T1A.T10NALISME ET INDÉPENDANCE DE LA PHILOSOPHIE
siens de la raison, et non de la théologie; encore que
cette science supérieure puisse répandre sur eux do plus
vives clartés. Ainsi en est-il des deux principes suprêmes
de la pensée, de la notion fondamentale du bien et du
mal, des idées métaphysiques, etc., éléments essentiels
que la philosophie puise dans son propre fonds, et que
la théologie même est contrainte de lui emprunter, sous
peine de se voir réduite à Timpuissance et à la stérilité
la plus complète.
Il y a indépendance de méthode ; car le procédé de la philosophie ressort de sa nature, de son essence, et des parties qui la composent. La démonstration rationnelle présente un caractère propre, complètement différent de la preuve théologique dans laquelle entre toujours l'élément de Tautorité positive. Le mode d'investigation n'est pas non plus le même dans Tune et l'autre science : en philosophie, au lieu do conclure la vérité do certains documents historiques, on l'appuie sur l'expérience et sur le raisonnement ; tandis que la théologie établit les doctrines de la révélation d'après les textes de la Bible et les données traditionnelles.
Il y a indépendance de but final. La philosophie a pour but la connaissance de la vérité naturelle; la théologie s'occupe plus spécialement des vérités surnaturelles. Je dis plus spécialement^ car celles de l'ordre naturel sont aussi do sa compétence, en tant qu'elles font partie du corps de doctrines renfermées dans l'Écriture et dans la Tradition.
Ainsi, Messieurs, on ne saurait nier que la philoso* phie jouisse de quelque indépendance. C'est, d'ailleurs, un privilège commun à toutes sortes de sciences, puisque chacune a son point de départ, sa voie et son point d'arrivée; et nul n'a le droit de leur prescrire une méthode étrangère à leur nature, des principes dont
elles n'ont que faire» une un qui n'est pas la leur. Toutefois, Messieurs, telle n'est pas l'indépendance réclamée par le rationalisme contemporain ; car il est trop évident que la question, posée dans ces termes, serait par le. fait même résolue d'avance, puisque personne ne conteste à la philosophie un domaine exclusif, et une sphère de compréhension qui lui soit propre. Mais l'indépendance absolue de la philosophie, dans le sens que lui donnent les rationalistes, voilà ce que nous n'admettrons jamais, et ce que nous sommes en mesure de contester hautement. En quoi donc la font-ils consister? Leur formule est celle-ci : la raison est en droit d'opposer son affirmation à toute négation contradictoire, de quelque part qu'elle lui vienne, et vice versa. Qu^est-ce à dire, Messieurs? Gela signiûe que la raison particulière de chaque philosophe arrivant, dans ses conclusions, à une affirmation contraire, a le droit de passer outre, de n'en pas tenir compte, etde regarder ses propres idées comme vraies et légitimes, quelle que soit la vérité qu'elle repousse ou qu'elle nie par ce procédé. Prenons un exemple entre mille : Fichte part du principe arbitraire qu'être et connaître sont deux termes identiques, conduisant à Texistence exclusive du moi et à la négation de Dieu et du monde; il vous semblera que e'est un rêve bizarre, contredit par l'affirmation solennelle du genre humain et par les dogmes révélés; n'importe, le philosophe allemand pourra se retrancher derrière la belle indépendance de sa raison particulière, et, malgré le bon sens, magré l'Église, tenir pour une découverte ce qui n'est qu'une absurdité. Voulez-vous un autre nom moins éloigné de nous? Je vous citerai M. Cousin enseignant, dans le premier semestre de 1818, l'unité de substance, et formulant sa doctrine de la manière la plus claire et la plus absolue : « point de