pas pris le soin de donner à son style la forme élégante et correcte qu'on a le droit de trouver dans ua texte imprimé. En éditant ses leçons sur les Pères apostoliques^ il avoue loi-méaie qu'il a dû (c corriger ce que la parole publique peut avoir de trop défectueux dans la pensée ou dans son expression ; car nul n'écrit comme il parle, et l'on ne parle pas comme on écrit. »
Si l'on veut savoir comment écrivait M. l'abbé Freppel à Tàge de vingt-deux ou vingt-quatre ans, il faudra consulter de préférence ses Lettres à M. Ronnetty et son Étude critique sur la mystique de Goerres. Ces deux œuvres n'ont point l'excuse des précédentes : la première, qui date du commencement de Tannée 1850, était destinée aux Annales de Philosophie chrétienne; et la seconde avait été faite, vers le mois de novembre 1851, tout exprès pour le Correspondant^ qui la publia en 1852. Dans ses vigoureuses répliques, le défenseur de M. l'abbé Maret parle clairement et vise avec une justesse étonnante; sa plume manœuvre à l'aise au milieu des questions les plus, délicatea; mais, à, son franc parler, on devine le jeune homme, qui ne sait
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pas encore dire en termes adoucis des vérités désagréables. Tout autre est le caractère des deux articles du Correspondant^ qui nous paraissent remarquables pour la forme non moins que pour le fond. Les meilleures qualités de Mgr Freppel sont en germe dans ces quarante pages, où l'écrivain n*a plus lallure impétueuse ni l'érudition trop sèche de la jeunesse. La phrase est simple et bien cadencée ; elle se mesure déjà par le rythme grave et légèrement uniforme^ qu'on disguera toujours dans les compositions de l'évèque d'Angers. L'analyse^ qu*on voudrait plus complète, est d'un esprit sérieux, habitué aux conceptions de la philosophie ; au lieu de dessiner volontiers les détails, l'auteur, suivant une large méthode, qui désormais ne cessera
d'être la sienne, a hâte de tracer les grandes lignes et les vues d'ensemble. En un mot, sa formation littéraire
avait été si prompte que, n'était la date, on croirait
avoir sous les yeux des leçons prononcées dix ans plus
tard à la Sorbonne.
A la même époque, c'est-à-dire de 18S0 à 1852,
H. Tabbé Freppel avait adressé à diverses Revues plusieurs autres articles qui ne figurent point ici, soit qu'ils aient échappé à nos recherches, soient qu'ils aient été fondus dans des travaux postérieurs. Il ne se résignait guère à laisser sans réponse les insinuations que MM. Cousin, Yacherot et Saisset, porte-voix du rationalisme, avaient coutume de se permettre contre les